Tous les articles par Katia Bayer

Serge Abiaad : « Lorsqu’on fait du court métrage, c’est qu’on est foncièrement un cinéaste à la base »

Il y a trois semaines à Trouville, le festival de courts métrages Off-Courts accueillait des professionnels aux origines diverses.  Parmi eux, Serge Abiaad, Directeur général de la Distributrice de films, une société québécoise de distribution de courts et longs métrages indépendants, créée en 2012. Chargée d’accompagner les films et de leur offrir un rayonnement international, la Distributrice fait montre d’une présence récurrente sur les marchés de gros festivals tels que Cannes, Toronto (Le TIFF) et Sundance. Au vu de cette notoriété grandissante, nous avons rencontré son directeur.

serge-abiaad1

Qu’est-ce qui a motivé la création de la Distributrice ? Se cantonne-t-elle aux films québécois ?

On a commencé en 2012, avec l’idée de faire valoir quelques films d’amis et puis, ça a commencé à grandir un peu par soi-même. On a commencé à distribuer d’avantages de films. La première année, on avait un catalogue de cinq films, une dizaine de films l’année d’après et jusqu’à aujourd’hui, on distribue non seulement des films québéco-canadiens mais aussi des films internationaux. On distribue quelques films français dont un, d’ailleurs, qui est en compétition à Off-Courts : le film de Julien et de Simon Dara « The Ordinary » (Prix du Jury-Région Normandie).

On a commencé vraiment à distribuer des films internationaux lorsqu’on a pris en exclusivité pour notre catalogue un film anglais de Fyzal Boulifa qui avait gagné à Cannes en 2015 dans la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs. Il s’appelle « Rate me ». Depuis, on a aussi distribué des films d’une cinéaste américaine qui s’appelle Jennifer Reeder («  Crystal Lake ») et d’autres films internationaux qui viennent en autres d’Ukraine (« E.W.A » de Gigi Ben Artzi), de Turquie (« Ciyah Cember » de Hasan Can Dagli) ou encore d’Haïti (« Vers les colonies » de Miryam Charles). Cette année aussi, on prend les films non pas à la distribution mais uniquement comme service au démarchage : on s’occupe de faire valoir les films auprès d’acheteurs et d’acquisiteurs.

the-ordinary-simon-julien-dara

T’intéresses-tu à un genre en particulier ? En fais-tu le genre privilégié du catalogue de la Distributrice ?

D’un point de vue cinématographique, il n’y a aucun genre qui nous intéresse particulièrement. On distribue des films de fiction expérimentaux sans dialogues aux films documentaires en passant par l’animation. Ce qui nous intéresse d’abord et avant tout, c’est que les films que l’on représente se conforment un peu à ce que l’on pourrait vulgairement appeler notre ligne éditoriale. Qu’est-ce que serait notre ligne éditoriale dans ce sens-là, si on n’arrive pas à cloisonner un film dans un genre particulier ? Ce serait des films qui ont une perspective particulière sur un sujet particulier et proposent un discours marqué de ce sujet. Ce sont des films qui sont majoritairement des films indépendants, c’est-à-dire financés par des petites boîtes qui n’ont pas forcément eu de l’aide au niveau des institutions subventionnaires.

Donc plutôt des films d’auteurs ?

Des films d’auteurs, absolument ! Encore là, le mot auteur est à définir aussi. Parce que si l’on prend la définition de François Truffaut, un film d’auteur, « c’est le film dont le cinéaste est le scénariste », ce qui n’est pas forcément toujours le cas des films que l’on distribue. Je dirais que notre catalogue présente des films qui se rejoignent dans cette idée de singularité, d’exploration du langage cinématographique. Il y a beaucoup de films que l’on distribue qui n’ont pas forcément d’histoire, qui ne racontent pas grand-chose mais ils racontent un point de vue. Je pense que le cinéma qui m’intéresse est un cinéma qui m’engage à me questionner et à dialoguer avec le cinéaste.

Si je comprends bien, tu ne cherches pas nécessairement des films narratifs ?

Exactement !

Rate-me-boulifa

Est-ce que dans ce sens, tu te refuses à distribuer ces films disons plus « traditionnels » qui donnent la primauté à l’histoire plutôt qu’à la manière de la raconter ?

Je ne m’interdis rien. Je peux tout fait distribuer des films plus « traditionnels ». Roland Barthes, en parlant de Rossellini, disait que « la modernité est l’aplatissement absolu du fond et de la forme ». C’est quand on arrive au degré zéro et qu’à la fois la forme est au service du fond et le fond au service de la forme. Je pense que les films de la Distributrice travaillent sur ces deux créneaux-là. Ce n’est jamais tant le fond qui guide l’histoire ni la forme qui est le moteur de l’histoire ; les deux se rejoignent absolument. C’est cette espèce d’harmonie que les cinéastes finissent par trouver qui m’intéresse.

Quels sont les moyens mis en place pour la diffusion des films de la Distributrice ?

Il y a évidemment les plateformes conventionnelles : le cinéma et surtout les festivals s’il s’agit de couts métrages. La VOD est devenue indispensable pour offrir au film une certaine autonomie financière. Je ne suis pas un grand fan de la VOD, mais il ne faut pas non plus être cynique dans ce milieu-là. C’est souvent le seul moyen pour certaines personnes de voir certains courts métrages. La dernière plateforme de la vie d’un film, c’est la télévision. C’est là où le travail de démarchage commence et c’est pour ça qu’on va dans des festivals pour soutenir les films, pour les voir, mais surtout pour les pousser auprès d’acheteurs.

ewa-gig-ben-artzi

Penses-tu que ces plateformes aident à une meilleure visibilité du court métrage ? Rendent-elles le film court plus accessible ?

Pour la VOD, je ne pense pas que ce soit une meilleure visibilité, c’en est une parmi tant d’autres. Maintenant je pense qu’on n’a jamais eu autant de films disponibles et qu’on a pourtant si peu cherché à aiguiser notre cinéphilie. Avoir autant de films à notre disposition nous pousse vers ceux les plus faciles à consommer ; la posture même dans laquelle nous sommes quand on regarde un film sur un petit écran n’exige pas d’être très attentif ou de dialoguer avec le film ; en général on est dans son lit, on a envie de quelque chose de paisible, de facile, de simple. Le cinéma n’est plus devenu quelque chose d’évènementiel. Je me prends en exemple, quand je vois des films sur Netflix ou avec des liens de visionnement, en tout cas par internet, j’ai envie que ça soit léger. J’ai envie que ça soit aussi immédiat et consommé que la posture dans laquelle je suis disposé à voir le film. Je pense aussi que le genre de film que l’on fait se conforme à notre manière de consommer les films. Lorsqu’on fait des films pour l’immédiateté, on ne fait plus tant de films pour l’éternité.

Penses-tu que le festival de Trouville participe activement à cet effort d’amélioration de la visibilité des films courts et dans quelles mesures ? Comment définirais-tu le court métrage aujourd’hui ?

Oui, surtout parce qu’il est exclusivement dédié à ce format. Souvent les courts métrages qui sont sélectionnés dans des festivals qui incluent le long se perdent totalement dans cette masse et d’ailleurs ça pose toute la question de ce qu’est le court métrage. On a souvent tendance à dire que le court métrage est un passage vers le long. C’est ce que j’ai déjà vulgairement appelé un bizutage cérémonial pour passer au long ; une manière de faire ses preuves. Je pense que lorsqu’on fait du court métrage, c’est qu’on est foncièrement un cinéaste à la base. On n’en fait pas pour devenir cinéaste. Si on le fait pour le devenir, c’est qu’on ne l’est pas et qu’on ne le sera probablement jamais. Alors bien sûr, on peut prendre l’exemple de la peinture. Au début, on commence avec des esquisses, on est plutôt copiste que peintre et ensuite on développe son style. Mais parvenir à faire ceci implique que l’on soit déjà peintre à la base. Aujourd’hui, je pense que 95% de gens qui font du court métrage ne sont pas cinéastes parce qu’avec la démocratisation des moyens, on peut tous faire des films, c’est facile de faire des images. Maintenant, c’est beaucoup plus difficile de faire valoir une perspective très particulière, de poser un regard singulier.

siyah

La Distributrice a-t-elle aussi dans l’idée de mettre en avant les jeunes cinéastes, qui a priori n’auraient pas une expérience professionnelle avérée ?

Oui, effectivement ! Je ne discrimine pas tant au niveau de l’âge, ce qui m’importe c’est le film et pouvoir me faire une idée de la personne qui l’a fait. C’est seulement après que je chercherai à connaître cette personne, l’âge ne constituerait qu’un facteur minime dans la relation que nous pourrions bâtir, à compter de ce moment. Mais je ne suis pas du tout dans une mission de faire valoir le cinéma des jeunes créateurs. Encore une fois, si l’on parle un peu des moyens de faire valoir les films, il y a internet et ces jeunes cinéastes peuvent très bien le faire tout seul. Maintenant, à côté de la Distributrice, je suis enseignant de cinéma à Montréal et j’enseigne des jeunes de 18 19 ans qui sont au Cegep (équivalent première, terminale), et ça m’intéresse énormément d’essayer d’aiguiser, tout en dialoguant avec ces jeunes, leurs regards sur le cinéma. Mais je ne cherche pas forcément à faire l’entremise entre les jeunes et un public plus aguerri. Je pense néanmoins qu’il faille rester attentif à ce qu’ils ont de neuf à proposer.

