Sélectionné à la 50ème Semaine de la Critique à Cannes en 2011, le court métrage d’Alex Piperno au titre imprononçable « La inviolabilidad del domicilio se basa en el hombre que aparece empuñando un hacha en la puerta de su casa » est un plan large fixe de 7 minutes sans dialogue. C’est un film éprouvant et caustique qui nous questionne sur la sécurité de nos « chez soi ».
Au crépuscule, nous nous retrouvons dans le jardin d’un pavillon de campagne qui semble désert malgré les lumières allumées à l’intérieur. Nous remarquons une piscine au premier plan, à l’eau saumâtre. Le silence règne, seuls quelques sons d’extérieur se font entendre. Surgissent alors trois hommes depuis l’intérieur de la maison qui vont se poster solennellement devant l’étendue d’eau. Un des hommes commence à s’activer avec des affaires à ses pieds. Il enlève son manteau et s’encorde avec des poids sous l’oeil attentif des deux autres, impassibles.
D’autres hommes sortent à leur tour et viennent se poster de l’autre côté, entourant l’encordé, pour assister au spectacle. Nous sommes dans une sorte de rituel punitif où la victime prépare elle-même sa sentence, à savoir la noyade. Entretemps, une femme nue tente de s’échapper par une fenêtre du pavillon. Elle est abattue froidement dans le dos, hors champ. La victime est prête, les deux hommes du début la soulèvent et la mettent près de l’eau, puis la poussent. Un grand bruit, puis le silence revient petit à petit, interrompu par le son d’un train au loin. L’ensemble des hommes disparaît à l’intérieur de la maison, la nuit tombe, une lucarne tout en haut s’éclaire…
S’agit-il d’un règlement de comptes entre malfrats, à la suite d’un déshonneur ? D’une punition administrée à un couple qui aurait fait affaire avec les mauvaises personnes ? Que signifie cette lucarne qui s’allume à la fin ? Quelqu’un s’en serait-il sorti ? L’enfant du couple ? Beaucoup de questions qui restent sans réponse, car le film se veut plus symbolique que narratif et provoque par là une étrange fascination chez le spectateur/voyeur.
« La Inviolabilidad » est une oeuvre prégnante, non dénuée d’humour (l’arrivée improbable d’un chat spectateur, effrayé par la tentative soudaine de fuite d’une femme nue), qui rappelle certains travaux stylistiques et thématiques de Roy Andersson, avec qui Alex Piperno partage le même goût pour le macabre surréaliste et la précision dans la mise en scène.
Aidé par le dispositif visuel du plan large fixe, finement cadré, agrémenté d’une lumière réaliste, le réalisateur a su créer une ambiance prenante qui nous invite à la concentration. Il suscite une attente chez le spectateur qui se retrouve piégé par ce point de vue unique et prédéterminé.
La radicalité de la mise en scène et l’utilisation de tout un pan de l’imagerie policière (hommes de main impassibles, rituel de la noyade, tir sans sommation, etc.) nous renvoient au traitement naturaliste des scènes de crimes des films de Jean-Pierre Melville.
Une piste thématique est à creuser dans la traduction même du titre : L’inviolabilité du domicile repose sur un homme brandissant une hache, debout sur le seuil de sa maison. Alex Piperno a voulu montrer la violation d’une maison, d’un « chez soi », ce que la violence a de plus effrayant quand elle s’immisce chez ce que l’on a de plus cher.
Synopsis : Dans le jardin d’un pavillon de campagne, une série d’événements implique un homme, une femme et un groupe d’individus aux convictions particulières.
Pays : Uruguay, Argentine
Année : 2011
Durée : 7′
Réalisation : Alex Piperno
Scénario : Alex Piperno
Lumière : Sergio Claudio
Son : Lucas Larriera
Montage : Alex Piperno
Décor : Pepa Astelarra
Interprétation : Andrés Greaven, Mateo Kesselman, José Oliva, Pablo Oliva, Giovanni García, Félix Tornquist, Carlos Bringas, Mónica Quintero
De l’ingénierie au cinéma, il n’y a qu’un pas. Du cafard dominical à un film primé à la Semaine de la Critique aussi. Des raisons suffisantes pour rencontrer Valéry Rosier, réalisateur très spontané de « Dimanches », autour de l’ennui, du trouble, des comédiens non professionnels, du mélange entre fiction et documentaire et de l’improvisation.
