Tous les articles par Katia Bayer

Les courts primés à Locarno

Il y a plus d’une semaine, le Festival de Locarno dévoilait ses lauréats. Voici le palmarès des courts, moins repéré que celui des longs-métrages.

Pardi di domani, compétition internationale

Padrinho d’oro pour le meilleur court-métrage international : António e Catarina de Cristina Haneș, Portugal

Pardino d’argento : Shmama de Miki Polonski, Israël

Nomination pour les European Film Awards : Jeunes Hommes à la fenêtre de Loukianos Moshonas, France

Prix Medien Patent Verwaltung AG : Kapitalistis de Pablo Muñoz Gomez, Belgique

Mention Spéciale : Armageddon 2 de Corey Hughes, Cuba

Pardi di domani, compétition nationale

Pardino d’oro pour le meilleur court metrage suisse : Rewind Forward de Justin Stoneham, Suisse

Pardino d’argento : 59 Secondes de Mauro Carraro, Suisse, France

Best Swiss Newcomer Award : Les Intranquilles de Magdalena Froger, Suisse

Carte blanche Format Court en Finlande !

Cet été, Format Court présentera pour la première fois une carte blanche au festival SINFF (Savonlinna International Nature Film Festival), ayant lieu du 18 au 20 août prochain, à Savonlinna, dans l’est de la Finlande.

Pour la huitième année consécutive, le festival international du film sur la nature s’engage dans la défense de l’environnement et programme des regards différents sur la nature et son rapport à l’humain. Il propose ainsi une sélection de plus 30 films courts et longs-métrages ainsi que des concerts, des rencontres avec des réalisateurs/producteurs, des ateliers artistiques pour les enfants, des expositions photographiques, ou encore une projection en plein air au bord du lac Saimaa.

Les 5 courts-métrages internationaux de la carte blanche Format Court seront diffusés le 20 août prochain dans le cadre du festival, en présence de Clément Beraud, notre collaborateur et programmateur et de Jérémy Van der Haegen, réalisateur du film Les Hauts pays.

Cette  carte blanche est dédiée à la mémoire d’Agathe Demanneville, notre collaboratrice, disparue fin juillet 2017.

Programmation

Darznieks (The gardener) de Madara Dišlere. Fiction, 20′, Lettonie, 2016, Tasse Film, Prix Format Court à Brest 2016

Synopsis : Un jardin fait le bonheur et l’épanouissement d’un vieux jardinier. Le jardin ne lui appartient plus mais il se sent toujours comme chez lui. Il communique avec le jardin qui lui répond, lui offrant un refuge et une riche récolte.

Articles associés : la critique du film, l’interview de la réalisatrice

Les Hauts pays (The high grounds) de Jérémy Van der Haegen, fiction, 30′, Belgique, 2016, Neon Rouge Production, After Hours. En présence du réalisateur

Synopsis : Jeune diplômé, Emil Petrescu quitte la Roumanie pour se rendre dans la campagne belge pour reprendre le cabinet d’un médecin retraité. Il s’installe près d’un ancien bassin minier, une région en profonde mutation des suites de l’effondrement de l’industrie du charbon et de la crise de l’agriculture. Au milieu de l’hiver, une météorite se désintègre dans le ciel. Témoin de cet évènement un vieil homme en devient mutique. Le jeune médecin est appelé à son chevet.

Beauty de Rino Stefano Tagliafierro. Animation, expérimental, 9’49″, 2014, Italie, Rino Stefano Tagliafierro

Synopsis : Invitation au voyage, exploration des émotions, travail sur la perception, « Beauty » est un film de ressenti, un court animé extrêmement original et troublant sur l’art et la vie.

Articles associés : la critique du filml’interview du réalisateur

Tarfala de Johannes Östergard, Documentaire, 27′, 2015, Finlande, University of Television and Film Munich

Synopsis : Lars est un vieu suédois, qui a choisi de passer ses hivers dans la solitude en tant que gardien de quelques refuges au pied de la plus haute montagne suédoise : Kebnekaise. Le film explore à la fois l’intime et le monde extérieur de son séjour dans le refuge, et questionne le bonheur d’être avec ou sans ses amis et les êtres aimés.

Totems de Paul Jadoul. Animation, 8′, 2016, Belgique, France, Les films du Nord

Synopsis : Un bûcheron travaille dans la forêt quand un arbre s’écrase sur lui et l’immobilise. La détresse réveille alors l’animal caché en lui…

F comme Le Film de l’été

Fiche technique

Synopis : C’est un film d’autoroute, de touristes en transhumance, de tables de pique-nique en béton, de files d’attente pour les WC, de melons tièdes et de Carwash. C’est le film d’un homme qui veut partir et d’un petit garçon qui le retient. C’est le film de l’été.

Genre : Fiction

Durée : 30′

Pays : Belgique, France

Année : 2016

Réalisation : Emmanuel Marre

Scénario : Emmanuel Marre

Image : Olivier Boonjing

Montage : Nicolas Rumpl

Son : Vincent Villa

Interprétation : Jean-Benoît Ugeux, Balthazar Monfé, Vincent Minne, Aurore Fattier

Production : Kidam, Michigan Films

Article associé : la critique du film

Le Film de l’été d’Emmanuel Marre

Un homme dépressif de 37 ans (Philipe), un garçon de neuf ans (Balthazar) et une voiture. Voici le combo de ce film itinérant réalisé par Emmanuel Marre, récompensé cette année du Prix Jean Vigo du court métrage et du Grand prix national au Festival de Clermont-Ferrand.

Issu d’un cursus littéraire effectué à Paris et diplômé de l’école de cinéma (l’IAD) de Bruxelles, Emmanuel Marre a également remporté le Prix Format Court en avril dernier lors du festival de moyens-métrages de Brive avec son film, Le Film de l’été. Le réalisateur met en scène l’histoire de Philippe, le personnage principal, qui profite de la voiture d’Aurélien et de son fils Balthazar pour se rendre à un rendez-vous professionnel dans la ville de Lyon. Sur l’autoroute en direction du sud, l’air estival, la lumière éclatante et l’esprit de vacances ne suffisent pas à dissiper sa dépression et sa solitude. Mais lorsque Philippe veut partir, Balthazar le retient. Commence alors une amitié inattendue.

