Tous les articles par Katia Bayer

Reprise des Soirées Format Court, jeudi 13 octobre 2016

Après plus de 4 ans de programmation en salle, au Studio des Ursulines (Paris, 5ème), Format Court inaugure, dès le jeudi 13 octobre 2016, un tout nouveau cycle de séances.

Nouvelle formule, nouveaux partenariats, nouvelles cartes blanches, nouveaux réalisateurs invités (notamment de l’étranger), nouvelles expos et pots associés : retrouvez nos événements de la rentrée dans les prochaines semaines.

"Feest" de Paul Verhoeven

« Feest » de Paul Verhoeven

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Venise 2016, les courts-métrages retenus

La conférence de presse de la 73ème Biennale de Venise (31 août-10 septembre 2016) s’est tenue hier à Rome. 16 courts-métrages, figurant dans la section Orizzonti, ont été retenus par le sélectionneur Enrico Vannucci. 14 films sont en compétition (dont « Ce qui nous éloigne », le nouveau court de Hu Weï, avec Isabelle Huppert) et 2 en hors-compétition.

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Films en compétition

Le reste est l’oeuvre de l’homme de Doria Achour (France/Tunisie, 14m)

Dadyaa de Bibhusan Basnet, Pooja Gurung (Népal/France, 17m)

Stanza 52 de Maurizio Braucci (Italie, 13m)

Samedi Cinema de Mamadou Dia (Sénégal, 11m)

Colombi de Luca Ferri (Italie, 20m)

On the origin of fear de Bayu Prihantoro Filemon (Indonésie, 12m)

Good News de Giovanni Fumu (Corée du sud/Italie, 17m)

Ruah de Flurin Giger (Suisse, 18m)

Ce qui nous éloigne de Hu Weï (France, 18m)

Srecno, Orlo! de Sara Kern (Slovénie/Croatie/Autriche, 14m)

Amalimbo de Juan Pablo Libossart (Suisse/Estonie, 15m)

La voz perdida de Marcelo Martinessi (Paraguay/Venezuela/Cuba, 11m)

500.000 Pee de Chai Siris (Thaïlande, 15m)

Prima Noapte de Andrei Tănase (Roumanie/Allemagne, 17m)

Hors compétition

Molly Bloom de Chiara Caselli (Italie, 20m)

Midwinter de Jake Mahaffy (USA/Nouvelle-Zélande, 17m)

H comme The Hidden Part

Fiche technique

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Synopsis : Dérogeant à ses habitudes, Asgeir, accepte la présence de Woré, une jeune femme africaine, à bord de son camion. Réunis le temps d’une journée sur les routes d’Islande, ces deux êtres enfermés dans leur solitude vont découvrir, malgré eux, une part de l’autre mais aussi d’eux-mêmes.

Genre : Fiction

Durée : 12′

Pays : Belgique

Année : 2014

Réalisation : Monique Marnette, Caroline D’Hondt

Scénario : Monique Marnette, Caroline D’Hondt

Image : Léo Lefèvre

Montage : Damien Keyeux

Interprétation : Ingvar Eggert Sigurðsson, Babetida Sadjo

Production : Man’s Films Productions

Article associé : la critique du film

The Hidden Part de Monique Marnette et Caroline d’Hondt

Prix du meilleur court métrage au FIFF (Namur) en 2015 et présenté au Court en dit long à Paris cette année, « The Hidden Part » de Monique Marnette et Caroline d’Hondt est en quelque sorte un road-movie détourné, un portrait subtil et réflexif de l’exil et de la solitude.

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Le film présente la rencontre entre Asgeir, un camionneur taciturne et solitaire, et Woré, une autostoppeuse africaine menacée de déportation, sur fond de paysages islandais désertiques. Au fil de leurs pérégrinations, un lien de confiance se noue entre les deux personnages, apparemment diamétralement opposés mais réunis dans leur fragilité.

Faisant fi de toute exposition explicite des événements antérieurs ou de la très probable suite romantique de l’aventure racontée, les réalisatrices privilégient le ressenti des émotions à un récit basé dans l’action. Elles prennent le temps de poser les personnages dans les situations, de laisser se déployer les scènes de confrontation, de reconnaissance et de connivence. Le sentiment du vide, au sens propre comme figuré, est appuyé par la poésie du décor : des paysages polaires majestueux qui sont en quelque sorte un personnage à part entière.

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C’est entre cette nature ample, généreuse, englobante, et le huis-clos du véhicule restreint d’Asgeir que la mise en scène vacille, symbolisant la double sensation d’enfermement et d’errance vécues par les protagonistes. Les cinéastes usent habilement du cadrage pour bien diviser à l’écran les deux individus, destinés à appartenir à deux mondes distincts malgré leurs tentatives de rapprochement.

S’ajoute à cela un jeu d’acteur remarquable, autant de la part de l’Islandais Ingvar Eggert Sigurðsson – vu dans « Sparrows », le deuxième long-métrage de Rúnar Rúnarsson, que la comédienne belge Babetida Sadjo, qui parviennent tous deux à s’exprimer parfaitement à l’aide d’une gestuelle et d’un jeu de regards maîtrisés, permettant ainsi un scénario quasiment épuré de dialogues superflus. Somme toute, c’est cette part cachée des relations humaines – que le cinéma n’a nullement besoin d’expliciter – que Monique Marnette et Caroline d’Hondt font si bien ressentir dans ce film touchant et éloquent par son silence.

Adi Chesson

Consultez la fiche technique du film

Hotaru de William Laboury en ligne

« Hotaru », le film de William Laboury produit par la Fémis, est en ligne depuis quelques jours sur le site d’Arte +7. Le film, à découvrir en ligne jusqu’au 31 juillet 2016, a été programmé par la chaîne dans une émission spéciale Court-Circuit consacrée à la science-fiction.

Lauréat cette année du Prix spécial du Jury à Clermont-Ferrand et du Prix des étudiants et de la création musicale à Angers, le film a fait l’objet d’une critique publiée sur Format Court au moment de sa sélection au Festival IndieLisboa, en mai dernier. L’occasion de découvrir ce film étonnant, si vous ne l’avez pas vu, et d’en (re)lire notre regard critique en ligne.

