Tous les articles par Katia Bayer

Lumière sur la première édition du Festival Format Court

Cinq jours de courts, cinq jours de découvertes et de surprises. Du 3 au 7 avril dernier, avait lieu le premier festival de Format Court au Studio des Ursulines, dans le 5e arrondissement de Paris. La richesse de cette édition tenait notamment au fait qu’elle n’était pas compétitive mais s’organisait selon une logique rétrospective; à comprendre que la programmation n’était pas régie par l’actualité mais plutôt par la beauté, la qualité, et l’originalité de films singuliers, répartis en sept programmes : une soirée Damien Bonnard (parrain de cette édition), une soirée Philippe Rebbot (parrain également), un programme réservé aux films de fin d’études de jeunes réalisateurs de l’ESRA, un autre consacré aux César, une séance spéciale « En marge ! » au cours de laquelle on s’ouvrait à l’expérimental et aux formes hybrides, une séance « Retour vers le court » pour (re)découvrir les courts-métrages de réalisateurs passés au long, et enfin — clôture pétillante ! — une soirée spéciale Belgique placée sous le signe de la bonne humeur et de l’audace.

Ajoutez à cela de nombreux invités (acteurs/trices, réalisateurs/trices…), des débats animés, des pots arrosés à chaque fin de séance et une grande soirée au Point Éphémère pour les 10 ans de Format Court, et vous pourrez avoir un aperçu de l’esprit de ce tout nouveau festival où l’ambiance de proximité et de convivialité encourage les rencontres entre professionnels du milieu et spectateurs présents. Revenons sur quelques évènements importants de cette première édition.

Rétrospectif

Voyager dans le temps. Cette semaine de festival fut l’occasion de présenter un panel de films marquants, ceux qui ont construit des réalisateurs.trices ou des acteurs.trices, ceux qui offrent à voir la liberté de création d’autres époques, ceux qui sont toujours frappants aujourd’hui.

Comment ne pas évoquer ainsi l’hommage rendu à la grande Agnès Varda avec la projection d’Ulysse, César du meilleur court-métrage en 1982, présenté en sélection officielle à Cannes l’année suivante ? Dans ce film, la réalisatrice revient sur une photographie prise par elle trente ans auparavant en se laissant porter par les éléments qui la composent: il y avait une plage, un homme, un petit garçon, le corps gisant d’une chèvre. C’est un film sur la trace, le souvenir, une réflexion sur l’instant photographique qui fige la confluence du passé, du présent, et du futur, qui incarne la rencontre du réel et de l’imaginaire. « En fouillant le sable de la mémoire, on tombe sur des os. » entend t-on la voix de Varda accompagner les images, soulignant leur subtile poésie. Ne nous y trompons pas, ce film ne porte pas la mélancolie en faisant ressurgir le passé, il est la peinture calme d’un temps, d’une époque, pas tout à fait révolu puisque nourrissant et soutenant l’aujourd’hui. La sérénité et la sensibilité de la voix, la beauté de l’image et du geste, le génie du montage tout autant que de la démarche… Ce sont tous ces éléments réunis qui offrent au spectateur cette impression si forte, cette émotion si intense, devant ce film. Projeter Ulysse pendant le festival, ce n’était pas seulement rendre hommage à Varda, c’était avant tout une occasion de rappeler le talent de la jongleuse de souvenirs qui, à travers un documentaire personnel, parvient à toucher l’intimité de chacun en esquissant les songes et tourments métaphysiques présents chez tous. Chef d’œuvre.

Toujours au cours de la séance consacrée aux César, nous nous transportions seize ans plus tard, en 1998, année à laquelle David Fourier remporte à son tour le prix du meilleur court-métrage avec Des majorettes dans l’espace. Ici aussi, nous retrouvons le procédé d’enchevêtrement d’images diverses, accompagnées d’une voix-off, comme révélateur de poésie et de sens. Des cosmonautes en mission sur Soyouz 27, un homme nommé Vincent qui regarde la caméra sur fond noir, une modélisation animée d’une usine de préservatifs, des archives d’une procession du pape Jean-Paul II, une majorette junior faisant voleter son bâton, des captations de la Gay Pride… Toutes ces images se confondent à un rythme effréné, liées par la voix du narrateur qui ouvre le film en déclarant : « De toutes les êtres vivants, seul l’Homme sait qu’il va mourir. De tous les êtres vivants, seul l’Homme est capable d’humour et de poésie ».

Vincent est homosexuel, il fait l’amour. Les cosmonautes de Soyouz 27 sont hétérosexuels, ils ne peuvent pas faire l’amour entre eux, à moins que le voyage spatial ne se prolonge. Le pape communique avec une chose invisible. La petite majorette Juliette elle aussi parle à ses amis invisibles. Vincent est malade, il a le sida. Arnaud est un enfant, il ne sait pas ce qu’est la mort. Multiplicité et unité des sources et types d’images (archives, prises de vue documentaristes…), multiplicité et unité des Hommes. Des majorettes dans l’espace est un film profondément social au sens où il peint la société humaine, parodiant son unicité en énumérant de façon loufoque des faits simples, dissimulant derrière cette caricature d’objectivité tout ce qui la divise, tout ce qui ne fait pas une société et qui pourtant l’habite, avec comme illustration première l’orientation sexuelle sur fond d’années 90 ravagées par le sida et de discours dangereux de l’Eglise catholique. Dans la salle les rires du début laissent place progressivement au silence lorsque le spectateur comprend la nature de l’humour à l’œuvre, grinçant, côtoyant le cynisme. De l’amusement on passe au malaise, de la simplicité à la réflexivité. Vingt ans après, le film de David Fourier a toujours un effet retentissant.

Ouvert sur demain

Durant le festival, on a pu croiser ceux qui ont fait le cinéma d’hier et d’aujourd’hui mais aussi partir à la rencontre de ceux qui, nous le souhaitons, feront celui de demain. Les premiers films ou les films de fin d’études sont souvent le condensé des promesses qu’ont à offrir de jeunes réalisateurs et réalisatrices quant à leurs œuvres futures. On y découvre, en un éclat, les forces qui les animent, les univers qui les séduisent, l’esthétique vers laquelle ils tendent, et on ne peut qu’attendre impatiemment de les voir s’épanouir peu à peu. Aussi, c’était tout naturellement qu’une séance était dédiée à ces jeunes espoirs, choisis ici sur le critère de films de fin d’étude de l’ESRA.

Nous avons pu entre autres découvrir Nea d’Adrian Limoni (ESRA Bruxelles, 2018), un film dystopique à l’évolution surprenante et habile dans lequel une jeune fille de 13 ans est déchirée entre deux mondes, l’un si paisible qu’il en serait presque glaçant, l’autre en proie à l’urgence effrayante. Au-delà d’une histoire père-fille, on nous présente une esthétique léchée qui emprunte beaucoup aux codes de la science-fiction et même du jeu vidéo: la chromatographie saturée et la dynamique d’opposition de couleurs tranchées sur des mêmes plans (horizon très net entre un champ vert éclatant et un ciel bleu vif par exemple) accentue l’aspect artificiel et donc irréel des séquences de l’univers faussement idéal. La dystopie n’est donc pas uniquement défendue par la narration et les décors, elle s’incarne, se devine, s’anticipe, par le travail de l’image. La violence de la transition entre les deux univers est elle-même d’autant plus forte qu’elle s’accompagne d’une rupture radicale dans le rythme des plans et des actions. Si l’on aurait peut-être souhaité des intentions plus précises dans la direction du jeu des enfants, la complexité de la nature de la relation entre le père et la fille (est-ce de l’amour? De la violence contrainte ? Le père protège t-il vraiment sa fille ou expérimente t-il avec elle ?) s’exprime avec finesse et ingéniosité.

Autre jeune réalisatrice remarquée à cette occasion: Leonie Violain avec Raptus (ESRA Paris, 2018). Aux marges d’une réalité trouble, on observe les agissements violents d’un gang à la croisée de skinheads et d’hommes du futur, que le jeune Eliott rejoint, fasciné. La réalisatrice, accompagnée par le regard de son chef opérateur Alejandro Asensio, nous offre à voir une mise en scène savamment pensée. Dans ce film, le graphisme tout en verticalité ne sert pas que le visuel : il est incarné intra-diégétiquement comme si les personnages étaient eux-mêmes animés par un besoin, une nécessité, de représentation esthétique. Le gang accomplit une série de rituels mystérieux quasi liturgiques en osmose avec les décors et semble définir de lui-même le cadre de l’image.  » Il convient à ce titre de souligner la pertinence du repérage effectué en partie à Cergy et à Noisy-le-Grand autour des bâtiments des architectes Dani karavan et Ricardo Bofill.  » De cette fusion de l’image et de la narration, naît la poésie d’un rêve sombre dans lequel on s’enfonce progressivement. La démarche esthétique prend certes le pas sur l’histoire de la relation entre Eliott et son ami qui essaye de le sauver, mais la fascination exercée par les membres du gang et leur violence suffit à nous porter tout au long du film.

