Ancien étudiant en scénario à la Femis et auteur de nombreux courts-métrages, Morgan Simon s’est fait connaître par son premier long, Compte tes blessures sorti en 2017. Deux ans plus tard, il revient à la forme courte avec Plaisir Fantôme, un conte fantastique dont le rôle principal est interprété par une actrice X, Anna Polina.
Le film, produit par Trois Brigands Productions, a été retenu par le comité de la Quinzaine des Réalisateurs cette année. Avant Cannes, on a donné rendez-vous à Morgan Simon, pour en savoir plus sur son initiation au cinéma, son parcours, sa méthode de travail et son apprentissage, notamment sur ce dernier film.
Synopsis : Printemps 2017. Pierre, vingt-cinq ans, étudiant boursier dans une grande école parisienne loge chez Francine, soixante-quinze ans, clouée par le handicap dans un fauteuil roulant. Ils assistent perplexes à la kermesse électorale de l’entre-deux tours qui bat son plein, dehors. Loin de la kermesse électorale, Pierre aide le corps de Francine et Francine essaie de soigner l’âme de Pierre.
Emmanuel Marre, que l’on connaissait déjà pour son court-métrage Le Film de l’été, où il promenait Jean-Benoit Ugeux, quarantenaire suicidaire qui reprend goût à la vie en présence d’un enfant, le long des autoroutes françaises a reçu, ces derniers jours deux Grands Prix au Festival le Court en Dit Long (Centre Wallonie-Bruxelles) et au Festival Côté Court (Pantin) pour son dernier film, D’Un château l’autre. Ce court métrage de 40 minutes, qui dépeint une société française avec un regard d’une finesse sociologique rare, a déjà été récompensé, en 2018 du Pardino d’Or du meilleur court-métrage lors du 71e festival du film de Locarno ainsi que du Grand Prix au Festival de Moyen métrage de Brive.
D’Un château l’autre, qui tient son titre du roman éponyme de Céline, est le récit d’une quête, épopée contemporaine de Pierre, jeune science-piste d’une vingtaine d’années qui se cherche. Il travaille en tant qu’auxiliaire de vie chez Francine, septuagénaire en fauteuil-roulant qui lui loue une chambre contre ses services. Pierre est mal à l’aise dans son corps, il n’arrive pas à se fondre dans la masse de ses camarades et il hésite quant à qui voter. C’est au contact de cette femme qu’il va pouvoir s’ouvrir.
Il y aurait énormément de sujets à traiter si nous voulions décortiquer D’Un château l’autre, film d’une densité extraordinaire, tant politique qu’humaniste. Ce court métrage est un condensé d’images justes, aucune séquence n’est là au hasard, tout est pensé dans une mise en scène remarquable. La plastique des plans, tournés avec du matériel non professionnel, donne une couleur authentique au film. Le spectateur se prend au jeu et oublie ses repaires entre documentaire, docu-fiction ou fiction pure.
Le travail des acteurs est dans ce sens remarquable, Pierre Nisse est juste, dense et tient le film d’un bout à l’autre. Francine Atoch est d’une force époustouflante, ses énoncés sur la vie nous remettent en question entre fragilité physique et force psychique volontaire. Son corps et son quotidien sont quant à eux filmés avec bienveillance et humanité, sans jamais sombrer dans le pathos ou un voyeurisme déplacé.
L’ancrage dans l’entre-deux tour présidentiel permet à Emmanuel Marre de créer un parallèle entre une France divisée et le couple Pierre / Francine. Pierre représente le potentiel votant FN qui passe d’un meeting politique à l’autre, écoutant les plaidoyers de politique le regard vide, évoluant à la manière d’une ombre. Pierre n’arrive pas à s’ancrer : il vient de la campagne, méprise Sciences-Po où ces riches héritiers sont à l’aise « comme s’ils étaient partout en pantoufles » et est en quête de réponses. Francine ne croit plus en cette politique. Elle, ce qu’elle prône, c’est l’initiative citoyenne et c’est au contact de Francine que Pierre parviendra à s’émanciper.
