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Concours : 5X2 places pour le Festival du Cinéma Israélien

Le 17ème Festival du Cinéma Israélien a lieu du 21 au 28 mars 2017, au Majestic Passy (18 rue de Passy 75016). En parallèle des ses séances de longs-métrages et de quelques courts en avant-programmes, le festival propose une séance de courts-métrages de l’Université de Tel-Aviv, le lundi 27 mars prochain, à 17h15. Bonne info : Format Court vous offre 5×2 places pour cette projection. Intéressé(e)s ? Contactez-nous !

The Postman in Underwear de Daniel Binsted & Ben Ziv, 14’38″

Deux frères racontent l’histoire d’un facteur excentrique qui tombe amoureux pour la première fois de sa vie. En essayant de l’aider à exprimer son amour, ils nous emmènent dans une aventure où ils comprendront la différence entre le fantasme et l’amour réel.

What follows the night de Neta Shenitzer, 18’17″

Dans une Tel-Aviv des temps modernes, située dans une réalité parallèle, c’est l’histoire sombre et mystérieuse d’une jeune couturière désespérée et sa rencontre avec sombre inconnu qui change sa vie.

Borderline de Dimitry Konoplov, 15’05 »

Odet, un trafiquant de drogue, épuisé par son travail part à la frontière israélienne pour un échange de marchandise. La personne de l’autre côté de la frontière est un joueur de football palestinien frustré qui n’arrive pas à lui faire passer le colis.

Born in Jerusalem and still alive de Yossi Attia, 8’07″

Ronen Matalon, né et élevé à Jérusalem, commence à faire le guide. Le tour qu’il propose s’appelle “ du traumatisme aux rêves”, et mène les gens dans les lieux d’attaques terroristes essayant de toucher le traumatisme collectif chez les touristes.

Lamps lit on a towpath de Efim Graboy & Vitali Fridland, 15’. En présence du réalisateur Efim Graboy 

Juste avant son mariage, Uri est hanté par ses souvenirs d’enfance et revoit la relation qu’il avait avec ses parents atteints d’un cancer. Il note un parallèle avec la relation qu’il entretient avec sa fiancée et cela freine son désir de se marier.

Letter of agreement de Michal Zecharia, 16’27

Dans le cadre d’un groupe de soutien aux mariés qui ne s’entendent plus, un vieux couple a pour mission de refaire le voyage de leur jeunesse afin de retrouver l’amour qu’ils avaient autrefois.

Dans la joie et la bonne humeur de Jeanne Boukraa

Animation, 5’52’’, Belgique, 2014, La Cambre

Synopsis : À travers des scènes du quotidien, les dégénérescences d’une société où la technologie grandissante a permis de réaliser le rêve ultime de tous les hommes : L’immortalité.

L’immortalité, la longévité, autant de questions qui n’ont eu de cesse d’obséder l’humanité pendant des millénaires. Jusqu’à une avancée scientifique qui s’avère décisive : l’incorporation d’un génome de méduse auto-régénérant à l’ADN humain. Le nouvel Homme est maintenant invincible, mais est-il pour autant heureux ?

Réalisé par Jeanne Boukraa, ce film d’anticipation, Grand Prix au Festival BD6né en 2015, volontairement violent et dérangeant, détaille les comportements sociaux de ce nouvel humain, amélioré physiologiquement et complètement désinhibé par rapport aux questions de mort et de douleur. Il n’y a plus aucune limite, toutes les perversions sont de mises et l’humanité, devenue impersonnelle, sombre à petit feu, en se décomposant dans une soupe primordiale infinie.

Julien Savès

Cristian Mungiu, Président du Jury de la Cinéfondation et des Courts Métrages

Pour la 70e édition du Festival de Cannes (17-28 mai), Cristian Mungiu va présider le Jury de la Cinéfondation et des Courts Métrages, après avoir siégé au jury de Steven Spielberg en 2013. Réalisateur, scénariste et producteur, il succède dans ce rôle à Naomi Kawase, Abderrahmane Sissako, Abbas Kiarostami ou Jane Campion.

Représentant éminent de la Nouvelle Vague roumaine, Cristian Mungiu partage avec le Festival une longue et brillante histoire. Après la Palme pour son deuxième film coup-de-poing, « 4 mois, 3 semaines, 2 jours », il a reçu les Prix du scénario et de l’interprétation féminine pour « Au-delà des collines » et celui de la mise en scène pour « Baccalauréat ».

Cristian Mungiu © Dan Beleiu

Si la filmographie de ce cinéaste exigeant et engagé est ainsi saluée par des jurys successifs, c’est qu’elle porte avec force sur la société roumaine un regard aigu aux résonances universelles. Ses œuvres ambitieuses examinent au scalpel la nature humaine avec une rare intelligence : satire tendre du rêve d’ailleurs de jeunes Roumains dans l’après-communisme (« Occident », 2002) ; récit glaçant d’un avortement clandestin dans une petite ville (« 4 mois, 3 semaines, 2 jours », 2007) ; légendes urbaines surréalistes et pince-sans-rire sur le système Ceauşescu (« Contes de l’âge d’or », 2009) ; exorcisme sur fond d’intégrisme religieux et d’héritage communiste (« Au-delà des collines », 2012) ; conte moral sur les compromissions et la corruption dans la société roumaine (« Baccalauréat », 2016).

Maike Mia Höhne. Court, radicalité et sensation à la Berlinale

Maike Mia Höhne est réalisatrice et responsable des courts-métrages à la Berlinale depuis 10 ans. Cette année, assistée par son comité de sélection, elle a retenu 24 films venant de 19 pays différents. Aux abords du festival, nous lui avons demandé de nous soumettre son film de la semaine (son choix a porté sur « Better than friends », un documentaire vietnamien de de Tuan Nguyen que nous vous invitons à découvrir sur notre site web). Nous l’avons également interrogée sur la place du court à Berlin, son travail de programmatrice et son intérêt pour la prise de risques.

En tant que réalisatrice, comment juges-tu le travail des autres ?

Pour moi, les courts sont comme des diamants. J’adore cette forme ! Quand on vient de la réalisation et de la production, on comprend bien les difficultés vécues par les courts-métragistes. Notre but, dans le cadre du festival, est de s’approcher le plus des sensations. Pour nous, l’histoire n’est pas ce qui compte. L’important, ce qui nous touche le plus, c’est la radicalité. Le film doit être beau, dense, relier l’individu à soi. Quand je programme, ce qui compte, c’est l’expérience vécue, le fait que le film me fasse réfléchir sur le monde.

Qu’est-ce qui a changé en 10 ans de programmation ?

Pour moi, il y a une vraie césure avec les années 90. Aujourd’hui, il y a une multitude de possibles. Le niveau technique, la forme, les partis pris par les réalisateurs ont été très intéressants à suivre. Quand j’ai commencé dans les années 90 à Buenos Aires et à Hambourg, on tournait seulement en 16 mm. Quand je regarde les travaux d’aujourd’hui, le niveau des courts s’est vraiment amélioré de manière générale.

Il y a 10 ans, quand je programmais, j’étais souvent à la recherche d’histoires et de points de vue féminins, mais il me manquait toujours quelque chose.

Le court métrage peut offrir plusieurs perspectives. Il faut se montrer plus consistant que dans le long-métrage, savoir pourquoi on raconte telle histoire et de telle manière. C’est très facile d’une certaine manière via les courts de toucher les gens avec des histoires personnelles, mais comment faire la différence ? J’aime bien l’idée de l’essai, de la liberté qui s’en dégage, des personnes ouvertes d’esprit. Je cherche des auteurs qui développent vraiment une écriture contemporaine. Jonathan Vinel [co-réalisateur de « Tant qu’il nous reste des fusils à pompes »,  Ours d’Or à Berlin 2014, en sélection cette année avec « Martin pleure »], par exemple, est différent, il est capable de parler de ses sentiments, et c’est quelque chose qui m’intéresse.

Quelle est la place du court-métrage à la Berlinale ?