Parcours d’acteurs

Cette première édition du festival avait pour parrains les acteurs Damien Bonnard et Philippe Rebbot. Une séance spéciale leur était consacrée avec une projection rétrospective de courts-métrages dans lesquels ils ont joués.

C’est à cette occasion que nous avons pu voir Les Misérables de Ladj Ly, fiction de quinze minutes où Damien Bonnard campe le rôle de Pento, nouvelle recrue de la brigade anti-criminalité en Seine Saint-Denis. Accompagné par deux « bacqueux », Chris et Gwada, il se confronte rapidement à la tension prégnante entre les groupes de la cité et la BAC. Une confrontation dérape : Pento, SIG Sauer à la main, tire sur un jeune homme qui tentait de s’enfuir et le roue de coups. L’image cinématographique et la prise de vue au drone se confondent, on comprend qu’un enfant a filmé cette agression violente dont l’écho public serait évidemment retentissant. Les trois équipiers de la BAC vont tenter à tout prix de récupérer l’enregistrement, quitte à dépasser encore plus largement leurs droits.

Le ton et le regard de Ladj Ly ne sont pas ceux d’un profane, on sait que sa vision est enrichie par son parcours (enfance à la cité des Bosquets de Montfermeil, membre engagé du collectif Kourtrajmé avec qui il réalise le documentaire 365 jours à Clichy-Montfermeil sur les émeutes de 2005…) qui lui permet de défendre puissamment un « cinéma vérité ». L’originalité de ce film tient entre autres au fait que l’on se place, sans complaisance aucune, du point de vue de la BAC et non de celui des jeunes gens de la cité, comme c’est par exemple le cas dans La Haine, film fondateur pour le réalisateur. Cet angle nous permet de comprendre, sans la justifier, l’escalade de la violence des forces de l’ordre, ce qui l’engendre et comment elle se manifeste. Damien Bonnard réussit à incarner parfaitement l’ambivalence des forces à l’œuvre dans son personnage en oscillant entre une sensibilité humaine teintée de crainte et de volonté de bien faire et une panique ouvrant sur le non-droit et l’agressivité débridée.

Révélation du festival de Clermond-Ferrand en 2017 et sélectionné aux César en 2018, le film a aujourd’hui évolué en un long-métrage, portant le même nom que le court —Les Misérables — actuellement en compétition officielle au festival de Cannes !

Toute autre ambiance, avec Philippe Rebbot dans J’attends Daniel pour peindre, de Nathalie Donnini (2001). Il s’agit du premier vrai rôle du comédien alors magasinier. La réalisatrice lui offre la possibilité de dévoiler son talent dans ce film très rohmerien, presque anachronique pour son époque au-delà du fait qu’il fut tourné en pellicule (16mm). Olivier attend Daniel (Philippe Rebbot) qui doit lui prêter main forte pour repeindre la chambre de son appartement. À sa place, c’est Marie qui arrive. Elle a quitté Daniel. Olivier aime Marie, Daniel est l’ami d’Olivier, Marie n’est jamais restée célibataire. Dans ce huit clos intimiste, se délie une parole presque littéraire où l’on explore la curiosité d’une situation amoureuse délicate. C’est un cinéma d’acteur et d’amour qui sait prendre le temps de dire. La quiétude de la réalisation qui ne se laisse pas aller à la frénésie du cut transcende l’angoisse amenée par la situation de triangle amoureux. Entre le dit et le non-dit, entre deux couches de peinture, la caméra de Nathalie Donnini saisit les regards et les doutes, la tendresse et les tourments, en donnant une grande impression de simplicité. Du jaune des murs de la chambre, on arrive progressivement à la clarté du blanc qui, en plus de symboliser le changement, comme une page qui se tourne pour laisser place à une autre histoire, accompagne la marche à la vérité du nouveau couple. Les acteurs et l’actrice (Patrick Lizana, Judith Rémy) portent cette histoire avec douceur et finesse et il est impressionnant de constater une telle sensibilité ainsi qu’un tel naturel dans le jeu d’un comédien qui faisait alors ses premiers pas devant la caméra : Philippe Rebbot.

Demeurant très actuel, J’attends Daniel pour peindre constituait déjà une originalité dans les années 2000 avec ses échos de Nouvelle Vague. On sent l’empreinte de films tels que Ma nuit chez Maud ou Jules et Jim et plus largement l’attachement — non rétrograde — au cinéma des années 60 et 70. Nathalie Dondini réussit le pari de la revitalisation d’une autre époque.

Vers une prochaine édition

Nous ne pouvons que vous enjoindre de découvrir la sélection des films projetés lors de cette semaine. Beaucoup sont disponibles sur les plateformes de téléchargement légales et des séances rétrospectives du festival auront lieu dans les prochains mois. Cette première édition fut un succès et Format Court prévoit dès aujourd’hui de renouveler le défi l’année prochaine : une seconde édition avec toujours plus de films, de découvertes et de rencontres. Nous vous y attendrons !

Gaspard Richard Wright

La Quinzaine des Réalisateurs/La Semaine de la Critique, côté courts

La Quinzaine des Réalisateurs, section parallèle du Festival de Cannes, ayant fêté ses 50 ans d’existence, a annoncé cette semaine sa sélection annuelle. Côté courts, on y découvre 10 films dont ceux de Gabriel Abrantes, Morgan Simon, Ariane Labed ou encore Dahee Jeong. À la Semaine de la Critique, 10 courts également ont été retenus dont ceux de Valentina Maurel (1er Prix à la Cinéfondation 2017 avec Paul est là) et Qiu Yang (Palme d’or du court en 2017 avec A Gentle night).

Quinzaine des Réalisateurs

Deux soeurs qui ne sont pas soeurs de Beatrice Gibson (Royaume-Uni, Allemagne, Canada, France)
Les Extraordinaires mésaventures de la jeune fille de pierre de Gabriel Abrantes (France, Portugal)
Grand Bouquet de Nao Yoshigai (Japon)
Je te tiens de Sergio Cabalerro (Espagne)
Mouvement de Dahee Jeong (Corée du Sud)
Olla d’Ariane Labed (France, Royaume-Uni)
Piece of Meat de Jerrold Chong et Huang Junxiang (Singapour)
Plaisir fantôme de Morgan Simon (France)
Stay Awake, Be Ready d’An Pham Thien (Vietnam, Corée du Sud)
That Which is to Come is Just a Promise de Flatform (Italie, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande)

Semaine de la Critique

Dia de festa / Jour de fête de Sofia Bost (Portugal)
Fakh / The Trap de Nada Riyadh (Égypte, Allemagne)
Ikki illa meint de Andrias Høgenni (Danemark, Îles Féroé)
Journey Through a Body de Camille Degeye (France)
Kolektyviniai sodai / Community Gardens de Vytautas Katkus (Lituanie)
Lucía en el limbo de Valentina Maurel (Belgique, France, Costa Rica)
The Manila Lover de Johanna Pyykkö (Norvège, Philippines)
Mardi de 8 à 10 de Cecilia de Arce (France)
She Runs de Qiu Yang (Chine, France)
Ultimul Drum Spre Mare / Le Dernier Voyage à la Mer de Adi Voicu (Roumanie)

Focus Cannes 2019

Cannes 2019,  les infos côté courts.

Notre entretien avec Stacy Martin, membre du Jury des courts-métrages et de la Cinéfondation

Notre entretien avec Eran Kolirin, membre du Jury des courts-métrages et de la Cinéfondation

La critique de Mano a Mano de Louise Courvoisier (1er Prix de la Cinéfondation, France)

Notre entretien avec Claire Denis, Présidente du Jury des courts-métrages et de la Cinéfondation

Notre entretien avec Valentina Maurel, réalisatrice de « Lucía en el limbo » (Semaine de la Critique, Belgique, France, Costa Rica)

Notre entretien avec Morgan Simon, réalisateur de « Plaisir Fantôme » (Quinzaine des Réalisateurs, France)

Notre entretien avec Léo Soesanto, Coordinateur de la sélection des courts métrages à la Semaine de la Critique

Notre entretien avec Yona Rozenkier, réalisateur de « Parparim » (compétition officielle) et « The Sign », co-réalisé avec Eleonora Veninova (SEE Factory, Quinzaine des Réalisateurs), Israël

La critique de « La Distance entre le ciel et nous » de Vasilis Kekatos, Palme d’or du court-métrage 2019

Notre reportage Israël en courts

– Notre entretien avec Vasilis Kekatos, Palme d’or du court-métrage 2019

Notre entretien avec Ariane Labed, réalisatrice de « Olla » (Quinzaine des Réalisateurs, France – Royaume-Uni)

La Palme d’or du court-métrage et les prix de la Cinéfondation 2019

Notre entretien avec Gabriel Abrantes, réalisateur de « Les Extraordinaires mésaventures de la jeune fille de pierre » (Quinzaine des Réalisateurs, France, Portugal)

Quinzaine des Réalisateurs, Prix Illy du court métrage 2019

Semaine de la Critique 2019, les 2 courts primés !