Sorti de la Chung-Ang University de Séoul, Tae-gyum Son a remporté il y a peu le troisième prix de la Cinéfondation avec son film « Ya-Gan-Bi-Hang » (Fly by Night). Accompagné de sa distributrice et traductrice Jihye Park, il livre son point de vue en V.O. sur l’adolescence au cinéma, ses grands maîtres à penser, ses difficultés à s’insérer dans l’industrie coréenne et sur l’influence de Cannes sur la poursuite de sa carrière.
Le court-métrage de la réalisatrice américaine Amie Siegel, Black Moon (USA, 2011), présenté à la Semaine Internationale de la critique, a les allures d’un « film d’horizons ». Horizon des collines dans un paysage de western californien traçant la fragile limite entre ciel et terre, horizon sur lequel avancent des personnages sans but sinon tuer pour survivre, horizon de la trajectoire visuelle transformant l’outil cinématographique en un œil indépendant et inquiétant sur un monde devenu le symbole du néant. Mais l’horizon n’est qu’une ligne et le cinéma qu’un passage. Alors il nous faut résoudre quelques énigmes; pourquoi l’armée des femmes combat-elle l’armée des hommes ? Pourquoi l’architecture du monde a trouvé forme dans les ruines des bâtiments en chantier ? Black Moon, librement adapté du film éponyme réalisé par Louis Malle et écrit par Joyce Buñuel en 1975, reprend du premier film sa noirceur métaphysique autant que sa sèche pesanteur. C’est un paysage métaphorique à décrypter. Peut-être un portrait des Amériques, dans toute sa terrible splendeur.
Lignes à haute tension
Dans le film d’Amie Siegel, le mode d’appréhension du monde est l’épuisement. Les premiers plans en portent les marques profondes, telles des blessures inavouables mais évidentes. Un paysage de steppe, quelques femmes armées entrant par la gauche du plan comme des fourmis errantes. Des ombres au sol manifestent leur appartenance à l’humanité, une humanité tournée du côté de l’angoisse et de la tourmente. L’une des femmes soudainement stoppe la marche et se retourne pour faire face à la menace qui rôde. Aucun son, aucun signal n’est à l’origine de ce mouvement. L’arbitraire de l’instinct, sans doute. Le soleil épuise les corps et attise les peurs. Puis, on voit une dizaine de plans montrant des pylônes de lignes à haute tension, de routes tracées en prévision de la construction de nouveaux quartiers résidentiels, des bâtiments inachevés, des maisons dont on a bitumé les fenêtres et bloqué l’accès. Plus globalement, le film est un paysage meurtri, infiniment inachevé. Par conséquent, les corps féminins qui courent sans cesse s’épuisent autant que la réalité. La lumière du jour, toujours, étire l’horizon et déploie une lumière oppressante. Le spectateur, dans ce flux de paysages aériens, fait l’expérience de son propre horizon mental. Il en vient naturellement à mesurer la dimension allégorique : pourquoi le vide, l’errance et la mort auraient-ils recouvert le monde d’un drap de feu ?
Les énigmes contemporaines
Suggérer, non pas expliquer. Tracer, non pas dessiner. Il s’agit de rendre sensible un hors-monde capable de signifier notre monde, un hors-champ opérant un basculement vers la réalité. Les énigmes de ce film sont aussi nombreuses que celles soulevées dans le film éponyme de Louis Malle, réalisé en 1975. La « lune sombre », par exemple, est l’extrême opposée de l’univers filmé, incendié par un soleil pâle. Ce titre invite à la suspicion, à sentir la présence d’une nuit dissimulée derrière le jour trop ostensible. Les bâtiments, aussi vides qu’une carcasse d’antilope en plein désert, dissimulent, eux aussi, une « lune noire ». Dans les plis de cet univers trop visible pour n’être que lui-même réside, en effet, l’âme de l’Amérique contemporaine. Les quartiers vides n’évoqueraient-ils pas les milliers de résidences desquelles on a délogé les Américains, victimes de la crise subprimes en 2008 ? Les longs travellings au milieu de ces rues à peine construites et déjà évidées de leurs fonctions n’incarnent-ils pas, par extension, l’Amérique post-crise financière ? Les femmes-soldats errantes ne seraient-elles par la métaphore des combattants occidentaux au Moyen-Orient, en Irak ou en Afghanistan ? Une guerre sans véritable but, mise à part l’habilitation d’une démocratie demeurée virtuelle. La déréalisation opérée dans le film finit donc par atteindre le réel. Mais tous ces points de référence ne sont qu’interprétations aventureuses.
