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Un Chant d’amour de Jean Genet

18 juin 2010 1 158 vues 1 Commentaire

Brulôt charnel et sublime, “Un Chant d’amour” demeure l’unique film jamais réalisé par Jean Genet. Encensé par Sartre et Cocteau, le court métrage du révolté de la scène littéraire française a été censuré pendant 25 ans. Montré au Festival Côté court dans le programme Mauvais genre, “Un chant”ouvre les voies d’un onanisme esthétique au sein de l’univers carcéral.

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Depuis leur cellule, deux prisonniers entretiennent une relation amoureuse grâce à un minuscule trou percé dans le mur qui les sépare. Sous la pupille dilatée de leur geôlier sadique, ils se livrent à des jeux sensuels. Erotique, brut et rugueux à la surface lisse, ce poème visuel se pose à mi-chemin entre le songe et la réalité, entre l’introspection autobiographique et l’expression d’un sentiment fictif. L’auteur du “Condamné à mort” aborde le thème du désir et du fantasme homosexuel liés à l’enfermement, à une époque où l’homosexualité était encore considérée comme une maladie mentale.

Enfant abandonné, Genet a toute sa vie durant alimenté les polémiques et joué les provocateurs mettant en valeur dans ses écrits comme dans sa vie son attirance pour le pouvoir de la violence qu’il rapproche de la jouissance sexuelle, tout en se montrant ouvertement contre la colonisation et la domination “blanche”. Paradoxal et complexe, Genet vouait aussi un réel culte au corps masculin : des hommes, jeunes, beaux et bien musclés parcourent son intérieur artistique. Esthétique que l’on retrouve tout naturellement dans “Un Chant d’amour”. Entre le noir et le blanc, le clair et l’obscur, les pulsions animales et la douceur d’un amour naissant, le spectateur se promène dans un monde sans parole (ce n’est qu’en 1974 que Maurice Bryars décide de réaliser la musique du film, recomposée en 2004 par le groupe français Mansfield Tya) nourri d’antagonismes, tout à la fois beau et sordide, doux et sauvage.

Sous la caméra de Genet et la photographie de Jean Cocteau notamment (non crédité), le sexe, le confinement, le désespoir, la frustration, puis la violence cathartique dans le film ne sombrent jamais dans la vulgarité mais arrivent au contraire à élever les bassesses de la nature humaine vers les cimes de la pureté et de la beauté.

Marie Bergeret

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