Ce court métrage est empli d’un humour noir et tristement juste sur cette société : si c’est Macron qui finit par gagner, cette victoire est présentée, pleine d’ironie par une foule en délire qui chante « I follow you ». Le cynisme de la famille qui ne connait pas le quotidien de Francine et semble vouloir s’en débarrasser en l’envoyant dans une maison de retraite n’est que trop juste et révélateur d’une perte de contact entre les différentes générations. Il y a aussi cette conversation entre Pierre et un de ses confrère Sciences-piste, lors d’une préparation d’exposé sur les petites villes de provinces, qui n’est que trop représentative de la rupture entre les futurs politiques et ceux qu’ils gouverneront. Emmanuel Marre critique d’un oeil acerbe une société qui semble avoir perdu ses marques, qui ne sait plus à quel saint se vouer.
Seule la relation entre les deux personnages insuffle une humanité rare au film, mise en scène dans deux magnifiques scènes d’épiphanie. À deux reprises, c’est au contact de l’art que ces scènes se produisent. Une première où les deux personnages prennent de la hauteur sur la ville qu’ils surplombent du haut de Beaubourg, l’autre, dans la chambre de Francine, où ils écoutent un Kol Nidrei d’une beauté crépusculaire qui, comme une promesse d’avenir nous permet de continuer d’avancer. Le Kol Nidrei, prière d’annulation des voeux de mariage est aujourd’hui l’une des prières les plus importantes du judaïsme. Elle renvoie à la période d’Inquisition où les Maranes se réunissaient dans des synagogues clandestines et demandaient pardon d’avoir fait voeux de christianisme. Cette prière, synonyme de rédemption, est ici une promesse d’avenir pour une année meilleure.
Avec D’Un château l’autre, Emmanuel Marre nous présente un film juste et devient l’une des figures phare du cinéma émergent Franco-Belge. Son prochain film, déjà en préparation, sera un long métrage.
Après avoir été pendant deux mandats membre du comité de sélection des longs métrages à la Semaine de la Critique, Léo Soesanto a été nommé fin 2016 Coordinateur de la sélection des courts métrages à la même Semaine, après le départ de Fabien Gaffez au Forum des images.
Ce journaliste connaissant bien le monde des festivals pour y programmer de l’intérieur (Cannes mais aussi Bordeaux et Rotterdam) évoque son désir d’identification des jeunes auteurs, la spécificité du court à la Semaine de la Critique et son travail « sans filets » comme sélectionneur par rapport à ses confrères journalistes.
The Dive (Un havre de paix), son premier long-métrage, sélectionné au Festival de Locarno 2019, vient de sortir ce 12 juin en salles grâce à Pyramide Distribution. Tourné en famille avec deux de ses frères (Micha et Yoel), le premier film de Yona Rozenkier, touche à la guerre, au devoir, à la fratrie, aux traumas, au deuil, au sacrifice et à la protection.
Auto-proclammé « pire étudiant » de l’Université de Tel Aviv, Yona Rozenkier a réalisé deux courts qui étaient cette année à Cannes : Parparim (Les Papillons), en compétition officielle et The Sign, co-réalisé avec Eleonora Veninova, programmé à la SEE Factory à la Quinzaine des Réalisateurs. A la plage de la Quinzaine, à Cannes, nous l’avons interrogé sur son parcours, son passage au long, Israël et son cinéma.
Le Festival d’Annecy démarre aujourd’hui. Jusqu’au 15 juin, le cinéma d’animation y est mis à l’honneur avec une focale consacrée cette année au Japon. Pour l’occasion, nous vous proposons de voir en ligne 6 films d’écoles internationaux sélectionnés en compétition officielle.
Deepness of the Fry de August « Poul » Niclasen (Danemark)
Les Lèvres gercées de Fabien Corre, Kelsi Phung (France)
Me and the Magnet and a Dead Friend de Maoning Liu (Chine)
Vasilis Kekatos a brillé à Cannes avec son court-métrage La distance entre le ciel et nous qui remporte aussi bien la Palme d’Or du meilleur court-métrage que la Queer Palm. Vasilis Kekatos devient le premier réalisateur grec à remporter une Palme d’Or pour un court métrage.
Son court met en scène une rencontre. Le personnage principal est perdu au milieu de nulle part et souhaite se rendre à Athènes. La narration se situe en huis clos, dans une station essence abandonnée que l’on devine en arrière plan, omniprésente. Ce lieu, personnage à part entière, semble instaurer une sensation d’apesanteur, de flottement qui rappelle le titre et ce sentiment d’abandon que la rencontre amoureuse induit, comme un espace en dehors de toute temporalité.