C’est un festival de longs-métrages, incontestablement, mais on donne quand même des prix aux courts-métrages dont un Ours d’Or. Le directeur du festival, Dieter Kosslick, aime le court et me fait confiance en ce qui concerne la programmation. Plus de 1.000 personnes se déplacent aussi pendant le festival pour voir des courts, à raison de 3 séances par jour. Comme il est difficile en temps normal de les voir, les spectateurs se saisissent de l’opportunité de la Berlinale pour les découvrir.

Parallèlement à notre compétition, la section Génération accueille des films racontés dans une perspective d’enfant. Nous avons de très bonnes relations avec les sélectionneurs et leur recommandons parfois des films qui ne correspondent pas à notre ligne mais qui pourraient trouver une place chez eux.

La Berlinale fait partie des festivals de type A. Les mêmes règles s’appliquent pour le court-métrage que pour le long-métrage : les films font leur première internationale chez vous. Qu’est-ce que ça implique comme responsabilité ?

Je reçois beaucoup de films. J’en prends peu. Je sais que j’endosse une responsabilité en ne programmant qu’une variété restreinte d’idées. J’aime bien prendre des risques en termes de programmation en sachant que les films bénéficieront de la visibilité du festival et attireront l’attention d’autres programmateurs qui les sélectionneront peut-être après. Un film bon, c’est un film que je ressens. Parfois, je ne suis pas d’accord sur certains films. On discute beaucoup avec mes collègues autour de la forme, de la morale. Qu’est-ce qu’on veut montrer et qu’est-ce qu’on ne veut pas montrer à la Berlinale ? C’est là que se situe tout l’enjeu de notre travail.

Propos recueillis par Katia Bayer

Article à venir : notre reportage sur le Festival de Berlin

4ème Prix Format Court au Festival de Brive

Le mois prochain, Format Court attribuera pour la quatrième année consécutive un prix à l’un des 22 films sélectionnés en compétition européenne au 14ème Festival de Brive (4-9 avril 2017). Le Jury Format Court élira le meilleur film en compétition.

Le moyen-métrage primé bénéficiera d’un focus spécial en ligne, sera programmé lors d’une séance Format Court organisée au Studio des Ursulines (Paris, 5ème) et bénéficiera d’un DCP doté par le laboratoire numérique Média Solution.

Films en compétition

A DISCRETION de Cédric Venail, France
ALLELUIA ! de Jean-Baptiste Alazard, France
APRES de Wissam Charaf, France – Liban
BLIND SEX de Sarah Santamaria-Mertens, France
DANIELLE ARBID – UN CHANT DE BATAILLE de Yannick Casanova, France
DU ROUGE AU FRONT de Lucas Delangle, France
ET IL DEVINT MONTAGNE de Sarah Leonor, France
HUGUES de Pascal Cervo, France
LA COUR DES MURMURES de Grégory Cohen, en collaboration avec Manon Ott, France
LE FILM DE L’ETE d’Emmanuel Marre, France, Belgique
MADAME CLEANTE N’IRA PAS AU CIMETIERE de Pamela Varela, France
MADAME SAIDI de Bijan Anquetil et Paul Costes, France
MANODOPERA de Loukianos Moshonas, France – Grèce
MATA ATLANTICA de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval, France
MINUTE BODIES : THE INTIMATE WORLD OF F. PERCY SMITH de Stuart A. Staples, Royaume-Uni
PAS COMME DES LOUPS de Vincent Pouplard, France
RIEN SAUF L’ETE de Claude Schmitz, Belgique – France
SIMBA IN NEW YORK de Tobias Sauer, Allemagne
THE DEMON, THE FLOW AND ME de Rocco Di Mento, Allemagne
THE HUNCHBACK de Gabriel Abrantes et Ben Rivers, France – Portugal
VALENTINA de Maximilian Feldmann, Allemagne
3 VISAGES de Christophe Loizillon, France

Roxana Stroe, entre confinement et exutoire

En trois films à peine, Roxane Stroe s’est imposée comme l’une des figures incontournables de la nouvelle génération du court-métrage roumain. En primant « O noapte in Tokoriki » (« Une Nuit à Tokoriki ») au Festival international du film francophone de Namur 2016, le Jury Format Court a découvert un chemin le long duquel se lovait un cinéma incisif, empreint d’une nostalgie tantôt absurde tantôt sentimentale. Les deux courts métrages précédents de Roxana Stroe, « Plante perene » (« Plante pérenne », 2013) et « Black Friday » (2015), nous confirment que l’étudiante de l’Universitatea Nationala de Arta Teatrala si Cinematografica « I.L. Caragiale » de Bucarest privilégie le huis-clos comme exutoire d’un malaise sociétal.

Dans la conclusion de sa critique sur « L’autobiographie de Ceausescu » (Andrei Ujica, 2010), publiée dans le journal Le Monde du 12 avril 2011, Jacques Mandelbaum affirme que l’iconographie de la Roumanie communiste, générée par le « Conducator », serait le roman d’origine qui permettrait de lire et de comprendre le cinéma de la nouvelle vague roumaine, apparu au beau milieu des années 90. Les cinéastes y expriment d’une façon toute singulière leur colère mêlée de nostalgie et d’humour face à la société roumaine post-Ceausescu. Il serait dès lors presque inévitable de suggérer que les films de Roxana Stroe, réalisés une dizaine d’années après, n’échappent pas à ce constat.

Dès son premier court métrage « Plante perene » (2013), Roxana Stroe regarde la mort en face par le prisme d’une veuve qui a déjà tout préparé pour son dernier voyage. Cette plante pérenne accueille chez elle une équipe de deux journalistes venus filmer son témoignage. La mise en scène de la jeune réalisatrice n’est pas sans rappeler l’emblématique faux documentaire « C’est arrivé près de chez vous » (Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde, 1992), le sulfure du scandale en moins.

À l’instar du long-métrage belge, Roxana Stroe met en place un dispositif qui permet une distanciation ironique voire cynique avec la réalité qu’elle désire montrer. Le noir et blanc, les images tremblotantes (suggérant la caméra à l’épaule du cinéma direct) ainsi que les plans mal cadrés rendent compte non seulement de l’incompétence des hommes de la télévision mais surtout de leur indifférence. En effet, l’interactivité malvenue entre les journalistes et la veuve et sa voisine (alors que la sexagénaire fait part de son mécontentement des autorités locales) est bruyamment interrompue par la sonnerie du téléphone portable du journaliste. Le quotidien des petites gens est devenu spectacle mais celui-ci n’intéresse plus personne. « Plante perene » dénonce à sa façon le sensationnalisme de certains médias tout en les rendant ridicules. L’absurdité de la situation est renforcée par la mise en scène où le confinement des personnages dans la cuisine, sorte de huis-clos, peut se voir comme le reflet de l’impasse dans laquelle se retrouve la veuve et par extension, la société roumaine post-communiste.

Poursuivant sur sa lancée et la volonté de mettre en scène le morbide, Roxana Stroe, va encore plus loin dans son deuxième court métrage « Black Friday » (2015) qui est une adaptation de l’œuvre de Vladimir Sorokin « A Morning Sniper ». Elle plonge le récit dans la Roumanie communiste où récession et rationnement alimentaire étaient la norme. Face à cette situation, Mihail, un homme sans histoire, trouve un exutoire funeste. Le dispositif cinématographique mis en place ici est minutieusement travaillé dans le but de démultiplier les réalités (celle de Stroe, celle de son personnage et celle du spectateur) renforçant cette impression de perte de repères.

Si « Plante perene » se voulait anxiogène dans la réclusion, « Black Friday » l’est davantage à l’air libre. Et semblable à une peinture d’Edward Hopper, les plans montrent des édifices géométriques, sans âme qui vive. L’angoisse n’est plus cultivée par la sensation d’étouffement et par l’indifférence des uns par rapport aux autres mais plutôt par la disparition totale de conscience humaine dans un lieu dépourvu de ses murs de protection. Situé sur le toit d’un immeuble, le héros toise le monde et ses contemporains qu’il voit comme des « rivaux » à abattre.

