Tous les articles par Katia Bayer

Les Lutins du court métrage, les nominations 2013

Les Lutins du court métrage ont fait connaître leurs nominations 2013 : 25 films sont concernés dont 16 films de fiction, 4 films documentaires et 5 films d’animation. Si vous désirer participer au vote public ou au vote professionnel et recevoir le coffret DVD 2013 réunissant tous ces films, rendez vous sur le site des Lutins. Pour info, les nominés sont exclus du vote.

Fictions

Boro in the Box de Bertrand Mandico

Ce n’est pas un film de cow-boys » de Benjamin Parent

Ce qu’il restera de nous de Vincent Macaigne

– Deux inconnus de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein

Fais croquer de Yassine Qnia

– Jean-Luc Persécuté de Emmanuel Laborie

– Je sens le beat qui monte en moi de Yann Le Quellec

Junior de Julia Ducornau

– La tête froide de Nicolas Mesdom

La vie parisienne de Vincent Dietschy

Le Cri du homard de Nicolas Guiot

– Le Monde à l’envers de Sylvain Desclous

– Les chiens verts de Mathias Rifkiss et Colas Rifkiss

Les Meutes de Manuel Schapira

Sur la route du paradis d’Uda Benyamina

Vilaine fille mauvais garçon de Justine Triet

Documentaires

– ABCDEFGHIJKLMNOP(Q)RSTUVWXYZ de Valérie Mrejen et Bertrand Schefer

Jeunesses françaises de Stéphan Castang

La source de Mirabelle Fréville

– Retour aux sources de Bernard Blancan

Animations

Edmond était un âne de Franck Dion

Fleuve rouge, Song Hong de Stéphanie Lansaque, François Leroy

Kali le petit vampire de Regina Pessoa

Oh Willy d’Emma de Swaef et Marc Roels

Tram de Michaela Pavlátová

Joyeux Anniversaire, le site !

Et voilà, Format Court a quatre ans (= noces de cire) depuis le 9 janvier 2013. Chaque année, à cette période, au moment de rédiger l’édito, j’ai pour habitude de revenir en arrière et de relire le tout premier article du genre, celui qui a officialisé les débuts du site. Le 9 janvier 2009, l’édito s’appelait « édito » (un titre comme un autre !) et ne se concevait pas comme un site exhaustif sur le court ni comme un annuaire ou un portail d’actualité, mais comme un regard critique et personnel sur le cinéma bref. En cliquant, j’ai retrouvé notre tout premier visuel. Points de vue, recherches formelles, originalité, nouvelles images, inventivité, brièveté, fantaisie : nous avions terriblement envie de parler de tout cela à la fois. En quatre ans, j’espère que nous avons pu un peu nous rapprocher de ces mots-clés en vous faisant découvrir des oeuvres et des auteurs importants à nos yeux.

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© Gwendoline Clossais

Le premier « numéro » de Format Court proposait entre autres d’en savoir plus sur le FIDEC et le festival Média 10-10, deux festivals de courts métrages belges, que nous avons continué à couvrir, édition après édition. Avec le temps et les nouveaux contributeurs, les sujets se sont multipliés. Le site compte aujourd’hui plus de 700 actualités et 700 fiches techniques, près de 400 critiques de films, plus de 150 interviews et près de 130 focus consacrés aux festivals et personnalités du court métrage.

À nos débuts, nous ne pouvions prévoir notre parcours en courts, le développement des Prix et des coups de cœur Format Court remis en festivals (Anima/Bruxelles, Vendôme, Paris Courts Devant, Média 10-10/Namur, Court Métrange/Rennes) ou encore l’existence des soirées Format Court, chaque deuxième jeudi du mois au Studio des Ursulines, un cinéma indépendant parisien du 5ème (pour vous faire une idée de la dernière séance, celle de notre anniversaire, cliquez ici).

L’année écoulée nous permet de vous proposer un beau bilan : nous avons rejoint le Comité Court Métrage de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma, nous sommes devenus partenaires du concours de courts organisé par l’émission Libre Court (France 3), et nous avons initié de nouveaux prix Format Court, l’un au festival de Brest, l’autre au festival Silhouette.

Ce début d’année s’annonce tout aussi intéressant. Nous serons partenaires du Forum Audiovisuel de la Jeunesse (GENERATOR) proposé par le réseau européen de jeune cinéma NISI MASA à Strasbourg à la fin du mois et en février, et nous retrouverons après un an d’absence le festival Anima pour un nouveau Prix Format Court (dans la catégorie films d’écoles européens, cette fois).

Entre les deux, nous couvrirons, dans le cadre d’un partenariat média privilégié, la prochaine édition du festival de Clermont-Ferrand, la 35ème, à travers un focus en ligne renouvelé plusieurs fois par jour. À Clermont, toujours, nous serons proches de la SRF (Société des Réalisateurs de Films) puisque nous modérerons un débat le 5 février autour de la diffusion européenne des œuvres de court métrages. Tous ces évènements ne manqueront pas d’être explicités sur le site, n’hésitez donc pas à revenir régulièrement sur vos pas à cet effet.

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© Alexei Alexeev

Après les chiffres et les projets, place aux remerciements. Format Court, nous le rappelions encore à notre dernière projection, est un projet collectif. Si le site a eu (et a encore) droit à un bon anniversaire, ses rédacteurs et ses petites mains ont eux aussi tout autant droit à tous vos encouragements. Merci donc, encore et toujours, à Marie Bergeret, Adi Chesson, Amaury Augé, Fanny Barrot, Julien Beaunay, Marion Cécinas, Agathe Demanneville, Dounia Georgeon, Xavier Gourdet, Nadia Lebihen-Demmou, Mathieu Lericq, Camille Monin, Géraldine Pioud, Julien Savès et Franck Unimon pour leur goût du court et leur chouette lien à Format Court !

L’année prochaine, Format Court aura 5 ans et fêtera, si tout va bien, ses noces de bois. D’ici là, les « formatcourtois » vous souhaitent à toutes et à tous une belle et heureuse année 2013, riche en audace, en innovation et en courts (bien évidemment) !

Katia Bayer
Rédactrice en chef

Rencontres Henri Langlois, il était une fois une sole et un puma

Cette année, les Rencontres Henri Langlois de Poitiers ont innové en proposant aux spectateurs d’assister aux délibérations du Jury du Syndicat Français de la Critique. Entre argumentaire cinématographique acerbe et échange de points de vue personnels, les trois jurés, Marie-Pauline Mollaret, Francis Gavelle et Bernard Payen, ont su captiver pendant plus d’une heure les courageux festivaliers qui s’étaient levés tôt un samedi matin. Retour sur ce moment critique.

Edition 2012 : les tendances de la saison

Au delà de l’anecdotique décor récurrent qui tire son épingle du jeu annuellement – cette année c’était la piscine, vide dans « Non-Swimmers » du Tchèque Jakuk Smid, pleine dans « Swimming Pool » de Puangsoi Aksornsawang (Thaïlande), avec ou sans nageurs – les deux tendances majeures de la sélection étaient sans aucun doute la forte représentation de l’animation et des films réalisés par des écoles d’Amérique du Sud.

En effet, plusieurs films d’animation avaient marqué la sélection par leur traitement ambitieux et original tant en termes de forme que de fond comme « Anomalies » de Ben Cady (Royaume-Uni) qui surprend par un minimalisme formel d’une intensité déroutante. D’autre part, le cinéma dit « latino » a occupé une bonne place dans les films présentés cette année et était assez remarquable par sa qualité. Comme l’année précédente, un long métrage était en compétition et cette année, il s’agissait d’un film mexicain « Entre la noche y el dia » de Bernardo Arellano. Cette tendance est visible au-delà du festival puisque le cinéma mondial est impacté par les nouvelles propositions sud-américaines.

