Renaître de Jean-François Ravagnan

Portrait of a Lady

Prix Format Court au dernier Festival International du Film Francophone de Namur, « Renaître » du réalisateur belge Jean-François Ravagnan, aborde la question du choix décisif d’un point de vue féminin. Un parti pris réussi aussi bien dans sa narration laconique que dans sa manière d’être au plus près des personnages. Un instantané cinématographique où l’on ressent l’urgence du désir comme réponse ultime à la séparation inéluctable.

Le premier court métrage de Jean-François Ravagnan, sorti de l’IAD en 2007 (Institut des Arts de diffusion de Louvain-la-Neuve, Belgique) révèle une affinité artistique proche du cinéma des frères Dardenne. C’est un constat qui n’est pas très étonnant quand on s’aperçoit qu’il a été produit par Les Films du Fleuve, la société de production des Dardenne et que Ravagnan a été assistant réalisateur sur « Le Silence de Lorna » (2008) et sur « Le Gamin au vélo » (2011).

Dardennien, « Renaître », l’est assurément dans son intention de dresser le portrait d’une jeune femme de son temps qui n’hésite pas à braver les frontières symboliques et géographiques pour (re)prendre son destin en mains. Obstinée comme l’était Rosetta, vingt ans auparavant, Sarah ira jusqu’au bout pour obtenir ce qu’elle veut même si elle doit se rendre en Tunisie et mentir à sa famille. Là-bas, elle rejoint Malik, l’homme qu’elle aime, et lui demande d’être « sa première fois » avant qu’il n’en épouse une autre. Certes, en filigrane, « Renaître » laisse entrevoir les questions d’interculturalité et d’émancipation féminine, il n’en est pas moins avant tout un portrait de femme.

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Le début du film qui montre le trajet de Sarah jusqu’en Tunisie est marqué par une certaine linéarité qui n’est pas sans rappeler celle de « Rosetta ». Comme dans le film des Dardenne, la caméra est placée au plus près du personnage et ne le quitte pas d’une semelle. Mais loin de promener le spectateur tout au long du film, Ravagnan peut se prévaloir d’un cinéma plus contemplatif et sensuel.

Arrivée en Tunisie, Sarah s’est posée, la caméra aussi. Le rythme présente une cassure, à juste titre, car le nœud de l’intrigue doit se passer en huis clos, en cachette. Tout est alors mis en place pour mettre en valeur l’intensité de ce moment, pour le sublimer afin qu’il reste dans la tête de Sarah comme dans celle du spectateur.

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Dans cet appartement chaleureux, situé en bord de mer, Sarah décide de perdre sa virginité avec Malik, celui qu’elle aime. Cet acte qui peut paraître paradoxal est au contraire très cohérent. Il est le seul et l’unique qu’elle pouvait poser pour que cet amour se hisse du côté de l’éternel et de l’inoubliable. L’amour physique est dès lors nécessaire pour faire le deuil de l’amour impossible.

Au petit jour, comme apaisée, Sarah se lève sereine et sous la lumière matinale, ouvre la fenêtre et scrute l’horizon. La mer comme lieu de tous les possibles reflète son espoir bleuté sur le lit d’un amour consumé.

Marie Bergeret

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