Ce jeudi 12 janvier 2017, Format Court fête ses 8 ans à 20h30 au Studio des Ursulines (Paris, 5ème). Notre soirée anniversaire, organisée avec le soutien de l’Institut Culturel Roumain, accueillera 5 films (dont un nouveau Prix Format Court) et 3 équipes. Voici 10 bonnes raisons d’y participer !
1) Parce que la programmation est sympa et diversifiée (France, Belgique, Arménie, Géorgie, États-Unis, Roumanie)
2) Parce qu’on pourra se souhaiter une bonne année (on est encore dans les temps)
3) Parce qu’on pourra chanter Happy Birthday pour les 8 ans de notre site internet
4) Parce que le court-métrage, c’est juste génial !
5) Parce que les films programmés ne repassent pas à la séance de 22h, ne sont pas téléchargeables sur Internet et ne sortiront probablement pas en DVD, comme les longs-métrages
6) Parce que pas moins de trois équipes sont présentes : Héloïse Pelloquet, réalisatrice de « L’Âge des sirènes » (sélectionné à Angers et Clermont-Ferrand 2017), Julien Dara et Balthazar Lab, co-réalisateur et chef opérateur de « The Ordinary » (Grand Prix au Festival Off-Courts de Trouville 2016) et Roxana Stroe, réalisatrice de « Une nuit à Tokoriki » (sélectionné à la Berlinale 2016 et Prix Format Court au Festival de Namur 2016).
7) Parce que la jeunesse et la qualité sont au coeur de la programmation, tant du côté des films d’écoles que des premiers films professionnels
8) Parce que la séance coûte moins cher qu’un paquet de clopes et que c’est meilleur pour la santé 😉
9) Parce que le cinéma des Ursulines permet un échange chaleureux et de proximité avec le public
10) Parce qu’on vous chouchoute à Format Court : Carambar et fraises Tagada en début de séance & pot offert en fin de soirée !
En pratique
– Projection : 20h30, accueil : 20h
– Durée de la séance : 82′
– Studio des Ursulines : 10 Rue des Ursulines, 75005 Paris
– Accès : RER B Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Épée), Bus 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon). Métro le plus proche : Ligne 7, arrêt Censier Daubenton (mais apprêtez-vous à marcher un peu…)
– Event Facebook !
– Entrée : 6,50 €
– Réservations vivement recommandées :soireesformatcourt@gmail.com
La bonne news du weekend. « Renaître », le très beau film du réalisateur belge Jean-François Ravagnan, que nous avions primé en 2015 au Festival International du Film Francophone de Namur, est visible en ligne sur le site internet de Court-Circuit, la case courte d’Arte après un passage à l’antenne dans un Spécial « Rendez-vous amoureux », diffusé cette semaine.
Le film, porté par une Nailia Harzoune éblouissante, aborde la question du choix décisif d’un point de vue féminin. Un parti pris réussi, aussi bien dans sa narration laconique que dans sa manière d’être au plus près des personnages. Un instantané cinématographique où l’on ressent l’urgence du désir comme réponse ultime à la séparation inéluctable.
Diffusé en novembre 2015 en présence du réalisateur, reprogrammé dans l’une de nos cartes blanches, le film est à voir en ligne jusqu’à ce mercredi 11 janvier 2017.
Synopsis : Un coup de téléphone fait ressurgir le passé de Sarah. Seule, mentant à ses proches, elle n’a maintenant plus qu’une idée en tête: traverser la Méditerranée pour retourner en Tunisie. Guidée par la violence de ses sentiments, elle entreprend un voyage afin de rester fidèle à une ancienne promesse faite à l’homme qu’elle aimait.
Pour en savoir plus sur le film et Jean-François Ravagnan, nous vous invitons à retrouver nos articles en ligne :
Voici la deuxième partie de notre reportage sur L’Étrange Festival 2016, XXIIe du nom, après la première partie publiée en fin d’année. Au menu, toujours autant de merveilles courtes, venues de tous les horizons et sous toutes les formes. Futurs hypothétiques, bestioles bizarres et dérangeantes, états physiques proches de la folie, encore une fois, les écrans du Forum des Images vibraient au mois de septembre sous le poids d’histoires plus énormes et délirantes les unes que les autres.
Programme n°3 – Dans quel état j’erre
Eludons le jeu de mots osé du titre (on comprend, cela nous arrive aussi…), et préoccupons-nous de ce programme n°3 qui accueille plusieurs films déjà évoqués sur Format Court, comme le bouillonnant « The Invitation of Armageddon » de Paul Hough, l’hystérique et splendide « Manoman » de Simon Cartwright (Prix Format Court à Court Métrange cette année), ou encore le surréaliste film d’animation « Decorado » du génial artiste espagnol Alberto Vazquez. C’est à un autre réalisateur espagnol que nous nous intéresserons cette fois-ci, à savoir Alex Pachón pour son film expérimental, « You Will Fall Again ».
Commissionné par le Hong Kong City Contemporary Dance Company, « You Will Fall Again » mélange film de danse, expérimentation visuelle et suspense très codifié. Un jeune homme handicapé en fauteuil roulant occupe une pièce sombre et délabrée, sans issue, à part une petite porte au fond, difficile à atteindre. Il va essayer de s’enfuir par cette porte, en se traînant hors de son fauteuil pour rejoindre l’issue unique. Seulement, à mesure qu’il atteint son objectif, les membres de son corps craquent et se brisent, comme le plafond qui se fissure tout du long jusqu’à la porte.
Œuvre empreinte de cruauté, boucle infernale de souffrance physique autant que mentale, « You Will Fall Again » décrit métaphoriquement la difficulté à affronter un handicap quel qu’il soit et tous les efforts à fournir pour ne pas sombrer. En un ballet éprouvant utilisant la danse comme échappatoire au handicap physique, le film dépeint une lutte interminable appelée à se répéter indéfiniment, dans une boucle qui entremêle intimement espoir et désespoir.
Programme n°4 – Les belles histoires de tonton Strange
Mais qui est donc ce tonton Strange et pourquoi veut-il nous raconter de soi-disant belles histoires ? C’est avec une certaine appréhension que nous sommes entrés dans la salle de cinéma pour ce quatrième programme décidément bien étrange… Et nous avions bien raison de rester sur nos gardes !
Pour nous amadouer, on nous a d’abord montré « Le Repas Dominical » de Céline Devaux, bien connu chez Format Court, mais la méfiance n’a pas quitté nos esprits. Pour détendre l’atmosphère, on a voulu nous attendrir en jouant sur la corde sensible avec « La rentrée des classes » de Vincent Patar, Stéphane Aubier et toute la bande du long-métrage « Panique au Village ». Et cela marcha !
