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5 courts primés aux Cesar en ligne !

À l’occasion de l’After Short spécial Cesar, organisé le mercredi 25 octobre 2017 au Point Éphémère (Paris, 10ème) en partenariat avec l’ESRA, autour des courts-métrages présélectionnés aux Cesar 2018, nous vous proposons de (re)découvrir 5 courts métrages ayant remporté la précieuse statuette en leur temps mais aussi de vous (re)plonger dans certaines de nos archives (critiques, interviews).

Le Cri du homard de Nicolas Guiot. Fiction, 30′, France, Belgique, 2012, Offshore, Hélicotronc, Ultime Razzia Productions. Cesar du meilleur court métrage 2013

Article associé : la critique du film

L’Accordeur de Olivier Treiner. Fiction, 13′, France, 2010, 2425 Films. Cesar du meilleur court métrage 2012

Logorama de H5 (François Alaux, Ludovic Houplain, Hervé de Crecy). Animation, 16’, France, 2009, Autour de Minuit. Cesar du meilleur court métrage 2011

Articles associés : l’interview de Ludovic Houplain, co-réalisateurl’interview de Nicolas Schmerkin, producteur d’Autour de Minuit

Les Miettes de Pierre Pinaud. Fiction, 31′, France, 2008, Sli Productions. Cesar du Meilleur court métrage 2009

L’Homme sans tête de Juan Solanas. Animation, 15′, France, 2003, Onyx Films. Cesar du Meilleur court métrage 2004

Nouvel After Short, spécial Cesar, jeudi 26/10 au Point Éphémère

À l’occasion de la rentrée, le magazine en ligne Format Court vous invite à la reprise de ses After Short, ses soirées de networking réunissant la communauté active et dynamique du court métrage, le jeudi 26 octobre 2017 à partir de 20h au Point Éphémère (Paris, 10ème).

Ce premier rendez-vous de l’année, organisé en partenariat avec l’école l’ESRA, sera consacré aux Cesar 2018 (pas de projection prévue !).

La soirée, en entrée libre et sur réservation (aftershortformatcourt@gmail.com), se déroulera en présence d’équipes de courts-métrages de fiction et d’animation présélectionnés aux Cesar 2018, et des équipes de Format Court et de l’ESRA.

Seront présentes les équipes des films suivants (liste susceptible de changements) :

En fiction :

– Panthéon Discount de Stéphan Castang, Takami Productions
– Le Bleu blanc rouge de mes cheveux de Josza Anjembe, Yukunkun Productions
– Guillaume à la dérive de Sylvain Dieuaide, Yukunkun Productions
– Les Bigorneaux d’Alice Vial, Les Films du Cygne
– La Convention de Genève de Benoit Martin, Année Zéro
– Les Misérables de Ladj Ly, Les Films du Corso
– Mare Nostrum de Rana Kazkaz et Anas Khalaf. Georges Films
– Debout Kinshasa ! de Sébastien Maitre, La Ruche Productions
– 1992 d’Anthony Doncque, 10:15! Productions
– Blind Sex de Sarah Santamkria-Merten, La Mer à Boire Productions
– Goliath de Loïc Barché, Punchline Cinéma
– Marlon de Jessica Palud,Punchline Cinéma
– Le Film de l’été d’Emmanuel Marre, Kidam, Michigan FIlms
– Pas comme des loups de Vincent Pouplard, Les Films du Balibari
– Goût bacon de Emma Benestan, 1000 Visages Production
– Noyade interdite de Mélanie Laleu, Offshore, A Travers Le Miroir
– Il Silenzio de Ali Asgari, Farnoosh Samadi Frooshani, Kino Produzioni, Filmo
– Tangente de Julie Jouve, Rida Belghiat, Lacoupure

En animation :

– I Want Pluto To Be A Planet Again de Marie Amachoukeli, Vladimir Mavounia-Kouka, Autour de Minuit
– Negative Space de Ru Kuwahata, Max Porter, Ikki Films
– Decorado d’Alberto Vazquez, Autour de Minuit
– Diamenteurs de Chloé Mazlo, Les Films Sauvages
– L’Ogre de Laurène Braibant, Papy3D Productions
– A l’horizon de Izabela Bartosik-Burkhardt, Les Films de l’Arlequin

En pratique

Jeudi 26 octobre 2017, de 19h30 à 23h
Le Point Éphémère : 200 Quai de Valmy – 75010 Paris
Métro Jaurès (lignes 5, 2 et 7 bis), Louis Blanc (ligne 7), Bus 26, 46, 48 : Goncourt, Couronnes, Parmentier)

Événement Facebook

En quête d’un(e) super stagiaire !

En ligne depuis près de 9 ans, Format Court est devenu un magazine de référence sur le court métrage, nourri par près de 4.000 articles. Son équipe, constituée d’une dizaine de passionnés, défend à l’année l’éducation à l’image, la promotion et la diffusion de la forme courte ainsi que son accessibilité au plus grand nombre.

Pendant 5 ans, le site a attribué des prix en festival en France et à l’étranger et a organisé des soirées mensuelles de courts métrages au Studio des Ursulines (Paris, 5ème), en présence d’équipes.

L’an passé, Format Court a relancé les After Short, des soirées de networking organisées au Point Éphémère (Paris 10ème), réunissant de nombreux professionnels du cinéma, des étudiants mais aussi des cinéphiles.

Le magazine prépare dorénavant son premier festival, courant 2018.

Dans le cadre de notre projet, nous recherchons un(e) stagiaire curieux(se), autonome, sociable, intéressé(e) par le cinéma et sa diffusion, jouissant d’une bonne expression écrite et de compétences informatiques (Photoshop, WordPress). Une connaissance de l’infographie et une expérience préalable dans le secteur de la communication sont des plus.

Missions

– Communication et organisation autour du prochain After Short Format Court, spécial Cesar, le jeudi 26/10 au Point Éphémère (Paris, 10ème)
– Rédactionnel (critiques, interviews, suivi de festivals), participation aux mises en ligne, vérification des archives du site
– Assistanat sur le festival Format Court
– Participation aux réunions de rédaction Format Court, envois de compte-rendus
– Élaboration, recherche et suivi de partenariats financiers, institutionnels ou mécènes

Modalités

Structuré en association, Format Court recherche un(e) super stagiaire. Le stage offre de nombreux avantages : suivi de l’actualité cinématographique, immersion dans le milieu du court métrage et des festivals, découverte de nouveaux films et auteurs, participation au rédactionnel du site, contacts avec les professionnels, développement de projets, ….

Intéressé(e) ? Merci d’envoyer votre lettre de motivation et CV à Katia Bayer à l’adresse suivante : info@formatcourt.com.