Futur présent
Au terme de la traversée, l’une des femmes-soldats trouve par terre un magazine dans lequel sont répertoriés tous les plans précédents du film. Chaque page fait revivre le mouvement du film sur un mode statique, imaginaire, virtuel. Mais, après avoir passé les premières pages, les images se font plus sombres; les photographies montrent les femmes-soldats couchées à terre, mortes. Aussi cette mise en abîme va-t-elle plus loin qu’un simple dédoublement de la fiction; elle agit comme la projection d’un futur qui n’a pas existé, un futur virtualisé dans les images du présent. Par conséquent, l’enjeu du film se clarifie et se focalise sur la question des pouvoirs de l’image. En effet, cette dernière séquence traite de l’ambiguïté des images, à la fois pleines d’une réalité guerrière ostensible et pourtant opaques à toute explication. La femme-soldat qui fait l’expérience de sa propre mort par l’intermédiaire de la photographie donne sens à notre réel, au sein duquel nous sommes devenus incapables de déceler, à travers l’omniprésence des images, la présence dissimulée de l’horreur. Black Moon est donc un poème post-moderne qui trace une trajectoire sinueuse, inscrite dans dans l’espace urbain comme dans une ligne de tranchées, vouée à la prise de conscience de la mort dans le futur imaginaire du présent. Une œuvre conceptuelle ? Plus qu’aucun autre film présenté au Festival de Cannes cette année.
La barre horizontale qui découpe chaque plan est ainsi le point de départ d’un questionnement sur la capacité du spectateur à percevoir le désastre : comment les images doivent-elles prendre en charge les désastres contemporains ? Quel détour faut-il prendre pour rendre visible ce qui est là, dissimulé ? Les images de guerre ne sont-elles pas nécessairement des images de notre propre mort ? Sans prétendre répondre à ces questions, le film d’Amie Siegel révèle notre propension à oublier ce qui se déroule presque sous nos yeux, aux frontières de l’Europe, comme cela était évoqué à la fin de Nuit et brouillard (Alain Resnais, 1956) : « Nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps, et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin… »
Synopsis : Remake conceptuel du film de Louis Malle (1975), Black Moon, de l’artiste américaine Amie Siegel, se déroule dans le paysage d’apocalypse des habitations anéanties par la crise immobilière. Des femmes révolutionnaires traversent les terribles séquelles d’une guerre – ruines étrangement récentes d’un avenir qui jamais n’exista.
Genre : Fiction
Durée : 20’
Pays : États-Unis
Année : 2010
Réalisation : Amie Siegel
Scénario : Amie Siegel
Image : Christine A. Maier
Montage : Amie Siegel
Son : Gisburg
Costume : Allison Leach
Musique : EKG
Interprétation : Jess Atwood Gibson, Mem Kennedy, Tammy Klein, Anna Rosa Parker, Daniela Sea
On était plutôt ravi de vous proposer Attila Till en images. La rencontre avec l’auteur hongrois de l’épatant et terrible « Csicska », montré à la Quinzaine des Réalisateurs cette année, avait eu lieu dans un pavillon tunisien, le long de la Croisette. C’était sans compter les soucis techniques renvoyant cette interview aux considérations écrites. Attila Till filmé, parlant anglais et demandant une clope à la volée, ce sera pour une prochaine. En attendant, le voici en français dans le texte.
Comment vous êtes-vous retrouvé à faire des films ?
