Synopsis : Raz, un soldat de réserve fatigué, est envoyé garder un camion de l’armée en panne et un prisonnier palestinien nommé Raja qui a violé le couvre-feu. Les deux tentent de faire redémarrer le camion tandis qu’un âne sympathique refuse de les laisser seuls.
Synopsis : Le vendeur d’eau, Abu Firas travaille à Bethléem. La ville souffre d’une pénurie d’eau courante et les habitants sont obligés de l’acheter à des prix élevés. Ainsi les voyages quotidiens du camion citerne d’Abu Firas révèlent la crise de l’eau en Cisjordanie.
Genre : Documentaire
Durée : 18’
Pays : Israël, Palestine
Année : 2012
Réalisation : Mohammad Fuad
Scénario : Mohammad Fuad
Image : Ahmad Hamad, Ahmad Bargouthi, Mohammad Fuad
Synopsis : Près de Jérusalem, au bord d’une vieille source d’eau, un couple d’Israéliens, échappant à la course effrénée de la vie de Tel-Aviv, trouve un moment de calme. La source d’eau fraîche est également utilisée par un groupe de Palestiniens se rendant à leur travail illégal en Israël. A midi, ils sont tenus de se regarder les yeux dans les yeux.
Depuis 1995, la Satyajit Ray Film and Television Institute (SRFTI) de Calcutta œuvre à former une nouvelle génération de cinéastes indiens. En marge du cinéma commercial devenu synonyme d’industrie, de production et de consommation de masse, leurs films livrent un portrait plus réaliste de l’Inde, mettant en avant ses diversités, ses identités plurielles et complexes. Dans le cadre de sa rétrospective Inde cette année, le festival de Clermont-Ferrand a consacré une séance à cette école de cinéma fort renommée avec cinq films peu connus, plus captivants les uns que les autres.
Panchabhuta, les cinq éléments de Mohan Kumar Valasala
Seul documentaire du programme, « Panchabhuta » visite un site de recyclage de déchets où hommes, femmes, enfants et animaux sont quotidiennement immergés dans une mer d’immondices. La valeur sacro-sainte de la dignité humaine demande d’être remise en contexte dans ce monde qui exploite comme des hommes-machines les « hors caste », ces êtres les plus démunis de la société, dépourvus même du droit de mettre en cause leur condition. La ressemblance thématique avec le documentaire bangladeshi « Hombre maquina » d’Alfonso Moral et Roser Corella est par ailleurs évidente.
Interpellant déjà par ses prises de vue franches et dépersonnalisées, le film bouleverse davantage par la dimension poétique que le réalisateur y infuse, complètement aux antipodes du sujet sordide. Le titre et le synopsis à connotation fort cosmologique évoquent la permanence des éléments qui, dans la philosophie hindoue, donne une cohérence à l’univers spatial. Cette référence védique a manifestement un effet ironique dans le contexte du film. La symbiose des cinq éléments « permanents », filmés de manière très lente, fait appel à d’autres sens que le visuel et l’auditif : les odeurs, les moiteurs et la chaleur de cette Terre vaine ne sont que trop bien senties. Le contraste est renforcé par la manière posée et imperturbable avec laquelle Valasala présente des scènes pour le moins choquantes : des ouvriers mangent leur repas assis sur la montagne d’ordures, d’autres balayent des cadavres de chiens de rue, des gamines jouent dans le détritus, des cochons aux cris perçants se font attacher les pattes avant d’être balancés au loin… L’ironie mordante qui souligne ce triste spectacle est parfaitement exprimée dans un plan symbolique : celui d’un camion délabré du Ministère de Justice sociale et d’Autonomisation des groupes défavorisés. Avec un silence étourdissant, « Panchabhuta » rappelle à l’ordre l’apathie qui consiste à accepter la polarisation injuste et contre nature entre hommes sur la base de leur caste ou selon quelque critère artificiel qu’il soit.
Kusum de Shumona Banerjee
Sorte de love story inhabituelle, « Kusum » raconte l’improbable union entre un professeur d’anglais obsessionnel compulsif, à la limite du pathologique, et un jeune travesti prostitué rêvant d’une meilleure vie, dans une maison close de Calcutta. S’inspirant des codes bollywoodiens, notamment l’esthétique ultra kitsch et les va-et-vient inattendus entre drame et comédie, ce petit conte touchant témoigne d’une grande simplicité. En même temps, il aborde des sujets complexes liés à la marginalité de genre, de sexualité, d’adaptation sociale.