Le Petit Chaperon rouge de David Kaplan

Little Red Riding Hood de David Kaplan, fiction, Etats-Unis, 1997, 12’3” (Rocco Caruso, Jasmine Kosovic)

Synopsis : Une version aussi fascinante que sombre du “Petit chaperon rouge” avec Christina Ricci en jeune ingénue.

En raison de son intérêt dramatique et narratif, l’histoire du Petit Chaperon rouge a fait l’objet d’innombrables adaptations cinématographiques, la plupart des réinterprétations évoquant tour à tour le récit initiatique, le rite de passage à la maturité sexuelle, l’allégorie de la libération ou encore de la subjugation féminine… Pourtant, le réalisateur américain David Kaplan parvient à en faire une expérience formelle unique, à la fois agrémentée par une sensualité ardente et détournée par un humour noir à la limite du trash. Un véritable mélange envoûtant et saugrenu de cannibalisme, d’érotisme et de scatologie.

C’est en 1997 que Kaplan revisite ce conte pan-européen popularisé dans les écrits de Charles Perrault, des frères Grimm ou encore d’Italo Calvino. Son choix pour interpréter le rôle du protagoniste porte alors sur l’éternelle juvénile Christina Ricci, à l’époque âgée de 16 ans ; choix pour le moins interpelant au vu de la lecture hypersexualisée du sujet que le cinéaste offre ici. Ricci assume brillamment cette ambiguïté entre candeur et sensualisme. A ses côtés, le danseur de ballet moldave Timour Bourtasenkov incarne un loup androgyne qui balance aux accents énigmatiques du Prélude à l’après-midi d’un faune de Claude Debussy. Le film demeure résolument dans le royaume du conte stricto sensu, narré par la voix unique (et l’unique voix) de Quentin Crisp.

La mise en scène, signée Scott Ramsay, est onirique, théâtrale, réduite au noir et blanc et présente un décor sombre, rappelant le grand expressionnisme allemand. Elle permet en même temps de faire contrepoids à la dimension sexuelle, en nous épargnant notamment le rouge du sang de la grand-mère, du chaperon ou encore de la bouche du protagoniste.

La musique, quant à elle, nous plonge dans un impressionnisme fébrile, évoquant la rêverie et l’érotisme que Nijinsky traduisit de façon controversée (et onaniste) sur scène en 1912, sur fond du même morceau. Le résultat est une œuvre dotée d’un esthétisme envoûtant, qui dérange en même temps qu’elle fascine.

Adi Chesson

Gros Chagrin de Céline Devaux

Remarquée dès son court-métrage de fin d’étude, Vie et mort de l’illustre Grigori Efimovitch Raspoutine récompensé du Prix du Meilleur Film d’Animation francophone (SACD) au Festival de Clermont-Ferrand 2013, et retrouvée avec ferveur pour Le Repas dominical (2015) en sélection au festival de Cannes la même année et lauréat du César de Meilleur Court Métrage d’Animation en 2016, Céline Devaux, sans renier ses pré-acquis de mise en scène, intègre la prise de vue réelle dans l’univers tout en expansion de son Gros Chagrin, son nouveau court-métrage.

Du réel seulement « intégré » ? Oui, car la réalisatrice organise la vie et la duplicité complice des images réelles et des scènes animées sans souffrir d’aucune compétition entre les deux. Et ce mariage des genres ne passe pas sans un certain éclat, puisque le film s’est vu remettre à l’occasion de la dernière Mostra de Venise le Prix du Meilleur Court Métrage et la nomination pour le European Film Award.

Gros Chagrin, c’est l’histoire qui suit l’histoire d’amour, l’épilogue de la passion : « Ça va passer. On s’en remet. Jean fête son anniversaire, boit trop et se souvient du week-end désastreux qui a mené à sa rupture avec Mathilde ».

Céline Devaux déclarait – dans l’interview qu’elle avait donné à Format Court en juillet 2015, que l’animation lui permettait de décupler l’art de la synthèse dans l’image, jusqu’à la « libérer des mots, des décors en trop ». Cette attitude, elle la conserve sans perte dans ce film qui serait d’une violence dramatique insupportable, si la poésie des coupes de montage, le mash-up sonore de phrases et conseils irritants et inhérents des proches dans pareilles circonstances de rupture, et l’expressivité des scènes animées ne venaient grandir cette tragédie humaine permanente d’un soupçon de beauté élégiaque.  Car il n’est pas de retour en arrière possible pour Jean et Mathilde, l’histoire ne recommencera pas, c’est fini.

Le générique introduit le film en utilisant comme toile de fond un duo de couleurs placé côte à côte, séparé par d’amples lignes franches et géométriques. On remarquera que cette assemblage de couleurs rappelle la distinction simple du ciel et de la terre dans l’un des films d’études de Céline Devaux, How to make a hysterically funny video on a very sad music (2010). Comme le ciel et la terre, ces plages de couleurs se côtoient sur la ligne d’horizon, et les deux amoureux s’embrassent, se câlinent, sans jamais n’être accroché d’aucune façon tangible.

La première scène du film en deux plans expose le conflit majeur posée par cette état de faiblesse à la fin d’une histoire d’amour : le sentiment amoureux se nourrit de paradoxes. Jean et Mathilde sont dans le même lit, d’abord allongés l’un près de l’autre puis Jean arc-bouté autour de la taille de Mathilde, au son, Jean délivre un : « Tu veux que je te quitte ? Je le fais ». Jean sera victime d’une chute libre qu’il a décidé d’entreprendre. Parce qu’il a raison, et Mathilde aussi : il/elle peut la/le quitter.

Mais sans ciel, la terre n’a pas d’horizon, et sans Mathilde, Jean n’a plus d’amour, en fait, il ne sait plus où il en est. C’est par l’entremêlement de ses turpitudes déboussolées que la collaboration de toutes les dimensions du film résonne. Des souvenirs précis du dernier week-end en amoureux (en prise de vue réelles), à ses impressions du monde à sa suite (en images animées) avec une circulation parallèle sur la bande son de phrases symptomatiques des proches et des amis, le mélange des trois types d’expression, leur enchevêtrement ne respectant aucune ligne temporelle ou progression dramatique témoigne du marasme individuel dans lequel s’enfonce l’Alpha privé de son Omega.

C’est une situation dont l’on saisit qu’elle n’est due ni au sexe ni au rôle de Jean dans la rupture puisqu’elle est partagée par les deux camps – il n’a pas tout fait tout seul, c’est le fruit d’« un consensus mutuel ». Et Mathilde d’accompagner la plainte finale (fatale ?) de Jean en employant les mêmes mots, en même temps, dans des strophes faisant l’apologie du temps d’avant : les mêmes déceptions dans des bouches qui ne se croiseront plus, la dernière expérience partagée du couple.

