Rossignols en décembre de Theodore Ushev

Après « Les Journaux de Lipsett », le Canadien Theodore Ushev revient avec son nouvel opus tant attendu, une fiction expérimentale cette fois-ci, nommée « Rossignols en décembre ». Lyrismes cinématographique et musical vont de pair dans cette animation ensorcelante qui connaît déjà du succès dans les grands festivals dont Anima et Clermont-Ferrand (ce dernier doit par ailleurs son affiche 2013 à l’artiste).

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S’ouvrant sur la citation culte des Quatre Quatuors de T S Eliot : « En mon commencement est ma fin », le récit assume d’emblée une dimension philosophique. À travers les yeux d’un jeune visage fin et androgyne, des images défilent rapidement – comme aperçues à partir d’un train en mouvement – et se métamorphosent pour dévoiler scènes de guerre et autres atrocités. Des hommes-rossignols se battent et s’entretuent dans un univers glauque où l’humanité déchue semble dépouillée de toute bienveillance. Ces plans expressionnistes sont en contraste marqué avec le visage fébrile et impressionniste de la jeune personne, qui est en quelque sorte le seul repère narratif du film. Petit à petit, apparaît la prémisse d’Ushev, basée sur l’hypothèse suivante : et si les rossignols étaient des hommes et faisaient comme nous ? Corollaire : et si nous étions encore à l’état naturel et n’avions pas perdu tout notre humanisme ?

Postulat cynique, en effet, mais exprimé avec une grande poésie caractéristique de l’auteur. Ceux qui connaissent ses autres courts ont surement pu y discerner cette qualité, qui provient d’une symbiose parfaite entre image et bande-son. Élément indispensable dans la démarche du cinéaste, la musique est toujours soigneusement construite (ou choisie lorsqu’il s’agit de compositions existantes). Celle-ci permet à Ushev d’entraîner le spectateur dans une émotion accrue que seul le quatrième art peut susciter. La partition de « Rossignols », signée Spencer Krug (Sunset Rubdown), est marquée par une agitation dramatique qui apporte une dimension quasi épique. Comme pour faire contrepoids au pessimisme intransigeant de l’image, la musique évolue au fil du récit, d’une tonalité sombre et funeste vers une résolution lumineuse, se terminant sur des harmonies diatoniques édifiantes, clôturant ainsi le film sur une note d’espoir.

Adi Chesson

Consultez la fiche technique du film

Article associé : l’interview de Theodore Ushev

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