En seulement 9 minutes, Vasilis Kekatos nous transporte dans un autre temps et nous happe par ses plans serrés qui nous ancrent directement dans l’action. La mise en scène, admirablement pensée, prend le spectateur en otage qui, tendu d’un bout à l’autre du film, devient presque voyeur.
On remarque l’attention portée au jeu des acteurs qui, virtuoses, mettent en emphase chaque émotions de la rencontre amoureuse. À un début un peu cru avec sa drague virtuelle, va se substituer une rencontre plus poétique et charnelle, ancrée dans le réel. La tension ténue du film vient de cette drague pleine de subtilité, tantôt maladroite avec ses dialogues décalés, tantôt brusque et testostéronée. Elle devient tendre et poétique face à l’origami composée de deux oiseaux que le personnage principal propose en échange de l’argent qu’il recherche. Puis, cette tension change de registre, d’une sensualité érotique, avec le joint qu’ils partagent. Ces deux personnages sont incarnés avec une facilité déconcertante. La langue grecque et sa musicalité nous berce dans ce monde flottant en dehors de tout conflit.
On connait trop bien l’histoire récente de la Grèce et voir un court où le sujet principal n’est pas la crise fait du bien. Pourtant, la politique est induite dans la trame narrative : le personnage principal n’a pas assez d’argent pour se payer le voyage vers Athènes quand celui qu’il rencontre représente une Grèce plus prospère, à bord de sa moto clinquante. C’est au moment de la découverte de l’origami que s’opère un renversement des pouvoirs. Quand l’un détient l’argent, l’autre est un artiste, un poète riche de sa créativité. La distance entre le ciel et nous nous transporte dans une rêverie poétique qui transcende les questions politiques pour nous amener ailleurs, quelque part entre le ciel et nous.
Synopsis : Deux inconnus se rencontrent pour la première fois, la nuit, dans une station-service perdue. Alors que le premier fait le plein, il manque quelques euros au second pour rentrer chez lui. Les deux hommes vont marchander le prix de ce qui les sépare d’une histoire.
Réalisation : Vasilis Kekatos
Scénario : Vasilis Kekatos
Interprétation : Nikolakis Zeginoglou, Ioko Ioannis Kotidis
Image : Giorgos Valsamis
Son : Yannis Antypas
Montage : Stamos Dimitropoulos
Production : Blackbird Production, Tripode Productions
Bonne nouvelle : après avoir monté son 1er festival en avril, le magazine en ligne Format Court vous invite à la reprise de ses After Short, ses soirées de networking réunissant la communauté active et dynamique du court métrage, le lundi 24 juin 2019 à partir de 19h au Point Éphémère (Paris, 10ème).
Ce nouveau rendez-vous, organisé en partenariat avec l’ESRA, sera consacré aux courts sélectionnés au Festival de Cannes 2019 (attention : il n’y aura pas de projection lors de cette soirée !).
Cet After Short, ouvert à tous et en accès payant (sauf pour les étudiants et les anciens de l’ESRA), se déroulera en présence de pas moins de 9 équipes de courts–métrages sélectionnés à Cannes, toutes sections confondues, de sélectionneurs mais aussi de membres de Format Court et de l’ESRA.