Contrairement à la veuve de « Plante perene », qui est encore en interaction avec ses contemporains, Mihail de « Black Friday », du haut de son toit, ne fait déjà plus partie du monde. La mise en scène de Roxana Stroe oscille volontairement tout au long du film entre lyrisme et cynisme. Jouant tour à tour avec les émotions du spectateur grâce à un savant dosage de moments imprégnés de musique d’opéra (« La Danse des Chevaliers » de Prokoviev) et d’autres colorés uniquement de sons d’ambiance. Permettant ainsi tantôt une identification et/ou une empathie et tantôt une distanciation.

Avec son troisième opus « Une Nuit à Tokoriki », tout juste primé également au Festival de Films de Femme de Créteil, la Roumaine, poursuit dans la veine de l’absurde dans un kitsch assumé pour traiter avec habileté du trio amoureux. À la manière d’une tragi-comédie, elle se joue des codes pour mieux les démasquer. Une chose est sûre : une cinéaste est née !

Marie Bergeret

Article associé : la critique de « Une Nuit à Tokoriki »

Short Screens #70: « A Films ouverts »

Dans le cadre du Festival « A films ouverts » pour l’interculturalité – contre le racisme (du 10 au 25 mars), Short Screens accueille avec plaisir le programme Courts métrages et vote du public. Une sélection de films réalisés dans des ateliers pour la plupart où jeunes et moins jeunes s’expriment au travers d’œuvres originales qui abordent la question de l’Autre et l’importance de lutter contre les clichés afin de valoriser la différence.

La remise des prix aura lieu lors de la cérémonie de clôture le samedi 25 mars aux Riches-Claires. Un prix du public y sera décerné en fonction des résultats des séances « Vote du public ».

La projection sera suivie d’un débat animé par Media Animation.

Rendez-vous le jeudi 23 mars à 19h30, au cinéma Aventure, Galerie du Centre, Rue des Fripiers 57, 1000 Bruxelles – PAF 6€

Visitez la page Facebook de l’événement ici!

Soirée Format Court, les photos

Ces jours-ci, Format Court est en vacances… En attendant notre retour, voici quelques images glanées lors de notre dernière Soirée Format Court organisée le jeudi 9 mars 2017, au Studio des Ursulines (Paris, 5ème), prises par Stenny Sigere.

Pour rappel, nos invités, ce soir-là, étaient Alice Diop et Patrick Zingile, réalisatrice et comédien de « Vers la tendresse », Cesar du Meilleur Court Métrage 2017 ex aequo, mais aussi Lola Quivoron et Margaux Juvénal, réalisatrice et productrice de « Au loin Baltimore » (sélectionné à Locarno, Angers, Clermont, …).

À noter : notre prochaine Soirée Format Court aura lieu le jeudi 13 avril 2017 (la programmation sera bientôt annoncée ) !

5 ans de programmation au Studio des Ursulines

Ce mois-ci, Format Court fête ses 5 ans de programmation au Studio des Ursulines. Ce sera l’occasion de le rappeler ce jeudi 9 mars 2017 à l’occasion de notre toute nouvelle soirée de courts-métrages.

« Au loin Baltimore » de Lola Quivoron

Nos séances mensuelles et internationales ont en effet démarré il y a cinq ans jour pour jour, le 8 mars 2012 dans cette même jolie salle du 5ème arrondissement parisien avec l’envie de diffuser du (bon) court et de donner la parole aux réalisateurs, comédiens, techniciens, producteurs mais aussi aux sélectionneurs de festivals.

En fouillant dans nos archives, nous avons retrouvé le visuel ci-dessous. C’était il y a 5 ans, notre affiche était signée Gwendoline Clossais, et nous proposions alors de découvrir cinq films français, belges et suédois à travers la formule – sympathique – suivante :

« 8 mars prochain. Jour de la femme, deuxième jeudi du mois, Saint-Machin, … Mais aussi, première projection de courts métrages, organisée par Format Court au Studio des Ursulines (Paris, 5ème). Si l’envie vous prend de fuir la civilisation, de chercher l’inspiration dans un paquet de bonbons, d’occuper votre ancien lieu de travail, de vous mettre au nudisme et de mettre votre plus belle cape de magicien, cette séance est bel et bien pour vous ».

Le projet initié il y a 5 ans avec Florian Delporte, le programmateur et directeur du Studio des Ursulines, était clair et ambitieux à la fois : rendre visibles des films un peu trop discrets, diffuser des oeuvres d’ici et d’ailleurs, récentes comme plus anciennes, et associer les professionnels aux rencontres prévues. Faire du lien, être des passeurs, identifier des films de qualité, des propositions fortes, les accompagner en salle, créer un rendez-vous, s’adresser à un public curieux et cinéphile. Montrer la diversité et la vitalité du court, qu’il soit animé, fictionnel, documentaire ou expérimental, construire des programmations éclectiques, originales, multiculturelles et très rarement thématiques.

On a fait le compte. En cinq ans, de 2012 à 2017, nous avons projeté pas moins de 249 courts-métrages : des très courts, des moyens, des clips, des pubs, des films d’écoles, des films d’époque, des classiques comme des propositions plus récentes.

« L’Homme à la tête de caoutchouc » de Georges Méliès

Un mot sur les classiques. Nous avons eu le grand plaisir de diffuser les films suivants (pour ne citer qu’eux) en accompagnement de films plus « actuels » (voir plus bas) : « L’Homme à la tête de caoutchouc » (1901) et « Le Roi du Maquillage » de Georges Méliès (1904), « Symphonie bizarre » de Segundo de Chomon (1909), « The Rounders » de Charlie Chaplin (1914), « One Week » (La Maison démontable) de Buster Keaton et Edward F. Cline (1920), « His Wooden Wedding » (1925) et « Mighty like a moose » de Leo Mac Carey (1926), « Betty Boop’s Crazy Inventions » de Dave Fleischer (1933), « Un Monsieur qui a mangé du taureau » de Eugène Deslaw (1935), « Tulips shall grow » de George Pal (1942), « Rentrée des classes » de Jacques Rozier (1955), « L’Amour existe » de Maurice Pilat (1960), « The Heart of The World » de Guy Maddin (1961), « Rupture » (1961) et « Heureux Anniversaire » (1962) de Pierre Etaix, « Feest » de Paul Verhoeven (1963), « L’acteur » de Jean-François Laguionie (1975),« Les Possibilités du dialogue » de Jan Švankmajer (1982), « L’Illusionniste » de Alain Cavalier (1990), « Walking on the Wild Side » de Dominique Abel et Fiona Gordon (2000), …