Notre entretien avec Paolo Moretti, le nouveau délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs

Notre entretien avec Swann Arlaud

Le film de la semaine : Paul est là de Valentina Morel

4 courts et un clip liés à Cannes 2019

Quinzaine de la Critique, Semaine de la Critique, côté courts

Les sélections de courts 2019

– L’affiche du festival, dévoilée

– Claire Denis, Présidente du Jury des Courts Métrages & de la Cinéfondation

Cannes, les sélections de courts 2019

Au lendemain de l’annonce de la Sélection officielle du 72e Festival de Cannes, qui s’est déroulée hier,  jeudi 18 avril à 11h, voici les courts métrages en compétition ainsi que la sélection de la Cinéfondation 2019.

Présidé par Claire Denis, le Jury de la Cinéfondation et des courts métrages récompensera à la fois les films de la Compétition des courts métrages et ceux de la Sélection Cinéfondation à l’issue de ses délibérations.

Compétition officielle

Cette année, le comité de sélection a vu 4240 courts-métrages. La Compétition des courts métrages 2019 est composée de 11 films (9 fictions, 1 documentaire et 1 animation) issus des pays suivants : Albanie, Argentine, États-Unis, France, Finlande, Grèce, Israël, Suède et Ukraine.

The Van d’Erenik Beqiri – Albanie, France, 15′
Anna de Dekel Berenson, Ukraine, Israël, Royaume-Uni, 15’
Le Grand saut de Vanessa Dumont, Nicolas Davenel, France, 12’
La Distance entre nous et le ciel de Vasilis Kekatos , Grèce / France, 9’
All Inclusive de Teemu Nikki, Finlande, 15’
Ingen lyssnar de Elin Övergard, Suède, 14’
L’heure de l’ours d’Agnès Patron, France, 14′
Parparim de Yona Rozenkier, Israël, 7’
Monstruo dios (monstre dieu) de Agustina San Martín, Argentine, 10′
White Echo de Chloë Sevigny, Etats-unis, 15′
La Siesta de Federico de Luis Tachella, Argentine, 14′

Cinéfondation

La Sélection Cinéfondation a choisi pour sa 22e édition 17 films (14 fictions et 3 animations) parmi les 2000 qui ont été présentés par des écoles de cinéma du monde entier. La présence importante de l’Europe Centrale et Orientale met en lumière la vitalité de l’enseignement du cinéma dans ces pays. Six films sélectionnés proviennent d’écoles invitées pour la toute première fois.

Ambience de Wisam Al Jafari, Dar al-Kalima University College of Arts & Culture, Palestine, 15’
Mano a mano de Louise Courvoisier, Cinéfabrique, France, 23’
Sto dvacet osm tisíc de Ondřej Erban, Famu,République tchèque, 16’
Jeremiah de Kenya Gillespie, The University of Texas at Austin, Etats-Unis, 10’
Pura vida de Martin Gonda , Ftf Všmu – Film and Television Faculty Academy of Music and Performing Arts, Slovaquie 30’
Adam de Shoki Lin, Nanyang Technological University (NUT), Singapour, 19’
Netek de Yarden Lipshitz Louz, Sapir College, Israël, 21’
Solar Plexus de David McShane, NFTS, Royaume-Uni, 9’
Rosso: La vera Storia Falsa del Pescatore Clemente de Antonio Messana, la Fémis, France, 28’
Ahogy eddig de Katalin Moldovai (Budapest Metropolitan University (METU), Hongrie, 24’
Favoriten de Martin Monk, Filmakademie Wien, Autriche, 18’
Roadkill de Leszek Mozga, University of the Arts London UAL, Royaume-Uni, 8’
Duszyczka de Barbara Rupik, PWSFTviT, Pologne, 9’
Hiếu de Richard Van, Calants, Etats-Unis, 24’
Bamboe de Flo Van Deuren, RITCS, Belgique 19’
Slozhnopodchinennoe de Olesha Yakovleva, St. Petersburg State University of Film and Television, Russie, 26’
Reonghee de Yeon Jegwang, Korea National University of Arts, Corée du sud, 15’

L’affiche du Festival de Cannes 2019 dévoilée

L’affiche du Festival de Cannes 2019, tirée de La Pointe courte, le premier long-métrage d’Agnès Varda. Il s’agit de la 2ème collaboration de la graphic designer Flore Maquin avec le festival après un premier essai réussi et bleuté l’an passé (d’après une photo de George Pierre prise sur le tournage de Pierrot le Fou).

Photo : La Pointe courte © 1994 Agnès Varda et ses enfants, Montage et maquette : Flore Maquin / www.flore-maquin.com

Tout en haut.

En équilibre.

Juchée sur un technicien impassible.

Accrochée à une caméra qui paraît l’absorber.

Une jeune femme de 26 ans tourne son premier film.

Nous sommes en août 1954, quartier de la Pointe Courte à Sète. Dans la lumière éblouissante de l’été, Silvia Monfort et Philippe Noiret promènent leur amour fragile parmi les pêcheurs en lutte, les femmes affairées, les jeux des enfants et les errances des chats. Décors naturels, caméra légère, moyens dérisoires : Agnès Varda, photographe au TNP de Jean Vilar, jette avec La Pointe courte (présenté dans une salle de la rue d’Antibes à Cannes pendant le Festival 1955), les prémices d’un jeune cinéma dont elle sera la seule réalisatrice.

Tel un manifeste, cette photo de plateau recèle déjà tout d’Agnès Varda : la passion, l’audace, l’espièglerie. Les ingrédients d’une recette d’artiste en liberté qu’elle enrichira sans cesse. Soixante-cinq ans de création et d’expérimentation, presque autant que le Festival de Cannes, qui célèbre chaque année des regards qui montrent, osent et s’élèvent. Et qui sait se souvenir.

Elle se plaisait à le rappeler : « Je ne suis pas une femme cinéaste, je suis une cinéaste. » Elle vint souvent à Cannes montrer ses films : treize fois en Sélection officielle. Elle fut aussi membre du Jury en 2005 et Présidente du Jury de la Caméra d’or en 2013. Lorsqu’elle reçut la Palme d’honneur, en 2015, elle évoqua « la résistance et l’endurance, plus que l’honneur » et la dédia « à tous les cinéastes inventifs et courageux, ceux qui créent un cinéma original, de fiction ou de documentaire, qui ne sont pas dans la lumière mais qui continuent. »

Avant-gardistes et populaires, intimes et universels, ses films ont ouvert la voie. Alors, tout en haut de cette pyramide : Agnès Varda, l’œil posé sur la plage de Cannes, jeune et éternelle, sera le phare inspirant de la 72e édition !

L’annonce de la Sélection officielle 2019, par Pierre Lescure, Président du Festival de Cannes, et Thierry Frémaux, Délégué général, est à suivre jeudi 18 avril à partir de 11h en direct sur YouTube, Dailymotion, Facebook, Twitter et www.festival-cannes.com .

Devenez lauréat(e) de la Fondation Jean-Luc Lagardère !

Vous êtes Auteur de film d’animation, Scénariste TV, Producteur cinéma, ou Auteur de documentaire ….c’est le moment de saisir votre chance ! La Fondation Jean-Luc Lagardère recherche ses nouveaux lauréats en 2019.

Vous avez moins de 30 ans (35 ans si vous êtes scénariste) et vous avez un projet dans le domaine audiovisuel : réaliser un court métrage ou le pilote d’un long métrage ou d’une série d’animation, produire un film de fiction de long métrage, écrire un scénario pour la télévision, réaliser un documentaire…

Devenez lauréat(e) de la Fondation Jean-Luc Lagardère ! : https://fr-fr.facebook.com/fondation.jeanluclagardere/

Dotation de 20 000 € à 50 000 €

La Fondation accorde également des bourses dans les domaines suivants : Créateur numérique, Écrivain, Journaliste de presse écrite, Libraire, Musicien, Photographe.

Modalités et dépôt des candidatures jusqu’au samedi 8 juin 2019
sur http://www.fondation-jeanluclagardere.com

Claire Denis, Présidente du Jury des Courts Métrages & de la Cinéfondation

La cinéaste et scénariste française Claire Denis sera cette année la Présidente du Jury des Courts Métrages et de la Cinéfondation du 72e Festival de Cannes.

Claire Denis succède à Abderrahmane Sissako, Naomi Kawase, Cristian Mungiu et Bertrand Bonello. Avec son jury, elle décernera le jeudi 23 mai les trois prix de la Cinéfondation parmi les 17 films d’étudiants d’écoles de cinéma présentés. Samedi 25 mai, elle remettra la Palme d’or du court métrage lors de la cérémonie de Clôture de la 72e édition du Festival de Cannes.

