Königsberg de Philipp Mayrhofer

Comme un poisson hors de l’eau

Mr Königsberg est directeur d’une entreprise spécialisée dans le commerce du papier et pour tuer le temps, il aime aller à la chasse. Présenté en première mondiale à la Quinzaine des Réalisateurs, « Königsberg » met en scène avec une ironie bienveillante la discrète solitude d’un homme au milieu de ses semblables. Par sa retenue qui confine à la neurasthénie, ce M. Königsberg semble venir tout droit du froid, de ces films scandinaves où certains silences valent mieux qu’un long discours. Rien d’étonnant donc si Mr Königsberg et son intriguant accent parviennent difficilement à trouver leur place.

En jouant sur ce décalage, Philipp Mayrhofer nous offre une scène d’ouverture où il expose avec justesse et malice l’état d’esprit d’un directeur – chasseur, assailli par les sons lancinants d’un didgeridoo et par le dévouement empressé et excessif de l’un de ses employés. Retranché dans son bureau, il retrouve pour un instant le son de sa petite musique intérieure, mais l’accalmie est de courte durée…

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Le point de vue de Mr Königsberg se reflète aussi dans le découpage du film. La première moitié de ce court métrage privilégie les plans rapprochés, en particulier les visages des comédiens. Les personnages évoluent dans des lieux fermés et peu éclairés. Un seul plan pourrait résumer cette impression : celui du poisson rouge dans son bocal dont les parois de verre renvoient une image déformée et inversée du monde qui l’entoure.

Une fois la partie de chasse ouverte, dans la deuxième partie, la caméra prend alors du recul et permet à Mr Königsberg de se réapproprier l’espace. Libre de ses mouvements, il évolue alors au milieu de la Nature et n’est plus le centre mais seulement l’une des composantes de cet univers.

Malgré sa panoplie du parfait chasseur, Mr Königsberg ne court pas vraiment après le gibier, ses fréquentes excursions dans la campagne semblant bien n’être qu’un prétexte pour promener avec lui sa mélancolie. Sans piper mot, assis prêt de son chien de chasse, il arme son fusil et plonge le canon dans sa bouche. Le vent continue de faire bouger délicatement les branches des arbres derrière de lui. Un ange passe.

Julien Beaunay

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