Un Q&A avec les équipes suivantes aura lieu à 19h30 précises (liste de présences susceptible de modifications) :
En compétition officielle
– Camille Hébert-Bénazet, Responsable de Cannes Court Métrage – Short Film Corner et membre du comité de sélection de la compétition officielle des courts métrages
– Zoé Klein, membre du comité de sélection de la compétition officielle des courts métrages
– Guillaume Dreyfus, producteur (Tripode Productions) de La distance entre le ciel et nous de Vasilis Kekatos, Palme d’Or du court-métrage et Queer Palm 2019
– Vanessa Dumont et Nicolas Davenel, co-réalisateurs de Le Grand saut
– Agnès Patron et Ron Dyens, réalisatrice et producteur (Sacrebleu Productions) de L’heure de l’ours
À la Cinéfondation
– Louise Courvoisier, réalisatrice de Mano a mano, Premier prix de la Cinéfondation
– Maurcio Carrasco et Antoine Garnier, co-scénariste et producteur (Orphée Films) de Rosso – La vera storia falsa del pescatore Clemente d’Antonio Messana
À la Quinzaine des Réalisateurs
– Morgan Simon et Fanny Yvonnet, réalisateur et productrice (Les Trois Brigands Productions) de Plaisir fantôme
– Marine Arrighi de Casanova, productrice de Olla d’Ariane Labed (Apsara Films)
À la Semaine de la Critique
– Camille Degeye et Lorenzo Bianchi, réalisatrice et producteur (Société Acéphale) de Journey Through a Body
– Cecilia de Arce, réalisatrice de Mardi de 8 à 18
– Valentina Maurel et Grégoire Debailly, réalisatrice et producteur (Geko Films) de Lucía en el limbo
En pratique
Lundi 24 juin de 19h à 23h
Le Point Ephémère : 200 quai de Valmy – Paris 10ème. Métro Jaurès (lignes 5, 2 et 7 bis), Louis Blanc (ligne 7), Bus 26, 46, 48 : Goncourt, Couronnes, Parmentier)
Soirée ouverte à tous. PAF : 8 €, adhérents Format Court : 5 €. Règlement en ligne sur Leetchi (paiement sécurisé), possibilité de régler également sur place
En ce 72ème festival de Cannes, parmi les courts métrages sélectionnés, on découvre trois réalisateurs israéliens : Yona Rozenkier, Yarden Lipshitz Louz et Dekel Berenson.
Yona Rozenkier s’inscrit dans deux univers différents avec deux films : Parparim à la sélection officielle et The Sign à la SEE Factory à la Quinzaine des Réalisateurs. Le concept de la Factory à la Quinzaine des Réalisateurs consiste à réunir un binôme de réalisateurs qui ne se connaissent pas pour les amener à faire un film en trois mois.
The Sign a été co-réalisé avec Eleonora Veninova. Le film en noir et blanc se déroule dans un cimetière de Sarajevo. Une grand-mère et sa petite fille (25 ans) sont à la recherche de la tombe du grand-père. La petite fille ne parle ni ne lit l’hébreu, elle est également sur le point de se marier avec un musulman. Le fossé générationnel est façonné dans ce contexte avec la grand-mère excentrique qui ne veut pas de cette évolution qu’elle voit comme un abandon, un oubli de ses racines, de son histoire, de sa culture. La vieille refuse catégoriquement le mariage de sa petite-fille avec un non-juif, elle dénonce également l’absence d’intérêt pour sa langue maternelle, l’hébreu. La voilà maintenant seule à pouvoir rechercher le nom du grand-père sur les centaines de pierres gravées en hébreu. Entre deux pierres tombales, émergent des moments mélodramatiques un peu fantasques, mêlés de poésie et de réalité, renforcés par Jelisaveta Seka Sablić qui interprète l’ancienne génération. Elle nous rappelle à certain moment les personnages felliniens dont le désespoir profond et sur-joué tend vers le registre comique. C’est ainsi que Yona Rozenkier catalogue son film « un drame comique », un risque qu’il a décidé de prendre avec Eleonora Veninova, lui qui n’avait jamais écrit de comédie.
En effet, Parparim (en français Les papillons), ne provoque ni rires, ni sourires. Un court métrage de sept minutes qui relate la confrontation d’un fils avec la mort proche de son père. Le fils doit emmener son père à l’hôpital sans vraiment comprendre que ce sera sa dernière sortie. Il ne le comprendra que plus tard, lors d’un moment poétique où une multitude de papillons volent dans un paysage désert. Un film touchant qui exprime de façon efficace le déni puis l’appréhension de la mort d’un proche. La caméra qui suit le père accentue la notion de souffrance, la maladie, la fin de vie. L’incompréhension du fils face à ces troubles physiques se matérialise par un changement de cadre plus éloigné. Une forme qui fait sens avec le fond et accentue les situations. A l’inverse de The Sign, dans cette histoire père/fils, le deuil est moins frontal, il s’exprime en filigrane sur toute la longueur du court sans jamais rentrer dans le mélodrame ce qui rend l’inconscience de la mort plus innocente, plus légère. L’abrupt n’existe pas de ce film qui glisse tendrement vers le deuil du fils. Un sujet autobiographique qui tend vers réel, puisque c’est l’un des frères du réalisateur qui interprète le rôle du fils.
