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Aubagne 2018, compte-rendu

Le vent souffle où il veut. Retour sur la 19e édition du Festival International du Film d’Aubagne

Le vent a soufflé sur la belle bourgade d’Aubagne à la fin du mois de mars dernier, éteignant dans le même élan les dix-neuf bougies du Festival International du Film, dont le surtitre révèle une surprenante symbiose : Musique et Cinéma. La situation ainsi posée, il se met à planer dans l’air un tourbillon malicieux, une impression d’hybridité. Car le vent s’impose comme un constant défi aux marcheurs et aux aventuriers, comme aux cinéastes et aux spectateurs d’une salle de cinéma, tant il s’avère désagréable et strident ou au contraire, mélodieux et haletant. D’ailleurs, si l’on se plonge dans le passé, on sait que l’histoire du vent ne saurait être opposée à celle du cinéma, bien au contraire. Que si Victor Sjöström a tenté d’en offrir en 1928 l’impossible image, c’est Joris Ivens qui projettera de dépasser le mur du son dans Une histoire de vent (1988), tout en demandant au compositeur de jazz Michel Portal d’en révéler la teneur à la fois tonitruante, changeante et fragile. Souvent le cinéma nous montre qu’à travers le bourrasques se dissimulent des cris étrangement inaudibles, des secrets inavouables, mais aussi des expériences passionnantes et des choix déterminants. Mais alors de quels draps aériens les films ont-ils pu se draper cette année ? Le bref passage de Format Court aux festivités aubagnaises est l’occasion de dresser un aperçu des sensations sonores et des impressions musicales qui ont émanées des films courts.

Un mot d’abord sur ce festival trop peu médiatisé, malgré l’importance de ce qui s’y trame chaque année. Les cinéphiles provençaux le savent bien désormais, la spécificité de l’événement est d’aborder les questions relatives à la musique et au son au cinéma. À travers une programmation éclectique et exigeante de films courts et longs, des rencontres avec des compositeurs chevronnés ou débutants, des cinés-concerts et des masterclasses, Aubagne devient chaque année le précieux laboratoire d’exposition de la diversité en termes de composition musicale et de design sonore dans les films, ainsi qu’un haut lieu de découvertes des innovations dans ces domaines. Et c’est, bien sûr, le lieu propice aux rencontres avec des professionnels. Dans les couloirs de l’Espace des Libertés, on a d’ailleurs pu croiser cette année quelques personnalités de marque, telles que l’oscarisé Gabriel Yared (Le Patient anglais), le fringant Gaspar Claus (Makala), l’envoûtant Éric Neveux (Persécution) et la pétillante Julie Roué (Jeune Femme).

Notons également que le festival a offert une carte blanche à d’autres festivals européens consacrés à la musique de films : le Festival Short Waves (Poznań, Pologne), le Festival New Directors/New Films (Espinho, Portugal), le Festival du Nouveau Cinéma (Montréal, Québec) et l’International Sound and Film Music Festival (Istria, Croatie). Le représentant de ce dernier, le compositeur croate Ozren K. Glaser, nous a d’ailleurs confié que son festival visait « à promouvoir la musique de films auprès de l’industrie cinématographique nationale », mais que l’engagement des jeunes compositeurs se révélait « encore trop limité ». Or, l’engagement des compositeurs ne va pas sans l’engagement du milieu cinématographique lui-même, malheureusement peu enclin à faire de la musique un enjeu majeur. La nécessité d’évoquer les rapports entre cinéma et musique se trouve néanmoins posée dans l’ensemble des contextes européens, même en France où le financement des compositions musicales originales fait souvent défaut. De façon générale néanmoins, Ozren K. Glaser affirme que dans le contexte balkanique « les relations entre le domaine cinématographique et le domaine musical sont animées par rapprochement positif depuis ces cinq dernières années ». Pourvu que ça dure. Pour que l’ivresse venue du vent, des sons et des notes, se renforce elle aussi.

Si 77 courts-métrages figuraient en compétition à Aubagne cette année, on serait en peine de pouvoir en rendre compte de la diversité de manière détaillée, d’autant que s’y entremêlaient tous les genres (fiction, documentaire, expérimental, animation) et les esthétiques les plus hétérogènes. Tous avaient pourtant un point commun, celui de rechercher un ton très singulier, de trouver la juste cohérence entre la forme et le fond, et surtout entre la sphère visuelle et la sphère sonore. Le festival rend indirectement attentif à ce qui fait la spécificité d’un regard : non seulement sa visualité mais son rythme, non seulement son apparence mais sa force. Quand on parle d’un cinéaste, on relève d’ailleurs avant tout son univers, l’atmosphère intrigante qu’il fabrique, une texture personnelle. Bref, la dimension musicale n’est jamais loin. Elle est même cruciale. Le Festival d’Aubagne permet au fond de susciter une acuité à l’égard d’une culture auditive complexe et méconnue, dont les codes et les langages s’enrichissent constamment.

Mon hypothèse sera donc celle-là : comment les images ménagent-elles un espace de surgissement du son ? On aurait a priori envie de sa poser la question inverse, consistant à savoir comment construire le son à travers une logique d’illustration, voire de dramatisation. Mais, à la manière du mouvement du vent dans les arbres, j’irais plutôt à rebrousse-poil des certitudes pour pointer la manière dont les images semblent faire de la place aux sons, ou bien signifient le monde jusqu’à donner un sens profond à une ambiance, à une somme de cris étouffés, jusqu’au silence révélé. Logique de la sensation, pour reprendre une expression de Gilles Deleuze. Si dans les toiles de l’artiste Roman Opałka, c’est le blanc qui est « mérité », il nous faut saisir dans quelle mesure ici, c’est le silence qui se mérite. Peu de films font ce pari du silence, fondé sur un emploi signifiant de la musique et d’une tonalité intérieure : aussi rares puissent-ils être, c’est auprès d’eux qu’on auraient envie de se lover.

Les Ormes

Disons, pour entrer dans le vif du sujet, que la sphère sonore peut se composer de signes d’un retour du refoulé, comme si à travers chaque bruit distinct s’opérait la possibilité fabuleuse d’émergence d’une réalité qu’on pensait à jamais recalée, exclue du présent. C’est le cas dans le film français Les Ormes de Marion Desseigne-Ravel. Le film offre moins un récit qu’une situation onirique; celle d’un homme d’origine bulgare (joué par Miglen Mirtchev), inscrit dans un contexte où il n’a visiblement pas de ressources financières, pas de reconnaissance sociale, et pas non plus de but précis. L’espace du métro, qui est souvent celui d’un passage nerveux, est investi dans un sens nouveau. Le protagoniste y erre sans finalité, c’est là qu’il fait inopinément la rencontre d’un membre de sa famille, ce dernier ayant pour sa part réussi dans la vie à l’occidental grâce à la fabrication de maisons en bois, et faisant remémorer au protagoniste l’existence d’un jardin originel à partir d’une vidéo montrée depuis un téléphone. C’est également dans le métro que le protagoniste décide finalement de s’asseoir, seul. Il se met à littéralement habiter le métro au sens propre comme au sens figuré. Marion Desseigne-Ravel parvient à renverser l’apparence négative de la situation migratoire — le protagoniste étant porteur d’une double tare : il apparaît à la fois étranger et pauvre — pour nous emmener vers un conte social à la connotation politique évidente, où l’homme se place progressivement dans un devenir-arbre. La métaphore boisée des racines parvient à rappeler aux spectateurs l’épaisseur perdue des apparences, et révéler la beauté dézinguée d’une trajectoire humaine complexe. On notera l’extraordinaire travail du design sonore produit par Benoît Gargonne et Fred Bielle, ainsi que la subtilité remarquable de la musique confectionnée par Julie Roué. Évitant tout manichéisme nostalgique, images (mêlant prises de vue directes et effets spéciaux) et sons s’enchaînent ainsi pour faire surgir de la réalité ses accents d’onirisme. À la façon de Krzysztof Kieślowski dans Blanc, la cinéaste révèle tout le caractère irréel et dramatique de l’espace souterrain tout en restituant au personnage sa dignité antérieurement abîmée.