Les tops 3 des critiques : de la difficulté d’extraire 3 films d’une sélection de 40 courts métrages (+ un long)…

En amont des délibérations, chaque critique a élaboré sa propre pré-liste qu’il confronte pendant l’exercice à celles des deux autres jurés. Pour Marie-Pauline Mollaret, critique pour le magazine Ecrannoir.fr, un trio de tête apparaît (« Letargo » de Sebastian Palominos (Chili), « La sole entre l’eau et le sable » d’Angèle Chiodo (France), « Pude ver un puma » d’Eduardo Williams (Argentine) et quatre films en plus sont remarquables (« Men of the Earth » d’Andrew Kavanagh (Australie), « Swimming Pool » de Pusansoi Aksornsawang (Thaïlande), « Après guerre » Valentin Kemner et Sophie Reinhard (Suisse), « So It Goes » de Anti Heikki Pesonen (Finlande).

Bernard Payen, responsable de programmation à la Cinémathèque française et fondateur du webmag Objectif Cinéma, à la recherche d’une rencontre entre le spectateur et le film, privilégie « La sole entre l’eau et le sable » d’Angèle Chiodo (France), « Pude ver un puma » d’Eduardo Williams (Argentine) et « Neige tardive » (Utan Snö) de Magnus von Horn (Pologne). Il garde des films en plus pour leur intérêt formel ou leur sujet : « Terra » de Piero Messina (Italie), « Dusty Night » d’Ali Hazara (France, Aghanistan), « Toucher l’horizon » d’Emma Benestan (France) et « Le fils du blanc » de Maxence Robert (Belgique).

Francis Gavelle, producteur à Radio Libertaire et sélectionneur des courts métrages à La Semaine de la Critique entre 2001 et 2011, oriente son choix vers les films de la contamination, ceux qui traitent à priori d’un sujet léger ou simple mais finissent par porter le spectateur vers un thème plus dense. Dans son top 3, se côtoient « La sole entre l’eau et le sable » d’Angèle Chiodo (France), « Anomalies » de Ben Cady (Royaume-Uni) et « Letargo » de Sebastian Palominos (Chili). Il retient comme films supplémentaires « Cuerda al aire » de Marcel Beltran (Cuba) et« Kuhina » de Joni Männistö (Finlande).

Dès cette phase de pré-sélection, les membres du jury furent assez d’accord sur les films à retenir et sur lesquels discuter. Ce premier tour mettait en évidence l’accord unanime sur le film d’Angèle Chiodo « La sole entre l’eau et le sable » qui apparaissait dans le top 3 de chaque juré. Pour autant, un autre film créa le débat chez les jurés : « Pude ver un puma ». Le film captiva complètement Marie-Pauline Mollaret et Bernard Payen mais laissa Francis Gavelle « en réflexion » selon ses propres termes.

Les idées sur le puma…

Si le film d’Eduardo Williams rassembla les suffrages des trois critiques sur la question de la maîtrise technique, un point de désaccord fut soulevé par Francis Gavelle qui vit dans « Pude ver un puma » un film qui « joue sur l’épate ». L’épate d’un décor magnifique qui accroche forcément et facilement le spectateur. L’épate d’une mise en scène qui montre tout ce que le réalisateur sait faire comme avec la scène d’ouverture où plusieurs protagonistes évoluent sur les toits terrasses en sortant du cadre, rentrant de nouveau et ce de façon très bien menée à l’image. Pour lui, la proposition cherche à impressionner le spectateur. Ce qui l’a laissé extérieur au film…

A contrario, pour Bernard Payen, « Pude ver un puma » est un film qui offre des pistes de narration multiples, on peut y saisir plusieurs grilles de lecture. C’est un film très sensible, qui touche physiquement et happe le spectateur. On a l’impression que le film a commencé avant que l’on arrive, le spectateur est là comme « à l’improviste ». L’univers créé par Eduardo Williams est extrêmement personnel, esthétiquement très réussi. Le climat apocalyptique est bien amené. Pour Marie-Pauline Mollaret, c’est un film qui apporte de la nouveauté et un point de vue très personnel, et qui est inscrit dans un cinéma du ressenti. Qui plus est, elle pointe un autre aspect du film qui joue sur la difficulté pour ces jeunes de communiquer dans ce monde, c’est un sujet très actuel à ses yeux.

L’accord unanime et le consensus

Finalement, le choix du prix du Jury du Syndicat de la Critique aura été plutôt simple à décider puisqu’un film, et un seul, faisait l’unanimité dès le départ : « La sole entre l’eau et le sable ». Un film plébiscité pour son côté culotté, atypique et déroutant. Pour Francis Gavelle, ce film qu’il qualifie « de la contamination » est intéressant dans sa bascule d’un sujet anodin, le poisson, à un thème plus intéressant, la grand-mère, qui vient petit à petit parasiter le premier sujet. Le film n’est pas sérieux mais ne tombe pas non plus dans la boutade. Il est très touchant.

Mais après avoir passé la plus grande partie de la délibération à débattre autour du film « Pude ver un puma », comment ne pas le valoriser dans la remise des prix ? Chose pratique pour tout bon jury qui se respecte : l’appel à la mention !

Fanny Barrot

Ali Hazara : « À travers les trois hommes de mon film, c’est toutes les personnes qui veulent voir changer l’Afghanistan que je montre, et j’en fais partie »

Présenté en compétition internationale aux 35èmes Rencontres Henri Langlois, « Dusty Night » d’Ali Hazara, un film documentaire qui traite de la condition sociale actuelle en Afghanistan, y a remporté le prix Amnesty International. Il fait partie de ces films dont on a entendu parlé sans les voir faute d’écrans suffisamment audacieux pour proposer du court métrage documentaire et ce malgré un grand prix du court métrage au festival Cinéma du Réel en 2012. Alors, le voir programmé aux Rencontres Henri Langlois provoque autant de plaisir que de respect pour les sélectionneurs. Le film a été réalisé dans le cadre des ateliers Varan en Afghanistan. Si ceux-ci sont connus pour former au cinéma documentaire en France, on sait peut être moins que, depuis le début, ils existent également à l’étranger et depuis 2006 à Kaboul. Il est suffisamment rare de voir l’Afghanistan au cinéma pour que ce seul sujet suscite l’intérêt du spectateur, mais au-delà de cela, « Dusty Night » est un film politique où le réalisateur pointe du doigt un pays qui n’arrive pas à se reconstruire et subit les affres des économies souterraines.

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© DR

Ali, pourquoi avez-vous fait le choix de filmer trois hommes-balayeurs en Afghanistan pour votre film d’études ?

En réalité, ces trois hommes représentent plus que trois individus isolés, ils figurent une communauté. Les trois personnages du film sont un père et ses deux fils. J’ai choisi de filmer ces hommes comme des ombres. Ces personnages veulent en quelque sorte nettoyer les choses autour d’eux. Ces hommes-balayeurs souhaitent rendre leur pays « propre » au sens propre comme au figuré. A travers ces trois hommes, c’est toutes les personnes qui veulent voir changer l’Afghanistan que je montre, et j’en fais partie.

