Utan Snö (Sans la neige) de Magnus Von Horn

Rebel without a cause

Il est des réalisateurs qui vous transportent à chacun de leur film. Magnus Von Horn est de ceux-là. Son second opus “Utan Snö” (Sans la neige), présenté à Silhouette, rappelle “Echo« , son magnifique film de fin d’études, tourné en Pologne. On y retrouve la même verve incisive employée pour dresser le portrait d’une jeunesse en manque de (re)pères.

Si dans les années 50, Nicholas Ray aura été le peintre de la jeunesse américaine en crise, Magnus Von Horn pourrait en être le fidèle disciple tant son film “Utan Snö” a quelque chose de “La Fureur de vivre”. A la place de Jimmy, voici Linus, 16 ans, qui a troqué les courses de voitures pour le motocross. Mais loin de l’atmosphère citadine de l’Amérique d’après-guerre, le court métrage de Von Horn se situe dans la lointaine Suède, dans un village entouré de sapins. Un endroit désert et isolé faisant écho à la solitude intérieure du protagoniste qui vit seul avec sa mère. Si dans le film de Ray, le père était défaillant, ici, il est tout simplement absent. Une absence significative et symbolique. En quête de balises, Linus extériorise ses frustrations sur sa moto et s’en prenant à Adrian, le rejeté de la classe, un jeune homme épileptique et plutôt taciturne qui se retrouve souvent la risée de ses camarades de classe.

Chez le réalisateur américain, la violence était justifiée et montrée dans un rapport d’égalité, ici, elle est cruelle et injuste. Les jeunes de Von Horn n’ont tout simplement plus de valeurs. Acke, le meilleur ami de Linus est d’accord de “prêter” sa petite amie pour une nuit et Linus n’hésite pas à souiller Adrian sous la douche pour affirmer sa pseudo virilité. Personne n’est vraiment épargné, même la mère de Linus, qui demeure incapable de l’aider quand il le lui demande. Elle reste désemparée devant ce fils qu’elle ne reconnaît pas, cet écorché vif qui n’arrive plus à communiquer, à exprimer ce qu’il ressent. Même quand il confesse son amour à Hanna, la petite amie d’Acke, il n’ose la regarder dans les yeux. Lâcheté ou fragilité? Un peu des deux, sans doute.

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Par une mise en scène irréprochable où la bande son privilégie l’intériorité de Linus, le réalisateur suédois dépeint avec brio l’adolescence, période charnière où il faut faire le deuil de l’enfance. Plongé dans une brume permanente, “Utan Snö”, tout comme “Echo”, joue sur une angoisse mystérieuse nourrie par des plans d’ensemble d’une nature immense et sauvage et des plans rapprochés des adolescents, de leur intimité. Ce contraste provoque une réelle tension, un malaise grandissant qui ne nous quitte pas jusqu’à la dernière scène où le cri de Linus tout contrairement à celui du criminel de “Echo” loin d’être un cri de douleur serait plutôt celui d’une délivrance.

Marie Bergeret

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