Propos recueillis par Marie Winnele Veyret

Le site de la Distributrice : www.ladistributrice.ca

Retrouvez prochainement notre reportage sur le festival Off-Courts

Reprise des Soirées Format Court, jeudi 13 octobre !

Après la pause estivale, les projections Format Court reprennent pour la 5ème année consécutive au Studio des Ursulines (Paris, 5ème). La séance de rentrée, organisée le jeudi 13 octobre 2016 à 20h30, met à l’honneur cinq films français et étrangers (Belgique, Italie, Roumanie, Israël) sélectionnés et primés en festival. Pour l’occasion, pas moins de 5 réalisateurs et réalisatrices (dont deux lauréats de Prix Format Court) seront présents pour accompagner cette toute première soirée de l’année.

En guise de bonus, nous vous proposons également de découvrir une exposition de dessins et croquis préparatoires relative au film d’animation « Dernière porte au sud » de Sacha Feiner.

Soirée organisée avec le soutien de Wallonie-Bruxelles International et du Centre Wallonie-Bruxelles à Paris et du service culturel de l’Ambassade d’Israël en France

Programmation

L’Île jaune de Léa Mysius et Paul Guilhaume, fiction, 30 minutes, 2015, Trois Brigands Productions. Présélectionné au César du meilleur court métrage 2017, Grand prix du jury Courts métrages français au Festival d’Angers 2016. En présence de l’équipe

l-ile-jaune

Ena, onze ans, rencontre un jeune pêcheur sur un port. Il lui offre une anguille et lui donne rendez-vous pour le dimanche suivant de l’autre côté de l’étang. Il faut qu’elle y soit.

The Reflection of Power de Mihai Grecu, expérimental, 9 minutes, 2015, France, Roumanie, Bathysphère Productions. Grand prix au Festival Silhouette 2015, Mention spéciale au Festival d’Annecy 2016

Dans la capitale la plus secrète du monde, la foule assiste à un spectacle alors qu’une catastrophe menace d’anéantir la ville…

Article associé : la critique du film

Journal animé de Donato Sansone, animation, 4 minutes, 2016, Autour de Minuit. Présélectionné au César du meilleur Court Métrage d’animation 2017, en compétition officielle au Festival d’Annecy 2016. En présence du réalisateur

Journal animé est une improvisation artistique menée au jour le jour entre le 15 septembre et le 15 novembre 2015 inspirée par l’actualité internationale des pages du quotidien français Libération, où se sont brutalement invités les tragiques événements survenus à Paris le 13 novembre.

Dernière Porte au sud de Sacha Feiner, animation, 14 minutes, Belgique France, 2015, Take Five. Prix Format Court au Festival Le Court en dit long 2016, Prix de la meilleure animation internationale au Festival de Clermont-Ferrand 2016. En présence du réalisateur

Le Monde est fait d’étages reliés par des escaliers. Les étages sont faits de pièces reliées par des couloirs. Et tous les étages, ça fait le Monde. Telle est la théorie élaborée par Toto, l’ami et seconde tête siamoise d’un enfant que sa mère n’a jamais laissé sortir de l’immense manoir familial. Entre explorations de couloirs interminables, scolarité privée et visites au mausolée paternel, les frères n’ont jamais remis en question les limites de ce monde. Jusqu’au jour où, obsédés par une étrange lumière aperçue par accident, ils jurent d’en trouver le bout.

Anna de Or Sinai, fiction , 24 minutes, 2015, Israël, The Sam Spiegel Film & TV School. Prix Format Court au Festival de films d’écoles de Tel Aviv 2016, Premier prix de la Cinéfondation 2016. En présence de la réalisatrice

Par une chaude journée d’été, pour la première fois depuis des années Anna se retrouve inopinément seule, sans son fils. La voilà donc partie pour une errance dans les rues de sa petite ville dans le désert, à la recherche d’un homme qui lui donnerait une caresse, même pour un bref instant.

En pratique

– Projection : 20h30, accueil : 20h
– Durée de la séance : 81′
– Studio des Ursulines : 10 Rue des Ursulines, 75005 Paris
– Accès : RER B Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Épée), Bus 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon). Métro le plus proche : Ligne 7, arrêt Censier Daubenton (mais apprêtez-vous à marcher un peu…)
Entrée : 6,50 €
Réservations vivement recommandées : soireesformatcourt@gmail.com
Prochaine séance : jeudi 10 novembre 2016 (séance spéciale Pays-Bas !)

Carte blanche Format Court au Centre Wallonie-Bruxelles !

À l’occasion de la Quinzaine du cinéma francophone, festival annuel non compétitif, mettant cette année Madagascar à l’honneur, Format Court bénéficie de sa première carte blanche de l’année au Centre Wallonie-Bruxelles, à Paris, le lundi 10 octobre 2016 à 18h.

L’occasion de voir et revoir plusieurs courts-métrages repérés en festival et sur la Toile, dont certains primés par l’équipe de Format Court.

Programmation

Coups de hache pour une pirogue de Gilde Razafitsihadinoina. (Documentaire, 19’, Madagascar, 2014, AsSer images). Zébu d’Or aux Rencontres du film court de Madagascar 2014

coups-de-hache-pour-une-pirogue

Synopsis : La construction d’une pirogue se fait encore avec des techniques rudimentaires et artisanales dans le sud-est de Madagascar. Une activité que les fabricants ne peuvent commencer sans avoir fait une incantation aux ancêtres, toujours accompagnée du « toaka gasy », le rhum du pays.

Corpus de Marc Hericher (Animation, expérimental, 3’30, 2015, France, Rêvons, c’est l’heure Productions). Prix Format Court au Festival Court Métrange 2015

Synopsis : Une réaction en chaîne complexe actionne des organes humains qui prennent vie. Ce mécanisme engendre un acte de création. Mais cet acte libre est-il vraiment produit par une machine ?

Articles associés : la critique du film, l’interview de Marc Hericher

Dans les eaux profondes de Sarah Van Den Boom (Animation, 12’03’’, 2014, France, Canada, Papy3d productions, Office National du Film du Canada). Présélectionné pour le César du meilleur court d’animation 2016, Prix de la meilleure musique au Festival de Clermont-Ferrand 2016

Synopsis : Trois personnages ont en commun un vécu intime et secret qui semble déterminer leur vie.

Articles associés : la critique du film, l’interview de la réalisatrice

Renaître de Jean-François Ravagnan (Fiction, 23′, 2015, Belgique, Les films du fleuve). Prix Format Court au Festival International du Film Francophone de Namur 2015, sélectionné au festival de Locarno

Synopsis : Un coup de téléphone fait ressurgir le passé de Sarah. Seule, mentant à ses proches, elle n’a maintenant plus qu’une idée en tête: traverser la Méditerranée pour retourner en Tunisie. Guidée par la violence de ses sentiments, elle entreprend un voyage afin de rester fidèle à une ancienne promesse faite à l’homme qu’elle aimait.

Articles associés : la critique du film, l’interview du réalisateur

Uncanny Valley de Paul Wenninger (animation, expérimental, 13′,
France, Autriche, Films de Force Majeure, KGP Production, Kabinett and Co. Présélectionné au César du meilleur court métrage d’animation 2017, Meilleur film d’animation autrichien 2015

Synopsis : La Première Guerre mondiale est à son paroxysme. Au milieu du champ de bataille, deux jeunes soldats se retrouvent dans une tranchée et décident de prendre la fuite… Un cauchemar hypnotique.

En pratique

Lundi 10 octobre 2016
Centre Wallonie Bruxelles : Salle de cinéma, 46 rue Quincampoix, 75004 Paris
Tarifs : 5 €, 3 € (réduit)
Pass Festival : 20 €

Reprise des After Short, spéciale César, lundi 3/10 au Point Éphémère !

Vous vous en souvenez peut-être… En février 2015, nous avions lancé avec succès les After Short, des soirées de networking réunissant la communauté active et dynamique de Format Court soit les professionnels, les autodidactes, les étudiants, les cinéphiles & les internautes s’intéressant à notre site et à notre projet dédié au court métrage. Deux soirées After Short avaient ainsi eu lieu en février et mai dans un bar du 11ème arrondissement, à Paris.

À l’occasion de la rentrée, pour maintenir & renforcer le lien avec vous et accompagner notre importante actualité à venir (suspense…), Format Court relance ce rendez-vous sympa, ouvert aux amoureux du court et à tous ceux qui aiment tout simplement le cinéma, le lundi 3 octobre dès 20h, au Point Éphémère (Paris, 10ème). Bonne info n°1 : les After Short reprendront plus activement, à raison d’un rendez-vous tous les 2-3 mois.

visuel-after-short

Lundi 3 octobre, pour ce premier After Short de l’année, nous vous invitons donc à nous rejoindre autour d’un verre (punch offert !), à faire la connaissance d’autres « courtivores », notamment des professionnels présents (réalisateurs, producteurs, comédiens, techniciens, sélectionneurs, …), mais aussi à entamer de chouettes parties de ping-pong sur place !

