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Lisa Krane, Prix Format Court au festival de Villeurbanne 2015

Jeune cinéaste allemande, Lisa Krane promet une carrière intéressante. Née aux États-Unis, ayant grandi en Allemagne et étudié en Angleterre et au Ghana, elle a le profil d’une artiste originale. Son premier film, « In uns das Universum » a obtenu le Prix Format Court en novembre dernier au Festival du film court de Villeurbanne. Ce court-métrage poétique, présenté par sa réalisatrice à notre séance anniversaire de janvier, suit le parcours d’une jeune danseuse confrontée au dilemme de poursuivre sa passion jusqu’au bout ou de veiller sur sa propre santé.

In uns das Universum-Lisa Krane

Retrouvez dans ce focus :

La critique de « In uns das Universum »
L’interview de Lisa Krane
In uns das universum de Lisa Krane, Prix Format Court au festival de Villeurbanne 2015

Nominations César 2016, côté courts

Ce matin, l’Académie des César a dévoilé la liste des nominations de la 41e cérémonie des César. Du côté des courts, voici les neuf films nommés.

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Meilleur court-métrage

La Contre-allée de Cécile Ducrocq
– Le Dernier des céfrans de Pierre-Emmanuel Urcun
– Essaie de mourir jeune de Morgan Simon
– Guy Moquet de Demis Herenger
– Mon héros de Sylvain Desclous

Meilleur court-métrage d’animation

La Nuit américaine d’Angélique, réalisé par Joris Clerté et Pierre-Emmanuel Lyet
Le Repas dominical, réalisé par Céline Devaux
Sous tes doigts, réalisé par Marie-Christine Courtès
– Tigres à la queue leu leu, réalisé par Benoît Chieux

Julie Gayet : « Mon lien au court a été évident en tant qu’actrice et productrice »

Comédienne/productrice, Julie Gayet clôt notre cycle d’interviews filmés (Roland Nguyen, Catherine Bizern) réalisés au Carreau du Temple, fin 2015, à l’occasion du « Cinéma, c’est jamais trop court ». Elle revient pour Format Court sur ses débuts face à la caméra, son passage par le montage, son envie d’accompagner certains réalisateurs dans leur passage au long, l’écriture propre au court, son problème de diffusion et l’absolue nécessité de raconter des histoires.

Les débuts d’Abbas Kiarostami. Être avec l’errant

Donner une place au rêve rugueux quand l’histoire requiert de l’être sa docilité, c’est à ce principe que les courts-métrages du cinéaste iranien Abbas Kiarostami semblent répondre. Essentiellement centrés sur l’enfance, ces films ne se donnent pas pour ambition de témoigner du temps historique mais, par des biais poétiques, de faire du cinéma l’abri miraculeux de trajectoires hasardeuses. L’histoire, ou bien ce qu’on nomme trop rapidement “réalité”, fait l’objet d’un détournement. Le sentiment fait ici événement. Ce sont avant tout les désirs de quelques individus souvent jeunes, écoliers ou déjà travailleurs, qui forment pour le cinéaste la matière d’une attention tacite et décalée, impure et intempestive.

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Pas à pas, à la manière d’une filature, on se familiarise avec quelques habitants des rues de Téhéran. On est pris sans ménagement ni conformisme, pris comme orienté et inspiré par le vent, comme sur-pris par la beauté d’un passage d’une nuée d’oiseaux. Parallèlement un regard de cinéaste se façonne, bientôt associé au rythme si particulier des traversées urbaines. De fait, à travers ses films courts réalisés entre 1970 et 1982, Abbas Kiarostami raconte son pays : l’Iran. Il s’agit de la voix et des vues d’un cinéaste qui est resté là, de quelqu’un qui a vu partir tant d’artistes et d’intellectuel-le-s lors de la Révolution de 1979, de celui qui prend le risque de se détourner des slogans pour ne questionner que l’intériorité, et constater le mystère d’une autre réalité. Un cinéma du “maintenant” plus universel que n’importe quel film “direct”, historique, ou militant. Chaque film se présente comme un passage secret, en même temps qu’une mise en abîme du travail de fabrication — devrait-on dire “irruption” — des images.

L’intrigue des films s’avère réduite à son plus simple élément: dans “Le pain et la rue” (1970) un enfant qui rentre chez lui cherche un moyen de contourner un chien méchant, dans “La récréation” (1972) un jeune garçon tente de transporter le ballon avec lequel il a malencontreusement cassé une vitre dans son école, dans “Expérience” (1973) l’apprenti d’un atelier photographique traverse la ville pour apercevoir l’objet d’un amour fantasmé, dans “Le costume de mariage” (1976) un jeune tailleur prête à son ami un costume devant être utilisé pour le mariage d’un client, dans “Le chœur” (1982) deux petites-filles tentent de signifier leur présence à leur grand-père malentendant. Des films à la narration presque nue donc, attachés aux micro-vibrations des êtres suivis. Raconter l’Iran, pour Kiarostami, c’est raconter d’abord l’errance des garçons, les fuites et les choix, les impulsions et les stratégies, les hasards et les manquements, c’est-à-dire déplier les sentiments qui peuvent advenir quand les normes ne sont pas encore des règles, et les modèles pas encore des lois. Dans l’innocence des trottoirs stupéfaits, que l’on foule sans que rien ne soit d’avance acquis.

Les rues, ou les passages

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Soucieux de la détresse, Kiarostami se fixe (sans se figer) sur des protagonistes jeunes et mâles. Dès son premier court-métrage en effet, le cinéaste filme un petit garçon dans des rues murées de Téhéran. Il semble utiliser le trépied comme un pivot primitif, à partir duquel s’organise la marche de son jeune acteur. De loin, puis de plus près, le petit garçon prend place dans le cadre. Les rues se ressemblent, mais c’est évident qu’il avance; tout comme il est évident qu’il est “déterminé” (à tous les sens du terme). Le montage accumule ces vues, et crée par là même une tension au cours d’une action a priori insignifiante — ou plutôt dévalorisée par l’adulte. Quand un chien féroce se présente, le gros plan s’invite tout à coup. On voit le petit garçon de dos, se grattant la nuque, puis de face, attendant un vieil homme qui arrive pour finalement se dissimuler sous son pas. La férocité fantasmée du chien devient une menace bientôt désamorcée; le petit garçon lui donne un morceau de pain. La peur s’évanouit, le petit garçon parvient à la porte de sa maison, s’y engouffre, laissant seul le chien honnis. Il ne s’agit pas exactement d’une histoire, mais plutôt d’un moment pendant lequel toutes les certitudes demeurent suspendues à la question : Comment contourner l’obstacle? Comment passer à côté, à travers, au-delà?

L’originalité du regard vient donc d’abord de son caractère d’expérience originelle, qui mêle une technique réduite (images en noir et blanc, simplicité du dispositif, format 4/3) à une situation de crise, aussi minime soit-elle. Évitant l’explication ou la compassion, Kiarostami ne porte pas non plus beaucoup d’attention à la résolution de la crise, mais explore les traces d’intériorité qui peuvent se loger dans la démarche et les gestes d’un être qu’une apparition a rendu vulnérable. L’enjeu de filmer la rue prend corps dans le désir de saisir l’indifférence involontaire et dangereuse du monde extérieur, des comportements et des normes imposées.

