En attendant notre sélection critique des nouveaux courts de Cannes, Format Court vous propose de voir en ligne 3 précédents films de réalisateurs sélectionnés cette année avec leurs nouveaux courts à la Quinzaine des Réalisateurs.
Ils font partie des 10 courts-métragistes sélectionnés à la Quinzaine 2018 : Carolina Markowitz (O órfão), Patrick Bouchard (Le Sujet) et Patrick Bresnan (Skip Day, co-réalisé avec Ivette Lucas). (Re)découvrez leurs précédents films !
Mikko Myllylahti, scénariste et réalisateur finlandais, est un ancien étudiant de la ELO Helsinki Film School. Kurjuuden kuningas (Love in Vain), son court-métrage d’école datant de 2009, met en scène le personnage de Jakke qui doit épouser – sans grande conviction – une jeune femme enceinte de lui.
Au travers du personnage de Jakke, Mikko Myllylahti traite le thème du passage à l’âge adulte. On se laisse aisément transporter dans son univers parce que ses idées parlent à tout le monde : les décisions, les responsabilités, l’égoïsme et l’empathie. Jakke est un jeune homme pris au piège par les conséquences de ses propres actes. Il doit choisir entre assumer son nouveau rôle de père et mari ou fuir la situation présente. Le réalisateur balance entre la tendresse qu’il a pour son personnage et la figure d’anti-héros de ce dernier, ce qui donne une saveur douce-amère particulière au film.
Love in Vain se distingue par le traitement poétique de cette situation plutôt commune d’un point de vue scénaristique. La poésie du film se traduit tout d’abord par la mise en scène de l’espace qui reflète l’espace mental de Jakke et qui s’agrandit peu à peu. L’utilisation très réfléchie de la musique souligne de façon élégante les silences du film qui servent aussi bien la narration que l’intention poétique de Myllylahti.
Ce film d’étudiant développe des enjeux forts que l’on retrouve dans son dernier film Tiikeri (Tiger), sélectionné cette année à la Semaine de la Critique à Cannes. On y retrouve toujours, d’un film à l’autre, de la douceur et de la poésie aux effets magiques.
Après vous avoir proposé 10 courts français liés à Cannes sur le site d’Unifrance, Format Court vous invite à découvrir deux précédents films de réalisateurs étrangers présentant leurs nouveaux courts cette année à Cannes, en compétition officielle.
Ils présentent leurs nouveaux courts en compétition officielle : Marta Pajek avec Impossible Figures and other stories, Celine Held et Logan George avec Caroline. (Re)découvrez leurs précédents films !
Fin mars, la petite ville de Chalon-Sur-Saône présentait la 9ème édition de son festival annuel de courts-métrages étudiants : Chalon Tout Court. Festival à petite échelle, Chalon Tout Court permet une réelle rencontre entre professionnels du cinéma, jeunes réalisateurs, cinéphiles et curieux dans une ambiance des plus familiales et conviviales. C’est aussi l’occasion de découvrir des courts-métrages d’étudiants venant des quatre coins du monde : Danemark, Finlande, Belgique, Allemagne, Espagne, Argentine, Mexique, Venezuela… La pluralité des provenances et des écoles représentées permet de découvrir un éventail de films très variés dont les suivants ont été repérés par Format Court.
Déjà récompensé dans de nombreux festivals et notamment à Annecy par le Cristal du meilleur film étudiant, Sog est un film d’animation allemand. Jonathan Schwenk, étudiant à l’Offenbach University of Art and Design, nous présente un peuple de créatures vivant dans une grotte. Après une inondation, des poissons se retrouvent coincés dans un arbre à proximité et, de peur de mourir desséchés, poussent des cris d’effroi dans l’espoir d’être sauvés. Mais les habitants de la grotte s’avèrent insensibles à la détresse des poissons et, agacés par le bruit, deviennent même cruels à l’égard de ceux-ci. Ici, la violence et la bêtise ne sont rien d’autre qu’un remède à l’ennui et ressemblent curieusement à la violence et la bêtise des hommes. Alternativement mystérieux, drôle et émouvant, Sog se distingue par sa technique. L’animation mixte (marionnettes, ordinateur 3D, prises de vues réelles, …) utilisée ici et la musique, parfois oppressante, lui confèrent une couleur et une texture toute particulière. Cet univers, auquel s’ajoute l’allégorie, rend le film très touchant.
Réalisé par Wenqian Gao, Xue Bing et Son Jixiang, trois étudiants chinois des Beaux-Arts de Paris, Peacock (Le Paon) est un court-métrage d’animation expérimental. Onirique et surréaliste, son animation peut faire penser à des tableaux de Dali et de Magritte ou encore à ceux de Takeshi Kitano dans Hana-Bi. Corps sans têtes, machines incroyables et animaux extraordinaires : un bal de créatures semblant tout droit sorties d’un rêve s’offre à nous. Les formes et les couleurs se succèdent dans une chorégraphie envoutante et obnubilante. Tout s’enchaîne comme le fil des pensées et, dès la première minute, nous sommes transportés, happés par la musique et ces projections merveilleuses.
Ce film d’école aux airs d’introspection et de méditation est inspiré du taoïsme. Si il semble absurde au premier abord, il propose une réflexion sur la vie et la société ainsi que sur notre appréhension du monde. Les hommes, ici représentés en pyjama car dans le monde du rêve, s’échangent des paroles pour finalement tous dire la même chose. Ils répètent les mêmes schémas et se façonnent la tête mutuellement. La synchronisation est parfaite et, dans ce rêve chorégraphié, l’orchestre de l’humanité suit son cours.