Bonne info n°2 : à l’occasion des présélections des César, plusieurs équipes de films, côté fiction & animation, seront présentes le soir même. Venez les retrouver/rencontrer !

Quand ? Lundi 3 octobre, à partir de 20h
Où ? Le Point Éphémère, 200 Quai de Valmy, 75010 Paris
Comment ? Métro Jaurès (lignes 5, 2 et 7 bis), Louis Blanc (ligne 7), Bus 26, 46, 48 : Goncourt, Couronnes, Parmentier
Possibilité de manger sur place !
Réservation souhaitée : info@formatcourt.com
Event Facebook : ici !

Short Screens #64: « Back to School »

C’est la rentrée ! Comme de nombreux petits écoliers, Short Screens a repris le chemin de la classe avec dans son cartable un panel de courts métrages qui égayeront vos soirées du dernier jeudi du mois. La séance de septembre entièrement consacrée à l’école promet d’être nostalgique, comique ou encore buissonnière!

Rendez-vous le jeudi 29 septembre à 19h30, au cinéma Aventure, Galerie du Centre, Rue des Fripiers 57, 1000 Bruxelles – PAF 6€

Visitez la page Facebook de l’événement ici !

PROGRAMMATION

RENTRÉE DES CLASSES de Jacques Rozier, France, 1955, Docu-fiction, 24’

rentree-des-classes1

Dans un village du Var, un écolier commence l’année scolaire en faisant l’école buissonnière.

Article associé : la critique du film

LA RÉCRÉATION d’Abbas Kiarostami, Iran, 1972, Fiction, 11’

recreation

Puni parce qu’il vient de casser une vitre en jouant au ballon, un écolier est exclu de la classe. Lorsque la cloche retentit, il quitte l’école et commence à errer dans les rues.

Article associé : la critique du film

EN RACHÂCHANT de Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, France, 1982, fiction, 7’

rachachant1

Un petit garçon têtu et sérieux comme un pape derrière de grosses lunettes de myope réalise le rêve de tous les enfants en âge d’aller à l’école primaire : celui de dire une bonne fois pour toutes ‘merde’ au professeur et à ce qu’il représente.

Article associé : la critique du film

POUR EN FINIR AVEC L’ÉCOLE de Yoann Stehr, Belgique, 2011, Expérimental, 9’19’’

pourenfiniraveclecole

Ce film s’adresse particulièrement aux ratés, aux timides, aux obsédés, à tous les électeurs, à tous les militants, à tous les dégénérés, artistes, cultivistes et marchands, à tous les animateurs, professeurs, instituteurs et autres emmerdeurs, à tous ceux qui ont honte de se masturber, à Monsieur le Ministre de l’Educastration nationale, aux pédachiottes, à Maman…

ESPACE de Eléonor Gilbert, France, 2014, documentaire, 14’

espace-deleonor-gilbert

Une petite fille explique comment, dans la cour de son école, la répartition des espaces de jeu entre filles et garçons lui semble problématique.

LA RENTRÉE DES CLASSES de Vincent Patar et Stéphane Aubier, Belgique, 2016, 26’

rentree-classes

Indien et Cowboy s’apprêtent à partir en croisière mais ils ont oublié qu’aujourd’hui c’est la rentrée des classes…

César 2017, les 24 courts de fiction sélectionnés !

Après vous avoir dévoilé hier les 12 films en lice pour le César de l’animation, voici les sélections côté fiction. Le Comité Court Métrage de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma a choisi pas moins de 24 films (une première) qui concourront au César 2017 du meilleur court métrage et qui seront présentés dans le « Coffret DVD César 2017 ».

Le premier tour de vote, qui se déroulera du 2 au 24 janvier 2017, désignera les cinq films nommés pour le César du Meilleur Film de Court Métrage. Ils seront révélés lors de la conférence de presse d’annonce des nominations qui aura lieu le mercredi 25 janvier 2017.

cesar

– Après Suzanne de Félix Moati
Au bruit des clochettes de Chabname Zariab
– Ave Maria de Basil Khalil
Cambodia 2009 de Davy Chou
Chasse royale de Lise Akoka et Romane Gueret
Des millions de larmes de Natalie Beder
– Ennemis intérieurs de Selim Azzazi
– F430 de Yassine Qnia
– Le Gouffre de Vincent Le Port
‐ L’île jaune de Léa Mysius et Paul Guilhaume
– Jeunesse des loups-garous de Yann Delattre
Maman(s) de Maïmouna Doucouré
– Père de Lofti Achour
– La Plage de Keren Ben Raphaël
– Que vive l’Empereur de Aude Léa Rapin
– Réplique de Antoine Giorgini
– Sabine de Sylvain Robineau
Sali de Ziya Demirel
Le Skate moderne de Antoine Besse
– Tout va bien de Laurent Scheid
– Un grand silence de Julie Gourdain
‐ Un Métier bien de Farid Bentoumi
Vers la tendresse d’Alice Diop
– Victor ou la piété de Mathias Gokalp

César 2017, les courts métrages d’animation retenus !

Le Comité Animation de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma a sélectionné hier les 12 films de court métrage qui seront en lice au César 2017 du Meilleur Film d’Animation (Court Métrage). Les voici.

cesar-animation

– Café froid de Stéphanie Lansaque et François Leroy
– Celui qui a deux âmes de Fabrice Luang Vija
– Iâhmès et la grande dévoreuse de Claire Sichez et Marine Rivoal
– Journal animé de Donato Sansone
– Jukai de Gabrielle Lissot
– Marzevan de Vergine Keaton
– Nœvus de Samuel Yal
– Peripheria de David Coquard‐Dassault
– The Empty de Jeong Dahee
‐ Uncanny Valley de Paul Wenninger
Une tête disparaît de Franck Dion
‐ Yùl et le serpent de Gabriel Harel

Coup de pouce DCP, 5ème édition

Après le succès remporté par la quatrième édition du Coup de Pouce DCP (45 films en lice), le laboratoire numérique Média Solution, dont nous sommes partenaires pour les Prix Format Court, lance sa 5ème édition (la première de la rentrée) avec un principe simple : offrir un DCP (encodage au format Cinéma Numérique) au lauréat de son nouveau concours afin de permettre sa diffusion en salle, mais aussi et surtout, dans les grands festivals de catégorie 1. Il réaffirme ainsi sa volonté de soutenir les jeunes talents du court métrage francophone.

Les réalisateurs (ou les producteurs) intéressés doivent faire parvenir leur court-métrage par internet à l’adresse mail suivante : dcp@mediasolution.fr.

coup-de-pouce

Comment s’effectue le choix du vainqueur ?

Tout d’abord une première sélection des films est effectuée par l’équipe de Média Solution. Puis la « short list » retenue est soumise à un jury de professionnels chargé de visionner et de juger les films. Aux termes de délibérations, le jury choisit le court-métrage qu’il souhaite aider en lui offrant son DCP.

Pour cette seconde édition, le planning est le suivant :

– Lancement du concours : début septembre 2016
– Date de clôture de la réception des films : jeudi 20 octobre 2016
– Délibération du jury : jeudi 24 novembre 2016

Conditions de participation

– Le réalisateur (trice) déclare être âgé d’au moins 18 ans;
– Un réalisateur (trice) ne peut envoyer plus d’un court-métrage par session (il devra attendre la suivante);
– Le court-métrage doit avoir été achevé postérieurement à septembre 2015;
– Il n’est pas nécessaire d’être produit par un producteur;
– Les films doivent avoir une durée maximale de 20 minutes (générique compris);
– Les films doivent être en langue française;
– Les films doivent être envoyés par un lien de téléchargement (FTP, WETRANSFER ou autre) au format MP4 (1080p ou 720p);
– Les réalisateurs doivent pouvoir fournir leur master au format ProRes HQ dans le cas où leur film serait récompensé par le jury

Pour participer : http://mediasolution.fr/blog/

Pour en savoir plus sur les anciens lauréats : http://mediasolution.fr/blog/coup-de-pouce-dcp-2016/

4ème Prix Format Court au Festival du Film Francophone de Namur

Le 31ème Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF) se déroulera du vendredi 30 septembre au jeudi 6 octobre 2016. Pour la quatrième année consécutive, Format Court attribuera un prix parmi les 12 films de la compétition internationale.