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Dans les films ultérieurs (“La récréation” et “Expérience”), le cinéaste poursuit son exploration de la rue comme passage; espace d’échange d’informations et de dialogues, espace des différences et de l’hybride, mais aussi espace de risques. Les protagonistes la parcourent à pied puis sur des engins motorisés, tels que la moto et la camionnette. Ce goût pour les transports à moteur aura d’ailleurs une incidence de plus en plus importante au cours de sa filmographie (par exemple dans “Le vent nous emportera”, 1999). Néanmoins, ce n’est pas la machine qui fait l’objet du regard, mais plutôt la circulation qu’elle permet, la concentration qu’elle oblige, et même la circularité dont elle affirme le principe. On pense ici au protagoniste d’”Expérience” qui essaie une moto pour ressembler à son père. Plus généralement, la rue se développe dans les films comme l’espace de mimétisme qui prend la forme d’une fascination de la jeunesse pour les gestes d’adultes et pour les modèles — de la culture américaine notamment. La rue, c’est l’endroit des possibles, des travestissements, des menaces et des convenances. Pour Kiarostami, c’est l’espace où s’organise une démarche, où une intention peut trouver sa forme, où l’être cherche un double.

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“Le costume de mariage” s’éloigne un peu de l’univers de la rue pour étudier les rapports qui peuvent se tisser entre les êtres travaillant dans un même immeuble, à différents étages, lesquels donnent tous sur une cour intérieure. Cet espace complexifie le jeu entre horizontalité et verticalité en intégrant une profondeur ainsi qu’un éloignement des corps. Cette épaisseur spatiale provoque d’autres formes de communication entre les êtres, et surtout rend poreuses les frontières visuelles auxquelles nous habitue la rue. Le lieu permet au cinéaste de jouer avec la présence centrale de la fontaine, zone de reflets et de déformations que l’on retrouve dans la plupart des films, et qui ici permet de définir une idée dont on pressentait l’importance sans pouvoir la formuler : La rue n’est jamais filmée de face (le pourrait-elle?) mais toujours dans sa dimension d’espace intermédiaire, où les vides importent autant que les pleins. Les trajectoires filmées apparaissent toujours inachevées, et surtout “en cours”; entre deux lieux (l’un quitté et un autre à atteindre), entre deux murs (dans “La récréation” notamment les plans aériens semblent dessiner un entre-deux), entre deux assignations.

Outre la diversité et la circularité, la rue s’associe donc à l’idée d’une possibilité, d’une inquiétude, d’un cheminement sans cesse à tracer. S’agit-il donc d’un cinéma de l’errance? Pas exactement. Plutôt d’un cinéma avec l’errant, qui se donne l’obligation étrange de transformer le détail en signe absolu, le rêve de destination en épreuve fixée et infinie. Un cinéma qui attend de voir éclore la réalité au milieu d’une perturbation existentielle, morale, onirique.

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Les murs, ou les séparations

Si la crise forme la situation de base des films, celle-ci ne correspond pas seulement aux risques que comportent le fait de marcher dans les rues. La finesse du regard auquel on se frotte ici réside dans l’exposition silencieuse — ou quasi-silencieuse — de multiples contournements. En effet, les normes sociales tout autant que l’organisation spatiale des rues se composent de schémas, de lois, auxquels les enfants sont confrontés pour la première fois. Ces schémas, en premier lieu, prennent la forme de murs. L’espace de la trajectoire est en réalité moins la rue en tant que telle qu’un entre-deux-murs où les garçons peuvent marcher et jouer au football (comme dans “La récréation”, ceci est marqué par l’usage de plans filmés à la grue). Dans “Expérience”, c’est le flux incessant des voitures qui descendent l’avenue qui semble signifier un mur imaginaire; le protagoniste doit traverser la rue chaque matin, donc se faufiler à travers les véhicules en marche. Même dangereuse, la traversée semble dire que les limites peuvent être franchies. Il n’est pas moins signifiant que la cour intérieure de l’immeuble dans “Le costume de mariage” vient symboliquement se confondre avec la présence dans le film d’une cage à oiseaux. Aussi demeure la question: Dans quelle mesure les murs peuvent-ils être traversés ?

Le mur comme forme esthétique ou métaphorique répond à des séparations d’ordres social, moral et religieux. Kiarostami montre la pression normative à laquelle les garçons sont soumis, et qui se raffermira lors de la mise en place de l’État Islamique en 1979. Dans la séquence inaugurale du “Costume de mariage”, par exemple, la mère du jeune garçon affirme la norme que son jeune fils doit adopter; faire des études, se marier, etc. En contrepoint à ce discours, le tailleur dira un peu plus tard : « Tant qu’il y a des enfants, il y a de la joie! ». Néanmoins, ce dernier ne remet pas en question la validité des normes sociales évoquées par sa cliente. Au contraire, le choix qu’il donne au garçon concerne son costume, mais laisse surtout entendre des implications morales : « Il y a pleins de modèles. Trouve celui qu’il te plaît ». En même temps qu’il y a une conscience de la norme, Kiarostami semble donner sa chance à une réalité autre.

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Cette “chance”, on la trouve dans la naissance du débat, c’est-à-dire dans l’éclosion d’un discours développé au sein d’un collectif. Les trois amis dans “Le costume de mariage” forment l’exemple le plus manifeste de l’intégration de l’enfant dans une agora où il doit prendre position. Mais ce qui semble plus précisément à l’œuvre réside dans la force de conviction. Par exemple, dès “Le pain et la rue”, la question centrale est celle d’un positionnement au sens figuré. Dans “Expérience”, le jeune protagoniste passe du temps à se brosser les chaussures, à bien s’habiller. La coquetterie n’est pas étrangère à une volonté impérieuse de positionnement; elle est autant le signe d’une attente (de l’amour) que le signe d’un désir déjà partagé. La conviction de l’être paraît plus forte que n’importe quel état de fait ou de norme. Néanmoins, le cinéaste décèle les disciplines et les violences normatives dont font preuve les adultes pour contrecarrer toute forme de conviction. L’autorité hypocrite fait toujours mine d’aborder le désir. Et faire semblant, est-ce que cela signifie nécessairement mentir?

Dans “Le chœur”, le mur prend une dimension d’abord figurative dans le sens où les problèmes d’audition du vieil homme viennent rompre le contact avec les activités extérieures (littéralement derrière un “mur du silence”), mais finalement reprennent une dimension spatiale à la fin du film; les jeunes filles qui crient en rythme « Grand-père, ouvre la porte ! » font effectivement face à un mur. Focalisant son film sur une présence féminine rare, éloignée et omniprésente à travers des cris devenus chant, le mur a l’apparence d’une frontière; mais il n’est qu’une limite. La séparation s’avère ici une ligne épaisse, mais dont Kiarostami montre toujours le possible contact (ou la traversée) avec le monde extérieur.