Le fait de balayer le sable, la poussière semble être un acte vain, presque sisyphéen. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce mouvement, sur cette matière que les balayeurs chassent et qui revient inexorablement ?

J’ai vécu pendant dix ans en Afghanistan et pendant toute cette période les gens parlaient sans cesse des changements qui devaient se produire dans le pays mais rien ne se passait vraiment. Le sable, la poussière qui revient toujours, c’est un peu le symbole de cette immutabilité. Même si les balayeurs tentent d’ôter la matière, elle revient toujours… Et puis, dans la culture afghane on dit que les hommes sont faits de sable. Il existe un vrai antagonisme entre deux états du sable : la matière qui crée la vie dans l’imaginaire traditionnel et aussi celle qui tue la population dans la réalité. Le sable est également le symbole de l’aveuglement dans le film. Quand cette matière se mêle au vent, il se crée une sorte de « fog » qui empêche les hommes de voir. C’est un peu la représentation pour moi de la société afghane actuelle, tout y est trouble.

Il y a quelque chose de très tranché dans la mise en scène du film entre l’ouverture sur un paysage désertique ou règne la quiétude et la ville bruyante et sale. Cette opposition semble souligner la différence de condition de vie des hommes entre le désert et la ville.

En fait, il ne s’agit pas du désert mais d’un cimetière. J’ai filmé cet endroit comme le souvenir d’un lieu qui n’existe plus. À l’inverse, les nouveaux espaces existants sont ceux de la ville. Les balayeurs y sont dépeints comme des fantômes, filmés en contre-jour, ce ne sont que des ombres dans l’univers urbain. Paradoxalement, dans le cimetière ces personnages sont heureux et vivants, les enfants jouent, la vie bat son plein…

Le film est assez taiseux, seuls deux moments sont ponctués de voix off et il n’y a qu’un seul dialogue, celui où le père évoque la question du travail avec ses fils. Quelle est la place du travail dans la société Afghane ? Est-ce la dernière valeur sur laquelle compter pour survivre ?

C’est exactement ça. Les enfants afghans n’ont plus vraiment d’enfance. Dans le film, le père explique à ses fils qu’ils n’iront pas à l’école d’une part car ils n’en auront pas les moyens, mais également car leur père ne le souhaite pas. Pour survivre il faut travailler, s’éduquer ne sert à rien à ses yeux. Les enfants doivent faire comme les adultes : travailler très jeunes pour survivre. C’est comme cela en Afghanistan.

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Dans le film, une part importante est dédiée au pétrole, au gaz, des ressources naturelles abondantes en Afghanistan, pourquoi ?

En fait, géographiquement l’histoire se déroule autour d’une station-service qui fait en quelque sorte vivre la ville. Je souhaitais montrer toute l’importance de cette énergie dans l’économie afghane. Le pétrole organise la vie économique et de fait la vie sociale. Bien entendu, les sources d’énergie sont importantes dans chaque pays mais en Afghanistan elles sont la cause de la destruction du pays.

Qu’en est-il de la musique et des sons dans « Dusty Night » ?

Les sons représentent réellement 50% du film à mon sens. Dans la ville, j’ai construit l’ambiance sonore comme s’il s’agissait d’une vague. On peut saisir le mouvement de cette vague dans le geste des balayeurs mais également dans la circulation automobile qui créée un son comme le flux et le reflux de l’océan. C’est ce qui donne le rythme du film.

Les femmes sont totalement absentes des lieux que vous filmez, pourquoi ?

En Afghanistan, les femmes ne sont pas censées apparaître en public, c’est pour ça que j’ai choisi de ne pas montrer de femmes dans mon film. Et la réalité, c’est qu’une fois la nuit tombée, aucune femme ne sort plus dans la rue. Elles sont en danger en Afghanistan et si les talibans reviennent, ils ne chercheront jamais à négocier quoi que ce soit autour de leurs conditions de vie.

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Vous avez tourné ce film il y a environ un an. Etes-vous retourné depuis en Afghanistan ?

Non, pas depuis la fin de tournage du film. En revanche, le film a été montré là-bas, mais le public vit la situation décrite au quotidien et n’a donc pas eu de réaction particulière après la projection.

Avez-vous des projets de réalisation?

Je travaille sur une série de quatre films dont « Dusty Night » fait partie, c’est le premier. Dans la culture afghane, le monde est représenté autour de quatre éléments : la terre, l’eau, le vent et le feu. Vous avez vu le sable/la terre, les trois autres suivront. Le prochain film sera axé autour de l’eau.

Propos recueillis par Fanny Barrot

Consulter la fiche technique du film

D comme Dusty Night

Fiche technique

Synopsis : Ombres parmi les ombres, les balayeurs de nuit de Kaboul déplacent une lourde poussière le long d’une avenue. Images arrachées à la poussière et à la nuit, dans les phares des voitures, à la lueur d’une boutique, ou d’une pompe à essence.

Genre : Documentaire

Durée : 20′

Pays : France, Afghanistan

Année : 2011

Réalisation :  Ali Hazara

Scénario : Ali Hazara

Image : Ali Hazara

Production : Les Ateliers Varan

Article associé : la critique du film

Rencontres Henri Langlois 2012

Pour la 35eme édition des Rencontres Henri Langlois qui s’est déroulée à Poitiers du 30 novembre au 9 décembre 2012, la programmation a tenu toutes ses promesses. Entre découverte de jeunes réalisateurs talentueux issus des plus prestigieuses écoles de cinéma internationales et des séances spéciales aux accents belges, européens ou africains, les spectateurs ont eu droit à de belles rencontres cinématographiques ! Dans notre focus, retrouvez les interviews de deux réalisateurs en compétition internationale, un aperçu des délibérations publiques du Jury de la Critique Française et bien sûr le palmarès.

Retrouvez dans ce Focus :

Soirée Anniversaire Format Court, les photos !

L’album de notre séance anniversaire est en ligne. Retrouvez les photos de la soirée, marquée par la présence de Sylvain Desclous, Myriam Boyer, Julien Roux, Florence Borelly (réalisateur, comédienne, chef op’, productrice de ”Le Monde à l’envers”), Emilie Parey (déléguée générale du Festival de Vendôme), Benjamin Renner, Christophe Heral (réalisateur et compositeur de ”La Queue de la souris”) et Dimitra Karya (directrice de la sélection de la Cinéfondation).

Photos :  Julien Ti.i.Taming

Prochaine séance Format Court : jeudi 14 février 2013 !

Format Court, partenaire du concours « Lignes de court » 2013 (France 3). Envoyez votre film !

Mis en place il y a 6 ans, le concours « Lignes de court » permet chaque année à des réalisateurs de concourir pour remporter l’achat et la diffusion de leur film dans l’émission Libre court sur France 3. Du 21 décembre 2012 au 21 juin 2013, les auteurs sont invités à envoyer leur court métrage, tourné sur tous formats (35mm, super 16, HD, DV), d’une durée de 5 minutes maximum. France 3 sélectionnera par la suite vingt à trente courts métrages qui seront ensuite mis en ligne sur le site internet de Libre Court le 1er juillet 2013.

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Du 1er juillet au 31 août, les internautes pourront voter pour leur film préféré. Début septembre 2013, le jury en élira 3 parmi les 12 ayant recueilli les meilleures notes globales (note moyenne prenant en compte la note des internautes et le nombre de votes). Les gagnants se verront proposer un contrat de diffusion sur France 3, dans le cadre de l’émission « Libre Court ».