© C.Alvarez/Getty Images

Depuis plus de 30 ans, Claire Denis occupe une place singulière dans le cinéma contemporain. Elle est la réalisatrice d’une œuvre captivante de 13 longs métrages dont quatre furent projetés en Sélection officielle. Véritable aventurière, elle a imposé, au fil de ses voyages artistiques, son goût de l’observation et de l’expérimentation en naviguant entre introspection et ouverture sur le monde.

Dès Chocolat (1988), première œuvre semi-autobiographique sur l’indépendance du Cameroun et l’Afrique de son enfance – qu’elle retrouvera pour Beau Travail (2000) et White Material (2010), elle marque les esprits et connaît les honneurs de la Compétition cannoise, des César et de la critique.

Avec S’en fout la mort (1990), J’ai pas sommeil (Un Certain Regard, 1994), Nénette et Boni (Léopard d’or, 1996) ou encore 35 Rhums (2008), elle explore un cinéma de la marge et du territoire où les liens entre les êtres sont en constante évolution. La réalisatrice aime à filmer le désir dans l’altérité, les tabous et les interdits, comme dans Trouble Every Day (Séance de Minuit, 2001) ou Les Salauds (Un Certain Regard, 2013).

Audacieuse, libre, Claire Denis n’a cessé de façonner des voyages entre l’inconnu et le familier, jusqu’à High Life (2018) où la puissance de sa mise en scène et son sens de l’ellipse réinventent la science-fiction.

Admiratrice d’Ozu, collaboratrice de Wim Wenders, Jim Jarmusch ou encore Jacques Rivette, c’est aussi une cinéaste citée par la nouvelle génération, de Barry Jenkins à Joachim Trier, qui accompagnera les jeunes réalisateurs de la Sélection 2019.

Grande dame du cinéma, grande dame du petit format : Agnès Varda nous a quittés aujourd’hui

Outre ses brillantes réalisations de longs métrages de fiction et documentaires, elle a continué de faire des courts métrages pendant près de 60 ans. Elle sera d’ailleurs récompensée par le César du meilleur court-métrage documentaire pour Ulysse, en 1984; un film qui interroge le rapport au passé, au souvenir, à la trace, à l’instant, à partir d’une photographie prise le 9 mai 1954, près de trente ans auparavant, « ce jour là où {elle} poursuivait une idée, une idée d’image ».

On y retrouve un art cher à Varda, celui de réveiller les émotions les plus intimes et lancinantes au travers d’un travail à portée documentaire. Nous serons heureux de vous présenter ce grand film lors de notre séance consacrée aux César, à l’occasion de notre premier Festival Format Court, le vendredi 5 avril à 20h au Studio des Ursulines (Paris, 5ème).

L’équipe du Festival Format Court vous salue bien bas, Madame Varda.

Gaspard Richard Wright

Le film de la semaine : Le petit monstre d’Anaïs Vachez

Synopsis : Un jeune livreur tombe sous le charme d’une mystérieuse jeune femme qui vit cloîtrée dans son appartement. Lorsqu’il réussit enfin à avoir un rendez-vous chez elle, celle-ci lui révèle son secret…

La réalisatrice Anaïs Vachez a un univers surréaliste qui fait du bien (on peut découvrir son univers avec d’autres vidéos et notamment Les Contes de Nina sur sa page You Tube). Elle nous fait retomber en enfance avec notamment un personnage attachant et inquiétant dans Le petit monstre. Les décors, costumes et comédiens sont choisis avec minutie. La mise en scène ne lâche pas les personnages pour être au plus près de leurs émotions. La lumière nous rappelle les contes que l’on se racontait sous la couette, étant enfant. Un pouce levé pour la performance de la talentueuse actrice Aurélia Poirier qui interprète une jeune femme mystique qu’on aime à découvrir au fil de l’histoire.

Sergio Do Vale, programmateur des soirées C’est pas la taille qui compte !, organisées tous les mois au Cinéma les 5 Caumartin (75 009 Paris). Prochaine séance : 1/4.

Festival Format Court, notre programmation & nos invités !

Ça y est ! Voici le détail des 7 programmes de courts-métrages qui seront diffusés pendant le Festival Format Court,  du mercredi 3 au dimanche 7 avril 2019 au Studio des Ursulines (10, rue des Ursulines, 75005 Paris), en présence de nos nombreux invités. Nous vous invitons à participer à cette toute première édition, co-parrainée par Damien Bonnard et Philippe Rebbot, et à venir fêter le court et les 10 ans de Format Court avec nous ! Toutes les informations relatives à cette semaine de festival (programmes, infos) seront publiées régulièrement sur Facebook et notre site.

Pour information, 3 soirées sont prévues pendant le festival : un pot d’ouverture, le mercredi 3 avril après notre première séance consacrée à Damien Bonnard, au bar Les Ursulines (56 Rue Gay-Lussac, 75005 Paris), la soirée anniversaire de Format Court, organisée le samedi 6 avril 2019 à 20h au Point Éphémère (200 Quai de Valmy, 75010 Paris) pour laquelle vous pouvez déjà réserver votre entrée sur le site Leetchi (5 € par personne), et enfin un pot de clôture après notre dernière projection, consacrée à la Belgique, proposée au Studio des Ursulines, le dimanche 7 avril.

Vous pouvez dès aujourd’hui réserver vos places pour les séances de votre choix à l’adresse suivante : festivalformatcourt@gmail.com. Pensez svp à indiquer l’intitulé du programme et le nombre d’entrées souhaitées.

Les places seront à retirer chaque jour au cinéma une demi-heure avant chaque séance. Les tarifs sont les suivants : 7 € (tarif plein), 5 € (tarif réduit*), 4 € (tarif pour les étudiants en écoles de cinéma).

Programmation

Mercredi 3 avril, 20h : Soirée d’ouverture consacrée à Damien Bonnard. Durée du programme : 108′

Les Misérables de Ladj Ly, France, 2017, Prix Canal + au Festival de Clermont-Ferrand 2017
La Nuit des sacs plastiques de Gabriel Harel, France, 2018, Prix du Meilleur Court Métrage Français 2018 du Syndicat Français de la Critique. En présence du réalisateur
Mon héros de Sylvain Desclous, France, 2014, nommé au César du Meilleur Court Métrage 2016. En présence du réalisateur
Cross de Idir Serghine, France, 2018, Prix de la meilleure photo et de la meilleure actrice au Festival La Cabina (Valence). En présence du réalisateur

Jeudi 4 avril, 18h : Programme consacré à l’école ESRA, en présence de David Azoulay, Directeur Général du Groupe ESRA. Durée du programme : 78′

Raptus de Leonie Violain, France, 2018. En présence de la réalisatrice
Le Phénomène Paul Emile Raoul de Fred Perrot et Audrey Najar, France, 2007
Se taire de Tancrède Delvolve, France, 2012. En présence du réalisateur
L’échappée de Thibault Royer, France, 2014. En présence du réalisateur
Nea de Adrian Limoni, Belgique, 2018. En présence du réalisateur

Jeudi 4 avril, 20h : Soirée spéciale consacrée à Philippe Rebbot. Durée du programme : 101′

Les Bigorneaux d’Alice Vial, France, 2017, César 2018 du meilleur court-métrage
Donde esta Kim Basinger d’Edouard Deluc, France, 2009, Grand Prix 2010 au Festival de Clermont-Ferrand. En présence du réalisateur
J’attends Daniel pour peindre de Nathalie Donnini, France, 2001, sélectionné au Festival de Brest. En présence de la réalisatrice
Icare de Nicolas Boucard, France, Belgique, 2018, nommé aux Oscar 2018

Vendredi 5 avril, 18h : En marge ! (films expérimentaux, hybrides). Durée du programme : 95′

The Origin of Creatures de Floris Kaayk, Pays-Bas, 2010, Prix Format Court au Festival Paris Courts Devant 2011
Swatted de Ismaël Joffroy Chandoutis, France, 2018, Prix spécial du Jury au Festival de Clermont-Ferrand 2019. En présence du réalisateur
Flame de Sami van Ingen, Finlande, 2018, primé au festival de Tampere 2018. En présence du réalisateur
La Part de l’ombre de Olivier Smolders, Belgique, France, 2013, Prix du meilleur-court métrage au Festival de Namur 2014
La Chute de Boris Labbé, France, 2018, sélectionné à la Semaine de la Critique 2018. En présence de Ron Dyens (Sacrebleu Productions)
Sissy Boy Slap Party de Guy Maddin, Canada, 1995

Vendredi 5 avril, 20h : César !, en présence de Margaux Pierrefiche, responsable des Courts Métrages au sein de l’Académie des César. Durée du programme : 80′