Avant de finir, rappelons que Gros Chagrin entretient sûrement une autre relation forte avec How to make a hysterically funny video on a very sad music que nous évoquions plus haut. Le film le plus ancien nous décrochait des sourires malgré son ton sombre, Gros Chagrin, lui, arrive à nous rendre la rupture de ces deux êtres vivable, jusqu’à belle, et ne montre pourtant rien d’autre que cela. C’est certainement l’ultime paradoxe du film, mais ce n’est pas le dernier que Céline Devaux conciliera, à notre avis.

Gary Delépine

Consulter la fiche technique du film

G comme Gros Chagrin

Fiche technique

Synopsis : Ça va passer. On s’en remet. Jean fête son anniversaire, boit trop et se souvient du week-end désastreux qui a mené à sa rupture avec Mathilde.

Genre : Fiction, animation

Durée : 15’

Pays : France

Année : 2017

Réalisation : Céline Devaux

Scénario : Céline Devaux

Interprétation : Victoire Du Bois, Swann Arlaud

Animation : Céline Devaux

Image : Paul Guilhaume

Son : Henri Puizillout

Musique : Flavien Berger

Montage : Raphaël Martin-Holger

Production : Sacrebleu Productions

Article associé : la critique du film

5+1 bons courts suédois à voir en ligne

En prévision de la sortie le 18 octobre prochain de The Square, le nouveau long-métrage du réalisateur suédois Ruben Östlund, lauréat de la Palme d’or cette année à Cannes, nous vous invitons à retrouver en ligne Incident by a bank, le deuxième court-métrage de Ruben Östlund, détenteur de l’Ours d’or à la Berlinale 2010, mais aussi de faire le plein de 5 autres courts suédois, coups de cœur de Format Court ces dernières années.

Incident by a bank de Ruben Östlund. 11′, Expérimental, 2010, Suède, Plattform Produktion. Ours d’or, Berlinale 2010

Hopptornet de Axel Danielson et Maximilien Van Aertryck. Documentaire expérimental, 19′, Suède, 2016, Plattform Produktion. Primé à Clermont-Ferrand 2017

Article associé : la critique du film

Kung Fury de David Sandberg. Fiction, comédie, 30’, 2015, Suède, Laser Unicorns Productions. Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs 2015

Article associé : la critique du film

Instead of Abracadabra de Patrik Eklund. Fiction, comédie, 22′, 2008, Suède, Direktörn & Fabrikörn. Sélectionné aux Oscars 2010

Articles associés : la critique du filml’interview de Patrik Eklund

Tussilago de Jonas Odell. Animation, documentaire, 15′, 2010, Filmtecknarna Animation. Prix Format Court au Festival Anima 2011

Articles associés : la critique du film, l’interview de Jonas Odell

Music for one Apartment and six Drummers de Ola Simonsson et Johannes Starjne Nilsson. Fiction, comédie, 10′, 2002, Suède, Kostr-Film. En compétition au Festival de Cannes 2011

Article associé : la critique du film

Short Screens #74 : « Il était une fois »

Ce jeudi 28 septembre, si vous êtes à Bruxelles, 3 courts-métrages sont à découvrir au Cinéma Aventure à l’occasion de la soirée Short Screens de rentrée, joliment dédiée au conte, en compagnie de Juliette Borel et Ummée Shah. Ces deux conteuses à l’univers acidulé, aux histoires inspirées aussi bien de la tradition orale que du conte contemporain, viendront ponctuer la sélection ciné de leurs voix uniques et complices.

Rendez-vous le jeudi 28/9  à 19h30, au cinéma Aventure, Galerie du Centre, Rue des Fripiers 57, 1000 Bruxelles – PAF 6€

Visitez la page Facebook de l’événement ici !

Programmation

Mumkin Boukra de Thibaut Huchard, animation, France, 2010, 5’ (Ecole Emile Cohl)

Un sultan découvre sa femme dans les bras d’un autre homme. Il a exécuté les deux amants et cède la place à une fureur avivante, jusqu’à l’arrivée de Shahrazad.

Vozar de Miléna Bochet, documentaire, Belgique, 2001, 26’ (Need Productions)

Dans la petite communauté tsigane de Hermanouce, Vozar est respecté pour son âge et reconnu pour les histoires qu’il raconte. Il répare les télévisions, gère la diffusion des programmes et débranche le fil quand le feuilleton Esmeralda démarre. Vozar aime brouiller l’écran afin de mieux emporter les siens dans le monde des contes.

Little Red Riding Hood de David Kaplan, fiction, Etats-Unis, 1997, 12’3” (Rocco Caruso, Jasmine Kosovic)

Une version aussi fascinante que sombre du “Petit chaperon rouge” avec Chrisitina Ricci en jeune ingénue.

Les courts nommés aux Cesar 2018

Pas moins de 36 courts – 24 fictions, 12 animations – ont été retenus par les comités des prochains Cesar. Il y en a pour tous les goûts, nous, on n’aime pas tout.

Les 24 films de la Sélection Officielle Court Métrage César 2018 sont :

*1992, réalisé par Anthony Doncque
*A BRIEF HISTORY OF PRINCESS X, réalisé par Gabriel Abrantes
*BLIND SEX, réalisé par Sarah Santamaria-Mertens
*DEBOUT KINSHASA !, réalisé par Sébastien Maitre
*ET TOUJOURS NOUS MARCHERONS, réalisé par Jonathan Millet
*FÉFÉ LIMBÉ, réalisé par Julien Silloray
*GOLIATH, réalisé par Loïc Barché
*GOÛT BACON, réalisé par Emma Benestan
*GUILLAUME À LA DÉRIVE, réalisé par Sylvain Dieuaide
*JE LES AIME TOUS, réalisé par Guillaume Kozakiewiez
*LA CONVENTION DE GENÈVE, réalisé par Benoît Martin
*LA LAINE SUR LE DOS, réalisé par Lotfi Achour
*LE BLEU BLANC ROUGE DE MES CHEVEUX, réalisé par Josza Anjembre
*LE FILM DE L’ÉTÉ, réalisé par Emmanuel Marre
*LE SILENCE, réalisé par Ali Asgari et Farnoosh Samadi
*LES BIGORNEAUX, réalisé par Alice Vial
*LES ENFANTS PARTENT À L’AUBE, réalisé par Manon Coubia
*LES MISÉRABLES, réalisé par Ladj Ly
*MARE NOSTRUM, réalisé par Rana Kazkaz et Anas Khalaf
*MARLON, réalisé par Jessica Palud
*NOYADE INTERDITE, réalisé par Mélanie Laleu
*PANTHÉON DISCOUNT, réalisé par Stéphan Castang
*PAS COMME DES LOUPS, réalisé par Vincent Pouplard
*TANGENTE, réalisé par Julie Jouve et Rida Belghiat