Les parrains du concours

La marraine : Katia Bayer

Journaliste de formation, Katia Bayer est à l’initiative du site dédié aux courts métrages, « Format Court ». Depuis son lancement en janvier 2009, elle en est la rédactrice en chef. Ce site regroupe critiques, interviews, reportages et extraits de courts métrages internationaux.

Le parrain : Grégoire Lassalle

Grégoire Lassalle est PDG d’Allociné, 1er site cinéma en France. Il tient également le rôle titre de la web TV « Dedans Allociné » qui a reçu le Prix du Jury et le Prix du Public lors du Web TV Festival 2012. Dès 2006, Allociné propose l’hébergement gratuit de court métrages. Depuis juillet 2011, il est aussi possible de créer une page court métrage au même titre qu’un long métrage.

Rendez-vous sur le site internet de France 3 pour plus d’infos sur le concours.

« Les Escargots de Joseph », secrets de fabrication

À l’heure où certains se sont émerveillés devant les vitrines animées de Noël et où l’on courait de magasin en magasin dans l’espoir de trouver le cadeau idéal, la ville de Bruz, en Bretagne, a proposé une toute autre sorte d’émerveillement face à un autre type d’animation, celle de dessins, peintures, et autres marionnettes. Le Festival National du Film d’Animation de Bruz a offert encore cette année une programmation pleine de surprises. La compétition officielle, composée de 35 courts métrages professionnels et de 41 films de fin d’études, a proposé pendant plusieurs jours un panorama diversifié de la production actuelle, mais pas seulement.

En effet, le Festival National du Film d’Animation tient aussi en des rencontres avec des professionnels, des ateliers de découvertes, un focus sur l’animation Tchèque, et des expositions, avec à l’honneur cette année, la marionnette. Arrêtons-nous quelques instants sur une autre particularité du festival, les « Secrets de fabrication ». Dans une salle remplie de petits et de grands, Sophie Roze et Gilles Croirier dévoilent, sous le regard attentif des enfants, les coulisses de la réalisation du film « Les Escargots de Joseph » (2009).

Le film est issu d’un souvenir d’enfance, et qu’à cela ne tienne, il s’agit d’une histoire qui suscite tout l’intérêt des enfants présents dans la salle. Basé sur l’expression « se regarder le nombril », « Les Escargots de Joseph » nous fait entrer dans l’univers étrange de Joseph, un enfant extrêmement timide obnubilé par les escargots. Un jour, alors qu’il se regarde le nombril, il se trouve aspiré par celui-ci et découvre l’univers inquiétant des nombrilistes. Dans ce monde, les personnages se replient littéralement sur eux-mêmes et se transforment en escargot à force de se regarder le nombril et de se couper du monde extérieur.

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Très réactifs, les enfants présents dans la salle sont tout d’abord surpris par la taille de la marionnette, pas plus grande qu’une main, tandis que Gilles Croirier, un des animateurs du film, l’anime en prenant des photographies qu’il assemble sous les yeux des spectateurs. On découvre alors les dessous d’une technique d’animation minutieuse, image par image, qui demande une analyse du mouvement afin de le reproduire.

Joseph, vêtu d’un short et d’un chapeau de paille, est un personnage timide mais émouvant, dont le style est inspiré de cette grande vedette du cinéma muet qu’est Buster Keaton. On retrouve chez Joseph cet aspect touchant par sa maladresse, à la fois timide et plein de curiosité, plus particulièrement dans une scène où Joseph se trouve face à un nombriliste qui lui ressemble curieusement, comme un double de lui-même. Jeu de mains et de regards, cette scène semble tout droit sortie d’un film muet, tandis que les deux marionnettes nous touchent et nous font sourire rien que par leur gestuelle, preuve d’une animation réussie.

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Trois mois pour la construction des décors et la fabrication des marionnettes, trois mois de tournage à une moyenne de douze secondes par jour, sans compter la post-production, c’est le temps qu’il aura fallu à Sophie Roze, Gilles Croirier et Pierre-Luc Granjon pour réaliser « Les Escargots de Joseph », ce film intimiste et enchanteur, pour le plus grand plaisir des tout petits, sans oublier les plus grands !

Agathe Demanneville

Rappel : Soirée Anniversaire, ce jeudi 10 janvier à 20h30, au Studio des Ursulines !

Le site internet Format Court vous invite à fêter son 4ème anniversaire le jeudi 10 janvier 2013, à 20h30, au Studio des Ursulines (Paris, 5ème), lors d’une projection anniversaire en présence de nombreux invités : Sylvain Desclous, Myriam Boyer, Florence Borelly, Emilie Parey (« Le Monde à l’envers »/Festival de Vendôme), Benjamin Renner, Christophe Heral (« La Queue de la souris ») et Dimitra Karya (Cinéfondation).

Cette soirée sera suivie d’un verre offert pendant laquelle vous aurez l’occasion de découvrir une exposition de dessins originaux d’animateurs français et étrangers rencontrés tout au long de notre parcours.

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Infos pratiques

– Projection des films : 20h30. Durée du programme : 88′

Détail de la programmation : ici !

– Adresse : Studio des Ursulines – 10 Rue des Ursulines, 75005 Paris – Accès : BUS 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon).
 RER B Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Épée).

Entrée : 6 € !

Réservations vivement recommandées : soireesformatcourt@gmail.com

– Prochaine séance : le jeudi 14 février 2013 !

Aalterate de Christobal de Oliveira

En compétition dans la catégorie films professionnels du Festival National du Film d’Animation à Bruz, « Aalterate », de Christobal de Oliveira, nous plonge dans un paysage mental fascinant.

Le film a d’abord été conçu comme une installation vidéo pour une galerie d’art et il aurait été bien dommage de se priver d’un tel objet, lors du festival du film d’animation. Le film est le fruit d’un travail de graphiste designer, dévoilant une séquence 3D basée sur la logique du mouvement et de la circulation, et une narration dont on parvient petit à petit à reconstituer le sens.

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« Aalterate », tel est le titre qui s’inscrit sous nos yeux et qui, dès le début, subit une lente transformation qui n’est que le début du cheminement du corps et de l’âme d’une jeune femme. En effet, quelques lignes noires viennent se dessiner doucement sur un fond immaculé de blanc, tel un flash violent, vision brutale d’un monde céleste. Ici, rien ne se perd, tout se crée, et chaque élément qui envahit l’image subit une évolution constante. Petit à petit, les courbes s’affirment pour laisser place à une silhouette de femme.

Soudain, une image de pare-brise fêlé, en décomposition, vient briser la continuité, tel le flash-back d’une tragédie, tandis que le corps féminin, à l’inverse, est en composition. Le corps se transforme, en images faites de courbes mouvantes et sensuelles, et se déploie telle une plante qui prend vie, envahissant progressivement l’écran de ses tentacules mi-organiques mi-mécaniques. Alors que chacune de ses membranes grandit et envahit la totalité du cadre dans un plan séquence envoûtant, les tons s’assombrissent, laissant place à une image foisonnante, grouillante, gorgée de détails.

Christobal de Oliveira crée ici un plan hypnotique de jungle traversée d’éclairs, mêlant des éléments organiques et mécaniques. Le son, mélange de bruits de plantes et de bestioles qui pullulent, intégrant progressivement une musique aux accents tribaux, vient enrichir l’image et tour à tour, les sensations d’oppression puis de libération qu’elle véhicule. La caméra plonge dans un monde abyssal, dans les entrailles de cette jungle et nous mène sur une route qui s’étend vers l’horizon. Sur cette route, se trouve une voiture qui fonce à toute allure et plonge pour venir se poser au fond des abysses.

