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Alberto Vázquez. Dessin-langage, animaux iconiques, cousinage illustré

Réalisateur espagnol, prolifique et sympa, Alberto Vázquez a présenté son nouveau court-métrage d’animation « Decorado » à la Quinzaine des Réalisateurs cannoise. Dans quelques jours, le film sera présenté au public du festival d’Annecy en même temps que son premier long-métrage, « Psiconautas » (co-réalisé avec Pedro Rivero). Ce jeudi 9 juin 2016 nous diffuserons « Decorado » à notre nouvelle séance Format Court au Studio des Ursulines (Paris, 5ème), en accompagnement d’une exposition autour du film. Entretien avec son auteur, amateur d’histoires, de dessins et de courts-métrages.

Alberto-Vazquez

Format Court : « Decorado » n’est pas ton premier court. Dans ton travail, on sent que le conte te nourrit ainsi qu’un goût sombre pour les histoires.

Alberto Vázquez : Je viens du dessin, de l’illustration, de la bande dessinée. J’aime les contes classiques, j’ai envie de les traduire en animation avec ma propre vision du monde. Je ne sais pas pourquoi je fais ça, mais je le fais (rires) ! J’utilise le dessin comme un langage. Je dessine beaucoup, et je dois bien admettre qu’un certain nombre d’idées sont mauvaises (rires) ! Les films me permettent de transmettre mes idées. « Sangre de Unicorno », mon film précédent, empruntait déjà beaucoup à l’imaginatif, au fantastique, « Decorado » en est proche, à la différence que son niveau d’animation est renforcé. Avant, je faisais des courts en low budget. Pour ce film-ci, j’ai eu plus d’argent.

Tu as fait beaucoup d’illustration. Qu’est-ce qui te plait dans le dessin ?

A.V. : Les gens pensent que l’animation et la BD sont frères, mais ils ne le sont pas. Ils sont cousins (rires) ! Ce n’est pas la même chose. J’utilise beaucoup le langage des bandes dessinées, comme celui de l’ellipse en animation. Je n’ai pas étudié l’animation ni la BD. Mon langage, c’est mon sens de la narration (rires) !

Tu viens de faire un long-métrage, « Psiconautas », qui est basé sur un de tes romans graphiques. Quelle est l’histoire de ce film ?

A.V. :C’est une histoire sociale et intime dans un monde fantastique. Les personnages sont des animaux drôles qui évoluent autour de Birdboy, un oiseau qui ne peut pas voler et qui veut s’échapper de son île désenchantée. C’est un film choral, avec beaucoup de personnages.

Souvent, dans tes films, tu utilises des animaux pour interpréter des êtres vivants. Pourquoi ?

A.V. :C’est typique dans l’histoire de l’animation, comme Disney par exemple. Je ne sais pas pourquoi je fais ça, j’aime bien dessiner les animaux (rires !). Ils sont plus drôles et doux. Peut-être qu’ils sont iconiques et on peut ressentir plus d’empathie pour des icônes (rires) ! Pour le moment, je me sens bien avec les animaux, peut-être à l’avenir, je m’en désintéresserai.

En illustration, ton style est pourtant différent..

A.V. :En animation, je préfère garder un seul style. Les choses différentes, je les fais en illustration. Là, j’ai d’autres styles. J’ai travaillé pour El Pais pendant 8 ans, je devais illustrer des articles et des histoires différentes portant sur la politique, la psychologie, …. J’ai illustré aussi des livres pour enfants et pour adultes. À chaque fois, cela demandait un autre style. Mais en animation, je préfère faire les choses d’une seule manière.

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Qu’est-ce qui a changé depuis que tu fais des courts ?

A.V. :Cela me rend très heureux. J’aime beaucoup les courts-métrages. J’aime bien que le dessin de manière générale raconte une histoire, peu importe que ce soit de l’illustration, de l’animation, de la BD. Comme je l’ai dit précédemment, la BD et l’animation sont cousins. La seule chose qui a changé, c’est que maintenant, quand je lis une BD, j’imagine la musique et le film derrière (rires) !

Tes films précédents étaient souvent imprégnés de couleur. « Decorado » est un film entièrement en noir et blanc. Pour quelle raison ?

A.V. :Nicolas Schmerkin (co-producteur du film, Autour de Minuit) m’a proposé de mettre de la couleur, mais comme mon film a recours à la gravure du 19ème siècle, je préférais maintenir le noir et blanc d’origine. Si je le fais, c’est pour mieux intégrer les formes, les figures, les arrière-plans. Pour moi, le noir et blanc est élégant, classique, atemporel.

Souvent, tes histoires se passent dans la campagne, les bois, les lieux sombres…

A.V. :Les animaux vivent dans les forêts, non (rires) ? Quand j’étais enfant, j’adorais Bambi mais j’étais aussi très curieux. Les classiques, comme Fantasia ou Dragon Ball Z, me passionnaient !

Pourquoi est-ce que ça t’a tellement plu ?

A.V. :Je ne sais pas, j’aime la capacité de raconter des histoires (rires) ! À 18 ans, j’ai publié ma première BD; si je n’avais pas dessiné, j’aurais essayé d’écrire.

Qu’as-tu l’impression d’avoir appris en animation ?

A.V. :À la base, j’ai étudié aux Beaux-Arts en Espagne. Je ne suis pas animateur, mais réalisateur. Je travaille avec Khris Cembé, un directeur d’animation, je fais toute la pré-production, le story-board, le scénario, le layout, les arrière-plans. On a une bonne communication avec Khris, je crois en lui, il croit en moi (rires) et je travaille avec des bons artistes. J’apprends beaucoup grâce à eux.