Documentaire allemand récompensé à Chalon par le Prix Découverte, Find Fix and Finish ne laisse pas indifférent. Dans ce film à la fois original, audacieux et puissant, Mila Zhluktenko et Sylvain Cruiziat, étudiants à l’University of Television and Film de Munich, nous projettent en altitude grâce aux témoignages de trois pilotes de drones militaires américains. Passant leurs journées à observer les gens, leur perspective est radicalement différente de la nôtre. Ce voyeurisme est aussi dérangeant que passionnant et le film nous ouvre les yeux sur cette réalité qu’on ne soupçonne pas. C’est une autre façon de faire la guerre, mais également de voir la vie et de se positionner face à l’humanité. Les hommes se transforment en pixels et la vie est derrière l’écran. À suivre les mêmes individus filmés de si loin et pourtant de si près, en ayant autant de pouvoir sur eux, on finit par s’interroger. S’attache-t-on à eux ou devient-on complètement indifférent à leurs égards ? Entièrement filmé au drone, ce court-métrage permet une réelle expérience d’immersion dans la peau de ces militaires. Leurs témoignages, des plus touchants, en font une expérience bouleversante.
Ces trois exemples sont issus de la programmation riche et éclectique de Chalon. Parallèlement aux projections, le festival, se déroulant majoritairement dans le Conservatoire de la ville, reste grandement centré sur la musique. Cette année, un large éventail d’activités en lien avec la musique au cinéma était proposé aux spectateurs : un atelier de création sonore animé par Serge Rouquariol (ingénieur son) pour les jeunes de la région, un ciné-concert de François Raulin (pianiste et compositeur) et enfin une conférence de Thierry Jousse (réalisateur et animateur d’émissions sur la musique sur France Inter et France Culture), invité d’honneur et président du jury professionnel.
En combinant projections, rencontres et activités musicales, le festival de Chalon propose une expérience variée et s’adresse à un public de tout âge aussi bien amateur que professionnel. Les festivals de courts-métrages étudiants comme celui-ci ou encore celui de Poitiers (Poitiers Film Festival) ne peuvent qu’être encouragés. Il est fondamental de permettre aux films d’écoles d’être visualisés par le plus grand nombre. Grand laboratoire du cinéma, le court-métrage étudiant donne la parole à toute une génération de jeunes cinéastes. C’est aussi l’opportunité pour ces jeunes réalisateurs d’avoir des retours sur leur travail et parfois de lancer leur carrière. Enfin c’est une invitation pour tous ceux qui n’ont pas encore eu la force de passer à l’acte de se lancer. C’est pourquoi les initiatives comme celles de Chalon Tout Court sont louables. À Chalon, c’est toute la ville qui peut, le temps d’un week-end, se tourner gratuitement et collectivement vers le cinéma : atelier pour les jeunes de cité, ciné-gouter pour les enfants, participation et implication des étudiants de l’école d’art et des élèves du conservatoire… Voilà bientôt 10 ans que Chalon se mobilise grâce à la ténacité de certains acteurs. C’est un exemple que pourrait suivre de nombreuses autres villes. En attendant, on ne peut qu’encourager toute l’équipe de Chalon Tout Court à poursuivre ses efforts pour l’anniversaire des 10 ans du festival les 4, 5 et 6 avril 2019 !
À l’occasion du Festival de Cannes 2018, UniFrance met en valeur 10 courts métrages réalisés par 10 réalisateurs présentant actuellement leurs nouveaux films sur la Croisette. Le visionnage ouvert et gratuit a lieu du 8 au 19 mai (avec des sous-titrages en anglais en option).
Ils présentent cette année leurs nouveaux films en compétition officielle (Éva Husson), à la Semaine de la Critique (Bertrand Mandico, Camille Lugan, Boris Labbé) à la Quinzaine des Réalisateurs (Marie Monge, Nicolas Boone, Gabriel Harel, Emma De Swaef, Romain Gavras) ou à l’ACID (Ombline Ley). (Re)découvrez leurs courts métrages !
Vous avez raté notre 5ème Rencontre pro spécial Musique, jeudi passé ? Voici les photos signées Manmzel.r. Nos invités, ce soir-là, étaient Céline Devaux (réalisatrice de « Gros chagrin »), Daniel Sauvage et Jérôme Barthelemy (producteurs de « Pépé le morse », Caïmans Productions) et Marion Desseigne-Ravel (réalisatrice de « Les Ormes »). Nous vous donnons très vite rendez-vous pour nos prochaines Rencontres et notre nouvel After Short spécial Cannes ce jeudi 3 mai.
En prévision du Festival de Cannes et de notre After Short dédié au festival ce jeudi 3 mai au Point Éphémère (Paris 10ème), Format Court vous offre 5 exemplaires du livre Quinzaine des Réalisateurs. Les jeunes années 1967-1975 écrit par Bruno Icher, ancien journaliste à Libération et à Télérama et membre actuel du comité de sélection de la Quinzaine. Particularité : l’ouvrage est illustré par Benoît Grimalt, dessinateur et cinéaste (on lui doit le fameux court-métrage Retour à Genoa City, sélectionné à la même Quinzaine l’an passé).
Le livre, édité chez Riveneuve et sorti en librairie le 15 mars dernier, relate l’histoire de « l’autre festival », créé en margé de l’officiel en 1969 et géré pendant 30 ans par Pierre-Henri Deleau, animateur d’un ciné-club lillois à ses débuts. La Quinzaine, terre d’asile de nombreux cinéastes éloignés des académismes de leurs pays, a fait beaucoup pour le bon cinéma du monde, qu’il soit français, italien, américain, asiatique, africain, etc. Il était temps qu’un livre rende hommage à l’histoire de la section qui leur a fait de la place à Cannes, d’autant plus que la Quinzaine fête ses 50 années d’existence cette année.