Attila Till : A la base, mes héros étaient Van Gogh et Toulouse-Lautrec. Je me destinais à la peinture sauf qu’il est apparu que j’étais un très mauvais peintre (rires). Pendant mes études aux Beaux-Arts de Budapest, j’ai commencé à m’intéresser aux films. J’ai fait un film sans écrire d’histoire, je voulais rejoindre l’école de cinéma de Budapest mais j’ai été rejeté. Puis, je me suis dit que si je voulais faire du cinéma, je devais commencer à écrire. J’ai lu énormément de livres, j’ai regardé beaucoup de films, et j’ai appris.
« Csicska » est un film très réaliste. Ce mot est important pour vous ?
Vous avez vu ça ? C’est génial ! A l’écran, quand les acteurs parlent hongrois, est-ce possible de sentir qu’ils ne sont pas vraiment acteurs ? J’adore “Le Prophète”. Quand je vois ce film, je suis vraiment là-bas, dans cette prison. C’est impossible de ressentir cela juste avec des acteurs, il faut des non professionnels, des histoires, des émotions, des connexions entre les êtres humains. J’aime montrer ce matériel humain, des choses aussi réalistes que possible. Je ne m’encombre pas de détails précis en pré-production, ce qui m’intéresse, c’est les acteurs, pas le nombre de vaches à l’image !
Le film dépeint le rapport de pouvoir entre un homme et un esclave. Qu’est-ce qui vous a intéressé dans la représentation de la répression ?
Je vis en ville et cette histoire prend place dans la campagne profonde hongroise, dans une plaine très sauvage et réaliste. Le personnage principal, la “Bête”, est le père, le chef de la famille. C’est un homme des temps modernes mais il vit comme à une époque ancienne et il a des comportements anciens, raison pour laquelle il a un esclave. Il y a 2000 ans, personne n’aurait été surpris de voir un esclave. dans une ferme. Depuis la révolution française, il n’y a plus d’esclaves. Mais j’ai une mauvaise nouvelle : à un niveau plus profond, ça n’a pas été un succès. Les gens ne veulent pas la révolution, la démocratie. Ils veulent une hiérarchie, une répression des faibles par les forts.
J’étais intéressé par les relations humaines extrêmes. Je me suis demandé si ce personnage était un cas unique ou généralise. En voyageant beaucoup à la campagne, j’ai réalisé que c’était général, que cela se passait dans mon pays.
Le film se base aussi sur des histoires vraies, sur l’esclavage moderne…
Cette histoire est une fiction, le fruit de mon imagination, mais évidemment, en art, il y a toujours des histoires vraies en arrière-plan. J’ai été inspiré par des programmes télévisés et par l’actualité. J’ai également rencontré des gens qui ont vécu des situations pareilles, des esclaves et des policiers qui m’ont raconté beaucoup d’histoires. J’ai entendu des choses très violentes, très négatives.
C’est un sujet de discussion très difficile. On estime à des milliers de personnes le nombre de personnes vivant en esclavage en Hongrie et dans les pays de l’Ouest. On ne sait pas pourquoi mais il y a des gens qui vivent vraiment dans le passé. Les plus forts mettent les plus faibles dans une seconde classe, à un autre niveau de distinction humaine. Si tu ne peux pas te battre, tu es un esclave.
L’esclavage n’est pas une mafia classique, c’est juste un comportement d’humain à humain. Les histoires ne sont jamais les mêmes. Il y a des crapules, des personnes solitaires, des orphelins, des gens qui vivent du lundi au dimanche dans des situations extrêmes. J’ai récolté, c’est vrai, beaucoup d’histoires vraies, mais ce film est juste inspiré par elles.
Parmi les scènes très fortes du film, il y en a une où le père apprend à ses enfants à tirer sur l’esclave.
Je pense que c’est un moment très important dans le film. En tant que réalisateur, je n’étais pas là. Je ne pouvais pas intervenir sur cette situation car elle était plus forte que moi. J’ai dit à mon cher ami Szabolcs, le personnage principal : “Vas-y, fais-le, tire sur ce type (avec des fausses balles évidemment).” On a improvisé, on a essayé et on y est parvenu. “A genoux, debout, à genoux, debout” : je ne pouvais pas écrire cela, j’aurais eu honte. C’est trop romantique pour moi, mais la manière dont Szabolcs l’agresseur, a dit ça était très réaliste.