Ulysse d’Agnès Varda, France, 1982, César du Meilleur court métrage documentaire 1983
Pépé le Morse de Lucrèce Andreae, France, 2017, César du meilleur court-métrage d’animation 2018. En présence de Camille Condemi (Caïmans Productions)
Vilaine fille de Ayse Kartal, France, 2016, César du meilleur court-métrage d’animation 2019,
Les petites mains de Rémi Allier, France, Belgique, 2017, César du meilleur court-métrage 2019. En présence du réalisateur
Logorama de François Alaux, Hervé de Crécy, Ludovic Houplain, France, 2009, César du meilleur court-métrage d’animation 2011
Le Repas dominical de Céline Devaux, France, 2015, César du meilleur film d’animation 2016. En présence de Ron Dyens (Sacrebleu Productions)
Foutaises de Jean-Pierre Jeunet, France, 1990, César du meilleur court-métrage 1991
Des majorettes dans l’espace de David Fourier, France, 1997, César du meilleur court-métrage 1998

Samedi 6 avril, 18h : Retour vers le court. Durée du programme : 94′

Valimo (La fonderie) de Aki Kaurismäki, Finlande, 2007
La Fugue de Jean-Bernard Marlin, France 2013, Ours d’or à la Berlinale 2013
Avant que de tout perdre de Xavier Legrand, France, 2013, César du Meilleur Court-Métrage 2014
French Kiss de Antonin Peretjatko, France, 2004
Listen de Rungano Nyoni et Hamy Ramezan, Danemark, Finlande, 2014, projeté à la Quinzaine des réalisateurs 2014, en présence de  Hamy Ramezan et Dominique Welinski (DW Productions)
La Queue de la souris de Benjamin Renner, France, 2007, Cartoon d’Or 2008

Dimanche 7 avril, 18h : Spéciale Belgique !, en présence des comédiens Catherine Salée, Jean-Benoît Ugeux et Wim Willaert. Durée du programme : 90′

Le Film de l’été d’Emmanuel Marre, France, Belgique, 2016, Prix Format Court au Festival de Brive 2017. En présence du réalisateur
Vihta de François Bierry, France, Belgique, 2018, Prix Spécial du jury au Festival de Clermont-Ferrand 2018. En présence du réalisateur
Le Plombier de Xavier Séron, Méryl Fortunat-Rossi, Belgique, France, 2016, Meilleur Court Métrage de Fiction aux Magritte 2017. En présence de Xavier Séron
Longueur, fréquence, intensité, émotion de Xavier Séron, Méryl Fortunat-Rossi, Belgique, France, 2016, sélectionné au Festival Regard 2016
La vie qui va avec d’Emmanuel Marre, Belgique, 2008, Grand Prix au Festival Le court en dit long 2009

En pratique

* Le Studio des Ursulines : 10 rue des Ursulines (75005 Paris)

* Accès : RER B Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Épée), Bus 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon). Métro le plus proche : Ligne 7, arrêt Censier Daubenton (mais apprêtez-vous à marcher un peu…)

* Réservations vivement souhaitées (merci de préciser la séance qui vous intéresse, la date et le nombre de places !) : festivalformatcourt@gmail.com

* Tarifs : 7 € (tarif plein), 5 € (tarif réduit : – de 18 ans, + de 60 ans, familles nombreuses, étudiants, chercheurs d’emploi, intermittents, enseignants), 4 € (tarif pour les étudiants en écoles de cinéma), sur présentation de justificatifs

Le film de la semaine : Import de Ena Sendijarević

Alors que son premier long-métrage, Take Me Somewhere Nice, était en compétition à Rotterdam en janvier,  la réalisatrice hollandaise d’origine bosniaque Ena Sendijarević a mis en ligne il y a quelques jours Import, son dernier court-métrage repéré à la Quinzaine des Réalisateurs en 2016.

Nous avions chroniqué le film et l’avions diffusé en présence de la réalisatrice en novembre de la même année à l’occasion d’une séance Format Court consacrée aux Pays-Bas avec le soutien de l’Ambassade des Pays-Bas. L’exil, la peur, la différence, traités dans ce film, le choix du cadre et l’humour de situation nous ont intéressés à l’époque, c’est toujours le cas aujourd’hui. On vous propose du coup de le (re)découvrir en ligne.

Katia Bayer

Synopsis : En 1994, une jeune famille de réfugiés bosniaques se retrouve dans un petit village des Pays-Bas après l’obtention de leur permis de séjour. Les situations absurdes surviennent alors qu’ils essaient de faire de ce nouveau monde leur maison.

Concours : 5×2 places à gagner / Festival du Film Russe de Paris

La cinquième édition du Festival du Film Russe de Paris « Quand les russes » aura lieu très prochainement, du 11 au 18 mars dans 4 salles parisiennes : Le Balzac, Le Christine 21, Le Studio 28, Le Max Linder Panorama. L’occasion de (re)découvrir les grands classiques du cinéma russe, mais aussi d’offrir de la visibilité à la relève talentueuse, inspirée et prolifique issue de l’autre côté de la frontière.

Au programme pendant cette semaine de festival : 1 compétition longs-métrages (jury présidé par Abderrahmane Sissako), 2 ciné-concerts, une projection du film Leto de Kirill Serebrennikov (primé à Cannes), suivi d’un concert de rock russe live au Max Linder, l’intégrale Guerre et Paix, deux avant-premières, une rencontre entre auteurs russes et français à la SACD et une rétrospective consacrée au plus grand réalisateur de films populaires en URSS, Eldar Riazanov.

Le Festival du Film Russe s’intéresse aussi au court-métrage, ce qui nous intéresse plus particulièrement. Une compétition existe même depuis le début du festival. 3 Prix seront remis cette année : Grand Prix / Prix à la distribution / Prix à la production.

On le découvre. 2000 courts-métrages sont produits chaque année en Russie, pas forcément dans les mégalopoles, mais aussi dans les recoins cachés de la Sibérie, des Montagnes de l’Oural ou du Caucase. Cette année, le festival a retenu 6 films seulement, tous projetés au Max Linder le dimanche 17 mars à 11h. L’occasion de découvrir, lors de cette matinée de courts, 6 créations, histoires et origines fort différentes dont Jol de Vladimir Munkuev, un film provenant de Yakoutie, totalement inédit en Europe et Lionella, réalisé par Sergey Borovkov, un jeune cinéaste originaire de Vladivostok (qui était en compétition officielle à Clermont-Ferrand cette année).

Offrir de la visibilité au court-métrage russe en Europe, mieux faire connaître en Russie le marché et la production européenne, permettre aux cinéastes russes et européens de se rencontrer font partie des missions de ce jeune festival. Aujourd’hui, Format Court vous parle de cette belle initiative tournée vers la rencontre, la découverte et le renouveau du cinéma russe, et va même plus loin en vous proposant de remporter 5×2 places pour assister à cette matinée de courts russes le 17 mars prochain (rien de plus simple : écrivez-nous). Le bon bonus : un petit-déjeuner sera offert à partir de 10h30 au cinéma pour les spectateurs les plus matinaux, motivés et gourmands.

Plus d’infos ici ou là :

http://quandlesrusses.com/competition-court-metrage

https://www.facebook.com/events/2175168735895439/

Festival Format Court, nos premières infos !

Vous avez dû voir passer l’info. À l’occasion de son 10ème birthday, Format Court lance son premier festival du mercredi 3 au dimanche 7 avril 2019 au cinéma Le Studio des Ursulines, Paris 5ème. Ce nouveau festival de courts-métrages parisien, dédié à l’une de nos collaboratrices, Agathe Demanneville, grande amoureuse du cinéma, disparue en 2017, se veut rétrospectif, non compétitif, axé sur la (re)découverte, la rencontre et le soutien à la jeune création.

Ce projet nous ressemble, met la liberté et la diversité du court à l’honneur, fait du lien, bénéficie de l’expertise de 10 ans de soutien au court, et est organisé par une super équipe (nous) ! Jusqu’au 17 mars, nous vous proposons d’ailleurs de participer à notre campagne de crowfunding sur Ulule et de remporter des contreparties très chouettes (badges, invitations, tote bags, DVD, affiches au top…).

Cette première édition est parrainée par deux comédiens : Philippe Rebbot, également réalisateur (L’amour flou co-réalisé avec Romane Bohringer, L’Effet aquatique de Sólveig Anspach,…) et Damien Bonnard (En liberté ! de Pierre Salvadori, Rester vertical de Alain Guiraudie, …). Une sélection de leurs courts-métrages sera par ailleurs diffusée en salle en leur présence et celle des réalisateurs avec qui ils ont tournés.