Le film tout en entier fait résonner l’idée de voyage et plus encore de transhumance. Il nous offre des images lumineuses et se fait le témoin du vagabondage de Philippe. Cette transhumance est d’abord géographique. Partant du nord, Aurélien et Balthazar vont retrouver la mère du jeune garçon dans le sud. À cet itinéraire vient se confronter celui de Philippe dont la destination finale semble bien moins définie que pour Aurélien et Balthazar.

À ce moment, le film n’expose plus simplement un voyage géographique mais un trajet psychologique durant lequel Emmanuel Marre s’attèle à sonder le cœur des hommes et tout particulièrement celui de Philippe. Ce trajet psychologique se dévoile à travers un va-et-vient habile entre les lieux extérieurs et intérieurs du film, une limite ténue qui dirige le regard du spectateur et le prépare à une vérité cachée bien plus sombre : la dépression de Philippe. Et il est vrai qu’à voir Philippe se confier à Balthazar sous la chaleur harassante du bord de route ou encore se laisser bercer par le mouvement circulaire du tourniquet d’une aire de repos déserte, on ne pourrait que difficilement imaginer la profondeur de son mal-être. Et pourtant, lorsque nous surprenons Philippe en train de vomir dans sa chambre d’hôtel, nous comprenons que le suicide n’est jamais très loin de ses pensées.

Cet aller-retour entre ce qui parait et ce qui « est » réellement est traduit par un fort contraste entre l’image graveleuse et scintillante que le soleil sublime, et les nombreux plans où le hors-champ – aussi synonyme du vide et du silence – s’incarne tel un véritable personnage du film.

Le Film de l’été, c’est le voyage dans l’intériorité d’un personnage torturé qui vit une dépression à l’insu de tous, une douleur sourde et dissimulée comme certains de ces moments du film où le son se substitue à l’image et inversement. Le réalisateur signe sa singularité en proposant un chemin exutoire à la pathologie d’un homme. Ce chemin : l’amitié particulière entre Balthazar et Philippe.

Emmanuel Marre réussit ainsi, avec un genre marginal (road movie) à faire voyager son spectateur autant que ses personnages dans une réalité sombre, sans jamais s’attarder sur l’aspect pathétique généralement associé aux individus souffrant de tels maux.
Il réalise par la force des choses un film touchant, un film profond.

Marie Winnele Veyret

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Notre hommage à notre collaboratrice, Agathe Demanneville

Agathe,

J’espère que tu excuseras ce mode personnel. Mes souvenirs sont flous, mais je pense t’avoir dit, comme aux autres rédacteurs de Format Court, qu’il valait mieux éviter le “je” dans tes papiers. Je vais laisser de côté ce conseil.

La première fois que je t’ai rencontrée, tu m’as fait penser à un gentil lutin curieux, malicieux, sorti des bois. J’ai senti quelque chose de particulier en toi, de simple, de discret, de naturel et de profond à la fois. À l’extérieur, une jeune personne posée, douce, simple, le sourire toujours en coin.

C’était il y a 7 ans déjà, je ne le réalise que maintenant. Le temps passe si vite.

Agathe, j’apprends que tu es partie en balade avec ton lutin, ta gentillesse, ta curiosité, ton sourire et ta discrétion. Pas pour un nouveau voyage en Amérique du Sud avec Samuel, pas parce que le court ne te parle plus, mais pour toujours et en solitaire.

Quand on s’est rencontré en 2011 au festival Court Métrange, à Rennes, tu m’as parlé de ton intérêt pour le cinéma, je t’ai proposé d’écrire pour le site. Tu as accepté et m’as envoyé un premier papier (Le Vivier de Silvia Guillet). Très rapidement, tu en as rédigé d’autres, révélant une grande intelligence d’esprit, une écriture très stimulante et un très beau regard sur le cinéma d’auteur.

En peu de temps, tu as trouvé ta place dans l’équipe. Ta personnalité, ta signature, ton sens de l’analyse et du détail, tes goûts éclectiques (l’animation, l’expérimental, les films anglais, ceux de l’est, les courts-métrages d’écoles, …), tes entretiens avec des réalisateurs aussi différents que Bertrand Mandico, Ainslie Henderson, Dan Sachar, Paul Wenninger, Simon Ellis, Chabname Zariab, Kordian Kądziela et Madara Dišlere, ont contribué à la diversité et à la qualité du site.

Pendant ces 7 années, tu as écrit avec beaucoup de goût, de talent, d’intelligence, de sensibilité. Ta plume s’interrompt le 30 mai 2017 avec la critique d’un film brésilien, Nada, réalisé par Gabriel Martins. C’était un véritable plaisir de te lire et de te relire. Désolée si je me répète et si j’utilise encore ce petit “je”. J’encourage tout le monde à parcourir et reparcourir tes textes qui font partie de toi et qui te ressemblent.

Tu aimais aller à la rencontre des gens, des auteurs, des films, toujours curieuse, toujours en recherche active d’émotions. On t’a connu à Rennes, mais tu n’as pas arrêté de te passionner et de te déplacer inlassablement, encore et toujours pour le cinéma : un stage de programmation à Angers, une collaboration active au festival À l’Est du Nouveau, dont tu nous parlais avec enthousiasme, ton arrivée à Toulouse et au festival Ciné 32, un tout nouveau projet exaltant pour toi. Tu courais les festivals aussi : Clermont-Ferrand, Brest, Bruz, Angers, Berlin, … Et tu adorais programmer aussi : ton regard avisé nous a bien aidés pour nos cartes blanches passées à Court Métrange et Brest et celle qui sera présentée d’ici quelques jours à Savonlinna, en Finlande, et qui, à la demande de Clément, t’est évidemment dédiée.

La dernière fois qu’on s’est vues, en février, à Berlin, tu désignais avec enthousiasme les films que tu avais aimés, des longs-métrages repérés, toutes sections confondues, pour À l’Est du Nouveau. Je ne te l’ai pas dit, mais j’ai admiré ton sens de l’organisation mis en oeuvre pour cumuler le plus de films possibles en le moins de temps possible, même à l’autre bout de la ville, même en changeant plusieurs fois de moyens de transport dans la même journée ! Moi, la paresseuse, j’étais bien ébahie par tant d’énergie !

