Hotaru de William Laboury

Voyage au centre de la tête

Programmé au festival IndieLisboa dans la compétition internationale et lauréat du prix spécial du jury Labo à Clermont-Ferrand, « Hotaru » de William Laboury est un court métrage de science-fiction qui explore les abysses de la mémoire et du souvenir.

Pour son fin d’études de la section montage à La Fémis, William Laboury était contraint de raconter une histoire à l’aide d’images d’archives. Il s’est amusé à construire un récit de science-fiction faisant voyager le spectateur dans les dédales de la mémoire d’une adolescente hypermnésique.

« Hotaru » est une histoire d’amour où le présent et le futur s’entremêlent subtilement. Martha, l’héroïne du film, a un don extraordinaire, elle se souvient de tout sans jamais rien oublier. Pour cette raison, une équipe de scientifiques a décidé de l’envoyer dans l’espace. Portant en elle les plus belles images du monde, allongée avec des électrodes sur les tempes, elle représente la mémoire du monde auprès d’éventuels extra-terrestres.

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Le film opère un contraste flagrant entre deux mondes : l’extérieur, terrestre, aseptisé, en noir et blanc et matérialisé par des objets : le lit, le parlophone,.. Les êtres humains n’y sont plus que des voix off (Bernard le scientifique, la sœur) qui communiquent avec une Martha allongée. Le monde intérieur de la jeune fille quant à lui est composé d’une multitudes d’images de synthèse toutes plus belles les unes que les autres. Des « images-souvenirs » en couleurs qui modèlent sa mémoire. On s’y promène comme dans un pays imaginaire, rencontrant les chutes du Niagara aux côtés du Taj Mahal et du Christ Rédempteur. Tout y est riche en sensation et émotions. Et le voyage au centre de la tête de Martha, tel une mise en abyme, fait ingénieusement écho au processus cinématographique.

On s’immerge dans ce maelström d’images et de sons se rapprochant davantage de son héroïne, on apprend à la connaître par bribes, par petites touches. La géographie de la mémoire se présente dès lors de façon fragmentaire alors que les quelques moments de vie de Martha nous sont racontés chronologiquement et l’on y perçoit le temps qui s’est écoulé (sa sœur a des enfants, son père est mort) sans que l’on n’ait pu s’en apercevoir. Ces images tournent en boucle, jusqu’à ce qu’un moment en particulier prenne toute la place : la veille de son départ dans l’espace, le jour où elle a rencontré Hotaru. Un jeune Japonais dont elle tombe éperdument amoureuse. Les faits ont l’air tellement peu probables aux yeux de Bernard que l’on se demande si Martha n’a pas inventé cette histoire d’amour éphémère, impossible et infinie. La mémoire phénoménale de Martha se révèle alors plus humaine que machine car elle est subjective et sélective. Ses sentiments ont surpassé sa raison.

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Si le film de William Laboury reste l’un des plus marquants de ce début d’année, ce n’est pas seulement pour son sujet original mais surtout pour la manière dont il arrive à toucher aux questions existentielles, au caractère éphémère et immanent de l’être humain qui au-delà de la matière continue à habiter le temps et l’espace grâce aux souvenirs qui l’ont construit. « Hotaru » rejoint ces grands mythes littéraires et cinématographiques et, c’est à mi-chemin entre un Chris Marker et un René Barjavel que Laboury a tracé sa voie, nous livrant un film hypnotique délibérément envoûtant, à l’image du cinéma lui-même.

Marie Bergeret

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