Dans les eaux profondes de Sarah Van Den Boom

Avec « Dans les eaux profondes », lauréat du Prix Festivals Connexion – Région Rhône-Alpes au dernier festival d’Annecy et également en lice pour le César du meilleur court d’animation, la réalisatrice française Sarah Van Den Boom s’attaque à un sujet peu commun : la “lyse gémellaire“. Derrière ce terme sibyllin, se cache une anomalie médicale pendant la grossesse qui amène un seul fœtus à survivre quand deux auraient pu naitre, laissant, plus tard, de nombreuses personnes en quête d’un frère ou d’une sœur qu’ils n’auront jamais.

Le film s’ouvre avec une citation de Maurice Maeterlinck, maître belge du symbolisme littéraire, auteur de la pièce « Pelléas et Mélisande » et de « L’Oiseau bleu » : « C’est d’ici que viennent tous les enfants qui naissent sur notre terre. Chacun attend son tour ». Le ton est donné, il sera question de survivants plus nombreux que ce que l’on croit. La réalisatrice s’arrêtera sur trois d’entre eux. Au fur et à mesure que les personnages nous expliquent cette étrange quête de l’autre qui les animent, on comprend qu’au-delà des mots, le film cherche à nous montrer les traces de ce sentiment d’une séparation première. Il réussit également à nous convaincre que ce problème assez unique soulève des questions universelles, comme la manière d’entrer en relation avec le monde ou plus simplement avec celui ou celle qu’on aime.

Transmettre un message universel à partir de questions uniques et intimes, c’est un peu ce qui relie les films de Sarah Van Den Boom. Après avoir donné à voir la naissance et les premiers moments d’un personnage qui grandissait sur un paquebot dans son beau premier film presque muet « Novecento Pianiste » en 2005, Sarah Van Den Boom nous a mis dans la peau d’une femme en proie au doute sur son couple d’une manière bouleversante dans « La Femme-Squelette » en 2010.

Avec ce troisième film, « Dans les eaux profondes », produit conjointement par Papy3D Productions et l’ONF (Office national du film du Canada) et sorti cette année, on retrouve la quête des origines de « Novecento pianiste » et l’intimisme du doute dans « La Femme-Squelette », utilisant chacun l’élément liquide comme lieu de naissance ou de renaissance.

Afin de servir au mieux la sensibilité de ses personnages, le film déploie des trésors d’ingéniosité. Il utilise une musique efficace de Pierre Caillet pour violons, harpe et chœurs, développe un univers sonore riche ainsi qu’un style graphique mélangeant animation 2D et décors en 3D en maquettes. La narration joue avec la temporalité, le présent et le passé s’entremêlent, tout comme se croisent ces personnages que tout sépare, sinon ce phénomène rare de « lyse gémellaire » qui marque leurs tout premiers temps.

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Au bout du compte, « Dans les eaux profondes » développe avec une apparente sérénité un équilibre subtil, à mi-chemin entre documentaire et film intimiste, entre objets réels (ses décors) et dessin (ses personnages), entre bruitages travaillés et musique omniprésente. C’est en réalité un film de rupture, un film qui crie à la face du monde que du déséquilibre peut naître un équilibre.

Georges Coste

Article associé : l’interview de Sarah Van Den Boom

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