Les lignes, ou les possibilités

Si ces courts-métrages d’Abbas Kiarostami doivent attirer l’attention des spectateurs contemporains, c’est moins parce qu’ils donnent des clefs de compréhension de ses longs métrages ultérieurs qu’à cause des déplacements opérés à l’égard les préjugés et l’intarissable vitalité des situations montrées. Leur puissance esthétique et politique donne des frissons tels qu’elles humilient le regard conformiste et compassionnel auquel le quotidien semble demander de s’astreindre. S’inscrit déjà en filigrane le principe selon lequel la réalité ne doit pas juger la fiction; au contraire, c’est à travers la fiction — c’est-à-dire les rêves — que la réalité peut éventuellement advenir. D’après Jean-Luc Nancy, le cinéma d’Abbas Kiarostami assume la préséance de la fiction sur la réalité. Le cinéaste, en réalité, donne au cinéma le statut d’instance indépendante des prérogatives politiques, ou plutôt à l’ombre d’un pouvoir qui s’affirme et à la lumière de comportements dont l’adéquation avec les normes n’est jamais tout à fait acquise.

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Il n’est donc pas étonnant que les lignes apparentes ou morales ne soient jamais droites, ni les trajectoires des protagonistes, ni les rues, ni même la circulation urbaine. Cette absence de lignes droites se joint d’une tension toujours à l’œuvre, et qui se transforme en un état d’hypnose pour le spectateur. Le fil peut rompre à tout moment, c’est-à-dire qu’une apparition peut bousculer à chaque instant l’organisation de la pensée, des sentiments et du regard. Ces films développent même une sorte de mystique du regard, où on participe à la prise de position d’un être à l’égard de ce qu’il croit possible. Il s’agit donc de croyance et de fidélité non pas à l’égard d’une norme mais à l’égard de la réalité. Comment reste-t-on fidèle à la réalité ? Le silence — moins pour disqualifier la parole que pour faire exister la stupéfaction en tant que moment. Le clair-obscur — moins pour contourner la vision que pour la révéler en tant qu’écart.

À noter que l’affirmation de l’autorité artistique d’Abbas Kiarostami passe par une aisance de plus en plus manifeste à mener des mouvements de caméra qui rendent présente — même filmée de loin — une inconformité nécessaire. La circulation des rêves et des frustrations construit un regard à la dimension anthropologique; la différence est au cœur de son dispositif cinématographique. L’expérience livrée au spectateur s’avère poignante au point de donner l’impression qu’Abbas Kiarostami nous fait participer à son propre cheminement perceptif: son regard s’affûte, s’affirme et parvient à assumer le spectre du pouvoir comme menace, et d’éveiller la réalité comme désir impérieux et sacré.

Mathieu Lericq

N.B.: À noter que les courts-métrages d’Abbas Kiarostami ont été produits par “l’Institut pour le développement intellectuel des enfants et des adolescents” (Téhéran, Iran). Depuis 2007, ils ont fait l’objet en France d’une édition DVD par Les Films du Paradoxe avec quelques longs métrages du cinéaste. Les quatre DVD contiennent : “Et la vie continue” (1991, 91mn) avec pour bonus “Le Choeur” (1982, 17mn), “Le Passager” (1974, 71mn) avec pour bonus “Le Pain et la rue” (1970, 10mn), “Où est la maison de mon ami ?” (1987, 87mn) avec pour bonus “La Récréation” (1972, 11mn), et “Le Costume de mariage” et “Expérience” (1976/1973, 54 mn/60 mn).

Short Screens #58 : Elles Tournent!

A l’occasion du festival « Elles Tournent – Dames Draaien », le 28 janvier Short Screens vous propose une séance au féminin ! Au travers de courts métrages de fiction, d’animation et documentaire, sept réalisatrices posent un regard sensible, engagé et critique sur la condition des femmes aujourd’hui. D’Iran au Royaume-Uni en passant par la France, la Belgique et le Kenya, c’est le même combat qui s’exprime, dénonçant les inégalités et les injustices et plaidant en faveur d’une réelle émancipation.

Le jeudi 28 janvier à 19h30, au cinéma Aventure, Galerie du Centre, Rue des Fripiers 57, 1000 Bruxelles – PAF 6€.

Visitez la page Facebook de l’événement ici.

Programmation

I Want Muscle d’Elisha Smith-Leverock, Royaume-Uni / 2011 / documentaire / 3’

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« I Want Muscle » joue avec les tabous et les stéréotypes de genre, et cherche à explorer une autre beauté féminine, en offrant un aperçu dans le monde de Kizzy Vaines, la seule bodybuildeuse britannique à concourir pour le titre de Olympia Fitness à Las Vegas.

1977 de Peque Varela, Royaume-Uni / 2007 / animation / 9’

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Dans une petite ville, une jeune femme cherche à défaire le nœud de son identité.

Marilyn de Séverine De Streyker, Belgique, 2007 / fiction / 4’52 »

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Lorsque le fantasme empêche de vivre l’instant présent…et futur.

After the Class de Fereshteh Parnian, Iran / 2012 / fiction / 12’

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Le jour où Mme Ansari, une prof de lycée, est promue au poste de directrice d’établissement, sa jeune fille vient l’informer d’une décision inattendue.

Articles associés : la critique du film, l’interview de la réalisatrice

Karaoké domestique d’Inès Rabadán, Belgique / 2013 / documentaire / 35’

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Dans toutes les maisons, quelqu’un doit ranger, lessiver, nettoyer. Mais qui ? Karaoké domestique est une performance et une expérience : trois « couples » de femmes, dont l’une s’occupe du travail ménager de l’autre, sont interviewés par la réalisatrice Inès Rabadán au sujet de l’organisation et de la hiérarchie complexe qui règne dans une maison.

Article associé : la critique du film

Quelques secondes de Nora El Hourch, France / 2015 / fiction / 16′

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Le quotidien de 5 jeunes filles qui vivent dans un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale de Paris. Toutes hantées par un passé chargé (viols, abandon, violences), elles tentent d’avancer et préfèrent voir le verre à moitié plein. Toutes, sauf Sam.

The Rape of the Samburu Women de Iara Lee, Ètats-Unis, Kenya / 2011 / documentaire / 13′

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Lorsque le Kenya était encore une colonie britannique, les femmes ont été confrontées à une épidémie de viol. Bien que ces viols aient été officiellement rapportés, les soldats n’ont pas été reconnus coupables par l’armée britannique. Au milieu des années 1990, Beatrice Chili a réagi face à cette situation en mettant en place le village de Senchen, une communauté auto-suffisante dirigée entièrement par des femmes.

Article associé : la critique du film

Les courts nominés aux Oscars 2016

La cérémonie des Oscars 2016 aura lieu dans un peu plus d’un mois. Découvrez les 15 courts-métrages nominés au second tour par les membres de l’Académie, toutes sections confondues : fiction, documentaire, animation.