Le Jury Format Court (composé de Marie Bergeret, Adi Chesson, Karine Demmou, Zoé Libault) consacrera un dossier spécial au film primé. Celui-ci sera également projeté lors d’une séance Format Court au Studio des Ursulines (Paris, 5ème) et bénéficiera d’un DCP doté par le laboratoire numérique Média Solution. Le Prix Format Court sera dévoilé à l’issue de la cérémonie de clôture du festival.

fiff-2016

Films en compétition internationale

Les Dauphines (Juliette Klinke, Belgique)
Villeperdue (Julien Gaspar Oliveri, France)
Que vive l’Empereur (Aude Léa Rapin, France)
Prima Noapte (Andrei Tanase, Roumanie)
Une nuit à Tokoriki (Roxana Stroe, Roumanie)
Opération Commando (Jan Czarlewski, Suisse)
Oh What a Wonderful Feeling (François Jaros, Québec)
Samedi Cinéma (Mamadou Dia, Sénégal)
La Laine sur le dos (Lofti Achour, France/Tunisie)
Kindil el Bahr (Damien Ounouri, Algérie)
Pornography (Eric Ledune, Belgique)
Vaysha, l’aveugle (Theodore Ushev, Québec)

Trafo de Paul Horn

Expérimental, 12’, 2015, Autriche, Sixpackfilm

Synopsis : Consentir à être manipulable à souhait, pourquoi pas ?

Toujours en parallèle de la 22ème édition de l’Étrange Festival (7-18 septembre 2016) et pour en fêter dignement la bonne tenue, voici notre « film de la Semaine », sélectionné l’année dernière pour la compétition internationale de courts métrages du festival.

Dispositif expérimental drôle et jouissif, travaillé comme une « tentative d’épuisement » physique, « Trafo » de l’autrichien Paul Horn met en scène plusieurs visages d’hommes et de femmes filmés de face et de profil, comme s’il s’agissait d’une arrestation policière, et malmenés et transformés en direct par plusieurs sévices et maltraitances corporels.

Le détournement par l’accumulation permet alors d’embarquer dans un voyage hypnotisant quelque part entre les délires picturaux d’Arcimboldo et les facéties existentielles d’un clown triste. Le film se double également d’une réflexion allégorique sur la dignité humaine et tout ce que peut représenter et véhiculer un visage, réceptacle désabusé de comportements asociaux troubles et parcouru de douleurs intenses.

Julien Savès

Kordian Kądziela : « J’adore les films dont les personnages sont tiraillés entre deux mondes – le monde réel et leur univers mental »

Alors qu’il sort tout juste de l’École de cinéma Krzysztof Kieślowski à Katowice, en Pologne, nous avons pu interviewer cet été Kordian Kądziela, que nous suivons depuis novembre dernier, suite à la découverte de son film d’école « Larp », présenté au dernier Festival du court métrage européen de Brest et primé par Format Court.

kordian-kadziela

Peux-tu nous parler de ta formation ? Comment t’es-tu dirigé vers la réalisation ?

En réalité, j’ai voulu être réalisateur dès l’âge de 5 ans. Je ne savais pas vraiment ce que faisait un réalisateur mais je savais que je voulais faire des films. Mon oncle, qui vivait juste à côté de chez nous, était le propriétaire d’une boutique de location de VHS, j’ai donc eu la possibilité de regarder beaucoup de films lorsque j’étais enfant. Le plus étrange, c’est que plutôt que de regarder plein de films les uns après les autres, je préférais regarder une petite poignée d’entre eux, comme « Les Aventures du Baron Munchausen » ou « Willow », un nombre incalculable de fois. J’ai eu une période de doutes face à l’idée de devenir réalisateur lorsque j’étais au lycée car j’ai commencé à me dire que ce n’était qu’un rêve impossible à réaliser. J’ai pensé devenir critique musical, et j’ai commencé à écrire quelques articles, mais tout a changé quand je suis allé voir « Kill Bill vol.1 » au cinéma. Je pense qu’on peut voir dans ce film un pur amour pour le cinéma. J’ai tellement été ébahi par ce film que ça m’a décidé à m’inscrire en école de cinéma, à la Krzysztof Kieslowski Faculty of Radio and Television, à l’université de Silésie à Katowice.

« Larp », court métrage réalisé dans le cadre de tes études, a pour toile de fond le monde du jeu de rôle grandeur nature, et crée un second univers qui vient s’imbriquer dans la fiction, une sorte de mise en abîme. Pourquoi cet univers en particulier ?

Pour « Larp », j’ai choisi l’univers du jeu de rôle parce que j’adore les films dont les personnages sont tiraillés entre deux mondes – le monde réel et leur univers mental, comme c’est le cas dans l’un de mes films préférés « La Science des rêves » de Michel Gondry. Je voulais faire mon propre film avec ce genre de personnage et je voulais également raconter l’histoire d’un jeune garçon qui devient un homme. Peut-être parce que c’est ce que je vivais à ce moment là ? De plus, j’ai participé deux fois à des jeux de rôles grandeur nature par le passé. Mon ami d’enfance est aujourd’hui l’organisateur d’un des plus grands jeux de rôle grandeur nature en Pologne. Il y a quelques années, avant que je n’intègre l’école de cinéma, il m’a proposé de participer à l’un de ses jeux de rôles en forêt et je suis ainsi devenu, pendant trois jours, un propriétaire terrien qui souhaite récupérer sa terre par conspiration. C’était une expérience inhabituelle et inoubliable, si bien que quelques années plus tard, lorsque je cherchais un sujet pour mon film d’école, je me suis dis que le monde des joueurs grandeur nature (« larpers ») serait idéal pour construire une histoire. Lorsque j’ai créé le personnage de Sergiusz, je me suis beaucoup inspiré de mes souvenirs de jeu de rôle. Sergiusz est un assemblage de traits de personnalités de quelques personnes rencontrées dans ce contexte.

La première scène du film donne l’impression au spectateur qu’il est en train de regarder un film d’ « heroic fantaisy », est-ce un genre cinématographique (et littéraire) que tu affectionnes ?

Pas vraiment. Je n’ai pas de genre de film préféré. J’aime simplement le bon cinéma peu importe le genre. J’aime tout autant regarder des drames sociaux que les « Batmans » à partir du moment où le réalisateur parvient à raconter l’histoire suffisamment habilement pour que je me prenne au jeu. J’aime les films qui me surprennent et c’était là le but principal de la scène d’introduction de « Larp » – surprendre les spectateurs en montrant le contraste entre l’imagination du personnage principal et la réalité.

Comment « Lockjaw », film que tu as réalisé après « Larp » et dans lequel un trio d’artistes amateurs rêve de conquérir le monde de l’art a-t-il été produit ? L’École Polonaise de Mockumentaire mentionnée sur ton site internet existe-t-elle réellement ?

« Lockjaw » est un film d’école, mais nous n’avons pas eu l’argent alloué par celle-ci car nous n’avons pas démarré le tournage à temps, nous avons donc dû trouver les financements par nous-mêmes. Tous les membres de l’équipe ont travaillé bénévolement, y compris les acteurs. Ils aimaient tous le scénario et connaissent ce genre de situation. Au final, nous étions une bande de copains qui voulait faire ce film ensemble. On a tourné le film par étapes. Lorsque nous avons réuni un peu d’argent, nous avons organisé la première journée de tournage, puis nous avons attendu un mois avant de mettre en place les deux jours de tournage suivants, et plus d’un an s’est écoulé entre le premier et les trois derniers jours de tournage ! Michał Pukowiec, directeur de la photographie sur « Lockjaw », et moi, avons créé un groupe qui s’appelle Polish School of Mockumentary (École Polonaise de Documenteur) et nous voulons réaliser d’autres films, émissions télévisées ou clips dans le style de la comédie « mockumentaire ». Nous venons de terminer le premier épisode d’une série « mockumentaire » intitulée « Tyci Brat » et notre producteur cherche désormais des chaînes de télévision ou en ligne qui soient prêtes à acheter une saison entière.

Peux-tu expliquer le concept de « mockumentaire » tel que tu le vois ?

Le concept du « mockumentaire » repose sur l’utilisation du récit documentaire pour raconter des événements ou développer des personnages totalement fictifs. C’est un peu ce qu’on pourrait appeler un faux documentaire. Je pense que c’est une très bonne façon de réaliser une comédie parce qu’on utilise la confiance que les gens peuvent avoir dans la réalité du documentaire. Ainsi, au bout de quelques minutes, une fois que le spectateur commence à croire à l’authenticité du personnage, vous pouvez commencer à placer ce dernier dans des situations étranges ou absurdes qui vont créer un effet comique, tandis que la même situation dans une comédie classique « non-mockumentaire » pourrait être peu crédible et sans effet comique.

lockjaw-kordian-kadziela1

« Lockjaw » questionne avec humour le monde de la performance artistique, et ce qui fait une œuvre d’art. Ce questionnement du statut complexe (et parfois ridicule) de l’art est-il quelque chose que tu appliquerais au cinéma ?

Bien sûr. « Lockjaw » n’est pas une critique de tout le monde de l’art mais une critique de tout ce qui peut être trop calculé dans l’art. Je voulais attirer l’attention sur les artistes qui pensent qu’on peut réaliser un chef d’œuvre simplement en assemblant des morceaux d’œuvres réalisées précédemment. Ce genre d’artistes existe dans tous les domaines de l’art – y compris dans le cinéma. Il y a quelques semaines j’ai vu « The Lobster » de Yorgos Lanthimos et j’étais en colère après la projection. J’ai eu la sensation que l’on cherchait à me tromper en me montrant un film qui prétend être plus que ce qu’il n’est réellement. Tadeusz Sobolewski – un très bon critique de cinéma polonais – appelle ce genre de film une «contrefaçon de chef d’œuvre ». C’est de cela que parle « Lockjaw », de la réalisation de faux chefs d’œuvres.