Récemment, quand nous avons parlé de projets à venir pour le site, par échanges de mails, tu t’es excusée de ne pas pouvoir assister à la prochaine réunion (ah, cette satanée distance), mais ta troisième ligne et son point d’exclamation – « Concernant le festival Format Court 2018, j’en suis toujours !” – prend une résonance particulière aujourd’hui. Très chère Agathe, ce “toujours” va nous accompagner encore longtemps et sois-en sûre, si un jour ce projet émerge, nous serons fiers et émus d’avoir pu compter sur ton soutien et ton enthousiasme.

Je relis la biographie que tu m’as envoyée en mai 2013, qui allait paraître peu de temps après sur le site, accompagnée d’un mot subtil qui te ressemblait bien (« Après avoir fait de la résistance pendant presque 2 ans, je lâche les armes 😉 ») : “Once upon a time, au détour d’études anglophones et de séjours à l’étranger, Agathe Demanneville a découvert le cinéma américain, mais a vite compris qu’il n’y a pas que les États-Unis qui comptent ! De festival en festival, elle a développé une curiosité grandissante pour le format court, et un goût prononcé pour l’insolite et le poétique. Incapable de rester en place, passionnée de danse, elle aime le mouvement et les voyages, réels ou imaginaires, et part à la recherche d’images qui la transportent toujours un peu plus loin, partageant son temps entre les salles obscures, l’écriture et la programmation.”

Elle est jolie, ta bio, Agathe. Aujourd’hui, elle prend douloureusement sens. Je t’imagine, un sac en bandoulière, toujours en recherche d’insolite, de poétique, d’images et de voyages.

Agathe, ta belle personne et tes jolis mots vont me, vont nous manquer. Aujourd’hui, nous n’en avons pas suffisamment pour saluer tes qualités et déplorer ton départ.

Toute l’équipe se joint à moi pour exprimer sa peine et ses sincères condoléances à Samuel et à ta famille.

Nous t’aimons et te regrettons déjà.

Katia

Les courts présentés à la prochaine Mostra de Venise

Alors que le Festival de Locarno s’ouvre la semaine prochaine, celui de Venise (30 août-9 septembre) a annoncé aujourd’hui sa sélection lors de sa conférence de presse annuelle. Côté longs, on est ravi de retrouver en compétition Xavier Legrand avec Jusqu’à la garde (version longue de Avant que de tout perdre) et dans la section Orizzonti Ali Asgari avec Napadid shodan (Disappearance, version longue de Bishtar Az Do Saat).

Du côté des courts, voici les films retenus, en compétition et en hors compétition.

Bonne info : Céline Devaux (France), Adriano Valerio (Italie) et Yorgos Zois (Grèce) sont de la partie !

En compétition

Aria de Myrsini Aristidou (Chypre, 2017, 14’, Fiction)

Astrometal de Efthimis Kosemund Sanidis (Grèce, 2017, 16’, Fiction)

Awasarn Sound Man de Sorayos Minimal Prapapan (Thaïlande, 2017, 16’, Fiction)

By the pool de Laurynas Bareisa (Lituanie, 2017, 16’, Fiction)

Gros Chagrin de Céline Devaux (France, 2017, 15’, Fiction/Animation)

Himinn Opinn de Clyde Gates, Gabriel Sanson (Belgique, 2017, 19’, Fiction)

The Knife Salesman de Michael Leonard, Jamie Helmer (Australie, 2017, 11’, Fiction)

Lagi Senang Jaga Sekandang Lembu de Amanda Nell Eu (Malaisie, 2017, 18’, Fiction)

Meninas Formicida de João Paulo Miranda Maria (Brésil/France, 2017, 13’, Fiction)

Mon amour, mon ami de Adriano Valerio (Italie, 2017, 15’, Documentaire)

L’ombra della sposa de Alessandra Pescetta (Italie, 2017, 11’, Expérimental)

Tierra Mojada de Juan Sebastián Mesa (Colombie, 2017, 17’, Fiction)

Hors compétition

8h Hpeiros de Yorgos Zois (Grèce, 2017, 11’, Fiction)

Futuro Prossimo de Salvatore Mereu (Italie, 2017, 18’, Fiction)

5 bons films d’animation à voir en ligne !

En cette période juillettiste, Format Court vous propose de (re)voir et partager 5 bons courts-métrages d’animation, dont 3 films d’écoles, multiprimés et multivitaminés, en provenance du Royaume-Uni, d’Irlande, des Pays-Bas et d’Israël. Bonnes (re)découvertes à vous !

A Single Life de Job Roggeveen, Joris Oprins, Marieke Blaauw (Prod. : Job, Joris & Marieke, Pays-Bas, 2014)

The Bigger Picture de Daisy Jacobs (National Film and Television School, Royaume-Uni, 2014)

Edmond de Nina Gantz (National Film and Television School, Royaume-Uni, 2015)

Between Bears de Eran Hilleli (Bezalel Academy of Arts and Design, Israël, 2010)

Coda de Alan Holly (And Maps And Plans studio, Irlande, 2013)

Retour sur la Berlinale 2017

En cette période estivale un peu creuse, nous ressortons les vieux dossiers et les sujets en souffrance. Berlin 2017, par exemple. Le festival, calé en février entre Rotterdam et Clermont-Ferrand, accueille depuis une décennie une compétition de courts-métrages, Maike Mia Höhne, une réalisatrice allemande, en assure la composition avec son comité de sélection.

Os Humores Artificiais

Avec seulement 23 courts et moyens-métrages (et un film hors compétition), la sélection était constituée cette année de 5 programmes diffusés quotidiennement, intégrant des mini Q&A avec les équipes entre chaque film. Les salles, pleines même à 22h, étaient composées de spectateurs de tous les âges, certains suivant toute la compétition, d’autres venant découvrir un programme au hasard.

Le catalogue indique une volonté de diffuser des films « nous présentant des réalités alternées, des changements de perception, (…) créés en dehors des conditions normales de production, loin du courant de la propagande capitaliste » (rien que ça !). Ce mot d’ordre, ce manifeste rédigé par Maike Mia Höhne, la sélectionneuse en chef, a de quoi surprendre. Au final, les films sont-ils aussi surprenants et radicaux qu’énoncés ? Ont-il réellement changé notre vision ? Et bien, pas tant que ça.