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Alors, de nouveau, des corps tentaculaires, entre organismes vivants et câbles électriques, viennent envahir la mécanique, tandis que l’huile du véhicule s’échappe. Le liquide prend progressivement la forme d’un corps de femme et s’élève vers la lumière. S’élève-t-il vers une sorte d’espace céleste, un au-delà où le corps et l’âme ont subi une altération, ou est-ce simplement son âme qui s’élève tandis que son corps demeure dans les abysses rejoignant les organismes végétaux ?

La boucle semble bouclée mais le mystère reste non résolu, et les images, animés de façon fluide pour créer des mouvements plein de sensualité, semblent retracer un accident de voiture, la violence du choc laissant place à la beauté de la transformation de l’âme, et de la matière. Les diverses teintes de gris qui viennent contrecarrer le contraste initial entre le noir et le blanc viennent nous rappeler qu’il n’est de vie ou de mort sans cheminement, et que de l’un à l’autre, il existe d’autres teintes, d’autres voyages sensoriels.

Agathe Demanneville

Consulter la fiche technique du film

A comme Aalterate

Fiche technique

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Synopsis : Une femme dans le coma flotte dans un espace blanc, immaculé. Soudain son corps commence à s’altérer, des formes organiques se manifestent et prolifèrent, emplissant l’écran. Démarre alors l’exploration de ce corps en mutation.

Genre : Animation

Technique : Ordinateur 3D

Durée : 10’

Pays : France, Pays-Bas

Année : 2011

Réalisation : Christobal De Oliveira

Scénario : Christobal De Oliveira

Montage : Christobal De Oliveira, Grégoire Sivan, Nicolas Schmerkin

Musique : Maxime Drouillard

Production : Autour de Minuit

Article associé : la critique du film

Soirée Bref n°141, ce mardi 8 janvier 2013 : Des anges et des chiens

« Cette soirée aurait pu tout aussi bien s’intituler “Sans tambour ni trompette” car on n’aperçoit dans ces films ni l’un ni l’autre. Qu’on y croise des anges et des chiens ne garantit pas pour autant que c’est par l’entremise de ces figures que les liens les plus tangibles se tissent entre ces fictions aux formes et aux tonalités très variées. À chacun d’entendre là une simple histoire, là une parabole, là la littéralité du monde, là une immersion dans le rêve ou le fantastique. Peut-être est-il aussi question, au détour de tel ou tel film, de notre part animale, de l’âme de la nature, de la cruauté des anges déchus et de bien d’autres choses encore ». Jacques Kermabon

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Un dimanche matin de Damien Manivel. 2012, DCP, couleur, 18 mn.

Réalisation et scénario : Damien Manivel • Image : Julien Guillery • Son : Jérôme Petit • Montage : Suzana Pedro • Interprétation : Ivan Borin et Stiki • Production : Grec.

Comme chaque dimanche matin, un homme promène son chien dans la banlieue parisienne. Prix Découverte Nikon à la Semaine de la Critique 2012

Peau de chien de Nicolas Jacquet. 2012, DCP, Noir et blanc / couleur, 13 mn.

Réalisation, scénario, montage et animation : Nicolas Jacquet • Son : Renaud Bajeux et Niels Barletta • Voix : Florence Tranchant, Pascal Métot, Gaël Perrot, Catherine, Odile et Bip • Production : Joseph.

Dans une France en proie à une crise économique et à la violence, la préférence nationale est instaurée. Il est dorénavant obligatoire de présenter ses papiers pour acheter de la nourriture. Un chien errant tente de survivre.

Plume de Barry Purves. 2011, DCP, couleur, 15 mn.

Réalisation et scénario : Barry Purves • Image : Barry Purves, Stéphane Piera, Nadia Nakhlé et Justin Noé • Son : Éric Lonni • Montage : Stéphane Piera • Musique : Nicolas Martin • Animation : Barry Purves et Stéphane Piera • Production : Dark Prince.

Un être ailé, une chute vertigineuse et une rencontre hostile et violente qui changera à jamais sa vie.

Königsberg de Philipp Mayrhofer. 2012, DCP, couleur, 18 mn.

Réalisation et scénario : Philipp Mayrhofer • Image : Marc Gomez Del Moral • Son : Jean Collot • Montage : Carole Le Page • Interprétation : Paul Bandey, Jean Rieffel, Karina Beuthe, Alice Isaaz, Eddy de Pretto et Justine Soulie • Production : Ferris et Brockman.

Monsieur Königsberg dirige une petite usine de province. Malgré sa vie satisfaisante, il est habité d’une sourde mélancolie et souffre de la réputation d’être mauvais chasseur. Quand il se rend à sa partie de chasse hebdomadaire, il décide de faire basculer son destin.

Oh Willy… d’Emma de Swaef et Marc Roels. 2012, DCP, couleur, 12 mn.

Réalisation et scénario : Emma de Swaef et Marc Roels • Image : Marc Roels • Son et musique : Bram Meindersma • Montage : Emma de Swaef, Dieter Diependaele et Marc Roels • Voix : Edo Brunner • Production : Polaris Film Production & Finance, Beast Animation, Il Luster Productions, Vivement Lundi !.

À la mort de sa mère, Willy retourne dans la communauté de naturistes au sein de laquelle il a grandi. Rendu mélancolique par ses souvenirs, il décide de fuir dans la nature où il trouve la protection d’une grosse bête velue. Cartoon d’or 2012. Primé aux festivals de Zagreb, Drama, Utrecht, Saint-Pétersbourg, Bucarest, Krok, Sapporo, etc.

Infos pratiques

Séance à 20h30

MK2 Quai de Seine – 14 Quai de la Seine – 75019 Paris – M° Jaurès ou Stalingrad
Tarif : 7,90 € (cartes illimitées acceptées)

Lien : http://www.brefmagazine.com/pages/soiree_qds.php

Ceux d’en haut de Izù Troin

Une fresque psychologique glaciale

Après « Le Bûcheron des mots », Izù Troin livre avec « Ceux d’en haut », Mention spéciale du prix de la jeunesse au Festival National du Film d’Animation de Bruz, un film angoissant et sombre qui nous plonge en profondeur dans les rouages psychologiques de ses personnages. Utilisant l’univers codifié du cinéma de genre et les recettes du film d’angoisse, « Ceux d’en haut » suit un schéma narratif assez proche du récit fictionnel pour nous faire vivre l’histoire d’un basculement dans la folie.

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Adaptation de la nouvelle de Maupassant L’auberge, le film démarre dans l’ambiance rurale du 19ème siècle, au moment où deux hommes s’apprêtent à passer l’hiver en montagne pour assurer la garde d’une auberge perdue entre les cols alpestres. Le tableau initial est assez social, voire romantique. L’aubergiste redescend dans la vallée accompagnée de sa femme et de sa fille, laissant les lieux à un homme mûr habitué des hivernages en altitude, et à un garçon plus jeune, novice de l’expérience, et dont on ressent d’emblée l’attitude ambivalente. Le jeune homme est amoureux de la fille de l’aubergiste et semble craindre plus que tout la longue séparation qui le tiendra à distance d’elle pendant des mois. Au moment de se quitter, la jeune fille lui confie un portrait d’elle, alors qu’on ressent dans le cœur du jeune homme toute l’appréhension de l’isolement qu’il s’apprête à vivre. Subtilement et pour la première fois, l’angoisse s’immisce dans le film.