Si vous désirez vous procurer un exemplaire de cet ouvrage passionnant revenant sur les débuts et l’histoire de la Quinzaine des Réalisateurs, sachez que nous avons 5 exemplaires à vous offrir. Intéressé(e)s ? Contactez-nous !
Shirin Neshat a grandi dans un Iran qui n’a pas connu la révolution et qui renversa le Shah. Elle s’est affirmée au fur et à mesure comme une figure importante de l’art vidéo des années 90. Son œuvre Turbulent (1998) est considérée comme magistrale. Leurs voix résonnent encore aujourd’hui.
Pensé comme une installation vidéo, le film contient deux écrans qui se font face. Le spectateur, au milieu, est comme pris en étau. La dualité des genres est ici le tableau de ce film. La dualité Hommes/Femmes mais aussi le traitement inégal qui lui est dû dans la société iranienne de l’époque et qui reste inchangé encore aujourd’hui. Cette société ne s’articule que par deux, c’est une société binaire où l’un prend le dessus sur l’autre. Ici, le rôle de la femme est symbolisé de manière concrète.
Tout est en confrontation, l’homme et ses spectateurs, la lumière, les applaudissements versus les chaises vides, le silence pour la femme. Elle est en noir, il est en blanc. Il nous fait face, elle nous tourne le dos.
La chanson commence, l’homme est dans la lumière. Il chante d’une voix douce et agréable une chanson traditionnelle perse. Puis, après vient la clameur des hommes. C’est la voix rauque et sombre qui prend le relais. Dans un deuxième tableau qui s’oppose au premier, l’homme a remplacé sa joie et sa voix par un regard apeuré, inquiet. La voix retentit et résonne, elle se disloque, se fragmente, la caméra tourne autour de la femme qui semble en transe et projette sa douleur. La douleur, toujours face à une salle vide, la douleur face à ce sentiment d’impuissance d’être née avec le mauvais sexe. Cette douleur qui frappe et tue.
Ces deux tableaux résonnent et se confrontent dans une telle intensité que la métaphore sur la complexité du rôle de l’homme et de la femme au sens propre comme au figuré, nous parle encore aujourd’hui presque vingt ans après.
La Quinzaine des Réalisateurs, section parallèle du Festival de Cannes, fêtant ses 50 ans d’existence cette année, a annoncé hier la composition de sa sélection. 10 courts-métrages ont été choisis de même que 20 longs-métrages. Côté courts, on découvre avec plaisir les noms des belges Emma de Swaef et Marc Roels (Oh Willy… !), de l’italien Marco Bellocchio, des français Gabriel Harel (Yùl et le serpent) et Nicolas Boone (Le Rêve de Bailu, Hillbrow) et de l’américain Patrick Bresnan (The Rabbit Hunt). De son côté, Marie Monge, réalisatrice du moyen-métrage Marseille la nuit, propose un premier long-métrage (Joueurs) sur lequel nous ne manquerons pas de revenir.
Courts métrages sélectionnés
– Basses de Félix Imbert (France)
– Ce magnifique gâteau ! d’Emma De Swaef & Marc Roels (Belgique/France/ Pays-Bas)
– La chanson (The song) de Tiphaine Raffier (France)
– La lotta de Marco Belloccio (Italie)
– Las cruces de Nicolas Boone (France)
– La Nuit des sacs plastiques de Gabriel Harel (France)
– O órfão de Carolina Markowicz (Brésil)
– Our Song to War de Juanita Onzaga (Colombie)
– Skip Day de Patrick Bresnan & Ivette Lucas (Etats-Unis)
Les After Short de la revue en ligne Format Court sont des soirées régulières de networking réunissant la communauté active et dynamique du court métrage. La dernière soirée avait réuni en octobre passé les équipes présélectionnées aux Cesar.
À l’occasion du prochain Festival de Cannes, Format Court vous invite le jeudi 3 mai 2018 à partir de 19h au Point Éphémère (Paris, 10ème) pour un nouvel After Short, organisé en partenariat avec l’ESRA et Cinemads.
Cette soirée, ouverte à tous et en accès payant, se déroulera en présence d’équipes de courts sélectionnées à Cannes, toutes sections confondues, de sélectionneurs, mais aussi des équipes de Format Court, de l’ESRA et de Cinemads.
Une rencontre avec les équipes présentes aura lieu à 19h30 précises :
Compétition officielle
– Melissa Malinbaum, productrice de « Gabriel » (Why Not Productions), en sélection officielle
– Laura Garcia et Anne-Laure Berteau, réalisateur et productrice de « Fragment de drame » (La Fémis), sélectionné à la Cinéfondation
Quinzaine des Réalisateurs
– Nicolas Boone et Julien Naveau, réalisateur et producteur de « Las cruces » (Noodles Production)
– Félix Imbert et Joanna Sitkowska, réalisateur et productrice de « Basses » (Le Grec)
– Tiphaine Raffier et Manon Eyriey, réalisatrice et productrice de « La Chanson » (Année Zéro)
Semaine de la Critique
– Charline Bourgeois-Tacquet et Igor Auzépy, réalisatrice et producteur de « Pauline asservie » (Année Zéro)
– Camille Lugan, réalisatrice de « La Persistente » (Caïmans Productions)
En pratique
Jeudi 3 mai 2018, de 19h à 23h
Le Point Ephémère : 200 quai de Valmy – Paris 10ème. Métro Jaurès (lignes 5, 2 et 7 bis), Louis Blanc (ligne 7), Bus 26, 46, 48 : Goncourt, Couronnes, Parmentier)
Soirée ouverte à tous. PAF : 10 €, adhérents Format Court : 5 €. Règlement en ligne sur Leetchi (paiement sécurisé), possibilité de régler également sur place
Prix du public à Annecy et primé dans de nombreux festivals, Pépé le Morse a reçu, fin février, le Cesar du Meilleur Film d’Animation. Aboutissement de 4 ans de travail, c’est le premier film professionnel de Lucrèce Andreae, diplômée des Gobelins et de l’école de la Poudrière.