Tu sors en même temps un court et un long. Quelles en sont les différences ?

A.V. :Il y a beaucoup de différence entre un court et un long. « Psiconautas » a été très dur, le projet m’a fort fatigué. Même en étant deux réalisateurs et en se répartissant le travail, on a travaillé avec seulement 8 animateurs en 10 mois de production avec un financement de low-budget. Sur un long, il y a beaucoup de personnages et d’histoires à maîtriser, pour cela, tu dois avoir un bon storyboard et une animatique qui tienne la route. Heureusement, mon expérience de dessinateur de BD m’a beaucoup aidé car la narration m’a beaucoup appris.

Penses-tu faire d’autres courts ?

A.V. :Oui ! Quand tu fais un long, l’art est plus grand, plein de couleurs, de transitions, de scènes. La complexité est plus grande, c’est comme faire 8 courts ensemble, c’est super dur (rires) ! Après, je suis super heureux d’avoir pu mener à bien ce projet. Faire ce long en valait la peine, c’était réaliser un rêve d’enfant.

Comment le cinéma d’animation s’apprend-il en Espagne ?

A.V. :En Espagne, il n’y a pas d’écoles d’animation mais des écoles d’art ou des formations privées. Les films d’animation produits sont des films commerciaux ou des films en 3D. Il n’y a pas beaucoup d’animateurs, mais maintenant, une nouvelle génération d’animateurs apparaît et se forme, notamment avec le Net. C’est grisant !

Propos recueillis par Katia Bayer

Article associé : la critique du film

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Dernière porte au sud de Sacha Feiner, Prix Format Court au Court en dit long 2016

Pour la deuxième année consécutive, Format Court est partenaire du festival Le Court en dit long dont la 24ème édition s’est terminée hier soir au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris.

Après avoir récompensé « Kanun » de Sandra Fassio, l’an passé, le jury Format Court (composé de Adi Chesson, Karine Demmou, Gaël Hassani, Aziza Kaddour) a choisi de primer cette année « Dernière porte au sud » de Sacha Feiner, parmi les 44 courts en compétition, un film d’animation fantastique mêlant l’innocence infantile au bizarre et à l’étrange selon Tim Burton.

Pour info/rappel, le film primé bénéficiera d’un focus spécial en ligne, sera programmé lors d’une prochaine séance Format Court organisée au Studio des Ursulines (Paris, 5ème). Le réalisateur bénéficiera, quant à lui, d’un DCP doté par notre partenaire, le laboratoire numérique Média Solution.

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Dernière porte au sud de Sacha Feiner. Animation, 15′, 2015, Belgique, France, Take Five

Synopsis : Le Monde est fait d’étages reliés par des escaliers. Les étages sont faits de pièces reliées par des couloirs. Et tous les étages, ça fait le Monde. Telle est la théorie élaborée par Toto, l’ami et seconde tête siamoise d’un enfant que sa mère n’a jamais laissé sortir de l’immense manoir familial. Entre explorations de couloirs interminables, scolarité privée et visites au mausolée paternel, les frères n’ont jamais remis en question les limites de ce monde. Jusqu’au jour où, obsédés par une étrange lumière aperçue par accident, ils jurent d’en trouver le bout.

Sortie de « Diamant noir » de Arthur Harari le 8 juin !

Après vous avoir donné des nouvelles de Sylvain Desclous, réalisateur de « Le Monde à l’envers », Prix Format Court au Festival de Vendôme 2012, Héloïse Pelloquet, réalisatrice de « Comme une grande », lauréate du Prix Format Court au festival de Brive 2015 et de Erik Schmitt (Allemagne), réalisateur de « Nashorn im Galopp », Prix Format Court au festival de Brest 2014, nous attirons votre attention aujourd’hui sur Arthur Harari, réalisateur de plusieurs films dont le moyen-métrage « Peine perdue », ayant reçu le Prix Format Court au Festival de Brive 2014.

Arthur Harari, que nous avions invité à présenter son film au Studio des Ursulines en mai 2014, a achevé son premier long-métrage, « Diamant noir », avec Niels Schneider, August Diehl, Hans-Peter Cloos, Raphaele Godin, Guillaume Verdier et Abdel Hafed-Benotman. Le film, produit par Les Films Pelléas, sortira en salles en France le 8 juin prochain.

Synopsis : Pier Ulmann vivote à Paris, entre chantiers et larcins qu’il commet pour le compte de Rachid, sa seule « famille ». Son histoire le rattrape le jour où son père est retrouvé mort dans la rue, après une longue déchéance. Bête noire d’une riche famille de diamantaires basée à Anvers, il ne lui laisse rien, à part l’histoire de son bannissement par les Ulmann et une soif amère de vengeance. Sur l’invitation de son cousin Gabi, Pier se rend à Anvers pour rénover les bureaux de la prestigieuse firme Ulmann. La consigne de Rachid est simple : « Tu vas là-bas pour voir, et pour prendre. » Mais un diamant a beaucoup de facettes…

Concours. Reprise des courts de la Semaine de la Critique à la Cinémathèque

Comme tous les ans, la Cinémathèque reprend la sélection (courts et longs métrages) de la Semaine de la critique du Festival de Cannes. Pour accompagner cette reprise et vous permettre de voir les courts de Cannes, nous vous offrons 5 places pour chaque séance de courts métrages prévues le week-end prochain. Intéressé(e)s ? Contactez-nous !