Après « La bûche de Noël » (2013), où Cow-Boy et Indien donnaient du fil à retordre au Père Noël, les deux réalisateurs de « Pic Pic & André » rempilent avec « La rentrée des classes » pour notre plus grand bonheur. Cette fois-ci les deux affreux jojos ont complètement oublié la reprise des cours. Pour éveiller l’intérêt des élèves de la classe, la directrice de leur école organise un grand concours dont le premier prix est un voyage sur la Lune. « Indien » et Cow-Boy sont évidemment prêts à tout pour embarquer sur la fusée.
Toujours animés en stop motion (image par image) avec des figurines chinées de-ci de-là ou fabriquées pour la circonstance, le duo belge offre aux deux maladroits compères une nouvelle aventure trépidante avec notamment une poursuite hilarante dans les méandres du cerveau de Cochon, l’un de leurs camarades de classe. Près de 15 ans après le premier épisode, l’humour et la bonne humeur restent intacts. Vivement la suite !
Après tous ces films, tout allait bien et nous avions définitivement baissé notre garde. Puis, l’air de rien, quelqu’un « lâcha » sans prévenir « The Procedure » de Calvin Lee Reeder . En moins de 4 minutes, l’atmosphère de la salle avait changé, les spectateurs retenaient leur souffle et espéraient plus ou moins secrètement ne pas voir à l’écran ce que le réalisateur Tom Six avait déjà imaginé à trois reprises en long-métrage (à savoir la trilogie « The Human Centipede »).
Si le film tient plus au départ de la blague ou d’un pari raté entre amis, à y regarder à deux fois, on peut y voir autre chose. Prenant à cours nos attentes ou nos craintes (tous les goûts sont dans la nature), le film s’achève de façon pour le moins déconcertante.
Star montante dans le milieu du film d’horreur indépendant, son réalisateur Calvin Lee Reeder est déjà à l’origine de plusieurs courts-métrages depuis le début des années 2000 et a également réalisé deux longs-métrages (« The Rambler » et « The Oregonian »). Dans « The Procedure », il parodie allègrement un univers dont il est familier (il a joué également dans « You’re next » et « V/H/S ») et notamment celui des films en vogue depuis quelques années : le « torture porn », sorte de sous-catégorie du film d’horreur, où souvent un prétexte scénaristique déclenche toute une pléiade de brutalités, voire d’atrocités plus ou moins diverses et variées mais surtout souvent gratuites. Même s’il fait mine de ne faire qu’un film potache sans aucune arrière-pensée, le réalisateur originaire de Seattle fait avec ce petit film un joli pied de nez salvateur à un certain cinéma qui peut parfois manquer d’humour.
Programme n°5 – Souviens-toi du futur
Pour ce 5ème programme, les programmateurs de L’Étrange Festival ont sorti leur plus belle boule de cristal pour nous montrer un futur étrangement familier, sorte de réalité parallèle à la fois attirante et inquiétante.
« Peripheria » de David Coquard-Dassault propose une immersion dans une époque indéterminée où la vie humaine semble avoir disparue. Toutefois, des témoignages de leur passage sur Terre restent encore présents. Dès les premiers instants du film, nous sommes frappés par le contraste saisissant entre l’architecture massive et désertée de ces cités-dortoirs et le silence qui entoure ces imposantes masses de béton. Sorte de vestige d’une présence humaine, cette Pompéi des temps modernes voit son repos perturbé par les aboiements de chiens errants. Comme dans le célèbre roman de Clifford D. Simak, « Demain les chiens », la population canine semble avoir pris possession de ce territoire abandonné par les humains. Même s’ils restent absents du film, « Peripheria » met indirectement cette disparition au centre de son dispositif.
Dans son précédent film « L’Ondée », David Coquard-Dassault mettait aussi en scène des personnages dans un contexte urbain. Sous une pluie diluvienne, les êtres humains tentaient tant bien que mal de se mouvoir dans une ville aux tours d’immeubles démesurément grandes tandis que des oiseaux prenaient leur envol vers d’autres horizons. Frontalité et contrastes sont bien les maîtres mots de la mise en scène de ces deux films. Avec ou sans leurs occupants, ces bâtiments faramineux ne paraissent ne jamais avoir été adaptés à l’Homme ; d’un film à l’autre, le réalisateur semble même émettre l’hypothèse qu’ils ont peut être même favorisé sa disparition laissant ça et là des traces de vie encore perceptibles.
En terme de contrastes, on peut dire que le rutilant film de Keiichi Matsuda, « Hyper-reality » n’est pas en reste. C’est même une vraie mise en image d’un futur tellement proche que l’on pourrait presque l’effleurer du bout des doigts ! Ce réalisateur anglo-japonais propose une approche du quotidien imprégnée de “réalité augmentée” où réalité physique et réalité virtuelle seraient intimement mêlées jusqu’à ne faire qu’une seule et même unité. Cette séduisante mais néanmoins intrigante proposition de six minutes montre avec un fourmillement de détails digne des plus grisantes salles de casino comment chaque interaction avec le monde qui nous entoure pourrait être régentée par la technologie. Dans ce film, on suit à travers les yeux d’une jeune femme une déambulation dans les rues de Medellin (Colombie) et aux alentours. Sa vision se voit parasitée par des sollicitations tous azimuts et chacune de ses actions se voit conditionnée à cet environnement virtuel comme si rien ne pouvait être fait autrement.
Certains verront dans ce film une prouesse technique, d’autres un certain avant-goût de l’enfer virtuel quotidien qui nous attend. Une chose est sûre : pensez à bien mettre à jour la dernière version de votre système d’exploitation après avoir lu ce papier…
Programme n°6 – Bipèdes et autres bestioles
La 22ème édition de L’Étrange Festival se clôt par une programmation chargée (15 films), fourmillant de bestioles en tous genres, papillon, cheval, gastéropode et autre enfant à deux têtes. Pénétrons doucement cet univers sauvage, laissons de côté le beau et sombre « Dernière Porte au Sud » de Sacha Feiner (Prix Format Court au Festival Le Court en dit long 2016) et intéressons-nous plutôt à deux œuvres d’animation singulières.
Nouvelle création du tandem magique Vincent Patar et Stéphane Aubier (leur autre film « La rentrée des classes » est d’ailleurs évoqué dans le programme n°4), « Le Bruit du Gris » a été réalisé dans le cadre de la collection « Dessine Toujours ! », lancée à la suite des attentats contre Charlie Hebdo (en janvier 2015), pour réfléchir sur la liberté d’expression.