Dramonasc

D’autres films emploient les sons comme un filtre à travers lequel se jouent des initiations de jeunesse rurale, un philtre d’amour dissimulant une haine sourde, restée partiellement inexpliquée. On pense au déstabilisant Dramonasc, un film français co-réalisé par Céline Gailleurd et Olivier Bohler. Portée par la musique élégante d’Alvise Sinivia, fameux pianiste adepte de l’improvisation, l’œuvre appréhende l’âge de l’adolescence à travers un naturel confondant. Tous les éléments propres au « film initiatique » y trouvent leur juste place : la rivalité masculine en vue de gagner le cœur du personnage féminin, la prise de risques comme étape dans l’affirmation personnelle, l’atmosphère estivale provoquant une expérience érotique des corps. Il repose sur une mise en scène à la fois gracieuse et électrisante, nourrie d’une constante attention portée aux paysages montagnards alentours. Les cinéastes parviennent ainsi à créer une œuvre aux apparences trompeuses, qui tire sa profondeur de l’atmosphère sonore révélant l’importance des éléments environnants, qu’ils soient macroscopiques ou microscopiques (la friction des peaux, l’herbe foulée, etc.). Comme si le profond silence des regards, en dehors des dialogues, devenait le lieu d’un espoir, celui de partir, de quitter ses conditions, d’appréhender différemment le présent. Musicalité rime donc ici avec vertige. Les dernières images le figurent parfaitement : les cris de l’adolescente forment l’appel en détresse face à la mort possible du protagoniste masculin, ménageant un dernier suspense et donnant tout son sens aux lamentations tragiques, conclues par un (quasi-)silence. Comme si ce silence révélait toute la dimension redoutable de cette fraternité amoureuse. Sonorité en crise.

Plavi Petar

Quelques autres films sont également porteurs de cette crise, puisant leur force dans l’investissement du clivage sonore encore plus affirmé. On y perçoit un balancement surprenant entre cris et silences, entre surenchères et ruptures sonores. À travers cette tension se soulèvent parfois des enjeux sociaux et politiques clairement posés. Le film slovéno-croate Plavi Petar de Marko Šantić, par exemple, raconte la trajectoire d’un jeune homme récemment engagé dans la police qui fait face, au cours d’une intervention de routine où il doit assister l’action d’une huissière de justice, à une situation malheureusement ordinaire : on retire leur télévision à un couple de personnes âgées. Peter ne l’entend pas de cette façon et contrevient, tel Antigone, aux directives de son chef hiérarchique pour rendre leur télévision au couple. Mais la justice doit faire son travail. Démuni, le jeune homme rentre chez lui et s’enferme dans sa chambre. Son supérieur souhaite le réintégrer mais le jeune homme, malgré les problèmes financiers de ses propres parents, décide d’assumer sa désobéissance et de se retirer. Employant le hors-champ comme contre-point à la désintégration quotidienne des valeurs les plus fondamentales, la mise en scène fait preuve d’une maîtrise incroyable dans la figuration du non-dit. Contre les nécessités verbalisées, c’est donc dans un silence éthique que se réfugie le protagoniste, accompagné par la musique discrète et puissante de Davor Herceg. Par-delà les paroles et les injonctions, c’est finalement le silence qui devait être la sphère de l’apprentissage, de la conscience, de l’intégrité.

Les Corps purs

Ce jeu entre verbalisation illusoire et silence de la conscience, on le retrouve aussi dans Les Corps purs, film belge co-réalisé par Bérangère McNeese et Guillaume de Ginestel. On suit ici une escort-girl et son chauffeur, rôles magistralement interprétés par les cinéastes eux-mêmes, dans les rues de Bruxelles. Si le personnage masculin tente d’abord de se confondre avec le silence lointain de la ville, il va progressivement apprendre à parler et à verbaliser son passé et ses désirs. À l’inverse, la protagoniste féminine très en verve, ne comprenant pas l’inhibition de l’homme, va lentement substituer son investissement fragile de l’oralité pour regarder le monde et tenter de se déprendre du tragique de son existence. La mise en scène ici est fabriquée sur des contrastes, tout comme la sphère sonore : les airs d’opéra et les nappes élégantes de Rony Brack au piano contrebalancent au début avec une horreur vécue. Dans l’attente d’une légèreté impossible. La profondeur du film vient du parti pris d’éviter de faire du son (conçu par Guillaume de Ginestel lui-même) une zone d’explicitation de l’action, mais plutôt un espace de silences parlants. On pourrait en conclure par là : le silence n’est pas seulement synonyme d’éloignement, tandis que le verbe ne rime pas forcément avec la compréhension mutuelle. Dans ce film, c’est par le vent, soufflant sur des plages dénudées où l’on danse sans vergogne, que l’empathie naissante entre les deux personnages se construit, émerge de nulle part, dans la paix acquise des regards échangés.

Bien d’autres films auraient pu être évoqués ici, mais ces quelques exemples nous permettent d’appréhender modestement les liens radicaux que peuvent entretenir la musique, les sons et les images. Ou plutôt comment, loin de pouvoir être opposés, ces trois éléments doivent s’entremêler dans un principe émotionnel général, se répondant les uns aux autres pour construire un imaginaire libre puisant dans la réalité sociale pour mieux en révéler la dimension onirique, décalée et sidérante. On se prendra alors à rêver — car de quoi sont synonymes les sons sinon du rêve ? — à l’édition prochaine du Festival d’Aubagne, où quelques notes de jazz au violon pourraient émaner des images pour rendre un vibrant hommage à deux grands faiseurs de vent pour le cinéma : Stéphane Grappelli et le récemment disparu, Didier Lockwood.

Mathieu Lericq

6 bons films sélectionnés à Sundance, visibles en ligne !

Dans la lignée des courts visibles en ligne proposés régulièrement par Format Court (tous accessibles via notre vidéothèque), nous vous proposons de (re)découvrir aujourd’hui notre sélection de 6 courts-métrages internationaux sélectionnés au Festival de Sundance, quasiment tous chroniqués sur notre site.

Ces films, pour la plupart plus anciens, ont marqué les membres de notre équipe. Il nous semble important de les exhumer du passé et de l’anonymat de la Toile car la qualité et l’originalité n’appartiennent pas qu’au présent. Loin de là 😉

Nous avons une pensée particulière pour Soft de Simon Ellis, un court-métrage magistral récompensé du Prix Spécial du Jury à Sundance 2008. Agathe Demmaneville, notre regrettée collaboratrice, avait interviewé le réalisateur, Simon Ellis, au 30ème festival du film court de Brest fin 2014. Les articles pouvant être remis en lumière tout comme les films, on vous invite également à (re)lire cet entretien passionnant.

Notre sélection de courts sélectionnés à Sundance

Teeth de Tom Brown, Daniel Gray (Animation, Hongrie, Royaume-Uni, États-Unis, 2015)

Article associé : la critique du film

Marcel, King of Tervuren de Tom Schroeder (Animation, États-Unis, 2013)

Article associé : la critique du film

Reindeer d’Eva Weber (Documentaire, Grande-Bretagne, 2013)

Article associé : la critique du film

This way up de Adam Foulkes et Alan Smith (Animation, Royaume-Uni, 2008)

Article associé : la critique du film

Soft de Simon Ellis (Fiction, Royaume-Uni, 2007)

Articles associés : la critique du film, l’interview du réalisateur

I love Sarah Jane de Spencer Susser (Fiction, Australie, États-Unis, 2007)

Article associé : la critique du DVD Extrême Cinéma, volume 2

2 films de Simon Coulibaly Gillard en ligne !

En 2013, notre équipe a primé Simon Coulibaly Gillard au Festival Filmer à tout prix à Bruxelles en novembre 2013 pour son très beau film d’école Anima. Nous avions diffusé un mois plus tard le film en présence du réalisateur dans la foulée du prix et reprogrammé le film dans une carte blanche au Festival de Toulouse.

Bonne nouvelle pour les amateurs de documentaires : Anima est en ligne, de même que Yaar, le film de fin d’études de Simon Coulibaly Gillard.

Nous vous invitons à découvrir ces 2 films et à retrouver en ligne le  dossier spécial que nous avions consacré à son auteur passionné par l’Afrique et le cinéma documentaire .

Anima. Documentaire, 18′, 2013, Belgique, INSAS. Prix Format Court au Festival Filmer à tout prix 2013

Synopsis : Parmi les hommes et leurs gestes, bruts et graves, une âme se libère. Elle s’extrait de notre monde dans un curieux voyage, une traversée par les airs de cet étrange village de l’ouest Africain.