Les 12 films de la Sélection Officielle Animation (Court Métrage) César 2018 sont

*À L’HORIZON, réalisé par Izabela Bartosik-Burkhardt
*ALPHONSE S’ÉGARE, réalisé par Catherine Buffat et Jean-Luc Gréco
*DECORADO, réalisé par Alberto Vázquez
*DIAMENTEURS, réalisé par Chloé Mazlo
*I WANT PLUTO TO BE A PLANET AGAIN, réalisé par Marie Amachoukeli et Vladimir Mavounia-Kouka
*L’OGRE, réalisé par Laurène Braibant
*LE FUTUR SERA CHAUVE, réalisé par Paul Cabon
*LOVE, réalisé par Réka Bucsi
*LE JARDIN DE MINUIT, réalisé par Benoît Chieux
*MON HOMME (POULPE), réalisé par Stéphanie Cadoret
*NEGATIVE SPACE, réalisé par Ru Kuwahata et Max Porter
*PÉPÉ LE MORSE, réalisé par Lucrèce Andreae

Hätäkutsu de Hannes Vartiainen & Pekka Veikkolainen

The short film of the week by Minna Nurmi, programer for the Savonlinna international nature film festival (www.sinff.fi)

Hätäkutsu (Emergency calls) by Hannes Vartiainen & Pekka Veikkolainen. Documentary, 15′, 2013, Finland, prod. : Pohjankonna Oy

Storyline : Being human is a fragile and fleeting opportunity to experience life and the universe around us. In the face of overwhelming darkness all we can do is to rely on and find solace in one another. This film is based on authentic emergency calls and radio traffic.

Synopsis : Être humain est une opportunité fragile et furtive d’expérimenter la vie et l’univers autour de nous. Face à l’obscurité écrasante tout que nous pouvons faire afin d’être relié les uns aux autres, c’est de trouver la consolation de l’autre. Ce film est basé sur des appels au secours authentiques passés à la radio du traffic routier.

Emergency calls is an experimental, documentaric short film, based on authentic emergency calls and radio traffic. It reminds that being human is a fragile and fleeting opportunity to experience life and the universe around us. In the face of overwhelming darkness, all we can do is to rely on and find solace in one another.

I got enchanted by this film in 2013 when it came out on a film festival, where I was working as an intern. I found it a good example of how a short film has it´s unique ability to tell emotionally strong and important stories in a short format.

I find the film interesting in its way to dominate the visual content with its soundscape of authentic emergency calls and radio traffic. We hear emergencies of all kinds – from very personal to very universal ones. One of them is the sinking of M/S Estonia Ferry in the Baltic sea in 1994, that caused the death of more than 800 people. This huge national tragedy, that I remember from my childhood, experienced trough the authentic emergency calls, goes deep under my skin. Except fragility of life, it reminds also of the strength of nature, that we can not control. Most of us have experienced an emergency of some kind, which makes the film easy to identify with.

Dark frames between the collage of archive material, sea maps, natural phenomenons, human faces and documentaric material creates a rhythm that adapts to the emotional charge of the film. Even in the middle of the despair, there is always some humor. Unfortunately, the English translation is lacking some nuances of the expressions used in the recorded calls in Finnish.

Minna Nurmi

Qiu Yang. Rester fidèle à la réalité

Premier réalisateur chinois à avoir obtenu une Palme d’or à Cannes avec son court-métrage A Gentle Night, le jeune Qiu Yang accompagne son film en festival (il vient de remporter ce weekend une Mention Spéciale au TIFF de Toronto) et travaille sur son premier long-métrage entre Paris et Changzhou, sa ville natale. En 2015, Qiu Yang était déjà venu à Cannes avec son film d’école, Under the Sun, sélectionné à la Cinéfondation en 2015. Son long-métrage portera d’ailleurs le même nom que son court. Nous avons rencontré il y a quelques mois Qiu Yang, pour qu’il nous parle de son parcours, de l’Australie, du réalisme et de son intérêt sans failles pour la Chine, ses histoires et ses habitants. Le point en plusieurs points.

À l’eau

Je suis intéressé par l’exploration du langage. Je ne considère pas mes films comme étant professionnels ou non.

Lorsqu’on fait son premier film, c’est comme quand on est étudiant : on doit chercher le financement pour son projet, l’école ne paie pas pour cela. D’une certaine manière, on peut parler de film « professionnel » car on s’exerce et on s’améliore.

À chaque film, j’essaye de faire quelque chose de différent. A Gentle Night, par exemple, est quelque chose que je voulais vraiment tenter. Il s’agit d’une histoire très conceptuelle, mais je voulais faire quelque chose de plus petit, confiné et classique que dans mes précédents courts-métrages. Mais même si tu peux penser que c’est un film plus classique, c’était un projet très différent pour moi, car je n’avais jamais fait un film comme cela auparavant. J’avais besoin de me jeter à l’eau, de faire quelque chose de différent, d’utiliser un zoom par exemple, ce que je n’avais jamais fait auparavant.

Influences

En parallèle au cinéma, j’ai une formation en peinture et en photographie. Le peintre qui m’a le plus influencé est Edward Hopper. Mon grand-père est peintre et mon père est architecte. J’ai appris la peinture depuis l’école primaire, mais je n’ai jamais envisagé de devenir peintre. Je peignais seulement par plaisir. Ensuite, j’ai eu la chance de pouvoir l’étudier à l’étranger, mais la peinture me lassait et je ne voulais pas en faire en tant que professionnel.

J’ai toujours regardé des films, car mon père est un grand cinéphile. Quand les cassettes VHS sont arrivées en Chine, il visionnait toujours des films d’action et des blockbusters hongkongais. Et moi, je les regardais avec lui. Pendant cette période, c’était les seuls films que l’on pouvait voir en Chine.

En fait, il n’y a pas vraiment de d’explication rationnelle qui expliquerait pourquoi j’ai voulu apprendre à faire du cinéma. Je n’avais même jamais touché à une caméra avant de décider à étudier le cinéma.

L’Australie

Il n’y avait pas de raison logique de faire des études de cinéma en Chine. A l’époque, la seule école était l’Académie de cinéma de Pékin et je savais qu’il était très dur d’y entrer. Comme je voulais quand même faire quelque chose d’académique, j’ai décidé d’aller étudier à l’étranger. J’ai choisi l’Australie, car vivre aux États-Unis ou en Angleterre était trop cher et je ne connaissais pas d’autres langues que l’anglais.

Pour pouvoir entrer à la Victorian College of the Arts en Australie, je devais juste passer un examen d’anglais et un autre sur le cinéma. J’y ai fait ma licence et mon Master.