Film-concept métaphorique reprenant les personnages de « Panique au Village, » à savoir Cheval, Cowboy et Indien, pour les confronter à la répression artistique, « Le Bruit du Gris » a trouvé une forme de simplicité d’exécution qui étaye à merveille son propos. Cheval, Cowboy, Indien et leurs amis investissent le hall d’une maison sans vie, aux murs gris et livides, et commencent à peindre, écrire, jouer de la musique, lui redonnant des couleurs, « du rose aux joues ». Soudain un homme informe et colérique déboule pour tout arrêter, leur faire vider les lieux à « coup de pied gigantesque » et tout remettre en bonne et due forme : vide, morne, complètement éteint… Seulement, la vie continue d’elle-même, et dans une boucle formelle infinie, les apprentis « artistes » reviennent investir les lieux pour notre plus grand plaisir. Fin et intelligent, « Le Bruit du Gris » est un film sobre, presque minimaliste, mais d’une grande puissance évocatrice, à la fois éducatif et complètement libre.
Imaginez un instant, que vous êtes de nouveau un petit garçon ou une petite fille et vous êtes naturellement intéressé(e) par tout ce qui relève du monde des adultes, tiraillé(e) par l’envie d’en découvrir plus sur tous ses aspects les plus troubles. « Don’t Tell Mom », de la réalisatrice japonaise Sawako Kabuki, est fait pour vous.
Utilisant la forme du film éducationnel entièrement perverti, « Don’t Tell Mom » est une sucrerie trash, un film d’animation expérimental et dépravé qui initie aux choses de l’amour à travers une comédie musicale des plus débraillées. Dans un style à la fois naïf et libidineux, « Don’t Tell Mom » est une farce irrévérencieuse pour adultes, un karaoké de débauche à chanter à tue-tête, dans son coin, à l’abri du regard de vos parents… On vous aura prévenus !
Bonne année @ tous ! Ce mois-ci, Format Court fête ses 8 ans. Nous avons le plaisir de vous inviter le jeudi 12 janvier 2017à 20h30 à notre soirée anniversaire au Studio des Ursulines (Paris, 5ème) !
5 films (France, Belgique, Arménie, Géorgie, États-Unis, Roumanie) seront projetés pour l’occasion, en présence de trois équipes : « L’Âge des sirènes » de Héloïse Pelloquet (sélectionné à Angers et Clermont-Ferrand 2017), « The Ordinary » de Julien et Simon Dara (Grand Prix au Festival Off-Courts de Trouville 2016) et « Une nuit à Tokoriki » de Roxana Stroe (sélectionné à la Berlinale 2016 & Prix Format Court au Festival de Namur 2016).
Chouette bonus : un verre offert ponctuera cette toute première séance 2017, organisée avec le soutien de l’Institut Culturel Roumain. Soyez au rendez-vous !
Programmation
L’Âge des sirènes de Héloïse Pelloquet, fiction, 27′, 2016, France, Why Not Productions. Sélectionné au Festival Premiers Plans d’Angers 2017 et au Festival de Clermont-Ferrand 2017 (compétition nationale). En présence de la réalisatrice
Mattis vit sur une petite île et vient d’avoir son brevet. Durant l’été, il travaille sur un bateau de pêcheur, et s’interroge sur son avenir.
Red Apples de George Sikharulidze, fiction, 15’30′, 2016, Arménie, Géorgie, États-Unis, Zinahar Films. Sélectionné au Festival de Toronto 2016 et au Festival de Clermont-Ferrand 2017 (compétition internationale)
Une jeune épouse arménienne voit sa relation avec son mari mise en danger dès le premier jour de leur mariage lorsque sa belle-mère s’en mêle.
Les dauphines de Juliette Klinke, fiction, 13′, 2016, Belgique, Institut des arts de diffusion. Sélectionné au Festival de Locarno 2016, présélectionné aux Magritte du Cinéma 2017
Béa, sans emploi, sous-loue son appartement pour finir les fins de mois. Ce week-end, elle emmène ses deux filles à un concours de miss auquel la plus jeune participe. Béa va alors projeter son besoin de réussite sur sa fille à travers ce concours.
The Ordinary de Julien et Simon Dara, fiction, 9′, 2016, France, Oneoak films. Grand Prix au Festival Off-Courts de Trouville 2016.En présence de l’équipe
Un jeune homme est venu à bout de son combat contre un dragon. Alors que la bête s’éteint dans l’agonie, il danse pour célébrer sa victoire.
Une nuit à Tokoriki (O noapte în Tokoriki) de Roxana Stroe, fiction, 18′, 2016, Roumanie, UNATC.Prix Format Court au Festival de Namur 2016, sélectionné à la Berlinale 2016. En présence de la réalisatrice
Dans une discothèque improvisée appelée « Tokoriki », le village entier célèbre le 18ème anniversaire de Geanina. Son petit ami et Alin vont lui donner un cadeau surprenant, un cadeau que personne ne pourra jamais oublier.
En pratique
– Projection : 20h30, accueil : 20h
– Durée de la séance : 82′
– Studio des Ursulines : 10 Rue des Ursulines, 75005 Paris
– Accès : RER B Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Épée), Bus 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon). Métro le plus proche : Ligne 7, arrêt Censier Daubenton (mais apprêtez-vous à marcher un peu…)
– Evenement Facebook !
–Entrée : 6,50 €
– Réservations vivement recommandées : soireesformatcourt@gmail.com
Why I Never Became A Dancer de Tracey Emin, Documentaire, 6’34’’, Royaume-Uni, 1995, Tracey Emin Studio
Synopsis : Utilisant sa vie privée comme source de son art, dans ce court métrage, Emin raconte les années de son adolescence en bord de mer où elle a grandi.
Plasticienne, peintre, photographe et vidéaste britannique contemporaine, Tracey Emin appartient à cette mouvance d’artistes, apparue dans les années quatre-vingts, désireuse de centrer l’expression artistique sur l’ego. Ainsi, sillonne-t-elle des chemins multiples et en marge de la scène populaire pour mettre en scène des oeuvres composites, qui mêlent photographies, sculptures, peintures ou encore videos où elle aime (faire) parler d’elle. Portrait intimiste et impudique voire exhibitionniste selon certains, de son adolescence, “Why I Never Became A Dancer” (parfois intitulé Why I didn’t Become a Dancer) se présente comme un journal intime filmé où elle revient sur une période charnière, celle où elle a abandonné l’école et découvert le sexe à 13 ans.