Yaar. Documentaire, 19′, Belgique, INSAS, 2014. Meilleur film ethno-anthropologique et  prix de l’Université de Syracuse au Festival international du film documentaire de Florence

Synopsis : Au coeur de la brousse du Burkina Faso, au creux des graviers, une civilisation entêtée cherche son avenir sous la terre. Aveugles ou bien trop voyants, les chercheurs d’or creusent, nuit et jour pour s’enfoncer sous la surface, poussés par la folie qui à chaque instant guide l’homme jusqu’à sa mort.

B comme Les Bigorneaux

Fiche technique

Synopsis : Depuis la mort de sa mère, Alice aide son père à tenir son bar, Les Bigorneaux. C’est même elle qui gère tout. Mais ce travail et Brigognan-Plage l’exténuent et, à 30 ans, elle n’en peut plus.

Genre : Fiction

Durée : 25’

Pays : France

Année : 2017

Réalisation : Alice Vial

Scénario : Alice Vial, Clémence Madeleine-Perdrillat

Interprétation : Tiphaine Daviot, Philippe Rebbot, Rebecca Finet, Anouchka Csernakov, Lety Pardalis, Olivier de Narnaud, Gérard Bohanne, Thierry Machard

Image : Brice Pancot

Son : Sylvain Rety

Musique : Pierre-Antoine Durand

Montage : Nicolas Sarkissian

Production : Les Films du Cygne

Article associé : la critique du film

Les Bigorneaux de Alice Vial

Brignogan-Plages, face à la mer, venez savourer un café ou une bière au bar les Bigorneaux dont le charme simple et authentique ne vous laissera pas indifférents. Le petit plus : la playlist et la sympathie de Guy, le patron.

Au premier abord, rien ne semble pouvoir perturber ce décor maritime. Sauf que ce n’est pas Guy qui fait tourner la boutique, mais bien Zoé, sa fille de trente ans, qui se dévoue corps et âme depuis la mort prématurée de sa mère. Trente ans à mettre sa vie et sa santé de côté : Zoé, n’en peut plus, le cri des mouettes et ce paysage de carte postale la rendent malade, littéralement.

Réalisatrice, scénariste et actrice, Alice Vial passe des formats longs aux courts en prêtant toujours une attention particulière aux personnages. Dans ce quatrième court-métrage, elle nous dresse un portrait de femme touchant, drôle et juste.

Récompensé fin février par le César du meilleur court métrage de fiction et lauréat fin mars du Prix du Meilleur Film de fiction (ex aequo) au Festival du Film d’Aubagne Les Bigorneaux est porté par un trio d’acteurs qui fonctionne bien : Philippe Rebbot interprète le père, Rebecca Finet, une employée du bar et Tiphaine Daviot nous véhicule les états d’âme de Zoé. Leurs échanges, drôles et pertinents, rythment cette comédie et maintiennent une légèreté malgré le sérieux des thématiques abordées.

Si le film est émouvant et léger à la fois c’est d’ailleurs en partie grâce à la complicité qui apparaît entre Tiphaine Daviot et Philippe Rebbot. En effet, Alice Vial explore aussi la relation père-fille. Ici le lien est tendre et complexe. Adolescent attardé, Guy est dépassé depuis la mort de sa femme. Il laisse tout reposer sur les épaules de sa fille et, paradoxalement, refuse de la voir grandir. Il se réfugie dans le rock et dans ce fantasme américain de liberté plutôt que de se confronter à la réalité.

Ce contraste se retrouve dans la bande son très soignée du court-métrage. Majoritairement intra diégétique, la musique rock de Pierre-Antoine Durand laisse parfois place aux bruits de la mer. Ce va-et-vient entre l’ici et l’ailleurs est suggéré tout au long de la fiction. Une invitation au voyage qui donne envie, contrairement aux bigorneaux qui s’accrochent aux rochers, de prendre le large.

Juliette Lytovchenko

Consulter la fiche technique du film

Rappel. Rencontres pros ce jeudi 29.3.2018. Spécial TV !

Ce jeudi 29 mars, Format Court vous convie à son 4ème Rendez-vous professionnel consacré à la télévision et aux diffuseurs de courts-métrages. Cette nouvelle rencontre professionnelle aura lieu à 19h au MyCowork Beaubourg (5 Rue du Cloître Saint-Merri, 75004 Paris) en présence de Pascale Faure (responsable des Programmes Courts de Canal+), Hélène Vayssières (responsable des programmes Courts d’Arte et du Magazine Court-circuit), Angèle Paulino (responsable des courts-métrages, TV 5 Monde), Jonathan Hazan (producteur, Les Films du Cygne), Fabrice Préel-Cléach (producteur, Offshore) et Loïc Barché (réalisateur).

3 courts-métrages en lien avec nos invités seront diffusés avant la table ronde et l’échange avec la salle. Un pot offert conclura cette nouvelle rencontre.

Au vu du succès de l’événement, nous vous invitons vivement à réserver à l’adresse suivante (rencontresprosformatcourt@gmail.com) et à régler votre place en ligne sur le site de Leetchi.

Programmation (durée : 66 minutes)

– Les Bigorneaux de Alice Vial. Fiction, 25’, 2017, France, Les Films du Cygne. César du Meilleur Court-Métrage 2018, Prix du Meilleur Film de fiction (ex aequo) au Festival du Film d’Aubagne

– Goliath de Loïc Barché. Fiction, 18′, 2016, France, Punchline Cinéma. Prix UniFrance Festival Tous Courts d’Aix-en-Provence 2016, Grand Prix et Prix de la mise en scène au Festival Tournez Court 2016

– Vihta de Francois Bierry. Fiction, 21′, 2018, France, Belgique, Offshore, Hélicotronc, CZAR Films, Ultime Razzia Productions. Prix Spécial du Jury (compétition nationale) au Festival de Clermont-Ferrand 2018

En pratique

Quand ? Jeudi 29 mars 2018 à partir de 19h
Où ? MyCowork Beaubourg (5 Rue du Cloître Saint-Merri, 75004 Paris)
Comment ? Métros proches : Hôtel de Ville, Châtelet, Rambuteau

PAF : 7 € (gratuit pour les adhérents de Format Court. Possibilité de régler son adhésion sur place)
Pot offert !
Réservations : rencontresprosformatcourt@gmail.com
Règlement en ligne
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Carte blanche Format Court à Marseille

À Marseille, l’association « Des courts l’après-midi » propose tous les premiers samedis du mois à 16h des projections gratuites de courts métrages contemporains au Cinéma le Miroir du Centre de la Vieille Charité à Marseille. Samedi 7 avril 2018, à 16h, Format Court bénéficiera d’une nouvelle carte blanche. Katia Bayer (Rédactrice en chef) et Aziza Kaddour (membre de l’équipe et assistante au département court-métrage du CNC) présenteront la séance. Si vous êtes à Marseille, venez nous voir et découvrir notre sélection !

Programmation

Negative Space de Max Porter et Ru Kuwahata. Animation, 5’30 », 2017, France, Ikki Film. Mention Prix André Martin et Prix Fipresci au Festival d’Annecy 2017

Synopsis : Mon père m’a appris comment faire une valise.

Article associé : la critique du film

Un juego de niños de Jacques Toulemonde Vidal. Fiction, 18′, 2010, France, Colombie, Noodles Production. Prix Égalité et Diversité au Festival de Clermont-Ferrand 2011

Synopsis : Pablo, un adolescent issu de la bourgeoisie bogotaine, est agressé par Leo, un jeune homme à peine plus vieux que lui aux origines défavorisées. Pour sauver sa vie, Pablo emmène Leo chez son meilleur ami, Federico. Dans l’appartement de ce dernier, ils se découvrent des goûts, des envies, des problèmes communs. Une ébauche d’amitié pourrait s’esquisser, mais la peur finit par prendre le dessus.

Peine perdue de Arthur Harari. Fiction, 40′, France, 2013, Bathysphère Productions. Prix Format Court au Festival de Brive 2014

Synopsis : Une fin d’après-midi au bord d’une rivière, un concert près de l’eau. L’étrange Rodolphe remarque Alex, jeune homme timide qui n’a d’yeux que pour Julia, parisienne en vacances. Rodolphe entreprend de l’aider, à sa manière.