Fiction

Ave Maria de Basil Khalil

Day One de Henry Hughes

Everything Will Be Okay (Alles Wird Gut) de Patrick Vollrath

Shok de Jamie Donoughue

Stutterer de Benjamin Cleary & Serena Armitage

Documentaire

Body Team 12 de David Darg & Bryn Mooser

Chau, beyond the Lines de Courtney Marsh & Jerry Franck

Claude Lanzmann: Spectres of the Shoah de Adam Benzine

A Girl in the River: The Price of Forgiveness de Sharmeen Obaid-Chinoy

A Girl in the River

Last Day of Freedom de Dee Hibbert-Jones & Nomi Talisman

Animation

Bear Story de Gabriel Osorio & Pato Escala

Prologue de Richard Williams & Imogen Sutton

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Sanjay’s Super Team de Sanjay Patel & Nicole Grindle

We Can’t Live without Cosmos de Konstantin Bronzit

World of Tomorrow de Don Hertzfeldt

Festival de Brive 2016, appel à projets

La 13ème édition du Festival du cinéma de Brive aura lieu du 5 au 10 avril 2016. Spécialisé dans le moyen-métrage et partenaire de Format Court, le festival ouvre ses inscriptions pour 3 catégories :

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– La compétition européenne : inscrivez votre film jusqu’au 18 janvier 2016 (consultez le règlement)

– Le concours de scénarios – Région Limousin : envoyez votre projet jusqu’au 1er février 2016 (consultez le règlement)

–  Le pitch moyen-métrage : proposez votre projet pour la sélection du Workshop Pitch jusqu’au 12 février 2016 (consultez le règlement)

In uns das Universum de Lisa Krane

Nietzsche le savait déjà : la danse est le moyen d’expression supérieur. Son Zarathoustra, danseur infatigable, s’en sert à plusieurs reprises pour transmettre aux hommes ses pensées les plus profondes et plus intimes. C’est la seule activité qui lui permet de se sentir libre et léger, qui lui permettra de dire « oui » à la vie malgré le fardeau de la morale et le « poids le plus lourd » de l’éternel retour qui repose sur lui. C’est précisément cette idée de la danse comme art de la liberté et de l’affirmation qui va parcourir, dès la toute première scène, le film de fin d’études de Lisa Krane à l’École Supérieure des Arts et Médias de Cologne, « In uns das Universum » (L’Univers en nous), lauréat du Prix Format Court au dernier festival de Villeurbanne.

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Le corps de Li s’entremêle avec celui de Noam dans une lente chorégraphie au milieu d’une grande pièce noire. On voit les veines de ses pieds, les muscles de son dos, les vertèbres de sa colonne et finalement son visage nimbé par la lumière zénithale de l’espace. Bras, jambes, bassins et épaules parfaitement synchronisés, deux mains s’étreignent et des pas anticipent ceux de l’autre et s’enchaînent sans inquiétude. Voici l’ouverture du film, le point de départ de l’histoire de ce jeune couple de danseurs qui, après leur cours de danse, passent leur temps à regarder le ciel nocturne, contempler les étoiles et parler du cosmos : Bételgeuse, supergéante rouge de la constellation d’Orion, est vouée à exploser en supernova. Il s’agit de deux séquences qui, avant le générique, dévoilent déjà les deux aspects qui encadrent le reste du récit. Comme les étoiles destinées à exploser, le corps de Li est peut-être aussi une bombe à retardement : lors d’une visite médicale de routine, les docteurs découvrent à l’intérieur de son corps une étrange malformation qui pourrait mettre fin à sa carrière de danseuse.

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Les séquences avec la troupe de danse, en permanente alternance avec les rendez-vous chez les spécialistes et la vie en couple, vont articuler l’aspect cosmologique et clinique du film. Avec l’idée toujours en tête des étoiles qui brûlent lentement leur carburant et la perplexité que suscite la condition du personnage, la réalisatrice aborde ensuite la question fondamentale : qui suis-je ? Vis-à-vis de plusieurs médecins qui étudient son cas, chacun plus inutile que le suivant, Li se verra obligée à se poser des questions par rapport à son identité et à son futur incertain : une opération pourrait-elle changer qui elle est ? Cette malformation a-t-elle déterminé la personne qu’elle est devenue ? Elle trouvera réponse seulement en dansant : grâce au mouvement de son corps, elle va être capable d’accepter sa condition, de refuser de la voir comme un « défaut » mais plutôt comme une partie de ce qu’elle est, comme une composante de la totalité qu’elle représente, comme Bételgeuse dans la constellation d’Orion. Son esprit, celui qui porte le poids de sa condition, est pourtant l’esprit le plus léger et le plus transcendant.

In uns das universum

À travers un travail de montage remarquable par Moritz Poth, d’un rythme toujours rapide pendant les séquences à l’hôpital mais fluide et précis au moment de filmer les corps qui dansent, les pensées et émotions des personnages n’auront pas besoin de mots. C’est uniquement quand la musique commence qu’ils sont capables de s’exprimer en toute liberté et de mieux se comprendre l’un l’autre. C’est la force déployée dans leurs mouvements qui va dévoiler leur état d’esprit, leurs préoccupations et certitudes, leur rage ou leur tristesse.

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« In uns das Universum » est un constant retour. Bien évidemment, il y a un récit qui avance, une histoire qui se développe, mais il nous ramène à chaque fois aux éléments évoqués dans la première séquence. Il s’agit d’une ritournelle qui arrive avec la musique, composition originale de Tom Vermaaten, évocatrice d’une certaine nostalgie des journées plus simples. Ainsi, le spectateur peut se rendre compte que les images des analyses médicales, des images microscopiques du sang et des tissus de Li, accompagnées de cette musique, peuvent facilement nous faire penser à l’éclat des étoiles, une supernova, une nébuleuse. Enfin, à l’univers en nous.

Julián Medrano Hoyos

Article associé : l’interview de Lisa Krane

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I comme In uns das Universum

Fiche technique

In uns das Universum-Lisa Krane

Synopsis : Un deuxième cœur a poussé dans la poitrine de Li. Alors que les spécialistes s’approprient son corps en examinant la plus infime molécule, Li refuse de considérer qu’elle est malade.

Genre : Fiction

Durée : 29’

Année : 2015

Pays : Allemagne

Réalisation : Lisa Krane

Scénario : Lisa Krane

Image : Claire Jahn

Montage : Moritz Poth

Son : Pirmin Punke, Tim Stephan, Tom Vermaaten

Musique : Tom Vermaaten

Interprétation : Lore Richter, Hannes Wegener, Michael Maurissens, Markus Klauk

Production : Kunsthochscule für Medien Köln

Articles associés : la critique du film, l’interview de Lisa Krane

Rappel. Soirée Format Court, spéciale anniversaire, ce jeudi 14 janvier 2016 !

Ce jeudi 14 janvier 2016, à 20h30, votre magazine en ligne Format Court, spécialisé dans le court métrage, fête ses 7 ans au Studio des Ursulines, Paris 5ème. Une formidable occasion de découvrir 6 films européens repérés en festival et sur la Toile (dont un Prix Format Court) et d’échanger avec nos invités (Lisa Krane, réalisatrice de « In uns das universum », Phuong Mai Nguyen et Patricia Valeix, réalisatrice et co-scénariste de « Chez moi » et Fulvio Risuleo, réalisateur de « Varicella »).

En guise de chouettes bonus, des Carambar seront offerts, des croquis préparatoires de « Chez moi » – short-listé pour les prochains Oscars et présélectionné pour les César – seront exposés à l’entrée du cinéma, et un verre anniversaire ponctuera cette première séance de l’année.

Fans de courts, amis de Format Court, soyez de la partie !

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En pratique

Jeudi 14 janvier 2016, à 20h30, accueil : 20h. Durée de la séance : 79′
– Studio des Ursulines : 10 Rue des Ursulines, 75005 Paris
– Accès : RER B Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Épée), Bus 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon). Métro le plus proche : Ligne 7, arrêt Censier Daubenton (mais apprêtez-vous à marcher un peu…)
Entrée : 6,50 €
Réservations vivement recommandées : soireesformatcourt@gmail.com
Event Facebook : ici !