Les choix formels de la réalisatrice démontrent une grande maîtrise : les jeux de point de vue entre les plongées et contre-plongées marquées, le mélange de montages ralenti et accéléré, les coupes sonores et les prises de vue déformées rendent parfaitement les tourments de ces deux personnages emprisonnés dans un huis clos physique et psychologique. À travers une forme burlesque et sans jamais sombrer dans la lourdeur, Bannerjee parvient à faire passer le message de l’acceptation des différences. Aussi parvient-elle à crédibiliser complètement le lien d’amitié noué entre ces deux personnages de natures opposées, unis dans leur solitude.
Sita Haran aur Anya Kahaniyan (L’enlèvement de Sita et autres histoires) d’Anusha Nandakumar
Ce petit court très singulier relate, à l’instar des incantations narratives sacrées, l’enlèvement de Sita, déesse du panthéon hindou, par le démon à dix têtes. La réalisatrice Nandakumar place ce mythe dans un contexte bien plus humain, à savoir la mort de la jeune fille d’un conteur. Face à la perte imminente de son enfant, celui-ci invoque tous ses talents de fabuliste, comme dans l’espoir de prévenir l’inévitable.
Les frontières entre réalité et fiction ne cessent de se troubler au fur et à mesure que l’état de la malade s’aggrave, et suite à son décès, le chaos règne. L’histoire mythologique se réalise devant les yeux des spectateurs qui se joignent à leur tour au spectacle, observés par d’autres personnages. Les narrations s’emboîtent dans une frénésie de danse et de visages masqués, se déployant visuellement sur plusieurs plans – écrans, ombres, surimpressions… En l’espace de cinq minutes, la réalisatrice réussit à opérer un jeu sophistiqué de mise en spectacle, nous livrant assurément ainsi ces « autres histoires » évoquées dans le titre ! La sobriété que le thème morbide apporte à cet OVNI musical équilibre son côté débridé et en fait un véritable délice pour les sens.
Between the Rains (Entre les pluies) de Samimitra Das
Cette fiction chorale dépeint la vie de quatre personnages en quête du bonheur. Une jeune villageoise, encore en robe de mariée, est livrée à elle-même, délaissée (par inadvertance ou délibérément) par son époux sur le quai d’une gare bondée. Un taximan tâche de survivre dans la grande ville, témoin silencieux des aléas que cette dernière réserve à ses habitants. Un couple urbain, aisé et éduqué, est en crise. Mari et femme s’interrogent sur leur avenir ensemble en tant que futurs parents. L’un étant rongé par l’alcoolisme et l’autre par une ambition professionnelle déshumanisée, ils plongent dans l’incommunicabilité totale.
Par le biais d’un concours de circonstances très habilement construit, le cinéaste croise ces différents récits pour énoncer son postulat sur la ville. Véritable protagoniste de ce court métrage, celle-ci est montrée comme impersonnelle et impitoyable, exigeant la cohabitation des opposés, où riches et pauvres, traditionnels et modernes, forts et faibles sont amenés à coexister dans une harmonie aussi délicate soit-elle. Dans une dualité que certains pourraient qualifier d’un brin candide, le couple malheureux, vivant selon le modèle individualiste, trouve son répondant dans le taximan attentionné et la jeune mariée, en effet, malchanceux sur le plan matériel mais plus adaptés à vivre le bonheur.
Beauty de Torsha Banerjee
Torsha Banerjee, jeune élève de la SRFTI, s’est déjà fait remarquer pour son premier film, « Song of the Butterflies », documentaire poignant sur les enfants dans d’un institut pour aveugles. Toujours dans le cadre de ses études, « Beauty » représente sa première incursion dans le monde de la fiction. Un pari que la cinéaste prometteuse relève avec brio.
Avec sa grande sensibilité à la condition humaine dans ses multiples facettes, Banerjee décrit la rencontre entre un écolier adolescent impatient de se faire dépuceler et une fille de prostituée vouée à devoir s’initier tôt ou tard au métier familial. Ce qui se profile comme la promesse d’un vrai bonheur pour celle-ci est alors soumis à une fatalité, une réalité inéluctable.