Inspirée par le travail de Shoji Ueda, photographe japonais notamment connu pour ses séries dans les dunes de Tottori (sa région natale), Lucrèce Andreae nous emmène sur une de ces grande plages désertes de la côte Atlantique. Sous le ciel gris d’octobre, la grande étendue est triste et vide. Mais tout comme sur les photographies de Shoji, dans ce décor immense réalisé à l’aquarelle se découpent peu à peu les personnages et la vie, animés numériquement : un, puis deux, puis quatre puis six, toute une famille se retrouve au complet. Il ne manque que Pépé, qui vient de mourir. C’est ici, face à la mer, qu’il passait le plus clair de son temps ces dernières années.
Ce pèlerinage n’a cependant rien de solennel. Au contraire, comme dans les comédies italiennes, les protagonistes sont bruyants et parfois grotesques. Les enfants se chamaillent, la mère râle et la grand-mère fait une scène. Comble du pathétique, tout ce qu’il reste du grand-père récemment disparu, c’est une montagne de mégots. À première vue, Lucrèce Andreae semble déconstruire totalement l’image de la famille unie et démystifier la mort.
Pourtant, au fur et à mesure, le paysage se métamorphose et prend vie, les émotions des protagonistes aussi. Dans une démarche très romantique, leur intériorité se dévoile à travers cette nature en mutation. La plage s’anime, le deuil prend une forme matérielle et surnaturelle : c’est gluant, bizarre et fascinant. La musique de Flavien Van Haezevelde (http://www.flavienvanh.com), son énigmatique qui nous suit tout le film, accentue l’aspect intriguant de cet univers, de tout ce qu’on ne maîtrise pas. Avec beaucoup de poésie, le court métrage représente le vide et l’incompréhension face à la perte d’un proche. La mort, comme cette nature mystérieuse et puissante, nous dépasse, nous fascine et nous touche au plus profond de nous.
Face à la mort, nous sommes tous seuls et nous sommes tous des enfants, des enfants qui n’ont pas les clefs pour comprendre et qui sont livrés à eux-mêmes. Ici, c’est leur point de vue qui est développé. Très vite, ils sont isolés. La famille ne semble pas avoir d’unité, les personnages se séparent progressivement, mais au fond c’est cette solitude partagée qui les unit. Cette disparition d’un proche donne tout son sens à ce groupe au premier abord disparate.
Cette complexité des relations semble centrale pour Lucrèce Andreae. En effet, c’est une thématique qu’on retrouve dans son film de fin d’étude, Les Mots de la Carpe, où un garçon et une fille timides se retrouvent perdus dans le tourbillon d’un speed-dating. Réel coup de foudre, leur rencontre les bouleverse et la réalité qui les entoure se transforme. Même si les contraintes sont différentes (Les Mots de la Carpe est un exercice de 4 minutes de La Poudrière) et si la technique a évolué, on retrouve la même poésie de la métamorphose d’un film à l’autre.
Synopsis : Sur la plage sombre et venteuse, Mémé prie, Maman hurle, les frangines s’en foutent, Lucas est seul. Pépé était bizarre comme type, maintenant il est mort.
Genre : Animation
Durée : 15’
Pays : France
Année : 2017
Réalisation : Lucrèce Andreae
Scénario : Lucrèce Andreae
Animation : Ulysse Malassagne, Marion Roussel, Marcel Tigchelaar
Voix: Roman Garance, Émilie Blon-Metzinger, Chann Aglat, Ilona Bachelier
En ce mois d’avril qui commémore la mort de Cervantes, Short Screens s’est mis aux couleurs hispaniques pour vous offrir une séance olé, olé. Puisant dans le patrimoine cinématographique espagnol (Tierra sin pan de Luis Buñuel) ou dans les dernières productions de jeunes auteurs contemporains d’Amérique latine, tous genres confondus, la 81ème programmation de Short Screens aborde des thèmes qui participent de l’identité hispanique.
Rendez-vous le jeudi 26 avril à 19h30, au cinéma Aventure, Galerie du Centre, Rue des Fripiers 57, 1000 Bruxelles – PAF 6€
Tierra sin pan (Las Hurdes) de Luis Buñuel, documentaire, Espagne, 1933, 27’ (Les Films du jeudi)
Las Hurdes, près de la frontière portugaise est une enclave, isolée du monde et du reste de l’Espagne par une haute barrière rocheuse. La population de ces terres arides tente de survivre à la pauvreté de ses sols. La faim, la malnutrition, les maladies et la mort frappent le quotidien de ces citoyens espagnols. Ces terres isolées sont pourtant reliées à l’un des plus grands foyers culturels européens. Salamanque n’est en effet située qu’à une centaine de kilomètres de là…
Atrapados al vuelo de Miguel Ángel Rosales, documentaire, Cuba, 2012, 12’ (EICTV), ESP st FR
Une réflexion sur la liberté comme espace construit à l’intérieur des contritions politiques et sociales, du point de vue de deux artisans, fabricants et commerçants de cages à oiseaux.