Marc Hericher : « À chaque projet, j’essaye de montrer quelque chose d’absent à l’image »

Réalisateur et plasticien, Marc Hericher est sorti diplômé il y a dix ans des Arts Décoratifs de Paris. A l’origine de plusieurs courts métrages (« 25/75 Carcan », « Ollo »), il a réalisé « Corpus », un film animé fantastique traitant du déterminisme et de l’effet domino que que nous avons découvert et primé au dernier festival Court Métrange de Rennes. Après être venu présenter son film au Studio des Ursulines en novembre, nous publions son interview réalisé il y a quelques mois dans son atelier parisien ainsi que la vidéo qu’il a réalisé spécialement pour Format Court et qui, fantastique et effrayante à souhait, semble être la suite de « Corpus ».

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Tu as réalisé plusieurs courts-métrages. Comment en es-tu venu à l’animation ?

Au début, je me prédestinais à devenir peintre. Quand je suis arrivé aux Arts Décoratifs de Paris, j’ai beaucoup hésité, pendant la première année pluridisciplinaire, entre art vidéo, art-espace, scénographie et animation. Ce qui m’intéressait c’était le mouvement et comme j’adore la stop motion, je suis allé du côté de l’animation.

Comment est née l’idée de ton dernier projet, « Corpus » ?

À la base, je souhaitais faire un film dans lequel je mettais en scène des éléments scientifiques dans un ordre chronologique : le Big Bang, la naissance de la première cellule et enfin, la création du corps humain.

J’avais commencé à travailler sur de nombreux petits modules. À partir de ces petites créations, j’ai fait le constat que j’avais envie de travailler sur le réveil de l’être humain mais en tant que machine/corps. Je souhaitais explorer le paradoxe entre la machine et le corps et ce qui manque à la machine pour fonctionner en tant que corps humain. Pour moi, il ne s’agit pas seulement de rouages, il y a autre chose. L’idée de « Corpus » est née comme ça.

Dans ton film, tu lies effectivement la machine et le corps humain dans une installation filmée. Comment es-tu parvenu à assembler ces deux entités ?

L’idée était de parler du déterminisme dans l’être humain, c’est-à-dire du traitement du corps humain comme une machine. Il s’agissait de fonctionner comme si un savant fou s’était mis en tête de reproduire tout le schéma de l’être humain mais de manière décomposée, comme une machine mise à plat, en commençant par activer le cerveau, puis son œil, son corps, sa colonne vertébrale etc…

Par ce bais, je souhaitais mettre en valeur ce qui manque aux machines en opposition au corps humain, ce qui est invisible, ce qui n’est pas présent rationnellement dans la machine.

On peut être amené à se poser la question de l’origine de cette création. Au début de « Corpus », on voit une bille qui rentre dans le cadre et qui vient déclencher le mécanisme de cette machine-corps. Qui envoie cette bille ? Quel est le point de départ ?

Le point de départ a été l’un des plus gros problèmes dans la construction du film. Je voulais commencer par le hasard et le chaos et au final, j’ai laissé une ouverture au début du film. Une musique d’orgue de barbarie se fait entendre tout au long du film. Vu que c’est un piano mécanique, elle peut très bien avoir démarré avant l’ouverture du film. Pour moi, l’idée n’était pas forcément de penser à Dieu ni au créateur, mais de se demander ce qui manquait pendant le schéma, pendant toute l’aventure du film.
Personnellement, j’ai ma petite idée, mais j’espère que chacun se fera la sienne.

Ton installation fait penser aux travaux des artistes suisses Fischli et Weiss, en particulier à leur installation « The way things go », dans laquelle ils filment une réaction en chaîne d’objets insolites. T’en es-tu inspiré ?

À un moment donné, j’ai regardé toutes les réactions en chaîne que j’ai pu trouver. J’ai toujours adoré cette performance. Ce qui me plaît en particulier, c’est de ressentir de l’empathie pour les objets, un peu comme s’ils étaient vivants. L’installation de Fischli et Weiss est donc clairement une inspiration de départ. On y trouve de l’humour, on ne s’attend pas à que des petits objets prennent vie, on n’arrête pas de sourire devant eux. Leur travail a permis de rendre vie à des objets complètement inanimés, ça m’a touché parce qu’ils ne l’ont pas juste fait pour bouger les objets mais aussi pour leur donner du caractère.

Tu te définis comme réalisateur, plasticien et motion designer. Est-ce que « Corpus » n’est pas la synthèse des trois au final ?

Je me définis comme artiste plasticien et réalisateur. Techniquement, ce n’est pas la même chose, mais j’ai fini par ne plus faire la distinction entre les deux. Je la fais quand je fais un travail de commande par exemple, mais quand je réalise mes propres films, je suis toujours à la lisière entre l’art vidéo et le court métrage . Généralement, on définit mes films comme des films expérimentaux. Dans ce qu’ils racontent, ils sont effectivement expérimentaux, mais techniquement ils sont très travaillés, très anticipés.

Tes courts métrages révèlent un travail technique en 3D assez impressionnant. Comment s’est passé celui de « Corpus » ?

D’un point de vue technique, c’était très compliqué parce qu’on n’était que deux pour faire le film. Il y a eu beaucoup de maquettages et de dessins, mais je n’ai fait aucun story-board. Le mécanisme présenté dans le film pouvait changer à tout moment, il y en a même un qui a dû changer deux semaines avant la version finale.

Est-ce que tu as écrit un scénario pour ce film ?

Je n’ai écrit que l’ordre d’apparition des organes, j’y ai passé des heures, puis la dernière version a fini par tenir sur dix lignes. J’ai travaillé énormément avec des croquis de réactions en chaîne.
 C’est surtout ça que j’ai créé, la logique du réveil du corps; ce qui m’intéressait, c’était de donner vie à cette espèce de faux corps humain. J’ai donc crée une certaine logique pour envisager la succession de plans et d’organes. J’ai dû pour cela jouer avec la réalité, le cœur, par exemple, n’intervient pas après le lever de la colonne vertébrale, mais je l’ai fait intervenir au milieu du film pour des raisons dramaturgiques, juste pour appuyer un moment intense avant le climax.

Comment relies-tu « Corpus » à tes précédents films ?

À chaque projet, j’essaye de montrer quelque chose d’absent à l’image. J’aime mettre en scène des fantômes, des choses qui n’existent pas vraiment, mais qui ont un impact sur le tangible.

Tes films peuvent aller du côté de la 3D comme de la stop motion. Comment t’orientes-tu vers une technique ou une autre ?

Pour moi la technique est au service de ce que je souhaite raconter.
J’apprécie la technique 3D, j’en fait depuis 10 ans, mais je préfère manipuler des objets sous une caméra. Je trouve ça plus agréable que d’être devant un ordinateur.

J’aime varier les techniques. En ce moment, j’écris un film où il n’y a quasiment pas d’effets spéciaux. C’est un projet en prise de vues réelles, avec des comédiens et ça n’a rien à voir avec ce que je fais techniquement d’habitude, c’est juste que que ce projet-là nécessite cette technique.