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Synopsis : Ils m’ont dit : « Tu as un don, Martha. Ici, ce don ne te sert à rien. Alors on te montrera les plus belles choses. Tu ne te réveilleras jamais. Mais tu porteras les souvenirs les plus précieux. »

Sparrows au cinéma

Rúnar Rúnarsson, un réalisateur islandais qu’on aime beaucoup à Format Court, auteur de trois courts passionnants dont « Smáfuglar » et « Anna », a réalisé un premier long-métrage, « Volcano », puis un deuxième, « Sparrows », toujours à l’affiche dans quelques rares salles françaises et présenté cet été au Festival de La Rochelle.

Le réalisateur, rencontré à Cannes il y a 7 ans déjà, filme de projet en projet son beau pays, l’Islande, et s’intéresse encore et toujours aux comédiens non professionnels, aux dérives, aux aux périodes de transition et au passage à l’âge adulte. « Sparrows » ne déroge pas à la règle puisque le film suit la vie d’Arti, un jeune de 16 ans contraint de quitter sa mère et sa ville (Reykjavik) pour rejoindre son père et ses anciens amis dans la région isolée des fjords, au nord-ouest de l’Islande, d’où il est originaire. Arti et ses anciens proches se sont éloignés depuis un moment et Arti tente tant bien que mal de se faire sa place.

Si le film se révèle un un peu faible par endroit, il est intéressant de revoir le jeune Atli Oskar Fjalarsson qui officiait déjà dans « Smáfuglar » (2008) et qui a bien grandi depuis. Être témoin de l’évolution du garçon et du comédien, retrouver ses silences et ses regards graves et même une scène-clé du court-métrage, intéresse, de même que la confrontation avec le « père » d’Atli, Ingvar Eggert Sigurðsson, un comédien de théâtre et de cinéma, ayant joué dans plusieurs films de Sólveig Anspach, dont le dernier en date, « L’Effet aquatique ».

Après trois courts et un long, Rúnar Rúnarsson poursuit son exploration d’un cinéma sensible et  garde un autre lien avec l’apprentissage de ses débuts : son équipe technique. La photo de ses premiers films est signée Sophia Olsson, celle des longs aussi, au montage, intervient Jacob Schulsinger, et à la musique, Kjartan Sveinsson.

Noah de Patrick Cederberg & Walter Woodman

Fiction, 17′, 2013, Canada, KoalaMotion

Synopsis : Une histoire qui se déroule intégralement sur l’écran d’ordinateur d’un ado. Nous sommes témoins de la dégradation rapide de la relation entre Noah, personnage éponyme, et sa copine, au fil de cette fascinante étude des comportements (et de l’amour) à l’ère numérique.

Film d’école d’une grande originalité formelle, prix du meilleur court métrage canadien au Festival de Toronto en 2013, Grand Prix Labo et Prix du public au Festival de Clermont-Ferrand en 2014, « Noah » exploite le voltigement des informations à l’ère numérique pour justement exposer ce fait. Le film nous rappelle allégrement la transformation subtile mais rapide que les rapports humains sont en train de subir aux quatre coins du globe. Tout comme celle de Noah et Amy, les relations amoureuses se déploient aujourd’hui dans des fenêtres Skype, au même plan que la musique, le porno, les chats en continu…

Soi-disant über-connectés, nous pratiquons une communication constante mais usée, vidée en grande partie de son intérêt. Les sentiments s’expriment par le biais d’un nouveau langage écrit, concis et évolutif, nuancé par des acronymes et des symboles émotifs qui se substituent souvent pour nos vraies émotions. Les vérités se jaugent sur la base de statuts et de commentaires Facebook. De même, le sens de la vie pour beaucoup se découle de ces derniers. Derrière nos multiples écrans, nous sommes bien dans une société du spectacle à la Debord, aliénée et aliénante.

C’est toutefois sans dénonciation ni jugement que « Noah » fait état de ce phénomène « adolescent » qui est en train de rendre toute l’humanité adolescente. Trois ans plus tard, le propos reste entièrement d’actualité, seule le choix d’un ordinateur au lieu d’un smartphone dernière génération semble légèrement daté !

Adi Chesson

CourtsCourts 2016, les films en compétition

Depuis ce soir, le village de Tourtour accueille le 7ème festival CourtsCourts, organisé par Michèle van Panhuys-Sigler, pour trois projections en plein air.  Voici les 14 films retenus en compétition.

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Films sélectionnés

Sans chien, 21mn 30 , de David Kremer, France, 2016

La tête de l’emploi, 7 mn 20, Wilfried Meance, France , 2014

La baignoire, 12 mn 55, de Tim Ellrich, Allemagne, 2016

Peripheria, 12 mn, animation de David Coquard-Dassault, France, 2015

Pleased to meet you, 18mn 20 de Fairouz M’Silti , France 2016

Vacances, 20mn 15 , de Pascal Bonnelle, France, 2016

Première séance, 10mn 21 , de Jonathan Borgel, France, 2016

Bonk ! 15mn 30 , de Kevin Manson, France, 2016

Tunisie 2045, 3mn 30 , de Ted Hardy-Carnac, France, 2016.

Rocambolesque, 19 mn 04 , Loïc Nicoloff , France, 2016

Sous tes doigts, 13 mn , animation de Marie-Christine Courtès, France , 2014

La nuit tous les chats sont roses, 19 mn 45, de Guillaume Renusson, France, 2015

French touch , 22mn 03 , de Xiaoxing Cheng , France/Chine, 2015

Où t’étais ?, 13 mn 30 , de Vincent Morvan , France, 2015

Ali Asgari & Farnoosh Samadi Frooshani. I comme Iran

À deux, ils façonnent un cinéma qui nous plaît énormément, un cinéma sur le fil, très pudique, simple et intime. Si on a découvert l’Iranien Ali Asgari il y a trois ans à Cannes avec un film très maîtrisé en compétition officielle, « More than two hours » (titre original « Bishtar Az Do Saat »), on l’y a retrouvé cette année avec un nouveau titre, également très fort, en compétition, « Il silenzio », accompagné de sa compagne et co-réalisatrice, Farnoosh Samadi Frooshani. Après avoir projeté leur film au Studio des Ursulines en juin dernier, en leur présence, nous publions leur entretien réalisé au festival. Un entretien nourri par  les tapis persans, la censure, les silences, la vérité, la débrouille et les liens.

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En l’espace de plusieurs courts, on vous sent de plus en plus investi dans les thèmes suivants : le secret, le tabou, l’intime, le privé. Est-ce quelque chose très présent dans votre travail quand vous préparez un nouveau court ?