Programme de courts métrages 1 : samedi 4 Juin 2015 – 19h30. Salle Georges Franju. En présence d’Erwan Le Duc et Cristèle Alves Meira. 5×2 places à gagner !

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Le Soldat vierge de Erwan Le Duc /France / 2015 / 39 min
Prenjak de Wregas Bhanuteja /Indonésie / 2015 / 13 min. Prix Découverte Leica Cine du court métrage
Oh What A Wonderful Feeling /François Jaros /Canada / 2015 / 15 min
Campo de víboras / Cristèle Alves Meira /Portugal-France / 2015 / 20 min
Arnie /Rina B. Tsou /Taïwan-Philippines / 2015 / 24 min

Programme de courts métrages 2 : dimanche 5 juin 2016, 19h00. Salle Georges Franju. En présence d’Antoine de Bary. 5×2 places à gagner !

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Limbo de Konstantina Kotzamani /Grèce-France / 2015 / 30 min
L’Enfance d’un chef de Antoine de Bary /France / 2015 / 15 min. Prix Canal+ du court métrage
Ascensão de Pedro Peralta / Portugal / 2015 / 18 min
Superbia de Luca Toth / Hongrie / 2015 / 15 min
Delusion is Redemption to Those in Distress (O Delírio é a redenção dos aflitos) de Fellipe Fernandes /Brésil / 2015 / 21 min

Nouvelle et dernière Soirée Format Court de l’année, jeudi 9 juin 2016 !

Notre dernière soirée Format Court de l’année, organisée le jeudi 9 juin à 20h30 au Studio des Ursulines (Paris, 5ème), accueille quatre films sélectionnés au dernier Festival de Cannes (Compétition officielle, Cinéfondation, Quinzaine des Réalisateurs) : « Il silenzio », un film tout en finesse et en pudeur, co-réalisé par deux cinéastes iraniens Ali Asgari et Farnoosh Samadi Frooshani, « 1 kilogram », un film d’écoles sud-coréen abordant un sujet tabou réalisé par Park Young-ju, « Chasse royale », un premier film bluffant né de l’expérience de castings sauvages co-réalisé par Lise Akoka et Romane Gueret, et « Decorado », le nouveau film épatant, sombre et animé du réalisateur espagnol Alberto Vazquez.

À l’occasion de cette nouvelle et dernière séance de l’année, venez rencontrer les deux équipes de films présentes et découvrir notre nouvelle exposition de dessins et croquis préparatoires organisée autour de « Decorado ». En guise de bonus sympa, la projection sera suivie d’un verre offert.

Programmation

1 kilogram de Park Young-ju, Fiction, 29’, 2016, Corée du sud, Korea National University of Arts, sélectionné à la Cinéfondation

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Synopsis : Cinq ans après la mort de son fils, Min-young se joint à un groupe de femmes qui ont perdu un enfant. Mais si c’est pour entendre des rires…

Decorado d’Alberto Vazquez. Animation, 7′, 2016, France, Espagne, Autour de Minuit, UniKo. Sélection à la Quinzaine des Réalisateurs 2016 et au Festival d’Annecy 2016

Synopsis : Le monde est un merveilleux théâtre, il est dommage que le casting y soit déplorable.

Articles associés : la critique du film, l’interview d’Alberto Vazquez

Il Silenzio de Ali Asgari et Farnoosh Samadi Frooshani. Fiction, 15′, 2016, Italie, France, Kino Produzioni, Filmo. En compétition officielle au Festival de Cannes 2016. En présence des réalisateurs

Article associé : la critique du film

Chasse royale de Lise Akoka et Romane Gueret, Fiction, 28′, 2016, France, Les Films Velvet. Prix illy du court métrage à la Quinzaine des Réalisateurs 2016. En présence de l’équipe

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Synopsis : Angélique, 13 ans, aînée d’une famille nombreuse, vit dans la banlieue de Valenciennes. Ce jour là, dans son collège, on lui propose de passer un casting.

Article associé : la critique du film

En pratique

* Jeudi 9 juin 2016, à 20h30. Accueil : 20h
* Durée : 79′
* Studio des Ursulines : 10 Rue des Ursulines, 75005 Paris
* Accès : RER B Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Épée), Bus 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon). Métro le plus proche : Ligne 7, arrêt Censier Daubenton (mais apprêtez-vous à marcher un peu…)
* Évènement Facebook : ici !
* Entrée : 6,50 €
* Réservations vivement recommandées : soireesformatcourt@gmail.com

Nouveau Prix Format Court au Festival de films d’écoles de Tel Aviv !

Le 18ème Festival international du film étudiant de Tel Aviv aura lieu du 9 au 16 juin prochain. Pour la première fois, Format Court y attribuera un prix au sein de la compétition israélienne. Le Jury Format Court (composé de Katia Bayer, Marie Bergeret et Agathe Demanneville) récompensera l’un des 22 films d’écoles sélectionnés, issus de 20 écoles israéliennes.

À l’issue du festival, un dossier spécial sera consacré au film primé. Celui-ci sera diffusé lors d’une prochaine séance Format Court au Studio des Ursulines (Paris, 5ème). Le réalisateur/la réalisatrice bénéficiera également d’un DCP (relatif au film primé ou au prochain dans un délai de deux ans) crée et doté par le laboratoire numérique Média Solution.