7 programmes au total seront diffusés pendant le Festival Format Court, du 3 au 7 avril 2019, en présence d’équipes de films :

– Mercredi 3.4, 20h : Soirée d’ouverture : Séance spéciale consacrée à Damien Bonnard. Projection d’une sélection de ses courts-métrages & rencontre. En sa présence

– Jeudi 4.4, 18h : Programme consacré à l’école ESRA (Ecole de Cinéma, Son et Animation)

– Jeudi 4.4, 20h : Soirée spéciale consacrée à Philippe Rebbot. Projection d’une sélection de ses courts-métrages & rencontre. En sa présence

– Vendredi 5.4 : 18h : Programme En marge !, mélangeant films expérimentaux et hybrides

– Vendredi 5.4, 20h : Séance consacrée aux César, en présence de Margaux Pierrefiche, responsable des Courts Métrages au sein de l’Académie des Césars et de Rémi Allier, César du Meilleur Court Métrage 2019 (Les Petites Mains)

– Samedi 6.4, 18h : Programme Retour vers le court, en présence de réalisateurs passés au long-métrage

– Dimanche 7.4, 18h : Soirée spéciale consacrée à la Belgique, en présence des comédiens Catherine Salée, Jean-Benoît Ugeux et Wim Willaert et des réalisateurs Emmanuel Marre, François Bierry et Xavier Seron (sous réserve)

En complément !

L’affiche de cette première édition est réalisée et signée par Lucrèce Andreae, César du Meilleur Film d’Animation 2018 avec Pépé le Morse (Caïmans Productions), visible en ligne ici. Cette affiche correspond à notre envie de monter un nouveau projet original, coloré, pop, punk & dynamique !

Autres bonus :

Grande soirée d’anniversaire avec gâteau, bougies, ballons, parties de ping-pong & baby-foot, organisée le samedi 6 avril au Point Éphémère (Paris 10ème), en présence de pros et d’amis de Format Court !

– De nombreuses vidéos de soutien de professionnels du cinéma et d’amis de Format Court, postées régulièrement sur notre site, Vimeo et nos réseaux sociaux associés.

– Une exposition de dessins d’animateurs-réalisateurs, repérés et accompagnés pendant ces 10 ans, affichés au Studio des Ursulines, pendant toute la durée du festival

– Rejoignez la page Facebook consacrée à l’événement !

Les 3 courts-métrages primés aux Oscars 2019

Après les Césars, voici les 3 courts primés aux Oscars 2019.

Meilleur court-métrage d’animation : Bao de Domee Shi

Meilleur court-métrage documentaire : Period. Enf of Sentence de Rayka Zehtabchi

Meilleur court-métrage de fiction : Skin de Guy Nattiv

Yousef de Mohamed Hossameldin

Yousef est le troisième court métrage de Mohamed Hossameldin. Après Sotto Terra et Il Passo, le réalisateur et scénariste italo-égyptien renoue avec la question de l’identité. Sélectionné en compétition internationale au festival de Clermont-Ferrand, Yousef est un court-métrage d’une vingtaine de minutes qui donne le premier rôle à Jean-Christophe Folly. Cet acteur de théâtre, reconnu sur la scène contemporaine française et que l’on a pu voir dans Jeune Femme de Léonor Serraille, nous propose un jeu peu bavard et très expressif avec un potentiel émotionnel très fort.

Le comédien interprète un migrant d’Afrique Centrale qui vit en Italie. Il intervient pendant un viol et se sauve dès les premières lueurs des sirènes de police.

Il s’appelle Yousef, il est fils de parents migrants, on lui retire son titre de séjour dès l’ouverture. Un début abrupt, une image 4/3 qui l’enferme dans son impuissance, les couleurs crues et vives rappellent sa précarité constante. Citadin en Italie, il cuisine pour un restaurant gastronomique, c’est un chef reconnu. La nourriture travaillée et brute filmée en plongée verticale sur un fond blanc amène vers du rouge saignant, du jaune criard, des couteaux saillants. Un cadre qui ne respire pas, qui épouse la situation de Yousef s’affirmant en tant qu’italien tout en vivant dans une peur permanente, alimentant une colère qui gronde sans pour autant exploser.

Une vie construite sur des ruptures soulignées par un montage “cut “, où rien ne peut durer pour ce citoyen du monde qui n’est pas italien mais qui le parle, qui le cuisine, qui l’enrichit. Le montage du film offre une nouvelle logique qui rend le public actif. Rien n’est dit, pas de répétition, pas de redondance mais une narration pensée, une histoire à la temporalité linéaire qui nous paraît pourtant éclatée. Des coupes qui nous rapprochent de l’angoisse du personnage.

Dans Yousef, l’interprétation forte et subtile de Jean-Christophe Folly ne tombe pas dans un sentimentalisme dramatique. On est dans le dur, dans le raide mais aussi dans l’empathie sans pour autant se laisser engluer dans nos sièges confortables de spectateurs.

Maëva Andrieux

Consulter la fiche technique du film

Y comme Yousef

Fiche technique

Synopsis : Yousef est un cuisinier italien à qui on retire l’identité italienne. Sans papier, il se retrouve vulnérable et impuissant, lui qui est né en Italie, parle et cuisine italien.

Genre : Fiction

Durée : 14’ 16’’

Pays : Italie

Année : 2018

Réalisateur : Mohamed Hossameldin

Scénario : Mohamed Hossameldin, Saverio Pesapane

Interprétation : Jean-Christophe Folly, Teresa Piergentili, Rita Gatti, Tullio Sorrentino, Christophe Folly, Rocco Lo Schiavo, Giorgia Spinelli

Image : Daniele Ciprî

Musique : Federico Landini

Montage : Miriam Palmarella

Production : Premiere film, Smile Vision

Article associé : la critique du film

Maxime Roy : « Si tu pars d’une nécessité, de quelque chose d’original, et que tu restes humain et sincère, la technique te sert à avancer »

Maxime Roy vient remporter le prix SACD de la meilleure œuvre de fiction à Clermont-Ferrand pour Beautiful Loser, qui raconte la reconstruction d’un ancien toxico tout juste devenu père. Ce court, comme le long-métrage en préparation qui en sera le prolongement, est inspiré de la vie du comédien François Creton, qui joue son propre rôle et avec qui il a co-écrit.

Tu cadres tous tes films, es-tu né avec une caméra dans la main ?

Pas du tout ! Je suis arrivé tardivement au cinéma, vers 18 ans. J’ai passé une partie de mon adolescence chez un ami dont le père était projectionniste aux Dames Augustines, une cabine de projection privée. Durant cette période compliquée qu’était mon adolescence, j’ai pu quitter un univers dans lequel je ne me sentais pas bien pour passer beaucoup de temps dans cette salle avec lui. Il s’appelle Marc Stora et c’est lui qui m’a fait découvrir le cinéma dans cette cabine de projection. Mon véritable coup de foudre pour le cinéma a eu lieu après la projection d’un film de Pascal Thomas [NDLR : Le Crime est notre affaire]. Toute l’équipe était venue, Catherine Frot, André Dussollier… et moi j’étais caché derrière avec les bobines. Je n’avais pas vraiment le droit d’être là, et je les ai observés parler du film, de leurs problèmes, de leur intimité. Ça m’a bouleversé, j’ai dit à Marc que je trouvais que le cinéma était un endroit où on se confie, que je n’avais pas eu l’habitude de faire ça, de me confier, et que j’avais envie de faire du cinéma.

C’est là que tu t’es inscrit en école de cinéma. Qu’est-ce que tu en as tiré exactement ?

Mon école, l’ESRA, m’a énormément apporté. J’y ai fait de très belles rencontres avec des professeurs comme Jacques Faure, Jean-Jacques Jauffret. Je me suis senti écouté, regardé. J’ai eu enfin la possibilité de faire des courts-métrages, de rencontrer des techniciens de mon âge avec lesquels j’ai évolué. Je ne sais pas si j’aurais trouvé ça ailleurs. J’en suis à la fois fier et en même temps, j’ai parfois regretté de ne jamais avoir tenté les grandes écoles. Mais ce qui est certain, c’est que j’ai rencontré à l’ESRA des gens merveilleux, et que les élèves y jouissent d’une grande indépendance. On doit se débrouiller seul, on nous donne la possibilité de monter des projets seuls, ce qui est finalement assez proche de ce qu’on va découvrir après dans le milieu du cinéma, où on est assez livré à nous-mêmes quand on commence.

Comment s’est passé pour toi ce grand saut à la sortie d’école ?

J’ai d’abord monté une société où j’ai essayé de tout faire tout seul jusqu’à me rendre compte que j’avais besoin d’être épaulé. Et c’est là j’ai fait une rencontre merveilleuse avec ma productrice, Alice Bloch [NDLR : de TS Productions], qui m’accompagne depuis plusieurs années et me permet de comprendre la personne que je suis, mes envies. Si on veut réaliser des films, la première personne à rencontrer c’est son producteur. Il faut faire des films éventuellement de façon autoproduite pour montrer de quoi est capable mais ensuite c’est cette rencontre avec cette personne qui est le socle essentiel si on veut percer en tant que réalisateur. Et ce n’était pas gagné parce qu’on s’est engueulé sur un film lors de notre première rencontre. On aimait tous les deux le film, La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino, mais de deux façons différentes. On a eu une petite prise de bec puis on a appris à se connaitre et elle a su voir ce que j’avais à dire à un moment où ce n’était pas forcément évident.