Farnoosh Samadi Frooshani : À chaque fois que je travaille pour Ali ou pour moi, je cherche près de moi, autour de moi. Pour moi, la vie est comme une accumulation de tapis persans. Je cherche des choses invisibles pour les autres, mais qui me parlent.

Ali Asgari : Tu veux voir ce qu’il y a derrière. Farnoosh parle de tapis iraniens. Ils comportent beaucoup de symboles, d’histoires, de détails.

F.S.F : J’adore les détails !

A.A : Au premier coup d’œil, on ne voit pas tout mais si on fait attention aux détails, on en apprend davantage. Pour le scénario, c’est la même chose. Avec les détails, on touche plus le public.

F.S.F : À Rome, il y a un grand jardin qui surplombe toute la ville, que tu peux voir grâce à une longue vue. Quand j’écris, je pense à ça : je vois toute la ville et j’imagine les secrets qui s’y dissimulent.

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Dans votre filmographie, un film se démarque, « La Douleur » dans lequel un jeune homme cherche à tout prix à être reçu par un dentiste qui refuse de le recevoir parce qu’il a le sida.

A.A : : Il s’agit d’un film tourné en Iran. Je voulais confronter le public à une situation complexe : faut-il dire la vérité ou non ? Est-on prêt à tout entendre ? Le personnage du film choisit de dire la vérité sur son état, il est rejeté, réagit de manière extrême, non attendue. C’est quelque chose de très violent à voir pour le spectateur, mais pour moi, sa réaction est logique, c’est comme un cri face à sa situation.

Tu parles de cri mais dans vos films, les personnages ne crient jamais. Ils sont très silencieux au contraire.

F.S.F : Oui, c’est vrai. Dans notre dernier film, « Il silenzio », nous avons souhaité montrer une mère et une fille devant affronter une situation bien particulière – le cancer de la mère – et le silence de sa fille qui n’accepte pas cette situation, sa confrontation à la disparition de sa mère.

A.A : : La dernière scène dans le film (la fille se couvre les oreilles pour ne pas entendre les mots du médecin) a été inspirée par Le Cri de Munch qui est aussi un cri silencieux. C’est une belle opposition, crier dans le silence.

Quelle était votre envie pour ce film ?

A.A : : Pour « Il silenzio », on a souhaité parler du silence en général, d’où le titre du film, mais aussi du silence des enfants de l’immigration, témoins silencieux de problèmes qui arrivent autour d’eux. Le sujet du film est surtout le lien d’un enfant à sa mère, on ne voulait pas se centrer sur la question de l’immigration, mais on souhaitait quand même évoquer ses conséquences du point de vue de l’enfant.

Comment c’est de travailler ensemble ?

A.A : C’est super (rires) ! On travaille ensemble depuis quatre courts-métrages. C’est une vraie collaboration, on se parle beaucoup. Farnoosh a scénarisé mes précédents films. Quand elle a eu l’idée d’ Il silenzio », on a décidé d’aborder ensemble sa réalisation.

Farnoosh, tes histoires sont très particulières, elles se passent la plupart du temps en Iran et parlent de choses que la société iranienne n’a pas vraiment envie d’affronter. Elles se situent près des limites sans jamais les franchir. Comment écris-tu avec tous ces paramètres ?

F.S.F : En tant que réalisatrice et scénariste iranienne et ayant grandi avec la censure, quand je pense à une histoire, je me censure moi-même non volontairement, non consciemment.

C’est difficile ?

F.S.F : On me le demande mais ça ne l’est pas car c’est à l’intérieur de moi. Je pense que ce n’est pas si mal pour moi, ça m’offre une belle part de mon écriture.

Vous avez vécu en Italie, vous vivez maintenant en France. Pensez-vous écrire et filmer différemment ?

A.A :  Quand on fait des films, la plupart du temps, le sujet nous attrape. Je ne peux pas dire ce que je ferai ailleurs, avec d’autres histoires. Si d’autres histoires m’attrapent, j’essayerai de les faire. J’ai surtout envie de continuer à faire des films qui me permettent de connecter les gens entre eux. Tous nos films peuvent être résumés d’une simple phrase. Ils peuvent aussi naître d’une photo. « The Baby » est né comme ça.

De quelle photo ?

A.A : Une amie a posté une photo sur Facebook montrant deux filles ensemble. L’une d’entre elles fumait. La photo avait été prise à l’université. Ça a eu beaucoup d’effet sur moi, j’y ai pensé pendant plusieurs jours.

F.S.F : On avait une base de scénario et la photo a déclenché quelque chose.

Et pour « Il silenzio » ?

F.S.F : Ça a été un peu la même chose. Une de mes amies rencontrées en Italie a eu un problème médical, je l’ai accompagnée à l’hôpital.Ce n’était pas un gros problème mais je me suis dit : “Que faire si le médecin m’annonce une mauvaise nouvelle ? Comment réagir ?”

A.A : On avait aussi l’obsession de faire un film sur des enfants immigrés devant quitter leur pays, on a donc mélangé ces deux situations. On travaille comme ça : avec des liens, des images, des phrases et de l’imagination.

De film en film, vous travaillez avec des comédiens non professionnels. Pour quelle raison ?

A.A : C’est vrai, dans tous mes films, je travaille avec des non professionnels. Ils reviennent de film en film. Certains font du théâtre, mais sont amateurs. Je ne crois pas que les professionnels sont ceux qui travaillent le plus. Les superstars ne sont pas plus professionnelles parce qu’elles sont plus connues. Je suis plus intéressé par le fait d’être professionnel par ce qu’on fait, par ce qu’on dégage, par ce qu’on amène sur un plateau et par le respect de son travail.

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Vous êtes en train de préparer votre premier long-métrage. Où en êtes-vous ?

A.A : Il va être tourné à Téhéran, on espère en janvier. J’en serai le réalisateur, Farnoosh la co-scénariste. Il pourrait s’agir d’une co-production franco-iranienne. Pour le moment, le film est iranien car en France, cela prend beaucoup de temps pour financer les films.

En Iran, vous n’avez pas besoin de beaucoup d’argent pour tourner, n’est-ce pas ?