Propos recueillis par Sarah Escamilla et Georges Coste. Retranscription : Aziza Kaddour

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Corpus de Marc Hericher

Énigmatique, organique et fantastique, « Corpus » est un court-métrage d’animation de moins de 3 minutes réalisé par Marc Hericher, un ancien élève de l’École des Arts Décoratifs. En octobre dernier, le film avait remporté notre Prix Format Court au festival Court Métrange de Rennes, rejoignant ainsi nos précédents films primés en Bretagne : « A living soul » de Henry Moore Selder, « Fuga » de Juan Antonio Espigares, « Mamembre », de Christophe Feuillard, Sylvain Payen, Caroline Diot, Guillaume Griffoni, Clarisse Martin, Julien Ti-I-Taming et Quentin Cavadaski et « Danny Boy » de Marek Skrobecki.

Une valse se met en marche, un air d’orgue de barbarie se fait entendre. Comme guidée par une force inconnue, une bille métallique roule sur le sol. Elle se fraye un chemin au travers d’un ensemble d’objets disparates qui déclenchent une réaction en chaîne et qui auront une influence directe sur différents organes du corps humain : le cœur, une oreille, une colonne vertébrale, des poumons, un bras et enfin une mystérieuse main.

Rythmé par une musique que n’aurait pas renié la Famille Addams, le film de Marc Hericher mérite une attention particulière et un deuxième coup d’œil. Au-delà du « simple » effet domino, « Corpus » prend et surprend grâce à son rythme soutenu, ses notes d’orgue, son mouvement perpétuel, son étrange lien à l’organique et au mécanique.

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De sa première à sa dernière seconde, de sa bille à sa main, « Corpus » questionne sur l’origine de la vie et les prémisses de la création, sur le lien mystérieux entre corps et machines, sur l’animé et l’inanimé. Ludiques et sombres, esthétiques et ingénieux, les plans de ce court, conçus plan par plan par Marc Hericher, semblent illustrer l’influence directe de la mécanique sur notre corps, comme si toute décision personnelle était guidée par un bouton inatteignable à l’être humain. Étrange, fascinant.

Katia Bayer

Consulter la fiche technique du film

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C comme Corpus

Fiche technique

Synopsis : Une réaction en chaîne complexe actionne des organes humains qui prennent vie. Ce mécanisme engendre un acte de création. Mais cet acte libre est-il vraiment produit par une machine ?

Genre : Animation

Durée : 3’30

Pays : France

Année : 2015

Scénario, réalisation et animation : Marc Hericher

Musique : Marc Héricher, Willy Le Bleis

Production : Rêvons, c’est l’heure

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Soirée anniversaire : Format Court fête ses 7 ans le jeudi 14 janvier 2016 au Studio des Ursulines !

Bonne année @ tous ! Ce mois-ci, Format Court entame sa septième année au service du court métrage (bouchon !). Jeudi 14 janvier 2016, nous vous invitons à nous rejoindre dès 20h30 au Studio des Ursulines (Paris, 5ème) pour une nouvelle projection de courts belges, hollandais, allemands, italiens et français.

Cette soirée anniversaire sera marquée par la présence des équipes de « Chez moi » de Phuong Mai Nguyen, de « Varicella » de Fulvio Risuleo et de « In uns das universum » de Lisa Krane (Prix Format Court au Festival de Villeurbanne 2015). En guise de supers bonus, des croquis préparatoires du film « Chez moi  » seront exposés à l’entrée des Ursulines et un verre offert ponctuera cette première séance 2016.

Programmation

In uns das universum de Lisa Krane. Fiction, 29′, 2015, Allemagne, Kunsthochschule für Medien Köln. Prix Format Court au festival de Villeurbanne 2015. En présence de la réalisatrice

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Synopsis : Une malformation biologique étrange est détectée à l’intérieur du corps de Li, une jeune danseuse. Les docteurs sont désemparés et leurs recherches sur les causes possibles restent peu concluantes. Tandis que les spécialistes empiètent sur son corps, essayant d’examiner la plus petite molécule, Li refuse de voir sa condition comme « un défaut ».

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Chez moi de Phuong Mai Nguyen. Animation, 12’, France, 2014, Papy3D Productions. Short-listé pour les Oscars 2016, présélectionné pour les Césars 2016. En présence de l’équipe

Synopsis : Hugo, six ans, rencontre pour la première fois le nouveau compagnon de sa mère… qui s’avère être un drôle d’oiseau.

Varicella de Fulvio Risuleo. Fiction, 14’, 2015, Italie, REVOK S.r.l., sélectionné à la Semaine de la Critique 2015, Prix du Jury au festival Séquence Court-Métrage de Toulouse 2015. En présence du réalisateur

Synopsis : La varicelle est inoffensive pour un enfant, mais elle peut être très dangereuse pour un adulte. Quand Maman l’apprend, elle s’inquiète pour son petit Carlo, qui ne l’a pas eue. Il grandit rapidement et il faut donc agir immédiatement. Elle doit trouver le moyen de le rendre malade. Mais qu’en pense Papa ?

Les voleurs de carte de Stéphane Aubier et Vincent Patar. Animation, 5′, 2002, Belgique, La Parti Production.

voleurs

Synopsis : Pendant une parties de cartes, le jeu est volé. Les pistes mènent à l’étang du village, sous-lequel apparaît un monde parallèle, habité par des hommes-grenouilles et des poulpes étranges.

Shipwreck de Morgan Knibbe. Documentaire, 15’, 2014, Pays-Bas, Jos de Putter, Wink de Putter. Léopard d’argent & nomination aux European Film Award au festival de Locarno 2014

Synopsis : Le 3 octobre 2013, un bateau transportant 500 réfugiés érythréens, coulé au large de la côte de l’île italienne Lampedusa et plus de 360 personnes se sont noyées. Abraham, un des survivants, se promène dans un cimetière d’épaves et se souvient de cette expérience cauchemardesque. Pendant ce temps, au port, des centaines de cercueils sont chargés sur un navire militaire.

Article associé : la critique du film

Wind de Robert Löbel. Animation, 4′, Allemagne, 2013, Université de sciences appliquées d’Hambourg (HAW). Grand Prix du Jury ex aequo au festival d’Angers 2015

Synopsis : Wind est un film d’animation qui montre la vie quotidienne d‘une population vivant dans un pays très venteux. Néanmoins, ces habitants ont bien appris à faire face à ces conditions de vie hostiles. Le vent crée un système de vie naturel.

Article associé : la critique du film

En pratique

Jeudi 14 janvier 2016, à 20h30, accueil : 20h. Durée de la séance : 79′
– Studio des Ursulines : 10 Rue des Ursulines, 75005 Paris
– Accès : RER B Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Épée), Bus 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon). Métro le plus proche : Ligne 7, arrêt Censier Daubenton (mais apprêtez-vous à marcher un peu…)
Entrée : 6,50 €
Réservations vivement recommandées : soireesformatcourt@gmail.com
Event Facebook : ici !

Catherine Bizern : « Il n’y a que le cinéma qui m’intéresse »

Après avoir exercé au Festival Entrevues de Belfort, Catherine Bizern est devenue Directrice artistique du Jour le plus Court. L’an passé, elle a monté un programme de films autour du thème de la paix, cette année, elle s’est intéressée à celui de l’insolence. Nous l’avons rencontrée à l’occasion du « Cinéma, c’est jamais trop court », fin décembre au Carreau du Temple, à Paris. Entretien autour de l’exigence, des frontières, du cinéma et de la programmation.

