Tous les articles par Katia Bayer

Le film de la semaine : Toute Latitude de Sébastien Laudenbach

Deux ans après La Jeune fille sans mains (2016), nous avons la chance de retrouver le dessin de Sébastien Laudenbach qui réalise les quatre clips du nouvel album de Dominique A. Le premier clip est disponible depuis le début de l’année et il suffit de le découvrir pour guetter avec impatience les suivants…

Dès les premiers instants, l’animation du morceau Toute Latitude ravive le souvenir de La Jeune fille sans mains, le premier long de Sébastien Laudenbach sorti dans les salles fin 2016, et on ne tarde pas à comprendre que comme dans celui-ci, le réalisateur fabrique son film à partir d’un canevas construit autour d’un conte, et traduit par des images à caractère hautement métaphorique et épuré.

La chanson de Dominique A évoque le trajet d’une vie, depuis la période de l’adolescence rêveuse et libre jusqu’à cet âge où l’on prend le temps de se retourner pour y repenser. Voici un échantillon des paroles : « Nous avions toute latitude et toute la vie, aucun engagement d’aucune sorte, avec pour seule devise : peu importe ».

Sur un fond jaune, une courbe se prolonge jusqu’à devenir un cercle qui s’emplit pour devenir un astre sur un ciel dégagé, notre soleil. Tout concourt à une transformation plus belle encore, un trait peut devenir un astre brillant, la philosophie de vie que créé Sébastien Laudenbach dans son film tient de la logique du papillon.

Son trait est léger, tout en silhouette et souvent détaché de la couleur de remplissage. Les personnages semblent se draper dans une sorte d’aura colorée les détache subtilement du statut de personne simple. Sébastien Laudenbach introduit du mythologique dans le récit et dans son animation, les choses peuvent d’un coup de crayon devenir quelque chose d’autre.

Dans un jardin d’Eden, au cœur de la nature, des centaures, des lutins, des sirènes, des fées profitent de l’éternité. Mais comme dans tout mythe de jardin originel, les choses se gâtent avec le pêché originel. Le serpent, le scorpion, les tentations ont conduit l’homme damné à contempler le Jardin d’Eden à s’effondrer inexorablement sur lui-même, le jardin d’Eden étant la Terre.

Le destin semble tragique mais il y a toujours des accidents dans la vie. Et c’est par le truchement de l’animation que le possible happy end prévient. Comme l’arc de cercle peut se muer en astre sidéral, les points blancs peuvent incarner des atomes, des électrons, des étoiles, des libellules, des graines, leur nature est liée à leur contexte, et ils peuvent donc révéler des prodiges insoupçonnés mis dans les conditions adéquates ; soumis à la simple volonté de la main du créateur, peut-être même nous offrir une second souffle.

Dans un entretien disponible sur la page Allociné de La Jeune fille sans mains, Sébastien Laudenbach explique que « l’animation peut-être terminée avec des dessins qui eux, sont tous, inachevés ». On se souviendra du traitement réservé au oiseaux à la quatrième minute du film Vibrato (2017) que Sébastien a réalisé pour l’Opéra National de Paris, dessinés selon leur plume et leur voltige et pas comme des animaux aux « portraits » bien définis. C’est sûrement ce qui fait un peu du charme de son style onirique, un « manque » dans l’image qui paraît se combler sans cesse dans son propre mouvement mais n’arrive jamais à sa forme définitive. Voilà une posture de créateur qui nous invite à attendre perpétuellement la suite pour mieux comprendre ce que nous sommes en train de voir.

Gary Delépine

Lire notre précédente interview de Sébastien Laudenbach (2010)

Les scénarios des 3 films projetés ce mercredi soir !

En prévision de notre rencontre professionnelle de ce mercredi 28/2 autour du scénario, nous vous proposons de découvrir les dossiers des 3 films programmés, en présence de leurs équipes :

« L’Ogre » de Laurène Braibant

– Le dossier de Et toujours nous marcherons de Jonathan Millet (Films Grand Huit, Offshore) consultable en ligne sur le site internet de la scénariothèque du CNC : scénario, note d’intention, repérages, note d’intention musicale, …

– Le dossier de La Convention de Genève de Benoît Martin (Année Zéro) : scénario + note d’intention

– Le dossier de L’Ogre de Laurène Braibant (Papy 3D Productions) : scénario, note d’intention, storyboard, recherches graphiques, …

Berlin 2018, le palmarès des courts

Le 68ème Festival de Berlin qui s’est achevé ce samedi soir a récompensé plusieurs courts, parmi les 22 films en compétition. Voici lesquels.

Ours d’or : The Men Behind the Wall de Ines Moldavsky, Israël

Ours d’argent : Imfura de Samuel Ishimwe, Suisse / Rwanda

Prix Audi : Solar Walk de Réka Bucsi, Danemark

Nomination pour les European Film Awards 2018 : Burkina Brandenburg Komplex de Ulu Braun, Allemagne

La Palme d’or du court métrage 2015, visible en ligne !

Depuis un mois, Waves’98 du réalisateur libanais Ely Dagher est visible en ligne. Ce court-métrage d’animation s’est vu décerner la Palme d’or en 2015 à Cannes, en France et le Bayard d’or du Meilleur Court métrage au Festival de Namur la même année.