Articles associés : la critique du filml’interview d’Arthur Harari

Mon homme (poulpe) de Stéphanie Cadoret. Animation, 8’50, 2016, France,  Marmitafilms. Sélectionné au Festivals Animatou 2017 (Genève) et au Festival Interfilm 2017 (Berlin)

Synopsis : Une jeune femme rentre chez elle. Elle se déshabille, se met en maillot de bain et s’enfonce dans les profondeurs submergées d’eau de son appartement. Peuplée d’une flore aquatique baroque, l’habitation est devenue l’écosystème de son conjoint : un poulpe. Jusqu’au lendemain matin, elle se plie à cet environnement hostile, humide et suffocant qui constitue son quotidien avec son homme (poulpe).

Varicella de Fulvio Risuleo. Fiction, 14’, 2015, Italie, REVOK S.r.l. Sélectionné à la Semaine de la Critique 2015, Prix du Jury au festival Séquence Court-Métrage de Toulouse 2015

Synopsis : La varicelle est inoffensive pour un enfant, mais elle peut être très dangereuse pour un adulte. Quand Maman l’apprend, elle s’inquiète pour son petit Carlo, qui ne l’a pas eue. Il grandit rapidement et il faut donc agir immédiatement. Elle doit trouver le moyen de le rendre malade. Mais qu’en pense Papa ?

Le film de la semaine : Katatsumori de Naomi Kawase

Genre : Documentaire, 40′, 1994, Japon, Naomi Kawase

Synopsis : Deux ans après Dans ses bras, Naomi Kawase filme sa grand-mère, qui l’a élevée depuis l’enfance, dans ses gestes quotidiens et sans cesse répétés, en particulier les soins dont elle entoure les plantes du jardin. De la même manière, la cinéaste filme quotidiennement et inscrit son geste cinématographique au cœur de la relation qu’elle entretient avec son aïeule.

Avant d’affiner le style très gracieux et intimiste qu’on associe à Naomi Kawase, la réalisatrice japonaise s’est tournée vers des éléments autobiographiques à l’aube de sa filmographie pour livrer des bijoux du cinéma documentaire. Par une heureuse coïncidence, alors qu’on savoure la sortie de Vers la Lumière, son tout dernier long, Katatsumori (Escargot), un de ses premiers courts métrages, était programmé à Bruxelles le 22 février dernier dans le cadre des séances Short Screens.

Sa relation avec ses grand-parents et parents adoptifs est un sujet récurrent dans les premiers films de Kawase, déjà prolifique dans le cinéma à peine sortie de ses études de photographie à l’École des Arts Visuels d’Ōsaka. Cette idée revient comme leitmotiv en filigrane de ses fictions tout au long de sa carrière, comme par exemple dans An (Les délices de Tokyo), avec la figure maternelle suranéee traitée tour à tour comme un sujet d’isolement et de révérence.

Katatsumori est en quelque sorte l’expression la plus sincère de cette hypothèse filiale. En filmant dans toute leur lenteur les réflexions spontanées, les souvenirs racontés et les les gestes quotidiens de sa mère Uno Kawase, notamment lors de ses labeurs au jardin, Naomi Kawase retrace de manière symbolique l’amour et l’éducation qu’elle a elle-même reçus de sa marâtre. Elle lui rend en même temps hommage dans sa vieillesse, témoignant comme un besoin sous-jacent de figer le temps et d’immortaliser à l’image ces moments entre mère et fille dans toute leur impermanence.

Avec un sujet faussement anodin en apparence et un choix formel (le Super 8) caractérisé par des imperfections esthétiques et techniques, Naomi Kawase signe une œuvre singulière qui valse entre home movie et grand documentaire à portée universelle. Les sauts du son et le grain dense et raturé ne font qu’appuyer le soin et la discipline implacable avec lesquels l’enfant porte un regard émerveillé sur sa mère qui la regarde à son tour avec pudeur et tendresse.

Adi Chesson

Article associé : l’interview de Naomi Kawase

Agnès au pays de Varda

Ayant obtenu un César d’honneur en 2001, une Palme d’honneur à Cannes en 2015 et un Oscar d’honneur en novembre dernier pour l’ensemble de sa carrière, Agnès Varda, la grand-mère de la nouvelle vague aux allures de petite fille continue à faire parler d’elle, à près de 90 ans. Son dernier film Visages villages co-réalisé avec JR était en lice pour la 43ème cérémonie des Césars et la 90ème cérémonie des Oscars. Même si le tandem est reparti les mains vides, c’est tout de même l’occasion pour nous de retracer le merveilleux parcours de cette amoureuse de la forme courte.

Agnès Varda traverse le temps avec autant de facilité et d’engouement mutin, qu’Alice le pays des merveilles. Celle qui a eu trois vies artistiques complémentaires, photographe, cinéaste et plasticienne, marque son travail éclectique du sceau du plaisir et de la curiosité. Elle débute sa carrière en 1949 comme photographe aux côtés de Jean Vilar. Elle la poursuit en réalisant le film La Pointe courte avec Philipe Noiret et Silvia Montfort en 1954, ce qui fait d’elle l’un des précurseurs incontournables de la Nouvelle vague. Suivent une trentaine de films aussi bien longs que courts. A cela s’ajoute un goût particulier pour l’art qu’elle met, à partir de 2003, au service d’installations souvent cocasses, Patatutopia (2003) ou encore Les Veuves de Noirmoutier (2005).

Varda tous courts

S’il est un objet précieux à conseiller à celui qui voudrait approcher l’univers court d’Agnès Varda, c’est le coffret DVD « Varda, tous courts », produit par Ciné Tamaris, co-édité en 2007 avec le Scérén-CNDP et composé de deux DVD rassemblant l’ensemble de ses court métrages (16) réalisés entre 1957 et 2004. En bonus, nous retrouvons 14 films sur les 170 de la série « Une minute pour une image », diffusée sur FR3 de février à juillet 1983 ainsi qu’une conversation autour des courts métrages de Varda (« Du Coq à l’âne : Des mains et des objets ») et un livret de 20 pages illustrées et commentées.

« Salut les cubains »

Subdivisés en 4 thématiques distinctes (les courts « touristiques », « Cinévardaphoto », les courts « contestataires », «L’essai » et les courts « parisiens »), les films permettent de suivre l’évolution du monde enchanteur de la réalisatrice où l’on peut déceler certaines caractéristiques que l’on retrouve dans ses longs-métrages.

De la cinécriture à la cinéfiction

Aux côtés de fictions notoires La Pointe courte (1954), Cléo de 5 à 7 (1962), Sans toit ni loi (1985), Jacquot de Nantes (1991), foisonne un cinéma documentaire où Varda déploie le meilleur de son art. Un cinéma modelé de sa patte subjective et émerveillée qui fait appel à un(e) narrateur/trice qui nous prend par la main pour nous emmener vers un pays où les associations d’idées, les fantaisies visuelles et cocasses, les commentaires hors sujet sont monnaie courante et ont pour but d’égayer l’humeur du spectateur dont elle craint l’ennui. La narration peut prendre des allures de contes et l’on sent l’importance accordée à l’écriture.

La démarche documentaire de Varda est peu commune car elle s’amuse à habiller la réalité pour mieux la transfigurer. C’est ainsi que dans Ô saisons, Ô châteaux (1957) qui était une commande de l’Office de tourisme, elle n’hésite pas à balader le spectateur au travers de diverses réalités sans se limiter aux aspects exclusivement factuels. Les références aux poètes Rimbaud, Malraux, Ronsard, Villon, la volonté de montrer des mannequins au beau milieu des châteaux de la Loire provoquant un contraste volontaire, rendent compte d’une démarche éminemment subjective qui n’a de cesse de vouloir transformer la réalité en y ajoutant une petite touche personnelle.

On retrouve cette facture dans Du côté de la côte (1958), autre film de commande, où transparait son point de vue personnel sur la Côte d’Azur dans une réflexion sur l’Eden venant ponctuer le film. Même constat dans L’Opéra-mouffe (1958), Salut les Cubains (1962), Ulysse (1982) qui lui vaut le César du meilleur court métrage en 1983, et Les dites cariatides (1984). Dans chacun de ces courts métrages, au-delà, de la réalité qu’elle entend montrer (la pauvreté du Paris d’après guerre perçu par une femme enceinte, la frénésie qui régnait à Cuba après la Révolution cubaine, une réflexion sur la photographie, la mise en valeur d’un certain type de statuaire parisienne de la fin du XIXème siècle), la généreuse Varda donne un point de vue visuel. Ce sont autant d’autoportraits, tels des journaux intimes filmés, qui donnent à voir et à entendre ses préoccupations du moment, ses joies et ses peurs sans jamais toutefois trop en dire. Ce travail d’équilibriste, on le doit à une démarche artistique fort éloignée de tout académisme. Cette touche à tout à l’univers éclectique aime que le hasard trace la route de ses créations et c’est au gré de ses envies qu’elle les réalise.