La Loteria de Shahir Daud, fiction, Etats-Unis, 2014, 9’ (Shivali Gulab), ESP st FR
Alors qu’il attend son avion pour embarquer afin d’immigrer aux Etats-Unis, Augusto Ramirez se remémore les trois plus grands regrets de sa vie.
Victor XX de Ian Garrido López, fiction, Espagne, 2015, 20’ (Escac Films), ESP st FR
Que se passerait-il si vous n’étiez pas à l’aise avec votre corps? Si vous décidiez d’une expérience sur votre genre?
Besos frios de Nicolas Rincón Gille, documentaire, Colombie/Belgique, 2016, 15’ (CBA/VOA ASBL/Medio de Contencion), ESP st FR
À la périphérie de Bogota, Les échos de jeunes voix se propagent. Leonardo, Omar, Jaime, Estiven, Diego et tant d’autres sont toujours là, malgré leur assassinat par l’armée, il y a six ou sept ans. Ils viennent visiter leurs mères et les embrassent, Leurs lèvres sont fraîches comme des glaçons. Ils sont des âmes bénies, veillant sur ceux qu’ils aiment.
Amor, nuestra prision de Carolina Corral, animation, Mexique, 2016, 5’ (La Sandia Digital & Magma Films), ESP st FR
Les enjeux de l’amour en prison. Des détenues mexicaines de Atlacholoaya racontent leurs relations amoureuses.
Le long-métrage Prendre le large de Gaël Morel produit par les Films du Losange est disponible depuis peu aux éditions Blaq Out. Ce film nous propose d’accompagner Edith, 45 ans, ouvrière dans une usine textile, qui voit sa vie bouleversée par un plan social. Sans attaches, elle choisit d’accompagner son usine délocalisée au Maroc plutôt que de toucher ses indemnités de licenciement.
Le film offre de très beaux moments, une Sandrine Bonnaire dans une performance surprenante, et une musique sublime et émouvante de Camille Rocailleux qui nous immerge dans le cheminement de cette femme à la psychologie hors du commun.
Le film parle de la perspective de « prendre le large » mais de quoi Edith prend-elle le large dans ce huitième film de Gaël Morel ? Elle suit son poste et son usine au Maroc, vit seule et si l’histoire lui donne un fils (déjà adulte), c’est pour mieux creuser le fossé entre elle et lui, détachant un peu plus ce personnage de son décor. Ce qu’elle quitte, ce n’est pas la France, la France ne fait rien pour la sauver justement.
Arrivée au Maroc, elle ne se fond pas derechef dans le décor non plus, mais elle progresse. Ce qu’elle va trouver dans ce pays, c’est surtout Mina, sa logeuse qui dirige un hôtel simple et sans fioritures. Mina a un fils aussi, encore adolescent, elle a osé quitté son mari dans un milieu où cela est rejeté, et elle dépense toute son énergie à faire respecter ses droits lorsque Edith se contente de le faire pour rentrer dans le cadre.
Cette rencontre avec Mina va bouleverser la vie de Edith. Elle qui n’avait rien hormis son travail se retrouve au Maroc à s’attacher à ce tandem mère-fils plus qu’à tout autre chose. C’est l’attention qu’ils se portent mutuellement et dont elle sera vite aussi l’objet qui permettra l’émancipation de Edith. Pour une fois, elle découvre des gens qui font attention aux autres, pour leur bien.
Et c’est en fait le projet visuel du film aussi. Ce dont Edith prend le large en définitive, c’est de la résignation, d’un endroit où les gens ne se soucient pas d’elle et par corollaire, d’un endroit dont elle ne se soucie plus. Il y a donc une révélation. Et cela se ressent dans l’image. Le film commence par des plans en buste, parfois en plongée pour couper toute horizon et sabrer l’espace, puis il mute. À mesure que s’épanouit le personnage de Sandrine Bonnaire, l’image se rapproche des corps et apprend à élargir le champ de vision pour donner toute sa dimension à un panorama littoral où à une balade en vélo entre chien et loup.
Ce cadre qui fluctue, c’est le point de vue de Edith, cette ouvrière délocalisée qui doit réapprendre à investir l’espace, à jauger la distance entre elle et les corps qui la côtoient. Ici, la musique de Camille Rocailleux prend toute son importance, elle couvre et dénude les corps des personnages, leurs actions, exaltant ce ballet des corps qui doivent apprendre à se côtoyer sans se heurter, à faire attention à l’autre.
Avec Prendre le large, Gaël Morel présente une femme étonnante, Edith, qui choisit de vivre là où elle peut aider et là où elle est appréciée en retour. La révolution psychologique de Edith est affirmée lorsque, plus tard, on la voit s’accrocher à cette terre du Maroc où même le travail ne la retient plus.
Pour accompagner ce film, deux bonus sont présents sur le DVD de Blaq Out : un entretien avec Gaël Morel et Sandrine Bonnaire de 20 minutes et un court-métrage que l’on traitera plus loin. L’entretien permet au réalisateur et à son actrice de rappeler leur admiration mutuelle ancienne, ce que Gaël Morel apporte de saisissant dans le récit et la façon dont Sandrine Bonnaire, par son incarnation, apporte à l’écriture. Puis, ils abordent la personnalité forte et active de Edith, la relation charnière du film entre Mina et Edith, une affection sensuelle sans connotation amoureuse, une relation qui se passe selon les propres mots de Gaël Morel « sans les hommes ».