Waves ’98 est autant un film narratif qu’un essai visuel  dédié à la ville natale du réalisateur, Beyrouth. Le film est une exploration artistique de la relation actuelle du réalisateur avec le Liban, son pays d’origine, racontée à travers l’histoire d’un adolescent en 1998.

Syn . : Désenchanté par sa vie dans la banlieue isolée de Beyrouth, les errances d’Omar l’amènent dans les profondeurs de la ville. Immergé dans un monde familier mais étrange à sa réalité, il se retrouve en lutte pour sauvegarder ses attaches.

3èmes Rencontres pros de Format Court, mercredi 28/2/2018. Focus scénario !

Bonne nouvelle : le 3ème rendez-vous professionnel de Format Court aura lieu le mercredi 28 février 2018 à 19h, au MyCowork Beaubourg (5 Rue du Cloître Saint-Merri, 75004 Paris).

Après s’être penché sur la production et les festivals, le thème choisi pour cette 3ème édition est celui du scénario. De l’idée à l’écran, comment les auteurs concrétisent-ils leurs projets ? Comment retravaillent-ils leurs différentes versions ? Officient-ils seuls ou avec un scénariste ? De quelle manière choisissent-ils leurs producteurs ? Comment ceux-ci interviennent-ils dans l’écriture de leurs films ?

Pour illustrer ce thème passionnant, nous projetterons dès 19h15 trois courts-métrages présélectionnés aux prochains Cesar, en présence de leurs équipes, avant d’échanger avec le public. Nous accueillerons pour l’occasion Jonathan Millet (réalisateur), Pauline Seigland (Films Grand Huit), Laurène Braibant (réalisatrice) et Benoît Martin (réalisateur).

Pour assister à cette nouvelle soirée, nous vous invitons vivement à réserver dès à présent votre place à l’adresse suivante : rencontresprosformatcourt@gmail.com.

Programmation (durée : 47 minutes)

Et toujours nous marcherons de Jonathan Millet. Fiction, 24′, 2017, France, Films Grand Huit, Offshore, Hélicotronc. Prix France Télévision Interprétation masculine au Festival de Clermont-Ferrand 2017. En présence du réalisateur et de la productrice Pauline Seigland (Films Grand Huit)

Ils sont ceux dont la marge est le territoire, ceux qui passent sans qu’on ne les voit. Ils n’ont pas de papiers et parlent mille dialectes. Simon débarque à Paris et suit leurs traces. Il plonge dans les tréfonds de la ville pour retrouver celui qu’il cherche.

L’Ogre de Laurène Braibant. Animation, 9′, 2016, France, Papy 3D Productions. Prix Canal + et Mention Spéciale du Jury au Festival d’ Annecy 2017. En présence de la réalisatrice

Un géant, complexé par sa taille, se retient de manger terrifié à l’idée de révéler son caractère ogresque et ainsi compromettre sa place dans la société. Lors d’un banquet d’affaire, sa vraie nature sera mise à l’épreuve.

La Convention de Genève de Benoît Martin. Fiction, 14′, 2016, Année Zéro. Prix du Jury de la Presse Internationale au My French Film Festival 2017. En présence du réalisateur

Alors qu’il s’apprête à prendre le bus après sa journée de lycée, Hakim se fait embrigader dans une histoire de règlement de comptes entre adolescents. 
La perspective d’une bagarre ne l’enchante guère, mais peut-il éviter l’affrontement ?

En pratique

Quand ? Mercredi 28 février 2018 à partir de 19h
Où ? MyCowork Beaubourg (5 Rue du Cloître Saint-Merri, 75004 Paris)
Comment ? Métros proches : Hôtel de Ville, Châtelet, Rambuteau
PAF : 7 € (gratuit pour les adhérents de Format Court)
Pot offert !
Réservations : rencontresprosformatcourt@gmail.com.
Évènement Facebook

Tornike Bziava. La mélancolie de l’histoire

Tornike Bziava est un cinéaste habitué des festivals. Si, dans certains cas, on pourrait mettre ce fait au compte d’un constat fâcheux, l’exemple du cinéaste géorgien peut en permettre une lecture bienveillante. Car de la fidélité, il en est question dans sa filmographie déjà riche : intérêt constant porté à sa culture d’origine, regard lucide envers l’histoire récente et trouble de son pays, inclination inflexible envers la liberté contre les diverses formes d’oppression subies par les populations civiles, et enfin inscription stylistique dans le puissant héritage cinématographique arméno-géorgien. Toutefois, le cinéaste évite l’écueil d’un cinéma militant ou moraliste, pour construire pierre après pierre l’une des œuvres les plus originales du cinéma est-européen, résolument poétique et politique. À l’occasion de la présentation de son dernier opus, Fishing, au Festival de Clermont-Ferrand, Format Court a rencontré ce cinéaste atypique et mélancolique.

© DR

Avant de réaliser Fishing (en compétition cette année à Clermont-Ferrand), vous avez été l’auteur de trois autres courts métrages très remarqués : April Chill (2010), Nest (2011) et Wake Man (2015). Ces trois œuvres semblent composer une trilogie consacrée à votre pays d’origine et à son histoire tragique : la Géorgie. Avez-vous ressenti une urgence à raconter cette histoire ? Dans quelle mesure vous sentez-vous un réalisateur géorgien ?