Je trouve que c’est une scène triste, satanique et drôle à la fois. Je dois admettre qu’on est bien les seuls, les gens de l’équipe, à pouvoir rire sur cette scène car elle est trop choquante à l’écran. L’autre moment difficile, c’est quand le père traîne sa femme par terre pour la “donner” à l’esclave. Dans ces moments-là, il n’y a jamais un son dans la salle.
Vous avez commencé par un long puis vous avez enchaîné avec un court. Voulez-vous faire encore des courts ?
Non, je ne pense pas. Je suis vraiment intéressé par les relations humaines, j’ai besoin de temps, de durée pour raconter des histoires. Quand c’est trop court, j’ai toujours l’impression de manquer de quelque chose. Dans ce film aussi, raison pour laquelle je préfère le long. J’ai appris à faire des courts avec « Csicska », c’est vrai. Je suis vraiment au début, ce n’est que mon deuxième film. Je suis comme un étudiant de deuxième année dans ma propre école de cinéma !
Comment cela se passe en Hongrie pour financer les films ? Vous avez de l’argent ?
De l’argent ? Non, pas d’argent ! L’industrie n’existe vraiment pas mais des changements sont censés avoir lieu grâce à de nouveaux systèmes d’aide. On verra ce que l’avenir nous réserve Moi, j’ai fait ce film grâce à mon argent et au pouvoir mon frère. En Hongrie, c’est une union qui marche : on a beaucoup de pouvoir mais pas de budget.
Est-ce que cela influence le style de films que vous faites ?
Non, c’est juste un fait. Il faudrait toujours avoir de l’argent pour faire des films mais quand on n’en a pas, que peut-on faire ? Au moins, c’est très clair. Cela ne m’a pas rendu triste quand j’ai fait le film, peut-être parce qu’à l’origine, je suis un peintre et que j’ai grandi parmi des artistes désargentés. Il y a des choses plus importantes dans la vie que l’argent. Si on a vraiment de l’imagination, on peut y arriver.
Six ans après être venu présenter son premier long, « Room » à la Quinzaine des Réalisateurs, Kyle Henry revient à Cannes avec un court, « Fourplay : Tampa », l’un des quatre films d’une série sur les transgressions sexuelles. Entre humour, religion et sperme à la vanille, il explicite son intérêt pour l’être humain, son goût pour l’intuition des acteurs et son envie de continuer à grandir en tant qu’artiste. Entretien sans pareil.
Pour information, « Fourplay : Tampa » sera projeté le jeudi 13 juin 2013, à 20h30, lors de la séance Format Court spéciale Quinzaine des Réalisateurs, au Studio des Ursulines (Paris 5e).
En 2004, Corneliu Porumboiu, étudiant à l’Université « I.L.Caragiale » de Bucarest, était invité à présenter son film « A Trip to The City » à la Cinéfondation. Le festival de Cannes est resté une bonne adresse pour lui puisqu’il a remporté la Caméra d’Or avec son premier long-métrage « 12:08 à l’est de Bucarest » présenté à la Quinzaine des Réalisateurs et a reçu le Prix du Jury et le Prix Fipresci pour « Policier, Adjectif », sélectionné à Un Certain Regard. En mai dernier, Corneliu Porumboiu opérait un retour aux sources à Cannes en tant que membre du jury de la Cinéfondation, sept années après y avoir vu sa carrière débuter.
Après avoir tourné plusieurs courts, le réalisateur québécois Nicolas Roy est sélectionné en compétition officielle à Cannes avec « Ce n’est rien ». Refusant de prendre le spectateur par la main, il signe là un film poignant sur l’inceste d’un point de vue original : celui d’un père, découvrant avec horreur ce que sa fille a subi et décidant de « régler » la situation au sein du cercle familial. Tension dramatique, sobriété, économie de moyens, direction d’acteurs, … : Nicolas Roy fait le point.