Le parti pris de la réalisatrice est pourtant d’éviter tout pathos par rapport au destin de son héroïne éponyme. Beauty accepte avec beaucoup de retenue et de pragmatisme son sort, qu’elle n’avait quelque part jamais perdu de vue, malgré la tentation de penser y échapper grâce à sa relation privilégiée avec un garçon apparemment honnête. Le spectateur est alors émerveillé par la très grande maturité dont Banerjee dote son personnage pourtant si jeune et si fragile. Mais le secret du paradoxe réside peut-être dans le fait de faire appel à la faculté d’empathie, et de comprendre que pour les victimes d’oppression sociale, l’essentiel n’est pas – comme dans le jeu capricieux de dualités entre les deux adolescents – de choisir entre la vie ou la mort, mais simplement d’assurer la survie.
Synopsis : La permanence des éléments définit le caractère de base de n’importe quel espace. Un espace peut avoir une tendance à l’incohérence aux yeux de l’être humain moyen. La présence des éléments combinée à la routine des habitants est au centre de Panchabhuta.
Genre : Documentaire
Durée : 16′
Pays : Inde
Année : 2012
Réalisation : Mohan Kumar Valasala
Image : Sunny Lahiri
Montage : Charitra Gupt Raj
Son : Iman Chakraborthy
Production : Satyajit Ray Film and Television Institute
Synopsis : Un jeune prostitué travesti et un professeur de littérature anglaise obsessionnel et suicidaire se retrouvent enfermés dans une pièce, où ils tentent de cohabiter ; la nuit ne fait que commencer…
Genre : Fiction
Pays : Inde
Année : 2010
Durée : 10′
Réalisation : Shumona Banerjee
Scénario : Shumona Banerjee
Image : Raghavendra Matam
Son : Abhik Chatterjee
Montage : Manas Mittal
Décors : Shumona Banerjee
Production : Satyajit Ray Film & Television Institute
Synopsis : La ville, un endroit où les gens de toutes les régions du pays viennent chercher du travail et entreprendre leurs propres voyages. Les priorités et les choix que nous faisons en tant qu’individus dans diverses circonstances font de nous ce que nous sommes.
Synopsis : Une tendre liaison s’installe entre Beauty, 16 ans, vierge et fille de prostituée, vivant dans une maison close, et un jeune garçon de 19 ans inexpérimenté. Mais la tendresse a-t-elle sa place dans ce genre d’endroit ?
Genre: Fiction
Pays : Inde
Année : 2011
Durée : 10’45 »
Réalisation : Torsha Banerjee
Scénario : Torsha Banerjee
Image : Rohit Singh Rana
Son : Aninidit Roy
Musique : Rohit Singh Rana
Montage : Anuj Kumar
Interprétation : Sahajiya Nath , Sourodeep Roy
Décors : Indranil Ghosh
Production : Satyajit Ray Film and Television Institute
Avec un premier film complètement décalé, Thibault Lang-Willar, réussit à provoquer une tension nerveuse drolatique autour d’une morte étrangement tombée du ciel et d’un duo de comédiens à qui le bizarre et l’absurde siéent à merveille. « La femme qui flottait » est une comédie douce-amère. Le film nous transporte dans un drame étrange qui va conduire à un bouleversement des relations de voisinage entre deux quarantenaires hirsutes et enclins à des troubles aussi banals que gênants… très gênants.
D’un côté, on a un personnage de père célibataire campé par Philippe Rebbot (dont le potentiel comique n’est plus à prouver), sorte de grand échalas qu’on dirait tout droit sorti d’un film de Tati et qui semble fort fébrile dans l’attente de la visite imminente de son jeune fils. De l’autre, un personnage quelque peu poseur et arrogant, Mickael Abiteboul, qui traîne ses savates dans son salon moderne, classe, high-tech.
Entre les deux, une clôture, un bosquet qui sépare leurs pavillons avec piscines… Pas grand chose en somme, rien d’infranchissable. Surtout lorsque l’un d’entre eux trouve une femme morte qui flotte dans sa piscine et n’imagine de meilleure solution pour régler ce « problème » que de – discrètement – se débarrasser du corps chez son voisin ! Un comique de situation qui sonne le début d’une succession de réactions bizarres autant que drôles de la part des deux hommes.
