Mano a Mano de Louise Courvoisier

Louise Courvoisier est une jeune réalisatrice sortant de la Cinéfabrique, une école de cinéma à Lyon pour les 18-25 ans. En ce 72ème festival de Cannes, Mano a Mano, un film de fin d’étude a gagné le premier prix de la Cinéfondation, une section à Cannes favorisant les talents sortant des écoles de cinéma du monde entier.

Mano a Mano nous emmène dans l’intimité d’Abby et Lucas, un jeune couple d’acrobates. C’est une histoire de corps qui se soutiennent, qui tombent et qui s’éloignent. Le monde du cirque est filmé caméra épaule à la manière d’un documentaire, on observe les artistes s’échauffer avant chaque spectacle. Souplesse et agilité sont montrées sans prétention. Les circassiens sont avant tout des ouvriers du corps, leurs outils principaux sont leurs muscles, leurs articulations et, pour les voltigeurs, la confiance en leur partenaire. Dès l’ouverture Abby et Lucas sont séparés, ils se retrouvent dans le même cadre seulement lorsqu’ils sont sur scène. Lucas force la main à Abby pour effectuer un saut qu’elle ne sent pas, il va jusqu’à mettre les spectateurs à contribution. Le saut est raté, Abby tombe.

S’ensuit alors la vie de caravane d’un couple qui ne fonctionne plus : l’un est allé trop vite, l’autre n’a pas suivi. Une confiance qui se désagrège mais une vie d’acrobates qui continue. Une vie itinérante rurale avec un spectacle tous les soirs, un nouveau lieu, des spectateurs à émouvoir encore et encore. Mano a Mano nous fait sortir de la ville pour rejoindre des lieux plus verts, avec des plaines, une forêt, sans oublier la faune qui règne dans ces espaces libres. Abby s’échauffe sur ce terrain naturel, elle s’éloigne de l’étroitesse de sa caravane et surtout de Lucas. Cet instant de liberté absolu s’inscrit toujours avec le corps entre sauts périlleux et course dans les bois, dans cette séquence où Abby se déploie de tout son long et joue comme un enfant dans la nature.

Le genre « fiction du réel » est très présent dans le film avec des plans filmés à la manière d’un documentaire et principalement dans le choix des acteurs. Acrobates dans la vie, Lucas Bernini et Abby Neuberger sont un binôme qui forme une compagnie de cirque itinérante, ils sont filmés pour ce qu’ils sont et non pas pour ce qu’ils incarnent. Ils ne prétendent pas jouer aux circassiens, ils le sont. L’histoire d’amour qui se périme petit à petit ne tombe pas dans le « romantico-pathétique » et sublime les talents des deux jeunes artistes qui ressortent à l’image.

Le cirque souvent érigé pour son aspect spectaculaire retrouve son entité profonde dans le premier court-métrage de Louise Courvoisier.

La jeune réalisatrice originaire du Jura nous offre un goût de liberté à travers Abby, jeune femme évoluant dans un couple qui ne se retrouve plus. Un tour de force qui nous donne envie de découvrir d’autres films de Louise Courvoisier que l’on retrouvera peut-être prochainement à Cannes grâce à son prix de la Cinéfondation lui offrant une visibilité au festival via la sélection de son premier long-métrage.

Maëva Andrieux

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