A.A : Personne là-bas n’attend l’argent. Si tu veux filmer, tu demandes à tes amis. Tu leur proposes la somme que tu as et tu leur demandes si ils sont pris ou non. C’est la différence avec la France et l’Europe : en général, si tu veux faire un court, tu vas voir ton producteur qui te fera attendre 6 mois ou un an pour trouver l’argent et obtenir l’accord des commissions. A Téhéran, tu prends ton téléphone, tu donnes tes dates de tournage et tu y vas. Le peu d’argent public va aux gens connus. Notre fonctionnement est très simple et très bon marché. C’est pourquoi on produit énormément de courts.

La plupart ne sont pas vus.

A.A : Car ils sont très amateurs, faits par besoin d’expérience, mais quelques bons films ressortent quand même chaque année.

Comment les gens réagissent-ils à vos films dans votre pays ?

A.A : Les gens peuvent être très nationalistes, tu ne peux pas imaginer à quel point certains réagissent très mal à nos films car ils estiment que les problèmes qui existent dans notre pays doivent rester à l’intérieur et ne pas être montrés à l’extérieur.

F.S.F : Je pense qu’ils n’aiment pas la vérité. Par exemple, la situation de « More than two hours »(une jeune femme se voit refuser de soins après des complications liées à sa première fois parce qu’elle n’est pas mariée) est arrivé à mon amie. Tu ne peux pas imaginer combien de jeunes gens nous ont dit que ce genre de problème n’était pas vrai, que si une femme avait ce souci et se rendait à l’hôpital, elle serait soignée très rapidement. Seulement le film qu’on a fait montre la situation complètement opposée. Ça dérange.

A.A : Pour moi, confronter les gens à une situation existante, leur montrer à quel point elle est négative, les incite à ne pas y croire, mais peut-être que leur inconscient sait – mais ne veut pas admettre – qu’une telle situation existe.

Certaines personnes nous disent qu’il faut montrer la beauté de notre pays, je leur réponds que ce n’est pas mon job, mais celui de la municipalité. Il y a beaucoup de documentaires qui vont dans ce sens, mais ce n’est pas ce qui compte pour moi. Je vis dans un beau pays mais j’essaye de montrer la réalité dans laquelle les gens vivent et portent leurs identités. Pour moi, c’est plus important de montrer qui on est et comment on vit dans ce monde.

Vous essayez aussi de dépeindre une société très mixte.

F.S.F : Oui, exactement. Si j’avais vécu la situation de « More than two hours », ma famille n’aurait pas réagi car je suis leur fille, mais à Téhéran, les gens sont issus d’une société très mixte. Ils sont partagés entre traditions et modernité.

A.A : Il y a beaucoup de conflits dans les familles, c’est pour cela que ça m’intéresse beaucoup de faire des films sur les jeunes générations, sur l’opposition entre les croyances des anciennes et des jeunes générations sur la vie des gens.

F.S.F : C’est également important pour moi de parler des rapports dans la famille et la société. On peut changer tous les 30 ans, faire la révolution, changer de gouvernement, mais l’esprit des familles, des parents prend bien plus de temps à évoluer.

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Vous travaillez sur des durées très courtes (15 minutes maximum). Comment pensez-vous aborder cette nouvelle étape de long-métrage ?

A.A : Chaque format a sa propre structure et ses propres personnages. Dans le court, tu ne dois pas te focaliser sur beaucoup de personnages, juste sur un.

F.S.F : Et on n’a pas besoin de beaucoup de détails, juste une intrigue.

A.A : Pour le long, il y a les personnages principaux mais aussi les secondaires. Ça va être très différent de nos courts. Ça ne va pas être facile d’y arriver. Ça demande plus d’expérience, mais on doit surmonter cette difficulté.

Y-a-t-il une phrase ou une photo à la base de ce nouveau projet ?

A.A : C’est une sorte d’essence de tous les courts mis ensemble dans un même film ! Je ne sais plus quel cinéaste a dit que les réalisateurs font séparément différentes séquences de leurs films mais qu’elles font en général le même film !

Après ou avant, pourriez-vous faire d’autres courts ?

F.S.F : Pour moi, « Il silenzio » marque une étape, c’est un début, c’est ma première réalisation. J’aimerais tourner plus de films, deux ou trois courts, en faire un tout seul pour gagner en expérience.

A.A : Moi, j’aimerais en faire un nouveau chaque année ! Quand j’essaye de faire un film, je ne pense pas à la durée. L’idée me plait, elle correspond à un court ou un long. Après, j’essaye juste de la concrétiser.

Propos recueillis par Katia Bayer

Article associé : la critique du film

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Ouaga mélodie de Uriel Jaouen Zrehen

Après « Pivot » d’André Bergs choisi par Harry Bos, chargé du cinéma néerlandais pour l’Ambassade des Pays-Bas à Paris, notre rubrique « Le film de la semaine » accueille un nouveau titre repéré par une autre pro du court, Michèle van Panhuys-Sigler, directrice du festival CourtsCourts (21-23 juillet 2016), à Tourtour (Var) : « Ouaga mélodie » de Uriel Jaouen Zrehen.

Ouaga mélodie de Uriel Jaouen Zrehen. Burkina Faso, France, 2011, fiction, 13’

Synopsis : Un flûtiste dans la ville, une femme qui tombe, une éclaircie… celle de Ouaga et Mélodie.

Ce film, c’est une histoire, une histoire que Uriel Jaouen Zrehen raconte par le biais du court-métrage, qui fonctionne à merveille, et qui nous désarçonne continuellement : l’Afrique ? Un homme et une femme? Le handicap ? Les clichés nous guettaient pourtant, mais on y voit une Afrique sans violence, avec son décor quotidien, la poussière, les couleurs chaudes, rose, ocre, jaune, turquoise… Dans ce film, les rôles de chacun ne sont pas déterminés par la couleur de la peau, l’Afrique offre un autre visage. Une Afrique dans laquelle la musique est partout : le bruit de la foule, une petite musique de flûte qui s’entrelace dans le récit, les chants, et enfin cette mélodie qui court à travers le film…

Pour ce réalisateur qui a filmé dans de nombreux pays, le court est une aventure humaine et le processus technique, un moyen et un défi (le film a été réalisé lors d’une séance Kino de 48h au Burkina Faso) au service d’un récit universel.