Cette école n’est peut-être pas reconnue au niveau international, mais elle essaye de « créer » d’une certaine manière des auteurs. C’est pourquoi j’ai postulé et j’ai été pris. On devait y écrire, réaliser et monter nos propres films. Durant la première année, par exemple, j’ai réalisé quelques clips de musique.

Pendant mes études, j’ai beaucoup appris sur le cinéma et ça m’a plu. J’ai découvert progressivement les films d’art et essai et j’ai commencé à regarder les films du grand Theo Angelopoulos. C’est un cinéma très différent, mais j’y ai retrouvé quelque chose de familier, une sorte de lien entre son cinéma et le style de peinture que je faisais.

Sur le terrain

Mon Master en Australie a été une très bonne formation, mais ma licence était plutôt faible. On apprenait un peu de tout pour identifier ce qui nous intéressait le plus et ce à quoi on était bon. À cette période, je passais peu de temps à l’école, étant donné que la formation était vraiment trop basique.

Under The Sun

À cette époque, j’ai rencontré beaucoup de problèmes techniques, étant donné que je n’avais aucune expérience pratique. La première année, j’ai donc envoyé des emails à toutes les maisons de production de la ville et j’ai été pris comme stagiaire dans l’une d’entre elles. Les maisons de production commerciales tournaient toutes les semaines, elles avaient beaucoup de commandes. J’ai commencé par prendre des photos, j’ai travaillé ensuite comme assistant caméra et mon apprentissage est devenu beaucoup plus technique. On m’a formé et j’ai commencé à travailler en tant qu’assistant caméra et lumière indépendant pendant environ deux ans, durant mes années de licence. D’une certaine manière, cette expérience accumulée m’a aidé à comprendre chaque aspect de la fabrication d’un film du point de vue technique. Grâce à ça maintenant, je suis capable d’assurer mes propres contrôles techniques, et de parler avec l’opérateur image et le preneur de son dans leur propre langage.

Quelque chose de petit et de réaliste

En première année, on devait filmer avec une caméra 16 mm et on devait prendre tous nos camarades de classe dans notre équipe de tournage. Il devait seulement y avoir deux rôles dans le film, celui-ci devait durer 45 minutes. J’ai dépensé à peu près 1.000 dollars. Je voulais que le projet coûte le moins possible : je voulais faire quelque chose de petit, seulement pour m’entraîner et explorer une idée, un langage cinématographique.

Pour mes projets ultérieurs, Under The Sun et A Gentle Night, je ne voulais pas faire quelque chose de différent pour le plaisir d’être différent.

Pour Under The Sun, j’ai travaillé avec une petite équipe de 15 personnes, la qualité technique était très faible – nous ne rajoutions jamais de lumière et tournions toujours avec la lumière naturelle et disponible – et nous n’avions pas d’équipe maquillage ou de costumes. Nous essayions d’utiliser ce que nous trouvions dans le but d’augmenter le réalisme du décor.

Je suis incapable de travailler avec une équipe de tournage trop large, mais j’ai besoin d’un nombre suffisant de personnes pour pouvoir faire un film. Étant donné que j’ai acquis une formation technique, je sais combien de personnes me seront nécessaire par projet, l’autre raison étant que je veux être à l’aise pour faire mes films.

Le mystère

Beaucoup de mes histoires sont inspirées de faits réels et de ma propre histoire. Je veux vraiment explorer et comprendre les choses qui me sont arrivées ainsi qu’aux autres. Le cinéma est vraiment intéressant car il dispose de possibilités infinies. Par exemple, mon court-métrage Under The Sun fait participer le spectateur plus activement, le fait réfléchir.

(…) La question du mystère dépend du genre de films. Les films peuvent nous divertir et nous faire rire, mais ils peuvent aussi nous rendre tristes. Le cinéma d’art et essai fonctionne différemment dans le sens où il veut mettre les gens au défi, il veut les faire réfléchir, les faire participer. J’aime le cinéma populaire, mais c’est quelque chose que l’on regarde, qu’on apprécie et qu’on oublie ensuite. Au contraire, certains films indépendants nous font réfléchir et dès qu’on a fini de les regarder, on y repense et ils restent dans notre mémoire pour plusieurs jours, voire plusieurs mois. C’est quelque chose que je trouve vraiment puissant.

A Gentle Night – extrait de scénario

Le court, la rareté

Étant donné que la Chine est de plus en plus connectée au monde entier, de plus en plus de personnes ont compris l’importance du cinéma et beaucoup d’étudiants chinois réalisent des courts-métrages. Maintenant ceux qui font des courts-métrages en Chine sont pour la plupart des étudiants. Cela vient principalement du fait qu’ils sont financés par des particuliers. Aucune compagnie de production n’investirait pour faire des courts-métrages, car elle ne ferait pas vraiment de bénéfices. Pour A Gentle night, j’ai contacté quelques compagnies de production à Pékin mais cela n’a pas marché. En réalité, c’est un de mes camarades de lycée qui, intéressé par le projet, a financé le film. J’ai été très chanceux et je suis très reconnaissant envers mes amis qui sont venus m’aider pour faire le film.

La Palme

Je ne sais pas si mon prix obtenu à Cannes va changer quelque chose en Chine, mais je l’espère. Mon premier long-métrage, Under The Sun (portant le même nom que mon court) racontera une histoire qui se passe en Chine, dans ma ville natale, Changzhou. J’espère que la Palme rendra les choses faciles pour le tournage, car c’est toujours très compliqué de faire des longs-métrages en Chine.

A Gentle Night

Exploration, passage au long

Jusque ici, j’ai été chanceux de pouvoir raconter ce que je voulais, puisqu’il n’y a pas de censure pour les courts-métrages. Ce qui m’intéresse, c’est la vie des gens ordinaires, pas la réalisation de films politiques ou concernant des sujets sensibles. J’ai envie d’explorer la vulnérabilité de l’humanité, les histoires de mon pays, les interactions entre les humains et comment ceux-ci se comportent entre eux. Je veux montrer les bases fondamentales sur lesquelles repose notre société. J’ai besoin de rester fidèle à la réalité, voilà pourquoi je cherche à raconter des histoires qui sont réellement arrivées à des proches ou à des inconnus et que je ne cherche pas à créer, à imaginer de nouvelles histoires.

Quand j’ai tourné A Gentle Night, j’étais aussi retourné dans ma ville natale, à Changzhou. Je voulais faire un film honnête, fidèle à mon histoire. L’espace est d’ailleurs très important dans mes films, j’étudie la relation entre le personnage et ce qui l’entoure. Je ne cherche pas à l’imaginer. Le réalisme continue à m’habiter.