« Larp » de Kordian Kądziela

Parmi les films plus contemporains, il serait bien vain de citer tous les films que nous avons programmés (tout est archivé sur notre site). Citons toutefois quelques perles que nous avons été particulièrement fiers de repérer très tôt et de programmer sur l’écran des Ursulines : « Oh Willy » de Emma de Swaef et Marc Roels (Belgique, France, Pays-Bas), « Fais croquer » de Yassine Qnia (France), « Sinner » de Meni Philip (Israël), « Andong » de Rommel Milo Tolentino (Philippines), « Posledný Autobus » de Ivana Laucikova et Martin Snopek (Slovaquie), « Vivre avec même si c’est dur » de Pauline Pinson, Magali Le Huche et Marion Puech (France), « Edmond était un âne » de Franck Dion (France), « Wrong Cops » de Quentin Dupieux (France), « Bisclavret » d’Emilie Mercier (France), « El Empleo » de Santiago Grasso (Argentine), « Tanghi Argentini » de Guido Thys (Belgique), « Mompelaar » de Wim Reygaert et Marc Roels (Belgique), « John and Karen » de Matthew Walker (Royaume-Uni), « Mourir auprès de toi » de Spike Jonze et Simon Cahn (France), « Tiger Boy » de Gabriele Mainetti (Italie), « Abgestempelt » de Michael Rittmannsberger (Autriche), « Sonata » de Nadia Micault (France), « M’échapper de son regard » de Chen Chen (France), « Las Palmas » de Johannes Nyholm (Suède), « Solecito » d’Oscar Ruiz Navia (Colombie, Danemark, France), « Fourplay : Tampa » de Kyle Henry (Etats-Unis), « La lampe au beurre de Yak » de Hu Wei (Chine, France), « Les Jours d’avant » de Karim Moussaoui (France, Algérie), « Us » de Ulrich Totier (France, Belgique), « Apele Tac » de Anca Miruna Lazarescu (Allemagne), « Ichthys » de Marek Skrobecki (Pologne), « Hvalfjordur » de Gudmundur Arnar Gudmundsson (Islande), « Misterio » de Chema García Ibarra (Espagne), « Die Schaukel des sargmachers » d’Elmar Imanov (Allemagne), « Noah » de Walter Woodman et Patrick Cederberg (Canada), « The Aftermath of the Inauguration of the Public Toilet at kilometer 375 » de Omar el Zohairy (Egypte), « Smafuglar » de Rúnar Rúnarsson (Islande), « Oh Lucy ! » de Atsuko Hirayanagi (Japon, Singapour, Etats-Unis), « Guy Moquet » de Demis Herenger (France), « Boles » de Spela Cadez (Slovénie, Allemagne), « Lágy Eső » de Dénes Nagy (Hongrie),« Beauty » de Rino Stefano Tagliafierro (Italie), « Le Skate moderne » d’Antoine Besse, « Art » de Adrian Sitaru (Roumanie), « Eût-elle été criminelle » de Jean-Gabriel Périot (France), « Le Sens du toucher » de Jean-Charles Mbotti Manolo (France), « Symphony no. 42 » de Réka Bucsi (Hongrie), « Petit Frère » de Rémi St-Michel (Canada), « Cutaway » de Kazik Radwanska (Canada), « Nashorn im Galopp » d’Erik Schmitt (Allemagne), « La route du bout du monde » d’Anaïs Le Berre et Lucille Prin (France), « Onder ons » de Guido Hendrikx (Pays-Bas), « The Mad Half Hour » de Leonardo Brzezicki (Danemark, Argentine), « Oripeaux » de Sonia Gerbeaud et Mathias Panafieu (France), « Guida » de Rosana Urbes (Brésil), « Le Repas dominical » de Céline Devaux (France), « Dans les eaux profondes » de Sarah Van Den Boom (France), « Coups de hache pour une pirogue » de Gilde Razafitsihadinoina (Madagascar), « Paandhrya » de Sandeep Mane (Inde), « Renaître » de Jean-François Ravagnan (Belgique), « Kwa Heri Mandima » de Robert-Jan Lacombe (Suisse), « Emilie Muller » de Yvon Marciano (France), « In uns das universum » de Lisa Krane (Allemagne), « Varicella » de Fulvio Risuleo (Italie), « Shipwreck » de Morgan Knibbe (Pays-Bas), « La Maison de Poussière » de Jean-Claude Rozec (France), « Larp » de Kordian Kądziela (Pologne), « Sonámbulo » de Theodore Ushev (Canada), « Decorado » d’Alberto Vazquez (Espagne), « Il Silenzio » de Ali Asgari et Farnoosh Samadi Frooshani (Italie), « Chasse royale » de Lise Akoka et Romane Guéret (France), « L’Île jaune » de Léa Mysius et Paul Guilhaume (France), « Hopptornet » de Maximilien Van Aertryck et Axel Danielson (Suède), « Une nuit à Tokoriki » de Roxana Stroe (Roumanie).

« Une nuit à Tokoriki » de Roxana Stroe

En cinq ans, ont été programmés dans le cadre de nos séances des films français, belges, hollandais, italiens, espagnols, suisses, allemands, autrichiens, polonais, slovaques, slovènes, roumains, tchèques, hongrois, estoniens, lettons, arméniens, géorgiens, grecs, suédois, norvégiens, danois, islandais, canadiens, américains, marocains, tunisiens, algériens, égyptiens, iraniens, indiens, israéliens, argentins, colombiens, chiliens, brésiliens, philippins, chinois, japonais, taïwanais, sud-coréens, congolais et malgaches. 43 nationalités au total (pas mal, non ?).

Parmi ces films, nous avons diffusé 42 Prix Format Court en salle, la plupart en présence de leurs auteurs : « Comme une grande » d’Héloïse Pelloquet », « La Table » d’Eugène Boitsov, « Mr Madila » de Rory Waudby-Tolley, « Tourisme international » de Marie Voignier, « Ennemis intérieurs » de Sélim Azzazi, « Manoman » de Simon Cartwright, « Une Nuit à Tokoriki » de Roxana Stroe, « Anna » d’Or Sinai, « Dernière porte au sud » de Sacha Feiner, « Le Mali (en Afrique) » de Claude Schmitz, « A Strong Woman » de Iwona Kaliszewska et Kacper Czubak, « Corpus » de Marc Hericher, « Kijé » de Joanna Lorho, « Kanun » de Sandra Fassio, « The Weatherman and the Shadowboxer » de Randall Lloyd Okita, « Trespass » de Paul Wenninger, « Anima » de Simon Gillard, « Le Monde à l’envers » de Sylvain Desclous, … .

Jean Legrand, Hu Wei, Julien Féret (chef opérateur, réalisateur et producteur de « La Lampe au beurre de Yak »

Bon nombre de professionnels français et étrangers sont également venus présenter leur travail et échanger avec le public dans le cadre de ces rendez-vous mensuels : Emma de Swaef, Yassine Qnia, Matthieu Salmon, Léo Verrier, Antoine Blandin, Giovanni Sportiello, Franck Dion, Emilie Mercier, Christophe Le Masne, Christelle Lheureux, Houda Benyamina, Benjamin Parent, Sylvain Desclous, Myriam Boyer, Benjamin Renner, Florence Borelly, Diane Jassem, Olivier Catherin, Yan Volsy, Mathieu Bompoint, Hugues Hariche, Edyta Janczak-Hiriart, Serge Bromberg, Chen Chen, Guillaume Dreyfus, Dimitra Karya, Laurence Reymond, Philipp Mayrhofer, Xavier Legrand, Alexandre Gavras, Hu Wei, Julien Féret, Steve Achiepo, Vincent Maury, Marie Monge, Nicolas Mesdom, Sébastien Houbani, Virginie Legeay, Gudmundur Arnar Gudmundsson, Chema García Ibarra, Jean-Bernard Marlin, Shanti Masud, Arthur Harari, Nicolas Anthomé, Clément Tréhin-Lalanne, Olivier Chantriaux, Joris Clerté, Virginie Giachino, Giacomo Abbruzzese, Jean-Charles Mbotti Malolo, Erik Schmitt, Martin Razy, Erik Schmitt, Paul Hamy, Hélène Vayssières, Marie Voignier, Davy Chou, Céline Devaux, Sarah Van Den Boom, Robert-Jan Lacombe et Jan Czarlewski,Phuong Mai Nguyen, Lisa Krane, Rory Waudby-Tolley, Cécile Ducrocq, Laure Calamy, Yann Delattre, Fabrice Préel-Cléach, Jean-Christophe Soulageon, Natalie Beder, Nelson Ghrenassia, Ali Asgari, Farnoosh Samadi Frooshani, Lise Akoka, Romane Gueret, Léa Mysius, Paul Guilhaume, Donato Sansone, Nicolas Schmerkin, Or Sinai, Mees Peijnenburg, Ena Sendijarević, Roxana Stroe, Sélim Azzazi, Héloïse Pelloquet, Chabname Zariab, … .

Merci à eux, pour leur confiance et leurs films !

Merci également à Florian Delporte, aux projectionnistes, et à l’équipe de Format Court.

Katia Bayer

Rappel. Soirée Format Court, ce jeudi 9 mars 2017

La bonne info de la semaine. Format Court vous invite ce jeudi 9 mars 2017, à 20h30 à assister à sa nouvelle soirée de courts-métrages au Studio des Ursulines (Paris, 5ème).

Cinq films français, britanniques et croates seront projetés pour l’occasion, en présence de deux équipes : Alice Diop et Patrick Zingile, réalisatrice et comédien de « Vers la tendresse », Cesar du Meilleur Court Métrage 2017 ex aequo, et Lola Quivoron et Margaux Juvénal, réalisatrice et productrice de « Au loin Baltimore » (sélectionné à Locarno, Angers, Clermont, …).