Michèle van Panhuys-Sigler

The Principle of Grace de Maya Kessel

Au Festival du film d’étudiant de Tel Aviv, on a pu voir « The Principle of Grace » de Maya Kessel. Une introspection sensible sur le quotidien d’une infirmière à domicile travaillant pour le compte de la Sécurité sociale.

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Lauréat du Prix Keren Gesher du meilleur film d’étudiant au Festival d’Haïfa, le court métrage de Maya Kessel porte en lui les cicatrices d’un monde figé hors du temps. Ce monde c’est celui de Rita, la quarantaine, mère de deux enfants, qui se rend chez des patients pour vérifier leurs capacités réelles et s’assurer ainsi qu’ils ne profitent pas des aides financières mis en place par la sécurité sociale. À ses côtés, une jeune stagiaire à laquelle elle explique les ficelles du métier, est confrontée à l’approche peu empathique de Rita. Plus méfiante que compréhensive, Rita est blasée par son métier et coincée dans une routine robotique se protégeant de toute expression émotionnelle. Mais lorsque qu’elle sonne chez Bella, une immigrée russe qui vient de perdre son mari, Rita est déstabilisée. C’est que cette femme désœuvrée, pour laquelle elle sert de traductrice, lui renvoie son propre chemin d’immigrée avec ses choix et son avenir incertain.

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L’incertitude et l’angoisse de Rita se ressent dans chaque plan serré qui scrute son visage. Aucun plan d’ensemble n’est là pour nous rassurer sur les enjeux , les tenants et aboutissants du contexte socio-professionnel à travers lequel Rita évolue et tente de se construire. Car il s’agit bien de cela au final, de (re)construction, de voie à tracer, d’empreinte à laisser pour ceux qui nous suivent. Mais comment y arriver si, comme Rita, on coupe les liens qui nous unissent et on fait abstraction de la culture et de la langue qui forgent notre identité? Comment faire partie d’une société si en quelque sorte on se “déshumanise” pour correspondre à la norme, pour suivre les règles établies ?

Doté d’une réalisation fragile et délicate en harmonie avec son sujet et porté par une Maya Gasner (aperçue dans « Himnon » de Elad Keidan) admirable, « The Principle of Grace » traite des frontières poreuses que l’on bâtit entre le devoir et le désir, entre le besoin et l’envie. Maya Kessel, étudiante de la Sam Spiegel School a su habilement traiter d’amour, d’exil et de solitude à travers une histoire attachante.

Marie Bergeret

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P comme The Principle of Grace

Fiche technique

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Synopsis : Rita, une infirmière rigide, employée à la Sécurité sociale est accompagnée dans sa journée de travail de Mali une étudiante à qui il faut expliquer les ficelles du métier. A la fin de la journée, dans un acte de compassion inhabituelle, Rita décide de retourner voir l’une de ses patientes.

Genre : Fiction

Durée : 18’

Pays : Israël

Année : 2015

Réalisation : Maya Kessel

Scénario : Maya Kessel

Image : Gal El-Ad

Son : Amir Guelman

Montage : Tamar Kay

Interprétation : Maya Gasne, Yael Finkel, Natasha Andreev

Production : The Sam Spiegel Film and Television School

Article associé : la critique du film

Festival de Locarno 2016, les films en compétition

Pardi di domani, la section courte du Festival de Locarno, a été dévoilée il y a quelques jours. Voici les films retenus par Alessandro Marcionni (sélectionneur en chef) et son équipe, du côté des courts-métrages internationaux et suisses.

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Compétition internationale

A LIÑA POLÍTICA by Santos Díaz – Spain – 2015 – 21’
À NOITE FAZEM-SE AMIGOS by Rita Barbosa – Portugal – 2016 – 24’
ALEPOU (Fox) by Jacqueline Lentzou – Greece – 2016 – 28’
AN AVIATION FIELD by Joana Pimenta – USA/Portugal/Brazil – 2016 – 14’
APARTAMENT INTERBELIC, ÎN ZONA SUPERBĂ, ULTRA-CENTRALĂ (Old Luxurious Flat Located in an Ultra-central, Desirable Neighborhood) by Sebastian Mihăilescu – Romania – 2016 – 18’
AU LOIN, BALTIMORE by Lola Quivoron – France – 2016 – 26’
CILAOS by Camilo Restrepo – France – 2016 – 12’
CLAN by Stefanie Kolk – Netherlands – 2016 – 22’
DEEP BLUE by Joe Nankin – USA – 2016 – 15’
DGIS BOLOMDE (Till the End of the Day) by Anna Sarukhanova – Georgia – 2016 – 15’
EACH TO THEIR OWN by Maria Ines Manchego – New Zealand – 2016 – 19’
ESTILHAÇOS by José Miguel Ribeiro – Portugal – 2016 – 18’
ETAGE X by Francy Fabritz – Germany – 2016 – 14’
HOLD ME (CA CAW CA CAW) by Renee Zhan – USA – 2016 – 11’
KOMMITTÉN (The Committee) by Gunhild Enger, Jenni Toivoniemi – Sweden/Norway/Finland – 2016 – 14’
L’IMMENSE RETOUR (ROMANCE) by Manon Coubia – Belgium/France – 2016 – 14’
LAS VÍSCERAS by Elena Lépez Riera – Spain/France – 2016 – 16’
MANODOPERA by Loukianos Moshonas – France/Greece – 2016 – 26’
NON CASTUS by Andrea Castillo – Chile – 2016 – 21’
NUESTRA AMIGA LA LUNA by Velasco Broca – Spain – 2016 – 15’
ON THE ROPES by Manon Nammour – Lebanon – 2016 – 17’
QUE VIVE L’EMPEREUR by Aude L.a Rapin – France – 2016 – 26’
RHAPSODY by Constance Meyer – France – 2015 – 16’
SETEMBRO by Leonor Noivo – Portugal/Bulgaria – 2016 – 33’
SREDI CHEORNYH VOLN (Among the Black Waves) by Anna Budanova – Russia – 2016 – 11’
TRANZICIJA (Transition) by Milica Tomovic – Serbia – 2016 – 22’
UMPIRE by Leonardo Van Dijl – Belgium – 2015 – 16’
VALPARAISO by Carlo Sironi – Italy – 2016 – 20’

