Mediation (Ausgleich) de Matthias Zuder

Mario et Clemens pourraient être deux amants. « Mediation » (Ausgleich) de l’Allemand Matthias Zuder, présenté à Clermont-Ferrand ces jours-ci, commence dans le métro et s’y termine dans des circonstances assez troubles. Au début du film, Mario prend l’escalator pour prendre le métro. Il se sait suivi par Clemens quelques mètres plus loin. Et si Mario a la mâchoire contractée, rien dans son comportement n’exprime une colère, une peur ou une envie de se soustraire à la filature que lui impose Clemens. Un peu comme dans les films d’Atom Egoyan, nous comprenons que les deux protagonistes sont liés par un secret ou une intimité indécelable à l’œil nu. Alors, si nous voulons en savoir davantage, il nous faut continuer à les regarder et monter dans la rame de notre propre voyeurisme.

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Dans les faits, la relation entre les deux hommes se résume à leur rencontre dans le métro et à l’agression de l’un (Clemens) par l’autre (Mario). « Mediation » alterne crescendo des scènes où la victime suit celui qui l’a agressé avec d’autres où les deux hommes, assis autour d’une table, entreprennent une médiation en présence d’un homme plus âgé, modérateur et bienveillant.

Le thème de la médiation dans ce film surprend : le médiateur ressemble davantage à un prêtre ou à un travailleur social qu’à un juge ou un avocat, et sa pratique est peu courante voire inexistante en France. Or, ici, celle-ci semble établie. Après une agression, agresseur et victime peuvent donc se retrouver calmement autour d’une table. Un peu trop beau pour être vrai ?

Aussi volontaires que soient les deux hommes, entre Mario, l’agresseur, et Clemens, la victime, il y a une impasse : la restitution de la mémoire de « l’événement » ( l’agression). Produire poliment son mea culpa tel un élève appliqué, par oral et par écrit, c’est bien. Mais, pour cela, encore faut-il se rappeler des faits, les détailler et les assumer devant la mémoire. Or, entre le traumatisme de Clemens et l’amnésie de Mario, la mémoire de l’événement se balade entre les deux hommes, devenant une partie de poker voire une séance de spiritisme dont les règles échappent au médiateur. Entre mensonge et mysticisme, la violence de l’agression échappe aux bonnes intentions avancées. Clemens, obsédé/aliéné par son besoin de savoir, rappelant alors le mari endeuillé du long métrage « L’Homme qui voulait savoir » de Georges Sluizer, se met alors à suivre Mario à la trace dans le métro. Là où tout a commencé.

Franck Unimon

Consultez la fiche technique du film

Article associé : l’interview de Matthias Zuder

Le film était programmé au Festival de Clermont-Ferrand dans le cadre du programme international I10

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