Abbas Kiarostami : « Mon premier film a été réellement compliqué. Par la suite, je me suis dirigé vers de plus en plus de simplicité »

Pour la toute première fois, la Région du Golfe accueillait, lors du festival du Golfe de Dubaï, Abbas Kiarostami pour une master class à destination de 45 jeunes réalisateurs triés sur le volet, provenant essentiellement du Moyen-Orient. Quelques jours auparavant, trois de ses courts avaient été montrés en salle (« Ducks », « Sea eggs », « Roads of Kiarostami »).

Lors d’une conférence de presse, assisté d’une interprète et de ses traditionnelles lunettes noires, le “Maestro” parla des films sans budget, tournés avec de l’argent de poche (“Pas besoin de faire des films chers pour faire du cinéma ») et de la concentration des réalisateurs (“Ils viennent d’Égypte, de Palestine, d’Iran, d’Irak, etc, de régions troublées en somme. Ici, ils n’ont pas parlé une seule fois de la situation de leur pays. La seule chose qui leur importait, c’était leurs films »).

On avait prévu d’interroger Abbas Kiarostami sur ses courts (il en a fait beaucoup), l’Institut Kanun où il a commencé à faire des films éducatifs, le cinéma indépendant iranien, les acteurs non professionnels, et le numérique. C’était sans compter le temps extrêmement limité accordé à la presse présente. Quatre questions, toutefois, ont pu être posées à l’auteur de « Où est la maison de mon ami ? », du « Goût de la Cerise », de « Ten » et de « Copie conforme ».

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Vous avez réalisé des courts métrages au début de votre carrière, vous en avez fait aussi par la suite, en ayant déjà fait des longs métrages. Au festival du Golfe, vous encadrez les courts métrages de jeunes réalisateurs. Comment considérez-vous la forme courte ?

J’aime vraiment passer du court au long et je trouve du plaisir à refaire des courts. Quand les réalisateurs présents ici atteindront un certain stade professionnel, ils trouveront eux aussi un intérêt à revenir au court métrage. Pendant le festival, j’ai vu des courts en compétition ainsi que ceux des étudiants. Personnellement, j’aime la simplicité du format. Les courts métrages sont des films à part entière.

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Sans réelle expérience de plateau, vous avez tourné votre premier court, « Le Pain et la rue » (1970) ? Qu’avez-vous appris ?

Je n’avais effectivement pas d’expérience de tournage. Ça a été l’expérience la plus difficile à mes yeux car je dirigeais un enfant, le chien du film était mauvais, et je tournais dans la rue. Ça a été réellement compliqué, raison pour laquelle je me suis dirigé par la suite vers de plus en plus de simplicité dans mon travail. J’ai vraiment commencé par quelque chose de très difficile. Si c’était à refaire, je ne le referais pas.

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Avez-vous eu la possibilité de voir le court métrage « Blank » de Amirnaeim Hosseini qui s’inspire de votre film, « Devoirs du soir » (1989) ?

Oui, je l’ai vu. Je l’ai même trouvé plus triste que le mien. Quand j’ai fait « Devoirs du soir », j’étais très peiné de voir que rien n’avait changé dans le système éducatif, comparé avec le moment où j’allais à l’école. Maintenant, rien n’a évolué non plus dans son film. La seule bonne chose, c’est que les générations, elles, ont changé. Les professeurs ne peuvent plus être intimidants et les enfants peuvent se défendre et revendiquer leurs droits. C’est la seule différence, mais le système éducatif, malheureusement, est celui qu’il était, inchangé.

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Par le passé, vous avez participé à des films collectifs comme « Chacun son cinéma » (pour le festival de Cannes) ou « Lumière et compagnie », tourné à l’occasion du centenaire du cinéma. Comment avez-vous perçu les contraintes de durée (52 secondes maximum), de son (pas de synchronisation), et de prises (3 maximum) de ce dernier projet ?

Je viens de la publicité et du graphisme, alors ça a été plutôt fascinant pour moi de faire un film aussi court avec toutes ces limites. J’avais 50 secondes pour raconter une histoire tenant essentiellement sur 3 plans. Le film parle de gens qu’on ne voit pas mais dont on entend juste les voix. Le projet était tellement restrictif que j’ai adoré l’idée. Quand j’étais jeune, je croyais à la limite, cette expérience a été la plus limitée de ma carrière. Et la plus plaisante.

Propos recueillis par Katia Bayer

Consulter les fiches techniques de « Le Pain et la rue » et de « Blank »

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