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Films en compétition

– The Egg de Nadav Direktor
– Andy’s birthright de Noam Ellis, Ori Rom
– Blue In Green deLeigh Heiman Pruzanski
– Santé de Sabrine Khoury
– Funjoya de Omri Laron, Adam Weingrod
– InSight de Elad Ayzen, Gil Leron, Shahar Madmon
– Winds Junction de Rotem Murat
– Anna de Or Sinai
– Guilty de Gal El-ad
– Out of Reach de Efrat Rasner
– Blessed de Prague Benbenisty
– The Principle of Grace de Maya Kessel
– Scapegoat de Shulamit Tager, Gal Haklay
– In other words de Tal Kantor
– Within thy Walls de Omer Sharon, Daniella Schnitzer
– No One Should Be Here de Tsur Avigad
– With Full Belief de Matan Gradshtein
– Inside Shells de Tomer Shushan
– Feya de Liron Shnaider
– Last Round de Ziv Mamon
– Cold Water de Tehila Peter Dansker
– Between Two Deaths de Amir Fakhereldin

Naomi Kawase : « Pour arriver à regarder vraiment le monde aujourd’hui, il faut pouvoir le regarder complètement, entièrement »

Originaire de Nara où elle a créé un festival de cinéma, la réalisatrice Naomi Kawase (« Suzaku », « Shara », « La Forêt de Mogari », « Hanezu l’esprit des montagnes », « Still the Water », « Les Délices de Tokyo ») vient de présider le Jury de la Cinéfondation et des courts métrages en sélection officielle au 69ème Festival de Cannes. Entretien autour du Japon, de Nara plus précisément, du numérique, de l’expérience du court et du regard sur le monde.

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Vous avez commencé avec des films expérimentaux et avez fait des allers-retours entre les formats courts et longs, et travaillé autour de la famille, l’âge adulte. Quel est votre intérêt pour le court-métrage ?

Vous pouvez définir les courts à travers la longueur mais aussi les thématiques. J’ai toujours choisi des sujets qui me touchaient vraiment, qui étaient très personnels comme la famille. Le court comporte en soi une idée de recherche. C’est ce qui m’a permis de faire mon premier long-métrage « Suzaku ». Ici, à Cannes, à la Cinéfondation, les réalisateurs de courts-métrages sélectionnés vont très probablement être amenés à faire un long-métrage. Ils sont dans la recherche, ils ont prouvé qu’ils peuvent bien raconter une histoire dans un délai court.

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Vous avez créé un festival international de cinéma à Nara, chez vous, au Japon. Pourquoi était-ce important pour vous ?

Nara se trouve dans la campagne japonaise, c’est une ville qui ne joue aucun rôle économique. On parle toujours de Tokyo aux nouvelles, pourtant, il y a des choses précieuses à trouver dans cet endroit. Je veux que les habitants de Nara soient fiers de leur propre ville. Se focaliser sur leur ville, la filmer, leur permet de réaliser à quel point elle est magnifique. Les gens pensent que ce n’est pas un bon endroit, mais ce n’est pas vrai du tout !

Est-ce que ça marche ? Les gens se sentent-ils différemment grâce à votre festival ?

Au Japon, il n’y a presque que des Japonais, peu d’étrangers y vivent. C’est une île, quand on est au Japon, on est à l’écart. Comme beaucoup de gens viennent du monde entier pour le festival et que les films sont projetés au centre de Nara, le dialogue et la rencontre peuvent se faire. C’est une expérience qui inspire beaucoup de gens, les habitants de Nara y compris.

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Cannes est international et accueille des auteurs du monde entier. Quel regard portez-vous sur les jeunes auteurs de votre pays ?

Le niveau est très bas car ils ne sont pas inspirés. Certains sont partis à l’étranger, dans des écoles de cinéma, mais c’est très rare qu’ils restent sur place et quand c’est le cas, les films ne sont malheureusement pas très bons.

Les réalisateurs sélectionnés à la Cinéfondation ont étudié le cinéma. Vous êtes sortie d’une école de photographie. Y voyez-vous une différence ?

En fait, mon école [l’École des Arts Visuels d’Ōsaka] était considérée comme une école de photographie, mais j’étais dans le département cinéma. L’une des nos premières tâches, en classe, a été de recueillir des images dynamiques avec une caméra fixe, sauf qu’on ne pouvait pas changer de position ni zoomer. Il fallait regarder le monde à travers un point de vue fixe.

Avez-vous gardé cette idée ?

Oui. Pour arriver à regarder vraiment le monde aujourd’hui, il faut pouvoir le regarder complètement, entièrement. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, on regarde les choses brièvement, comme lorsqu’on est sur son portable. Un proverbe japonais dit que quand on regarde une chose minutieusement, on peut tout comprendre. Mais actuellement, l’humanité se développe dans l’autre direction.

Pensez-vous que c’est votre job d’aller dans la bonne direction ?

Oui. Par exemple, avant, on écrivait tout à la main. Les mots prennent un autre sens à l’écrit, dépendent de l’écriture, …. . Maintenant, on délaisse la pellicule pour le digital, je pense que cela influence aussi le résultat final. Vous savez, les jeunes auteurs n’ont expérimenté que le numérique, ils ont commencé avec ce cinéma-là. C’est important de s’en rendre compte. Ils ne voient pas forcément la signification de regarder le monde dans son entièreté.

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Les films de la Cinéfondation comme de la compétition officielle proviennent de contrées et de formations très différentes. Que recherchez-vous dans ces films ? La simplicité, par exemple ?

La simplicité, c’est la seule chose que je sais et que je peux faire (rires) ! Je ne sais pas comment ça se passe pour les autres réalisateurs, mais la simplicité m’a aidée tout au long de mon travail.

On ne vous connait pas vraiment pour vos premiers films, plutôt pour vos longs. Qu’avez-vous appris avec le format court ? 