De l’engagement

Black Panthers (1968) et Réponses de femmes (1975) sont des films engagés qui mettent en exergue la volonté de leur auteur de traiter un sujet d’actualité de façon urgente ou originale. Pour le premier, Varda vivait alors à Los Angeles et voulait témoigner de ce qu’il se passait aux Etats-Unis à cette époque. Les manifestations pour les droits civiques des Noirs prenaient de l’ampleur suite à l’arrestation de l’un de leurs leaders, Huey Newton. Avec des images qui semblent être prises sur le vif, loin de ses habituelles mise en scène, la réalisatrice sent l’enjeu historique qui se joue et nous relate de façon journalistique les évènements de l’époque ce qui fait que le film est davantage un témoignage historique ce qui n’est pas le cas de Réponses de femmes (1975) qui est, quant à lui, très construit et mis en scène. Autant de femmes vêtues ou dévêtues qui donnent leur avis sur les questions féministes de l’époque. Plus de 40 ans plus tard, dans les vagues contestataires du mouvement #MeToo, le film et les questions qu’il soulève révèle une certaine stagnation des mouvements féministes de 1975 à aujourd’hui. Alors, Varda, féministe ? Pas plus qu’une autre à cette époque. Varda avant-gardiste plutôt. Davantage intéressée par l’expérimentation que par le sujet, elle n’hésite pas à passer d’une cause à l’autre.

De l’amour de l’art à l’art d’aimer

De l’expérimentation il en est question dans son unique essai cinématographique 7p., cuis., s.de b. (à saisir) (1984) avec Yolande Moreau avant les « Dechiens ». Comme pour l’écriture automatique, Varda laisse ici, libre cours à son imagination pour parler d’une famille bourgeoise dont le père est un brin despotique et la fille un doux oiseau rebelle. Mais c’est l’art qui la motive et la mène sur les routes de France et d’ailleurs.

Oncle Yanco (1967) nous entraîne à San Francisco en pleine période hippie à la rencontre de l’oncle de Varda. Artiste de profession et original comme l’est un oncle d’Amérique, il nous fait découvrir ses toiles sous la caméra intéressée de sa nièce. Plaisir d’amour en Iran (1976) est une fiction qui met en valeur la sensualité qui se dégage de l’architecture orientale, T’as de beaux escaliers, tu sais (1986) est un film hommage à la Cinémathèque française et à ses escaliers à l’occasion de ses 50 ans. Originale jusqu’au bout, Varda décide de prendre des extraits de célèbres films où l’on voit des marches d’escaliers. De Pépé le Moko en passant par Le Cuirassé Potemkine et en terminant par Adjani derrière ses lunettes noires. Ulysse (1982) est une réflexion sur la composition en photographie et sur le hors champ d’une image prise à un certain moment. Le temps a passé et Varda est allée retrouver les protagonistes pour les interroger sur cet instant décisif dont ils ne souviennent qu’à peine. On nous parle de l’acte de créer, de la création et des créatures, de la fiction et de la réalité.

Enfin, un court en particulier attire l’attention à la fois pour sa forme et son sujet, Ydessa, les ours et etc…(2004) La caméra de Varda se substitue aux yeux du spectateur et déambule dans les couloirs de l’exposition de Ydessa Hendless, « Partners Teddy Bear Project » à la Maison de l’art à Munich. Un projet avec des nounours et des dizaines, des centaines de photos d’enfants, d’hommes et de femmes qui posent avec la peluche. Si le dispositif est là pour nous donner le vertige, c’est pour mieux nous faire tomber de nos certitudes. La démarche artistique d’Ydessa se superpose alors à celle de Varda.

Ce qui anime l’avant, le pendant et l’après d’un film d’Agnès Varda, c’est le dialogue humaniste qu’elle entretient avec son sujet et le spectateur. En 64 ans de carrière, cette dépositaire d’un héritage cinématographique indéniable, cette artiste polymorphe a écrit, inventé et filmé des images de toutes sortes, aussi insolites que celle de Godard enlevant ses lunettes noires dans Les Fiancés du Pont Mac Donald (1961) faisant étrangement écho à JR qui enlève les siennes dans Visages villages (2016).

Marie Bergeret

Coffret DVD Varda, tous courts, produit par Ciné Tamaris, co-édité en 2007 avec le Scérén-CNDP. Composé de deux DVD rassemblant l’ensemble de ses court métrages (16) réalisés entre 1957 et 2004.

 

4èmes Rencontres pros de Format Court, jeudi 29/3/2018. Spécial TV !

Après s’être intéressé à la production, aux festivals et au scénario, Format Court vous invite à son 4ème rendez-vous professionnel consacré à la télévision et aux diffuseurs de courts-métrages. Cette nouvelle édition aura lieu le jeudi 29 mars 2018 à 19h, au MyCowork Beaubourg (5 Rue du Cloître Saint-Merri, 75004 Paris).

Quelles sont les chaînes de télévision qui diffusent du court ? De quelle manière intervient ce soutien ? Qui sont les diffuseurs et responsables des cases dédiées ? Quelles sont les spécificités de leurs rendez-vous ? Comment se créent et se développent les relations avec les réalisateurs et producteurs ? Comment proposer un film à une chaîne ? Quels sont les critères requis ?

Les participants à notre table ronde sont : Pascale Faure (responsable des Programmes Courts de Canal+), Hélène Vayssières (responsable des programmes Courts d’Arte et du Magazine Court-circuit), Angèle Paulino (responsable des courts-métrages, TV 5 Monde), Jonathan Hazan (producteur, Les Films du Cygne), Fabrice Préel-Cléach (producteur, Offshore), Loïc Barché (réalisateur).

En prélude de la rencontre et de l’échange avec le public, nous projetterons 3 courts-métrages soutenus et diffusés sur ces chaînes.

Pour assister à cette nouvelle soirée, nous vous invitons vivement à réserver dès à présent votre place à l’adresse suivante : rencontresprosformatcourt@gmail.com.

Programmation (durée : 66 minutes)

Les Bigorneaux de Alice Vial. Fiction, 25’, 2017, France, Les Films du Cygne. César du Meilleur Court-Métrage 2018. En présence de Jonathan Hazan (producteur)

Synopsis : À Brignogan-Plages, Zoé, trente ans, travaille au bar Les Bigorneaux, avec son père, Guy. Tantôt serveuse, barman, patronne, elle s’épuise à tout prendre en charge, épaulant Guy depuis la mort prématurée de sa mère. Un matin, Zoé se met à souffrir de vertiges et de nausées qui perturbent son quotidien. Elle craint d’être tombée enceinte, mais sa gynéco lui apprend qu’elle souffre d’un tout autre mal.

Article associé : la critique du film

Goliath de Loïc Barché. Fiction, 18′, 2016, France, Punchline Cinéma. Prix UniFrance Festival Tous Courts d’Aix-en-Provence 2016. En présence du réalisateur

Synopsis : Nicolas est follement amoureux de Charlotte, une fille qu’il connait à peine et qu’il fantasme à travers les photos qu’elle publie sur Facebook. Accompagné d’un ami, il décide de lui prouver son amour en accomplissant un exploit.

Vihta de Francois Bierry. Fiction, 21′, 2018, France, Belgique, Offshore, Hélicotronc, CZAR Films, Ultime Razzia Productions. Prix Spécial du Jury (compétition nationale) au Festival de Clermont-Ferrand 2018. En présence de Fabrice Préel-Cléach (producteur)

Synopsis : Serge et ses quatre collègues sont salariés d’une petite entreprise, fraîchement rachetée par un grand groupe. Comme cadeau de bienvenue, ils sont conviés par leur nouvel employeur à une journée détente dans un centre thermal.

En pratique

Quand ? Jeudi 29 mars 2018 à partir de 19h
Où ? MyCowork Beaubourg (5 Rue du Cloître Saint-Merri, 75004 Paris)
Comment ? Métros proches : Hôtel de Ville, Châtelet, Rambuteau
PAF : 7 € (gratuit pour les adhérents de Format Court)
Pot offert !
Réservations : rencontresprosformatcourt@gmail.com
Event Facebook : https://www.facebook.com/events/336198026890073/

Journées Portes Ouvertes de l’ESRA à Paris

Crée à Paris en 1972, l’ESRA est le premier groupe privé de formations aux métiers de l’audiovisuel en France. Il propose des formations liées aux métiers du Cinéma et de l’Audiovisuel, du Son et du Film d’Animation. L’établissement est reconnu par l’État et délivre dans chacun des trois domaines un diplôme visé par l’État à Bac +3.