Compétition nationale

CABANE by Simon Guélat – France – 2016 – 26’
CÔTÉ COUR by Lora Mure-Ravaud – Switzerland – 2016 – 13’
DIE BRÜCKE ÜBER DEN FLUSS by Jadwiga Kowalska – Switzerland – 2016 – 6’
DIGITAL IMMIGRANTS by Norbert Kottmann, Dennis Stauffer – Switzerland – 2016 – 21’
DORMIENTE by Tommaso Donati – Switzerland – 2016 – 18’
GENESIS by Lucien Monot – Switzerland – 2016 – 17’
ICEBERG by Mathieu Z’Graggen – France – 2016 – 37’
LA FEMME ET LE TGV by Timo von Gunten – Switzerland – 2016 – 30’
LA LEÇON by Tristan Aymon – Switzerland – 2016 – 15’
LA SÈVE by Manon Goupil – Switzerland – 2016 – 13’
LES DAUPHINES by Juliette Klinke – Belgium – 2016 – 13’
LOST EXILE by Fisnik Maxhuni – Switzerland – 2016 – 29’

Les délices de Tokyo de Naomi Kawase

Naomi Kawase, Présidente cette année à Cannes du Jury des courts-métrages en compétition et de la Cinéfondation (sélection de films d’écoles), s’est exprimée il y a quelques temps sur Format Court sur sa formation à l’École des Arts Visuels d’Ōsaka et sur la nécessité – pour tout réalisateur qui se respecte – d’apprendre à regarder le monde et de veiller au moindre détail. « Les délices de Tokyo », son dernier film, est sorti récemment chez l’éditeur Blaq Out. Le film, sélectionné à Un Certain Regard l’an passé, est accompagné de suppléments : un entretien avec la réalisatrice, une recette de dorayakis (pâtisseries réputées au Japon, délices du film) rédigée par Kawase et un court-métrage inédit, « Lies ».

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Sélectionné à Cannes en 2015, « Les délices de Tokyo » fait le lien entre trois personnages issus de trois générations différentes : Sentaro, un vendeur de dorayakis (pancakes fourrés de pâte de haricots rouges confits) faisant son boulot bon gré mal gré, ayant eu des soucis dans le passé et quelques difficultés à se mêler à ses congénères, Wakana une jeune fille fuyant l’école et en quête d’apaisement, et Tokue, une femme de 70 ans débarquant de nulle part, maîtrisant la préparation des dorayakis comme personne et souhaitant coûte que coûte travailler dans l’échoppe de Sentaro. Celui-ci, malgré ses réticences, décide de donner sa chance à son aînée qui l’initie à l’art de la cuisine sous le regard bienveillant de Wakana.

Chacun de ces personnages porte son secret, les mots qui sortent de leurs bouches sont précieux, parfois rares. Et pourtant, la communication passe, le lien se fait, les barrières tombent entre ces étrangers qui semblent revivre au contact les uns des autres. Jusqu’à ce que des événements extérieurs surviennent et qu’une autre vérité surgisse dans la vie et le quotidien de Tokue, Sentaro et Wakana.

Avec « Les délices de Tokyo », Naomi Kawase signe un film fort, fin, beau comme on les aime, humaniste, en phase directe avec nos émotions. Tokue, cette femme magnifique, tellement touchante, portant ses cicatrices de vie, nous émeut à chaque plan et nous accompagne longtemps après que l’écran soit redevenu bien noir. La réalisatrice capte le moindre détail (un sourire, des regards complices, une ride, des pétales de cerisier, des haricots qui cuisent, un manteau orphelin, une lettre chiffonnée, un dorayaki abimé, …). Elle nous incite, comme évoqué plus haut, à prendre le temps de regarder le monde, les autres, les objets, la nature environnante, et son pays aussi. Rares sont les expériences aussi savoureuses, poétiques et pleines d’espoir que celle-ci. Le film n’est pas juste à voir, il est à revoir, à goûter et à livrer aux autres, comme un cadeau précieux, à ouvrir avec précaution. Un feuillet malicieusement glissé dans le DVD s’apparente à une fleur de cerisier tombée inopinément : Naomi Kawase nous livre une recette de dorayakis, en distinguant celle de la pâte de haricots confits et celle du pankake, agrémentée de photos et de passages du film, tel le joli « La danse des haricots dans la marmite »).

Deux autres bonus, moins intéressants admettons-le, complètent cette édition. En premier lieu, un trop court entretien avec Naomi Kawase de seulement cinq minutes curieusement doublé par dessus la voix de la réalisatrice (l’édition ne comporte bizarrement pas de sous-titres) et entrecoupé d’extraits. On y isole deux petites phrases : « Ce n’est pas le style qui m’intéresse, mais ce qu’il y a derrière » et « Je pense que le cinéma peut rendre la vie positive, c’est ce qui m’est arrivé depuis que j’en fais ». Un peu light en somme.

En deuxième lieu, un court de 25 minutes, « Lies », faisant partie d’un projet collectif, « MN9 Project », incluant plusieurs films de réalisateurs asiatiques dont Apichatpong Weerasethakul (Thaïlande), Wang Xiaoshuai (Chine), Im Sang-soo (Corée du sud). Le pitch de « Lies » est simple : une journaliste de mode interviewe un créateur japonais réputé, dont les propos sont traduits par son assistante. Lors de cet échange, l’homme parle de son travail, de la mode, du Japon, de sa vision des femmes, de ses anciens amours, de ses passions et des ses souffrances. Si le film fait la part belle aux gros plans et aux images intimes auxquels renvoient les propos de l’interview, on s’interroge quand même quelque peu sur le choix de ce film – plutôt froid, gris, monotone – dans cette édition, tant « Les délices de Tokyo » prend de la place par sa qualité, sa délicatesse, sa poésie et sa simplicité.

Avec ce court, Kawase tente quelque chose d’autre (pourquoi pas ?) mais le résultat est trop stylisé, trop maniéré et le dénouement trop évident. Les deux univers s’entrechoquent et c’est dommage, même pour un bonus (surtout un court, difficile d’accès par excellence). Par le passé, la réalisatrice a filmé sa famille (notamment sa grand-mère), a fait un certain nombre de documentaires courts et moyens. Ces films, mentionnés sur son site internet et dont quelques extrait sont visibles sur YouTube, auraient mérite à sortir en DVD, tant les débuts des réalisateurs peuvent être intéressants et, dans le cas présent, influencer leur parcours.