Au début, quand vous faites du court, vous n’avez pas d’argent, même pour engager une équipe. Vous devez tenir la caméra et faire tout, tout seul. C’est un moment important, vous vous faites votre propre expérience, vous êtes vus, vous recevez en retour les réactions du public. Tout cela donne la force de poursuivre.

L’apprentissage passe aussi par les erreurs, non ?

Oui ! J’aime bien tenter des nouvelles choses. Évidemment, cela peut comporter des erreurs. J’essaye, je me trompe, j’essaye, je me trompe (rires!). Ce n’est jamais parfait !

Propos recueillis par Katia Bayer

Pour information, « Les Délices de Tokyo » sortira en DVD et Blu-Ray le 7 juin chez l’éditeur Blaq Out

5 pass à gagner pour le festival Le Court en dit long 2016 !

Le 24ème festival Le Court en dit long, dont Format Court est partenaire à nouveau cette année, aura lieu du 30 mai au 4 juin prochain. Ce festival compétitif de courts métrages produits ou coproduits en Belgique francophone diffuse pendant plusieurs jours, au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, 40 courts métrages belges francophones ou franco-belges en compétition, répartis en huit programmes thématiques.

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Samedi 4 avril, la remise des prix sera précédée à 17h30 d’un film collectif (59′) « Avant terme » co-réalisé par Matthieu Donck et Xavier Seron, Antoine Russbach et Emmanuel Marre et Banu Akseki, et sera suivie à 19h30 de l’avant-première de « Parasol », le premier long-métrage de Valéry Rosier.

Bonne nouvelle : Format Court vous propose de gagner 5 pass pour assister à l’intégralité du festival. Intéressé(e)s ? Contactez-nous !

Le site du festival : http://www.cwb.fr/programme/24e-festival-le-court-en-dit-long

Short Screens #62: « Fais ce qu’il te plaît »

« En mai, fais ce qu’il te plaît », dit le dicton. Prenant la parole aux images, Short Screens vous a concocté une programmation de courts métrages traversés par un souffle d’émancipation et de liberté. Parce que vivre sa vie comme on l’entend et tracer sa route en marge des conventions, même pour un instant, est un délice auquel on aspire tous.

Rendez-vous le jeudi 26 mai à 19h30, au cinéma Aventure, Galerie du Centre, Rue des Fripiers 57, 1000 Bruxelles – PAF 6€

Visitez la page Facebook de l’événement ici.

Programmation

La Femme côtelette de Mariette Auvray, France, 2013, Fiction, 20’


Mme Alexandre est une vieille dame bourgeoise et ancienne femme côtelette. Elle reçoit ses amies dans son appartement haussmannien pour des ateliers d’hébreu, et loge un jeune homme bricoleur dans la chambre de son mari. Portrait d’une émancipation.

Coffee & Allah de Sima Urale, Nouvelle-Zélande, 2007, Fiction, 14’

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L’amour d’une femme musulmane pour le café, l’islam et le badminton.

Le Sommeil des Amazones de Bérangère McNeese, Belgique, 2015, Fiction, 25’

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Camille a eu une aventure avec son prof de français. Exclue de sa communauté, elle s’enfuit et rencontre Lena, qui la prend sous son aile. Chez elle, elles sont déjà quatre. Elles forment une tribu, une famille, un groupe si serré que tout est partagé. Le reste du monde est leur terrain de jeu, leur adversaire. Elles se rebellent parfois juste pour la rébellion, mènent des batailles juste pour être en guerre. Car être en guerre, ça évite de devoir penser à la reconstruction.

Modern Love: A Kiss Diferred de Moth Collective, Etats-Unis, 2015, Documentaire animé, 3’46’’

ModernLove

La vie et les amours d’une ado de 12 ans, perturbées par la guerre en Ex-Yougoslavie.

Dulce Dolor de Moisés Aisemberg, Mexique, 2014, Fiction, 13’

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Une Piñata rencontre l’amour de sa vie en même temps que la raison de son existence.

Decorado d’Alberto Vázquez

Après avoir réalisé « Birdboy » et « Sangre de Unicornio »,  le réalisateur et illustrateur espagnol Alberto Vázquez revient avec un nouveau court, influencé par l’univers du conte, du fantastique et de la gravure, « Decorado », présenté à la dernière Quinzaine des Réalisateurs et au prochain festival d’Annecy.

Arnold, un ourson tout mignon, Maria, sa souris de copine, Ronald Duck, un comédien sur le retour, un copain fantôme, des poissons sexy à souhait, un monstre harpiste, un champignon parlant, un hibou géant, … : la dernière création d’Alberto Vázquez possède un sacré lot de curiosités.

Son film très court (7 minutes) fonctionne comme un tout entrecoupé d’un refrain (« Decorado », le décor) enchanteur ou flippant (c’est selon). L’histoire est celle d’Arnold, un petit ourson anxieux ne sachant jamais vraiment si il évolue dans le rêve ou la réalité, si ce qui l’entoure est un décor crée de toutes pièces ou sa propre vie.

Dans la foulée de ses précédents courts, le réalisateur continue de représenter les passions humaines sous les traits d’animaux : « Birdboy » s’intéressait déjà à une souris et à un oiseau échouant à prendre son envol dans un monde déshumanisé et masqué tandis que « Sangre de Unicornio » suivait des frères ours chassant la licorne sur fond de rivalité Caïn/Abel.