Mercredi 21, jeudi 22 et samedi 24 mars 2018, le Groupe ESRA organisera des Journées Portes Ouvertes à Paris (135, avenue Félix Faure, dans le 15ème arrondissement) au cours desquelles les futurs étudiants pourront découvrir l’école, ses spécialisations et ses débouchés mais aussi rencontrer les équipes pédagogiques. Les étudiants seront également présents lors de ces Journées Portes Ouvertes. Ils feront visiter les studios et les installations techniques aux futurs étudiants et partageront leurs acquis et expériences.

Démonstrations, animations et visites guidées par les étudiants seront mises en place pour faire découvrir aux futurs étudiants l’école, le matériel à disposition et ses spécialisations. Pour l’occasion, 4 réunions d’information liées aux 4 programmes proposés par l’école auront lieu tous les jours à 11h, 15h et 17h :

– ESRA pour le Cinéma et la Télévision,

– ISTS pour les métiers du Son,

– ESRA Animation pour les métiers d’Animation 2D/3D.

– DHEC – Après un Bac +3

Pour plus d’information sur les formations proposées par ESRA Paris  : http://www.esra.edu/campus/paris/

Event Facebook : https://www.facebook.com/events/685329581674513/

Short Screens #80 : Je, tu, il, elle

Qui suis-je ? Réponse à dimension variable et plurielle. La quête de l’identité sous de multiples formes occupe le devant de la scène lors de cette 80ème séance de Short Screens. Pas moins de 8 courts métrages issus d’univers et styles différents nous emmènent à la découverte de soi et de l’autre.

Rendez-vous le jeudi 29 mars à 19h30, au cinéma Aventure, Galerie du Centre, Rue des Fripiers 57, 1000 Bruxelles – PAF 6€

Visitez la page Facebook de l’événement ici !

Programmation

Intrinsic Moral Evil de Harm Weistra, expérimental, Pays-Bas, 2013, 10’75’’ (FrameLab), VO EN / ST FR

“Intrinsic Moral Evil” ressemble à un conte sur l’identité et la maturité. Mais pardessus tout, les trois danseurs jouent avec les perceptions et les attentes du spectateur : est-ce un souvenir, un rêve, une quête d’identité ? S’agit-il d’une amitié perdue ou du fait de devenir adulte ? L’histoire se développe progressivement, ne dévoilant ses secrets qu’à la fin. Laissant le public dans la confusion, le poussant à réfléchir et à se faire sa propre interprétation.

Prufrock de Iara Lee, experimental, Etats-Unis, 1991, 4’5’’(Cultures of Resistance Films), VO EN / ST FR

Poème expérimental basé sur “La chanson d’amour de J. Alfred Prufrock” de T.S. Elliot, et raconté par Matt Dillon.

Enraged By A Picture de Zanele Muholi, documentaire, Afrique du sud, 2005, 15’ (Stevenson), VO EN / ST FR

Muholi, photographe, inaugure son exposition à Johannesburg. Efficacement conflictuelle, l’expo fait sensation et provoque un tollé autour d’un sujet particulièrement tabou : être noire et lesbienne. Chaque photo monochrome capture sans détours la réalité des sujets de la photographe, l’inconfort quotidien, les doubles vies, les abus et la haine. Ce documentaire passionnant force les gens à ouvrir les yeux sur la réalité de ce monde, qu’ils le veuillent ou non.

New Old School de Super Preachers, expérimental, Etats-Unis, 2008, 4’20 » (Hazelwood Vinyl Plastics), VO EN / ST FR

Parlez-vous anglais ? Ce clip délirant vous aidera à faire vos premiers pas dans la langue de Shakespeare. Musique des Super Preachers

Ben/O de Guldem Durmaz, documentaire, Turquie, 2011, 22’30 » (Güldem Durmaz / Yakamoz), VO TUR / ST FR

Esmeray est une artiste, transsexuelle, kurde qui vit aujourd’hui en Turquie. On l’a d’abord filmée déambulant dans la nuit d’Istanbul, son territoire. Puis on lui a demandé de se remettre brièvement dans la peau, ou au moins dans le costume, de l’homme qu’elle a cessé d’être depuis vingt ans. Ainsi travesti(e), elle a repris les mêmes trajets. Les deux images sont présentées simultanément en split screen. Le film devient une sorte d’expérience d’auto-dissimulation.

Offside de Jimmy Dean, fiction, Royaume-Uni, 2015, 18’ (University of Westminster), VO EN / ST FR

Après avoir appris par son père qu’elle s’apprête à perdre sa place au sein de l’équipe de football masculine, Kirsty, onze ans, a du mal à se faire à l’idée qu’elle est en train de devenir une femme.

No hablar (Indian Diaries 2) de Chantal Maillard et David Varela, expérimental, Espagne, 2015, 5’46’’ (Chantal Maillard, Lola Martínez, David Varela), VO ESP / ST FR

Second volet d’un travail multidisciplinaire basé sur les textes et poèmes de l’écrivaine et philosophe Chantal Maillard dans la ville de Bénarès, et les images filmées dans la même ville par le cinéaste David Varela.

Turkkiosken (Le magasin turc) de Bahar Pars, fiction, Suède, 2017, 7’ (Sic Film AB), VO SW / ST EN,FR

Dans une boîte de créateurs à Stockholm, Cecilia, raconte une anecdote en utilisant une appellation à caractère raciste. Asal, la nouvelle, interroge Cecilia sur son choix de mots ce qui offense cette dernière. Turkkiosken est une comédie sur le racisme ordinaire au boulot.

Du côté des Oscars 2018. Les courts primés !

Après les Cesar, voici les résultats des courts primés aux Oscars 2018 ce weekend.

Oscar du Meilleur court métrage de fiction : The Silent Child de Chris Overton et Rachel Shenton

Oscar du Meilleur court métrage d’animation : Dear Basketball de Glen Keane et Kobe Bryant

Oscar du Meilleur court métrage documentaire : Heaven Is a Traffic Jam on the 405 de Frank Stiefel

Voici les 2 courts primés aux César 2018

Vendredi soir, la salle Pleyel a accueilli la traditionnelle cérémonie des Cesar dédiée à Jeanne Moreau. Les deux courts-métrages primés par les votants de l’Académie sont réalisés par des femmes.

Le César 2018 du meilleur court-métrage de fiction a été attribué à Les Bigorneaux de Alice Vial, produit par Les Films du Cygne et celui du meilleur court-métrage d’animation à Pépé Le Morse, de Lucrèce Andreae, produit par Caïmans Productions.

Voici un extrait de Les Bigorneaux de Alice Vial, chroniqué sur Format Court.

Pépé Le Morse réalisé par Lucrèce Andreae, de son côté, a fait ses débuts à Cannes l’an passé (compétition officielle) et a remporté le Prix du Public à Annecy. La critique du film se trouve ici.

Vous aimez l’univers et le film de Lucrèce Andreae ? Cela tombe bien : Les mots de la carpe, son très beau film de fin d’études de La Poudrière, est également en ligne ! Nous en avions parlé sur le site.

Le film de la semaine : Toute Latitude de Sébastien Laudenbach

Deux ans après La Jeune fille sans mains (2016), nous avons la chance de retrouver le dessin de Sébastien Laudenbach qui réalise les quatre clips du nouvel album de Dominique A. Le premier clip est disponible depuis le début de l’année et il suffit de le découvrir pour guetter avec impatience les suivants…

Dès les premiers instants, l’animation du morceau Toute Latitude ravive le souvenir de La Jeune fille sans mains, le premier long de Sébastien Laudenbach sorti dans les salles fin 2016, et on ne tarde pas à comprendre que comme dans celui-ci, le réalisateur fabrique son film à partir d’un canevas construit autour d’un conte, et traduit par des images à caractère hautement métaphorique et épuré.

La chanson de Dominique A évoque le trajet d’une vie, depuis la période de l’adolescence rêveuse et libre jusqu’à cet âge où l’on prend le temps de se retourner pour y repenser. Voici un échantillon des paroles : « Nous avions toute latitude et toute la vie, aucun engagement d’aucune sorte, avec pour seule devise : peu importe ».