Fuera de temporada de Sabrina Campos, inaugurant le premier programme, est un film argentin relativement classique dans lequel deux ex-petits amis se retrouvent après un temps de séparation. Il est désormais en couple, elle est célibataire. Hormis quelques jolis plans de corps dans l’eau et une tension passable (se remettront-ils ensemble, seront-ils surpris par la nouvelle girlfriend ?), on attend vainement que quelque chose se passe dans ce film, ce qui n’arrive jamais. On se reporte alors avec espoir au deuxième titre de ce même programme, Keep that dream burning de Rainer Kohlberger, un film germano-autrichien qui s’intéresse sur le papier aux algorithmes et au bruit, et qui se transforme en expérience résolument effrayante, parcourue par des sons extrêmement forts et une image agitée déconseillée aux spectateurs épileptiques. Trash. Chaos. Oreilles et yeux bouchés. Next.

Dans le deuxième programme, Miss Holocaust de Michalina Musielak (Pologne, Allemagne) est un documentaire fort gênant sur un concours de beauté pour le moins bizarre, couronnant annuellement des survivantes de la Shoah. Le film présente un groupe de femmes âgées s’adonnant aux rituels propres aux concours : défilés, répétitions, discours, … L’enjeu (la mémoire) qui pourrait en découler n’est pas vraiment là. On sent plutôt une caméra intrusive, inélégante et une recherche absolue d’émotion. La réalisatrice essaye de nous montrer ces femmes autrement, c’est-à-dire dans la vie, c’est un fait. Ca ne nous empêche pas de nous sentir néanmoins mal à l’aise en plein Berlin devant l’image de ces femmes juives âgées, rescapées de la barbarie nazie, qu’on nous montre dans des situations parfois trop appuyées. À part représenter la solitude, la maladie et la vieillesse, le film ne défend pas réellement un point de vue (la base du film documentaire) et se veut bien trop démonstratif par endroits.

Pour sa part, Le film de l’été d’Emmanuel Marre, clôturant ce deuxième programme, arrive à point nommé. Primé quelques heures avant Berlin du Grand Prix national à Clermont-Ferrand, le film « mélancomique » est notre coup de cœur n°1. Ce road-movie tourné dans l’urgence, le temps d’un été, à six, sans vraies aides financières (hormis L’Aide au film court et la confiance de deux maisons de production française et belge, Kidam et Michigan Films) est un film-expérience et un vrai moment de cinéma.

Un homme, Jean-Benoît Ugeux (souvent présent dans les courts et longs-métrages belges), voyage avec un ami et le fils de celui-ci. Une nouvelle amitié se développe entre l’adulte et l’enfant, avec pudeur et humour. Avec ses couleurs vives, ses cicatrices, ses genoux écorchés, ses danses improbables au car wash et les trous innocents dans ses chapeaux de paille, Le film de l’été, coup de cœur n°1 de Berlin, fait partie de ces découvertes positives qu’on fait trop rarement en festival. Primé par Format Court à Brive en avril dernier avant d’être récompensé du Prix Jean Vigo du court-métrages au mois de juin, le film a toutes les chances d’être en lice aux Cesar, si les sélectionneurs des courts et les votants de l’Académie ne se laissent pas séduire par d’autres films bien plus faibles, comme c’est malheureusement le cas chaque année.

The boy from H2 de Helen Yanovsky, issu du programme 4, est un documentaire qui suit un jeune garçon palestinien âgé de 12 ans, vivant dans le secteur H2 d’Hébron, la ville la plus importante de Cisjordanie. La caméra filme l’enfant en prise avec des soldats israéliens, allant chercher de l’eau et parlant avec doute de son avenir. Helen Yanovsky, la réalisatrice, montre une réalité filmée à hauteur d’enfant (les difficultés, rêves et espoirs de celui-ci) et termine joliment son film avec une image très visuelle du garçon cherchant à se cacher, à s’isoler de tous en se réfugiant dans l’unique endroit qu’il a trouvé à l’abri des regards : dans une poubelle.

Si le film fonctionne et touche le spectateur, on repère cependant rapidement un problème : la présence d’un stand d’Amnesty International à l’extérieur de la salle, invitant les spectateurs à signer une pétition sur le sort des enfants en Palestine (entendez, contre l’occupation des soldats israéliens). Les bénévoles du stand n’ont fait le déplacement que le soir de la première du film, mais curieusement absents les 10 autres jours du festival, pour accompagner les quatre autres programmes des courts en sélection. En pré-séance, lors de la présentation de l’équipe, la programmatrice en chef, Maike Mia Hahne, insiste par ailleurs lourdement sur la présence d’Amnesty et use de son bon pouvoir en conviant la salle pleine à signer ladite pétition. Le problème ne vient évidemment pas de la programmation et de la diffusion d’un tel film – bon au demeurant -, mais de la manière dont il est présenté et utilisé à des fins personnelles et politiques qui ne semblent pas pour autant gêner l’équipe concernée. Ce n’est pas la première fois qu’on assiste à une telle confusion entre l’artistique et le politique et entre la responsabilité et la subjectivité, et c’est bien dommage de retrouver un tel cas de figure dans un festival aussi important que Berlin.

On termine avec une note plus positive, la découverte du tout dernier film de la sélection berlinoise, issu du cinquième programme, Os Humores Artificiais, un formidable moyen-métrage portugais réalisé par Garbiel Abrantes. Celui-ci a déjà réalisé de nombreux courts et moyens-métrages; deux d’entre eux ont déjà été montrés à la Berlinale. Cette année, le cinéaste livre un film vibrant, joyeux et lumineux, une comédie romantique, tournée en petit comité, comme le film d’Emmanuel Marre. Os Humores Artificiais parle des sentiments croissants d’Andy Coughmann, un robot de São Paulo, programmé pour faire du stand up, à l’égard de Jo, une jeune fille simple appartenant à une tribu d’Amazonie. Garbiel Abrantes signe ici un film sur l’intelligence artificielle, notre dépendance à la technologie, la superficialité de notre société, le retour à la simplicité et aux sensations vraies, directes. Il arrive à créer de l’empathie pour cette sympathique tête robotique humanisée par la parole, l’humour, la candeur et les grands yeux sombres, et à obtenir un rendu drôle, émouvant, servi par un bon scénario, de la musique, des poules, une gentille comédienne et une atmosphère toute simple. Face à cette histoire d’amour atypique où les belles âmes et la spontanéité comptent plus que les lignes de codes préprogrammés et la vanité sociétale, on retrouve quelque chose qu’on avait un peu perdu à Berlin : le sourire et l’émerveillement. Après Le film de l’été, Os Humores Artificiais, nommé pour les European Film Awards 2017, est bel et bien notre deuxième coup de cœur du festival.