Sur des images tremblottantes, filmées avec une caméra Super 8 montrant une bourgade de bord de mer, sans doute Margate où elle a grandi, Tracey Emin commente ses impressions quand à 13 ans, elle plonge dans la sexualité comme d’autres dans la drogue. Le sexe est synonyme d’aventure et d’apprentissage, une manière de “surmonter les murs de merde qui l’entouraient”, affirme-t-elle. Jusqu’au jour où voulant devenir danseuse, elle participe au concours “British Disco Dance Championship » en 1978 et se fait huer par des hommes du public avec lesquels elle a pour la plupart couché. C’est ainsi qu’elle quitte Margate et n’est jamais devenue danseuse. Et la césure se fait. A la fois narrative mais également formelle. La parole est alors remplacée par une danse frénétique de Tracey Emin qui se trémousse sur un “You Make Me Feel (Mighty Real)” de Jimmy Somerville jouissif et libérateur qu’elle dédie à tous ces hommes. Effet de miroir et réflexion du “je” aux “vous”, “Why I Never Became A Dancer” effectue des allers-retours habiles de l’artiste au spectateur. Sorte d’exutoire des douleurs assassines, ce climax chorégraphié renforce encore davantage la complicité avec le « regardeur » qui se retrouve à la fois confident et juge. Il participe irrémédiablement à la démarche artistique de Tracey Emin qui l’inclut dès les prémisses du processus de création. Elle se (re)pose sur son regard accusateur ou complice jusqu’à ce qu’elle prenne son envol comme nous le suggère le dernier plan.
« Jukai » a été sélectionné cette année au Festival de Clermont-Ferrand en compétition nationale et au Festival Court Métrange en compétition européenne. Il fait également partie des nominés pour le César du meilleur court métrage d’animation 2017.
Au premier regard, ce court métrage d’animation 3D séduit par son aspect visuel. Gabrielle Lissot a choisi une esthétique qui sert pleinement son histoire. En noir et blanc, l’image rappelle ces photographies argentiques aux contrastes envoûtant. Par ce biais, la jeune réalisatrice met en avant le travail extraordinaire qu’elle a réalisé sur les textures. Les couleurs n’obstruent pas les matières ; tout est bois, herbe, pierre et porcelaine. Les personnages qui jalonnent le film sont représentés comme des poupées. La précision de leur peau en porcelaine est poussée jusqu’aux plus petits détails : les craquellements sur les visages montrent par exemple le temps qui passe. Les articulations de marionnettes sont également visibles. Cela déstabilise le spectateur d’autant plus que la protagoniste possède des expressions d’une grande humanité et un regard d’une vraie profondeur. Ses mouvements ne répondent pas aux codes marionnettistes, mais à celui de l’humain. Cette représentation ambivalente fait écho à la sculpture de l’artiste Hans Bellmer, « La poupée » (1935) où le corps de la femme et celui de la poupée se confondaient dans le but de déstabiliser le regard du spectateur.
Seul point de couleur dans ce monde fait de noir et blanc : le fil que la jeune femme enceinte suit désespérément dans une forêt labyrinthique. Comme une Ariane amoureuse, elle cherche à son bout le père de son enfant. Mais à la place, elle ne découvre que des corps abandonnés par la vie. Sa déambulation se déroule dans une nature ambivalente qui se révèle à la fois receleuse de morts et protectrice de vie. Drue, sauvage, cette forêt cache en elle de nombreux cadavres. Mais par son agencement, elle enrobe la jeune femme enceinte en formant autour d’elle une alcôve bienveillante. Les arbres se tordent en des trous lointains, des lits de branches accompagnent la forme ronde de son ventre.
Progressivement l’intention du court métrage se dessine. Des signes de vie se manifestent : un cerf apparaît entre les broussailles, leurs regards se croisent, la jeune femme pose sa main sur son ventre dans un geste de protection.
Ce film n’est pas une quête mortuaire. Au contraire, il nous raconte le parcours d’une femme sur le point de devenir mère et qui, avant de donner la vie, fait l’expérience de la mort. La vie est bien là, discrète. Elle se manifeste par de petites ondulations sous le ventre de la jeune femme. Au début, cachée sous une ceinture que la protagoniste enroule autour de son ventre, cette présence devient de plus en plus envahissante. La jeune femme finit par mettre au monde son enfant dans cette forêt qui ne présageait en rien l’apparition de la vie.
On comprend alors, par une fin très métaphorique, que cette femme elle-même est l’image d’une interrogation autour de la maternité. Que ces ficelles ne sont que l’incarnation de rencontres passées, de souvenirs, d’un vécu qui lui permet de tisser le support idéal pour créer le berceau de son enfant.
Ce berceau de fil tissé prend la forme d’un cœur coloré dans cette forêt en noir et blanc. À l’écrit, l’énumération de ces métaphores (les personnages-poupées, le fil d’Ariane…) peut paraître rebutante et donner l’impression qu’il n’y a pas de place pour la narration. Mais la mise en image si particulière de ces métaphores rend ce court-métrage à part. « Jukai » est un conte poétique et Gabrielle Lissot utilise les métaphores comme vecteur d’histoire, d’images et d’interrogations. À rebours du film qui joue avec les poncifs, ce court-métrage invente de nouvelles images en mettant en scène des interrogations féminines restées jusqu’alors sous la forme de pensées; et qui prendront vie dans les profondeurs d’une forêt obscure et merveilleuse.
Synopsis : Une jeune femme enceinte se perd dans un bois japonais, «Jukai», connu pour être le terrain propice à de nombreux suicides. Entre rencontres mortuaires et interactions avec la nature, cette future mère cherche le père de son enfant.
D’ici quelques jours, Format Court, votre magazine en ligne dédié au court métrage, fêtera ses 8 ans d’existence ! Champagne !
Vous aimez Format Court ? Votre perception du court-métrage a changé depuis que vous nous avez découverts ? Vous appréciez notre sélection de films en ligne, nos articles de fond, nos projections de courts et apéros ?
Envoyez-nous un témoignage de votre intérêt pour notre site (textes, photos, dessins, vidéos, soutiens, …) avant le jeudi 12 janvier 2017, date de notre séance anniversaire au Studio des Ursulines (Paris, 5ème).
Vos vidéos seront mises en ligne sur notre chaîne Vimeo, vos petits mots seront publiés sur Format Court & nos réseaux sociaux, vos dessins et photos s’afficheront sur notre site et sur les murs des Ursulines le 12 janvier prochain, vos soutiens nous permettront de nous lancer dans de nouvelles aventures !
Pour entrer de bon orteil dans notre 8ème année (et saluer par la même occasion 2017), partagez votre lien à Format Court d’une ou plusieurs manières :
– Email : info@formatcourt.com
– Adresse : Format Court, 269 rue des Pyrénées, 75020 Paris
– Via Twitter
– Via Facebook
– En publiant un commentaire : ici !
Vous avez été nombreux à nous communiquer vos propres films préférés, suite à notre appel lancé il y a 10 jours sur notre site internet. Voici vos films préférés.