Portant un regard ironico-cynique sur les travers de la société contemporaine, Lang-Willar se sert des nouveaux-outils-indispensables à notre quotidien (pour rester connecter, pour prouver qu’on fait bien partie d’une communauté) tels que le Smartphone ou l’alarme de piscine, et joue à démontrer toute la vacuité et le ridicule attachement que nous avons à ces choses.
Garder le contrôle, de soi, et a fortiori des autres, pourrait être une sorte de vœu pieu, de morale à ce film. Mais justement c’est lorsque les personnages sont dépassés par des évènements aussi exceptionnels qu’incongrus que Lang-Willar emporte les spectateurs. On rit de la situation bien sûr mais également des caractères de ces deux hommes bien allumés et fort dépourvus face à cette femme qui flotte. À travers ce film, et sous le couvert de la comédie, c’est une petite critique de la société individualiste et de plus en plus aseptisée qui nous est ainsi proposée.
Lors de la production d’un court-métrage, on compte bien sûr sur le travail assidu et acharné des producteurs qui partent à la recherche de différents partenaires, financeurs et diffuseurs. Et parmi les sources de financement et de diffusion les plus connues et les plus traditionnelles, on citera les régions malgré les quelques derniers retournements pour certaines, le CNC, les entités telles que la SACEM, l’ADAMI, la SACD, etc., la Procirep et les chaînes de télévision.
Tous ces gens-là sont donc bien évidemment présents à Clermont-Ferrand, carrefour professionnel du court métrage. Concernant les chaînes de télévision, il existe pour la plupart, deux manières d’agir : pré-acheter un projet, autrement dit, financer une partie du film à la seule lecture d’un scénario présenté par une société de production ou acheter un film, c’est-à-dire l’acquérir dans le but de le diffuser.
Angèle Paulino, responsable des programmes courts sur TV5 Monde a quant à elle, une autre mission puisque la chaîne ne fait que acheter, si bien qu’elle visionne activement le plus grand nombre de courts-métrages francophones de sorte à décrocher des perles rares et les diffuser.
Parmi les chaînes importantes pour le court-métrage, on nommera également France Télévisions dont Christophe Taudière est le responsable du Pôle court-métrage. Et ce jeudi 7 février, après Philippe Lioret, Zabou Breitman et Denis Lavant, c’est Julie Gayet qui, entourée par le jury, assurait le rôle de présidente et remettait le Prix France Télévisions du Court-métrage. Pour la 4e édition, ce prix a pour vocation de soutenir la jeune création.
Tennis Elbow
Cette année est une exception puisque le jury a récompensé, ex aequo, deux films parmi 14 courts-métrages (7 issus d’achats ou de pré-achats France 2 de l’année dernière ainsi que 7 courts issus de France 3) : « Tennis Elbow » de Vital Philippot, comédie dans laquelle Philippe Rebbot excelle de drôlerie comme à son habitude aux côtés de Catherine Vinatier et avec une musique signée Pablo Pico et « Les Chancelants » de Nadine Lermite, film grave sur l’autisme adulte dans lequel Ana Girardot et Jonathan Genet sont incroyablement touchants. Les deux lauréats bénéficient du pré-achat de leur prochain film court qu’ils pourront signer avec la société de production de leur choix. Outre le pré-achat, France Télévision leur accorde une bourse de 2500€ chacun.
Les Chancelants
Autre chaîne à compter parmi celles qui soutiennent le court-métrage et présente à Clermont qui achète et pré-achète des films, on citera Canal +. Les responsables du département court-métrage Pascale Faure et Brigitte Pardo, ont présenté le soir du 7 février en avant-première au festival, les nouveaux films de la Collection Canal sur le thème « Le jeu des 7 familles ». Sept familles personnalités se sont prêtées au jeu « d’écrire pour » : les sœurs Hesme, les frères Astier et Elmaleh, les pères et filles Girardot, Bohringer et De Caunes, ainsi que le duo musical Sing Tank (les De La Baume).
