Aprilis Suskhi (Fraîcheur d’avril) de Tornike Bziava

Fraîcheur de vivre

Avec un titre évoquant une fin d’après-midi de printemps, « Aprilis Suskhi » de Tornike Bziava apparaît comme un essai esthétique sur les contradictions d’un envahisseur belliqueux. Montré en compétition internationale à Clermont-Ferrand et lauréat d’une Mention spéciale, le film dénonce l’absurdité de la guerre.

Les manuels d’histoire, c’est bien connu, racontent les événements à leur façon, révélant par là les tabous d’une société ou d’un pays à un moment et en un lieu donnés. Naturellement politique, « Aprilis Suskhi » met en lumière un événement peu connu de l’histoire de Géorgie. Qui se rappelle le jour où les rues de Tbilisi ont vu les troupes soviétiques interrompre violemment une manifestation pacifique entraînant la mort de 22 personnes ?

Tornike Bziava décide de plonger le matin du 9 novembre 1989 dans un noir et blanc brumeux faisant varier de façon ingénieuse les plans d’ensemble des immeubles soviétiques imposants et les plans rapprochés de soldats s’apprêtant à démanteler le rassemblement. Angoisse et banalité parfument les vaporeuses rues de la capitale géorgienne tandis qu’un son inhabituel éveille les soupçons du soldat Petrovich. Non loin de là, un jeune danseur bat les talons sous le rythme effréné d’un tambour de fortune. L’adolescent s’agite dans tous les sens avec une fierté non dissimulée tandis que le Russe est fasciné par le spectacle.

Accordant de l’importance non pas à l’instant décisif mais à l’instant humain, le cinéaste pointe le détail délicat et la sensibilité artistique réconciliant les âmes ennemies. Parce que le cinéma selon Bziava est un moyen efficace de mettre en valeur l’arc-en-ciel d’une réalité orageuse où chaque pas de danse semble exprimer un non adressé à l’envahisseur et la chorégraphie, symbole de culture et de tradition, se révèle aussi révolutionnaire qu’unificatrice.

Marie Bergeret

Article associé : l’interview de Tornike Bziava

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