Venez les rencontrer !

En pratique

– Projection : 20h30, accueil : 20h
– Durée de la séance : 87′
– Studio des Ursulines : 10 Rue des Ursulines, 75005 Paris
– Accès : RER B Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Épée), Bus 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon). Métro le plus proche : Ligne 7, arrêt Censier Daubenton (mais apprêtez-vous à marcher un peu…)
– Evenement Facebook
Entrée : 6,50 €
Réservations vivement recommandées : soireesformatcourt@gmail.com

Between Walls de Sara Jespersen Holm

Between Walls (Mellem Vaeggene) de Sara Jespersen Holm, Animation, 8’03’’, 2015, Danemark, The Animation Workshop

Synopsis : Un écrivain en panne d’inspiration essaie d’écrire un poème. L’énergie négative qu’il dégage se matérialise en corbeaux noirs, que seule sa fille Millie semble être capable de voir.

C’est l’histoire d’un père, d’une petite fille et d’un oiseau. Lui est en panne d’inspiration. Devant sa machine à écrire, il récite le poème qu’il tape, mais rien ne lui convient : ses pages finissent immanquablement à la poubelle. Elle, l’enfant, Millie, a un ami, un oiseau lumineux auquel elle est attachée. Elle essaye aussi d’attirer l’attention de son père, trop pris par son travail pour se rendre compte que sa fille a des déboires à l’école.

Le décor de ce film, réalisé à l’école danoise The Animation Workshop par Sara Jespersen Holm, se veut minimaliste et opte pour une tonalité grise. Tout y est sombre, des murs de la maison, aux personnages gris en passant par les corbeaux noirs. Seuls espaces blancs : les pages volantes et l’oiseau de papier de Millie, issue de son imaginaire et de son innocence.

À la fin de ce conte poétique et touchant vu au Festival Anima de Bruxelles, le père retrouve l’inspiration, découvre l’oiseau et prend sa petite fille dans ses bras. Les murs et la grisaille ambiante font place à la tendresse entre les deux personnages et au lien retrouvé.

Hélène Klein

À la rencontre de Clément Postec et Carole Grand

Le Cinéma L’Archipel (17, boulevard de Strasbourg, Paris 10ème) accueille ce mardi 7 mars à 20h, un nouveau rendez-vous « À la rencontre » initié en 2014. Deux réalisateurs, Clément Postec et Carole Grand, y présenteront leurs films. À l’issue de la projection, les cinéastes dialogueront avec Marc-Antoine Vaugeois (rédacteur à Format Court et A bras le corps).

Du documentaire à la fiction jusque dans leurs hybridations les plus surprenantes, la programmation bimestrielle « À la rencontre » entend mettre en avant et défendre un cinéma de recherche se jouant des formats, des genres et des durées de façon renouvelée, offrant à chaque fois aux spectateurs une séance aussi riche que stimulante.

• Mille autres raisons, un film de Clément Postec (9 mn, 2016)

Synopsis : Un homme explique les raisons de son asile. Un autre marche à la recherche d’une image.

• Les portes d’arcadie, un film de Carole Grand (58 mn, 2015)

Synopsis : Dans les petits bureaux prêtés par la mairie du Xème arrondissement de Paris à l’association ARDHIS, bénévoles et demandeurs d’asile se retrouvent pour faire émerger une parole balbutiante et personnelle. Le seul moyen de prouver que l’on est bien homosexuel et persécuté pour cette raison afin d’obtenir l’asile en France, c’est de convaincre par le récit de son expérience intime.

Mais réussir à mettre les bons mots sur ce que l’on a vécu et persuader de l’authenticité de son histoire n’est pas simple. Soir après soir, ces paroles sont accouchées pour reconstituer des histoires de vie et d’amour qui seront confrontées à l’administration française.

En pratique

Infos : Facebook
Durée : 1h08
Tarif normal : 8 euros. Cartes UGC acceptées

CIEL#9 Pour un flirt

Il y a quelques mois, nous avons attiré votre attention sur le projet CIEL, alias Cinéma indépendant en ligne, lancé il y a quelques temps par Ciclic. L’initiative cherche à favoriser la diffusion des œuvres soutenues et des formats peu visibles dans les salles de cinéma et/ou à la télévision.

Aujourd’hui, nous publions une nouvelle actu sur CIEL#9, toujours porté par Ciclic, avec une nouvelle proposition de films en lignes (et de contenus associés) consacrés à la drague. Bon nombre d’entre eux ont été chroniqués sur Format Court.

Du côté des comédies adolescentes, entre moquerie et romantisme, découvrez « La Boum de Julia Ferrari » de Géraldine de Margerie et « Guy Moquet » de Demis Herenger (critique et interview à lire sur notre site).

Pour les adeptes de l’amour vache, voici 3 films/situations de séduction liés à des générations différentes : « Aglaée » de Rudi Rosenberg (critique et interview à lire sur notre site), « Les Princesses de la piste » de Marie Hélia et « T’étais où quand Mickael Jackson est mort » de Jean-Baptiste Pouilloux.

Pour les mordus de chorégraphie, voici également plusieurs films : « Le Sens du toucher » de Jean-Charles Mbotti Malolo, une animation sensuelle, récompensée du Prix Format Court au Festival de Villeurbanne 2014 (voir notre dossier en ligne), « Merci Cupidon » d’Abel et Gordon, un film culte et burlesque (critique & interviews en ligne), « Je sens le beat qui monte en moi » de Yann Le Quellec, une comédie romantique décalée, et « Braise » d’Hugo Frassetto, une animation sensuelle.

Derniers films à être proposés par Ciel : « Corps inflammables » et « 75 centilitres de prière », deux moyens-métrages de Jacques Maillot, captant les amitiés et les désirs dans les années 1990, « Kiss me not » d’Inès Loizillon, un film choisi par le réalisateur Yann Gonzalez, mais aussi « Petit cœur » de Uriel Jaouen Zréhen, sélectionné par le festival Désir…Désirs !

Bonne nouvelle : ces films sont visibles en ligne, dans leur intégralité et gratuitement jusqu’au lundi 10 avril 2017 ! Profitez-en !

Festival Nouveaux Cinémas, dernier jour d’inscriptions

Organisée en juin 2017 à Paris et en Île-de-France, la 13ème édition du Festival des Nouveaux Cinémas propose de découvrir gratuitement un panorama de la création cinématographique numérique à travers une programmation de courts-métrages issus du monde entier.

L’objectif principal du Festival est de promouvoir et soutenir les cinémas numériques sous toutes leurs formes. Les films retenus qui osent proposer une approche novatrice dans l’utilisation du numérique seront projetés lors du Festival.

À l’issue de chacune des projections, seront organisées des rencontres entre le public, les réalisateurs, les producteurs, et des personnalités du cinéma numérique.

Le festival est à la recherche de films d’une durée de 20 minutes maximum (générique inclut) uniquement, sans contrainte de genre (fiction, animation documentaire, expérimental, clip, MashUp,etc.), de thème, de date de production, de nationalités, réalisés en numérique (DV, HDV, HD, Téléphone portable, Webcam, Appareil photo numérique…)

Inscription gratuite en ligne uniquement avant le 3 mars 2017 (date limite d’inscription).

Madara Dišlere, cinéaste de l’intime

Madara Dišlere, jeune réalisatrice lettone, a marqué le jury Format Court lors du dernier festival du film court de Brest (en novembre 2016) avec son court-métrage, « Dārznieks » (Le Jardinier). Dans ce quatrième et dernier court-métrage, elle plonge le spectateur au cœur de la nature lettone, magnifiée à travers les yeux de son personnage principal. Ce qui séduit dans cette histoire, emplie à la fois de tendresse et de dureté, c’est surtout son rapport au temps. À celui, cyclique, des saisons qui reviennent et à celui, linéaire, de la vieillesse qui s’empare des hommes.