Katia Bayer

Locarno 2017, la sélection des courts !

La sélection du 70ème Festival de Locarno, organisé du 2 au 12 août prochain, a été dévoilée aujourd’hui. Voici les films et leurs auteurs retenus dans la section Pardi di domani (courts-métrages internationaux et suisses).

Compétition internationale

Agvarim shel Ella de Oren Adaf, Israël
António e Catarina de Cristina Haneș, Portugal
Armageddon 2 de Corey Hughes, Cuba
Boomerang de David Bouttin, France
British by the Grace of God de Sean Robert Dunn, Royaume-Uni, États-Unis, Émirats arabes unis
Crossing River de Han Yumeng, Chine
Das satanische Dickicht – DREI de Willy Hans, Allemagne
Douggy de Matvey Fiks, États-Unis, Russie
Edge of Alchemy de Stacey Steers, États-Unis
Fine di un amore de Alberto Tamburelli, Italie
Haine negre de Octav Chelaru, Roumanie
Harbour de Stefanie Kolk, Pays-Bas
Jeunes Hommes à la fenêtre de Loukianos Moshonas, France
Kapitalistis de Pablo Muñoz Gomez, Belgique
Loop de Matija Gluscevic, Serbie
Los perros de Amundsen de Rafael Ramírez, Cuba
Negah de Farnoosh Samadi, Iran
Nikog nema de Jelena Gavrilović, Serbie
Palenque de Sebastián Pinzón Silva, Colombie, États-Unis
Plus Ultra de Helena Girón , Samuel M. Delgado, Espagne
Shmama de Miki Polonski, Israël
Signature de Chikaura Kei, Japon
Silica de Pia Borg, Australie, Royaume-Uni
Song X de Mont Tesprateep, Thaïlande
Vypusk ’97 de Pavlo Ostrikov, Ukraine
Wasteland no. 1: Ardent, Verdant de Jodie Mack, États-Unis
Zhizn’ moego druga de Alexander Zolotukhin, Russie

Compétition suisse

59 Secondes de Mauro Carraro, Suisse, France
A Song from the Future de Tommaso Donati, Suisse
Kuckuck de Aline Höchli, Suisse
La Femme canon de David Toutevoix , Albertine Zullo, Suisse, France, Canada
Les Histoires vraies de Lucien Monot, Suisse
Les Intranquilles de Magdalena Froger, Suisse
Parades de Sarah Arnold France, Suisse
Resistance de Laurence Favre, Suisse
Rewind Forward de Justin Stoneham, Suisse
und alles fällt de Nadine Schwitter, Suisse
Villa Ventura de Roman Hüben, Suisse

Le clitoris de Lori-Malépart Traversy

Huit mois ont passé depuis que Lori-Malépart Traversy, jeune animatrice québécoise, a commencé à dessiner les premières esquisses du Clitoris jusqu’à son résultat final. Ce court-métrage d’animation documentaire était son travail de fin d’études à l’école de cinéma Mel Hoppenheim, un département de la Faculté des Beaux-Arts à l’Université Concordia de Montréal.

Animation, 3’18 », 2016, Mel Hoppenheim School of Cinema

Synopsis : Les femmes sont chanceuses, elles possèdent le seul organe du corps humain qui sert uniquement au plaisir : le clitoris ! Découvrez son anatomie ignorée et son histoire méconnue de façon drôle et instructive.

Le rencontre avec l’œuvre animée de la réalisatrice lettonne Signe Baumane, la lecture de “La Fabuleuse Histoire du Clitoris” (Jean-Claude Piquard, 2013) ainsi que quelques recherches sur Wikipédia à ce sujet et son savoir-faire ont conduit cette jeune artiste à réaliser ce bijou animé d’une grande valeur éducative et artistique qui a été largement promu et sélectionné dans les plus réputés festivals spécialisés, comme Annecy, Animamundi, Animafest, Dok Leipzig, Animac et Krok.

Dans ce court-métrage, dessiné à la main et avec une palette de couleurs légères, Lori-Malépart Traversy nous livre, avec humour, une description historico-scientifique des aventures et des malheurs du clitoris à travers les siècles, par le biais d’une voix-off, qui rend encore plus charmante sa proposition.

Longtemps considéré comme un hors-la-loi et même rejeté par Sigmund Freud – décrétant que tout plaisir est lié à la pénétration -, le clitoris accède enfin, grâce à ce film, à sa place d’honneur, entre beauté, suggestivité et plaisir autonome.

Adriana Navarro Álvarez

Festival BD6né, le 5ème palmarès

Organisé du 23 au 25 juin, le 5ème Festival BD6Né, entièrement consacré aux liens entre la BD et le Cinéma, a rendu son palmarès. Le voici.

GRAND PRIX : « The Absence of Eddy Table » de Rune Spaans

MENTION SPECIALE – « La Table » d’Eugène Boitsov

PRIX 7BD – « Sirocco » d’Avril Hug, Lauren Madec, Kevin Tarpinian, Thomas Lopez et Romain Garcia

PRIX DU PUBLIC – « I Want Pluto To Be A Planet Again » de Marie Amachoukeli et Vladimir Mavounia-Kouka

PRIX CHIMERES  (vote du public) : « Gorilla » de Tibo Pinsard

PRIX DU JEUNE PUBLIC – « Gokurosama » de Clémentine Frère, Aurore Gal, Yukiko Meignien, Anna Mertz, Robin Migliorelli et Romain Salvini

Diamond Island de Davy Chou

Davy Chou présentait il y a un an son premier long-métrage, Diamond Island, lauréat du Prix SACD à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2016. Très justement encensé par la presse, son film n’est pas passé inaperçu dans le milieu et est sorti récemment en DVD chez Doriane Films.

Le film doit son titre au nom de l’île éponyme, au large de Phnom Penh au Cambodge, où est située son histoire. Diamond Island est en pleine transition urbanistique, le pouvoir est donné aux promoteurs immobiliers qui sont en train d’y construire « le Cambodge du futur », une sorte de paradis capitaliste ultra moderne pour riches. Bora, 18 ans, quitte sa famille pour cette île où le travail d’ouvrier sur les chantiers de construction est florissant. Loin de ses repères, il se lie à un groupe de jeunes dans la même situation et découvre les joies et les travers de la vie d’adulte.

