La inviolabilidad del domicilio se basa en el hombre que aparece empuñando un hacha en la puerta de su casa d’Alex Piperno

Sélectionné à la 50ème Semaine de la Critique à Cannes en 2011, le court métrage d’Alex Piperno au titre imprononçable « La inviolabilidad del domicilio se basa en el hombre que aparece empuñando un hacha en la puerta de su casa » est un plan large fixe de 7 minutes sans dialogue. C’est un film éprouvant et caustique qui nous questionne sur la sécurité de nos « chez soi ».

Au crépuscule, nous nous retrouvons dans le jardin d’un pavillon de campagne qui semble désert malgré les lumières allumées à l’intérieur. Nous remarquons une piscine au premier plan, à l’eau saumâtre. Le silence règne, seuls quelques sons d’extérieur se font entendre. Surgissent alors trois hommes depuis l’intérieur de la maison qui vont se poster solennellement devant l’étendue d’eau. Un des hommes commence à s’activer avec des affaires à ses pieds. Il enlève son manteau et s’encorde avec des poids sous l’oeil attentif des deux autres, impassibles.

D’autres hommes sortent à leur tour et viennent se poster de l’autre côté, entourant l’encordé, pour assister au spectacle. Nous sommes dans une sorte de rituel punitif où la victime prépare elle-même sa sentence, à savoir la noyade. Entretemps, une femme nue tente de s’échapper par une fenêtre du pavillon. Elle est abattue froidement dans le dos, hors champ. La victime est prête, les deux hommes du début la soulèvent et la mettent près de l’eau, puis la poussent. Un grand bruit, puis le silence revient petit à petit, interrompu par le son d’un train au loin. L’ensemble des hommes disparaît à l’intérieur de la maison, la nuit tombe, une lucarne tout en haut s’éclaire…

S’agit-il d’un règlement de comptes entre malfrats, à la suite d’un déshonneur ? D’une punition administrée à un couple qui aurait fait affaire avec les mauvaises personnes ? Que signifie cette lucarne qui s’allume à la fin ? Quelqu’un s’en serait-il sorti ? L’enfant du couple ? Beaucoup de questions qui restent sans réponse, car le film se veut plus symbolique que narratif et provoque par là une étrange fascination chez le spectateur/voyeur.

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« La Inviolabilidad » est une oeuvre prégnante, non dénuée d’humour (l’arrivée improbable d’un chat spectateur, effrayé par la tentative soudaine de fuite d’une femme nue), qui rappelle certains travaux stylistiques et thématiques de Roy Andersson, avec qui Alex Piperno partage le même goût pour le macabre surréaliste et la précision dans la mise en scène.

Aidé par le dispositif visuel du plan large fixe, finement cadré, agrémenté d’une lumière réaliste, le réalisateur a su créer une ambiance prenante qui nous invite à la concentration. Il suscite une attente chez le spectateur qui se retrouve piégé par ce point de vue unique et prédéterminé.

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La radicalité de la mise en scène et l’utilisation de tout un pan de l’imagerie policière (hommes de main impassibles, rituel de la noyade, tir sans sommation, etc.) nous renvoient au traitement naturaliste des scènes de crimes des films de Jean-Pierre Melville.

Une piste thématique est à creuser dans la traduction même du titre : L’inviolabilité du domicile repose sur un homme brandissant une hache, debout sur le seuil de sa maison. Alex Piperno a voulu montrer la violation d’une maison, d’un « chez soi », ce que la violence a de plus effrayant quand elle s’immisce chez ce que l’on a de plus cher.

Julien Savès

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