Tornike Bziava : Il me semble que la période dont je traite correspond au changement d’une mentalité à une autre. Sur le plan politique, la Géorgie a souvent été confrontée à une situation difficile. Je pense surtout à l’époque qui résulta des conflits des années 1990, à un moment où la mentalité du peuple s’est modifiée pour devenir de plus en plus agressive. On a opté pour des valeurs erronées. J’ai vécu difficilement cette évolution en constatant les attitudes émergentes et le manque de compréhension mutuelle. En ce temps-là, les jeunes générations ont commencé à comprendre ce qui se passait. On ne doit pas omettre non plus l’importance de la drogue pendant et après la guerre. Le système politique a imposé une régulation très dure, on appelait ça “la guerre des drogues”. Mais la corruption s’en est mêlée, comme dans la plupart des pays dans le monde. Personne n’a songé au sort de la population.

La trilogie que j’ai réalisée montre, en fait, trois décades distinctes; la fin des années 1980 avec April Chill, la fin des années 1990 avec Nest et les années 2000 avec Wake Man. De nombreuses tragédies ont eu lieu en Géorgie pendant toute cette période. Quelquefois, les films parviennent à être les garants adéquats de la conscience historique. C’est important d’analyser ce qui se passe ou ce qui s’est passé autour de toi. Dans mes films, je raconte des histoires personnelles, liées à mes sentiments profonds. Chacun agit en fonction de son identité. Je suppose que c’est à cause de l’attachement culturel. Les évolutions que je vois à l’œuvre dans mon pays et depuis l’étranger, tout ceci me touche. D’autant que je vis beaucoup hors de la Géorgie, principalement en Europe, et parfois aux États-Unis. Je peux donc activement réfléchir aux évolutions en cours. Cet éloignement est marqué aussi par le mode de financement de mes films, car tous mes films dépendent de co-production avec la France.

Lorsqu’on observe vos films, en particulier Wake Man, on constate votre intérêt pour les personnages d’un âge assez avancé. Pensez-vous que se focaliser sur des vieilles personnes est un bon moyen pour évoquer les événements historiques ? Ou est-ce une façon d’interroger un décalage entre les générations ?

T. B. : J’ai été élevé par quatre vieilles femmes : la mère de mon père, et trois tantes de ma mère, lesquelles habitaient avec nous et nous aidaient au quotidien. Je ressens un grand respect pour les personnes âgées. Le quotidien était passionnant ensemble. Elles avaient eu beaucoup d’expériences, et à la fin de leur existence, elles sont devenues aimantes et fragiles. Quelquefois les vieilles personnes, la plupart en fait, se sentent à charge. C’est le drame de nos vies et on doit prendre ça en considération. Wake Man parle de cela. Le film se termine par une séquence de danse, comme la plupart de mes autres films.

Grâce au traitement spécial que vous accordez à la danse et la focalisation faite sur les situations dramatiques, tel que l’enterrement dans Wake Man, on ressent à travers les images un processus de récupération et de transformation d’un héritage cinématographique. On y voit par exemple des traces du cinéma de Sergei Paradjanov et de celui de Tengiz Abouladze. On songe notamment à Le Repentir (1987). Était-ce un processus conscient pendant la réalisation des films ?

Du fait que notre culture soit très ancienne, les Géorgiens investissent depuis longtemps la danse de façon très émotionnelle. Pour moi, la danse est la seule condition pour qu’un être humain ressente une satisfaction, le partage d’une expérience de beauté à deux niveaux — corporel et spirituel. Et puis la danse crée une unité, un collectif.

Je pense aussi que l’expression filmique qui tend en permanence vers les histoires négatives ou déprimantes ne sont pas artistiquement appréciables, même si notre tâche est d’analyser la profondeur de l’être, ou de traiter du besoin de survie. L’humour est nécessaire dans la perception qu’on rend du monde. C’est la même chose dans la vie réelle. Je crois que le bon cinéma donne des signes de ce qui se passe, en parlant de nos sentiments, même s’il ne s’agit pas de la vie elle-même.

Vous mentionnez Paradjanov et Abouladze. Bien sûr, ces deux personnalités ont apporté de profonds changements dans notre culture. Ma mère entretenait un rapport amical avec Sergei Paradjanov et il m’a même offert l’un de ses tableaux lorsque j’étais enfant. Le sens cinématographique et le mode de récit de réalisateurs comme eux ont été cruciaux pour moi. Ils m’ont appris à voir la beauté. Mais ce sont aussi des personnes qui ont vécu des choses terribles dans leurs vies respectives, pendant l’époque de l’Union soviétique. Le Repentir d’Abouladze a été l’un des premiers films à montrer l’absurdité et la cruauté de l’ancien système. Quand l’inhumanité a investi nos terres. Otar Iosseliani aussi nous a conduit vers quatre décennies de moments magiques, d’une façon différente. J’ai été élevé dans une famille de chefs opérateurs. Mon grand père a participé aux débuts de l’industrie cinématographie en Géorgie. Ma mère a mis en scène au théâtre et au cinéma. Mon éducation théâtrale et cinématographique a commencé très tôt. J’ai apprécié côtoyer ces artistes talentueux.