Trois films – ex aequo – ont remporté le plus de voix à votre Top 5 :
Le weekend passé, a eu lieu la Fête du court métrage. Pour la deuxième année consécutive, Format Court participait à la manifestation au Carreau du Temple, à Paris et partageait pour la première fois un stand avec la Fédération des Jeunes Producteurs Indépendants.
Dimanche 18 décembre, Format Court présentait ses activités (web & forme courte, critique & diffusion, soutien des auteurs sur le net et en salle) en projetant les courts-métrages de deux réalisateurs primés par notre site : « Le Skate moderne » de Antoine Besse, Prix Format Court au Festival de Grenoble 2014, présélectionné aux prochains Cesar, et « Corpus » de Marc Hericher, Prix Format Court au Festival Court Métrange 2015.
Pour l’occasion, les deux réalisateurs étaient présents et sont revenus sur leurs parcours et films respectifs. Voici une sélection de photos de l’événement, signées Stenny Sigere !
Cette semaine, Format Court porte son regard sur le court-métrage de Gudmundur Arnar Gudmundsson : « Hvalfjordur » (Le Fjord des baleines). Mention Spéciale au 66ème Festival de Cannes, le film nous plonge dans une région reculée de l’Islande, où l’on suit la relation étroite de Arnar et Ivar, deux frères qui luttent contre la solitude.
Hvalfjordur (Le Fjord des Baleines) de Gudmundur Arnar Gudmundsson. Fiction, 15′, Danemark, Islande, 2013, Frae Films, Fourhands film, Sagafilm, Mailand-mercado films
Synopsis : Le film dépeint une relation étroite entre deux frères vivant avec leurs parents dans un fjord reculé. Nous pénétrons dans leur monde à travers le regard du plus jeune frère et nous l’accompagnons dans un voyage qui marquera un tournant dans leur vie.
Le réalisateur raconte cette histoire à travers les yeux du plus jeune frère, qui s’endurcit, impuissant, face à chaque tentative de suicide de son aîné. Il prend la place de l’adulte dans le film en essayant de prévenir son père, qui ne voit pas le malheur et la solitude de ses enfants. Gudmundur Arnar Gudmundsson ne représente volontairement pas les parents de ces enfants, leur existence étant signifiée par des voix et un mutisme face aux problèmes rencontrés par leurs fils.
Le décor naturel tient une place importante dans ce court-métrage, il plonge le spectateur dans une région où la pèche à la baleine est la principale activité. Les grandes plaines vides et silencieuses sont synonymes de la solitude de l’enfant. La lumière grisâtre, ne laissant passer que quelques rayons de soleil, enferme le spectateur dans une région où la présence humaine est inexistante.
La caméra ne suit que le jeune garçon, explore avec lui les étendues désertiques où les chevaux islandais profitent de leur liberté, et les plages de galets surmontées par des grandes falaises. Le réalisateur alterne entre moments forts en émotions, comme la tentative de suicide du frère aîné et moments plus calmes où on observe la beauté des paysages lorsque le jeune garçon se retrouve au milieu d’un troupeau de chevaux.
Gudmundur Arnar Gudmundsson livre dans ce court-métrage, un conte contemporain qui plonge le spectateur dans une région peu connue du grand public. Les deux acteurs interprètent avec sincérité le mal-être constant qui règne au sein de la jeunesse d’aujourd’hui. Ce sujet, qui touche personnellement le réalisateur, est au cœur de son premier long-métrage : « Heartstone », remarqué dans les festivals de Venise et Toronto, et qui signe une œuvre bouleversante sur l’adolescence et le passage à l’âge adulte.
Depuis 7 ans, les membres de Format Court se prêtent à l’exercice du Top 5 des meilleurs courts métrages de l’année. Rituel oblige, voici les films de l’année qui ont marqué l’équipe de Format Court.
Découvrez également le Top 5 des films que vous avez préférés cette année lancé il y a 10 jours sur notre site internet. Vous avez été nombreux à nous faire part de vos 5 courts-métrages favoris de l’année ! Merci pour vos votes !
En attendant, voici le Top 5 de notre équipe !
Fanny Barrot
1. Koropa de Laura Henno, France
2. Que vive l’Empereur de Aude Léa Rapin, France
3. Feu, mon corps de Stéphanie Lagarde, France
4. Chasse royale de Lise Akoka et Romane Gueret, France
5. Le Park de Randa Maroufi, France
1. Vaysha l’aveugle de Theodore Ushev, Canada
2. Mr. Sand de Soetkin Verstegen, Danemark
3. You Are The Canvas de Jean-Paul Frenay, Belgique
4 Les Frémissements du thé de Marc Fouchard, France
5. Peripheria de David Coquart-Dassaut, France
Clément Beraud
1. L’intervalle de résonance de Clément Cogitore, France
2. Ennemis intérieurs de Selim Azzazi, France
3. Elegance de Virpi Suutari, Finlande
4. Clumsy Little Acts of Tenderness de Miia Tervo, Finlande
5. Brâme – La vie primitive qui habite les ombres de Julie Vacher, France
Marie Bergeret
1. Dernière porte au sud de Sacha Feiner, Belgique, France
2. Hotaru de William Boury, France
3. The Living Need Light The Dead Need Music de de The Propeller Group, Vietnam
4. Les Bosquets de JR, France
5. Austerity de Gavris Renos, Chypre
Adi Chesson
1. Scrapbook de Mike Hoolboom, Canada
2. Une nuit à Tokoriki de Roxana Stroe, Roumanie
3. Le haut pays de Jérémy van der Haegen, Belgique
4. Celebracio de Pau Cruanyes Garrell et Gerard Vidal Barrena, Espagne
5. Que vive l’Empereur d’Aude Léa Rapin, France
1. Red apples (Les pommes rouges) de George Sikharulidze, Arménie, États-Unis, Géorgie
2. To czego chcę (Ce que je veux) de Damian Kocur, Pologne
3. The son (Le fils) de Hristo Simeonov, Bulgarie
4. Larp de Kordian Kadziela, Pologne
5. Love de Réka Bucsi, Hongrie
Zoé Libault
1. Samedi Cinéma de Mamadou Dia, Sénégal
2. Une autre paire de manches de Samuel Guénolé, France
3. Vaysha l’Aveugle de Theodore Ushev, Canada
4. Madre de Simon Mesa Soto, Colombie
5. Feitos e ditos de Nasreddin, Portugal
Adriana Navarro Álvarez
1. Journal Animé de Donato Sansone, France
2. Vaysha l’aveugle de Theodore Ushev, Canada
3. La Chambre Vide de Dahee Jeong, France, Corée du sud
4. Decorado d’Alberto Vazquez, Espagne
5. Made in Spain de Cooke Rioboo, Espagne
1. Hopptornet de Maximilien van Nertryck et Axel Danielson, Suède
2. Zvir de Miroslav Sikavica, Croatie
3. Je te tiens, tu me tiens de Eric Guirado, France
4. Spoon de Markus Kemplen, Allemagne
5. The ordinary de Simon et Julien Dara, France
Marc-Antoine Vaugeois
1. Je marche beaucoup de Marie-Stéphane Imbert, France
2. Cantate / Macabre de Stéphane Rizzi, France
3. Brûle Coeur de Vincent Tricon, France
4. Long Story Short de Natalie Bookchin, Etats-Unis
5. Bachaumont de Martial Salomon, France
Résonner avec notre époque, c’est ce qui pourrait nous venir à l’esprit lorsque l’on regarde « Ennemis intérieurs », premier court-métrage de Sélim Azzazi, sélectionné et primé par notre équipe Format Court au Festival du court-métrage de Villeurbanne.