De quoi parle le premier épisode de « Tyci Brat » ?

« Tyci Brat » parle d’une famille issue d’une petite ville et dont le plus jeune membre est aussi le plus riche. Le plus jeune des frères est le troisième vidéo-blogueur le plus populaire du pays. Le point positif, c’est qu’il gagne de l’argent pour toute la famille mais d’un autre côté, cela pose problème en terme de hiérarchie familiale, en particulier face à la fierté d’un père. Le fait que le père se retrouve à emprunter de l’argent à son fils de 14 ans ne favorise pas la bonne ambiance. Comme si cela n’était pas suffisant, le garçon a de plus grandes ambitions. Il veut être le premier vidéo-blogueur du pays, il a donc l’idée de créer une émission de télé-réalité sur sa famille. Il invite chez lui une petite équipe de tournage qui n’a précédemment filmé que des mariages, des bals de promo, des enterrements, etc… Le premier épisode parle d’une « visite d’intégration ». Chaque membre de la famille doit se présenter face au « metteur en scène de leur vie de famille ». Il devient très vite clair que c’est une véritable maison de fous face à une équipe de tournage tout aussi délurée. La visite d’intégration, et donc le premier épisode, se termine en désastre social.

Est-ce différent pour toi d’écrire pour la télévision par rapport au cinéma ? Aimes-tu ça ?

C’est différent d’écrire pour la télévision – il faut être plus clair, plus spécifique et penser constamment aux spectateurs avec une télécommande dans les mains. Au cinéma on peut s’essayer à de longues introductions de personnages par exemple. À la télévision, lorsqu’il s’ennuie ou ne comprend pas quelque chose, le spectateur peut simplement changer de chaîne. Mais en réalité j’aime ça, c’est comme une leçon de discipline pour les scénaristes.

TIWI

La télévision et l’écran sont comme des leitmotivs dans tes films, car ils apparaissent toujours à l’image ou deviennent même le sujet du film, comme dans « Tiwi ». Comment expliques-tu cela ?

Je n’avais jamais réalisé que j’avais autant d’écrans de télévision dans mes films. Maintenant que tu le dis je dois bien reconnaître que c’est vrai mais je ne l’explique pas de façon rationnelle. Je n’ai plus d’écran de télévision depuis plusieurs années mais enfant, je la regardais beaucoup. C’est peut-être une sorte de désir inconscient.

Peux-tu nous parler de ton dernier court métrage, « Dregs » ?

« Dregs » est une comédie amère sur une diseuse de bonne aventure d’émission télévisée (comme celle-ci : https://www.youtube.com/watch?v=QlLjmJvnevw&app=desktop). Ces émissions sont très populaires aujourd’hui en Pologne. Elles sont diffusées tard dans la nuit et chaque minute d’appel coûte très cher. Quand vous appelez une voyante à la télévision au beau milieu de la nuit et que vous êtes prêt à dépenser beaucoup d’argent pour ça, c’est que cela doit sûrement être votre dernière option et que vous devez être extrêmement désespéré. Les gens y posent des questions très sérieuses concernant des problèmes avec leur époux, leurs enfants qui ont fait une fugue, etc…, et la partie la plus choquante c’est que ces voyantes regardent leurs cartes (ou leur boule de cristal, ou pierres, ou marc de café) et donnent des réponses très précises. Cela m’a choqué car de toute évidence il s’agit d’une arnaque mais le spectateur désespéré fera exactement ce que la voyante lui a dit. C’est une énorme responsabilité que de changer le cours de la vie de quelqu’un de la sorte, surtout lorsqu’il/elle vit un moment aussi important, mais ces voyantes ne semblent absolument pas s’en préoccuper. Je ne veux pas trop spoiler le scénario de « Dregs » mais il s’agit d’une voyante de télévision qui provoque accidentellement la tentative de suicide d’un de ses clients et qui tente de le retrouver afin de savoir s’il est toujours vivant. Nous terminons actuellement le montage et « Dregs » sera diffusé en 2017.

dregs-kordian-kadziela

As-tu envie de te diriger vers le long-métrage ?

Oui, j’ai même commencé l’écriture d’un scénario de long-métrage mais il est encore trop tôt pour en dire plus. Croisons les doigts !

Propos recueillis par Agathe Demanneville

Articles associés : la critique du film & notre reportage : Kordian Kądziela, le vrai du faux

Pour en savoir plus sur le travail de Kordian Kądziela, consultez son site internet

Kordian Kądziela, Prix Format Court au Festival de Brest 2015

Primé par notre équipe lors du dernier Festival du court métrage européen de Brest avec son film d’école « Larp », Kordian Kądziela est un jeune réalisateur polonais très prometteur qui n’en est pas à son premier coup d’essai. Avec bientôt cinq courts métrages et quelques clips et publicités à son actif, il semble obnubilé par notre rapport à la télévision et aux médias et utilise avec habilité la confusion entre réalité et fiction : personnages à cheval entre monde réel et imaginaire, absurdité de la télé-réalité, faux-documentaires, sont autant de sujets – et de genres, qui alimentent ses œuvres. Kordian Kądziela est aujourd’hui l’objet de ce focus qui nous permettra de découvrir ses films d’école tels que « Larp », « Tiwi » ou « Lockjaw » mais également d’évoquer ses films à venir. Après le court, la série, et peut-être le long métrage, on lui souhaite en tout cas de continuer sur cette (bonne) lancée !

Agathe Demanneville

larp4

Retrouvez dans ce dossier spécial:

L’interview de Kordian Kądziela

La critique du film

Notre reportage : Kordian Kądziela, le vrai du faux

The Invitation of Armageddon de Paul Hough

À l’occasion de la 22ème édition de l’Étrange Festival, nous avons demandé à Alain Burosse, vice-président du festival et responsable de la programmation courts-métrages de la manifestation, de nous proposer son propre film de la semaine, choisi parmi les 61 courts venus du monde entier et en lice pour le Grand Prix Canal+, ainsi que le Prix du Public.

Fiction, 15’50, 2016, États-Unis, LoS Productions LLC

Synopsis : Train d’enfer pour sauver le monde en chansons.

Après deux films plutôt violents (« The Backyard » en 2002 et « The Human Race » en 2012), Paul Hough revient au court métrage – on aime ce va-et-vient temporel – et s’ enivre dans les brumes rétrofuturistes du steampunk, genre plutôt rare dans la programmation du festival : en 1888, la League of S.T.E.A.M. (Supernatural and Troublesome Ectoplasmic Apparition Management) reçoit une invitation de l’ Enfer où se prépare l’apocalypse. Embarquée dans un train fantôme, elle part, la fleur au canon à vapeur et la chansonnette aux lèvres, rencontrer le maître du Mal.

La League of S.T.E.A.M. est à l’origine une troupe de théâtre/performance californienne – regroupant un cryptozoologue, un spécialiste en lycanthropie, un expert en sons d’outre-tombe, etc.- dont la mission est de rechercher ou neutraliser des créatures surnaturelles. Une web série en est née (c’est déjà la troisième saison) et ce film en est un épisode spécial.

D’autant plus spécial qu’il est musical, et même en partie chorégraphié – autre originalité de ce film. Costumes wild wild west, armes uchroniques attrape-méchants, lumière soignée, effets spéciaux variés (l’ infernale plongée, par exemple) : Paul Hough nous entraîne dans une comédie qui invite à découvrir les exploits passés et futurs de ces sympathiques chasseurs paranormaux. À suivre sans doute, à toute vapeur…

Alain Burosse

Retrouvez « The Invitation of Armageddon » de Paul Hough dans le cadre du Programme 3 de la compétition de l’Étrange Festival : « Dans quel état j’erre » (mardi 13 septembre 2016 – 22H15 – Salle 100 – Séance réservée à un public de plus de 16 ans).

Dans les eaux profondes de Sarah Van Den Boom en ligne !

Super nouvelle ! « Dans les eaux profondes », le très beau film de Sarah Van Den Boom, produit par Papy3d et l’Office National du Film du Canada, présélectionné aux derniers César et programmé il y a près d’un an dans le cadre de nos soirées Format Court, est en ligne depuis quelques jours !

On ne peut que vous recommander de (re)voir le film, de le partager, de vous intéresser au travail de Sarah Van Den Boom (ses autres films sont également visibles sur le net) et de (re)lire nos articles associés : la critique du film et l’interview de la réalisatrice. Enjoy !

Synopsis : Trois personnages ont en commun un vécu intime et secret qui semble déterminer leur vie.

Retour sur Côté Court 2016

Le festival Côté Court a fêté sa vingt-cinquième édition en juin dernier, à l’intérieur et hors des murs du Ciné 104 de la ville de Pantin qui l’a vu naître et accueillir plusieurs générations de cinéastes et leurs courts-métrages, devenant au fil des années une référence en la matière. En plus de reconduire le programme habituel partagé entre les séances consacrées aux différentes sélections de films (compétition officielle, panorama, rétrospectives…) et les live mêlant concerts et projections (ceux de Barbara Carlotti, du groupe Slip ou encore de Zombie Zombie), cette édition a inauguré une nouvelle série de rencontres sobrement intitulée « Conversations » et qui, comme son nom l’indique, devait réunir et faire dialoguer des réalisateurs appartenant à différentes générations du cinéma français. Une initiative qui, si elle a dû faire face à quelques avaries cette année, confirmait bien la vigueur d’un festival toujours soucieux d’élargir le champ pour mieux libérer la parole, quitte à charger encore un peu plus son programme.