Katia Bayer

Les délices de Tokyo de Naomi Kawase. Film et bonus : entretien avec Naomi Kawase, court-métrage « Lies » (25 min), recette des dorayakis. Édition Blaq Out

Pros du court, envoyez-nous votre film de la semaine !

L’info est sortie avant-hier sur notre site. Dorénavant, notre rubrique « Le film de la semaine » accueillera des courts choisis et aimés par les professionnels, en parallèle à ceux repérés par l’équipe de Format Court. Une façon d’agrémenter notre vidéothèque en ligne de nouveaux films (européens ou non, récents ou plus anciens), de vous offrir d’autres regards et de poursuivre notre exploration du court.

Vous êtes un pro du court ? Envoyez-nous par mail le lien (Vimeo, You Tube, Dailymotion) d’un film que vous aimez (visible en ligne et disponible légalement sur la Toile) accompagné d’un petit texte justifiant votre choix. Nous ne manquerons pas de le publier sur Format Court ! Chaque semaine, place à un nouveau court !

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« Next floor » – Denis Villeneuve

Retrouvez également notre premier film de la semaine (version pro) est « Pivot » d’André Bergs, un film d’animation de 2009 choisi par Harry Bos, chargé du cinéma néerlandais pour l’Ambassade des Pays-Bas à Paris. Cliquez ici pour en lire la critique, parue ce lundi 11 juillet 2016.

Pivot d’André Bergs

Nouveauté @ Format Court. Notre rubrique « Le film de la semaine » accueillera désormais des courts choisis par les professionnels, en parallèle à ceux repérés par l’équipe de Format Court. Les pros du court auront carte blanche pour nous envoyer leurs envies de films (disponibles légalement sur le Net). Une façon d’agrémenter notre vidéothèque en ligne de nouveaux films (européens ou non, récents ou plus anciens), de vous offrir d’autres regards et de poursuivre notre exploration du court.

Nous inaugurons l’ouverture de notre rubrique avec Harry Bos, chargé du cinéma néerlandais pour l’Ambassade des Pays-Bas à Paris, ayant choisi le court-métrage « Pivot » d’André Bergs.

Pivot d’André Bergs. Animation, 5′, Pays-Bas, 2009, Il Luster

Synopsis : Après avoir été témoin d’un meurtre et avoir pris des photos du meurtrier, un homme doit s’enfuir pour se protéger. Il va réussir à retourner la situation en sa faveur, mais cette chasse à l’homme va mal finir.

Un homme se voit poursuivi par un criminel qu’il vient de photographier par hasard. Mais qui est le vrai poursuivant et qui est le poursuivi ? Un énorme succès dans les festivals internationaux et aussi sur la toile.

« Pivot » d’André Bergs est un court métrage d’animation de 2009 produit par Arnoud Rijken & Michiel Snijders pour Il Luster, la plus importante structure de production de films d’animation du pays, aussi coproductrice du magnifique « Barcode » d’Adriaan Lokman (2001), Grand Prix au Festival d’Annecy en 2002.

« Pivot » est une l’un des films d’animation néerlandais les plus originaux de ces dernières années, réalisée par une jeune équipe d’animateurs néerlandais travaillant à Utrecht. L’originalité tient notamment à l’utilisation de la 3D épurée qui tend vers l’abstraction. Cette idée permet à révéler l’essence même d’un film de genre, où dominent l’action et la poursuite, mais c’est également une façon de revenir à la source de l’animation, le dessin brut, le mouvement, la perspective.

Harry Bos

Rory Waudby-Tolley, Prix Format Court à Angers 2016

Notre dossier consacré à Rory Waudby-Tolley est de sortie. Le réalisateur de « Mr Madila Or The Colour of Nothing » primé par notre équipe au 28ème Festival d’Angers est l’auteur de plusieurs films dont « Tusk » et « Merfolk ». Entre documentaire et fiction, humour absurde et sujets d’actu, couleur et animation, le jeune réalisateur britannique se constitue petit à petit une filmo intéressante que nous vous proposons de découvrir par le présent focus.

mr-madila-Rory Waudby-Tolley

Retrouvez dans ce dossier spécial :

Rory Waudby-Tolley. L’anticipation dans l’animation

Rory Waudby-Tolley. Animation, humour & chaos

Mr Madila or The Colour of Nothing de Rory Waudby-Tolley

Mr Madila de Rory Waudby-Tolley, Prix Format Court à Angers 2016

Rory Waudby-Tolley. L’anticipation dans l’animation

Réaliser des films animés, pour Rory Waudby-Tolley, est un jeu d’enfants. Ce jeune adulte, diplômé du Royal College of Art, a fait de l’animation sa spécialité et ce faisant, il en est devenu maître en la matière. Ce qui frappe dans son cinéma, c’est ce subtil mélange des genres qui s’y opère : entre documentaire et fiction, le cinéaste oscille, surplombe des sujets d’actualité avec un recul suffisant pour lui offrir une vision des plus justes du monde actuel. Qu’il se fasse le porte-parole d’un vieux couple (sirène-triton) dans son « Merfolk » ou qu’il illustre le voyage dans le futur, d’un mammouth aux grandes défenses dans « Tusk », Rory Waudby-Tolley cultive une mise en scène épurée et maîtrisée sans manquer de caractère.

D’une ironie incisive, il tire des traits imparfaits sur une société troublée ; véritable personnage qui s’éveille sous ses coups de crayon, quelques fois grotesques. D’abord d’un calme éloquent, cette société prend, par la suite, des airs chaotiques et âpres où règne une cohabitation, pour le moins, erratique, entre lesdits, hommes ‘’civilisés’’ du monde occidental et des hommes venus, tantôt des mers tantôt de terres lointaines.

En 2012, avec « Merfolk », Waudby-Tolley touche même à cette forme fictionnelle qu’est l’anticipation, alors qu’il est en troisième année à l’université de Bournemouth. Dans une réalité alternative, les Merfolks -habitants de l’eau- sont forcés de quitter l’océan, pollué, et de vivre aux côtés des humains. Après dix ans vécus au Royaume-Uni, un vieux couple de réfugiés merfolk se confie sur leur adaptation dans leur nouveau pays. Les deux personnages, d’une sensibilité captivante, sont filmés à la manière d’un documentaire. Face caméra, ils livrent leur ressentis de réfugiés. Les couleurs chaudes qui véhiculent l’optimisme de ce couple contrastent avec la représentation d’images médiatiques, tels des archives, qui témoignent de l’hostilité infligée, à tort, à cette communauté.