Les réalisateurs entretiennent souvent des relations compliquées avec leurs premiers films, entre nostalgie et déni. Et toi ?

Mon premier court-métrage, 1895, était vraiment un essai, un truc balancé comme ça. J’en ai un souvenir assez trouble mais je sais que je découvrais la réalisation, que j’avais envie de crier, que j’avais cette grosse rage de balancer quelque chose. Ça a donné une métaphore compliquée à comprendre. Mon second court, Beauté Carnivore, a été plus important pour moi, c’est le premier film que j’ai assumé seul. C’est un vieux film, qui a dix ans, j’en suis très loin aujourd’hui, mais j’ai une grande affection pour lui. Je l’ai fait à un moment où je me cherchais, où j’étais encore en découverte de ce qu’était le cinéma, les plans étaient très contemplatifs, avec une caméra sur pied, parfois avec des grues, des plans complexes qui traversent des fenêtres, des personnages en errance. Aujourd’hui, j’utilise une caméra portée proche de l’acteur, ma principale préoccupation c’est la relation avec mes acteurs et ma caméra, ce qui était pas du tout le cas y a dix ans.

Alors que tu étais en plein dans l’écriture de ton long-métrage, tu as réalisé deux courts-métrages coup sur coup l’année dernière, dont Beautiful Loser, sélectionné à Clermont-Ferrand. Devrait-on y voir un besoin de plateau ?

Quand j’ai commencé à faire mes premières expériences, j’étais dans l’urgence, mon envie de plateau était très forte, mais c’était un très mauvais sentiment, j’ai appris à m’apaiser. Aujourd’hui, je pense qu’il ne faut pas aller en tournage si on n’est pas certain de ce dont on veut parler, de tenir une armature très claire sur l’histoire qu’on veut filmer. Le plateau, on ressent le moment quand on est prêt, c’est une évidence, c’est une nécessité quand ça arrive. J’ai tourné deux courts et le tournage du long est imminent, mais j’ai passé les 6 dernières années à écrire. C’est tout un temps de réflexion qui est arrivé à maturation et qui m’a permis d’être plus solide. Beautiful Loser, c’est un brouillon du long. Sur une impulsion très rapide, on a fait des essais pour le long qui se sont transformés en court.

Beautiful Loser est fortement inspiré de la vie de ton comédien principal et co-auteur, François Creton [NDLR : il a remporté grâce au film le prix Adami d’interprétation masculine à Clermont]. Comment êtes-vous parvenu à conjuguer fiction et réalité ?

Inventer une histoire de toute pièce ce n’est pas tout à fait mon style. Adapter un livre, une BD, ça peut être en réflexion, mais moi je suis plutôt attaché à ce que des gens ont envie de me raconter. Il y a quelque chose de quasi-documentaire dans mon approche avec mon co-auteur où j’essaie de triturer ses sentiments, d’en tirer les traits pour transformer la réalité en fiction. Quand j’ai connu François, qui était alors mon beau-père, il était encore sous méthadone, un traitement contre les opiacés, et il m’a profondément touché. On est devenus très proches, et on a eu envie de co-écrire ce long-métrage qui a la même intrigue principale que Beautiful Loser plus d’autres sous-intrigues, comme la relation avec un père très violent en train de mourir. Pour le personnage de Michel, on s’est par exemple inspiré de la façon de parler de François à l’époque, ce verlan daté et typé 93, Montreuil, Croix de Chavaux, qui donne l’impression d’un personnage bloqué dans les années 80, touchant, mais qu’on a envie de voir grandir. Mon deuxième court-métrage Sole Mio tourné en novembre est aussi inspiré de l’histoire d’un ami à moi dont le père, chauffagiste, est devenu transgenre et demande à son fils de taire sa transition à sa mère.

Peut-on en déduire que ton approche du scénario est plutôt spontanée et informelle que vraiment écrite ?

Àl’école, on ne m’a pas vraiment appris l’écriture, qui m’a toujours paru être un artisanat fascinant mais extrêmement complexe. Je me considérais comme un très mauvais scénariste quand j’ai commencé, voire une personne incapable d’écrire une histoire. Je ne savais pas écrire un dialogue, créer une dramaturgie avec des personnages tiraillés par quelque chose de fort et qui vont rencontrer d’autres personnages qui seront parfois des obstacles parfois des partenaires. Et puis je me suis rendu compte que ça s’apprenait avec le temps, un temps considérable sur lequel il ne faut pas lésiner et que j’ai passé avec ma prod, en résidence d’écriture, à l’atelier Grand Nord au Canada. Grâce à l’aide à la réécriture, j’ai aussi pu rencontrer des conseillers à la réécriture, et tout un monde de l’écriture que j’aurais pu dénigrer alors qu’en vérité c’est le socle le plus important pour faire un film. J’ai aussi lu tous les livres de références, Story, L’Anatomie du scénario… j’ai dépouillé les scénarios de réalisateurs que j’admire comme Claude Sautet, Ken Loach, James Gray. Mais l’écriture s’apprend aussi en travaillant sur soi, sur ce qu’on a envie de dire, ce qui nous émeut, et si tu pars d’une nécessité, de quelque chose d’original, et que tu restes humain et sincère, la technique te sert à avancer. Je serais incapable d’écrire une histoire sans ça.

Es- ce que tu tu penses que cette technique est aussi importante quand tu écris avec des comédiens qui vont jouer leur propre rôle ?

C’est vrai que j’ai la grande chance d’écrire pour des gens qui ont travaillé leur rôle pendant 30 ans, qui ont l’histoire en eux. Pour eux, le vrai travail c’est d’arriver à avoir la distance nécessaire. Mais pour les autres comédiens, je me suis rendu compte qu’une immense partie de leur travail c’est de comprendre le scénario, l’histoire, les personnages, les enjeux. Quand l’acteur vit dans l’histoire, que l’histoire est ancrée en lui en amont, il extraordinaire sur le plateau. D’où mon envie d’aller vers l’actorat. Dans le peu de films que j’ai pu faire, je travaille mon rôle comme un scénariste avec un travail de fond, de recherche. Depuis longtemps, je suis très jaloux des comédiens, et je cadre aussi pour être au plus près des acteurs, ça me donne sentiment de jouer. Ce n’est pas encore totalement assumé, j’ai fait quelques courts métrages, mais ce n’est que le début. J’ai une marge de progression énorme et ça m’excite beaucoup. Pour l’instant, on me prend beaucoup pour ce que je suis dans la vie, certaines personnes qui ont trouvé intéressant de me mettre devant une caméra. Mais je n’ai pas encore les outils, la technique, et j’ai toujours des peurs et des appréhensions. Ma femme est comédienne, j’aimerais jouer avec elle, et on commence à évoquer des choses, mais est-ce que je pourrai à la fois jouer et cadrer ?

Propos recueillis par Yohan Levy

Birds in the earth de Marja Helander

Marja Helander, artiste visuelle mêle photographie et cinéma dans sa pratique. Son dernier court-métrage, présenté par Format Court lors des projections au Point Éphémère cet été, a été retenu en sélection officielle au festival de Sundance. Une sélection méritée, récompensant une ode poétique forte en symbole. Marja Helander est surtout et avant tout une artiste qui écrit une page de son histoire ainsi que celle de son peuple, l’un des derniers peuples indigènes d’Europe : les Sámi.

Eatnanvuloš lottit, titre du film en langue same s’inclut dans la droite lignée du travail photographique et cinématographique de Marja Helander, qui questionne et confronte depuis ses débuts son identité Sámi et son identité finlandaise. Une poésie persistante qui mélange et oppose urbanisme et nature, progrès et tradition. La cinéaste nous rapelle avec justesse, sans forcing ni tour de passe-passe la condition d’un peuple à travers des métaphores visuelles et abstraites qui a, pendant des siècles, vécu selon ses codes et coutumes avant de devoir lutter contre la destruction de leur patrimoine culturel et se voir convertis de force à la société finlandaise.

Dans Birds in the earth, deux jeunes danseues de ballet en tutu se meuvent dans une taïga hivernale d’abord, puis estivale ensuite. Une taïga sous la lente influence d’une musique mélancolique. La perception est belle, les danses sont limpides et le décor pourrait être théatral. La rudesse du pays, son froid et ses terres esseulées effleurent la gestuelle des deux jeunes danseuses. Nous sommes transposé(e)s à plusieurs milliers de kilomètres au nord dans un paysage que l’on nous conte inlassablement dans les bannières publicitaires fleurissant dans les abribus ou murs de métro. La Laponie, sa neige, sa beauté, ses forêts, ses lacs et ses aurores boréales. Région hautement touristique et réputée pour son inaccessibilité et sa nature empreinte de charme.