De l’air

Pour inaugurer cette nouvelle édition et introduire ces fameuses « Conversations », un premier film fut projeté lors de la cérémonie d’ouverture : le portrait du cinéaste Paul Vecchiali par Laurent Achard, réalisé dans le cadre de la célèbre série des « Cinéastes de notre temps » dirigée par André S. Labarthe. Le film, intitulé « Un, parfois deux », documente le dernier tournage de Vecchiali au cours duquel le réalisateur tourna simultanément ses deux longs-métrages « C’est l’amour » et « Le Cancre » dans sa villa au Plan-de-la-Tour. Si Achard respecte la commande qui lui est faite en dressant un admirable portrait du cinéaste vieillissant au travail, il s’applique également à faire apparaître un deuxième film dans le creux du premier, en ménageant suffisamment d’espace dans ses cadres composés au cordeau pour qu’une étrange mécanique se révèle. Filmer le temps des répétitions, de la mise en place puis du tournage des scènes devient moins pour Achard le moyen de restituer le processus de fabrication d’un film qu’une occasion de traquer des fantômes, de guetter la matérialisation de ces entités invisibles autour desquelles s’agitent les acteurs et les techniciens. La dernière séquence du film, bâtie sur le suspens de l’apparition de Catherine Deneuve, en est la parfaite illustration : les moments de la mise en place du cadre, de la répétition du texte puis du mouvement de la caméra sans la présence de l’actrice donnent à sentir, lorsque la star apparaît enfin pour jouer sa scène, qu’une présence plus intense, plus forte qu’elle occupe l’espace depuis le début et dirige les regards et les mouvements de chacun. Ce sentiment sera confirmé par cet ultime plan du film, sublime, où Vecchiali enregistre les sons seuls de la scène en faisant refaire les déplacements et les gestes de Deneuve à une jeune assistante, achevant de mettre tout le monde sur un pied d’égalité devant cette force invisible.

vecchiali1

L’ironie voulait que, le lendemain de la soirée d’ouverture et de la projection du film, le siège de Laurent Achard demeure vide lors de la rencontre avec Paul Vecchiali qui devait ouvrir la série des « Conversations », la cause avancée par l’intéressé étant une indisposition médicale. On se plaît pourtant à ne deviner dans ce geste démissionnaire qu’un débordement dans le réel de la pensée d’un grand réalisateur qui sait, à l’instar d’un Hang Song-soo, que le cinéma réside littéralement dans l’air, dans ces espaces vides où se manifestent de malicieux fantômes.

Il s’agissait dès lors de chercher parmi les films sélectionnés à Côté Court cette année ceux qui ménageaient suffisamment d’espaces dans leurs cadres et leurs récits pour que le cinéma puisse s’y faire, tranquillement, une place. L’entreprise ne fut pas toujours aisée, au moins au sein de la compétition fiction qui a fait la part belle aux films de meutes, dont les récits faisaient de la dynamique de groupe leur principal (et parfois unique) enjeu de fiction. On pense notamment aux films « La bande à Juliette » d’Aurélien Peyre (découvert et déjà critiqué à l’occasion de la dernière édition du festival de Brive), à « Opium » de Pablo Dury ou encore à « Fanfreluches et idées noires » d’Alexis Langlois. Ces courts-métrages portés par de très jeunes réalisateurs affichaient tous la même envie de débarquer en bande, de s’imposer dans l’écran à plusieurs en remplissant les cadres de corps et de visages juvéniles prêts à s’offrir à la caméra. Des films qui s’avançaient en n’ayant, peu ou prou, que cela a proposer : une jeunesse résolue à se donner en spectacle, ou plutôt à faire spectacle de sa jeunesse, en se livrant au regard des spectateurs sans jamais craindre d’irriter.

fanfreluches-et-idees-noires1-Alexis Langlois

« Fanfreluches et idées noires » s’ouvrait pourtant avec l’un des plans les plus saisissants des films de la compétition : on y voit le couloir d’un grand appartement parisien envahi par une foule bigarrée venue du dehors, une multitude de corps de toutes tailles, de tous sexes et de tous genres se bousculant dans le passage étroit et défilant à la queue leu leu avant de disparaître du cadre. La concentration de ces corps dans l’espace produisait un effet d’annonce excitant, en présentant cette faune dans toute son excentricité et en la contenant en même temps, laissant présager d’un feu d’artifice pour la suite du métrage. Mais à l’explosion, le cinéaste préfère la dispersion et prend le parti de filmer un after de soirée en temps réel, balayant rapidement les possibles enjeux de fiction au profit de la restitution d’une sorte de happening. Dès lors, il ne reste plus que de l’épuisement à filmer, celui des corps qui s’étalent et s’entassent les uns sur les autres, du langage progressivement tari et vidé de toute substance, jusqu’aux quelques procédés de mise en scène dont le réalisateur finit par abuser (de longs panoramiques parcourant la masse inerte des corps nus nappés d’une musique synthétique assez redondante). Si Langlois n’exclut pas la dimension mortifère de ses images, de loin la plus intéressante, il ne se résout pas à l’investir totalement et lui préfère celle, nettement plus confortable, de la récréation mi-inquiète mi-je-m’en-foutiste, plus « fanfreluches » qu' »idées noires » en fin de compte.

opium-Pablo Dury

Le film de Pablo Dury affiche, lui, une ambition plus romanesque de prime abord en suivant une troupe de militaires perdus dans un monde post-apocalyptique obéissant à des règles pour le moins étranges. En effet, les lois qui régissent l’univers d’« Opium » semblent s’ajuster au désir du réalisateur d’éprouver des effets de mises en scène empruntés à droite et à gauche, les multiples énigmes qui jalonnent le récit devenant un prétexte pour ne pas raconter d’histoire et faire baigner les personnages dans une espèce de formol cinéphile. Ainsi, un personnage vaguement désigné comme le héros vit dans sa chambre la romance d’un film de Tsai-Ming Liang à travers de longues scènes d’onanisme contre le mur qui le sépare d’une jeune femme, tandis qu’à l’extérieur le groupe de militaires multiplie les séances d’entraînement en attendant la venue de mystérieux « dragons » (sont-ce ceux de « Game of Thrones » ?). Les citations les plus embarrassantes concernent un autre court-métrage sorti il y a quelques années et dont le retentissement a fini par faire école : le film de Caroline Poggi et Jonathan Vinel « Tant qu’il nous reste des fusils à pompes », auquel Pablo Dury emprunte notamment la séquence de fête sous forme de pogo frénétique et solitaire. Le seul ajout que Dury apporte à cette citation est d’ailleurs assez révélateur de la finalité de sa démarche : des projections de motifs de papier peint sont faites sur les corps des militaires qui se contorsionnent au son d’une musique électro, et terminent de figer ce petit monde dans la tapisserie cinéphile. Gageons que c’est précisément la cinéphilie éclairée du jeune homme et la gourmandise maladroite de sa mise en scène que le jury de Côté Court a salué en lui décernant le Grand Prix de la compétition fiction, et qu’à l’avenir le cinéaste parviendra à trouver sa place à l’intérieur de ses propres films.

À ces court-métrages gorgés de sucre et de références mal digérées, répondaient les propositions d’autres cinéastes qui ont élaboré des films plus nus, dépouillés de tout apparat et qui creusaient leur matière avec une certaine violence. Plusieurs figuraient en compétition, bien sûr, mais il fallait en chercher d’autres dans les sections parallèles comme le Panorama, bien souvent délaissé alors qu’y atterrissent chaque année quelques uns des meilleurs films du festival.

vincentv-Soufiane Adel

Le film de Soufiane Adel « Vincent V » détonnait sérieusement au milieu des autres courts-métrages de la compétition fiction de part son dispositif minimaliste et singulier, qui voit le cinéaste s’inventer un alter-ego qu’il campe lui-même et dont l’itinéraire se construit au rythme des années (le tournage débuté en 2005 s’est achevé dix ans plus tard) et des transformations du paysage politique de la France. Le film s’ouvre d’ailleurs sur un changement de visage, celui de Vincent qui, après avoir fait défiler sur un écran de télévision une série de portraits d’illustres barbus (Karl Marx côtoie aussi bien Stanley Kubrick que Ben Laden), décide de raser sa propre barbe. Cette scène inaugurale expose le principe autour duquel s’articuleront chacun des épisodes du parcours de Vincent, en faisant reposer l’enjeu de chaque séquence sur une lutte entre le protagoniste et une image à laquelle il se confronte et se doit de réagir à l’intérieur du cadre. Il s’agit de produire une image pour lutter contre celles que la société française fabrique, comme ces hordes d’adolescents qui fêtent la victoire de Sarkozy en 2007 et auxquels Vincent oppose la fixité de son corps en marge du plan qui enregistre leur célébration. D’autres événements politiques sont aussi convoqués à travers les monologues furieux que Vincent profère en pleine rue ou cloîtré entre quatre murs, comme les manifestations contre la loi C.P.E ou encore les émeutes de 2005. À cet instant, la parole ne devient plus seulement le moyen d’exprimer une rage ou une pensée contestataire, elle se transforme en matière qui remplit l’espace et agite l’air à l’intérieur des plans. C’est parce qu’il se rend compte qu’il ne peut en définitive agir que sur cela, sur cet air qui l’entoure à l’intérieur du cadre, que Soufiane Adel finit par inventer une écriture filmique d’une force peu commune, en supprimant progressivement toute possibilité de hors-champ pour comprimer l’air dans les images qu’il fabrique et les mener à l’implosion. De cette irrésolution propre au médium cinématographique, le cinéaste est parvenu à extraire le soufre qu’il lui fallait pour élaborer une véritable bombe.