Propos recueillis par Katia Bayer. Traduction, retranscription : Anissa Bouchra‌

5 bons films canadiens à voir en ligne !

Pour la rentrée, Format Court vous propose de (re)voir et partager une sélection restreinte de 5 bons courts-métrages multiprimés et multivitaminés, en provenance du Canada. Bonnes (re)découvertes à vous !

Quelqu’un d’extraordinaire de Monia Chokri (Prod. : Metafilms, 2013)

Là où je suis de Myriam Magassouba (Voyelles Films, 2012)

Article associé : la critique du film

Le Chevreuil de Rémi St-Michel (Université du Québec à Montréal, 2013)

Article associé : l’interview de Rémi St-Michel et Eric K. Boulianne

Ce n’est rien de Nicolas Roy (Voyous Films, 2012)

Articles associés : la critique du filml’interview de Nicolas Roy

Madame Tutti Putti de Chris Lavis & Maciek Szczerbowski (Clyde Henry Productions, 2008)

Gros chagrin de Céline Devaux, doublement primé à Venise

Après avoir cartonné en 2015 et 2016 avec Le Repas dominical, Céline Devaux vient de remporter deux prix à Venise avec son nouveau court, entre fiction et animation, Gros Chagrin.

Le film, interprété par Victoire du Bois et Swann Arlaud et produit par Sacrebleu Productions, remporte le Prix du Meilleur Court et la nomination pour le European Film Award à la Mostra de Venise.

Synopsis : Ça va passer. On s’en remet. Jean fête son anniversaire, boit trop et se souvient du week-end désastreux qui a mené à sa rupture avec Mathilde.

Le goût sucré salé de Mike Leigh

Life is Sweet, l’un des premiers longs-métrages de Mike Leigh, s’est ajouté à la collection Typiquement British (composée d’autres films de Leigh mais aussi de Ken Loach et de Tony Richardson entre autres) de l’éditeur Doriane Films. En bonus, 3 courts-métrages du même réalisateur sont à découvrir. Tous concourent à faire explorer la veine tragi-comique que le réalisateur anglais a empruntée tout au long de sa filmographie. « Doux Amer » serait l’expression la plus judicieuse – même si galvaudée – pour qualifier son cinéma qui transforme les gens « ordinaires » de la classe moyenne et de la classe ouvrière en héros de cinéma.

Life is Sweet

Life is Sweet est sorti en 1990. Il est le troisième long-métrage du réalisateur et préfigure déjà l’essence du cinéma de Mike Leigh : des anti-héros du quotidien qui se révèlent plus complexes au fur et à mesure, des situations familières toujours sur le point de dégénérer, des joutes verbales qui virent de la blague à l’injure, un ton comique qui flirte à chaque instant avec le tragique. Pour tout scénario, celui de Life is Sweet est une sorte de moment de vie dans le quotidien d’une famille ouvrière au bord de la crise de nerfs. Wendy (Alison Steadman), la maman, serveuse énergique survole les effusions de sa tribu à coups d’éclats de rire stridents ; Andy (Jim Broadbent), le père, cuisinier de cantine rêve d’un ailleurs qui a l’apparence d’un food truck déglingué ; Natalie et Nicola (Claire Skinner et Jane Horrocks), leurs deux jumelles adultes cohabitent en totale contradiction, l’une s’accomplit dans une carrière de plombière, l’autre se détruit dans une névrose faite d’anorexie et de sexualité compliquée ; autour d’eux, gravite une constellation de personnages secondaires (parmi lesquels on retrouve des habitués de Mike Leigh, Timothy Spall en tête) qui traînent leur spleen et leurs rêves abîmés, aussi abîmé que peut l’être un projet de restaurant français qui s’appelle « The Regret Rien » en hommage à Edith Piaf et dont l’ouverture donne lieu à une longue scène de malaise…

Voici pour le format long. Le court, lui, n’est pas en reste avec 3 courts-métrages datant respectivement de 1988, 1992 et 2012. Si le premier, The Short and Curlies et le dernier A Running Jump sont dans la lignée des tragi-comédies de Leigh, dont le précité Life is Sweet, celui du milieu, A Sense of History, tranche par sa loufoquerie assumée.

The Short and Curlies

The Short and Curlies (1988) se regarde comme une tranche de vie, en réalité plutôt comme plusieurs tranches de vie : l’une d’une coiffeuse bavarde et da sa fille asociale, l’autre d’une pharmacienne obsédée par ses coupes de cheveux et d’un amoureux qui a la fâcheuse manie de plaisanter sur tout et tout le temps.

A Sense of History est une fantaisie macabre où le 23ème comte de sa lignée raconte, avec une naturelle arrogance, dans un décor de château – qui ressemble à s’y méprendre à celui de la série Downtown Abbey – les horreurs parfois sanglantes qu’il a commises tout au long de sa vie pour préserver son rang et son domaine. Mike Leigh filme l’un de ses comédiens fétiches, Jim Broadbent, dans le style du vrai-faux documentaire.

A Running Jump, lui, présente une forme plus classique. Il répond d’une commande passée par BBC Films et Film 4 pour célébrer la tenue des Jeux Olympiques de 2012 à Londres. Rythmée par une musique trépidante, Mike Leigh rend hommage au quartier de l’East End de Londres et orchestre le chassé-croisé d’une famille montée sur ressorts entre la mère coach sportive, le père revendeur de voitures, les deux jumelles surveillantes de piscine et le grand-père taximan bavard. Ce noyau évolue à une cadence frénétique dans une action qui s’apparente à une course contre la montre. La caméra, la musique, les comédiens ne prennent aucune pose, aucune respiration, tous sont dans un mouvement de vie perpétuel.