Nous sommes dans les années 90 (lorsque le terrorisme naissant se développe en France). Un homme né en Algérie française et de nationalité algérienne vient faire sa demande de naturalisation dans un commissariat de police et se retrouve confronté à une avalanche de questions posées par l’inspecteur de police. Ce qui aurait pu être un rendez-vous tout en complaisance engouffre les deux hommes dans ce qui va se transformer en duel. Une bataille rangée entre deux identités, entre deux perceptions d’une nation et d’une nationalité.
Salah, la quarantaine passée (joué par Hassam Ghancy) alterne entre incompréhension et peur. Ayant eu affaire à la justice il y a quelques années, il se retrouve confronté à un interrogatoire qui lui rappelle certains flashbacks concernant des amis qu’il a fréquentés quelques années auparavant. Ce qui semble lointain pour lui ne l’est apparemment pas pour l’homme en face de lui (Najib Oudghiri). Le fonctionnaire de police, lui, jongle entre acharnement et chantage jusqu’à ce que Salah, en colère, lâche prise, totalement dégoûté par la situation.
Sélim Azzazi propose une mise en scène très sobre, presque théâtrale, qui nous entraîne pendant de longues minutes dans un enfermement dû aux rares mouvements de caméra. Tout le film se passe dans une seule et même pièce et est filmé d’une façon ou tout est donné en priorité à l’échange entre les deux personnages. Ce huis clos s’additionne par une obscurité apparente qui se modifie au fur et à mesure et renvoie à une chronologie qui s’assombrit comme pour un peu plus nous enfermer et compter les heures de « souffrance » interminable de Salah. Lentement, nous montons en pression et en tension avec lui par les répétitions de gros plans et de plans rapprochés qui nous fixent dans une exactitude de jeu. Le spectateur devient alors témoin de l’épreuve endurée par Salah, du doute émis par le policier sur la sincérité du demandeur et de la méfiance entre les deux personnages. Cette souffrance est alors le témoin deux identités qui se font face.
Cette identité est certainement magnifiée par Hassam Ghancy . Son rôle fait ressortir la violence de la situation et l’on pourrait même y trouver une continuité dans son jeu avec le sombre – mais tout aussi important sociologiquement – « Les Frémissement du thé » de Marc Fouchard, où il incarne un musulman confronté à un skinhead. Les deux films étant sélectionnés aux Oscars, la référence est nécessaire par leur justesse similaire sur le thème – l’identité – mais aussi différent sur la manière de traiter le sujet.
« Là-bas je suis encore plus un immigré qu’ici »
« Ennemis intérieurs » intériorise une réflexion sur la « réintégration », à travers Salah. Concept méconnu mais caractéristique de la France et de son attitude envers ses anciennes colonies.
Le personnage alterne entre différents sentiments. Ici, le film met en évidence, à la fois la volonté d’appartenance à un pays qui l’a vu grandir – mais qui émet des suspicions sur cette même volonté – et un rejet d’un pays qui l’a vu naître, Droit du sol ou droit du sang ? Salah ancien condamné, se voit, par son passé, doublement jugé. Double rejet pour une double amertume. À l’inverse, la perception de l’homme en face, jeune fonctionnaire de police apparemment d’origine marocaine ne comprend pas. La question « Etre français, c’est quoi pour vous ? » pourrait résumer tout le combat entre ces deux hommes.
D’un côté, ce fonctionnaire de police, issu de l’immigration mettant en avant la nationalité et considérant qu’être français est un devoir et qu’une identité personnelle ne doit pas primer sur une identité nationale et que rien ne déroge à cette règle. De l’autre, un homme qui par son passé appartient à deux cultures et à qui l’on demande – hélas, à travers certains préjugés – de ne pas déroger à l’identité nationale. Droit du pardon ou droit de suspicion pour ces deux hommes issus de cette immigration et au vécu sûrement différent ?
C’est à travers le questionnement de l’humain et de son identité, – sujet universel – et de cette négligence au profit d’une nation idéalisée que cette critique sociale prend un point de vue réaliste sur la société française en 2016. D’un point de vue cinématographique et politique, le film se penche sur la difficulté d’intégration d’hommes et de femmes arrivé(e)s en France et celle-ci se résume en un échange neutre et simple qui valorise le jeu des acteurs et sa tension qui en incombe.
Une résonance politique, ou géopolitique, une réflexion sur l’identité. « Ennemis intérieurs » est plus social qu’il pourrait n’en paraître. C’est toute une société qui se reflète dans ce film. Une société française qui s’interroge depuis plusieurs années sur son identité. Une histoire qui reflète l’Histoire.
Avant de vous redonner rendez-vous en 2017 (bloquez déjà la date du 12 janvier, séance anniversaire de Format Court !), nous vous invitons à jeter un bel oeil virtuel à l’album photo de notre dernière soirée, organisée le jeudi 8 décembre 2016.
Nos invités, ce soir-là, furent Arthur Lemasson, sélectionneur au Festival de Brest et Selim Azzazi, Hassam Ghancy et Najib Oudghiri, réalisateur & comédiens de « Ennemis intérieurs », Prix Format Court au dernier Festival de Villeurbanne & Short listé aux Cesar & Oscars 2017.
Après moult péripéties dignes du meilleur de la SF des années 50, voici la première partie de notre reportage annuel sur L’Étrange Festival, cette manifestation parisienne hautement singulière.
Fidèle à ses principes, L’Étrange Festival, XXIIe du nom, nous a régalés cette année avec une programmation riche, composée d’une soixante de courts métrages venus du monde entier. Magie noire, chatoyantes chimères, guerres imaginaires et autres déviances réjouissantes se bousculaient début septembre, sur les écrans du Forum des Images, à travers six programmes thématiques aux titres toujours aussi étonnants et énigmatiques.