En réalisant Fishing, il semblerait que votre cinéma amorce un tournant radical. Vous dépeignez une situation étonnante, hors d’une narration classique, dans laquelle un homme est arbitrairement arrêté par la police, alors que les liens avec des personnages environnants se construisent de façon désintéressée. Aussi votre démarche suit-elle une évolution, d’abord en termes de thématiques (de la mémoire au contemporain) et ensuite en termes de mise en scène (du noir et blanc à la couleur). Quel est le sens de ce revirement ?

En effet, la réalisation de Fishing engage vers une nouvelle façon d’observer. Je voulais changer profondément mon angle de perception. Cela est rattaché à une volonté plus ancienne, celle de faire avancer l’action non pas par le montage, mais de l’intérieur d’une séquence. C’est ce qui explique l’emploi du plan-séquence. Ainsi, j’ai tenté de donner aux spectateurs un sentiment de naturalisme, montrant comment de beaux moments du quotidien pouvait être détruits par des raisons totalement extérieures, liées à la corruption. Je voulais aussi insister sur les relations entre les personnages et la compréhension. Les règles qui rompent ces relations et cette compréhension devraient disparaître.

L’action du film se déroule autour de l’année 2010, au début de cette décennie. Ceci dit, les choses n’ont pas vraiment évolué depuis. Je pense qu’il faut parler des premières années de notre vie pour mieux saisir ce qui se passe ensuite.

L’un des aspects les plus intrigants de votre cinéma est l’usage que vous faites du son. En dehors de la présence des chants traditionnels, les personnages que vous montrez sont souvent surpris par l’apparition d’un son en hors-champ. Quel sens donnez-vous à ce son lointain ?

Si l’on parle du plan sonore, je dirais qu’il recouvre les détails les plus significatifs aidant à construire et à ressentir une ambiance, au cinéma comme dans la vie réelle. Imaginons un son puissant qui entrerait dans une ville… L’imaginaire part de là. D’un autre côté, l’emploi de tel ou tel instrument pour la bande-sonore donne généralement une indication quant au goût d’une personne. Cette inclinaison importe beaucoup. Aucun artiste ne peut créer sans cette sensibilité envers le son.

Propos recueillis par Mathieu Lericq

Article associé : notre précédent interview de Tornike Bziava

Le film de la semaine : Engram de Toshio Matsumoto

Expérimental, 12′, 1987, Japon, prod. : Toshio Matsumoto 

Synopsis : Des photographies à l’intérieur des photographies, des images à l’intérieurs d’images, des images en mouvement dans des photographies, des photographies dans des images en mouvement.

Toshio Matsumoto est l’un des pionniers du film expérimental japonais. Ce réalisateur relativement méconnu et décédé en 2017, considéré comme l’un des précurseurs dans la forme de ses expérimentations qualifié de “néo-documentaire” se doit aujourd’hui d’être (re)découvert. Tant par son influence dans le milieu artistique avant-gardiste japonais de l’après-guerre que par son approche pluridisciplinaire dans le cinéma expérimental. Un regard qui marqua bon nombre d’artistes du siècle dernier – et surement encore aujourd’hui – et qui ouvrit la voie à ce genre artistique de l’ébrèchement des conventions cinématographiques.

Dans Engram, nous en avons un bon exemple, les lignes, les courbes et les formes se confondent et se mélangent et l’on se perd dans des images qui se déforment. Ici et là, nous nous enfouissons dans un rythme qui nous perturbe autant qu’il nous attire. Toshio Matsumoto réalise dans ce film purement et simplement une mise en abyme. Celle de l’Image, avec un grand I. Une mise en abyme, par la photographie, par le mouvement. Les deux médiums s’assemblent et se meuvent ensemble, nous ne savons plus quelle image se retrouve dans quelle image comme un miroir infini. Une déconstruction lente et maitrisé du langage cinématographique. Un maniement parfait du son et de la musique (signée Takashi Inagaki) apporte aux images une réflexion parfaite sur nos rapports au mouvement et la photographie.

Clément Beraud

« Jusqu’à la garde », le premier long-métrage de Xavier Legrand

Depuis le 7 février 2018, Jusqu’à la garde, le premier long-métrage de Xavier Legrand, avec Léa Drucker et Denis Ménochet, est sorti dans les salles françaises. Le film primé à Venise (mise en scène & meilleur premier film) et à Angers (Prix du Public) poursuit son beau parcours au cinéma. Jusqu’ici, nous n’avions pas eu l’occasion de vous parler de ce film traitant de la violence conjugale et de la peur latente, à la tension plus que palpable, au scénario et au jeu d’acteurs percutants. Si vous n’avez pas eu l’occasion de voir le film, il n’est pas trop tard : le film se maintient bien sur les écrans après deux semaines d’exploitation.