Le dernier court-métrage de Davy Chou (Cambodia 2099, chroniqué sur Format Court et à retrouver parmi les bonus du DVD) avait déjà pour décor Diamond Island et pour personnages deux jeunes rêveurs. Dans ce film, les deux amis se racontaient littéralement leurs rêves respectifs. L’un cauchemardait au passé, l’autre rêvait au futur. Le premier fuyait un monde de répression. Le second voyageait dans le futur vers un monde probablement meilleur. En attendant, ils étaient bloqués dans un présent qui ne semblait pas leur correspondre.

Diamond Island, comme Cambodia 2099, aborde deux sujets qui s’imbriquent l’un dans l’autre, créant alors un film au genre hybride, quelque part entre le drame social et le film d’apprentissage. Sur fond d’une certaine violence économique – témoignant de la situation de nombreux hommes séparés de leur famille pour aller travailler à la construction d’une ville destinée à la bourgeoisie cambodgienne – on nous montre des jeunes qui s’amusent, draguent, discutent,… grandissent tout simplement.

Diamond Island paraît être un décor de cinéma, tellement tout semble faux. Cette sensation d’artificialité est surement aussi accentuée par des images aux couleurs saturées, rappelant l’univers virtuel des jeux vidéos ou des vidéos promotionnelles (comme celle au début du film décrivant ce que sera Diamond Island : « un paradis de la modernité »). Davy Chou a choisi de faire beaucoup de plans larges qui rappellent sans cesse que l’histoire anodine de ces jeunes en post-adolescence prend place dans cette situation particulière. Leurs préoccupations, en apparence celles de tous les jeunes de leur âge – séduire, se divertir, rêver – sont forcément influencées par l’environnement économique dans lequel ils évoluent. Ils vivent dans une promesse qui, même si elle sera pas tenue un jour, ne leur est de toute façon pas destinée. Comme dans Cambodia 2099, ces jeunes vivent une période de transition dans laquelle ils sont transportés entre passé et futur, à l’image de ces chantiers encore en cours mais qui paraissent pourtant être déjà des ruines. Le pont qui sépare Phnom Penh de l’île de Diamond Island représente en quelque sorte ce passage du passé au futur.

Davy Chou, franco-cambodgien, apporte avec ces deux films un regard distancié sur le projet de Diamond Island. Il n’en fait certainement pas l’éloge, sans pour autant en faire une critique directe. Notre regard d’européen face à ce projet est forcément touché par l’innocence d’une jeunesse manipulée par ce qui nous semble être un mensonge évident mais qui, sans le recul que permet Davy Chou avec son film, ne l’est pas forcément.

Pour aller plus loin dans la réflexion sur le film, le DVD propose deux interviews données par Davy Chou, au moment de la présentation du film à Cannes et au Festival du Film Francophone de Namur, dans lesquelles il revient sur ses intentions et son processus de création, autant sur Diamond Island que sur Cambodia 2099. On y retrouve également deux vidéos suivant la sortie du film à Cannes et au Cambodge ainsi que les premiers castings des acteurs et les musiques du film pour prolonger l’expérience cinématographique.

Zoé Libault

Diamand Island de Davy Chou : film & bonus (court-métrage, interviews, castings, scènes musicales, …). Edition Doriane Films.

Nothing Happens de Michal et Uri Kranot

Dernier court-métrage du couple israélien Michal et Uri Kranot, doublement primé au dernier festival d’Annecy (Prix Festivals Connexion-Région Auvergne-Rhône-Alpes & Prix André Martin), Nothing Happens surprend déjà par son titre. En effet, les deux artistes résidant au Danemark se confrontent souvent à l’histoire, en premier lieu de leur pays d’origine, Israël, dans Le coeur d’Amos Klein (2008), puis du monde entier, dans How long not long (2016).

Annoncer que « rien n’arrive », c’est donc déjà marquer une différence,une singularité pour qui serait familier de leur univers. On quitte donc les soubresauts de l’histoire contemporaine pour le calme plat d’une plaine enneigée délimitée d’un côté par des arbres et de l’autre par un vague décor industriel. Un groupe d’homme et de femmes se réunit en ligne et regarde du côté des usines floues. Parallèlement, des corbeaux se regroupent sur un réseau de branches. Un élément déclenchera la dispersion des deux groupes.
La technique est similaire aux autres films du couple de réalisateurs : tout en peinture et en aquarelles. La texture des corps vivants est mouvante, tremblante presque, par rapport au décor environnant immobile, stable.

La construction narrative du film forme une boucle, ainsi le premier plan d’ensemble du paysage vide revient, identique, à la fin. Rien n’a changé dans la composition, pourtant, quelque chose s’est passé. Ce quelque chose pourrait se décomposer schématiquement en deux mouvements. D’abord, le vide se remplit de présences humaines et de corbeaux croassant dans le silence. Puis les oiseaux s’envolent au son d’un coup de feu venu d’on ne sait où, et les hommes et femmes s’en vont au son d’une musique jouée par deux d’entre eux. Apparition, disparition; présence, absence : voilà ce qui dessine les contours de la boucle narrative.

Au sein de cette boucle, le temps est traité par une dilatation qui contraste avec tous les autres films des réalisateurs (disponibles pour la plupart sur leur compte Vimeo), qui brassent des évènements historiques sur des temporalités longues. Ici, ce presque rien qui constitue la narration s’étend à toute la durée du film. Les personnages, rangés en ligne, attendent quelque chose qui n’arrive pas, ou qui n’existe peut-être même pas.

Le spectateur, dans ce dispositif, est pris, lui aussi, dans une attente. Pourtant il était prévenu : rien n’arrive dans ce court-métrage, dit le titre. Les hommes et femmes du film se rassemblent et regardent dans la même direction, comme les spectateurs de cinéma. Les regards se portent sur le vide d’un paysage, qui renvoie à l’écran de cinéma ou d’ordinateur.

L’ennui peut entraîner, selon les circonstances, une irritation ou une disponibilité, ce qui est le cas du court-métrage. Que ce soit du point de vue du spectateur, qui a loisir d’observer chaque image, visage, démarche, vêtement; que du point de vue des personnages, qui arrivent à créer quelque chose à partir de ce vide. La musique trouve ainsi sa source dans l’incomplétude fondamentale de la situation. Voilà ce qu’ils attendaient, ces hommes et femmes, et les voilà maintenant comblés, ils peuvent partir. C’est dans la sensibilité que se résout la situation, là où la technique visuelle des corps vivants évoquée plus haut complète le discours implicite.