Avec « Decorado », Alberto Vázquez se balade élégamment entre l’étrange et le cauchemardesque, le monde intérieur, les hommages à Munch, les petites voix intérieures et les rires préenregistrés, la frontière complexe entre l’artifice et la réalité.

« Decorado » est un film intriguant, hilarant, glaçant, noir. Même animé, le film dit beaucoup sur le ressenti, la solitude face au monde, le lien amoureux, la folie, l’envers du décor. Ces thèmes se retrouvent ailleurs, sur papier puisque Vazquez, n’ayant pas étudié l’animation, a réalisé bon nombre d’illustrations pour la presse (jetez un oeil à la page Editorial sur son site internet) et achevé plusieurs livres qu’il n’hésite pas à adapter (comme pour « Birdboy »).

Avec son univers pour le moins singulier, un attrait pour le mystère et l’iconique, un rendu poétique/sombre, un côté touche-à-tout, Alberto Vázquez nous intéresse. Ses films se ressemblent et diffèrent à chaque fois. On sent un artiste évoluer, avancer dans son travail et ses recherches, prendre des risques tant au niveau de la musique, des voix (espagnoles,  ça change !) que de l’animation.

Si les premiers films se faisaient sans beaucoup d’argent, Alberto Vázquez peut désormais compter sur le soutien d’Autour de Minuit qui l’a accompagné pour « Decorado » et son premier long, « Psiconautas », co-réalisé avec Pedro Rivero, basé sur le roman graphique homonyme de Vazquez.

En juin, le film sera présenté dans la compétition officielle des longs-métrages à Annecy et on y retrouvera les personnages animaliers de « Birdboy » dans un monde désolé, dévasté. « Decorado » ne sera pas loin puisqu’il est programmé aussi, dans la compétition des courts. À la Quinzaine des Réalisateurs, ces jours-ci, ce dernier n’a peut-être pas remporté le prix illy du court métrage (le seul pour la forme courte dans cette section), mais il a représenté le film d’animation le plus original qu’on aura vu à Cannes, toutes catégories confondues.

Katia Bayer

Consulter la fiche technique du film

Article associé : l’interview du réalisateur

D comme Decorado

Fiche technique

Synopsis : Le monde est un merveilleux théâtre, il est dommage que le casting y soit déplorable.

Genre : Animation

Durée : 7′

Pays : France, Espagne

Année : 2016

Réalisation : Alberto Vazquez

Scénario : Alberto Vazquez

Son : David Rodríguez

Montage : Iván Miñambres

Musique : Víctor García

Voix : Angel Gómez, Josep Ramos, Kepa Cueto, Mireia Faura

Production : Autour de Minuit, UniKo

Articles associés : la critique du film, l’interview d’Alberto Vazquez

L’autre Palme d’or

Plus de mystère. La Palme d’or des courts métrages du Festival de Cannes a été attribuée hier soir à « Timecode », du réalisateur espagnol Juanjo Gimenez.  Le film a été choisi par Naomi Kawaze et son jury parmi les 10 films sélectionnés cette année au festival. Une Mention spéciale du Jury a également été décernée au film brésilien « A moça que dançou com o diabo » (La jeune fille qui dansait avec le diable) de João Paulo Miranda Maria.

Palme d’or : Timecode de Juanjo Gimenez, Espagne

Synopsis : Luna et Diego sont gardiens de sécurité dans un parking. Diego fait le service de nuit, et Luna de jour.

Mention spéciale du Jury : A moça que dançou com o diabo (La jeune fille qui dansait avec le diable) de João Paulo Miranda Maria, Brésil

Synopsis : Une jeune fille d’une famille très religieuse cherche son propre paradis.

2 courts primés à la Quinzaine des Réalisateurs

Même si la Quinzaine des Réalisateurs est une section non compétitive, certains de ses partenaires attribuent des prix lors de la cérémonie de clôture, ayant eu lieu hier soir à Cannes. Sur les différents prix remis, l’un est consacré au court métrage via la marque de café illy.

Palmarès

Prix illy du court métrage : Chasse royale de Lise Akoka & Romane Gueret (France)

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Synopsis : Angélique, 13 ans, aînée d’une famille nombreuse, vit dans la banlieue de Valenciennes. Ce jour là, dans son collège, on lui propose de passer un casting.

Mention : Zvir (The Beast) de Miroslav Sikavica (Hongrie)

zvir

Synopsis : Un ouvrier de l’arrière-pays croate se dirige vers la côte pour démolir des habitations dans une station balnéaire. En chemin, il réalise que pour mener à bien sa contestable mission et conserver son autorité paternelle, il va devoir se débarrasser d’un « témoin » indésirable.

Cinéfondation 2016, le palmarès

La 19ème édition de la Cinéfondation a dévoilé les quatre courts métrages que son jury a décidé de récompensé cette année. Pour rappel, le jury était présidé par Naomi Kawaze et était composé de Marie-Josée Croze, Jean-Marie Larrieu, Radu Muntean et Santiago Loza. La cérémonie de remise des prix s’est déroulée à la salle Buñuel et a été suivie par la diffusion des films primés dont voici le classement.

Premier Prix : « Anna » réalisé par Or Sinai (The Sam Spiegel Film & TV School, Israël)

Synopsis : Par une chaude journée d’été, pour la première fois depuis des années Anna se retrouve inopinément seule, sans son fils. La voilà donc partie pour une errance dans les rues de sa petite ville dans le désert, à la recherche d’un homme qui lui donnerait une caresse, même pour un bref instant.