A Running Jump

Cette compilation, vous l’aurez compris, emprunte des formes éclectiques mais on ne peut s’empêcher de ressentir, en la regardant, une tonalité dominée par l’ironie. Mike Leigh représente l’ordinaire, la banalité avec une palette de couleurs vives. Plongée dans l’intimité étriquée des gens dans ce qu’elle a aussi d’obscène et violent, Life is Sweet et The Short and Curlies flirtent sans cesse avec les limites de la violence, la violence des jugements parentaux, la violence d’une amitié qui dérape, la violence d’une adolescence mal vécue. Les personnages rient, mais c’est un rire qui masque la douleur de l’échec d’un projet, l’incapacité de faire face à la souffrance de son enfant… Dans un jeu de va-et-vient incessant, la noirceur est contrebalancée par l’outrance et la comédie et ainsi de suite. Il n’y a pas de place pour le glamour. Pour appuyer cette nuance « entre gris clair et gris foncé » de la vie, ces deux mêmes films s‘appuient sur des comédiens qui jouent pleinement la satire et le grand-guignolesque. Aidé par l’humour amer, ils contribuent avec leur jeu plein d’effets et de surenchère à créer une distance qui évite l’apitoiement et la sensiblerie. Avec une hyper expressivité corporelle, les acteurs livrent une performance d’abord physique pour mieux laisser échapper ensuite une émotion naissante. Le spectateur devra d’abord apprivoiser la gestuelle presque pantomime, les mimiques cartoonesques, les cris de rage, les éclats de rires afin d’atteindre le cœur et les sentiments de ce qui se joue chez chacun de ces personnages. Mike Leigh construit des films qui se dévoilent et ce n’est pas une contradiction s’il a la tendance à laisser les séquences s’éterniser ; celles-ci peuvent alors vaciller, basculer de la banalité vers le glauque ou inversement de la violence vers la sensibilité. Ainsi, dans Life is Sweet, l’ouverture du restaurant d’un ami de la famille qui démarre tout en cocasserie dévie vers une agression envers la mère de famille venue prêter main forte ou encore le témoignage de désespoir adolescent d’une des jumelles se termine en échange mère-fille touchant.

A Sense of History

La compilation réunie sur ce DVD permet aussi de voir Mike Leigh s’essayer à des formes libres de comédie. A Sense of History utilise le ton du vrai-faux documentaire, ne s’embarrasse d’aucune contrainte de réalisme narratif et offre à l’acteur Jim Broadbent l’occasion de s’amuser avec un personnage affreusement cynique. La folie n’empêche pas le point de vue. Si Mike Leigh a plutôt tendance à regarder les situations sans les juger quand celles-ci mettent en scène sa galerie de personnages « ordinaires », il est nettement plus acerbe avec le personnage de noble lâche et meurtrier de A Sense of History. Il est impossible de ne pas y voir une critique de l’establishment anglais et une révolte contre l’inégalité des richesses.

Finalement, il est le plus sage et le plus consensuel – et c’est assez logique – quand on lui passe commande (A Running Jump réalisé pour célébrer la tenue des Jeux Olympiques à Londres). Quoique… Au lieu de célébrer le sport dans ce qu’il a d’héroïque et de spectaculaire, Mike Leigh s’attache à mettre en images l’énergie explosive d’une famille « middle class » de la banlieue londonienne. Ici, il n’étire pas les scènes, au contraire, il les découpe et les fait se succéder, s’entrecouper dans une symphonie effrénée. Bref, il y a là quelque chose de furieusement politique à célébrer la vitalité sportive d’une famille dynamique, sympathique, chaotique, foireuse alors que le pays se prépare à succomber au culte des corps et de l’effort dans ce qu’il a de plus télégénique.

Secrets and Lies, Vera Drake, Mr. Turner sont les films les plus célèbres de Mike Leigh. Le DVD ici présent est l’occasion de découvrir une sorte de Face B des succès, avec l’expérimentation qui va avec tout en retrouvant le ton personnel qui lui est propre, vous savez, ce fameux et galvaudé « doux amer »…

Ludovic Delbecq

Life is Sweet de Mike Leigh. DVD & bonus courts-métrages. Edition Doriane Films

Art For Lawyers de Rory Waudby-Tolley, en ligne !

Nous vous l’annoncions fin juin : Rory Waudby-Tolley, le réalisateur britannique du film d’animation Mr Madila Or The Colour of Nothing, primé par Format Court au 28ème Festival d’Angers en janvier 2016, a réalisé un nouveau court-métrage : Art For Lawyers.

Ce documentaire animé réalisé dans une résidence d’artistes, en collaboration avec les employés de Pinsent Masons, un cabinet d’avocats de la City, est l’aboutissement d’une série de conversations et d’ateliers, ainsi que le réceptacle de dessins réalisés par les membres du personnel lors de leurs déjeuners l’année dernière. On y repère le trait faussement naïf du réalisateur, son goût pour les couleurs fortes, son intérêt pour le documentaire animé et son sens de l’humour mordant. Après vous avoir présenté le trailer, nous vous offrons l’opportunité de découvrir ci-dessous le film dans son intégralité.

The Baby de Ali Asgari

Dans les jours à venir, le réalisateur iranien Ali Asgari présentera à Venise Disappearance son premier long-métrage, proche dans le thème et le traitement de son premier court-métrage, Bishtar Az Do Saat sélectionné à Cannes en 2013. Avec ses autres courts, notamment Il silenzio, également présent à Cannes l’an passé, il se constitue une filmographie qui nous intéresse beaucoup à Format Court, en collaboration avec Farnoosh Samadi, sa compagne, scénariste et réalisatrice, qui le suit pas à pas, de film en film (et qui vient de réaliser le très beau Negah, présenté cet été à Locarno).

The Baby de Ali Asgari. Fiction, 15’30 », Iran, Italie, Taat Films

Synopsis : Narges et son amie n’ont que quelques heures devant elles pour trouver quelqu’un pour s’occuper de son bébé pendant quelques jours.

Pour accompagner le passage au long-métrage d’Ali Asgari, assisté par Farnoosh Samadi, nous vous proposons de voir et revoir l’une de leur première collaboration, l’intense The Baby, déjà repéré par les sélectionneurs de Venise en 2014. Le film a rejoint la Toile il y a quelques jours.

Tradition, modernité, intimité, tabou, féminité, simplicité, pudeur et final magnifique sont au cœur de ce film nocturne, fort et puissant, réussissant comme tous les courts d’Asgari à s’approprier au mieux un cadre et une durée bien déterminés (15 minutes) et à confronter avec intelligence regard social et destin individuel.

Katia Bayer

Festival CourtsCourts, le palmarès 2017

Du jeudi 27 juillet 2017 au samedi 29 juillet 2017, a eu lieu le 8ème festival CourtsCourts, organisé par la fan de courts, Michèle van Panhuys-Sigler. Voici le palmarès de cette nouvelle édition, avec en bonus, un film en ligne, Jeu de société de Stéphanie Aubin et Arnaud Baumann.

Malon d’or du jury : Noyade interdite de Mélanie Laleu, fiction, France, 2016, 17 mn

Malon d’argent du jury : Jeu de société de Stéphanie Aubin et Arnaud Baumann, expérimental, France , 2016, 4mn

Malon d’or du public : Le grand bain de Valérie Leroy, fiction, France, 2016, 16 mn

Malon d’argent du public : Panthéon discount de Stéphan Castang, fiction, France, 2016, 14mn 45

Prix des Pichon : Jubilé, de Marion Duvert, Marie El Kadiri, Agathe Marmion, Charlotte Piogé, Coralie Soudetanimation, France, 7 mn25

Tarfala de Johannes Östergård

Dans les grandes solitudes glacées du nord, là où le blanc immaculé et froid rencontre rarement la chaleur humaine, un homme seul, lutte contre les éléments (et des vents poussant parfois jusqu’à 290km/h). Il travaille comme gardien de quelques refuges près des grandes montagnes suédoises : Kebnekaise.