Dans « Dārznieks », comme dans ses trois premiers courts, Madara Dišlere, dresse le portrait d’un personnage solitaire, affrontant le monde hostile qui l’entoure. Ce jardinier est le premier personnage masculin qu’elle met en scène, après avoir porté à l’écran une secrétaire submergée par un patron envahissant dans « G-Spot », une poète harcelée par un policier bien trop entreprenant dans « A poem » et une mère célibataire engageant une froide histoire d’amour avec un photographe bien plus jeune qu’elle.

Madara Dišlere a étudié à l’Académie de la Culture de Lettonie où elle a réalisé ses deux premiers courts. Le premier, « G-Spot », entièrement tourné en caméra subjective, portée à l’épaule, suit les déambulations d’Elsy sur le chemin du retour du travail. Son visage n’apparaîtra qu’à la toute fin du film, en guise de prologue ; le reste du temps, le spectateur prend la place de ses yeux. En voix-off, il entend ses pensées, qui se mêlent les unes aux autres, ses interrogations, ses résolutions, ses propres conseils et impératifs.

Succession de plans séquences, le film s’ouvre sur le patron d’Elsy, lui ordonnant à la dernière minute, sur le chemin du départ, d’organiser son propre week-end. S’en est trop pour Elsy, ce n’est pas à elle de réserver un bus pour que son patron et ses amis puissent aller à leur soirée du week-end ! C’est alors que dans le deuxième plan-séquence, dans la rue, elle fulmine. Elle est perdue dans ses pensées et ne contrôle plus vraiment son corps. Celui-ci l’emmène mécaniquement dans une boutique de vêtements, mais non, elle n’a pas envie d’acheter ; devant une pâtisserie, mais non, ce ne serait pas raisonnable. Même si finalement, elle se laissera tenter par sa gourmandise qu’elle juge anormalement oppressante. Elsy rentre finalement chez elle, après un trajet plein de remises en question.

Le choix de la caméra subjective pour un film sur un personnage en pleine introspection correspond parfaitement au sujet. Celle-ci offre un champ de vision limité au regard d’Elsy à un moment où celle-ci n’a aucune vision globale du monde qui l’entoure. Sans plan d’ensemble, le spectateur non plus n’a pas de vision large du monde dans lequel prend place le film ; il ressent alors l’oppression d’Elsy et souhaite sortir de son corps autant qu’elle.

Le deuxième film d’école de Madara Dišlere, « A Poem », est également un exercice de style. Après un film entièrement en caméra portée, elle s’essaie, avec brio, au film tout en noir et blanc. Le spectateur y suit la poète Austra Skujiņa, personnage réel des années trente, célèbre en Lettonie pas seulement pour ses poèmes mais aussi pour sa vie tumultueuse achevée par son suicide.

Madara Dišlere raconte un épisode, parmi tant d’autres, de la vie de la poète, choisissant celui de ses trois derniers mois de vie. Alors qu’Austra Skujiņa sort d’un café où elle aime se rendre pour écrire des poèmes sur des serviettes en papier, un policier l’arrête pour échanger des banalités. Seulement, celui-ci veut la revoir et mettra tout en œuvre, jusqu’à la menace, pour arriver à ses fins. Le rythme du film est lent, à l’image d’Austra Skujina qui est une femme très calme. Le choix du noir et blanc et d’un piano soliste en bande-son renforce la quiétude du film et de son personnage. Ces fins choix esthétiques sont inspirés par la grâce et la féminité de la poète, ainsi que par la part de mystère que celle-ci dégage. L’obscurité du film, rendu par le noir et blanc et la faible lumière, représente la tristesse et la morosité des poèmes de Austra Skujiņa.

Sortie de l’école, Madara Dišlere réalise ensuite « Broken Pines », produit par Tasse Film. Elle signe alors un film plus conventionnel, tant sur la forme que sur le fond. En effet, rien d’original dans la construction de son personnage de femme perdue, qui trouve plus ou moins du réconfort dans les bras d’un jeune garçon d’une vingtaine d’années le temps d’un après-midi, alors que le père de son enfant continue de lui courir après. Rien d’original non plus dans le traitement cinématographique; montage alterné entre les différents personnages secondaires qui gravitent autour d’elle, plans fixes ou au lent mouvement maîtrisé de caméra. L’intérêt du film vient principalement du jeu des acteurs, qui, en ne parlant que très peu, savent se faire comprendre, des autres personnages et du spectateur. Les couleurs ternes, ces personnages mélancoliques et peu bavards et cette caméra nonchalante laissent ressentir tout au long du film une certaine morosité.

Avec « Dārznieks », Madara Dišlere revient à un cinéma intime, centré autour d’un seul personnage et de ses pensées. Le spectateur atteint l’intimité du personnage, non seulement par l’intermédiaire de la voix-off, mais aussi à l’aide des lents travellings que Madara Dišlere affectionne tout particulièrement. Ceux-ci permettent au spectateur de s’approcher des personnages afin de pouvoir les observer au plus près. Après trois films au décor citadin, elle se déplace en pleine nature, qu’elle filme avec autant de bienveillance, si ce n’est plus, que la ville. En effet, la ville était jusque là représentée comme un environnement hostile à ses personnages, c’était un lieu de danger et d’agressivité alors que la nature est ici, représentée comme un refuge pour son personnage. Comme dans son précédent film, Madara Dišlere n’a pas construit un personnage bavard. Puisqu’il ne cherche à communiquer qu’avec la nature, il n’emploie aucun mot, le langage passe par les gestes et les marques d’affection physique. Déjà dans ses précédents courts métrages, Madara Dišlere avait un sens du cadrage et de la lumière éblouissant et dans « Dārznieks », elle a su affirmer ses grandes qualités de cinéaste.

Aujourd’hui, Madara Dišlere a réalisé son premier long-métrage, « Paradise 89 ». On y retrouvera des personnages de petites filles confrontées à l’Histoire et au monde des adultes : le film se passe à la campagne où les fillettes et leurs mères se sont réfugiées au moment de la chute du régime communiste. Au vu des premières images, la nature semble être un élément important du film, qui devient ici littéralement un refuge, comme dans « Dārznieks ».

Zoé Libault

Article associé : la critique de « Dārznieks »

​Better than friends de Tuan Nguyen

Après vous avoir proposé comme film de la semaine « The Mad Half Hour » du réalisateur argentin Leonardo Brzezicki, sélectionné il y a deux ans à la Berlinale et lauréat de notre Prix Format Court au Festival IndieLisboa, nous avons demandé à Maike Mia Höhne, la responsable des courts de la Berlinale de nous soumettre son film de la semaine. Le voici.

​Better than friends de Tuan Nguyen, Documentaire, 18′, Vietnam, 2003

Synopsis : « Better than friends » est un portrait intime et intime de l’histoire deThoa et de Lam, leur famille et l’entreprise spéciale dont ils ont hérité. Au milieu de l’agitation d’une ville comme Ho Chi Minh (Vietnam), cette jeune équipe de mari & femme exploite une modeste entreprise familiale : une boucherie de chiens. Thoa et Lam sont des vendeurs de viande de chien qui travaillent assidûment de leur cuisine aux allées ouvertes par la porte arrière de leur maison, préparant et distribuant de la viande de chien pour assurer les exigences quotidiennes des restaurants locaux. Mais l’affaire est plus compliquée que ce que vous pourriez penser. En fusionnant le dialogue candide du couple avec des scènes de leurs routines quotidiennes, le film crée un portrait honnête du mariage entrelacé avec l’histoire, la politique, l’humour et l’espoir pour nous emmener au-delà des préjugés créés par les différences culturelles.

Vietnam dans les années 2000. « Better than friends » est raconté par le biais d’une dualité : amour et vie. Famille et affaires. Tout ensemble. In and out.

Un couple au début de la trentaine parle de sa vie, qui pourrait être celle de beaucoup de gens, mais qui ne l’est pas. La simplicité de cette dualité est le cadre du film. Au sein de cette simplicité, la tragédie de la vie n’est pas cachée mais bien manifeste. 