La vision du cinéma portée par ces deux artisans du cinéma est au fond celle d’un cinéma vibrant qui préserve le souffle du réel en défi à un cinéma trop calculé, trop précis, un cinéma de l’émerveillement et de la découverte de ses personnages et du monde qui nous entoure.
Ensuite, on découvre enfin le court-métrage de Gaël Morel, La Vie à rebours (1994), Prix Kodak à la Quinzaine des Réalisateurs 1995. Si ce court n’entretient pas de liaison directe avec le long-métrage, les deux films brossent tous les deux les traits d’un personnage dont les décisions décrochent radicalement des réactions escomptées.
Dans La Vie à rebours, deux jeunes frères sont sur la route de la maison de leur père. L’un des deux est pris à partie par un petit gang de caïds et, portant lui-même une arme, il est tué par « accident » et laissé en l’état par les malfrats paniqués. Son frère, non loin de la scène, forcément déboussolé par ce drame, prend la fuite, puis le bus pour se rendre chez son père.
À ce stade, l’histoire est vouée à se dérouler jusqu’à ce que le drame soit connu du père, qui s’étonne que ses fils n’arrivent pas ensemble et moque l’absent comme s’il était toujours vivant. Tout repose sur l’autre fils qui doit trouver une occasion de dire le drame à son père.
Comment annoncer la mort de son fils à un père? Comment expliquer ce qui s’est passé ? Le protagoniste ne sait pas vraiment comment ni pourquoi les choses se sont passées ainsi, nous non plus d’ailleurs, d’où l’impression d’« accident ». Alors comment pourrait-il justifier son attitude depuis le décès ? Le problème de ce fils encore vivant, c’est le poids du secret de la mort de son frère. Un secret qui ne se dit pas, qu’il ne sait pas dire à son père.
Et c’est autour de cela que Gaël Morel tourne ses cadres et ses actions. Un fils qui pour ne rien dire, en vient finalement à « s’isoler » et à saisir toutes les occasions de rester en solitaire face à un père pour qui le monde tourne toujours rond et qui cherche à vivre des moments avec son premier enfant comme il le fera avec le second lorsqu’il arrivera enfin…
À ce cordon de mise en scène ténu et puissant, Gaël Morel n’ancre aucun élément superflu, ni musique ni design sonore. Aucun artifice ostensible n’est permis, au risque de perdre la puissance du moment brut car il n’y a pas de sortie par le haut de cette situation, et un traitement lyrique amenuiserait le conflit psychologique interne. Peu importe les décisions que le fils fera, les prochains moments seront immensément plus douloureux pour lui et son entourage. C’est un problème sans solution, un drame au sens véritable.
À travers de très justes et beaux moments, La Vie à rebours nous lègue un questionnement personnel surprenant. Plus de 20 ans plus tard, dans Prendre le large, Gaël Morel récidive grâce au jeu de Sandrine Bonnaire. L’exemple de ces personnages plongés dans le monde réel mais aux réactions hors du commun produit des moments de cinéma sensible, des scènes de « réalisation », où l’on réalise avec le personnage que le monde n’est pas ce que l’on en croit.
Cannes, la suite. 10 courts métrages en compétition ont été retenus cette année par le comité de sélection de la Semaine de la Critique, sur base de 1 500 films soumis. Voici lesquels.
Courts métrages sélectionnés
– Amor, avenidas novas de Duarte Coimbra (Portugal)
– Ektoras Malo : I teleftea mera tis chronias (Hector Malot: The Last Day of the Year) de Jacqueline Lentzou (Grèce)
– Pauline asservie de Charline Bourgeois-Tacquet (France)
– La persistente de Camille Lugan (France)
– Mo-Bum-Shi-Min (Exemplary Citizen) de Kim Cheol Hwi (Corée)
– Rapaz (Raptor/Rapace) de Felipe Gálvez (Chili)
– Schächer de Flurin Giger (Suisse)
– Tiikeri (The Tiger le tigre) de Mikko Myllylahti (Finlande)
– Un jour de mariage (A Wedding Day) d’Elias Belkeddar (Algérie-France)
– Ya normalniy (Normal) de Michael Borodin (Russie)
Après la production, les festivals, le scénario et la télévision, Format Court vous invite à son 5ème rendez-vous professionnel consacré à la musique et au cinéma. Cette nouvelle Rencontre aura lieu le jeudi 26.4 2018 à 19h30, au MyCowork Beaubourg (5 Rue du Cloître Saint-Merri, 75004 Paris).
Quelle place faut-il accorder à la musique dans les courts ? Comment traduire une histoire et un univers en notes adaptées ? Comment choisir son compositeur ? Comment se construit la relation de travail avec le réalisateur et le producteur ? Un film peut-il s’écouter autant que se voir ?
Les participants à notre table ronde sont : Céline Devaux (réalisatrice), Daniel Sauvage et Jérôme Barthelemy (producteurs, Caïmans Productions), Marion Desseigne-Ravel (réalisatrice) et Delphine Schmit (productrice, Perspective Films).
En prélude de la rencontre avec nos invités et de l’échange avec le public, nous projetterons 3 courts-métrages liés à nos intervenants.
Pour assister à cette nouvelle soirée et en raison du nombre de places limitées, nous vous invitons vivement à réserver dès à présent à l’adresse suivante : rencontresprosformatcourt@gmail.com.