Chantal Akerman : le vide sublimé

Lorsqu’une des étoiles les plus brillantes quitte le firmament cinématographique, nous ne pouvons que nous féliciter de l’avoir vue filer. L’annus horribilis qu’a été 2015 sur tous les plans n’a pas épargné le septième art, le décès de Chantal Akerman signalant la disparition d’une des plus grandes artistes de nos jours. Cinéaste, académicienne et vidéaste, Akerman a laissé derrière elle un vaste œuvre comprenant autant de courts métrages que de longs, de documentaires que de films de fiction, des bijoux uniques, indéfinissables et inclassables.

Son cinéma, on sera tenté de le qualifier en grande partie d’expérimental, faute d’une catégorisation plus appropriée. Frôlant les frontières entre films et essais personnels, ces œuvres sont imprégnées de la marque de l’auteure, indépendamment du sujet ou du genre, au point de paraître obscures voire inaccessibles à d’aucuns. Pourtant les cinéphiles y voient la plus grande éloquence. Les nombreux thèmes qui traversent sa filmographie tels des fils rouges portent une dimension autobiographique et livrent le portrait intime d’une personnalité fragile et hautement sensible.

Tout commence en 1968 lorsque la jeune Akerman, impressionnée par le cinéma de Godard, réalise son premier court métrage, « Saute ma ville ». D’emblée, la volonté de réaliser « à tout prix » s’affirme. Mais on y trouve déjà une fascination pour le glauque, la mort, le néant, récurrence constante de son œuvre. Se mettant elle-même en scène (procédé qu’elle favorisera dans les premières années, sans qu’on puisse y voir un narcissisme quelconque), la jeune fille de 18 ans rabâche la mélodie du Tambourin de Rameau à n’en plus finir, tout en orchestrant l’explosion de son appartement.

saute

Le cinéma d’Akerman, on le définira aussi (à tort ou à raison ?) comme féminin voire féministe, le premier terme étant quasi un pléonasme et le deuxième une catégorisation parfois problématique car réductrice. Quoi qu’il en soit, tout au long de sa carrière, l’artiste installera un jeu sophistiqué entre l'(auto-)sujet et le spectateur. Ce faisant, elle détourne et déconstruit le gaze, ce regard dominateur qui dans l’histoire du cinéma a toujours visé l’objectification du sujet féminin et dont un Hitchcock serait le parfait exemple.

Akerman approfondit ce procédé davantage dans son deuxième court métrage (en réalité un dyptique de deux courts), « La Chambre » sorti en 1972. Minimaliste à souhait, ce plan-séquence (autre fétiche de l’auteure) lentissime montre de mutiples panoramiques à 360°. Au-delà du symbolisme sexuel de ce mouvement circulaire et cyclique, l’enfermement du personnage circonscrit également le spectateur dans un huis clos sans issue. Confronté à cette femme qui, alitée, fixe la caméra en croquant une pomme, on se demande qui regarde et qui est regardé, qui domine et qui est dominé. Même en l’absence totale de toute narration au sens convenu, on peut parler d’une vraie protagoniste conformément au schéma actantiel.

chambre

« La Chambre » marque un pas vers un nouveau langage cinématographique, celui d’un féminisme affirmé avec les consonances émancipatrices d’une Maya Deren. Ce qui donnera naissance aux plus grandes fictions de sa première période, « Jeanne Dielman, 23, Quai du Commerce, 1080 Bruxelles » en 1975 et « Je, tu, il, elle » un an plus tard. Le premier est un testament monumental du quotidien insoupçonné d’une femme au foyer alors que le second est une quête existentielle contrapuntique, une exploration tourmentée de la sexualité et la confrontation entre identité et altérité. Dans les deux cas, comme dans « La Chambre », la représentation de la féminité est étroitement liée à la durée, que la réalisatrice impose avec brio, obligeant le spectateur à subir des rythmes lents entièrement incompatibles avec le cinéma dit de divertissement.

Avec ce recours résolu au temps et à l’action réels, le geste n’est plus un simple acte narratif, il sort de son artifice pour devenir une affirmation puissante. Confiné dans le huis clos et emprisonné dans l’attente parfois interminable et sans véritable finalité, le geste devient l’expression de l’ennui le plus profond qui seul permet les vraies vues de soi, comme l’énonçait Heidegger. Loin de l’absurde de Beckett, nous sommes ici à cheval entre l’angoisse moderniste d’un Antonioni et l’abandon post-moderne d’un Jarman.

Le post-modernisme ne tardera pas non plus à apparaître dans les films, avec les somptueux tableaux des années 80 comme seule Akerman pourrait dresser – le portrait allègre d’une ville dans « Toute une nuit » ou les incursions hasardeuses dans le monde de la comédie musicale avec « Les Années 80 » et « Golden Eighties ». L’Akerman des années 80 ose tout et son univers est celui de la fraîcheur, de la jeunesse et de l’amour. C’est dans ce contexte qu’elle réalisera son court métrage « J’ai faim, j’ai froid », sketch appartenant au film collectif « Paris vu par… 20 ans plus tard ». Ici, la portée narrative est plus saisissable sans pour autant être mainstream. Les aventures attendrissantes et naïves de ses deux protagonistes (de 18 ans comme celle de « Saute ma ville ») qui cherchent à grandir et à trouver l’amour ne sont-elles pas une sorte d’évasion face à l’ennui ?

faim

Loin du cinéma fignolé, la fiction d’Akerman telle qu’on la perçoit dans « J’ai faim, j’ai froid » est dotée d’une artificialité manifeste, qui provoque une certaine distanciation. Maîtrisant le médium filmique, elle assume pleinement ce côté apparemment bancal. C’est d’ailleurs ce qui engendrerait dans les années 90 et 2000 de grands succès commerciaux comme le délicieux blockbuster hollywoodien « Un divan à New York », ou encore « La Captive », ce dernier étant souvent cité comme l’une des plus louables et convainquantes adaptations du magnum opus de Proust à l’écran.

Dans sa dernière période, même si Akerman s’est éloignée du format court, montrant plutôt un penchant pour les documentaires très personnels, son style particulier n’a pas changé depuis ses premiers films. On pense notamment à « Là-bas » qu’elle réalise tant bien que mal en 2006 en réponse à une commande sur le conflit israélo-palestinien qu’elle a refusé d’aborder ouvertement, préférant à nouveau se confiner (ainsi que sa caméra) derrière les murs de son appartement à Tel Aviv et rendant ainsi compte de la situation politique ressentie d’autant plus fort par le non-dit. Finalement, « No Home Movie » est le chant du cygne que l’artiste centre sur sa mère, dont le décès précéda de près la mort d’Akerman elle-même.

Adi Chesson

Marc Hericher, Prix Format Court à Court Métrange 2015

Marc Hericher est un jeune réalisateur dont le travail oscille entre fiction et expérimentation. Diplômé des Arts Décoratifs de Paris en 2008, il y a étudié le cinéma d’animation. En 2015, il réalise « Corpus » court métrage d’animation 3D récompensé par le Prix Format Court au festival Court Métrange cette année.