Un jeune homme et une jeune femme sont assis sur un canapé devant un mur blanc. Aucune image ne s’y trouve. Il fait chaud, elle a une robe d’été. Ils sont assis près l’un de l’autre. Le canapé est fonctionnel mais pas extraordinaire. L’on devine que le couple n’est pas pauvre, mais pas très riche non plus. Mais au-delà des questions d’argent, ils ont l’air heureux. Le rêve de Hollywood au Vietnam du Sud.

Il raconte leur première rencontre. Il suffit de quelques mots pour comprendre qu’il s’agissait d’un coup de foudre. Elle raconte à son tour le moment de leur rencontre et ils se mettent d’accord sur ce moment.

Depuis, ils sont ensemble, cela fait au moins 10 ans. Ils rient, ils sont heureux. La chaleur et l’amour entre eux se transmettent dans l’image. « Dix ans, ce n’est pas rien, c’est une longue période ».

On voit un chien dans une cage bricolée, le couple en train de cuisiner, un homme en train de causer affaires. Quelqu’un lui explique qu’il sait bien ce qu’il fait. Qu’il travaille pour cette entreprise depuis longtemps. Il sait s’y prendre. Elle comprend, tout ce qu’elle veut c’est qu’il réussisse. Elle est assez directe. Elle sait bien ce qu’elle veut, ce qu’il lui faut.

La structure du film révèle à chaque instant de plus en plus la vie personnelle et professionnelle du couple. Ils n’ont pas peur. Ni lui ni elle.

Il est important de comprendre cela. L’on le comprend même avant qu’ils ne le disent. On le comprend par leur démarche, leurs gestuelles, leur façon de parler. Leur métier n’est pas facile.
Ils vendent de la viande de chien. La viande de chien est un mets au Vietnam du Sud.

C’est un travail physique dans tous les sens du terme. On voit ce que ça implique de cuire un chien, plusieurs chiens. C’est un travail cru et physique, dans la rue. Sans rideaux, juste un grand Bec Bunsen pour brûler les chiens. Les mauvais jours, ils s’occupent de plus de chiens que quand il fait beau. Les mauvais jours, ils s’occupent d’environ 30 chiens.

Le film alterne entre les plans de travail et le couple qui raconte ce qu’ils font, comment cela fonctionne. Plus ils approfondissent les aspects liés à la vente et à la distribution, les conditions de travail (presque 365 jours par an avec seulement quelques jours de congé avant la fin de l’année), plus la situation initiale nous paraît grande. Ils sont reliés par un amour fort. Et ils ont besoin de s’aimer car sinon ils ne supporteraient pas la situation. Le travail est très dur, très dangereux, avec des gens qui travaillent dans les champs à cause des morsures de chiens. Mais ils font ce travail malgré tout cela, car, même s’il y a beaucoup de concurrence venant notamment des immigrés issus du nord du pays, même si ce n’est pas facile, c’est un moyen de gagner de l’argent. L’argent nécessaire pour la survie. Pour gagner sa vie. Et ils en vivent bien, parce que les gens aiment manger des chiens. Ils ne l’avouent pas ouvertement, mais ils le font activement. C’est de la viande abordable destinée principalement aux ouvriers, dit-on. Lorsqu’il pleut, plus d’ouvriers viennent manger, car ils ne peuvent plus travailler sur les chantiers. Donc c’est mieux pour le couple, d’un côté. De l’autre côté, il est impossible pour lui de faire un autre métier. Parfois, il fait aussi chauffeur de taxi. Mais quand il pleut, il ne peut pas conduire, à cause de la grande demande pour des chiens… parce que parce que parce que…
Leur principale source de revenu, c’est les chiens, donc même s’ils voulaient faire autre chose, ce serait très difficile d’y arriver. Cercle vicieux.

Les gens du Vietnam du Sud ne les approchent pas, quand ils réalisent ce qu’ils font. Elle dit : « Dans ce métier, nous ne pouvons pas imprimer de cartes de visite ». Et révèle ainsi le nœud du problème : c’est un commerce parce qu’il y a une demande. S’il n’y avait pas de demande, il n’y aurait pas de commerce.

La zone grise de la dualité – ce dont ils ont besoin et ce dont ils ont envie (un changement) – est représentée par les petits gestes du couple lorsqu’il s’adressent à la caméra et à l’artiste lui-même. « Better than friends » combine et reflète dans sa simplicité la complexité de vivre au Vietnam aujourd’hui. Et le Vietnam représente à son tour d’autres pays, d’autres vies. Et puis il y a le pouvoir de ce couple qui résiste à cette vie. Si le gouvernement levait un impôt sur ce travail, il y aurait moins de gens dans ce métier. Et pourtant, le gouvernement ne le fait pas.

Maike Mia Höhne

Les courts récompensés aux Oscars

Après les Cesar, voici les résultats des Oscars, côté courts. Pour rappel, « Vaysha, l’aveugle » de Theodore Ushev et « Ennemis Intérieurs » de Sélim Azzazi, repérés par Format Court, étaient en lice, mais les votants ont élu d’autres films. Voici les trois courts-métrages (documentaire, animation & fiction) oscarisés cette nuit.

Meilleur court-métrage documentaire : The White Helmets d’Orlando von Einsiedel et Joanna Natasegara

Meilleur court-métrage d’animation : Piper d’Alan Barillaro et Marc Sondheimer

Meilleur court-métrage de fiction : Sing de Kristof Deák et Anna Udvardy

Les 3 courts primés aux Cesar

Vendredi soir, la salle Pleyel a remplacé le Théâtre du Châtelet pour la traditionnelle cérémonie des Cesar. Malgré la présentation toujours aussi navrante des prix du court, trois films (et non deux) ont été récompensés par les votants de l’Académie.

Concernant le Meilleur Film de Court Métrage, si 4 films sur 5 étaient réalisés par des femmes (fait suffisant rare pour le souligner), les résultats des votes ont distingué deux films ex aequo : « Maman(s) » de Maïmouna Doucouré et « Vers la tendresse » d’Alice Diop.

Très émue, Maïmouna Doucouré a rappelé que la France avait besoin de se raconter dans pluralité. Elle a évoqué sa mère qui, quand elle lui parlait de son désir de faire du cinéma, lui disait : « Il n’y a pas de place pour les gens comme nous. Est-ce que tu vois des gens qui te ressemblent ? ».

Alice Diop, aussi très touchée, a parlé des voix de son film, souvent inaudibles, celles de son film comme celles qui « portent peu, pas assez, voire plus du tout : Théo Luhaka, Adama Traoré, Bouna Traoré, Zyed Benna, … ».

Bonne info : nous diffuserons « Vers la tendresse » le jeudi 9 mars prochain à 20h30 au Studio des Ursuline (Paris, 5ème), en présence de l’équipe (soyez au rendez-vous !).

Côté animation, « Celui qui a deux âmes » de Fabrice Luang Vija (qui a eu la bonne idée de rappeler les lettres de noblesse du court et la motivation à continuer à en faire encore à 50 ans) décroche la timbale parmi les 4 films nommés. Si vous n’avez pas vu le film, le voici (grâce à Court-Circuit).

Nouvelle Soirée Format Court, jeudi 9 mars 2017

Format Court a le plaisir de vous inviter le jeudi 9 mars 2017 à 20h30 à sa nouvelle soirée de courts-métrages au Studio des Ursulines (Paris, 5ème). Cette projection mettra en avant cinq films français, britanniques et croates (documentaires, fictions, animations) sélectionnés et primés en festivals, en présence de deux équipes, dont celle de « Vers la tendresse » d’Alice Diop, Cesar du Meilleur Court Métrage 2017 ex aequo.

Programmation

Vers la tendresse d’Alice Diop, Documentaire, 40′, 2016, Les Films du Worso, France. Cesar du Meilleur Court Métrage 2017 ex aequo, Grand Prix France au Festival de Brive 2016. En présence de l’équipe

Synopsis : Une exploration intime du territoire masculin d’une cité de banlieue. En suivant l’errance d’une bande de jeunes hommes, nous arpentons un univers où les corps féminins ne sont plus que des silhouettes fantomatiques et virtuelles. Les déambulations des personnages nous mènent à l’intérieur de lieux quotidiens où nous traquons la mise en scène de leur virilité. En off, des récits intimes dévoilent sans fard la part insoupçonnée de leurs histoires et de leurs personnalités.