Deuxième Prix : « In the hills » réalisé par Hamid Ahmadi (The London Film School, Royaume-Uni)

In The Hills

Synopsis : Shahram est un jeune immigré qui vit dans l’idyllique campagne anglaise des Cotswolds. Afin de réussir son intégration dans cette nouvelle société, il choisit une approche plutôt radicale.

Troisième Prix ex aequo :

– « A nyalintas nesze » réalisé par Nadja Andrasev (Moholy-Nagy University of Art and Design, Hongrie)

Synopsis : Une femme est observée chaque jour par le chat de sa voisine, au moment où elle s’occupe de ses plantes exotiques. Leur rituel pervers prend fin quand le chat disparaît. Au printemps suivant un étrange inconnu lui rend visite.

– « La culpa, probablemente » réalisé par Michael Labarca (Universidad de Los Andes, Venezuela)

La culpa probablemente

Synopsis : Il fait nuit et il y a une panne électrique dans la ville. Une mère célibataire reçoit la visite de Cándido, son dernier partenaire et son plus récent échec dans la recherche d’une figure paternelle pour sa jeune fille. Il revient parce qu’il veut les protéger dans l’obscurité, probablement…

Semaine de la Critique 2016, palmarès des courts sélectionnés

La 55ème édition de la Semaine de la Critique s’est clôturée hier soir. Voici les deux courts-métrages récompensés lors de cette édition 2016.

PRIX DÉCOUVERTE LEICA CINE DU COURT MÉTRAGE : « Prenjak » de Wregas Bhanuteja (Indonésie)

Synopsis : Diah emmène Jarwo dans un entrepôt pendant la pause de midi. Elle dit avoir besoin d’argent rapidement. Elle propose à Jarwo d’acheter une allumette pour 10 mille roupies. Avec cette allumette, il pourra regarder le sexe de Diah.

PRIX CANAL+ DU COURT MÉTRAGE : « L’enfance d’un chef » de Antoine de Bary (France)

Synopsis : Vincent a 20 ans, c’est un jeune comédien à succès à qui on vient d’offrir le premier rôle dans le film de l’année : le biopic sur la jeunesse de Charles de Gaulle. Au même moment, ses parents partent vivre à Orléans et le poussent à emménager seul. Le film suit ses premiers pas dans l’indépendance.

I comme Il Silenzio

Fiche technique

Synopsis : Fatma et sa mère sont réfugiés kurdes en Italie. Lors d’une consultation médicale, Fatma doit traduire ce que le médecin dit à sa mère, mais la jeune fille garde le silence.

Genre : Fiction

Durée :  15′

Année : 2016

Pays : Italie, France

Réalisation : Ali Asgari, Farnoosh Samadi Frooshani

Scénario : Ali Asgari, Farnoosh Samadi Frooshani

Image : Alberto Marchiori

Son : Daniele De Angelis

Montage : Mauro Rossi

Musique : Matti Paalen

Interprétation : Fatma Alakuş, Cahide Özel, Valentina Carnelutti

Production : Kino Produzioni, Filmo

Articles associés : la critique du film, l’interview d’Ali Asgari et Farnoosh Samadi Frooshani

Il silenzio d’Ali Asgari et Farnoosh Samadi Frooshani

Le Colombien Simón Mesa Soto, évoqué il y a quelques jours sur notre site, n’est pas le seul court-métragiste à revenir en compétiton officielle à Cannes cette année. L’auteur de « Leidi » (Palme d’Or il y a 2 ans) et de « Madre » (en lice cette année) se retrouve en effet dans la même catégorie qu’Ali Asgari, un auteur iranien que nous avions repéré il y a trois ans à Cannes avec le très beau « Bishtar Az Do Saat » (More than two hours). Depuis cette première sélection en 2013, Ali Asgari a réalisé un autre court-métrage remarqué, « The Baby » avant d’opter pour la co-réalisation avec sa compagne Farnoosh Samadi Frooshani avec qui il a signé « La Douleur » avant de tourner « Il Silenzio », retenu à l’officielle cette année.

Ali Asgari est un sans conteste un auteur à suivre. Mêlant simplicité, émotions, famille d’acteurs et véritable sens de la mise en scène, il arrive, de film en film, à toucher son spectateur. En solo, il a tourné deux films co-écrits avec Farnoosh Samadi Frooshani qui ont retenu l’attention des festivals. Dans « Bishtar Az Do Saat », ayant fait ses débuts à Cannes, deux jeunes gens tentaient, envers et contre tout, de lutter contre l’administration hospitalière (et en filigrane contre la société iranienne) après une première nuit passés ensemble.

Dans « The Baby », découvert à Venise, deux jeunes femmes cherchaient vainement une baby-sitter pour s’occuper d’un nourrisson devant resté caché aux yeux de tous. Dans « La Douleur » dans lequel Asgari s’est initié à la co-réalisation, un jeune homme atteint d’une rage de dents essaye tant bien que mal d’être reçu par un dentiste qui refuse obstinément de le prendre en consultation. Dans « Il silenzio », une mère et sa fille, réfugiées kurdes, se rendent à une consultation médicale. L’enfant se retrouve dans la délicate position de devoir traduire les mots du médecin à sa mère malade, mais reste murée dans le silence.

silence

D’un court à l’autre, des constances apparaissent : l’envie de filmer l’hôpital, de tourner de temps à autre avec les mêmes comédiens, de s’intéresser à l’intime, au secret, au tabou (la perte de la virginité, une naissance hors mariage, la séropositivité, la maladie), de travailler dans un cadre et une durée déterminée (15 minutes), d’aborder la question de la responsabilité de l’individu face au système, de parier sur une mise en scène simple et pudique.

