Pude ver un puma de Eduardo Williams

Plus grande sera la chute

« J’ai vu une émission TV l’autre jour où l’on montrait la Terre se trouvant sans êtres humains. Comme si la nature reprenait ses droits. Peut-être que c’est des conneries… ». Sitôt prononcé ces paroles, on se rend compte qu’il s’agit d’un présage : un homme tombe par terre, comme si quelque chose l’avait poussé à la rejoindre. Entre la lune et la terre, il y a les villes. Quand une ville s’effondre, ses habitants tombent avec elle.

C’est aux premiers plans que l’on voit s’il y a ou non un cinéaste. Dans « Pude ver un puma », de l’Argentin Eduardo Williams nous tombe du ciel, car dans la sélection des films présentés à la Cinéfondation cette année, on peut réellement parler de mise en scène. Dès le plan d’ouverture, il y a l’indice d’une histoire : la caméra filme la lune, puis se baisse pour montrer les hommes qui habitent en dessous. Nous découvrons, lors d’un très beau mouvement panoramique, un quartier de Buenos Aires où un groupe de jeunes se rassemble pour se raconter des histoires. Passer le temps. La caméra entretient une belle distance, assemblant les groupes tout en soulignant les dispersions, les mouvements autonomes. Dans ce film où chaque personnage déambule seul, bien qu’accompagné, la caméra fait de même : elle laisse partir les corps quand il le faut, s’approche quand elle le sent. Williams Eduardo est peut-être le premier cinéaste à filmer la gravité – sans être grave.

L’histoire du film est simple et ça tombe bien : un groupe de jeunes retourne dans son quartier détruit afin de voir comment la nature reprend sa place. En marchant parmi les décombres, ils se racontent des histoires, les uns plus amusés que les autres. Nul drame, nul sentimentalisme ; ici on s’amuse de la catastrophe. On parle de cellules, de cosmos, d’intestins, de nuages publicitaires ; au fil des pérégrinations dans la poussière, ce sera d’abord la terre, puis l’eau, puis les arbres qui renaîtront des cendres. Et quand il ne restera plus de vestiges de civilisation, les flâneurs se perdront en forêt pour ensuite tomber, littéralement, dans la terre.

Ian Menoyot

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