En bref, les chaînes de télévision archi présentes à Clermont-Ferrand sont définitivement un maillon important à prendre en compte dans la production et la diffusion des courts-métrages. On souhaite que prochainement, des chaînes de la TNT prendront plus de place également au sein du court-métrage.
« Sevilla » de Bram Schouw est un film sur le voyage, sur le départ. En filmant trois jeunes gens, le réalisateur du film « Impasse » montre des êtres forts de l’amour qui les unit et d’une liberté solaire qui va s’éteindre brusquement.
Il est souvent dit que le voyage importe plus que l’arrivée. Ici, le road trip sera à la fois la cause et la conséquence d’ultimes bouleversements dans les liens qui unissent Boris, sa petite amie et son frère.
C’est le temps de l’amour, le temps des copains, le temps de l’aventure…
Si le film s’ouvre un peu à la façon d’une bluette où tout semble très léger, c’est surtout de l’énergie qui se dégage des premières séquences dont il faut se nourrir. Les personnages sont sur le départ, la voiture est chargée, Boris prend le volant et invite les deux autres au voyage à destination de Séville.
Tout de suite, Schouw pose sa caméra dans la voiture break qui accueille les personnages du film. Les présentations aux spectateurs sont formelles, grâce aux gros plans sur les visages et les corps enceints dans l’automobile. On comprend sans mal qui sont ces trois personnes : les garçons sont frères et la fille, la copine de l’aîné. Pas besoin d’en savoir beaucoup plus pour comprendre que le personnage fort du trio est Boris.
Boris et les autres
Tantôt dans la provocation, tantôt dans la tendresse envers les autres, Boris agit comme le moteur du groupe. C’est lui qui impulse les mouvements. Il est fort de sa liberté qu’il saisit à chaque instant, chaque bouffée d’air qu’il capte le rend plus vivant. À l’image, ce personnage est toujours devant les autres. Schouw le filme avec un léger retrait, en le décadrant un peu comme si cet être était insaisissable. Les deux autres personnages le suivent sans condition. Ils s’accrochent à lui comme à un mentor, il est celui qui sait, celui qui avance, vite, aveuglément.
Les liens entre Boris, sa petite amie et son frère sont forts, intimes. Le réalisateur pose un regard très doux sur ce trio qui fonctionne en tant que tel. Les personnages constituent une réelle unité. Leur complicité semble sans concession : Ils existent ensemble, envers et contre tout. Le réalisateur joue à l’image avec cette force du trio ; lorsque l’un d’entre eux sort du cadre, il le fait entrer de nouveau dans le champ.
De l’aube au crépuscule
Le film est monté avec une alternance entre flashbacks et moment présent. Le réalisateur oppose le voyage initial du trio et un second voyage sans Boris. Le nœud du film, la clé, est dévoilé à peu près au milieu du film: Schouw place une séquence qui agit comme le pivot chronologique entre le premier et le second voyage. Ce moment est celui qui précède le climax. Le réalisateur nous invite dans une longue séquence de fête dans un village français, une pause joyeuse dans le voyage. Dans cette parenthèse enchantée, les personnages flottent hors de toute contrainte. Ensuite, c’est l’accident.
Dans un long mouvement panoramique, on suit les trois personnages dans une funeste marche. Boris provoque une dernière fois les deux autres en les interpelant comme par défi : « Quand était-ce la dernière fois que vous avez fait quelque chose d’inoubliable ? »
« Sevilla » traite du voyage mais également du travail de deuil où ceux qui restent doivent composer avec l’absence. Ici, le frère et la petite amie reproduisent les derniers moments partagés avec Boris comme une façon de tourner la page et de terminer, enfin, le voyage jusqu’à Séville. « Sevilla » est un film qui travaille les codes du road trip et de la tragédie à travers le regard d’un réalisateur qui réussit à capter l’envie de vie de jeunes gens dans un mouvement cinématographique maîtrisé.
Synopsis : L’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance. La scène qui le troubla par sa violence, et dont il ne devait comprendre que beaucoup plus tard la signification, eut lieu sur la grande jetée d’Orly, quelques années avant le début de la Troisième Guerre mondiale.