bachaumont-Martial Salomon

Présenté parmi les films du Panorama, le « Bachaumont » de Martial Salomon procédait également d’une économie minimaliste pour conter un récit réduit lui aussi à l’essentiel. Le film met en scène une figure solitaire, celle d’un jeune homme campé par Arnaud Gravade, que l’on accompagne une journée durant, de son réveil à l’aube à celui du lendemain. Les quelques pièces de l’appartement parisien qui constituent le décor principal et quasiment unique du film (le protagoniste ne s’en absentera que le temps d’une très brève séquence de rue) circonscrivent un espace-temps particulier, à l’intérieur duquel le récit glissera et ce, dès les premiers plans dans un registre fantastique. À la faveur de plusieurs apparitions de fragments d’un corps étranger dans les plans (des mains qui entrent dans le champ pour s’approcher du corps du protagoniste), une présence fantomatique se manifeste progressivement et raconte, sans qu’aucune parole ne soit prononcée, la survivance d’un amour perdu. Aussi, les apparitions et disparitions du fantôme s’opèrent toujours au moyen d’un raccord entre deux plans, par des changements d’échelles ou d’axes qui découpent l’espace et ouvrent des brèches à l’intérieur desquelles le fantôme peut s’engouffrer. Le fait que Martial Salomon soit également monteur (notamment des films de Pierre Léon et d’Emmanuel Mouret) n’est pas anodin, puisqu’il fait dans ce film du raccord même le lieu d’un rendez-vous impossible entre les anciens amants. Ils devront attendre que la nuit passe et que la lune se fende en deux, figurant ainsi leur séparation irrévocable, pour pouvoir échanger à l’aube un nouveau et peut-être dernier regard apaisé et plein de tendresse. Au fond, ce qui donne à ce seul effet spécial «visible» toute sa force (la séparation progressive de la lune en deux boules lumineuses distinctes), c’est bien le rappel que Martial Salomon fait dans son film de cette donnée essentielle : l’ellipse que fabrique inévitablement tout raccord entre deux plans ne saurait être tout à fait ignorée, et en acceptant sa qualité fondamentale d’artifice, on peut en faire l’effet spécial le plus puissant qui soit.

Marc-Antoine Vaugeois

Slow de Darius Clark Monroe

Fiction, 2011, États-Unis

Le court-métrage « Slow » n’est pas, à proprement parler, un film gay. Et tant mieux. Réalisé par Darius Clark Monroe en 2011, il ne fait pas du désir homophile l’occasion d’une chronique généraliste aux accents tragiques mais plutôt le tremplin d’une critique politique touchant à la condition sociale des afro-américains. Mais peut-être serait-ce là enfermer le film dans une visée qu’il n’a pas. Faisons un pas en arrière en décrivant l’action préliminaire : un homme est dans sa cuisine en train de préparer le dîner. Les tâtonnements qui dirigent ses gestes, la fixité de son visage (souvent filmé de profil) et l’absence de fluidité du regard, nous indiquent que l’homme ne voit pas; il est aveugle. Une tension naît lorsque quelqu’un s’engouffre par la porte d’entrée de l’appartement; sans ménagement, un homme à la musculature saillante s’engouffre dans la cuisine. À partir cette situation de base intrigante, on est en droit d’attendre une suite rugueuse et puissante. Et on ne sera pas déçu.

Huis clos assumé et râpeux, « Slow » filme cette rencontre en tentant de retirer toute l’improbabilité qui aurait pu en émaner. Au contraire, par la radicalité de la mise en scène, investissant des plans longs, laissant aux acteurs la tâche d’exhumer une étrangeté reconnaissable à travers un palpable tension amoureuse, le film invente un espace de réalité et se tourne vers une problématique morale; la question est moins de savoir si les deux hommes vont partager sexuellement leurs sentiments (le film s’ingénie à bafouer ce stéréotype) que de voir ce qui interrompt le lien lui-même. Car si le voyeur (au sens qu’il voit son amant sans que ce dernier ne puisse le faire) se dénude littéralement assez vite, la pudeur de l’aveugle semble le retenir dans l’attente froide du dîner amoureux. Son silence revêt l’aveuglement d’une violence sourde, presque insoutenable. Du fait de ne pas voir découlerait-il ici une résistance existentielle ? Ou plutôt la question est-elle : sa déficience oculaire est-elle respectée par l’amant voyant ? En fait, son aveuglement ne serait-il pas plus clairvoyant que l’élan impulsif, voire compulsif, de l’amant ?

Dépassant le flou érotisant pour montrer la brutalité nette d’une relation bancale, le dialogue physique offert par « Slow » brise ainsi toutes les attentes. Ne tombant pas dans le cliché de la rencontre interéthnique (les deux hommes sont de peau noire), ni dans celui de l’escapade sexuelle à sens unique (ce à quoi « Grindr » voudrait soustraire tout rapport), il dresse le portrait d’une résistance et d’une volonté contre la consommation et la normalité. C’est l’éventualité d’un regard que l’on croit impossible, qui lentement s’élabore à travers l’asymétrie et la frustration, et dont le dernier plan donne une présence épaisse. Une perspective qui interroge. Et qui pose au spectateur une question rarement évoquée : quel est le sens de ce refus sexuel sinon l’étrange signe d’une éthique devenue angoissante ? Que filmer l’homosexualité, au centre de laquelle deux corps se cherchent — et ne se trouvent pas toujours, nous surprenne encore.

Mathieu Lericq

Le Cinéma d’Animation en France

Édité par Qwazar en coproduction avec 8 Mont-Blanc, le DVD « Le Cinéma d’Animation en France » s’intéresse au paysage de l’animation en France à travers une série documentaire de Romain Delerps et Alexandre Hilaire, complétée par 17 court-métrages réunissant autant de jeunes talents que de maîtres établis. Cette sélection pointue des années 60 à nos jours regroupe des cinéastes célèbres comme Jean-François Laguionie, Michel Ocelot ou Florence Miailhe ainsi que de nouveaux créateurs comme Oleshya Shchukina ou Cécile Rousset.

animation-france

Les films présentés couvrent un demi-siècle d’animation française, juste après la figure majeure du « réalisme poétique » de Paul Grimault jusqu’aux cinéastes contemporains. Regroupant presque la totalité des techniques animées, cette production dresse un panorama général de l’animation française grâce aux films de référence, aux témoignages de créateurs et de producteurs, à leurs méthodes de travail (dessins préparatoires, représentations de personnages et décors, sujets dédiés aux créateurs filmés en pleine action, dessinant, peignant, animant, …), aux écoles et aux studios les plus représentatifs.

La première partie du DVD intitulée « Le Dessin animé après Paul Grimault » se centre d’abord sur la lignée « d’artisans poètes », représentée par les figures majeures comme Émile Reynaud, Paul Grimault et Jean-François Laguionie, pour poursuivre avec « le tournant du siècle ».

La deuxième partie se caractérise par les rencontres avec des studios comme Folimage, Les Armateurs, Prima Linea où chaque représentant défend son savoir-faire et ses principales caractéristiques, comme la liberté artistique, la systématisation des co-productions et la collaboration avec des auteurs reconnus. De plus, la richesse pédagogique et la diversité des écoles comme Les Gobelins, La Poudrière et l’EMCA, réparties sur tout le territoire national, forment aussi un véritable réseau de fabrication de films d’animation à partir d’une formation spécialisée.

animation-france1

Enfin, la troisième partie du documentaire intitulée « Un cinéma de tous les possibles » relate des approches des expressions artistiques différentes telles que la bande dessinée ou le cinéma de genre et traite également de l’évolution des techniques.