Il semble que le fil rouge qui pourrait relier les différents projets de Michal et Uri Kranot soit  l’humanité vue du point de vue du multiple. Leur mode d’approche varie en fonction du court-métrage: ils se sont approchés des souffrances dans les pays du Proche-Orient, avec les deux premiers courts-métrages, puis ils ont étendu leur point de vue pour aller vers l’histoire mondiale. Ainsi, dans la filmographie des deux réalisateurs autant que dans n’importe quel contexte, le film apparaît comme une respiration sensorielle, musicale. Et si How long not long (2016) était un télescope vibrant, Nothing Happens est un microscope. Mais l’observation de la vie la plus banale n’empêche pas l’universalité d’effleurer à travers le thème de l’attente vague, d’où peut surgir quelque chose.

Thibaud Fabre

Consulter la fiche technique

N comme Nothing happens

Fiche technique

Synopsis : Expérience cinématique en réalité virtuelle qui pose la question du rôle du spectateur, en l’invitant à participer à un événement. Le projet explore un nouveau genre de narration et offre une autre façon de voir les choses. Il s’agit de vivre le présent.

Genre : Animation

Durée : 12′

Pays : Danemark, France

Année : 2017

Réalisation : Uri Kranot, Michal Kranot

Scénario : Uri Kranot, Michal Kranot

Musique : Uri Kranot

Production : Dansk Tegnefilm, Miyu Productions

Article associé : la critique du film

CourtsCourts 2017, les films en compétition

Du jeudi 27 juillet 2017 au samedi 29 juillet 2017, le village de Tourtour accueille le 8ème chouette festival CourtsCourts, organisé par Michèle van Panhuys-Sigler, pour trois projections en plein air.  Voici la sélection des films retenus cette année.

Compétition

Caramel mou, Wilfried Meance, comédie, France, 2016
Jeu de société, Stéphanie Aubin, Animation, Expérimental, France , 2016
L’avenir est à nous, Benjamin Guillard, comédie, France, 2016
La Convention de Genève, Benoit Martin, fiction, France, 2016
La méthode Greenberry, Baptiste Bertheuil, fiction, France, 2016
Le Bleu Blanc Rouge de mes cheveux, Josza Anjembe, fiction, France, 2016
Le grand bain, Valérie Leroy, fiction, France, 2016,
Le Mécène, Lionel Auguste, fiction, France, 2016
Le transfert, Michael Grudsky, fiction, Allemagne , 2017
Noyage interdite, Mélanie Laleu, fiction, France, 2016,
Panthéon discount, Stéphan Castang, fiction, France, 2016
Respire, Jérôme Roumagne, fiction, France, 2016
Speed/Dating, Daniel Brunet, Nicolas Douste , fiction, France, 2016
Vent au chocolat, Ilia Antonenko, fiction, Russie, 2016

Compétition Pichoun pour les enfants

Jamais sans mon dentier, Hugo Favre, France, 5 mn15
Jubilé, Coralie Soudet, France, 7 mn25
Knight to meet you, Antoine Fromager, France, 3 mn45
L’encyclopédiste, Guillaume Kuc, France, 3 mn
Le jour où j’ai battu le ciel, Hugues Valin, France, 2 mn 50
Le petit oiseau et la chenille, Lena von Döhren, Suisse, 4mn20
On serait des indiens, Olivier Arnold, France, 7 mn 30
Selfie-cat , Geoffrey Assie, France, 3 mn 15
Zooz, Romain Blanc-Tailleur, France, 5 mn 45

Des news de Rory Waudby-Tolley

Rory Waudby-Tolley, le réalisateur  britannique du film d’animation Mr Madila Or The Colour of Nothing, primé par Format Court au 28ème Festival d’Angers en janvier 2016, vient de terminer un nouveau court-métrage : Art For Lawyers. Ce documentaire animé réalisé dans une résidence d’artistes, en collaboration avec les employés de Pinsent Masons, un cabinet d’avocats de la City, est l’aboutissement d’une série de conversations et d’ateliers, ainsi que le réceptacle de dessins réalisés par les membres du personnel lors de leurs déjeuners l’année dernière. On y repère le trait faussement naïf du réalisateur, son goût pour les couleurs fortes, son intérêt pour le documentaire animé et son sens de l’humour mordant. En voici le trailer.

Grâce au Prix Format Court glané à Angers pour son précédent film, Rory Waudby-Tolley bénéficie d’une copie DCP pour ce nouveau court-métrage grâce au laboratoire numérique Média Solution. Une façon pour nous de continuer à soutenir les auteurs, de les aider à avancer dans leurs projets respectifs et de favoriser la visibilité de leurs films en festivals.

En attendant les prochaines diffusions de Art For Lawyers, nous vous invitons à (re)voir Mr Madila Or The Colour of Nothing et à vous (re)plonger dans notre dossier spécial consacré à son jeune auteur très talentueux.

Short Screens #73: « Histoires de famille »

Adorée ou détestée, nombreuse ou éclatée, la famille est le centre autour duquel on se construit. Short Screens vous invite à venir découvrir certains de ses atours lors de la dernière séance de la saison avant la pause estivale.

Rendez-vous le jeudi 29 juin à 19h30, au cinéma Aventure, Galerie du Centre, Rue des Fripiers 57, 1000 Bruxelles – PAF 6€

Visitez la page Facebook de l’événement ici!

Programmation

Repas de bébé de Louis Lumière, documentaire, France, 1895, 41’’

“Un papa fait avaler son déjeuner à un bébé. »

Peel ou An Exercise in Discipline – Peel de Jane Campion, fiction, Australie, 1982, 8’30’’ (Ulla Ryghe)

Un père, sa sœur et son fils, en voyage, s’arrêtent au bord de la route pour une histoire d’épluchure (peel en anglais). Palme d’Or du meilleur court métrage à Cannes en 1986.

Article associé : la critique du film

Somewhere Else de Borbála Nagy, fiction, Allemagne, 2015, 14’41 » (German Film and Television Academy)

Sébastien, 8 ans, n’a jamais vu son père. Le jeune garçon flotte dans un monde imaginaire où ses parents sont encore ensemble. Alors que les mauvais souvenirs de sa mère viennent se mêler à ses illusions, Sébastien doit trouver une solution ailleurs.