Sur un fond jaune, une courbe se prolonge jusqu’à devenir un cercle qui s’emplit pour devenir un astre sur un ciel dégagé, notre soleil. Tout concourt à une transformation plus belle encore, un trait peut devenir un astre brillant, la philosophie de vie que créé Sébastien Laudenbach dans son film tient de la logique du papillon.

Son trait est léger, tout en silhouette et souvent détaché de la couleur de remplissage. Les personnages semblent se draper dans une sorte d’aura colorée les détache subtilement du statut de personne simple. Sébastien Laudenbach introduit du mythologique dans le récit et dans son animation, les choses peuvent d’un coup de crayon devenir quelque chose d’autre.

Dans un jardin d’Eden, au cœur de la nature, des centaures, des lutins, des sirènes, des fées profitent de l’éternité. Mais comme dans tout mythe de jardin originel, les choses se gâtent avec le pêché originel. Le serpent, le scorpion, les tentations ont conduit l’homme damné à contempler le Jardin d’Eden à s’effondrer inexorablement sur lui-même, le jardin d’Eden étant la Terre.

Le destin semble tragique mais il y a toujours des accidents dans la vie. Et c’est par le truchement de l’animation que le possible happy end prévient. Comme l’arc de cercle peut se muer en astre sidéral, les points blancs peuvent incarner des atomes, des électrons, des étoiles, des libellules, des graines, leur nature est liée à leur contexte, et ils peuvent donc révéler des prodiges insoupçonnés mis dans les conditions adéquates ; soumis à la simple volonté de la main du créateur, peut-être même nous offrir une second souffle.

Dans un entretien disponible sur la page Allociné de La Jeune fille sans mains, Sébastien Laudenbach explique que « l’animation peut-être terminée avec des dessins qui eux, sont tous, inachevés ». On se souviendra du traitement réservé au oiseaux à la quatrième minute du film Vibrato (2017) que Sébastien a réalisé pour l’Opéra National de Paris, dessinés selon leur plume et leur voltige et pas comme des animaux aux « portraits » bien définis. C’est sûrement ce qui fait un peu du charme de son style onirique, un « manque » dans l’image qui paraît se combler sans cesse dans son propre mouvement mais n’arrive jamais à sa forme définitive. Voilà une posture de créateur qui nous invite à attendre perpétuellement la suite pour mieux comprendre ce que nous sommes en train de voir.

Gary Delépine

Lire notre précédente interview de Sébastien Laudenbach (2010)

Les scénarios des 3 films projetés ce mercredi soir !

En prévision de notre rencontre professionnelle de ce mercredi 28/2 autour du scénario, nous vous proposons de découvrir les dossiers des 3 films programmés, en présence de leurs équipes :

« L’Ogre » de Laurène Braibant

– Le dossier de Et toujours nous marcherons de Jonathan Millet (Films Grand Huit, Offshore) consultable en ligne sur le site internet de la scénariothèque du CNC : scénario, note d’intention, repérages, note d’intention musicale, …

– Le dossier de La Convention de Genève de Benoît Martin (Année Zéro) : scénario + note d’intention

– Le dossier de L’Ogre de Laurène Braibant (Papy 3D Productions) : scénario, note d’intention, storyboard, recherches graphiques, …

Berlin 2018, le palmarès des courts

Le 68ème Festival de Berlin qui s’est achevé ce samedi soir a récompensé plusieurs courts, parmi les 22 films en compétition. Voici lesquels.

Ours d’or : The Men Behind the Wall de Ines Moldavsky, Israël

Ours d’argent : Imfura de Samuel Ishimwe, Suisse / Rwanda

Prix Audi : Solar Walk de Réka Bucsi, Danemark

Nomination pour les European Film Awards 2018 : Burkina Brandenburg Komplex de Ulu Braun, Allemagne

La Palme d’or du court métrage 2015, visible en ligne !

Depuis un mois, Waves’98 du réalisateur libanais Ely Dagher est visible en ligne. Ce court-métrage d’animation s’est vu décerner la Palme d’or en 2015 à Cannes, en France et le Bayard d’or du Meilleur Court métrage au Festival de Namur la même année.

Waves ’98 est autant un film narratif qu’un essai visuel  dédié à la ville natale du réalisateur, Beyrouth. Le film est une exploration artistique de la relation actuelle du réalisateur avec le Liban, son pays d’origine, racontée à travers l’histoire d’un adolescent en 1998.

Syn . : Désenchanté par sa vie dans la banlieue isolée de Beyrouth, les errances d’Omar l’amènent dans les profondeurs de la ville. Immergé dans un monde familier mais étrange à sa réalité, il se retrouve en lutte pour sauvegarder ses attaches.

3èmes Rencontres pros de Format Court, mercredi 28/2/2018. Focus scénario !

Bonne nouvelle : le 3ème rendez-vous professionnel de Format Court aura lieu le mercredi 28 février 2018 à 19h, au MyCowork Beaubourg (5 Rue du Cloître Saint-Merri, 75004 Paris).

Après s’être penché sur la production et les festivals, le thème choisi pour cette 3ème édition est celui du scénario. De l’idée à l’écran, comment les auteurs concrétisent-ils leurs projets ? Comment retravaillent-ils leurs différentes versions ? Officient-ils seuls ou avec un scénariste ? De quelle manière choisissent-ils leurs producteurs ? Comment ceux-ci interviennent-ils dans l’écriture de leurs films ?

Pour illustrer ce thème passionnant, nous projetterons dès 19h15 trois courts-métrages présélectionnés aux prochains Cesar, en présence de leurs équipes, avant d’échanger avec le public. Nous accueillerons pour l’occasion Jonathan Millet (réalisateur), Pauline Seigland (Films Grand Huit), Laurène Braibant (réalisatrice) et Benoît Martin (réalisateur).

Pour assister à cette nouvelle soirée, nous vous invitons vivement à réserver dès à présent votre place à l’adresse suivante : rencontresprosformatcourt@gmail.com.

Programmation (durée : 47 minutes)

Et toujours nous marcherons de Jonathan Millet. Fiction, 24′, 2017, France, Films Grand Huit, Offshore, Hélicotronc. Prix France Télévision Interprétation masculine au Festival de Clermont-Ferrand 2017. En présence du réalisateur et de la productrice Pauline Seigland (Films Grand Huit)

Ils sont ceux dont la marge est le territoire, ceux qui passent sans qu’on ne les voit. Ils n’ont pas de papiers et parlent mille dialectes. Simon débarque à Paris et suit leurs traces. Il plonge dans les tréfonds de la ville pour retrouver celui qu’il cherche.

L’Ogre de Laurène Braibant. Animation, 9′, 2016, France, Papy 3D Productions. Prix Canal + et Mention Spéciale du Jury au Festival d’ Annecy 2017. En présence de la réalisatrice

Un géant, complexé par sa taille, se retient de manger terrifié à l’idée de révéler son caractère ogresque et ainsi compromettre sa place dans la société. Lors d’un banquet d’affaire, sa vraie nature sera mise à l’épreuve.

La Convention de Genève de Benoît Martin. Fiction, 14′, 2016, Année Zéro. Prix du Jury de la Presse Internationale au My French Film Festival 2017. En présence du réalisateur

Alors qu’il s’apprête à prendre le bus après sa journée de lycée, Hakim se fait embrigader dans une histoire de règlement de comptes entre adolescents. 
La perspective d’une bagarre ne l’enchante guère, mais peut-il éviter l’affrontement ?

En pratique

Quand ? Mercredi 28 février 2018 à partir de 19h
Où ? MyCowork Beaubourg (5 Rue du Cloître Saint-Merri, 75004 Paris)
Comment ? Métros proches : Hôtel de Ville, Châtelet, Rambuteau
PAF : 7 € (gratuit pour les adhérents de Format Court)
Pot offert !
Réservations : rencontresprosformatcourt@gmail.com.
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Tornike Bziava. La mélancolie de l’histoire

Tornike Bziava est un cinéaste habitué des festivals. Si, dans certains cas, on pourrait mettre ce fait au compte d’un constat fâcheux, l’exemple du cinéaste géorgien peut en permettre une lecture bienveillante. Car de la fidélité, il en est question dans sa filmographie déjà riche : intérêt constant porté à sa culture d’origine, regard lucide envers l’histoire récente et trouble de son pays, inclination inflexible envers la liberté contre les diverses formes d’oppression subies par les populations civiles, et enfin inscription stylistique dans le puissant héritage cinématographique arméno-géorgien. Toutefois, le cinéaste évite l’écueil d’un cinéma militant ou moraliste, pour construire pierre après pierre l’une des œuvres les plus originales du cinéma est-européen, résolument poétique et politique. À l’occasion de la présentation de son dernier opus, Fishing, au Festival de Clermont-Ferrand, Format Court a rencontré ce cinéaste atypique et mélancolique.

