Samedi Cinéma de Mamadou Dia

« Samedi Cinéma », quatrième court métrage de Mamadou Dia, est en compétition au festival international du film francophone de Namur, après avoir été en lice pour le prix Orizzonti à la Mostra de Venise et au Festival International de Toronto.

Mamadou Dia étudie le cinéma à New York mais il revient au Sénégal, pays où il a grandi pour y tourner ses films. Après deux documentaires (« Les jardins de l’espoir », « Ebola : Into the Hot Zone ») et un film de fiction (« Contained ») sur la situation psychologique d’un homme mis en quarantaine parce que suspecté d’être atteint du virus Ebola, il propose avec « Samedi Cinéma » un film au propos plus léger.

L’intrigue se noue autour de deux relations : l’amitié qui se lie entre deux jeunes adolescents dans la banlieue de Dakar et celle que tous deux entretiennent avec le cinéma. Le court métrage s’ouvre sur ces deux amis, assistant clandestinement à l’avant-dernière projection du film de Spike Lee, « Malcom X » grâce à un trou dans le mur du cinéma. Pendant que l’un fait le guet, l’autre regarde. Malheureusement, ils sont attrapés par un vigile et doivent s’échapper avant la fin. Ils se donnent alors une nouvelle mission : récolter suffisamment d’argent pour pouvoir assister à la dernière projection du film, cette fois en entier, le samedi qui suit.

Pour gagner de l’argent, les enfants écrivent les lettres des voisins ne parlant pas français ou ne sachant pas écrire et proposent également leurs services de traduction orale. Riche d’au moins trois langues (peul, wolof, français) – quatre si l’on pense à l’anglais, langue du tournage pour l’équipe américaine – ce court-métrage est une prouesse linguistique et donne ainsi la part belle à ceux qui savent – doivent – jongler quotidiennement entre plusieurs langues, notamment dans un pays comme le Sénégal où plusieurs dialectes principaux cohabitent.

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Les multiples références cinématographiques témoignent de la part autobiographique du court-métrage ; comme ses deux personnages, Mamadou Dia est un grand cinéphile. Une scène où les garçons sont filmés de dos avançant côte à côte au milieu d’une longue route sur fond de musique américaine des années 30, n’est pas sans rappeler la scène finale des « Temps modernes » où Paulette Goddard et Charlie Chaplin marchent heureux vers un nouveau monde. Les deux jeunes cinéphiles entament leur nouvelle mission en dansant, comme si leur vie était un film dont ils seraient les protagonistes.

A travers l’histoire de ces deux garçons, Mamadou Dia signe un film universel montrant l’importance du développement de la culture dans le quotidien d’une population, lui donnant un sens plus gratifiant. La fermeture d’un cinéma dans un village, qu’il soit sénégalais, européen ou d’ailleurs, perturbe de manière négative le développement humain d’une société qui en a besoin pour s’évader et s’ouvrir au reste du monde pour pouvoir appréhender le sien. Ce touchant court-métrage est un hommage à ceux qui font le cinéma et à ceux qui le diffusent et pourrait être le remerciement de la part d’un jeune réalisateur à ceux qui, pendant son enfance et adolescence, l’y ont indirectement mené.

Zoé Libault

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