La Distance entre le ciel et nous de Vasilis Kekatos

Vasilis Kekatos a brillé à Cannes avec son court-métrage La distance entre le ciel et nous qui remporte aussi bien la Palme d’Or du meilleur court-métrage que la Queer Palm. Vasilis Kekatos devient le premier réalisateur grec à remporter une Palme d’Or pour un court métrage.

Son court met en scène une rencontre. Le personnage principal est perdu au milieu de nulle part et souhaite se rendre à Athènes. La narration se situe en huis clos, dans une station essence abandonnée que l’on devine en arrière plan, omniprésente. Ce lieu, personnage à part entière, semble instaurer une sensation d’apesanteur, de flottement qui rappelle le titre et ce sentiment d’abandon que la rencontre amoureuse induit, comme un espace en dehors de toute temporalité.

En seulement 9 minutes, Vasilis Kekatos nous transporte dans un autre temps et nous happe par ses plans serrés qui nous ancrent directement dans l’action. La mise en scène, admirablement pensée, prend le spectateur en otage qui, tendu d’un bout à l’autre du film, devient presque voyeur.

On remarque l’attention portée au jeu des acteurs qui, virtuoses, mettent en emphase chaque émotions de la rencontre amoureuse. À un début un peu cru avec sa drague virtuelle, va se substituer une rencontre plus poétique et charnelle, ancrée dans le réel. La tension ténue du film vient de cette drague pleine de subtilité, tantôt maladroite avec ses dialogues décalés, tantôt brusque et testostéronée. Elle devient tendre et poétique face à l’origami composée de deux oiseaux que le personnage principal propose en échange de l’argent qu’il recherche. Puis, cette tension change de registre, d’une sensualité érotique, avec le joint qu’ils partagent. Ces deux personnages sont incarnés avec une facilité déconcertante. La langue grecque et sa musicalité nous berce dans ce monde flottant en dehors de tout conflit.

On connait trop bien l’histoire récente de la Grèce et voir un court où le sujet principal n’est pas la crise fait du bien. Pourtant, la politique est induite dans la trame narrative : le personnage principal n’a pas assez d’argent pour se payer le voyage vers Athènes quand celui qu’il rencontre représente une Grèce plus prospère, à bord de sa moto clinquante. C’est au moment de la découverte de l’origami que s’opère un renversement des pouvoirs. Quand l’un détient l’argent, l’autre est un artiste, un poète riche de sa créativité. La distance entre le ciel et nous nous transporte dans une rêverie poétique qui transcende les questions politiques pour nous amener ailleurs, quelque part entre le ciel et nous.

Elsa Levy

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