The New York Times « Modern Love – A Kiss, Deferred » de Moth Collective. Animation, 3’46’, 2015, Royaume-Uni, Moth Collective. Cristal pour un film de commande au Festival d’Annecy 2016

Synopsis : « Modern Love » est une rubrique du journal New York Times dans laquelle Nikolina Kulidzan écrit un récit basé sur des faits réels : la vie et l’histoire d’amour d’une fille de 12 ans, brisées par la guerre en Bosnie-Herzégovine. Le collectif Moth en a fait une adaptation

The Beast de Miroslav Sikavica. Fiction, 14′, 2016, Croatie, Propeler Film. Mention spéciale Format Court au Festival de Villeurbanne 2016, Mention spéciale à la Quinzaine des Réalisateurs 2016

Synopsis : Un ouvrier de l’arrière-pays croate se dirige vers la côte pour démolir des habitations dans une station balnéaire. En chemin, il réalise que pour mener à bien sa contestable mission et conserver son autorité paternelle, il va devoir se débarrasser d’un « témoin » indésirable.

Au loin Baltimore de Lola Quivoron. Fiction, 25′, 2016, France, La fémis. En sélection aux festivals d’Angers et de Clermont-Ferrand 2017. En présence de l’équipe

Synopsis : La liberté ne signifie qu’une seule et unique chose pour Akro : rouler en moto-cross dans la cité, comme un prince, la roue avant braquée vers le ciel. Mais ce soir-là, le moteur lâche.

Wednesday with Goddard de Nicolas Ménard. Animation, 4’30 », 2016, Royaume-Uni, Nexus Studios. Prix Spécial du Jury aux Sommets du cinéma d’animation 2016

Synopsis : Une quête pour le développement spirituel mène à la romance et au désespoir.

En pratique

– Projection : 20h30, accueil : 20h
– Durée de la séance : 87′
– Studio des Ursulines : 10 Rue des Ursulines, 75005 Paris
– Accès : RER B Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Épée), Bus 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon). Métro le plus proche : Ligne 7, arrêt Censier Daubenton (mais apprêtez-vous à marcher un peu…)
Evenement Facebook
Entrée : 6,50 €
Réservations vivement recommandées : soireesformatcourt@gmail.com

Divines d’Houda Benyamina

Depuis le 3 janvier dernier, Diaphana propose une édition de « Divines » d’Houda Benyamina, avec de nombreux bonus. Le DVD donne accès à des entretiens avec l’équipe, aux scènes coupées et au dessous du tournages jusqu’à la consécration cannoise avec le prix de la Caméra d’or.

« Divines », récompensé aux Cesar dans les catégories Meilleur premier film, Meilleur espoir féminin (Oulaya Amamra) et Meilleure actrice dans un second rôle (Déborah Lukumuena), met en avant l’histoire de Dounia, une jeune femme à la recherche de pouvoir et de réussite. Dans un ghetto où se côtoient trafics et religions, elle décide, avec sa meilleure amie Manouna, de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Toutefois, sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur, va bouleverser son quotidien.

Pour son premier long-métrage, Houda Benyamina livre une vision neuve et singulière de la cité en se débarrassant de tous les clichés que l’on retrouve dans certains films plus récents. Elle n’hésite pas a utiliser certaines originalités filmiques qui sont propres à la jeunesse d’aujourd’hui, comme des vidéos tournées à partir d’un téléphone, pour illustrer l’amitié entre les deux adolescentes, qui est la force du film. Cette fresque sociale met en avant la misère collective et cette envie de réussite qui ne passe qu’à travers l’argent et la reconnaissance, propre à une partie de la jeunesse actuelle.

Le DVD propose différents entretiens avec les membres de l’équipe technique et la réalisatrice, qui permet au spectateur de comprendre plus en détails la construction du film. 
Par exemple, Romain Compingt le scénariste, explique sa rencontre avec Houda Benyamina. Ils avaient tous les deux ce désir d’universalité dans l’écriture, avec une volonté de mettre en avant des enjeux thématiques comme le sens du sacré, la politique et la notion de beauté. Le personnage de Dounia est en quête de sa dignité et de la beauté à l’état brut. Cette beauté, elle la retrouve dans le corps du danseur qu’elle rencontre, qui est parfait dans ses gestes et incarne d’une certaine manière le sacré.

De plus, le making-of du DVD, « Du tournage à la consécration cannoise » permet de plonger le spectateur dans les dessous du film. On y observe toute la direction d’acteur d’Houda Benyamina dirigeant sa soeur, Oulaya Amamra (nommée aux Cesar en tant que Meilleur espoir feminin), qui incarne Dounia, dans une envie d’obtenir le meilleur dans chaque prise.

Par ailleurs, la sortie DVD de ce premier long-métrage, nous permet de revenir sur le travail d’Houda Benyamina, en s’intéressant à ses deux précédents courts-métrages : « Ma poubelle géante » et « Sur la route du paradis » (projeté en novembre 2012 dans le cadre de nos séances mensuelles, en présence de la réalisatrice).

« Ma poubelle géante » réalisé en 2008, raconte l’histoire de Yazid Belkacem qui rentre chez sa mère, à son retour du Japon, sûr de décrocher une bonne place. Mais de désillusion en désillusion, Yazid s’englue dans la cité de son enfance, sa « poubelle géante », happé par une famille déjantée et des jobs bidons.

On retrouve l’univers de la cité et cette idée de dénoncer l’impuissance aux jeunes pour s’en sortir socialement. Houda Benyamina arrive à sortir le meilleur de ses acteurs : Mounir Margoum qui interprète Yazid, montre bien la désillusion de la jeunesse française. Comment trouver un emploi lorsque la société ne donne pas les moyens d’en avoir un ?

« Sur la route du paradis », réalisé en 2011 et présélectionné aux César 2013, raconte l’histoire de Leila et ses deux enfants, Sarah et Bilal, qui ont quitté leur terre natale afin de s’installer en France. Sans papiers, et à la recherche de son mari réfugié en Angleterre, Leila, qui souhaite offrir à ses enfants une vie meilleure, tente de survivre et d’élever ses enfants dans la clandestinité. Alors qu’elle retrouve enfin la trace de son époux et dispose de l’argent nécessaire pour le rejoindre, leur vie se complique : la police est à leur recherche et le père ne répond plus à leurs appels.

Le personnage de la mère (Majdouline Idrissi) et de l’oncle travesti (Mounir Margoum), les deux personnages forts du court-métrage, sont présents dans le long-métrage « Divines ». Ils représentent le monde des adultes, un monde violent et sans pitié.

Contraints de vivre dans un bidonville entre le périphérique et les tours, ils peinent à s’en sortir entre le travail et les enfants. Houda Benyamina livre sa vision politique et sociale des conditions de vie dans l’agglomération parisienne. La jeunesse est invisible aux yeux de la société : il y a un manque de travail, un manque de logements et d’aides dans les cités. Ces jeunes malmenés par la vie, cherchent une reconnaissance individuelle, mais aussi dans la communauté. Ils visent un idéal de vie qui tourne autour de l’argent et de la popularité : par exemple, Dounia se met à travailler pour une dealeuse. La force des personnages vient de leurs familles et de leurs cercles d’amis qui les soutiennent et essayent de s’en sortir aussi. Une vision de la réalité sociale actuelle, qui se concrétisera avec la réalisation de « Divines ». De plus, on retrouve dans les trois films d’Houda Benyamina, un univers personnel, notamment cette justesse dans l’écriture. Elle recherche un réalisme dans la fiction et connaît le milieu où elle fait évoluer ses personnages. La volonté d’aller au bout de toutes les possibilités narratives de la mise en scène, fait de Houda Benyamina, une cinéaste à part entière, qui apporte un renouveau intéressant au cinéma français.

Lila Toupart

Divines d’Houda Benyamina. Edition Diaphana. Films, entretiens & bonus