Programme n°1 – Ici-bas l’au-delà
La sélection commence fort, avec rien moins qu’une confrontation Hommes contre Dieux ! Nous aurions pu vous parler du très léché et multi primé « Disco Inferno » de Alice Waddington, ou encore du sophistiqué et non moins primé « Kneel through the dark » de James Batley, mais nous avons préféré nous intéresser à deux autres films moins reconnus et qui nous ont particulièrement marqués.
Behemoth, or The Game Trailer de Lemohang Jeremiah Mosese (Allemagne)
Le film s’ouvre sur l’image saisissante d’un homme qui tire un cercueil au bout d’une corde le long des rues poussiéreuses d’un village. Femmes comme hommes, enfants comme vieillards, tous s’arrêtent devant son passage, incrédules. Certains se demandent à voix haute ce qui peut se trouver dedans.
Se tenant debout sur le cercueil tel un prédicateur, l’homme se met à haranguer la foule dans une prose mystique : « I am a javelin in the hands of Cain… ». Le cercueil finit par s’ouvrir et les véritables intentions de cet étrange messager sont alors révélées. Tandis qu’il invoque le Dieu argent, devant lui des billets de banque sont offerts à qui veut. Devant cette véritable révélation, la stupeur saisit l’assemblée et en un éclair, les passions se déchaînent avec violence.
Ralentis, pertes de la mise au point et brutalité des mouvements de caméra font écho à l’atmosphère pesante qui règne aux abords des routes. Les rapports humains y sont dépeints avec âpreté, parfois même jusqu’à l’excès. Le noir et blanc brut concourt à accentuer la dureté des visages et la chaleur écrasante du lieu. Lemohang Jeremiah Mosese livre ici un film rude et sans concessions, une sorte de parabole des temps modernes où l’Homme laisse entrevoir sa part sombre.
The Witching Hour de Carl Firth (Australie)
Dans la tradition du « Fantasia » de Walt Disney et de l’utilisation de grands thèmes de la musique classique, « The Witching Hour » a été pensé autour de la fameuse Danse Macabre de Camille Saint Saëns.
Bâtissant son récit au rythme de l’orchestre, le réalisateur australien Carl Firth nous donne à voir comment une ville à l’approche de minuit bascule dans un monde étrange peuplé de créatures fantastiques où celles et ceux qui s’y retrouvent bloqués doivent tenter de survivre. Cette parenthèse ensorcelée voit des créatures chimériques réinvestir une ville moderne où tout semble être désenchanté. Les aiguilles des horloges s’affolent, le temps est suspendu, tout est alors possible et des bêtes fabuleuses se mettent à jaillir spontanément de toutes parts ! À la faveur d’un charmant maléfice, Carl Firth réinvestit les rues désertées et les gratte-ciels froids pour y laisser se promener des sorcières, des géants et autres bestioles tout droit sortis d’un bestiaire de contes et légendes.
Programme n°2 – World War IV
La 4ème Guerre Mondiale est arrivée, elle fait rage, les nations s’affrontent sur tous les plans (idéologique, culturel, théologique, etc.), les corps souffrent, s’essoufflent et les âmes s’éteignent à petit feu. Un programme n°2 sombre, désespéré, accueillant deux œuvres très belles déjà évoquées sur Format Court,« Journal Animé » de Donato Sansone et « The Reflection of Power » de Mihai Grecu. Deux autres films, tout aussi beaux, ont attiré notre attention.
Uncanny Valley de Paul Wenninger (France, Autriche)
Œuvre immersive virtuose, « Uncanny Valley » de Paul Wenninger (réalisateur de « Trespass », Prix Format Court à Angers 2014) utilise la technique d’animation en volume dite de pixilation, pour plonger le spectateur dans l’horreur viscérale de la Première Guerre Mondiale. Deux soldats, esseulés dans une tranchée de nuit, sont victimes d’attaques continuelles et y font face avec toute l’énergie du désespoir. Devinant tout juste leurs ennemis et ne sachant point d’où va venir le prochain danger, ils commencent à se replier sur eux-mêmes et à flirter doucement avec la folie. L’un décide alors de sortir de ce « piège de boue » pour tenter sa chance à l’air libre. Il reviendra chercher son compatriote et fera tout pour que les deux survivent jusqu’à ce qu’ils soient retrouvés et sauvés, du moins physiquement parlant…
Magicien, Paul Wenninger utilise la pixilation comme un voltigeur, explorant toutes les possibilités de cadres, de mouvements, et de transitions rythmiques que peut lui apporter une telle technique, sans que cela ne semble superficiel. La mise en scène, extrêmement précise et chorégraphiée, reste au service du propos général et lui permet de questionner la représentation de l’Histoire et d’analyser ce que veut dire le devoir de mémoire. Chaque image détaille la souffrance des corps et des âmes qui ressassent l’horreur de la guerre jusqu’à l’enfermement. « Uncanny Valley » est un film conscient de sa propre forme, un tour de force visuel qui n’oublie pas d’émouvoir et de faire réfléchir sur un sujet des plus difficiles.
The Pride of Strathmoor d’Einar Baldvin (Etats-Unis)
Lignes saccadées, aplats obscurs indécis, micro saletés envahissantes : « The Pride of Strathmoor » d’Einar Baldvin est un film d’animation au trait rageur, une œuvre funeste qui, en imaginant le récit obsessionnel du journal intime d’un pasteur blanc américain, traite frontalement du racisme. Débutant par une pendaison extrêmement violente, le film opte ensuite pour une accumulation de discours haineux, mettant en scène un pasteur resplendissant, persuadé d’être dans son bon droit et en admiration totale devant la suprématie blanche. Incarnée par un boxeur souriant au type aryen, cette « splendeur blanche » émoustille même notre homme saint, soudainement en proie à des désirs inavouables. Une fissure se crée dans son esprit, les corbeaux envahissent les environs, les cadavres s’éveillent et l’homme sombre dans la folie. Il devient la proie de violents cauchemars dans lesquels la Mort rôde, réincarnée en zombie malfaisant, personnification de sa propre culpabilité. Un agglomérat de ressentiment et de force désespérée donne vie à un simili de champion de boxe défendant la cause noire, un Mohammed Ali surnaturel imbattable qui met à mal le susnommé champion aryen. Le pasteur se retrouve exsangue, vidé de tout ce qui le constituait, en proie au doute et hanté par les démons qu’il a lui-même créés. Einar Baldvin réussit là un tour de force, d’une incroyable noirceur, qui laisse coi longtemps après les dernières secondes de générique.