Programmation (durée : 45 minutes)
Pépé Le Morse de Lucrèce Andreae. Animation, 14′, 2017, France, Caïmans Productions.Musique : Flavien Van Haezevelde.Cesar du meilleur court métrage d’animation 2018, en compétition officielle à Cannes 2017.En présence de Daniel Sauvage et Jérôme Barthelemy (producteurs)
Synopsis : Sur la plage sombre et venteuse, Mémé prie, Maman hurle, les frangines s’en foutent, Lucas est seul. Pépé était bizarre comme type, maintenant il est mort.
Les Ormes de Marion Desseigne-Ravel. Fiction, animation, 16′, 2017, France, Perspective Films. Musique : Julie Roué. Sélectionné au Festival d’Aubagne 2018.En présence de la réalisatrice et Delphine Schmit (productrice).
Synopsis : Dans le métro, un homme. Il vient d’un pays de l’Est. Il erre, sans travail, et tente, comme il peut, de survivre. Au hasard d’une rencontre, il se retrouve confronté à un homme de sa ville natale. Ce bref face-à-face fera ressurgir des sentiments qu’il avait profondément enfouis.
Gros Chagrin de Céline Devaux. Fiction, animation, 15’, 2017, France, Sacrebleu Productions. Musique : Flavien Berger. Prix du Meilleur Court Métrage et nomination pour le European Film Award au Festival de Venise 2018.En présence de la réalisatrice
Synopsis : Ça va passer. On s’en remet. Jean fête son anniversaire, boit trop et se souvient du week-end désastreux qui a mené à sa rupture avec Mathilde.
Quand ? Jeudi 26.4.2018 à partir de 19h 30
Où ? MyCowork Beaubourg (5 Rue du Cloître Saint-Merri, 75004 Paris)
Comment ? Métros proches : Hôtel de Ville, Châtelet, Rambuteau PAF : 8 € (paiement en ligne sur le site Leetchi), gratuit pour lesadhérentsde Format Court) Pot offert ! Réservations : rencontresprosformatcourt@gmail.com Event Facebook : ici !
Découvert en 2012 lors de la compétition officielle du Festival de Cannes, Night Shift a permis de révéler sa réalisatrice, Zia Mandviwalla, qui officie également en Nouvelle-Zélande dans la réalisation de clips et de vidéos commerciales.
En évitant de tomber dans le film social misérabiliste, Zia Mandviwalla nous dévoile un parcours de femme juste et émouvant : celui de Salote, une femme de ménage profitant de sa ronde de nuit dans un aéroport, pour collecter sur son passage ce que les autres laissent derrière eux…
Un avion qui atterrit, filmé depuis la fenêtre d’une voiture. Quelle vie suivra-t-on ? Celle d’un voyageur arrivant à l’aéroport par les airs ou celle d’un conducteur semblant s’y rendre par la route ?
La réalisatrice interroge dès l’ouverture la question du point de vue, comme pour nous prévenir que notre appréciation de son personnage – et de nos a priori – sera malmenée durant son film.
Salote est technicienne de surface dans un aéroport. Une nettoyeuse de l’ombre, invisible, même aux yeux de ses collègues, avec pour seule identité, un badge de service pendouillant au cou. La caméra à l’épaule est accrochée à cette même nuque qui déambule, nettoie et rince. Salote est au centre de tout, magnétique, et pourtant, elle semble toujours hors du monde, ignorée des autres.
Le parti pris de la réalisatrice est alors radical : raconter l’histoire d’une invisible dans un aéroport non identifié durant une nuit intemporelle.
Le lieu n’est donc pas anodin… Un aéroport, terre de voyage en devenir, de retrouvailles, ou de nouvelle vie. L’excitation du départ, l’émotion des embrassades… Pour ceux qui ne s’y rendent que pour décoller, c’est toujours le début d’une nouvelle histoire.
Salote, elle, s’y rend toutes les nuits et y travaille. Et elle n’a pas d’histoire à raconter ou à vivre. Sa ronde de nuit quotidienne est mécanique, routinière et banale. L’empathie naît alors d’injustices ou d’agressions que le personnage traverse, et qui questionnent notre propre rapport à la pitié.
Car Salote est le visage d’une misère sociale que l’on connaît. Elle représente toutes ces travailleurs-ses noctambules qui échappent à notre regard, ou que l’on refuse de voir. Il y a une fusion avec le réel et Zia Mandviwalla trouve les scènes suffisamment justes pour briser le point de vue externe le plus pur. Ainsi, elle atteint l’intériorité d’un personnage pourtant mutique qui cherche à fuir tout contact humain et tout jugement.
Toujours active dans ces gestes, Salote est passive dans le sens qu’elle y met, l’attention toujours dévorée par l’ailleurs et le hors champ. Son regard cherche à trouver une solution, une aide, un miracle dans ce temple aseptisé où déambulent des fantômes à roulettes. Un temple où le rêve ne lui appartient pas, où elle observe les blancs se l’approprier à sa place. Comme si elle était moins légitime qu’eux, comme si elle n’y avait pas le droit.
À force d’être dans l’ombre, le personnage devient funeste. Salote dérange, indispose et nous perd. On se sent voyeuriste lorsqu’elle récupère un rouge à lèvres oublié, une pizza abandonnée ou lorsqu’elle vole le doudou d’une petite fille quasiment sous son nez. Ces actions la caractérisent comme une anti-héroïne et on viendrait à la croire dure, voire perverse. Cette femme de ménage que nous jugions banalement aimable, semble finalement cacher une réalité plus complexe. Le personnage amène alors ombre et relief à un décor hygiénique et lumineux. Et plus sa ronde de nuit avance et plus l’écriture devient sèche, la mise en scène resserrée et la tension quasi claustrophobique.