« Il silenzio », montré ces jours-ci à Cannes, touche juste, directement, comme les films précédents. Sans fioritures, le film va à l’essentiel. Le personnage de la jeune Fatma est désarmant, cherchant sans cesse à reculer le moment fatidique où elle devra surmonter sa peur et révéler à sa mère la précieuse information qu’elle détient. Ce moment de silence qui s’éternise, les yeux grands ouverts de sa comédienne (touchante Fatma Alakuş), son plan et sa musique de fin, fort en émotions, laissent présager au film une Palme bien méritée, tant le reste de la sélection officielle se révèle bien décevant (hormis « La Laine sur le dos » de Lotfi Achour) et le désir de cinéma puissant chez ce duo de cinéastes n’ayant pas fini de d’explorer la question de l’intime et de la simplicité.

Katia Bayer

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Article associé : l’interview d’Ali Asgari et Farnoosh Samadi Frooshani

Festival Tous Courts, appel à films et à scnénarios

Le Festival International de Courts Métrages d’Aix-en-Provence (Festival Tous Courts) a lancé son appel à films (courts). Deux compétitions (internationale et expérimentale) se tiendront durant sa 34ème édition entre le 28 novembre et le 3 décembre prochain. Les films doivent avoir été achevés après le 1er janvier 2015 et leur durée ne doit pas excéder 30 minutes. Hormis cela, tous les genres et toutes les formes sont permis.

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Le Festival Tous Courts est également l’occasion pour les jeunes scénaristes de mettre en avant leur travail. L’Atelier Jeunes Auteurs accueillera en résidence 11 scénaristes durant le Festival. Ceux-ci seront coachés par une équipe de script-doctors afin d’améliorer leur projet de film et augmenter ses chances de trouver un producteur. Il doit s’agir d’un premier ou deuxième projet de court métrage.

Inscription aux compétitions (avant le 15 juillet) : http://festivaltouscourts.com/inscription2016/

Inscription à l’Atelier Jeunes Auteurs (avant le 29 juillet) : http://festivaltouscourts.com/atelierauteurs/

Madre de Simón Mesa Soto

Deux ans après avoir reçu la Palme d’or du court-métrage pour « Leidi », Simón Mesa Soto concourt de nouveau dans la même sélection au festival de Cannes 2016, avec son court-métrage « Madre ».

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Réalisateur colombien ayant étudié le cinéma à Londres, il retourne filmer dans son pays natal. Il s’intéresse avant tout aux jeunes adolescentes de Medellin, mégalopole colombienne, deuxième ville la plus peuplée du pays. Il réalise des portraits de femmes-enfants dont les conditions de vie les ont emmenées à grandir plus vite et à adopter des comportements de femmes avant l’âge. A l’instar de « Leidi » qui suivait une très jeune mère à la recherche du père de son enfant, « Madre » dévoile un court instant de la vie d’Andrea, adolescente de 16 ans. Le film se déroule sur une journée, celle où la vie d’Andrea bascule en entrant dans le monde glaçant de la pornographie.

La jeune fille est emprisonnée dans des cadres très serrés qui n’hésitent pas à lui couper un morceau du front, la laissant sans air et sans espace face à une décision irrévocable prise sans autre motivation que celle de l’argent. Pour autant, la caméra, si elle n’est pas fixe, est stable et fluide, ne créant ainsi pas de mouvement anxiogène. En effet, Andrea ne manifeste aucune angoisse, elle ne parait pas regretter son choix et appréhender l’acte qu’elle devra commettre avec calme et sérénité. Elle semble agir après mûre réflexion, pouvant alors répondre de manière assurée aux questions que lui pose son futur agent lors du casting passé, quitte à mentir avec aplomb sur son âge par exemple.

Cependant, l’hostilité du monde dans lequel elle s’intègre est suggérée avec quelques plans plus larges dévoilant l’arrière-plan ou quelques interactions sonores avec l’hors-champs. Ils laissent apercevoir les regards méprisants que les autres filles lui portent ou entendre la voix du directeur de casting posant les strictes conditions de son futur travail si elle l’accepte. Andrea, très justement interprétée par Yurani Anduquia Cortés, est pudique. En public, elle ne laisse transparaitre aucune émotion, ni dans sa voix, ni sur son visage. Seule une larme discrète coule le long de sa joue à la fin de cette journée éprouvante quand elle se retrouve enfin seule, libérant ainsi la lourde pression difficile à retenir par une femme qui n’est en fait encore qu’une enfant.

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Le film prend part dans un projet commun international « Break the Silence », regroupant trois autres réalisateurs primés à Cannes, Frida Kempff, Anahita Ghazvinizadeh et Sonejuhi Sinha, sur le thème de l’exploitation sexuelle infantile. En réponse à la commande, Simón Mesa Soto signe un film tout en retenue et suggestion, offrant aux jeunes femmes de son pays toute la considération qu’elles méritent.

Zoé Libault

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M comme Madre

Fiche technique

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Synopsis : Andrea, 16 ans, descend de son quartier sur les collines de Medellin pour assister à un casting porno en centre ville.

Genre : Fiction

Durée : 14′

Pays : Suède, Colombie

Année : 2016

Réalisation : Simón Mesa Soto

Scénario : Simón Mesa Soto

Image : Juan Sarmiento

Montage : Gustavo Vasco

Son : Andres Montaña Duret, Isabel Torres, Jose Valenzuela

Interprétation : Yurani Anduquia Cortés, María Camila Maldonado, Paulo De Jesús Barros Sousa

Production : Momento Film

Article associé : la critique du film