Pays : France
Année : 1962
Genre : Fiction
Durée : 28′
Réalisateur : Chris Marker
Scénariste : Chris Marker
Directeur photographie : Chris Marker
Son : Antoine Bonfanti
Musique : Trevor Duncan
Montage : Jean Ravel
Interprétation : Hélène Chatelain, Jacques Branchu, Jacques Ledoux, Davos Haniche, Pierre Joffroy, André Heinrich
Modestement qualifié de photo-roman par son auteur, « La Jetée » est une œuvre unique, profonde et mystérieuse qui a marqué les esprits et inspiré plusieurs générations de réalisateurs. Projeté en ouverture du 35e Festival de Clermont-Ferrand plus de 50 ans après sa réalisation, ce film continue toujours autant de fasciner le public et la critique au point de prêter son nom au bâtiment qui abrite l’association « Sauve qui peut le court métrage ». Cet hommage rendu par le Festival de Clermont-Ferrand rappelle l’importance donnée au patrimoine cinématographique et par la même occasion à la mémoire du Cinéma.
« Ceci est l’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance »
« La Jetée » c’est une impression persistante, sonore et visuelle qui bouleverse la perception du spectateur. Peu de films ont mis en scène avec autant d’économie et de clairvoyance un mécanisme aussi complexe que celui de la mémoire humaine. (Re)voir « La Jetée », c’est découvrir un monde étrange composé de photographies en noir & blanc dans lequel un homme traverse le temps et tente d’échapper à la fatalité.
En substituant progressivement une image par une autre, le réalisateur donne l’impression que les photographies s’animent par elles-mêmes. Il parvient ainsi à contourner une des sacro-saintes règles du cinéma qui veut qu’un film se compose de 24 images par seconde. À chacune de ses photos, le réalisateur de « Sans Soleil » capture des instantanés de mémoire en suspendant le temps et crée ainsi la matière de son film. La composition des cadres est d’une grande précision, ceux-ci s’enchaînent avec tant de justesse que l’on jurerait les voir bouger. La musique de Trevor Duncan prend part également à cette illusion et donne le rythme au passage des images. Tel le fil d’Ariane, la voix mystérieuse de Jean Négroni lisant la prose poétique de Chris Marker nous guide dans cette recherche du temps perdu et démultiplie la portée des photographies.
« D’autres images se mêlent dans un musée qui pourrait être celui de sa mémoire »
Tout au long de sa vie, Chris Marker n’a cessé de questionner sa mémoire personnelle et la mémoire collective. Il a créé en 1997 un CD-ROM intitulé « Immemory » qu’il présente comme la « visite guidée d’une mémoire ». Il poursuit ainsi : « (…) Mon vœu le plus cher est qu’il y ait ici assez de codes familiers (la photo de voyage, l’album de famille, l’animal-fétiche) pour qu’insensiblement le lecteur-visiteur substitue ses images aux miennes, ses souvenirs aux miens, et que mon Immémoire ait servi de tremplin à la sienne pour son propre pèlerinage dans le Temps Retrouvé. »
À chacun sa Madeleine. Pour Chris Marker, ce fut l’héroïne de « Vertigo » de Hitchcock. Dans « La Jetée », la citation est explicite : l’homme et la femme se promènent dans un jardin et regardent ensemble la coupe d’un sequoia millénaire. Le cinéphile se souvient alors du personnage de Madeleine qui dans « Vertigo » montre à Scottie une semblable coupe de sequoia et pointe du doigt deux endroits : l’année de sa naissance et celle de sa mort.
Le héros de « La Jetée » est désigné par ses pairs pour participer aux expérimentations en raison de la persistance dans son esprit d’ « une image d’enfance ». Cette singularité va lui faciliter ses aller-retours dans le temps, mais aussi lui permettre, l’espace d’un instant d’échapper aux tortionnaires du présent, et de retrouver le visage de cette femme dont l’image a imprimé sa mémoire. Lorsqu’elle et lui se retrouvent, « elle l’accueille sans étonnement. Ils sont sans souvenirs, sans projet. Leur temps se construit simplement, autour d’eux, avec pour seuls repères le goût du moment qu’ils vivent, et les signes sur les murs. »
Chris Marker réussit le tour de force de suspendre le cours du temps jusque dans ses images. Il crée un film-monde très personnel tout en étant ouvert à l’identification, une véritable incarnation de la Mémoire, une invitation au voyage.