Alors quand Salote quitte le parking vide de l’aéroport au petit matin, on ressent de la délivrance. Du moins, on aimerait y croire. Sur la route, l’extérieur se tait, la musique résonne. Les plans larges réalistes s’effacent au profit de jolis inserts flous. On se rattache à cette percée esthétique, quasi mystique, telle Salote qui s’accroche à la petite croix religieuse attachée à son rétroviseur.
Cette croix nous rappelle le « ciel » que regardait Salote dans son vestiaire au travail, cette lumière, que nous jugions blafarde, était pour elle divine. Cette même lumière divine qui se déposera quelques secondes plus tard sur son visage – dans l’avant-dernier plan du film – alors que la dramaturgie révèle au spectateur ce qu’il devait finalement comprendre de ce personnage ambigu.
Salote qui était à nos yeux une travailleuse esseulée devient instantanément avec ce plan une femme courageuse que nous voulons désormais aider. Cette question qui nous hantait – à savoir comment Salote survit-elle dans cette existence privée de tout – trouve sa réponse dans cette responsabilité portée à bout de bras et dans cette lumière divine provenant du hors champ qui se dépose sur son front. On y voit un tête-à-tête céleste implorant, une parenthèse pleine d’espoir… et on aimerait croire avec elle, un temps soit peu, à un quotidien meilleur.
Mais la réalisatrice, elle, n’oublie pas de nous ramener dans la réalité. Dans un dernier plan large urbain, où la voiture de Salote est paumée au milieu de la ville, Zia Mandviwalla nous rappelle l’existence difficile et invisible de son héroïne de l’ombre. On aurait alors voulu que l’existence intemporelle, impersonnelle et tragique de Salote, ne soit qu’une fiction… Elle est malheureusement le portrait d’une misère bien réelle.
En parallèle à l’annonce des courts-métrages en compétition à Cannes 2018, voici celle de la Cinéfondation, la section réservée aux films d’écoles. Sur base de 2426 films soumis, le comité de sélection de la Cinéfondation a choisi 17 films (14 fictions et 3 animations) venus du Mexique, du Chili, d’Argentine, de France, du Royaume-Uni, d’Italie, de Pologne, de Roumanie.. . Bonne nouvelle : sur les 22 réalisateurs sélectionnés, 12 sont des femmes !
Les trois Prix de la Cinéfondation seront remis (par le jury de Bertrand Bonello) lors d’une cérémonie précédant la projection des films primés le jeudi 17 mai.
Voici les 17 films sélectionnés à la Cinéfondation 2018 :
– Dolfin megumi de Ori Aharon (Steve Tisch School of Film & Television, Tel Aviv University, Israël)
– End of Season de Zhannat Alshanova (The London Film School, Royaume-Uni)
– Sailor’s delight de Louise Aubertin, Éloîse Girard, Marine Meneyrol, Jonas Ritter, Loucas Rongeart, Amandine Thomoux (ESMA, France)
– Inanimate de Lucia Bulgheroni (NFTS, Royaume-Uni)
– El verano del leon electrico de Diego Céspedes (Universidad de Chile – ICEI, Chili)
– Palm trees and power lines de Jamie Dack (NYU Tisch School of the Arts, États-Unis)
– Dong wu xiong meng de Di Shen (Shanghai Theater Academy, Chine)
– Fragment de drame de Laura Garcia (La Fémis, France)
– Cinco minutos afuera de Constanza Gatti (Universidad del Cine (FUC), Argentine)
– Los tiempos de Hector de Ariel Gutiérrez (CCC, Mexique)
– Dots de Eryk Lenartowicz (AFTRS, Australie)
– Inny de Marta Magnuska (PWSFTviT, Pologne)
– Albastru si rosu, in proportii egale de Georgiana Moldoveanu (UNATC I.L. CARAGIALE, Roumanie)
– Cosi in terra de Pier Lorenzo Pisano (Centro Sperimentale di Cinematografia, Italie)
– Kalendar de Igor Poplauhin (Moscow School of New Cinema, Russie)
– Mesle bache adam de Arian Vazirdaftari (Tehran University of Dramatic Arts, Iran)
– I am my own mother de Andrew Zox (San Francisco State University, États-Unis)
Le 71e Festival de Cannes a annoncé ce mercredi la liste des courts métrages en compétition et la sélection de la Cinéfondation 2018. Le Jury de la Cinéfondation et des courts métrages, présidé par Bertrand Bonello que nous avions interviewé en 2013, récompensera à la fois les meilleurs films de la Compétition des courts métrages et ceux de la Sélection Cinéfondation à l’issue de ses délibérations.
Cette année, le comité de sélection a reçu 3943 courts métrages. La Compétition des courts métrages 2018 est composée de huit films seulement (7 fictions et 1 animation) issus des pays suivants : Australie, Chine, France, États-Unis, Iran, Japon, Philippines et Pologne.
Ces films vont concourir pour la Palme d’or du court métrage 2018, décernée par Bertrand Bonello et son jury, lors de la Cérémonie du Palmarès du 71e Festival de Cannes, le 19 mai 2018.
Voici les 8 courts en compétition à Cannes cette année ! :
– Gabriel de Oren Gerner (France)
– Judgement de Raymund Ribay Gutierrez (Philippines)
– Caroline de Celine Held et Logan George (États-Unis)
– Tariki de Saeed Jafarian (Iran)
– III de Marta Pajek (Pologne)
– Duality de Masahiko Sato, Genki Kawamura, Yutaro Seki, Masayuki – Toyota, Kentaro Hirase (Japon)
– On the border de WEI Shujun (Chine)
– Toutes ces créatures de Charles William (Australie)