Yeguas y cotorras de Natalia Garagiola

Natalia Garagiola, jeune réalisatrice argentine, était à Cannes cette année pour présenter son deuxième court métrage, « Yeguas y cotorras », un film intime et sensible, lors de la 52e Semaine de la Critique.

Derrière ce titre un peu étrange qui signifie littéralement « Juments et perruches », on retrouve les deux moments forts qui marquent le film, la scène d’exposition et le retournement final : le début où l’on découvre Delfina, une jeune femme au physique angélique qui s’en prend violemment à des perruches, juste à cause du bruit qui la dérange; puis, le climax du film où trois jeunes filles évoquent un souvenir d’enfance marqué par une jument, lequel réveille chez elles, de vieilles rancunes et disputes..

« Yeguas y cotorras » relate l’histoire de trois meilleures amies qui se retrouvent la veille du mariage de l’une d’elles, Delfina, dans sa maison de campagne familiale. Là, les trois jeunes filles partagent leurs doutes, leurs souvenirs, leur affection mais aussi leur rancœur, le tout dans un climat qui mêle violence, sensualité et tendresse.

Elles sont jeunes, belles, riches et ont apparemment tout pour être heureuses. Pourtant, leur bonheur apparaît comme superficiel car elles sont en réalité victimes de leur condition de petites filles privilégiées, avec le devoir, voire l’obligation de suivre les règles qu’on leur impose. Elles subissent alors cet enfermement social, sans avoir ni la force, ni le courage d’y renoncer. Seule l’une d’elles, Ana, semble résister au moule dans lequel on veut la faire rentrer. Seulement sa différence attise les jalousies et fait naître des rivalités, puisqu’elle représente en quelques sortes, cette part obscure et indisciplinée, qu’envient les deux autres.

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Sur le plan formel, Natalia Garagiola suit ses trois héroïnes à travers des tableaux en enfilade à travers les différentes pièces de la maison qu’elle filme, un peu à la manière d’un Lars Von Trier dans Melancholia observant les préoccupations de petites filles riches dans le décor aisé d’une immense maison. Quant à l’esthétique du film, on comparera le travail si féminin de Natalia Garagiola à celui de Sofia Coppola. Non seulement les comédiennes argentines auraient pu sortir tout droit de Virgin Suicide, tant physiquement par leur blondeur et leur beauté, que moralement par leur fragilité alliée à leur force intérieure. La manière de filmer rappelle également le travail de la réalisatrice américaine : les cadres touchent à l’intimité des personnages et l’image léchée, légèrement surexposée avec un petit grain visible, offre toute la sensibilité et la matière aux personnages.

On aurait pu considérer ce film comme une simple contemplation des petits problèmes de riches cohabitant avec l’opulence et la splendeur, mais détrompons-nous : nous avons bel et bien affaire à un film social qui pointe du doigt un réel malaise ; celui de l’enfermement et le fait d’en être victime ad vitam æternam.

Camille Monin

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