Beaucoup de films de fin d’études prendront le chemin d’Annecy la semaine prochaine. Répartis en quatre programmes, ils viennent d’Allemagne, de Finlande, d’Australie, des Pays-Bas, et d’ailleurs. En voici leurs titres.
F1
Venus de Tor FRUERGAARD – Danemark
Setkání de Sangeun WON – République Tchèque
Weiss kein Weiss d’Anna BERGMANN (DIT SAMO) – Allemagne
Walkman – Nora JUNCKER – Belgique
Baka!! d’Immanuel WAGNER – Suisse
Heavy Heads d’Helena FRANK – Danemark
Collision de Sarah EDDOWES – Australie
Feestnummer de Danne BAKKER – Pays-Bas
Télégraphics d’Antoine DELACHARLERY, Lena SCHNEIDER, Léopold PARENT, Thomas THIBAULT – France
Kielitiettyni d’Elli VUORINEN – Finlande
Ah de Sung Hwan LEE – Corée du Sud
Laszlo de Nicolas LEMÉE – France
Hinterland de Jakob WEYDE, Jost ALTHOFF – Allemagne
Elnézést de Kati BESSENYEI – Hongrie
Flocons et carottes de Samantha LERICHE-GIONET – Canada
Out on the Tiles d’Anna PEARSON – Grande-Bretagne
F2
Elu kilukarbis de Stella SALUMAA – Estonie
Pimple de Tsung-min HUANG – Taiwan
The Eagleman Stag de Mikey PLEASE – Grande-Bretagne
Balatar Az Abrhaye Khakestary de Sare SHAFIPOUR – Iran
Animal Kingdom de Nils HEDINGER – Suisse
XICHT de Cornelius M. HEINZER – Suisse
Thursday de Matthias HOEGG – Grande-Bretagne
Fischmädchen de Julia Maria IMHOOF – Suisse
Rame Dames d’Étienne GUIOL – France
Plato de Léonard COHEN – France
Mighty Antlers de Sune REINHARDT – Danemark
Condamné à vie de Vincent CARRÉTEY, Hannah LETAÏF – Belgique
Il s’est fait connaître par le clip avant de se risquer au court et au long métrage. Continuant à faire des va-et-vient entre les formes et les idées, il vient de présider le Jury de la Cinéfondation et des courts métrages officiels au dernier festival de Cannes. Rencontre avec Michel Gondry, filmeur filmé.
Synopsis : A Tampa, un homme en proie à une crise de confiance personnelle cherche satisfaction dans les toilettes d’un centre commercial. Une comédie qui mêle toilettes et gang-bang.
Genre : Fiction
Durée : 17’
Pays : États-Unis
Année : 2011
Réalisation : Kyle Henry
Scénario : Carlos Treviño
Image : Pj Raval
Décor : Caroline Karlen
Montage : David Fabelo
Interprétation : Carlos Treviño, Bob E Smith, Stanley Roy, Sammy DeSilva, Michael Dalmon, Jose Villarreal
Production : A.O.K. Productions , C-Hundred Film Corp
La teneur fantasmatique d’un tableau accroché au-dessus du comptoir d’un saloon pourrait procéder d’une telle image; quelques palmiers aux couleurs pâles devant un fond rose bonbon. On y verrait quelques figures au centre, sirotant face au ciel crépusculaire, parlant d’amour et d’eau fraîche. Seulement voilà, le court-métrage américain Tampa, sélectionné à la dernière Quinzaine des Réalisateurs, n’est pas une peinture du dimanche et encore moins un paysage « carte postale ». Reprenant à son compte des clichés bien colorés, il dresse un univers tantôt vide tantôt plein où un homme, dans sa solitude, voit ses désirs osciller entre plénitude et frustration. Nous ne sommes donc pas exactement sur les plages exotiques de Floride mais dans les toilettes d’un centre commercial où seul les fantasmes les plus débridés sont acceptés. Ils s’agit d’une réalité bousculée qui laisse davantage place aux ombres qu’aux traits naturalistes : la carte postale devient une carte de vœux provocante où le rose n’impose qu’un calme apparent. Et pour cause. Toutes les limites de l’imaginable sont repoussées. En somme, une rêverie extatique appelant à la résurrection de la chair…
Septième art : septième ciel ?