Sparks de Andre Ford, fiction, Etats-Unis, 2007, 15’ (North Carolina School of The Arts)

Une histoire déjantée de deux parents qui désirent la jeunesse de leurs enfants.

A Cold Land de Shahriar Pourseyedian, documentaire, Iran, 2012, 19’ (Shahriar Pourseyedian)

C’est l’histoire d’un frère et d’une sœur, tous deux handicapés dont la maison a été détruite par une crue en Iran, mais qui néanmoins dégagent une force de vie incroyable.

Pride de Pavel G. Vesnakov, fiction, Bulgarie, 2013, 30’ ( Director’s Darling Development)

Manol, grand-père à la retraite, est un patriarche qui a toujours su imposer fermement ses valeurs au sein de sa famille. Mais aujourd’hui, il apprend que le garçon qu’il a élevé est homosexuel.

Hole de Martin Edralin

Fiction, 15′, 2014, Canada, Circus Zero, First Love Films

Syn. : Billy, un handicapé d’âge moyen, vit seul mais se sent tout aussi isolé lorsqu’il sort et qu’il est en public. Tout ce qu’il connaît en guise d’amitié, ce sont les visites quotidiennes de l’aide-soignant. Aspirant à l’intimité d’une relation dans sa vie solitaire, Billy erre dans la ville en quête d’une aventure…

Film fort, film dur, Hole (Trou) a cumulé les sélections et prix. Il a remporté le Prix du Jury à Locarno en 2014 et le Grand Prix à Clermont-Ferrand en 2015. Réalisé par Martin Edralin, ce court entre de front dans la vie de Billy, un handicapé homosexuel travaillant dans un magasin et essayant de vivre sa sexualité et à assumer ses désirs comme tout autre individu, sans réellement y parvenir. Esseulé, Billy a un ami, son aide-soignant Craig, à qui il parle de sa sortie nocturne au cinéma. Sauf qu’une fois les lumières éteintes, Billy se retrouve dans une cabine où sont diffusés des films pornos en continu et où des “glory holes” sont monnaie courante. Seulement, à la longue, Billy souhaite plus, recevoir et non plus donner, assouvir ses propres désirs, et pour cela, il a besoin de Craig.

Émouvant et âpre à la fois, Hole raconte en 15 minutes seulement un combat et un tabou (comment vivre son homosexualité et assouvir ses désirs en étant handicapé ?). Pour ce faire, Martin Edralin ne lâche pas du coin de l’oeil Ken Harrower, comédien canadien, et livre une chronique brillante sur le quotidien de Billy et sa solitude criante, mais aussi sur des gestes tendres de solidarité, d’amitié, d’amour et de désir suspendus dans la belle ville de Toronto.

Katia Bayer

Festival BD6Né, 5ème édition

Entièrement consacré aux liens entre la BD et le Cinéma, le Festival BD6Né vous invite à sa 5ème édition. Au programme des rencontres, expositions, projections et animations autour d’une idée simple et originale : créer un pont entre les 7ème et 9ème arts. Pour découvrir les nombreux talents communs à ces deux univers, le festival vous accueille du 23 au 25 juin à la Médiathèque Marguerite Duras (115 rue de Bagnolet, Paris 20e).

Pour bonne info, 3 séances (voir le programme en ligne), toutes gratuites, sont proposées ces vendredi 23 et samedi 24 juin à la Médiathèque.

– Vendredi 23 juin à 20h : Compétition de courts métrages
– Samedi 24 juin à 10h30 : Séance jeune public
– Samedi 24 juin à 16h : Séance Chasseurs de Chimères (fans-films, films de genre et récits de l’imaginaire)

 

 

 

Sortie d’Ava de Léa Mysius

Ce mercredi 21 juin, jour de sortie en salles, Ava affiche ses 3 lettres sur les écrans français. Ce joli prénom est le titre du premier long-métrage de Léa Mysius. Cette jeune et talentueuse réalisatrice, sortie de La fémis en 2014 avec un diplôme en scénario en poche, a déjà réalisé 3 courts sélectionnés et primés dans de nombreux festivals : Cadavre exquis, Les Oiseaux-tonnerre (que nous avons découvert à la Cinéfondation) et L’Ile jaune, co-réalisé avec Paul Guillaume. En octobre dernier, nous avons projeté ce très beau moyen-métrage, présélectionné aux Cesar et primé à Angers et Clermont, dans le cadre de nos séances Format Court au Studio des Ursulines, en présence de l’équipe. À l’époque de notre projection, Léa Mysius était en plein montage d’Ava, présenté depuis en mai, à la Semaine de la Critique, à Cannes. Après une semaine de festival, le film a remporté le Prix SACD.

De film en film, Léa Mysius développe un intérêt croissant pour l’adolescence, les premiers émois, la sensualité, les décors naturels, et prend un soin particulier à peaufiner sa photo, son cadre et le montage de ses projets. Ava relate l’histoire d’une adolescente apprenant qu’elle va perdre la vue en très peu de temps. Sa mère décide de faire comme si de rien n’était et de lui faire passer le plus bel été de sa
 vie. Pour ce film ayant fait sensation à Cannes, la réalisatrice s’est entourée d’une jeune comédienne non professionnelle, Noée Abita, et d’une actrice expérimentée ayant tourné dans beaucoup de courts et qu’on retrouve de plus en plus à l’affiche des longs-métrages français : Laure Calamy.

Le prénom Ava est inspiré du terme hébraïque « hayyah » signifiant « vivre ». Le film de Léa Mysius traite d’un combat, celui d’une adolescente cherchant à grandir et à se forger sa propre expérience, mais aussi à apprendre à voir et vivre autrement. Bonne nouvelle pour les cinéphiles : le film sort ce mercredi 21 juin en salles, soit peu de temps après sa présentation et l’obtention de son prix à Cannes. Produit par F COMME FILM (Jean-Louis Livi) et Trois Brigands Productions (à savoir la réalisatrice elle-même, Paul Guillaume – également scénariste, réalisateur et directeur photo – et Fanny Yvonnet), il rejoint le chemin des salles grâce au distributeur prolifique Bac Films. Pour information, le distributeur sortira le 18 octobre 2017 The Square du cinéaste suédois Ruben Östlund, lauréat de la Palme d’or à Cannes. En attendant la rentrée, on vous invite à découvrir dès aujourd’hui Ava et à accompagner le passage au long de Léa Mysius, scénariste et réalisatrice prometteuse, à suivre de près dans les prochaines années.