En complément du DVD dédié aux documentaires, 17 courts-métrages illustrent des techniques d’animation et d’autonomie créative. Cet abrégé de films d’animation de courte durée invite à explorer les différents domaines d’animation en volume, (marionnettes, pâte à modeler) traditionnelle classique (cut-out ou papier découpé, dessins animés, peinture ou sable sur verre, animation d’épingles), par ordinateur (image de synthèse, généralement sous la forme 3D, mais également 2D avec des logiciels tels que Photoshop).

la-demoiselle-et-le-violonniste-laguionie

Les périodes les plus importantes de l’animation cinématographique française du deuxième milieu du XXe et du début du XXI siècle sont représentées notamment par une sélection de iconographique. Ainsi, nous pouvons voir l’intimiste « La Demoiselle et le Violoncelliste » (Grand Prix à Annecy 1965) de Jean-François Laguionie. Le film est considéré comme l’un des premiers courts-métrages d’animation d’auteur faits dans la lignée de Paul Grimault, qui a détonné par son univers poétique très personnel. Réalisé en papier découpé au style naïf, ce film est un chef d’œuvre. Un violoncelliste provoque accidentellement une tempête en mer, faisant glisser une jeune fille qui pêche sur la rive. Pour essayer de la sauver, il se retrouve à combattre une série de créatures marines. Bien que l’animation puisse apparaître comme un peu lente par rapport aux normes hollywoodiennes d’aujourd’hui, les scènes de vagues et la résistance de la demoiselle et le violoncelliste sont très puissantes, faisant appel à un graphisme inspiré des œuvres de Matisse.

Développé avec la même technique, le court-métrage, « Le Vélo de l’Éléphant » de la cinéaste russe Oleshya Shchukina, a été produit par le vétéran studio Folimage. L’histoire est celle d’un éléphant urbain qui travaille comme balayeur. Un jour, il voit le panneau d’affichage vantant les mérites d’une petite « reine » (vélo) et fournit de nombreux efforts pour l’obtenir. Le film s’intéresse aux tentations de la société de consommation grâce à une histoire amusante et un message frappant. Une stimulante production destinée en priorité aux enfants.

D’autres courants d’animation sont aussi compilés dans ce DVD, comme le documentaire animé « Paul » de Cécile Rousset produit par Les Films Sauvages. Il s’agit de la biographie du propre voisin de la réalisatrice, un vieil homme de 83 ans qu’elle a enregistré, racontant sa vie avec des dessins animés esquissés qui conservent l’irrégularité du croquis et des images de prise de vue réelle en noir et blanc qui composent le portrait raconté à la première personne. On y voit une relation de camaraderie avec ce personnage, qui interpelle lui-même le spectateur. Dans ces histoires du passé et du présent qui se mélangent, ce qui se reflète est le quotidien, l’anecdotique, la proximité et la complicité entre la réalisatrice et son voisin.

En jouant également avec les dessins animés, ayant une esthétique plus achevée, on trouve également « Monstre Sacré » de Jean-Claude Rozec (réalisateur de « Cul de bouteille » et « La Maison de poussière »), produit par JPL Films. Ce court-métrage raconte comment un dragon inoffensif accidentellement né dans un nid de canards, devient à contre-cœur une super vedette Hollywood. Une comédie douce amère montrant l’ascension sociale et la tromperie des apparences.

Quant à la peinture animée sur plaque de verre rétroéclairée, où l’image est modifiée en s’aidant des mains pour étaler les couleurs, on distingue « Shéhérazade » de Florence Miailhe, coécrit avec Marie Desplechin. Dans cette œuvre, Shéhérazade  » est une narratrice d’histoires qui captive son mari par la parole, en étant une voix off féminine qui illustre le récit. Ce court-métrage d’animation conçu comme un tout chorégraphique de la peinture, du pastel et du sable animés sous la caméra, utilise un graphisme très sensuel et une animation de transformation du corps des plus intéressantes.

À destination des enfants, le film en pâte à modeler « Le Petit Cirque de Toutes les Couleurs » réalisé par Jacques-Rémy Girerd est un conte d’atmosphère onirique. Animé dans une station de métro, il laisse entrevoir un message pacifiste dans un style enfantin bien mené.

Autre technique en volume présentée, celle de l’écran d’épingles, à savoir un tableau blanc percé de milliers de trous dans lesquels coulissent autant d’épingles. La technique brevetée par les cinéastes Alexandre Alexeieff et Claire Parker a permis de nombreux essais expérimentaux et recherches graphiques, à l’image du « Cadavre Exquis » présenté dans ce DVD, par divers artistes sous la direction de Michèle Lemieux, avec le soutien du CNC.

Toujours autour de l’animation en volume, on retrouve la dynamique du court-métrage numérique 3D avec « Le Petit Dragon » de Bruno Colet, empruntant des références à Bruce Lee, Robert Clouse et Lou Wei, qui contraste avec la délicate animation de marionnettes « La Femme Papillon » de Virginie Bourdin et le chamanique « Le Printemps » de Jérôme Boulbès, basé sur la chorégraphie de Nicolas Vladyslav autour d’une cérémonie de masques pour célébrer l’arrivée du printemps.

Enfin « Vasco » de Sébastien Laudenbach (qui vient de réaliser son première long-métrage « La Jeune Fille sans Mains » brossé en pinceaux) utilise la technique du sable sur verre pour la première fois. Le film raconte l’histoire d’un homme qui rêve de s’échapper vers un horizon qui le fascine. Cependant, ses perspectives sont contrecarrées par une femme très attirante qui le retient. Une pièce minimaliste et organique qui tend des liens avec la métaphysique.

Pour finir cette série de courts-métrages, on retrouve l’exquis film de silhouettes en noir sur fond transparent « La Belle fille et le Sorcier » de Michel Ocelot, dans lequel un magicien montre ses pouvoirs magiques à un jeune villageois en le transformant en une belle princesse. Une fable sur l’importance accordée à l’apparence physique grâce aux magnifiques jeux d’ombres chinois, comme l’avait déjà proposé la réalisatrice allemande Lotte Reiniger auparavant (« Les Aventures du prince Ahmed », « Hansel and Gretel », …)

Avec son documentaire en trois parties et ses 17 courts en bonus, « Le Cinéma d’animation en France » s’intéresse aux grands noms et aux titres de référence du secteur de l’animation nationale, du plus traditionnel au plus innovateur. À noter cependant qu’il s’exprime un peu trop brièvement sur la qualité et de la diversité de cet “art total” qu’est le septième art bis et que l’échantillon de courts-métrages est considéré non comme une partie substantielle de ce pack DVD, mais comme un complément de la série documentaire. Les courts, proposés comme bonus, sont regroupés par techniques et ne proposent pas un témoignage suffisamment fort d’esthétiques et de plastiques possibles, ce qui est malheureusement regrettable.

Adriana Navarro Álvarez

Le Cinéma d’Animation en France (2 DVD) : série documentaires en trois volets + 17 courts métrages ! : Édition Doriane Films

Festival Cinébanlieue 2016, appel à films

Pour sa 11ème édition parrainée par Reda Kateb, le festival Cinébanlieue lance son nouvel appel à films. Âgés entre 18 et 35 ans, vous avez réalisé entre 2014 et 2016 un film d’une durée maximum de 30 minutes ? Soumettez-le au festival avant le 8 septembre 2016 !

Inscription et infos sur le site du festival : http://www.cinebanlieue.org/festival/actualite

kateb

Afrique Tenga Zamasdo (Rêve d’Afrique) de Seb Houis

Afrique Tenga Zamasdo (Rêve d’Afrique) de Seb Houis, Burkina Faso, 2011, expérimental, 3′

Ce film très court a été réalisé par Seb Houis en moins de 72 heures lors du premier Kino Kabaret du Burkina Faso, en 2011. Créé à Montréal en 1999, Kino est un mouvement de cinéastes et de vidéastes basé sur le principe de création spontanée et de liberté. Le Kino Kabaret est un événement qui réunit des réalisateurs du monde entier pour produire des courts métrages dans un délai court (allant de 24h à quelques jours).

Ici, Seb Houis nous fait partager son rêve africain, et nous emmène dans une déambulation chaotique, dans les rues d’un village Burkinabé. Dans une tentative de recréer les visions qui s’accumulent au cours du rêve, « Afrique Tenga Zamasdo » est une errance poétique où la terre est un élément qui fait office de fil rouge, au plus proche du sol et des matériaux qui le composent. Sable, terre et asphalte brûlés par le soleil sont frôlés de si près qu’on en ressent la chaleur et la rugosité. La caméra vagabonde de personnages errants, criants, dansant, à d’autres figures et parties du corps qui deviennent de plus en plus claires : nous sommes bien en Afrique, au cœur d’un voyage fait de rencontres inattendues et d’expériences sensorielles nouvelles.

Le touché et l’ouïe y ont une place de choix : tel un poème, le rêve nous est conté en langue moré tandis que peu à peu la musique de Tumi & the Volume, groupe d’Afrique du Sud, se fait entendre. « La Tête savante », c’est ainsi que s’appelle le morceau qui accompagne ce « Rêve d’Afrique », puisque comme l’illustre cette vidéo, nos rêves se nourrissent d’un savoir que parfois seul l’inconscient peut révéler.

Spécialiste de la « raw video », c’est à dire des images brutes sans montage, Seb Houis a réalisé de nombreux clips et vidéo de voyages. « Afrique Tenga Zamasdo » est un condensé de ces deux formats et nous amène à nous demander comment transcrire nos rêves en images réelles. Pour en savoir plus sur son travail : seb-houis.squarespace.com.

Agathe Demanneville