Dans les deux courts métrages présentés à Cannes, le deuil et la mort sont des thèmes qui reviennent chez Yona Rozenkier et que l’on retrouvera dans son long métrage The Dive, sélectionné au Festival de Locarno, visible en salles le 12 juin 2019.
Toujours dans le registre du drame, on retrouve Yarden Lipshitz Louz, une réalisatrice en fin d’étude au Sapir Collège en Israël. Son film, Netek a été sélectionné par la Cinéfondation. Une section cannoise qui encourage les jeunes réalisateurs en sélectionnant une vingtaine de films d’école du monde entier. Netek (The Rift en anglais) nous brosse le portrait d’une relation entre une adolescente et son père. Le père est alcoolique, sans argent, sans travail. Il vit avec sa fille, Lidor quinze ans, qui tente de grandir dans cet environnement peu sain. Dans le petit appartement, l’électricité est coupée, les factures impayées s’accumulent. Lidor voit son père sombrer petit à petit. En pleine transition vers le passage adulte, elle n’a plus le même regard sur son héros d’enfance, aujourd’hui bedonnant, sans gêne, sans pudeur.
Gardienne de la maison, elle range, elle fait les courses à l’opposé de son père qui ne sort plus, boit et fume à longueur de journées. Elle ne veut pas pour autant retourner chez sa mère. Lidor veut aider son père avec ses problèmes d’argent, elle veut rétablir la lumière dans cet appartement sombre un peu lugubre. Dans un élan de désespoir mêlé à une véritable envie de changement, elle séduit un jeune adolescent et profite de l’absence de ses parents pour voler de l’argent. L’électricité est rétablie mais son père reste le même alcoolique. Un court-métrage très intime sur la désillusion d’une jeune femme pour son père. Les personnages sont traités de façon douce avec tendresse, leurs visages et leurs corps sont filmés sans jugements. Le film ne prend pas parti, malgré son addiction, le père est aimant. On retrouve cette affection dans une scène très touchante où il brosse les cheveux de sa petite fille presque adulte, il les tresse avec patience et lui conte les désirs de sa jeunesse révolue.
Yarden Lipshitz Louz nous donne une approche très personnelle de la relation père/fille, elle questionne également la violence de la désillusion d’une adolescente face à son géniteur qu’elle voit pour la première fois en tant qu’homme seul et dépressif et non en tant que père.
Entre Yona Rozenkier et Yarden Lipshitz Louz les courts israéliens à Cannes se placent dans un cinéma très personnel avec comme sujet central la relation au père. Les films des deux réalisateurs très prometteurs nous incitent à suivre leurs projets, un long métrage pour Yona Rozenkier qui sortira le 6 juin 2019, et peut-être un autre court pour Yarden Lipshitz Louz qui bénéficie de la visibilité du festival de Cannes et qui pourrait faire un autre court l’an prochain.
Anna, le court-métrage de Dekel Berenson, en compétition officielle se situe dans une économie différente de Netek et Parparim. En effet, le film de ce réalisateur israëlien est une co-production avec trois pays différents : l’Ukraine, le Royaume-Uni et Israël. La langue originale d’Anna est l’Ukrainien. Anna est une femme de cinquante ans, ukrainienne, incarnant le stéréotype de la bouchère en surpoids. Elle élève sa fille seule et décide de sortir de sa routine en se rendant à un speed-dating avec des hommes américains qui souhaitent trouver des femmes à épouser. Un film assez classique dans sa forme qui traite de la solidarité féminine et du désespoir humain.
Le 72ème festival de Cannes met ainsi en lumière le cinéma israélien à travers trois réalisateurs très prometteurs. Le festival donne également l’occasion de voir des réalisateurs d’autres continents. L’Asie est très représentée dans les court-métrages sélectionnés avec de l’animation et de la fiction toutes sections confondues. En quelques minutes nous voyageons d’un univers à l’autre, d’une langue chantante aux langues plus monotones, de couleurs saturés au gris sidéral, de genres multiples (fiction, documentaire, animation). Des univers visuels et sonores uniques pour chacun des courts métrages qui nous font découvrir de jeunes réalisateurs et le monde dans lequel nous vivons.
