Unfinished Italy de Benoît Felici

Trop peu de documentaires retiennent l’attention des programmateurs de festivals bien implantés. Parfois, pourtant, ce triste état des choses change grâce à quelques films. À Angers, par exemple, seulement deux documentaires apparaissent parmi les 41 films en compétition. Comme il y en a peu, on les traque, on les repère, on les regarde. Et on aime, et on s’émeut pour « Unfinished Italy » de Benoît Felici.

Ce film d’école (ZeLIG, spécialisée dans le documentaire) est une balade en minibus à travers la Sicile et les vestiges de ses bâtiments inachevés, de ses chantiers désertés, craquelés, habités par une nature sauvage qui reprend ses droits, et fréquentés par des individus qui prennent petit à petit possession des lieux.

Ponts, stades, gradins, barrages, hôpitaux, et autres terrains « sans passé, sans avenir » : Benoît Felici recense ce que l’Italie aurait pu être mais ce que le pays n’est pas. En filmant les lieux, les traces, le béton figé et en recueillant la parole d’une paire d’observateurs attentifs, philosophes, nationalistes, déçus par leur gouvernement.

Ode à l’inachevé, autoportrait d’un réalisateur qui se raconte en off, diaporama d’une architecture non aboutie, enfilade de ruines contemporaines, symbole d’une Italie profonde et mélodieuse, sentiment d’abandon d’un peuple, c’est de tout cela que « Unfinished Italy » parle, c’est une toute autre histoire que l’officielle qu’il nous montre. Et cette histoire colle étonnamment avec celle d’un certain sens politique qui semble avoir oublié son peuple.

C’est le propre du documentaire de surprendre, d’émouvoir, de filmer la vérité et de toucher le cœur des gens. Un cheval au galop sans cavalier, un pont collectif transformé en jardin personnel, un problème de distinction entre le polo et un pull-over, un chien qui se gratte alors que les étoiles sont sous ses pattes, … : le film de Felici nous attrape, nous retient, par ces moments esthètes, inattendus, cocasses et authentiques.

Katia Bayer

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