Le Monde à l’envers de Sylvain Desclous

Dans le monde de l’entreprise, il y a ceux qui acquiescent et ceux qui résistent. Mado, le personnage principal du film de Sylvain Desclous, « Le Monde à l’envers », Prix Format Court au dernier Festival de Vendôme, appartient à cette deuxième catégorie. Mais pourquoi donc le monde est-il à l’envers ?

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Mado (Myriam Boyer), la cinquantaine, a en elle cette folie qui ne se réveille complètement que chez les êtres libres. Elle a la possibilité de dire non, parce qu’elle se l’autorise et aussi parce qu’elle est digne. Mado ne se laisse pas dicter sa conduite, son quotidien ; elle s’adapte aux contraintes mais n’en fait pas toute une histoire. Au supermarché dans lequel elle est caissière, elle apparaît comme celle qui ne se soumet pas d’emblée au ridicule (le port d’un chapeau obligatoire). Même si elle finit par céder, de crainte de ne pas voir son CDD renouvelé. L’échappatoire, elle la trouvera en se rendant chez son fils, à la campagne. Un fils qu’elle voit peu, et qui ne vient pas la voir. Lui ne comprend pas le manque d’ambition professionnelle de sa mère. Il est soi disant plus responsable qu’elle, plus investi dans son existence. Ce monde est à l’envers parce que c’est le fils qui tente de résonner la mère et non l’inverse. Au-delà de l’apparente incompréhension qui peut se lire dans leurs rapports, la présence d’une tierce personne, le colocataire du fils, réveillera les tensions tout en conduisant chacun à ses propres questionnements. Les liens ne sont jamais là où on les attend.

Avec tact et distance, Sylvain Desclous propose une lecture acerbe du monde de l’entreprise et de ses avilissements. Il laisse ses comédiens (Myriam Boyer, Vincent Macaigne, Guillaume Viry) rendre possession de l’espace, et de là naissent de beaux moments de grâce. Dans « Le Monde à l’envers », le supermarché où se déroule la première partie du film n’est qu’un prétexte. Il pourrait s’agir de n’importe quelle société. Ce lieu, huis-clos tyrannique et parfois solidaire, révèle la personnalité du personnage de Mado sous les traits de (l’excellente) Myriam Boyer. Mado est une et toutes, identité multiple qui vit sa vie dans la liberté et la dignité. Mado n’est comme personne et pourtant elle est tout le monde. Combien y a-t-il de Mado autour de nous ? Combien y a-t-il d’êtres libres?

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En allant voir son fils, Mado est moins dans la fuite que dans l’échappatoire. Elle espère renouer des liens, faire sens à la filiation. Ces retrouvailles, développées dans la seconde partie du film, se déroulent à la campagne, dans un univers en totale opposition avec le quotidien de Mado. Une façon de revenir aux sources, de s’y perdre un peu afin de mieux se retrouver par la suite. Tout le long, on est frappé par le courage et la détermination nonchalante de Mado, par sa capacité à éveiller le positif presque malgré elle. Au bout du compte, « Le Monde à l’envers » est une œuvre touchante, poignante, parfois drôle ou triste. Une chose est sûre : elle ouvre la voie royale du long à son réalisateur !

Géraldine Pioud

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Une réflexion sur “ Le Monde à l’envers de Sylvain Desclous ”

  1. Magnifique court-métrage vu il y a 2 ans à Quimper. Est-il possible de le revoir quelque part sur le net ou en lien privé ? Merci bien

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