À travers ses films, Marc Hericher nous balade souvent entre deux mondes, entre réalité et imaginaire. Par l’utilisation de la 3D, la différentiation entre prise de vue réelle et animation est difficilement perceptible, ce qui lui permet davantage de faire dialoguer ces deux notions si opposées qu’il aime mettre en scène.

hericher

Retrouvez dans ce focus :

Le reportage Marc Hericher. Le réel et le fantasmé
La critique du film
L’interview du réalisateur

Dans la joie et la bonne humeur de Jeanne Boukraa

« Dans la joie et la bonne humeur » de Jeanne Boukraa a remporté l’an passé le Grand Prix au Festival Premiers Plans d’Angers avant d’être sélectionné au dernier festival Court Métrange de Rennes. En moins de 6 minutes, le film parcourt les étapes phares de l’évolution de notre espèce depuis le moment où les scientifiques découvrent la clé de l’immortalité jusqu’à celui où, contre toute attente, l’espèce humaine est menacée d’extinction…

dans la joie et la bonne humeur jeanne-Boukraa

Pour introduire le sujet sans détour, un commentaire explique que le gène de la régénération a été découvert dans une petite méduse, la Turritopsis Nutricula. Immédiatement incorporé à l’ADN de la population, le précieux gène vient corriger un défaut tenace de l’espèce humaine : l’homme souffrait, il ne souffre plus, l’homme mourrait, il ne meurt plus.

Cette introduction délimite judicieusement la grille de lecture du métrage, le commentaire scrupuleux et détaché apparait comme l’énoncé d’une expérience dont le sujet d’étude est notre espèce, le catalyseur la manipulation génétique, le spectateur le témoin de la réaction génétique, et la problématique une simple question : qu’advient-il de notre espèce si l’on en modifie les gênes ? Depuis notre siège, nous devons donc en toute objectivité comparer les humains du film à l’humain que nous sommes et confronter les résultats de l’expérience.

La première étape de l’expérience se concentre sur un individu isolé que l’on observe de l’enfance au troisième âge. Par ellipses, un enfant ordinaire devient un adolescent plein de vie qui devient un homme mature qui devient un vieil homme très âgé. Rien d’inhabituel jusque à ce stade. Mais puisque l’homme ne meurt plus, c’est ici que l’expérience prend tout son sens : qu’arrive-t-il après la vieillesse ? L’ellipse qui suit apporte une réponse inédite lorsque le vieil homme, plutôt que du trépas, mute physiquement à mi-chemin de l’homme et de la méduse. C’est une conséquence monstrueuse. Mais qui ne dure qu’un temps. Le sujet de l’expérience revient à son point de départ, l’homme-méduse redevient l’enfant qu’il était en début de séquence, à l’aube de sa vie.

La boucle est bouclée, l’ordre naturel renversé, le spectateur ne témoigne pas seulement de la vie d’un homme en trente secondes, il découvre le cycle de la vie de notre espèce réduit à l’échelle d’un seul individu. Un cycle perverti que Jeanne Boukraa synthétise judicieusement par une allégorie forte, l’homme de l’expérience tourne en rond, évoluant sans cesse de la forme humaine à celle de la méduse, il vieillit, mute, rajeunit, puis vieillit, mute, etc. Conclusion : manipuler l’ADN a modifié l’apparence physique et le développement naturel de l’homme. Fort heureusement, l’humanité ne se limite pas au simple critère physique, elle s’exprime aussi dans les relations sociales.

Jeanne Boukraa lance alors la deuxième étape de l’expérience, l’homme est étudié dans son environnement social, au cours de ses échanges avec ses comparses. Au bureau, dans la cuisine, dans la rue, les moments de vie s’enchaînent, de façon que le spectateur puisse constater la progression des rapports sociaux. Nous observons des accidents domestiques, des altercations, des conflits de toutes sortes, et doucement, inexorablement, l’attitude des hommes change. Devenus invincibles, ils s’adonnent volontiers à des violences sur eux-mêmes comme sur leurs camarades. La violence devient anecdotique, c’est un moyen, un plaisir, et même un passe-temps.

Sans rien spoiler de la chute, nous pouvons tirer les conclusions de l’expérience de Jeanne Boukraa. Tout d’abord, la vulnérabilité de l’espèce humaine, fruit de sa génétique, loin d’être un défaut coriace sous-tend au contraire un système de valeur salutaire qui prohibe toute violence et vise au bien-être de tous. La thèse n’est pas nouvelle, mais il est toujours utile de la rappeler de façon intelligente, et Jeanne Boukraa s’y attèle de manière simple et pertinente.

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Ensuite, « Dans la joie et la bonne humeur » dépoussière une idée précieuse que l’on avait retenu du « 2084 » de Chris Marker : si le cinéma peut témoigner du passé et du présent, peut-il visiter le futur ? Peut-on faire des « prévisions cinématographiques » ? C’est évidemment peu probable mais si l’expérience scientifique réalisée dans le film devait être reproduite dans des circonstances réelles, arriverait-on au même résultat sordide ? Ici réside tout l’intérêt des hypothèses « grise », « noire » et « bleue » du métrage de Chris Marker comme de celle unique et judicieuse que pose Jeanne Boukraa en début de pellicule.

Le rapprochement des deux œuvres n’est pas une digression, leurs constructions sont proches : ils ont en commun le commentaire d’ouverture, l’énoncé des hypothèses, un thème qui déborde largement le cadre du film, la prévision d’un futur possible et pas franchement glorieux… Jeanne Boukraa fait tout du long écho à l’œuvre de Marker. Dans « 2084 », à la question « Qu’est-ce que je n’aime pas ? » le premier homme interrogé répond : « La Mort ». Il a de la chance, c’est aussi le mot qui ouvre « Dans la joie et la bonne humeur », et « La Mort » y est vaincue, annulée, elle n’existe plus, elle est devenue impensable, il n’y a donc plus aucune aucune raison de ne pas l’aimer. Mais, après avoir observé les conséquences d’une vie sans « Mort », comme nous avons pu le voir, aurait-il corrigé sa réponse ?

Gary Delépine

Consultez la fiche technique du film

D comme Dans la joie et la bonne humeur

Fiche technique

Synopsis : Dans ce documentaire expérimental, nous observons, à travers des scènes du quotidien, les dégénérescences d’une société où la technologie grandissante à permis de réaliser le rêve ultime de tous les hommes : L’immortalité.

Genre : Animation

Durée : 5’52’’

Pays : Belgique

Année : 2014

Réalisation : Jeanne Boukraa

Scénario : Jeanne Boukraa

Voix : Jean-Louis Froment

Production : La Cambre

Article associé : la critique du film

Le Repas dominical élu meilleur film à notre Top 5 de l’année !

Vous êtes nombreux à avoir participé à notre Top 5 des meilleurs courts métrages lancé il y a 10 jours sur notre site internet. Voici les films que vous avez le plus apprécié cette année.

« Le Repas dominical » de Céline Devaux (Sacrebleu Productions) est le court métrage que vous avez préféré cette année : le film a remporté le plus de voix à notre Top 5.

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Il est suivi de près de « Guy Moquet » de Demis Herenger (Baldanders Films), numéro 2 de notre classement.

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5 films ex aequo font également partie de votre Top : « Notre Dame des hormones » de Bertrand Mandico (Ecce Films), « La Contre-allée » de Cécile Ducrocq (Année Zéro), « Ton coeur au hasard » de Aude Léa Rapin (Les Films de la Croisade), « Errance » de Peter Dourountzis (Année Zéro) et « Des millions de larmes » de Natalie Beder (Yukunkun Productions).