Du 20 au 29 janvier 2017, aura lieu la 29ème édition du Festival d’Angers. Pour la quatrième année consécutive, Format Court y attribuera un Prix dans la catégorie des Plans animés européens. Le Jury Format Court (composé de Adriana Navarro Álvarez, Katia Bayer, Stenny Sigere, Marc-Antoine Vaugeois) élira le meilleur court-métrage en compétition parmi les 17 films retenus.
Celui-ci bénéficiera d’un focus en ligne, sera projeté dans le cadre des séances Format Court, au Studio des Ursulines (Paris, 5ème) et bénéficiera d’un DCP doté par le laboratoire numérique Média Solution.
Films en sélection
A nyalintás nesze de Ayny de Nadja Andrasev, Hongrie
Ayny de Ahmad Saleh, Allemagne, Suisse
Balkon de David Dell’Edera, Hongrie
Catherine de Britt Raes, Belgique
Chilli de Martina Mikušová, Slovaquie
City Lights de Jess Lester, Royaume-Uni
Garden Party de Théophile Dufresne, Florian Babikian, Gabriel Grapperon, France
He sö kherö de Aline Höchli , Suisse
How Are You Today? de Sophia Markatatos, Royaume-Uni
Kut de Lucija Mrzliak, Estonie
La costa dorada de Noémi Gruner, France
La Table Eugène Boitsov , France
Locus de Anita Kwiatkowska-Naqvi, Pologne
Machos de Carlos Rufas Giribets, Hongrie
Tres moscas a medida de Sois de traca , Espagne, Lituanie
Vieil ours de Chen Chen , France, Suisse
What They Believe de Shoko Hara , Allemagne
Zaczyn de Artur Hanaj, Pologne
Synopsis : Certains souvenirs d’enfance peuvent nous marquer à vie, comme le narrateur de cette histoire qui se souvient que sa mère le frappait avec une spatule en bois, étant petit.
Sélectionné cette année au Festival du Film Court de Villeurbanne et à celui d’Annecy, « Spoon » est un court-métrage d’animation réalisé par Markus Kempken et un récit autobiographique sur l’enfance et la relation tumultueuse de ce dernier avec sa mère. Le cinéaste allemand est réalisateur, caméraman, photographe, animateur et compositeur, multiples talents que l’on retrouve dans « Spoon » qu’il a entièrement réalisé.
Certains souvenirs d’enfance peuvent nous marquer à vie, comme le narrateur de cette histoire qui se souvient que sa mère le frappait avec une spatule en bois, étant petit. Chaque jour, il subissait ses coups répétitifs sans rien dire. La violence des actes le chamboule encore aujourd’hui, adulte âgé de cinquante ans, accompli mais traumatisé.
Markus Kempken nous livre sa propre histoire, un conte contemporain, mêlant la couleur et le noir et blanc. La couleur signifiant la petite enfance et le présent du narrateur, soit les moments de non-violence. Le noir et blanc, quand à lui, plonge le spectateur dans un univers sombre où le bruit de la spatule retentit sans interruption.
Ce que l’on remarque dès la première image de ce court-métrage, est cette voix calme et posée qui conte l’histoire. La voix d’un homme adulte qui raconte ses souvenirs avec un point de vue enfantin. Parler de sa mère fait ressortir l’enfant qu’il était à cette époque-là, qui ne comprenait pas pourquoi sa mère s’en prenait à lui, d’autant plus que celle-ci était très appréciée par ses voisins et les commerçants du quartier qui ignoraient tout de son petit manège.
Le spectateur est envahi par un sentiment d’empathie mais aussi d’impuissance envers cet enfant. Celui-ci souffre et personne ne le voit : le père est au travail, les voisins et les commerçants voient une mère aimante. Seule la sœur est au courant, mais ne dit rien, trop petite pour comprendre. Un seul élément peut laisser supposer l’avènement de cette violence : une scène où le narrateur encore nourrisson voit sa mère se faire battre par son grand-père.
Le cinéaste entrecoupe chaque scène par un noir de quelques secondes pesant sur l’action que l’on vient de voir. Ce noir a un impact important dans le récit car il est synonyme d’ellipse et marque la souffrance temporelle.
Markus Kempken n’utilise aucune musique dans son court-métrage : le silence pèse sur le film. Le tempo est donné par le bruit des objets tapés sur l’arrière du crâne du cinéaste : spatule, cintre, flûte… Ce tapement résonne dans la tête du spectateur bien après la fin du court-métrage. Le personnage garde aussi des marques de ce bruit répétitif, une blessure profonde qui ne se soigne pas, il se cache le visage lors d’un mouvement trop brusque ou cuit des œufs au plat, en observant étrangement sa spatule, objet de sa souffrance pendant des années.
Markus Kempken utilise comme technique d’animation le dessin papier, puis se sert de son ordinateur pour mettre en mouvement et appliquer la 2D. On retrouve ces coups de crayon dans les dessins d’origine, qui se réfèrent aux souvenirs d’enfance dont les contours ne sont pas toujours clairs. Les différentes nuances de gris foncé absorbent le spectateur dans les murs de l’appartement, à l’inverse de l’extérieur plus clair, plus neutre, représentatif du comportement de la mère.
Le cinéaste nous livre ici, certains souvenirs de son enfance de manière juste et ouverte. Son film ne condamne pas, mais ne laisse pas le spectateur indifférent et représente de manière criante les gestes de sa mère sans porter un jugement moral. Le court-métrage secoue, impressionne mais ne propose aucun remède à ce genre de traumatisme. Le film a le mérite, dans un délai très court (moins de quatre minutes), de proposer une histoire forte et poignante mettant en lumière la violence portée aux enfants.
Depuis 7 ans, l’équipe de Format Court publie au mois de décembre son Top 5 des meilleurs courts-métrages de l’année écoulée. Ce mercredi 21 décembre, le nouveau Top 5 de la rédactiona été mis en ligne.
Comme l’an passé, nous vous invitons à nous indiquer, vous aussi, vos 5 films préférés de l’année par mail. Faites-nous part jusqu’au jeudi 22 décembre inclus de vos 5 courts-métrages favoris de l’année, tous pays et genre confondus, par ordre de préférence, en n’oubliant pas de mentionner leurs réalisateurs et pays d’appartenance. Nous ne manquerons pas de publier les résultats de vos votes sur Format Court !
A vos tops, prêts ? Partez !
For seven years, we at Format Court have published our Top5best short films of the year. As per custom, here then are the filmsthat impressed our team.
You too can send in your top 5 films of the year, irrespective of the country and genre. Send us an email with your favourite films in order of preference, by Thursday December 22. Don’t forget to mention the filmmaker and coutry of production. We have already received many submissions, so feel free to participate! The winning votes will be annonced on our website in a few days !