Replacer les fantasmes érotiques au cœur du cinéma pour en extraire leur tonalité divine; tel est le pari de Tampa, le second segment d’un quadriptyque consacré à des rencontres sexuelles du septième type et conçu par le cinéaste américain Kyle Henry, qui fait du cinéma en le faisant résolument (ar)rimer avec provocation. Alors que le premier segment se déroulait à San Fransisco, le réalisateur a choisi ici pour décor les petits coins d’un centre commercial de Tampa, une cité de l’ « État ensoleillé ». Un homme au T-shirt rose bonbon, joué par le génial Jose Villarreal, un nouveau Priape visiblement en manque d’assouvissement (homo)sexuelle, voit ses envies trouver une concrétisation. Aussi les frontières entre la réalité et la fiction, entre la vérité et le désir, sont-elles progressivement rendues poreuses. Pendant que les cartes — en même temps que les hommes — se redistribuent, les envies sont plus fortes que la volonté et bientôt notre héros est bientôt dépassé par cette situation irrégulière. Les dieux modernes, les stars et les hommes politiques se mêlent à la partie. Pus généralement, les autorités morales du monde moderne se voient incarner des sex toys fétichisés. Dégoûté par la jouissance à laquelle il n’est que témoin, notre héros va néanmoins bientôt voir son rêve tourner à son avantage. L’excès repousse les limites de l’imaginable pour mieux annoncer l’arrivée de sa propre « extase » au deux sens du terme.
Résurrection de la chair
Si, comme nous le mentionnions en introduction, « érotique », « théologique » et « extatique » font bon ménage, il s’agit d’un ménage christique. L’apparition feutrée du Christ crée bien une combinaison des trois termes, avec toute la retenue, la pudeur et le sacré qu’il convient. L’explosion de jouissance qui avait succédée à la première étape du fantasme laisse alors place à la découverte d’un plaisir charnel inattendu, à la croisée du ciel et de la terre. Le temps fantasmatique, jouant autant sur l’imagination que sur la croyance religieuse, ressemble au temps divin de par sa dimension surnaturelle. La notion d’extase s’applique donc parfaitement à la trajectoire sexuelle démesurée du protagoniste. Cependant, comme la profondeur des choses n’advient que dans l’invisible et la surprise, rien n’indique au départ que les toilettes d’un centre commercial puissent accueillir la messe extatico-érotique à laquelle assiste le spectateur. Les pouvoirs mystiques sont à l’œuvre.
Le devenir du tripoteur
Le film fait singulièrement penser au Chant d’amour de Jean Genet (1950). Tout comme dans ce dernier, l’univers cinématographique renferme une mise à nu aussi rare que provocatrice. Il contribue à inattendue mise à nu des corps mais surtout à une mise à nu du processus fantasmatique. La durée de ce dernier est respectée, même s’il est absent de toute logique linéaire. Ce qui semble intéresser le cinéaste, c’est donc le devenir d’un homme face à sa frustration et à ses fantasmes. Cette œuvre n’est donc pas un film sur la pornographie mais un documentaire sur l’être humain, sa solitude, sa capacité à déformer le monde et se lier aux autres par désirs. Mais les deux prochains épisodes de la série Fourplay participeront-ils à cette même célébration christique rose bonbon ? Rien n’est moins sûr. Dans l’attente, il nous faudra faire face à nos propres fantasmes et faire preuve d’une patience… exquise. Et nous rappeler que, dans certains cas, la fiction dépasse de loin la réalité.
Pour information, « Fourplay : Tampa » sera projeté le jeudi 13 juin 2013, à 20h30, lors de la séance Format Court spéciale Quinzaine des Réalisateurs, au Studio des Ursulines (Paris 5e).
Synopsis : Un garçon qui n’a d’autre famille que son frère aîné couche avec un homme pour de l’argent. À court d’espèces, l’homme suggère une nouvelle rencontre pour le lendemain et lui demande son numéro de téléphone. Mais le portable du garçon est confisqué par son frère qui refuse de le rendre.
