Si j’étais un homme de Margot Reumont

Film d’école issu de la Cambre, « Si j’étais un homme » s’est fait remarquer notamment au FIDEC (Huy), où il a reçu le Prix Queer, et au Festival Media 10-10 (Namur), où il a remporté le Prix de la Meilleure Animation. En compétition belge à Anima (Bruxelles) cette année, ce court allègre de Margot Reumont offre un beau moment de divertissement tout en suscitant une réflexion sur la notion des genres aux yeux de la jeunesse d’aujourd’hui.

Cinq filles se mettent devant la caméra de Margot Reumont et se laissent emporter par l’hypothèse évoquée dans le titre. La réalisatrice démarre son film avec des plans frontaux en live-action, choix inhabituel pour un film d’animation, mais on comprend vite qu’il s’agit des coulisses de l’animation. En effet, sitôt que les interlocutrices expriment leurs pensées franches et intimes, Reumont se met à gommer les prises de vue réelles par son dessin dextre et épuré. En illustrant le discours imaginaire, elle y ajoute tout un métadiscours autour des idées projetées. Le médium de l’animation vient compléter la narration verbale, qu’il porte plus loin. Avec une originalité qui relève du génie, la réalisatrice mélange les genres, le monde du réel représenté par la live-action et l’imagination féminine montrée par le biais du dessin en 2D. Parfaite synergie entre forme et fond.

Le contenu des monologues est en lui-même fascinant et interpellant, remarquablement perspicace et en même temps très naturel. Des stéréotypes d’une masculinité vigoureuse et sans failles, insouciante et nonchalante, jusqu’au fantasme d’un homme-à-femmes sensible : les témoignages rendent compte de la complexité de la construction de genres à nos jours, fort libérée par rapport à nos aïeux mais toujours ancrée dans des clichés. Reumont puise dans l’iconographie (Serge Gainsbourg, la figure du père, le bûcheron, …) pour incarner ces différentes facettes de la virilité perçue. En même temps, les représentations que se font les filles de ce qu’est un homme sont révélatrices des « problèmes de base » propres à la féminité : les craintes et les insécurités du « sexe faible » et le statut subalterne que même les sociétés les plus évoluées ne se privent pas d’inculquer tacitement.

Adi Chesson

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