Aalterate de Christobal de Oliveira

En compétition dans la catégorie films professionnels du Festival National du Film d’Animation à Bruz, « Aalterate », de Christobal de Oliveira, nous plonge dans un paysage mental fascinant.

Le film a d’abord été conçu comme une installation vidéo pour une galerie d’art et il aurait été bien dommage de se priver d’un tel objet, lors du festival du film d’animation. Le film est le fruit d’un travail de graphiste designer, dévoilant une séquence 3D basée sur la logique du mouvement et de la circulation, et une narration dont on parvient petit à petit à reconstituer le sens.

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« Aalterate », tel est le titre qui s’inscrit sous nos yeux et qui, dès le début, subit une lente transformation qui n’est que le début du cheminement du corps et de l’âme d’une jeune femme. En effet, quelques lignes noires viennent se dessiner doucement sur un fond immaculé de blanc, tel un flash violent, vision brutale d’un monde céleste. Ici, rien ne se perd, tout se crée, et chaque élément qui envahit l’image subit une évolution constante. Petit à petit, les courbes s’affirment pour laisser place à une silhouette de femme.

Soudain, une image de pare-brise fêlé, en décomposition, vient briser la continuité, tel le flash-back d’une tragédie, tandis que le corps féminin, à l’inverse, est en composition. Le corps se transforme, en images faites de courbes mouvantes et sensuelles, et se déploie telle une plante qui prend vie, envahissant progressivement l’écran de ses tentacules mi-organiques mi-mécaniques. Alors que chacune de ses membranes grandit et envahit la totalité du cadre dans un plan séquence envoûtant, les tons s’assombrissent, laissant place à une image foisonnante, grouillante, gorgée de détails.

Christobal de Oliveira crée ici un plan hypnotique de jungle traversée d’éclairs, mêlant des éléments organiques et mécaniques. Le son, mélange de bruits de plantes et de bestioles qui pullulent, intégrant progressivement une musique aux accents tribaux, vient enrichir l’image et tour à tour, les sensations d’oppression puis de libération qu’elle véhicule. La caméra plonge dans un monde abyssal, dans les entrailles de cette jungle et nous mène sur une route qui s’étend vers l’horizon. Sur cette route, se trouve une voiture qui fonce à toute allure et plonge pour venir se poser au fond des abysses.

Alors, de nouveau, des corps tentaculaires, entre organismes vivants et câbles électriques, viennent envahir la mécanique, tandis que l’huile du véhicule s’échappe. Le liquide prend progressivement la forme d’un corps de femme et s’élève vers la lumière. S’élève-t-il vers une sorte d’espace céleste, un au-delà où le corps et l’âme ont subi une altération, ou est-ce simplement son âme qui s’élève tandis que son corps demeure dans les abysses rejoignant les organismes végétaux ?

La boucle semble bouclée mais le mystère reste non résolu, et les images, animés de façon fluide pour créer des mouvements plein de sensualité, semblent retracer un accident de voiture, la violence du choc laissant place à la beauté de la transformation de l’âme, et de la matière. Les diverses teintes de gris qui viennent contrecarrer le contraste initial entre le noir et le blanc viennent nous rappeler qu’il n’est de vie ou de mort sans cheminement, et que de l’un à l’autre, il existe d’autres teintes, d’autres voyages sensoriels.

Agathe Demanneville

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