Très vite la neige recouvre abondamment la montagne, isolant les deux hommes et leur chien de tout contact extérieur. La vie s’écoule doucement au cœur de l’auberge isolée, et la présence rassurante et chaleureuse de l’homme mûr ne parvient pas à éloigner le jeune homme de la profonde mélancolie qui l’étreint. Sur un rythme très lent, le temps passe sur l’auberge, et le jeune homme s’enfonce dans une solitude dépressive perturbée par les démons imaginaires qu’entretient en lui le portrait de la jeune fille. Le travail sur les lumières est impressionnant et joue beaucoup du clair-obscur, ce qui permet à Izù Troin de souligner l’essentiel tout en alimentant le suspense par la grande liberté d’imagination laissée aux spectateurs. Sorti de sa langueur par les aboiements du chien, il finit par remarquer qu’en pleine nuit, son compagnon n’est pas rentré de la chasse. Dans le désert blanc des cimes, il part rechercher le disparu à la faible lueur d’une lanterne. La musique et les bruitages alimentent parfaitement l’atmosphère angoissante du film en jouant sur le rythme et en développant une tension dramatique qui parvient même à nous faire sursauter d’effroi. Les décors prennent alors une nouvelle importance et viennent créer de nouveaux personnages. La montagne tout d’abord s’incarne très rapidement par sa présence sauvage et mystique. Muée par les vents et la neige, elle semble balayer par d’inquiétantes ombres, énergies menaçantes et visions ectoplasmiques déchaînant le sentiment d’insécurité. Entre les fantômes qui habitent son esprit et les reflets perturbants de ses peurs obsessionnelles, le jeune homme perd pied dans l’isolement solitaire qui le met face aux éléments hostiles. L’ambiance visuelle des décors est assez saisissante notamment par l’utilisation de l’aquarelle qui, tout en appuyant l’humidité froide de l’hiver, contribue à donner une certaine grandeur à des paysages de montagne devenus monstrueux.

Miraculeusement revenu de son cauchemar nocturne en pleine montagne sans avoir retrouvé son compagnon, le jeune homme se réfugie dans l’auberge désertée. Le chien a lui aussi disparu, et dans une solitude toujours plus absolue, l’esprit du jeune homme continue de s’égarer. L’auberge prend vie à son tour, et entre les fantasmes terrifiants de son esprit et ses obsessions psychotiques, le jeune montagnard finit de sombrer dans une démence paranoïaque.

« Ceux d’en haut » est un film fort qui manipule à merveille les contrastes visuels et sonores pour nous faire découvrir les tourments de l’enfermement mental et émotionnel. Film d’animation assez traditionnel par son approche graphique largement réalisée sur papier, Izù Troin réalise ici une œuvre originale développant une structure et un thème qui sont plus généralement l’apanage du cinéma de fiction.

Xavier Gourdet

Consulter la fiche technique du film

C comme Ceux d’en haut

Fiche technique

Synopsis : 1862, une auberge d’altitude dans les Hautes-Alpes. Chaque hiver, le couple de propriétaires confie l’établissement à deux gardiens. Cette année, Gaspard, qui vient là depuis des lustres, est accompagné du jeune et novice Ulrich. En arrivant, Ulrich croise Lise, la fille des aubergistes, et se sent terriblement attiré par elle. Quand il se décide à la rejoindre, il est trop tard : la neige tombée en abondance interdit l’accès de la vallée. Ulrich est accablé. Le lendemain, Gaspard, parti à la chasse, ne revient pas. Le jeune homme, hanté par ses peurs et ses fantasmes, survivra-t-il ?

Genre : Animation

Pays : France

Année : 2012

Durée : 25’

Réalisation : Izù Troin

Scénario : Patrick Vanetti, Izù Troin

Voix : Cédric Eeckhout, Jean-Paul Racodon, Serge Avédikian, Clémence Brodin, Andréa Férreol

Photographie : Claude Garnier

Son : Loïc Burkhardt

Mixage : Loïc Moniotte

Montage : Bruno Tracq

Musique : Dany Plaud, Sylvain Legeai, Benjamin Van Migom

Production : Folimage

Article associé : la critique du film

19ème Festival National du film d’animation de Bruz

L’Association Française du Cinéma d’Animation (AFCA), en partenariat avec la ville de Bruz en Ile-en-Vilaine, a organisé du 12 au 18 décembre le 19éme Festival National du Film d’Animation. Avec plus de 75 films répartis en compétition professionnelle et étudiante, le Festival a offert un regard complet sur l’état actuel de la création de courts métrages animés en France. Films en 3D, en 2D, marionnettes, découpages, dessins, peintures, le festival a parcouru tous les styles de cet intarissable laboratoire d’expérimentation qu’est le cinéma d’animation. En marge des compétitions officielles, le festival a complété sa proposition par différentes initiatives comme la visite de studios, des tables rondes, des leçons de cinéma, ou encore des sessions dédiées aux secrets de fabrication de certains films. Amoureux des imaginaires merveilleux et des performances créatives, votre rendez-vous était à Bruz !

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Retrouvez dans ce Focus :

– Nos articles sur le festival, dans les prochains jours…

Format Court vous souhaite à tous et à toutes une belle et heureuse année 2013 et vous invite à fêter son quatrième anniversaire le jeudi 10 janvier au Studio des Ursulines !

Pour bien commencer l’année, Format Court vous donne rendez-vous le jeudi 10 janvier 2013, à 20h30, au Studio des Ursulines (Paris, 5ème), pour une séance anniversaire. Ce soir-là, nous fêterons les 4 ans de Format Court, en vous invitant à découvrir une exposition de dessins des animateurs rencontrés tout au long de notre petite histoire (Peter Lord, Bill Plympton, Michaela Pavlátová, Emilie Mercier, Koji Yamamura, Jean-François Laguionie, Marek Skrobecki, …) et en vous proposant, comme chaque mois, plusieurs coups de coeur, dont pas moins de trois films d’écoles (« Abigail », « Der Wechselbalg » et « La Queue de la souris »), un classique belge & surréaliste (« Mompelaar ») et notre tout dernier Prix Format Court, « Le Monde à l’envers » de Sylvain Desclous.

Comme d’habitude, la séance sera suivie d’une rencontre avec les équipes présentes. L’occasion de s’initier ou de rester connecté au court métrage, de découvrir des films singuliers, français et étrangers, récents ou non, et d’en savoir plus sur les oeuvres montrées, au contact des réalisateurs, des comédiens, des producteurs, des techniciens et des sélectionneurs de festivals présents. La projection sera suivie d’un verre offert, pour clore ce quatrième anniversaire !

Programmation

Le Monde à l’envers de Sylvain Desclous (Fiction, 37′, 2012, France, Sésame Films). Prix du Jury étudiant, Prix d’interprétation et Prix Format Court au Festival de Vendôme 2012

Synopsis : Une ville moyenne de province. Mado, cinquante-six ans, est caissière dans un supermarché. CDD d’un an renouvelable. Une bonne place pour certains. Une éternité pour Mado. Un beau jour, elle s’échappe. Direction la campagne. Un petit pavillon où vit ce fils qu’elle aime tant et qu’elle voit si peu.

Der Wechselbalg de Maria Steinmetz (Animation, 8′20, 2011, Allemagne, HFF Konrad Wolf). Prix Spécial du Jury aux Rencontres Henri Langlois 2011, sélection à la Cinéfondation 2011

Synopsis : Une adaptation cinématographique de l’histoire de Selma Lagerlöf sur un couple marié dont l’enfant a été remplacé par un petit troll.