Précédemment, grâce à sa rencontre avec Alexandre Gavras et sa boîte de production KG Productions, Xavier Legrand – comédien à la base – a eu l’opportunité d’effectuer ses premiers pas derrière la caméra avec Avant que de tout perdre, son premier court-métrage professionnel. Le film avait raflé pas moins de 4 Prix au Festival de Clermont-Ferrand (Grand Prix National, Prix du Public, Prix de la Jeunesse, Prix de la Presse Télérama). Il avait également obtenu le Cesar du Meilleur Court-Métrage en 2014 et faisait partie des 5 derniers courts en lice pour l’Oscar la même année.

Avant que de tout perdre, thriller efficace, traitait déjà du couple, de la peur et des non-dits. Léa Drucker, Denis Ménochet et Mathilde Auneveux faisaient déjà partie du casting initial. On les retrouve, en compagnie de la révélation Thomas Gloria, avec plaisir – teinté d’un certain effroi – à l’affiche du premier long-métrage de Xavier Legrand, toujours produit par KG Productions et distribué par les bien nommés Haut et Court.

À Format Court, nous avions repéré très tôt Xavier Legrand et diffusé Avant que de tout perdre, en présence de l’équipe, lors d’une reprise du palmarès du festival en plein air de Grenoble en octobre 2013, dans le cadre de nos anciennes projections mensuelles au Studio des Ursulines (Paris).

Nous vous proposons à l’occasion de la présence toujours affirmée de Jusqu’à la garde en salles de (re)lire nos deux articles associés aux premiers pas du réalisateur, en attendant qu’Avant que de tout perdre figure bientôt en bonus sur le DVD de Jusqu’à la garde.

– L’interview de Xavier Legrand

– La critique du film

Short Screens #79: « Les Mots de ma mère »

En février, Short Screens vous propose une expérience formelle inédite mêlant deux disciplines artistiques complémentaires, la radio et le cinéma. Au programme, des œuvres qui expriment avec pudeur et sensibilité la relation mère-fille confrontée aux affres du temps qui passe.

Rendez-vous le jeudi 22 février à 19h30, au cinéma Aventure, Galerie du Centre, Rue des Fripiers 57, 1000 Bruxelles – PAF 6€

Visitez la page Facebook de l’événement ici !

Programmation

Katatsumori de Naomi Kawase, documentaire, Japon, 1994, 40’ (Naomi Kawase)

Deux ans après Dans ses bras, Naomi Kawase filme sa grand-mère, qui l’a élévée depuis l’enfance, dans ses gestes quotidiens et sans cesse répétés, en particulier les soins dont elle entoure les plantes du jardin. De la même manière, la cinéaste filme quotidiennement et inscrit son geste cinématographique au cœur de la relation qu’elle entretient avec son aïeule.

Article associé : l’interview de Naomi Kawase

Dotty de Brett O’Gorman et Mick Andrews, fiction, Nouvelle-Zélande, 2012, 11’ (József Fityus)

Dotty, une vieille dame un brin têtue, sollicite l’aide de Carol car elle souhaite envoyer un message à sa fille via son téléphone.

Les mots de ma mère d’Aurelia Balboni, documentaire radiophonique, Belgique, 2015, 52’ (acsr et Cinétroupe asbl, Fédération Wallonie-Bruxelles et Côté des Ondes)

Aujourd’hui, ma mère a tenté de payer le buraliste du village avec des billets de Monopoly, elle pensait qu’il ne ferait pas la différence. Elle est atteinte d’une maladie neurodégénérative appelée Démence Sémantique : une pomme, une chaise, une fleur sont des mots qu’elle ne connaît plus. Ma mère n’aura jamais conscience de sa maladie. Elle trouve qu’elle va très bien.

Clermont-Ferrand 2018, le palmarès

Le palmarès du 40ème Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand a été dévoilé hier soir lors de la cérémonie de clôture. Voici les films récompensés, avec en prime 5 films visibles en ligne.

Palmarès national

Grand Prix : Vilaine fille de Ayce Kartal (France / Turquie)

Prix spécial du jury : Vihta de François Bierry (France / Belgique)

Prix du public : Les Indes galantes de Clément Cogitore

Prix Egalité et diversité : The Barber shop de Gustavo Almenara et Emilien Cancet

Meilleure musique originale : Eric Bentz pour Braguino de Clément Cogitore

Prix Canal+ : Little Jaffna de Lawrence Valin

Prix Adami d’interprétation féminine : Sigrid Bouaziz pour La nuit je mens de Aurélie Morali et Les vies de Lenny Wilson de Aurélien Vernhes-Lermusiaux

Prix Adami d’interprétation masculine : Florent Gouëlou pour Un homme mon fils de Florent Gouëlou

Meilleure première œuvre de fiction : Pourquoi j’ai écrit la Bible de Alexandre Steiger

Prix étudiant : Gros chagrin de Céline Devaux

Prix de la presse Télérama : Les vies de Lenny Wilson de Aurélien Vernhes-Lermusiaux

Palmarès international

Grand Prix : Tremblements de Dawid Bodzak (Pologne)

Prix spécial du jury, Prix Canal + : Les ombres de Jerry Carlsson (Suède)

Prix du public : Bonobo de Zoel Aeschbacher (Suisse)

Meilleur film d’animation francophone : Le marcheur de Frédéric Hainaut (Belgique)

Meilleur film d’animation : Le fardeau de Niki Lindroth von Bahr (Suède)

Prix étudiant : Ligne noire de Mark Olexa et Francesca Scalisi (Suisse)

Prix du rire Fernand Raynaud : Etat d’alerte sa mère de Sébastien Petretti (Belgique)

Palmarès Labo

Grand Prix : Retour de Pang-Chuan Huang (France)

Labo 2018 – « Retour » from ClermontFd Short Film Festival on Vimeo.