Réalisation : Tae-gyum Son
Genre : Fiction
Pays : Corée du Sud
Année : 2010
Durée : 21′
Scénario : Tae-gyum Son
Image : Man-wook Han
Montage : Tae-gyum Son
Son : In-kyung Lee
Interprétation : Min-ho Cho, Shin-hwan Chun, Hyun-woo Son
Derrière un titre des plus complexes se cache un film des plus intéressants. Troisième prix de la Cinéfondation, Ya-gan-bi-hang de Tae-guym Son, réalisé en Corée du Sud, lie passage à l’âge adulte, amours nocturnes et rapports fraternels. Un autre aperçu de l’intimité et de l’amour au-delà des distinctions d’âge ou de genre.
Ce film réalisé à l’Université Chung-Ang s’intéresse à trois hommes : un garçon, un frère et un amant de passage. Le garçon se prostitue à l’insu de son frère aîné qui l’héberge sous son toit. Celui-ci gagne sa vie de manière plus classique, en vendant des tickets aux passants. Tous deux travaillent de nuit et se retrouvent le lendemain matin. Un soir, le garçon couche avec un homme plus âgé que lui, le Maître”, et le revoit le lendemain.
Parce que tout peut changer en l’espace d’une nuit noire, parce que l’amour vaut plus qu’une histoire de belles fesses, parce que les marches d’escaliers sont propices à la promiscité, ce film est à ranger dans les tiroirs de ses souvenirs. Les pluriels (silences, solitudes) y rencontres les singuliers (innocence, intimité, confiance, mensonge), la communication entre les individus y est simple et complexe à la fois, et la représentation des scènes d’amour homosexuel, plutôt taboue en Corée du Sud et plus largement en Asie, y est audacieuse et courageuse pour un film d’étudiant.
Intéressé par le thème de l’adolescence, moment de transition entre l’enfance et l’âge adulte, Tae-guym Son fait intervenir dans son casting restreint Min-ho Cho, un comédien non professionnel et réservé dont l’intériorité se reflète dans le non-jeu. Encore enfant, son personnage à l’air boudeur et au regard absent se retrouve à jouer des jeux d’adulte sans en maîtriser pour autant les codes et sans arriver à se positionner par rapport à son propre désir.
Au-delà de l’encouragement et de l’enveloppe transmis au réalisateur, la récompense de Cannes devrait bel et bien aider le film gagner en visibilité. Une bonne nouvelle lorsqu’on sait que Tae-guym Son travaille depuis cinq ans sur ce scénario.
Le festival international du film indépendant se déroulera du 2 au 4 septembre 2011 à Saint Germain de salles (03). A cette occasion, il lance un appel à projet pour diffuser les films (tous formats) sur le festival.
Pour la troisième année consécutive, le collectif ET DOC ! termine sa saison par une nuit consacrée aux courts métrages, « Jolis Courts de Mai », le vendredi 27 Mai à partir de 18h.
Espace (les cinémas Utopia et le Théâtre des Doms, voisins à « l’ombre du Palais des Papes ») et temps (une soirée en trois étapes et trois programmes entrecoupés de pauses conviviales) à la veille de l’été pour découvrir principalement des créations récentes de formats «courts».
Le Théâtre des Doms (Vitrine Sud de la création contemporaine en Communauté francophone de Belgique) propose systématiquement des œuvres cinématographiques venant de Wallonie et de Bruxelles au cours de la première séance de cette soirée – Et Toc, C’est du Belge! – où vous pourrez découvrir cinq films, cru 2010, en présence de Marie Bergeret du site belge Format Court.
Les deux autres séances – Et Doc!, C’est long c’est court! et Et Hop! C’est Utopique! – ont été concoctées par l’association Cinambule et se termineront par l’intervention de Franco F.Revelli, réalisateur de _Petite histoire d’une république libre.
*Le collectif ET DOC !, constitué dès 2002, propose une saison de programmation de films documentaires sur Avignon et le Vaucluse et il regroupe six structures très différentes (un cinéma d’auteurs/Utopia, une équipe locale de syndicalistes/CGT, des associations de diffusion du cinéma en milieu rural/Cinambule, Filmodéon et Cinéval, deux lieux culturels/Théâtre des Doms et Akwaba).