Article associé : la critique du film

Abigail de Matthew James Reilly (Fiction, 17′, 2011, États-Unis, Tisch School of the Arts). 2ème Prix à la Cinéfondation 2012

Synopsis : À la fin de ce qu’elle espère être sa dernière journée de travail, une jeune pompiste essaie de quitter la ville pour toujours. On découvre peu à peu des détails fragmentaires de sa vie alors qu’elle arpente cette friche en plein délabrement qu’on appelle chez-soi.

Articles associés : la critique du film, l’interview de Matthew James Reilly

Mompelaar de Wim Reygaert et Marc Roels (fiction, 21’40’’, 2008, Belgique, T42 Films). Prix Spécial du Jury et Mention du Jury Jeunes au Festival de Clermont-Ferrand 2008

Synopsis : Lubbert est un jeune homme réservé qui vit avec une mère dominatrice dans une petite maison. Une promenade matinale dans l’arrière-pays flamand est troublée par la rencontre irréelle avec d’hallucinants habitants de la région.

Article associé : la critique du DVD Extrême Cinéma, volume 2

La Queue de la souris de Benjamin Renner (animation, 4′10″, 2007, France, La Poudrière). Cartoon d’Or 2008, présélection au César du meilleur film d’animation 2012

Synopsis : Dans une forêt, un lion capture une souris et menace de la dévorer. Celle-ci lui propose un marché.

Article associé : le reportage sur les cinq finalistes du Cartoon d’Or 2008

Infos pratiques

– Projection des films : 20h30. Durée du programme : 88′

– Adresse : Studio des Ursulines – 10 Rue des Ursulines, 75005 Paris – Accès : BUS 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon).
 RER B Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Épée).

Entrée : 6 € !

Réservations vivement recommandées : soireesformatcourt@gmail.com

Prochaine séance : le jeudi 14 février 2013

Bertrand Mandico : « J’ai un rapport très tactile au film, j’ai vraiment l’impression de faire des films avec mes mains »

Réalisateur de « Boro in the Box », Grand prix des festivals de Brive et du Lausanne Underground Film & Music Festival (LUFF), Bertrand Mandico a plus d’une corde à son arc. Réalisateur de films de fiction, d’animation et de clips, dessinateur et grand passionné de cinéma, cet artiste touche-à-tout ne semble jamais à court de projet. Avec un univers personnel, une dizaine de court métrages à son actif, et des projets de longs métrages, Bertrand Mandico n’a pas fini de faire parler de lui. Partons à la rencontre de ce cinéaste afin d’évoquer ses projets, ses méthodes de travail et sa vision du cinéma.

MANDICO

Votre film « Boro in the Box » (2011) a remporté cet été le prix de la meilleure photographie au festival Silhouette. Pourriez-vous nous parler de votre longue collaboration avec Pascale Granel, votre directrice de la photographie. Comment travaillez-vous ensemble ?

On a travaillé ensemble sur tous mes films français. J’aime beaucoup travailler avec Pascale parce que c’est quelqu’un qui comprend ce que je veux. Et qui me supporte, ce qui n’est pas forcément facile pour un directeur de la photographie parce que je suis assez directif sur mes films, avec des partis pris radicaux qu’il faut vraiment assumer quand on est chef opérateur. En général, je lui fais lire mes projets en amont, avec une idée relativement précise de tout ce que je veux utiliser. Je fais le découpage, je lui montre, et on en discute. Je cadre tous mes films et ça aussi c’est très particulier parce que parfois je pousse la perversité à ne pas mettre de retour vidéo et je suis seul à voir ce que je suis en train de tourner, ce qui n’est pas facile pour un chef opérateur. Pour moi, être derrière la caméra c’est aussi être plus proche des acteurs. Avoir la maitrise du cadre me permet aussi de gagner beaucoup de temps. Pascale arrive à anticiper ce que je veux. Ça ne passe pas par beaucoup de mots.

Pourquoi avoir choisi de faire « Boro in the Box » en noir et blanc ?

Le noir et blanc est une simplification quand on n’a pas beaucoup d’argent. C’est à dire qu’on a juste des préoccupations de contrastes, d’ombres et de lumière, on peut raccorder n’importe quel plan si on a une cohérence de lumière. C’était plus facile d’écrire cette fresque en noir et blanc, de reconstituer la campagne polonaise dans le Limousin, de raccorder avec une friche industrielle en faisant croire qu’on est à Cracovie. Comme je suis assez exigeant sur la couleur, c’est un travail supplémentaire. J’avais peu de temps et d’argent par rapport à l’ambition du film, et le noir et blanc me permettait de me concentrer sur l’essentiel. J’aime beaucoup travailler en noir et blanc, justement parce que je peux vraiment toucher l’essence du film beaucoup plus simplement. J’ai l’impression que la couleur perturbe parfois, donne des informations qui peuvent faire sortir du film, en tout cas dans le genre de film que je fais.

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Vous avez déjà travaillé en noir et blanc sur « Il dit qu’il est mort ». Dans  « Boro in the Box », on sent que c’est beaucoup plus travaillé au niveau du contraste, d’où vient cette différence selon vous?

Pour « Il dit qu’il est mort », on a travaillé avec une pellicule noir et blanc, pour avoir des contrastes assez tranchés. En revanche, je voulais avoir plus de nuances de gris sur « Boro in the Box ». On a donc travaillé avec une pellicule couleur que l’on a fait basculer en noir et blanc. Il y a eut également pas mal d’effets réalisés au tournage. « Boro in the Box » est un film laiteux par moment, passant de la grisaille polonaise au nocturne onirique. C’est pour ça que l’on a une impression différente, lorsque l’on compare les deux films.

Quels sont les effets et trucages que vous avez utilisés sur le tournage de « Boro in the Box » ?

Des trucages assez simples comme la surimpression, c’est à dire en passant deux fois la pellicule dans la caméra. C’est un truc d’économes : comme la pellicule est chère, autant la charger en image. C’est ce qu’on a utilisé pour une des séquences nocturnes où une femme dans le ciel apparaît et le jeune Boro court en dessous avec des feux d’artifice. Dans la séquence de fin, on a utilisé de la rétro-projection. Quand Boro arrive entre ses parents, s’assoit, et enlève son masque, il y a un effet de travelling arrière sur les parents et de zoom avant sur la projection. C’est une projection qu’on a fait dans les bois et qui aurait été complètement impossible à une certaine époque. Comme Elina Löwensohn joue les deux personnages, c’est à dire Boro avec sa boîte sur la tête et la mère de Boro, ça permettait d’avoir les deux à l’écran. C’est intéressant parce que la rétro-projection est un moyen de trucage assez ancien qui a été complètement chassé par les fonds bleus maintenant, mais je pense qu’elle est en train de revenir parce que c’est quelque chose de très économique. Maintenant, avec l’outil numérique, c’est beaucoup plus facile d’avoir des projecteurs et des écrans extrêmement légers et de les disposer dans le décor. Ces projections donnent tout de suite à l’acteur et au réalisateur la sensation d’avoir son film fini. C’est une chose que j’ai utilisé et je trouve ça beaucoup plus magique de faire ça en direct.

Comment est née cette collaboration entre vous et Elina Löwensohn ?