Petit phénomène en soi dans le milieu artistique branché, Andrew Thomas Huang a su imposer avec « Solipsist » un univers coloré et texturé, marqué par une direction artistique très aboutie et un syncrétisme parfait dans l’utilisation de marionnettes et d’effets spéciaux. Ce petit bijou lui a valu de nombreuses louanges et récompenses, ainsi que l’attention d’un des grands noms de la musique islandaise, Björk, qui lui a confié, les yeux fermés, la réalisation de son nouveau clip : Mutual Core. Saluons le travail de défrichage de la programmation Labo du Festival de Clermont-Ferrand pour nous proposer une telle œuvre dans sa sélection 2013.
« Solipsist » se découpe en trois grands tableaux qui mettent en scène la fusion d’êtres distincts dans quelque chose de plus grand et de plus beau, une sorte d’entité mystique et supérieure qui dépasse le Moi original.
Dans le premier tableau, deux femmes assises dos à dos entament une chorégraphie dansée sous forme de transe synchronisée. Elles sont habillées de diverses fourrures, planctons et autres plumes qui, sous l’effet du va-et-vient musical, vont se répandre et constituer un costume de matière. Au son de la musique zen, la transformation s’opère inexorablement et une entité fusionnelle émerge des deux corps, monticule de textures et de couleurs évoquant quelque nature séculaire.
Dans le deuxième tableau, des êtres aquatiques de même type communiquent entre eux à l’aide d’impulsions sonores et lumineuses, quand soudain ils se retrouvent accostés par une autre espèce qui se met elle aussi à communiquer avec eux. Au détour d’un ballet enivrant de sons et de couleurs, une union s’opère entre ces différents êtres et aboutit à la création de nouvelles formes et espèces qui créent un tout d’une homogénéité parfaite.
Enfin, dans le dernier tableau, deux hommes sophistiqués et très semblables se croisent sur une plage déserte, mais s’évitent sciemment en se tournant le dos. Leurs visages et nombrils respectifs se rétractent alors sur eux-mêmes et s’éparpillent en grains de sable colorés pour aller à la rencontre de l’autre. Les deux flots de sable se rejoignent dans une gerbe d’explosion qui contamine les autres tableaux.
« Solipsist » semble fonctionner en prenant le contrepied de la théorie philosophique du « solipsisme », à savoir qu’ « il n’y aurait pour le sujet pensant d’autre réalité que lui-même », en somme que l’ego est la seule chose dont nous ne puissions douter et que tout élément extérieur appartient à la représentation que l’on s’en fait. Tout au long de ces trois tableaux, Andrew Thomas Huang s’essaie à démontrer les écueils d’une telle forme de pensée en utilisant plusieurs figures et symboles évocateurs, comme par exemple ces nombrils et visages se désagrégeant en poussière. Le jeune réalisateur américain croit en la fusion des êtres, à un éveil à la conscience de l’autre et à la nature environnante. Il invite le spectateur à se transcender soi-même et à se laisser envahir par l’autre, il nous convie à une explosion de l’ego et à la création d’une nouvelle forme, supérieure et positive. Ce n’est pas anodin si Björk a fait appel à ses services. Elle a su reconnaître, au-delà de sa virtuosité graphique, la volonté du réalisateur de partager certaines valeurs d’union et d’ouverture qu’elle dispense également dans sa musique.
Avec « Rodri », Franco Lolli renoue des liens avec son film de fin d’études de la Fémis, « Como todo el mundo » : même équipe de tournage, même regard sociologique porté sur la société colombienne, même recours aux comédiens non professionnels. Le premier film avait déjà bien circulé en festival (à Clermont-Ferrand, entre autres, où il avait remporté le Grand Prix en 2008). « Rodri » lui emboîte le pas (Quinzaine des Réalisateurs, Festival Côté Court de Pantin, Premiers Plans d’Angers et maintenant, Clermont-Ferrand).
Format Court avait interviewé le jeune réalisateur alors qu’il sortait tout juste de La Fémis : son discours était déjà bien construit et il manifestait des envies ainsi qu’un style bien personnel. Aujourd’hui, à 29 ans, le jeune homme poursuit sur sa lancée et surtout, il prouve avec « Rodri », qu’il est resté fidèle à ses idéaux de cinéma d’il y a quatre ans en maintenant son intérêt pour l’intime, les gens, les rapports de classe.