Epuré et authentique, Tarfala, le court-métrage de Johannes Östergård, était programmé le week-end passé lors de la carte blanche Format Court au Savonlinna International Nature Film Festival (SINFF). Le film, produit en Allemagne à l’Université TV & Film de Munich, a fait découvrir au public finlandais la vie de Lars Häger, un Suédois qui a choisi de passer plusieurs mois de l’année dans les froideurs de la Laponie suédoise.

Aborder une culture du calme et du silence, c’est ce que le jeune réalisateur Johannes Östergård, parvient à faire en touchant à la fois à certaines questions de société – si particulières aux sociétés du nord de l’Europe – et à des questions plus personnelles et psychologiques.

Nous sommes en hiver et dans la vallée de Tarfala, aux confins des montagnes suédoises, tout gèle. Lars vient ouvrir le refuge. Son seul compagnon est un vent violent, crissant et s’infiltrant dans chaque recoin des planches de bois de la petite cabane qui l’abrite. C’est lui qui se charge des quelques touristes qui vont s’aventurer dans le coin durant la saison. Jour après jour, heure après heure, il déneige et déblaie les neiges accumulées depuis plusieurs mois. Vérifie le répondeur du téléphone compulsivement, seul contact avec le monde extérieur, où Lars a enregistré un message de bienvenue.

Quand enfin, des touristes arrivent, Lars accueille des skieurs et randonneurs des neiges, venus se confronter aux « grandes glaciations ». Entre chaleur, rires et bonne ambiance, la vie au refuge contraste avec celle qu’il a quitté volontairement quelques semaines auparavant. Quand les touristes s’en vont, la solitude reprend sa place. Et ainsi va là vie de Lars Hager dans le refuge.

Au-delà de l’histoire de ce refuge et de cet homme, c’est la corrélation entre les deux qui se pose ici. À l’heure où les hommes se rapprochent physiquement – par les migrations vers les villes – où moralement – par l’avènement des internets et des réseaux sociaux – certaines âmes trouvent le besoin de s’échapper dans des lieux encore vierges de toute civilisation. Cet homme que l’on suit dans ce film trouve le besoin irrémédiable de se cacher dans ce refuge loin de tout. Il lui faut souffler d’une vie citadine qui l’étouffe. Tel un esprit en jachère, face caméra, il se confie, il raconte. Il parle de son besoin de s’éloigner, de respirer un air pur et de profiter des solitudes. Mais aussi du sens de nos vies dans une société de plus en plus globalisée, d’une normalisation des comportements, comme « avoir une Volvo et une famille », des difficultés à vivre à contre-courant des schémas sociétaux.

Au fur et à mesure du film, la solitude de Lars se fait ressentir. Après tout, il a déjà enduré une séparation pour assouvir son besoin chronique de venir se réfugier dans les montagnes.

Le réalisateur capte avec intelligence les mots lourds de sens qui résonnent dans ce refuge. On assiste, en l’exemple de Lars, au parfait paradoxe de l’humain du 21ème siècle, submergé par une pression sociale, s’échappant comme il le peut d’un environnement qui lui est hostile. Mais se retrouve dans une volonté persistante et inconsciente du manque de présence humaine. A tel point que Lars, l’homme à l’air tacite, accueille avec une surabondance quelque peu gênante les premières présences humaines qui arriveront sur le refuge par hélicoptère.

Lars concède qu’il apprécie la quiétude et le calme de la cabane, arguant durement sur une vie en collectivité qui a trop d’emprise sur nos existences.

Néanmoins, une mélancolie latente se fait sentir, et Lars, peut paraître comme un adolescent en crise existentielle, quelque fois touchant, quelquefois l’esprit ailleurs, qui cherche sa place dans une société entonnoir, formatée selon lui.

Le réalisateur démontre bien que ces montagnes blanches dissimulent un thème plus sombre. Celui des sociétés vides d’émotions, en désaccord avec l’affectif, et qui génèrent des hommes et femmes perdus, oppressés ou tristes.

Östergård apporte, alors, un complément aux paroles de cet homme solitaire dans son refuge par nombre de cadrages fixes sur la pureté des montagnes et la beauté des sommets enneigés. Plans larges du sexagénaire skiant et perçant le blanc immaculé des pentes désertes, s’opposent aux plans serrés où le spectateur se retrouve dans la chaleur du foyer, celle qui nous rassure.

Ce court esthétise parfaitement une alliance du social et du contemplatif abordé en douceur par Johannes Östergård. On reste pourtant sur notre faim face à un réalisateur qui aborde un thème intéressant, mais restant relativement en surface, n’impliquant pas plus son sujet dans une immersion vers le social et le sociétal.

Clément Beraud

Consulter la fiche technique du film

T comme Tarfala

Fiche technique

Synopsis : Lars est un vieu suédois, qui a choisi de passer ses hivers dans la solitude en tant que gardien de quelques refuges au pied de la plus haute montagne suédoise : Kebnekaise. Le film explore à la fois l’intime et le monde extérieur de son séjour dans le refuge, et questionne le bonheur d’être avec ou sans ses amis et les êtres aimés.

Genre : Documentaire

Durée : 27′

Pays : Finlande

Année : 2016

Réalisateur : Johannes Östergård

Scénario : Johannes Östergård

Son : Emil Soininen

Montage : Kenneth Klaile

Musique : Viljam Nybacka

Production : University of Television and Film Munich

Article associé : la critique du film

Les courts primés à Locarno

Il y a plus d’une semaine, le Festival de Locarno dévoilait ses lauréats. Voici le palmarès des courts, moins repéré que celui des longs-métrages.

Pardi di domani, compétition internationale

Padrinho d’oro pour le meilleur court-métrage international : António e Catarina de Cristina Haneș, Portugal

Pardino d’argento : Shmama de Miki Polonski, Israël

Nomination pour les European Film Awards : Jeunes Hommes à la fenêtre de Loukianos Moshonas, France

Prix Medien Patent Verwaltung AG : Kapitalistis de Pablo Muñoz Gomez, Belgique

Mention Spéciale : Armageddon 2 de Corey Hughes, Cuba

Pardi di domani, compétition nationale

Pardino d’oro pour le meilleur court metrage suisse : Rewind Forward de Justin Stoneham, Suisse

Pardino d’argento : 59 Secondes de Mauro Carraro, Suisse, France

Best Swiss Newcomer Award : Les Intranquilles de Magdalena Froger, Suisse