Prix spécial du jury : Everything de David O’Reilly (US / Irlande)

Prix du public : Black America again de Bradford Young (US)

Prix Canal + : Réincarnation de Jenn Nkiru (UK)

Prix des effets visuels : Rediffusions de Rosto (France / Belgique / Pays-Bas)

Prix Festivals Connexion Auvergne Rhône Alpes : Ondes noires de Ismaël Joffroy Chandoutis (France)

Meilleur film documentaire : Poussière de Jakub Radej (Pologne)

Mentions et autres prix

Nomination European Film Awards : Honte de Petar Krumov (Bulgarie)

Prix Orange des brèves digitales : Un film sur les éboueurs de Pierre Surel (France)

Mentions spéciales du jury international : Hasta siempre, comandante de Faisal Attrache (Cuba / Espagne), La victoire de la charité de Albert Meisl (Autriche) et Dependent de Phil Sheerin (UK)

Mentions spéciales du jury Labo : Problème de scarabées de Gabriel Böhmer (UK), Snap de Felipe Elgueta et Ananké Pereira (Chili) et Indomptables de Amanda Nell Eu (Malaisie)

Mentions spéciales du jury national : Encore trois ans de Pedro Collantes (France / Espagne) et Master of the classe de Carine May et Hakim Zouhani

Mention spéciale du jury SACD : Junk love de Jonathan Rochart

Mention spéciale du jury presse national : Les Indes galantes de Clément Cogitore

Prix PROCIREP du producteur de courts métrages : Caïman Productions

Bourses des festivals Auvergne Rhône Alpes : La sphinx de Tito Gonzalez Garcooa – Tamara Films

Coup de cœur Canal+ Family : Oscillation de Yookyung Cha (Corée du Sud)

Mention spéciale du jury Canal+ Family : La mort, père et fils de Vincent Paronnaud et Denis Walgenwitz (France)

Clermont, jour 7. Tous @ l’eau !

Ce vendredi soir, a eu lieu le programme « Ciné-Piscine » au Stade nautique Pierre-de-Coubertin de Clermont-Ferrand. Cette piscine olympique, qu’on a enfin testé après de nombreuses participations au festival, a accueilli en effet 2 projections intra muros. Voici notre sélection de 7 films projetés ce soir, pour certains déjà chroniqués sur Format Court.

Luminaris de Juan Pablo Zaramella / Animation / 2011 / 6’

Dans un monde entièrement rythmé par la lumière, un homme ordinaire nourrit un projet qui pourrait bien tout changer.

Article associé : la critique du film

Western Spaghetti de PES / États-Unis / 2008 / Animation / 1′

Une nouvelle manière de préparer les pâtes…

Article associé : la critique du film

Our Wonderful Nature – The Common Chameleon (Merveilles de la nature – Le caméléon) de Tomer Eshed / Allemagne / 2016 / Animation / 4′

Un regard inédit sur les habitudes alimentaires du caméléon.

Solipsist de Andrew Thomas Huang / États-Unis / 2012 / Expérimental / 10′

Ils pensaient être les seuls êtres réels dans ce monde étrange…

Article associé : la critique du film

Hopptornet de Axel Danielson et Maximilien Van Aertryck / Suède / 2016 / Documentaire, expérimental / 19′

Des gens, seuls ou à deux, grimpent en haut d’un plongeoir de dix mètres, dans le but de sauter ou non, affrontant leur peur du vide.

Article associé : la critique du film

Energie! de Thorsten Fleisch / Allemagne / 2007 / Expérimental / 5’10 »

Une feuille de papier photographique est exposée à une très haute décharge électrique d’à peu près 30.000 volts, puis fait l’objet de manipulations qui font apparaître la représentation de nouveaux systèmes visuels d’organisation des électrons.

Braguino de Clément Cogitore

Oraison et menaces

Braguino, de Clément Cogitore, sélectionné au festival de Clermont-Ferrand, s’ouvre sur le récit de plusieurs rêves. Un homme, qu’on découvrira plus tard comme étant le père de la famille Braguine, Sacha, raconte un départ, l’abandon d’un lieu. Quelques plans elliptiques, filmés en VHS, montrent des êtres au milieu de paysages naturels. Leurs silhouettes sont comme paralysées par cette voix nostalgique qui place les images dans un temps révolu, définitivement passé. Ce n’était qu’un rêve mais qui ignore encore que les rêves contiennent nos angoisses les plus immédiates?

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C’est à partir de cette inquiétude première que le récit se déploie vers la découverte de ce lieu unique, au beau milieu de la taïga sibérienne, qui pourrait presque constituer une destination touristique attrayante malgré les millions de moucherons et la complexité du voyage y parvenir. La famille Braguine expérimente ici une autarcie communautaire fondée sur le respect de la nature, loin des excès de la civilisation que Sacha a décidé de quitter. Depuis tous les enfants sont nés là-bas. Ne chassant que ce dont ils ont besoin, produisant les ressources nécessaires à leur subsistance, ils ne manquent de rien.