Un long travelling et c’est le rappel brutal à la réalité d’une flore perturbée par les stations essence, supermarchés et autres bâtiments reflétant nos sociétés d’aujourd’hui. D’un seul tenant, nous somme remis dans l’environnement d’aujourd’hui, un environnement urbain empétant petit à petit sur la nature. Marja Helander n’est pas là pour nous rappeler à l’Office du tourisme et si le paradoxe entre la grâce d’un ballet et le paysage de supermarché donne une sensation étrange c’est bien parce qu’ici, le questionnement se fait clair et direct. Le paradoxe existe entre l’identité d’un peuple indigène et un urbanisme nouveau. Non pas que cet urbanisme est une tare, ni que ce dernier ne serait que le fruit des Occidentaux mais ici, la question se pose. Ce long travelling au rythme lent nous le rappelle par le mouvement de caméra qui suit en son centre les deux danseuses. Les stations-service, en arrière-plan, ne font que venir et repartir, les danseuses elles, restent droites et centrales et avancent gracieusement.

S’ensuivent plusieurs plans-séquences en travelling qui se suivent dans une musique parfois douce, parfois étrange une dualité, qui parfois fait référence à un peuple, une région autant libre qu’oppressée. Une scène corrobore bien ce propos qui représente la dualité de la culture same du XXIème siècle. Les danseuses attrapent au lasso des produits éléctroménagers. Une scène qui pose la question d’un peuple qui se bat pour perdurer les traditions du Nord mais qui de force ou de gré oublie peu à peu ce à quoi leur ancêtres aspiraient. Les micro-ondes et autres produits ont remplacé les rennes et autres animaux des terres du Nord. C’est donc aussi une critique du consumérisme qui est également présente même à 500km au-delà du cercle polaire. C’est donc tout une série de symbole que Marja Helander nous présente ici, alternant malicieusement plans explicite et images implicites.

Puis, plus de 1000km plus au sud, là, sur les marches du Parlement finlandais à Helsinki, les danseuses s’exécutent encore dans ce lieu de décision qui a, par le passé, imposé l’identité finlandaise et essayé d’effacer les langues same en imposant le finnois aux jeunes enfants, un peu comme l’histoire des Amériques, mais en Europe. Entre les colonnades de l’imposant bâtiment, les danseuses s’exercent à une danse frénétique, comme un enfant sans repère, des mouvements qui, soudain, nous rappellent les danses chamaniques, rituel païen de la culture same.

La musique quelquefois traditionnelle tant présente dans ce film se fait aussi lourde par instants et sur d’autres, elle documente l’image latente du peuple sàmi qui apparait comme des flashs de notre subconscient. Le costume traditionnel Sámi, élément reconnaissable depuis des générations et élément important d’identification à cette culture se fait le vecteur d’un message universel : la nature n’appartient qu’à elle-même.

Un enchainement de lents travellings nous transmet finalement ce regard de spectateur impuissant devant une culture qui disparait. Un regard distant, comme ces très beaux travellings.

Seulement ici, la puissance symbolique et émotionnelle du film donne une prise de conscience de l’enjeu culturel d’un peuple qui se meurt, d’une vision du monde qui disparait et même si depuis quelques décennies, la politique finlandaise se veut plus clémente, Birds in the earth est désormais un très bel exemple de ce que l’Art peut apporter à une société qui a parfois oublié ce qu’elle a infligées aux minorités d’un territoire. Une poésie, une critique et une prise de conscience nationale et internationale, on l’espère.

Clément Beraud

Festival Format Court, affichez votre soutien !

Vous l’avez peut-être vu sur Vimeo, Facebook, Twitter ou Instagram : depuis quelques jours, nous diffusons des petites capsules vidéos de soutien à notre festival (3-7 avril 2019, Studio des Ursulines, Paris, 5ème) et à notre campagne Ulule en cours. Chaque jour, nous vous en proposons une nouvelle sur les réseaux sociaux.

Nous vous donnons également rendez-vous sur le site de Format Court pour découvrir les capsules des différents visages du court-métrage qui nous accompagnent dans cette nouvelle aventure : réalisateurs, producteurs, comédiens, programmateurs, … Vous souhaitez également nous envoyer votre contribution ? Envoyez-nous votre vidéo à info@formatcourt.com. Nous ne manquerons pas de diffuser vos contenus !

 

Clermont-Ferrand 2019, le 41ème palmarès !

L’édition 2019 du festival international du court métrage de Clermont-Ferrand  s’est achevée ce samedi 9 février, dans le courant de la soirée.  Découvrez l’ensemble du palmarès de cette 41e édition.

Bonne info : le dimanche 17 février, aura lieu une reprise du palmarès des trois compétitions du festival à travers 3 séances organisées au Forum des images (Forum des Halles, 2 rue du cinéma, 75001 Paris).

Grand Prix : Ce Magnifique Gâteau ! de Marc James Roels, Emma De Swaef/ Belgique (France, Pays Bas)

Prix Spécial du Jury : Jupiter ! de Carlos Abascal Peiró (France)

Prix de la meilleure musique originale (SACEM) : La Chanson de Tiphaine Raffier (France)

Prix Égalité et Diversité : Braquer Poitiers de Claude Schmitz (France)

Mentions spéciales du jury : Souvenir inoubliable d’un ami de Wissam Charaf (France, Liban), Pauline Asservie de Charline Bourgeois-Tacquet (France), Mort aux codes de Léopold Legrand (France), Côté Cœur de Héloïse Pelloquet (France), La Chanson de Tiphaine Raffier (France)

Prix Étudiant : Las Cruces de Nicolas Boone (France)

Prix du Public : Nefta Football Club de Yves Piat (France)

Prix de la meilleure première œuvre de fiction (SACD) : Beautiful Loser de Maxime Roy (France)

Mention : La Traction des pôles de Marine Levéel (France)

Prix ADAMI d’interprétation Meilleure comédienne : Imane Laurence dans Côté Cœur de Héloïse Pelloquet (France)

Prix ADAMI d’interprétation Meilleur comédien : François Créton dans Beautiful Loser de Maxime Roy (France)

Prix du Rire « Fernand Raynaud » : Pile poil de Lauriane Escaffre, Yvonnick Muller (France)

Prix CANAL+ : Tigre de Delphine Deloget (France)

Prix du meilleur film d’animation francophone (S.A.C.D.) : Cadavre exquis de Stéphanie Lansaque, François Leroy (France)

Mention : Raymonde ou l’évasion verticale de Sarah Van den Boom (France)

Prix de la Presse Télérama : Pauline Asservie de Charline Bourgeois-Tacquet (France)

Prix Orange – Brèves Digitales : Ceva (quelque chose) de Paul Muresan Roumanie, Rép. Tchèque

Prix Procirep du producteur de court métrage : Insolence Production – Diversion et Le Mal Bleu

Palmarès international

Grand Prix : Cadoul de Craciun (Cadeau de Noël) de Bodgan Muresanu (Roumanie)

Prix Spécial du Jury : Leoforos Patision (Avenue Patission) de Thanasis Neofotistos (Grèce)

Mention Spéciale du Jury : Desecho (Déchets) de Julio Ramos (Pérou, Etats Unis), Brotherhood (Fraternité) de Meryam Joobeur (Canada, Tunisie, Qatar)

Prix du Public : Skin de Guy Nattiv (États-Unis)

Prix du meilleur film d’animation : Tracing Addai (A la recherche d’Addai) de Esther Niemeier (Allemagne)

Prix Étudiant : Binnu ka Sapna (Binnu : sa vie, son histoire) de Kanu Behl (Inde)

Prix CANAL+ : Leoforos Patision (Avenue Patission) de Thanasis Neofotistos (Grèce)

Nomination EFA : Leoforos Patision (Avenue Patission) de Thanasis Neofotistos (Grèce)

Prix Allegorithmic des effets visuels : Twenty One Points de Pete Circuitt (Nouvelle Zélande)

Palmarès Labo

Grand Prix : Last Year When the Train Passed by de Pang-Chuang Huang (France)

Prix Spécial du Jury : Swatted de Ismaël Joffroy Chantoudis (France)

Mentions spéciales du jury : Fest (Teuf) de Nikita Diakur (Allemagne), María de los Esteros (Maria de la mangrove) de Eugenio Gomez Borrero (Colombie)

Prix du Public : The Passage (La Traversée) de Kitao Sakurai / Etats-Unis

Prix CANAL+ : The Passage (La Traversée) de Kitao Sakurai / Etats-Unis

Prix Festivals Connexion – Auvergne-Rhône-Alpes : The Sound of Falling (Le bruit de la chute) de Chien Yu Lin (Royaume-Uni, Angleterre, Colombie, Taïwan)

Prix du meilleur film documentaire (Documentaire sur grand écran) : Last Year When the Train Passed by de Pang-Chuang Huang (France)