© DR

Avant de réaliser Fishing (en compétition cette année à Clermont-Ferrand), vous avez été l’auteur de trois autres courts métrages très remarqués : April Chill (2010), Nest (2011) et Wake Man (2015). Ces trois œuvres semblent composer une trilogie consacrée à votre pays d’origine et à son histoire tragique : la Géorgie. Avez-vous ressenti une urgence à raconter cette histoire ? Dans quelle mesure vous sentez-vous un réalisateur géorgien ?

Tornike Bziava : Il me semble que la période dont je traite correspond au changement d’une mentalité à une autre. Sur le plan politique, la Géorgie a souvent été confrontée à une situation difficile. Je pense surtout à l’époque qui résulta des conflits des années 1990, à un moment où la mentalité du peuple s’est modifiée pour devenir de plus en plus agressive. On a opté pour des valeurs erronées. J’ai vécu difficilement cette évolution en constatant les attitudes émergentes et le manque de compréhension mutuelle. En ce temps-là, les jeunes générations ont commencé à comprendre ce qui se passait. On ne doit pas omettre non plus l’importance de la drogue pendant et après la guerre. Le système politique a imposé une régulation très dure, on appelait ça “la guerre des drogues”. Mais la corruption s’en est mêlée, comme dans la plupart des pays dans le monde. Personne n’a songé au sort de la population.

La trilogie que j’ai réalisée montre, en fait, trois décades distinctes; la fin des années 1980 avec April Chill, la fin des années 1990 avec Nest et les années 2000 avec Wake Man. De nombreuses tragédies ont eu lieu en Géorgie pendant toute cette période. Quelquefois, les films parviennent à être les garants adéquats de la conscience historique. C’est important d’analyser ce qui se passe ou ce qui s’est passé autour de toi. Dans mes films, je raconte des histoires personnelles, liées à mes sentiments profonds. Chacun agit en fonction de son identité. Je suppose que c’est à cause de l’attachement culturel. Les évolutions que je vois à l’œuvre dans mon pays et depuis l’étranger, tout ceci me touche. D’autant que je vis beaucoup hors de la Géorgie, principalement en Europe, et parfois aux États-Unis. Je peux donc activement réfléchir aux évolutions en cours. Cet éloignement est marqué aussi par le mode de financement de mes films, car tous mes films dépendent de co-production avec la France.

Lorsqu’on observe vos films, en particulier Wake Man, on constate votre intérêt pour les personnages d’un âge assez avancé. Pensez-vous que se focaliser sur des vieilles personnes est un bon moyen pour évoquer les événements historiques ? Ou est-ce une façon d’interroger un décalage entre les générations ?

T. B. : J’ai été élevé par quatre vieilles femmes : la mère de mon père, et trois tantes de ma mère, lesquelles habitaient avec nous et nous aidaient au quotidien. Je ressens un grand respect pour les personnes âgées. Le quotidien était passionnant ensemble. Elles avaient eu beaucoup d’expériences, et à la fin de leur existence, elles sont devenues aimantes et fragiles. Quelquefois les vieilles personnes, la plupart en fait, se sentent à charge. C’est le drame de nos vies et on doit prendre ça en considération. Wake Man parle de cela. Le film se termine par une séquence de danse, comme la plupart de mes autres films.

Grâce au traitement spécial que vous accordez à la danse et la focalisation faite sur les situations dramatiques, tel que l’enterrement dans Wake Man, on ressent à travers les images un processus de récupération et de transformation d’un héritage cinématographique. On y voit par exemple des traces du cinéma de Sergei Paradjanov et de celui de Tengiz Abouladze. On songe notamment à Le Repentir (1987). Était-ce un processus conscient pendant la réalisation des films ?

Du fait que notre culture soit très ancienne, les Géorgiens investissent depuis longtemps la danse de façon très émotionnelle. Pour moi, la danse est la seule condition pour qu’un être humain ressente une satisfaction, le partage d’une expérience de beauté à deux niveaux — corporel et spirituel. Et puis la danse crée une unité, un collectif.

Je pense aussi que l’expression filmique qui tend en permanence vers les histoires négatives ou déprimantes ne sont pas artistiquement appréciables, même si notre tâche est d’analyser la profondeur de l’être, ou de traiter du besoin de survie. L’humour est nécessaire dans la perception qu’on rend du monde. C’est la même chose dans la vie réelle. Je crois que le bon cinéma donne des signes de ce qui se passe, en parlant de nos sentiments, même s’il ne s’agit pas de la vie elle-même.

Vous mentionnez Paradjanov et Abouladze. Bien sûr, ces deux personnalités ont apporté de profonds changements dans notre culture. Ma mère entretenait un rapport amical avec Sergei Paradjanov et il m’a même offert l’un de ses tableaux lorsque j’étais enfant. Le sens cinématographique et le mode de récit de réalisateurs comme eux ont été cruciaux pour moi. Ils m’ont appris à voir la beauté. Mais ce sont aussi des personnes qui ont vécu des choses terribles dans leurs vies respectives, pendant l’époque de l’Union soviétique. Le Repentir d’Abouladze a été l’un des premiers films à montrer l’absurdité et la cruauté de l’ancien système. Quand l’inhumanité a investi nos terres. Otar Iosseliani aussi nous a conduit vers quatre décennies de moments magiques, d’une façon différente. J’ai été élevé dans une famille de chefs opérateurs. Mon grand père a participé aux débuts de l’industrie cinématographie en Géorgie. Ma mère a mis en scène au théâtre et au cinéma. Mon éducation théâtrale et cinématographique a commencé très tôt. J’ai apprécié côtoyer ces artistes talentueux.

En réalisant Fishing, il semblerait que votre cinéma amorce un tournant radical. Vous dépeignez une situation étonnante, hors d’une narration classique, dans laquelle un homme est arbitrairement arrêté par la police, alors que les liens avec des personnages environnants se construisent de façon désintéressée. Aussi votre démarche suit-elle une évolution, d’abord en termes de thématiques (de la mémoire au contemporain) et ensuite en termes de mise en scène (du noir et blanc à la couleur). Quel est le sens de ce revirement ?

En effet, la réalisation de Fishing engage vers une nouvelle façon d’observer. Je voulais changer profondément mon angle de perception. Cela est rattaché à une volonté plus ancienne, celle de faire avancer l’action non pas par le montage, mais de l’intérieur d’une séquence. C’est ce qui explique l’emploi du plan-séquence. Ainsi, j’ai tenté de donner aux spectateurs un sentiment de naturalisme, montrant comment de beaux moments du quotidien pouvait être détruits par des raisons totalement extérieures, liées à la corruption. Je voulais aussi insister sur les relations entre les personnages et la compréhension. Les règles qui rompent ces relations et cette compréhension devraient disparaître.

L’action du film se déroule autour de l’année 2010, au début de cette décennie. Ceci dit, les choses n’ont pas vraiment évolué depuis. Je pense qu’il faut parler des premières années de notre vie pour mieux saisir ce qui se passe ensuite.

L’un des aspects les plus intrigants de votre cinéma est l’usage que vous faites du son. En dehors de la présence des chants traditionnels, les personnages que vous montrez sont souvent surpris par l’apparition d’un son en hors-champ. Quel sens donnez-vous à ce son lointain ?

Si l’on parle du plan sonore, je dirais qu’il recouvre les détails les plus significatifs aidant à construire et à ressentir une ambiance, au cinéma comme dans la vie réelle. Imaginons un son puissant qui entrerait dans une ville… L’imaginaire part de là. D’un autre côté, l’emploi de tel ou tel instrument pour la bande-sonore donne généralement une indication quant au goût d’une personne. Cette inclinaison importe beaucoup. Aucun artiste ne peut créer sans cette sensibilité envers le son.

Propos recueillis par Mathieu Lericq

Article associé : notre précédent interview de Tornike Bziava