Le réalisateur grec Vasilis Kekatos a remporté la Palme d’Or du court-métrage au 72e Festival de Cannes avec son film La distance entre le ciel et nous. Il est le tout premier réalisateur grec à remporter une Palme d’Or dans cette catégorie. Il a également remporté la Queer Palm avec ce film.
Après ses études à Londres (au département du film de la Brunel School of Arts), il a réalisé plusieurs courts métrages, dont The Silence of the Dying Fish, co-produit par Tripodes Productions, une société française qui a également soutenu son dernier film venant d’être primé à Cannes.
Nous avons rencontré Vasilis Kekatos quelques jours avant la remise des prix de Cannes. Entretien autour du festival, le cinéma grec, le courage, la beauté des stations-service et l’importance du travail avec les acteurs.
Interview-plage. La comédienne Ariane Label est venue ce mois-ci à Cannes présenter son premier court-métrage en tant que réalisatrice.
Produit par Apsara Films et sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs 2019, Olla évoque en 28 minutes l’histoire d’une jeune femme slave débarquant en France pour rejoindre un homme rencontré sur Internet et vivre une nouvelle vie loin de chez elle.
À l’occasion de cet entretien, Ariane Labed revient sur ses débuts, son lien au court, ses intuitions, ses envies de réalisation et ses difficultés à se faire une place en tant que réalisatrice et à financer ce premier film sympa et maîtrisé.
Bonne info : Olla est programmé au Forum des Images à l’occasion de la reprise de la Quinzaine dans le cadre du programme de courts métrages 2 le dimanche 9.6 à 17h30.
Nouvelles perspectives et cinéma hybride. Auteur de nombreux courts, Gabriel Abrantes a reçu il y a un an le Grand Prix Nespresso à la Semaine de la Critique pour son premier long métrage Diamantino co-réalisé avec Daniel Schmidt.
Cette année, il revient à Cannes, à la Quinzaine des Réalisateurs plus précisément, avec un nouveau court, Les Extraordinaires mésaventures de la jeune fille de pierre, produit par Les Films du Bélier et Artificial Humors.
Cannes, fin. Côté courts, Claire Denis et son jury ont décerné hier soir la Palme d’or 2019 au très beau film gréco-français La Distance entre nous et le ciel de Vasilis Kekatos (Blackbird Production, Tripode Productions). Pour info, le film a également obtenu la Queer Palm du court-métrage.
Le Jury a également décerné une Mention spéciale au court métrage argentin Monstruo dios (monstre dieu) de Agustina San Martín (prod. : Imprudencia).
Du côté de la Cinéfondation, le même jury a récompensé 4 films. Le premier prix a été décerné à l’étonnant Mano a mano de Louise Courvoisier (Cinéfabrique, France).
2ème Prix : Hiếu de Richard Van (CalArts, États-Unis)
Le 3ème Prix ex-aequo a été attribué à deux films :
Ambience de Wisam Al Jafari (Dar al-Kalima University College of Arts & Culture, Palestine)
La Quinzaine des Réalisateurs, section parallèle non compétitive, voit certains films primés annuellement par ses partenaires. Sur les différents prix remis, l’un est consacré au court métrage via la marque de café Illy.
Cette année, le prix Illy du court métrage, dont le jury était présidé par le réalisateur Yann Gonzalez, a été attribué à Stay awake, be ready (prod. : JKFILM) du réalisateur vietnamien Phan Thien An.
Synopsis : Au coin d’une rue, une conversation mystérieuse entre trois jeunes hommes dans une échoppe. Au même moment, un accident de la circulation à moto. La nuit esquisse un cadre multicolore de la réalité.
Et hop ! Premier palmarès à être rendu à Cannes, celui de la 56ème Semaine de la Critique, décerné ce soir. Du côté des courts, deux films ont été primés par le Jury et les partenaires.
Prix Canal+ du court métrage : Sans mauvaise intention de Andrias Høgenni, Iles Féroé-Danemark
Prix Découverte Leitz Cine du court métrage : She runs de Qiu Yang (Chine, France)
Quelle est la place du court à la Quinzaine des Réalisateurs 2019 ? Entretien avec son nouveau délégué général, Paolo Moretti, autour des gestes de programmation et de la spécificité de la Quinzaine entre tradition et modernité.