Comme son titre l’indique, le film « Rodri » raconte l’histoire de Rodrigo Gómez, alias Rodri, quadragénaire vivant à Bogotá, entretenu par sa sœur aînée, Leticia. On suit pendant quelques jours cet homme au physique fragile, à l’allure un peu attardée, profondément paumé et détruit par sa relation avec son ex-femme.
Le film débute par une scène filmée dans un cabinet médical où l’insistance de la sœur de Rodri confirme la présence acerbe de celle-ci dans la vie de son frère. Femme au caractère autoritaire, elle décide de tout ce que doit faire, dire ou manger son frère sans que celui-ci n’ose réagir.
Y succèdent différentes scènes de la vie de Rodri, presque toujours accompagné de sa sœur : les achats pour une nouvelle paire de lunettes, la prise du petit-déjeuner à l’appartement, le premier jour d’un nouvel emploi et la fête d’anniversaire en famille dans une propriété à la campagne. Tout du long, Rodri ne cesse d’être considéré comme un enfant par Leticia, voire par tous les membres de sa famille. Et à chaque fois qu’il se permet de refuser une situation ou bien d’imposer un de ses choix, il récolte la colère et les critiques de sa sœur. Si bien que la conjoncture n’évolue pas vraiment : il n’a pas envie de faire d’efforts pour convenir à sa sœur puisqu’il ne souhaite qu’une chose, qu’on le laisse tranquille ; et elle, persuadée qu’elle doit rester vivre à ses côtés afin qu’il s’en sorte, persiste à jouer un rôle démesurément maternel.
En Colombie tout particulièrement, la famille est sacrée, malgré les tensions qu’elle peut engendrer. Franco Lolli a tendance à souligner dans ce film comme dans le précédent, que l’on peut voir dans le devoir familial, une grande générosité aussi bien qu’un enfermement. On est par conséquent touché par ce personnage si malheureux intérieurement qu’il n’arrive pas à s’imposer dans cette famille tellement envahissante.
Le travail de Franco Lolli ne se résume pas seulement à raconter des histoires familiales ou sociales, mais plus volontiers à livrer des moments de vie, à filmer des individus sous forme d’une parenthèse de leur quotidien. C’est-à-dire qu’il les (sur)prend à un moment A et les laisse à un moment B pour tourner entre ces deux points. Ces héros-là (ou plutôt, ces anti-héros) ont eu une vie avant le film et celle-ci se poursuivra sa fin. On remarquera à ce propos que le réalisateur a pris l’habitude de signaler la période et le(s) lieu(x) de tournage à la fin des génériques de ses films, ce qui leur donne un aspect proche du documentaire et un regard assurément sociologique. Par exemple, « Rodri » a été tourné entre le 27 septembre et le 9 octobre 2011, entre Bogotá et Arbelaez en Colombie.
Concernant l’approche sociologique, Lolli maîtrise à merveille l’art du portrait. Que l’on soit sensible ou pas aux personnalités choisies par le réalisateur, on est conquis par ce qu’il filme, par la justesse du jeu des comédiens, par la crédibilité de la mise en scène, par l’intimité créée par ses choix de caméra, par la véracité des dialogues.
Le réalisateur dirige des comédiens qui ne sont pas professionnels avec une recherche de vraisemblance et de réalité, un peu comme l’auraient fait les frères Dardenne dans leur style. En l’occurrence, pour « Rodri », il s’agit de la propre famille du réalisateur. Autre remarque qui donne au film un aspect réel et authentique est le choix de ne pas accentuer l’émotion par la musique. Elle est effectivement absente du film sauf au moment du générique final où le Vallenato prend place pour rappeler les appartenances latino-américaines du réalisateur.
Franco Lolli nous offre, à travers « Rodri », une carte postale vivante, un regard unique et intime sur un contexte familial assez général où chacun pourrait finalement y trouver des similitudes avec sa propre famille. Notons que le réalisateur travaille aujourd’hui activement au développement de son long-métrage, « Gente de bien », avec la même « patte » sociologique et les mêmes thématiques qui lui sont chères.