Je connaissais son travail d’actrice dans différents films comme « Sombre » de Philippe Grandrieux, les films d’Hal Hartley et « Nadja » de Michael Almereyda, que j’aime beaucoup. Ces films m’avaient relativement marqué et j’attendais d’avoir un projet assez important à lui proposer. Au début, c’est sur mon film, « La résurrection des natures mortes », que je l’avais contactée. Et de fil en aiguille, elle s’est retrouvée à faire « Boro in the Box », qui s’est tourné avant. Ensuite, on a eu l’idée de travailler sur une collaboration plus dense, en faisant plusieurs courts métrages sur une vingtaine d’années, en travaillant sur nos propres vieillissements. Pour moi, c’est comme un exercice de style. J’en suis à mon quatrième film avec elle, dans cette collection. Il s’agit d’imaginer un rôle assez différent à chaque fois et un dispositif de mise en scène assez radical.

Vous écrivez ensemble ?

On a fait « Odile dans la vallée » dans lequel il y a une collaboration de co-écriture, un monologue dit et écrit par Elina sur les images que j’ai tourné. En ce qui concerne les autres films, c’est plus une discussion. Je lui propose une idée, un scénario, on en discute, on cherche le personnage ensemble et on co-produit ces films.

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Vous avez laissé de côté l’animation que vous avez étudié aux Gobelins, mais votre dernier film « La Résurrection des natures mortes » (2012), en est pourtant très proche, par le choix des couleurs vives, l’utilisation de la stop-motion, et commence même par une citation de Walt Disney, « L’animation est l’illusion de la vie ». Pouvez-vous me parler de ces choix ?

Je ne voue pas du tout un culte à Walt Disney bien au contraire, mais ça m’amusait beaucoup de commencer par cette lapalissade. Ce film est parti d’un désir que j’avais de travailler sur les territoires contaminés. J’avais été très marqué par le blog d’une ukrainienne qui photographiait la nature relativement luxuriante à Tchernobyl, ainsi que par un film en super 8 qui avait été tourné à côté de la centrale pendant la fuite nucléaire. La pellicule avait enregistré la radioactivité, qui se manifestait à l’image par des tâches colorées absolument extraordinaires, on aurait dit du Brakage. Ça m’avait fasciné que la contamination, que les cinéastes essayent de matérialiser avec des effets spéciaux pas possibles, se concrétise sur la pellicule par des tâches qui rappellent les essais des grands cinéastes expérimentaux. Cette idée de couleur contaminée m’a beaucoup influencé pour ce projet. Je voulais créer un univers très connoté Technicolor, mais malade. On a éclairé la nature, on a tourné dans des extérieurs qu’on a traités comme du studio, avec des éclairages artificiels, en peignant certaines parties, en teintant les arrières–plans avec des fumées colorées qui se diffusaient pour créer ce climat toxique. Pour moi l’animation a toujours été un procédé de trucages et au bout d’un moment, je me suis senti un peu à l’étroit. J’avais vraiment envie de travailler avec des acteurs et non plus avec des squelettes ou des bouts de poupées. En réfléchissant à ce qu’est l’animation, je me suis dit : « Quitte à réutiliser l’animation, autant aller au bout de l’idée et jouer à l’apprenti sorcier, c’est-à-dire travailler sur des vrais cadavres d’animaux et leur redonner vie de façon très simple, en gardant l’animal tel qu’il est ». À ma connaissance l’expérience n’avait jamais été tentée comme ça.

Vos films parlent de la frontière entre la vie et la mort, mais également de la question de l’œuvre d’art et de sa disparition, celle du créateur aussi. C’est le cas de « Boro in the in the Box » mais également de votre projet de long-métrage, « L’Homme qui cache la forêt ». C’est un sujet qui vous préoccupe ?

Dans «  L’Homme qui cache la forêt », c’est même le sujet. Il s’agit d’un homme qui accompagne des œuvres d’art en Sibérie, pour une mission commanditée par un musée d’art contemporain en période de perestroïka. J’avais discuté avec des gens de Beaubourg et ils avaient des préoccupations similaires aux personnages du film. Ils envoient ces œuvres en Sibérie pour observer comment les natifs les perçoivent, pour avoir le point de vue de l’homme vierge sur l’œuvre d’art contemporaine. Pour accompagner les œuvres et filmer cette rencontre, ils prennent un réalisateur un peu oublié. Lui pense qu’il est en rivalité avec ces œuvres. Ce qui l’intéresse c’est de faire son propre art, son ultime film. Ce cinéaste qui veut faire un film absolu, c’est une illusion. Dans ce projet baroque et assez noir, il y a plusieurs de mes obsessions qui sont rassemblées. La rivalité entre l’art plastique et le cinéma, art impur peut-être, la frontière entre la vie et la mort et aussi ce personnage qui ritualise le cinéma. Il est comme un prêtre colonisateur qui brandit une caméra au lieu de brandir une croix.

Où en est le projet aujourd’hui ?

Ce film a eu un prix au Torino Film Lab du festival de Turin où tout un système a été créé pour accompagner des scénarii. Puis, il a été aux Ateliers de la Cinéfondation à Cannes, pendant lesquels les réalisateurs et producteurs présentent leur projet sélectionné parmi d’autres afin de bénéficier de financement supplémentaires. Il a donc eu sa vie dans les festivals et là, on en est au montage financier depuis quelques années. Il est assez complexe à faire parce que c’est un river movie qui se passe en Sibérie. Je suis allé en Sibérie faire quasiment le périple du personnage, sur des rivières assez sauvages, même vierges. Ce fut dangereux, assez compliqué et éprouvant et je pense que c’est suicidaire d’aller faire un film là-bas, donc on cherche des rivières qui peuvent rendre le film possible.

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Il y a une chose que l’on retrouve dans tous vos films, c’est la question de la matière, l’organique, et la présence de toutes sortes de fluides. Comment expliquez-vous cette particularité ?

Je ne saurais pas vous dire pourquoi l’organique prend autant de place chez moi. C’est peut-être une influence de William Buroughs, de quelques lectures, et cette idée de mutation de l’homme et de la machine qui m’obsède assez. C’est-à-dire que j’ai l’impression de faire corps avec la caméra. Il y a toujours cette notion que mon corps avale la caméra ou que ma peau continue à pousser sur la caméra et se met à couler sur elle. Dans « Boro in the box », par exemple, la caméra est beaucoup plus humaine que le personnage qui vit dans une caisse, presque comme une maladie de l’œil, un prolongement. Ce sont vraiment des images très fortes qui me hantent. Et comme j’aime travailler avec de la pellicule qui est une matière chimique, il y a cette notion de faire corps avec la matière. Je préfère les chimistes aux informaticiens.

Vous travaillez beaucoup avec pellicule ?

Oui, quasiment exclusivement. La pellicule est sensible, par définition, et cette sensibilité je la ressens viscéralement quand je tourne. Ça oblige aussi à une certaine discipline au tournage. C’est-à-dire qu’il faut vraiment avoir répété avant de lancer le moteur, et bien réfléchir au plan. On ne peut pas tourner, mouliner dans tous les sens parce que là, ça devient vraiment cher. J’aime bien cette discipline et la magie des incidents, parfois très intéressants avec la pellicule. J’aime cette matière vivante.

Vous avez un rapport très fort avec l’objet film, un contact avec la matière derrière la caméra, et qui se ressent à l’image…

Oui, c’est vraiment un rapport très tactile au film, je touche les acteurs, je les salis, j’ai besoin de mettre en place les décors, j’ai vraiment l’impression de faire des films avec mes mains. Et puis je suis complètement obsessionnel par rapport au cinéma, toutes mes activités parallèles convergent vers cet art.

Propos recueillis par Agathe Demanneville

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