Swann Arlaud fait partie du casting de Perdrix, le premier long-métrage d’Erwan Le Duc, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs 2019. En 2017, il présentait Petit Paysan de Hubert Charuel à la Semaine de la Critique pour lequel il a reçu en 2018 le César du meilleur acteur pour son rôle dans ce premier film.
Si on connaît Arlaud comme comédien, on sait moins qu’il a co-réalisé son premier court Venerman avec Tatiana Vialle, sa mère.
Dans le cadre de cet entretien, il revient sur sa formation aux Arts-Décos de Strasbourg, son adolescence entre rap-tag et colère-injustice, ses débuts comme comédien, sa relation aux auteurs et son rapport au court-métrage, entre liberté et prises de risques.
En 2017, le court-métrage Paul est là de Valentina Maurel avait reçu le premier prix de la Cinéfondation, la section consacrée aux films d’écoles à Cannes. Un film écrit, tourné et monté à l’INSAS, une école de cinéma belge et visible sur le compte Vimeo de l’école. Cette année, Valentina Maurel est de retour à Cannes, à la Semaine de la Critique cette fois, avec son nouveau court, Lucía en el limbo. L’occasion pour nous de revenir sur son film de fin d’études apparu à Cannes il y a 2 ans et projeté à notre toute dernière soirée Format Court aux Ursulines en juin 2017.
Paul est là raconte l’histoire d’une jeune femme, gardienne dans un musée, à la vie solitaire et routinière. L’arrivée brutale de son père va chambouler le quotidien de Jeanne interprété par Sarah Lefèvre. Bart Cambiers, de son côté, campe une figure paternelle un peu brusque et maladroite. Petit à petit, une tendresse se créé dans cette famille de solitaires : un père sorti de nulle part, une jeune femme sans ami, une mère absente.
Autour des deux acteurs, une dynamique du vide émerge : des cadres fixes, un décor pauvre, des dialogues courts. On les retrouve régulièrement dans une laverie avec des machines vides, assis seuls sur des chaises.
Le film s’ouvre sur Jeanne recroquevillée dans le séchoir d’une laverie comme un poisson dans un bocal, enfermée dans une solitude que son père va casser. Bart Cambiers est perçu dans un premier temps comme une figure masculine ambigüe. S’agit-il d’une relation intime passée ? Quel est le lien exact entre les deux personnages ?
La notion de paternité intervient dans ce film avec une accentuation du corps dans le cadre. Au milieu du film, les corps se dévoilent dans toute leur longueur et leur entièreté. Une boîte de nuit vide, le père au milieu de la piste dansant seul : corps mobile dans une lumière rouge sur une musique latine entraînante. C’est à ce moment-là que les corps s’étreignent et enlèvent la froideur distante qui existait jusque là. Tout est déshinibé jusqu’à l’expression du désir masculin : “Tu bandes?” dit Jeanne à son père alors qu’ils viennent de retrouver une complicité, le lien père-fille ravivé avec la danse et l’alcool. Ce passage un peu flottant reste en suspension. Rien n’est grave, tout est suspendu, un peu comme Jeanne qui traverse la vie sans vraiment la vivre dans cette Belgique grise où le temps y est morose.
Cette année, Lucia en el Limbo à la Semaine de la Critique, nous invite dans un univers autre que l’Europe. Le Costa-Rica, un changement d’atmosphère radical qui invite à se rendre au Miramar mardi 21 mai à 14h 15 au festival de Cannes afin d’apprécier le nouveau court-métrage de cette réalisatrice costaricienne.
À l’occasion du 72ème Festival de Cannes, Format Court vous invite à découvrir 5 films (4 courts et un clip) de réalisateurs présentant leurs nouveaux courts cette année à Cannes, en compétition officielle.
Ils présentent leurs nouveaux courts en compétition officielle cette année : Teemu Nikki avec All Inclusive (Finlande), Agnès Patron avec L’heure de l’ours (France), Yona Rozenkier avec Parparim (Israël) et Chloë Sevigny avec White Echo (Etats-Unis). (Re)découvrez leurs précédents films !