Anna de Or Sinai

Film de fin d’études de Or Sinai, jeune réalisatrice israélienne, « Anna » a obtenu cette année le Premier Prix à la Cinéfondation (section réservée aux films d’écoles à Cannes), le Prix Format Court au Festival de films d’écoles de Tel Aviv et une Mention spéciale au Festival de Toronto. Ce court métrage qui sera présenté au prochain Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier est un portrait de femme esseulée (interprété par Evgenia Dodina, magnifique) cherchant à combler son ennui dans un monde où l’homme est une denrée rare.

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Anna a une vie banale. Mère célibataire, cette quadragénaire partage ses journées entre son fils et son travail. Rien de particulier, des habitudes, des vêtements à coudre à l’extérieur, d’autres à ranger chez soi. Classique. Elle ne s’appartient plus, son ex-mari est parti avec une autre (qu’on devine plus jeune, plus fraîche), il ne lui reste plus que ses repères, son fils et sa télé. Un jour comme un autre, l’enfant préfère rester chez son père et sa belle-mère, Anna est désemparée. Il ne lui reste plus qu’à rentrer chez elle. Presque par hasard, alors que l’ennui, ce vieil intime, la guette, elle redécouvre son corps, sa féminité qu’elle pensait avoir laissés il y a longtemps au vestiaire avec sa casquette jaune et son bleu de travail. Anna se décide alors de combler – un tant soit peu – sa solitude. Elle part chercher un peu d’attention et de tendresse, projet plus simple en théorie qu’en pratique.

Face à sa demande, les hommes ne savent pas comment réagir. Quand Anna propose à un homme de la rejoindre chez elle après le travail, celui-ci ne comprend pas le message implicite. Quand elle porte une robe trop moulante, on lui demande si elle se rend au bal. Quand elle se montre très, trop directe face à un plombier qui lui plaît, celui-ci l’invite à se trouver un hobby.

Cherchant à assouvir son désir et à combler sa solitude, Anna erre, s’égare, tâtonne. Timide, maladroite, paumée, attachante, elle se redécouvre petit à petit femme, ce que filme adroitement Or Sinai, sortant de l’école Sam Spiegel de Jérusalem.

Avec humour, émotion et simplicité, la réalisatrice ne lâche jamais son personnage, filmé de manière discrète et pudique. Evgenia Dodina, comédienne israélienne d’origine russe, très connue dans son pays, apporte beaucoup à son personnage, autant dans ses tentatives – ratées – de séduction que dans ses moments de solitude, l’expression de son désir et sa peur de l’abandon. Or Sinai la saisit dans son intimité avec justesse et bienveillance. « Anna » pourrait être un énième portrait de femme seule. Sa réalisatrice-scénariste va plus loin, elle l’enrichit, l’agrémente de détails (un chien pouilleux comme réconfort, un sourire qui met du temps à se dessiner, un repas déprimant devant la télé). La nuit, le vide, la peur, la timidité, l’audace, l’espoir sont autant d’indices qui font aussi la différence de ce film d’école à la mise en scène très soignée.

Katia Bayer

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