Avec son « Tusk », gagnant du festival Short Short Story (meilleure mise en scène) et du festival international du film d’animation Golden Kuker (meilleur film étudiant), on retrouve cette veine anticipative. Une femelle mammouth sortie de sa léthargie, se réveille dans un monde qu’elle ne reconnaît pas. Ce véritable voyage astral nous décontenance – peut-être – plus encore que ce mammouth, qui se trouve comme coincé dans une suspension spatio-temporelle infernale. Ne sachant si les images qui défilent dans sa tête sont « des rêves ou des souvenirs ou des rêves de souvenirs ou des souvenirs de rêves ». Moqué et montré du doigt comme un malpropre car trop différent, le vieil animal pris pour un éléphant, nous rappelle, amèrement, les travers de notre société ; moqueries et railleries comme corollaires d’un monde où la xénophobie et/ou la discrimination sont profondément intériorisés.

En phase, donc, avec sa génération, Rory Waudby-Tolley, construit des satires explosives tant elles nous font rire et nous révèlent des visions d’un futur qui semble déjà être notre présent. Libre et fugace, le jeune Rory aime aussi à s’essayer aux très courts films. Réalisateur pour la boîte de production d’animation anglaise Beakus, il exerce son humour piquant avec des personnages aux courbes déliées et aux gestes imprévisibles dans des formats de type publicitaires, tels que « Lifebabble », « Doodles » ou encore « CMC Interstitials ». Il marque, ainsi, les esprits d’une touche unique, et pourtant, derrière la plume, c’est un artiste au cœur pudique que l’on découvre.

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Dans un fin mélange des genres – qui se veut plus frappant dans son récent « Mr Madila Or The Colour of Nothing », Prix Format Court à Angers 2016 -, on est face au cinéma de Rory Waudby-Tolley, comme embarqué dans des terres inconnues où personnages mythologiques et préhistoriques ramènent à la surface les méandres des hommes ‘civilisés’ et ce, de façon simple et profonde.

Marie Winnele Veyret

Articles associés : l‘interview du réalisateur, la critique de « Mr Madila Or The Colour of Nothing »

Plongeons de Axel Danielson et Maximilien Van Aertryck, en ligne

Publié il y a quelques jours, notre reportage consacré au dernier festival IndieLisboa s’est intéressé à plusieurs films dont le génial « Hopptornet » (Ten Meter Tower ou Plongeons en français). Ce documentaire suédois de 16 minutes sur la peur, le vide, le choix de sauter ou non d’un plongeoir haut de 10 mètres a été sélectionné au festival de Berlin avant d’être choisi par celui de Lisbonne.

Court-Circuit, l’émission du court d’Arte, a eu la bonne idée de le programmer dans son émission du 8 juillet 2016 dans un numéro spécial « Sueurs froides ». Le film produit par Plattform Produktion est rediffusé ce dimanche 10 juillet à 5h35 (oui, c’est tôt) mais est surtout disponible sur le site d’Arte (jusqu’au 6 octobre 2016, ce qui laisse de la marge) et ci-dessous. Ne le manquez pas !

Synopsis : Des gens, seuls ou à deux, grimpent en haut d’un plongeoir de dix mètres.

Hommage à Abbas Kiarostami. Le vent l’a emporté

Difficile de parler d’Abbas Kiarostami au singulier, par une désignation qui semblerait trop personnelle, tant l’œuvre et l’engagement vital du réalisateur le plaçaient au milieu des êtres, inscrits profondément dans les rues et les paysages. Depuis les trajectoires enfantines et adolescentes, à pied ou enfourchant une motocyclette, traversant singulièrement les avenues chaotiques de Téhéran, son œuvre emprunte la finesse d’un regard en prise avec l’observation. Qu’est-ce qu’observer ? C’est poser son regard dans la complexité des attentes et des frustrations les plus intimes; c’est aussi, par extension, trouver dans les limites qu’imposent les lois et les normes une façon de tenir en respect.

Bientôt, c’est depuis des automobiles, ces chariots encadrant les débats les plus tiraillés touchant aux volontés les plus embarrassantes, que Kiarostami explorera les espaces les plus reculés de l’existence, par exemple cette fascination devenue imposture dans “Close-up” (1990), autant que les espaces les plus reculés de la civilisation — des zones, parcourues depuis la baie vitrée d’un véhicule, où les êtres filmés regardent et s’interrogent. Souvenir indélébile d’une vacance philosophique : “Le vent nous emportera” (1999). Hier, c’est le vent, dans l’épuisement d’un corps, qui l’a emporté.

le-vent-nous-emportera

Difficile d’omettre la pluralité des thèmes et des êtres, montrés aux confins d’eux-mêmes. La beauté des films, dont le style sera désormais « kiarostamien », réside dans la complexe simplicité des formes employées, en particulier dans les premiers courts-métrages. Kiarostami a repris à son compte le champ/contre-champ, le gros plan et le travelling, pour révéler les émotions primaires : la peur existentielle, la correspondance désirée aux modèles, l’homme devant la loi et le sacré. « C’est la norme qui doit s’adapter à la société et non la société à la norme », lance-t-il dans les années 1970. Il fonde un cinéma qui ne courbe l’échine devant aucune opération sentimentale, et à partir de laquelle l’humanité se regarde vivre. Un cinéaste dans le présent iranien, et dans les possibilités du désir les plus puissantes et les plus destructrices. Il fonde sa liberté sans quitter ses racines, sans quitter son pays, mais toujours dans l’observation altruiste des souffrances et des subjectivités.

close-up

Le producteur Marin Karmitz a écrit : « Dans les années 1990, un Iranien, Mamad Haghigha, est venu me montrer “Close-up”, de Kiarostami. J’ai éprouvé le même choc que face à Rossellini, Bresson et Kieslowski. Il fallait que je travaille avec lui ». De cette nécessité est née un lien indéfectible avec la France, et avec le Festival de Cannes où il remporte la Palme d’or en 2000. De ce rapport découle un attachement, auquel s’ajoute aujourd’hui un deuil. Il faudra que ce dernier soit digne de la confiance dont ses films sont le centre, une soif vouée à l’éclosion d’une conscience des rapports, sans cesse à partager. Nos larmes seront donc collectives. Héritières de sa compréhension éthique du monde.

Mathieu Lericq