Le tableau utopique pourrait s’arrêter là. Mais quelque chose se dérobe. C’est ce qui vient à l’esprit du spectateur à mesure que le montage s’aiguise. Des images noires viennent régulièrement s’intercaler entre deux plans du film, le son et l’image, souvent, se dissocient : Braguino devient petit à petit une expérience de bifurcations, d’intervalles, de mystères. Le flou converge quand même vers une menace réelle : les Kiline.

À quelques mètres de là vit en effet une autre famille qui entretient un conflit ouvert avec les Braguine pour une ancienne histoire de partage de terres. Une barrière coupe le lieu en deux, et il est formellement interdit qu’un membre d’une famille passe de l’autre côté. Ainsi, l’unité organique des Braguine côtoie l’altérité radicale des Kiline qui ne sont jamais approchés ni par les Braguine ni par la caméra. Pourtant, ils hantent littéralement les images : relevant presque du fantastique, leur présence est lointaine, énigmatique, comme s’ils venaient d’un autre monde.

Cette famille voisine est d’autant plus gênante qu’elle est liée à des braconniers qui ont acheté le territoire de chasse des Braguine selon des modalités vraisemblablement proche de la corruption. Les envahisseurs chassent le plus de gibier possible dans une logique de profit, puis repartent. Là, réside la rupture majeure avec le mode de vie des Braguine : ils considèrent la forêt comme un lieu de passage où ils peuvent tout anéantir.

L’imprécision des ombres qui se fondent dans la nuit, les aboiements d’un chien entre les arbres, tout devient suspect, étouffant, souterrain. Et la menace, qui semble toujours planer au-dessus des arbres ou sourdre des matières, est toujours implacablement liée à la présence des Kiline, si proches et si insaisissables. Ainsi les formes n’ont de cesse de glisser, tout au long du film, vers un envers nocturne, inhumain.

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Parvenu à ce point de renversement, il paraît essentiel de voir ce qui dépasse ce pessimisme, outre le glaçant, outre le noir. Sans repère, il ne reste plus qu’à reconstruire le lien, entre les lignes, entre les plans, dans les intervalles.

Le regard de Sacha constitue la première barrière au dérèglement cauchemardesque. C’est aux premiers abords un regard apaisé, rassurant. Arpentant sereinement la taïga ou ses fleuves, il chasse, dépèce, chante aux oiseaux, et ne se lasse jamais de contempler les clartés forestières. Pour lui, la taïga est un être vivant à part entière, d’une beauté rare qu’il faut préserver contre la brutalité capitaliste. Ce qui fait que ce paisible village se transforme rapidement en zone de guerre où se met en place un réseau d’écoute électronique pour espionner les conversations des uns et des autres.

C’est là qu’entre en jeu la seconde modalité de son regard: la lucidité. Face à la situation insoutenable que devient la leur, Sacha est conscient des possibilités concrètes de résistance. Le film nous rappelle au passage qu’il n’y a pas, dans un contexte mondial de contrôle territorial et de marchandisation de tous les rapports au monde, d’échappatoire utopique sans lutte collective.

L’image joue également un rôle primordial. Car dans un territoire en lutte, il n’y a pas de position neutre pour le réalisateur. On est dans un camp où dans l’autre, sans effacement possible. Être avec les Braguine signifie ici être contre les Kiline et les braconniers corrompus. Mais davantage que la simple présence, c’est l’image qui vient témoigner, bousculer les processus de domination. Comme au moment de la discussion houleuse entre un jeune adulte des Braguine et les braconniers, où l’un d’eux ordonne de couper la caméra. D’ailleurs après avoir obéi, le réalisateur choisit de continuer à capter le dialogue grâce au son. Il s’agit donc de révéler ce que les puissants cherchent à masquer.

Cependant, la caméra n’est pas systématiquement dans cette position offensive. Car le réalisateur met en scène dans un même mouvement le conflit politique réel qui occupe ce territoire et l’indétermination essentielle des visions humaines, peuplées de rêves et de jeux spontanés où les garçons imitent des ours entre les branches et où les filles s’éprennent des canards qu’elles sont en train de déplumer. L’engagement politique ne se substitue jamais vraiment à l’exploration d’un monde. Car au delà de toute formalisation du conflit, il y a des êtres, des relations et des pratiques, tout ce qui constitue un rapport au monde singulier : c’est bien à partir de la richesse de ces vies que la position politique s’intègre naturellement au récit.

Braguino est le récit d’une éclipse où la lumière d’une famille est lentement gagnée par le voile obscur de menace qui s’étend du côté des Kiline puis dans la forêt investie par les braconniers. «Bientôt, ce sera la guerre» affirme Sacha vers la fin du film. Mais n’oublions pas que cet éclat lucide nous ramène peu après dans la nuit, où des conversations ennemies sont captées par les appareils d’écoute des Braguine, où une résistance nerveuse s’organise. Car à armes inégales, c’est l’inquiétude qui hante toujours la nuit, qui ronge encore les rêves.

Thibaud Fabre

Consulter la fiche technique du film

Article associé : l’interview de Clément Cogitore

B comme Braguino

Fiche technique

Synopsis : Les familles Braguine et Kiline vivent au milieu de la taïga sibérienne à sept-cents km du moindre village. Aucune route ne mène chez eux. Seul un long voyage en bateau sur le fleuve Lenisseï, puis en hélicoptère, permet de les rejoindre. Tout autour d’eux, la taïga à perte de vue et, au milieu du village, une barrière les sépare. Vivant en autarcie au bout du monde, les deux familles se sont brouillées et refusent de se parler.

Genre : Documentaire

Durée : 49′

Pays : France

Année : 2017

Réalisation : Clément Cogitore

Scénario : Clément Cogitore

Image : Sylvain Verdet

Montage : Pauline Gaillard

Musique : Éric Bentz

Son : Julien Ngo-Trong

Production : Seppia

Articles associés : la critique du film, l’interview du réalisateur

Clermont, jour 5. Tous à table !

Nouvelle rétrospective programmée à Clermont, celle dédiée à la cuisine. « Tous à table », en hommage au court-métrage homonyme de Ursula Meier, se présente en 4 programmes nommés « Miam » comprenant les 5 films suivants, tous visibles sur la Toile. A table donc !

Una furtiva lagrima de Carlo Vogele / Etats-Unis / 2012 / Animation / 03’08

Ultime voyage d’un poisson qui chante son propre requiem, depuis l’étal de la poissonnerie jusqu’à la poêle à frire.

Next Floor de Denis Villeneuve / Canada, Québec / 2008 / Fiction / 11’30

Au cours d’un opulent et luxueux banquet, onze convives, servis par une horde de valets et de serviteurs attentionnés, participent à un étrange rituel aux allures de carnage gastronomique.

Article associé : la critique du film

Zavtrak / Le petit déjeuner de Nico Peltier, Pablo Salaun / France / 2016 / Documentaire / 03’20

Quelque part au-dessus du cercle polaire, deux femmes de la tribu des Nenets attendent le retour des hommes partis à l’aube pour ramener au campement l’élément vital de la tribu. C’est l’heure du petit déjeuner au beau milieu de la toundra.

Tout est bon dans le cochon de Emma Perret / France / 2006 / Fiction / 18’00

Six ouvriers saisonniers vivent sur un chantier isolé, entre, d’un côté, boue et terre pelée, et, de l’autre, l’eau vaseuse d’un canal. Matin, midi, et soir, ils se nourrissent de soupe de poisson, tout en se racontant des recettes de gras frit et boulettes de porc farcies.

A Love Supreme de Niles Patel / Royaume-Uni, Angleterre / 2001 / Documentaire / 09’10

Un essai sur la préparation des samosas, où le réalisateur immortalise avec soin, patience et raffinement la beauté et la dextérité des mains de sa mère.

Clément Cogitore : « Notre rêve à tous, réalisateurs/trices, c’est de faire des prototypes dans l’industrie du Cinéma »

Clément Cogitore cinéaste et vidéaste plasticien, très présent dans l’actualité de ce début d’année, était membre du jury des longs-métrages au festival d’Angers le mois dernier. Il présente au Festival de Clermont plusieurs courts-métrages dont Braguino, western sibérien alternant entre douceur et rigueur ou encore Les Indes Galantes, oeuvre théâtrale qui mêle danse urbaine et musique baroque. Se démarquant par une approche résolument contemporaine dans le monde du cinéma, il alterne et mélange les genres dans ce qu’il appelle le Cinéma avec un grand C, un cinéma qui est partout, dans les salles obscures ou entre quatre murs blancs.

© Johann Bouche Pillon

Tu as étudié au Fresnoy. Qu’est-ce que cela t’a apporté ? As-tu cherché à te libérer de cette école par la suite, sortir du cadre ?

Tout d’abord j’ai fait une école d’art à Strasbourg, puis ensuite, je suis allé au Fresnoy. Je ne la considère pas comme une école mais plutôt comme un lieu de rencontres et de production. On rencontre des réalisateurs, des artistes de toutes disciplines, des techniciens. J’ai pu suivre des gens de ma promo qui sont devenus des amis ou des réalisateurs et artistes avec qui il m’arrive régulièrement d’être programmé en festivals et dans des expositions. (Damien Manivel, Bertrand Dezoteux, Gabriel Abrantes…) Je n’ai pas vraiment eu à m’en libérer car il n’y a pas vraiment de cadre. Il y a une grande liberté au sein de l’école.

En ce début d’année, tu as été membre du jury des longs-métrages à Angers et tu a trois films courts en sélection à Clermont-Ferrand. Qu’est-ce qui t’intéresse dans cet aller-retour entre court et long ? Qu’est-ce que le court t’apporte par rapport au long ? Te pose-tu la question de la visibilité de tes courts ?

Je ne me pose pas la question de durée, c’est plutôt une décision arbitraire car il n’y a pas de règles pour moi. C’est le Cinéma avant tout qui m’intéresse. Les questions de durée me semblent bien loin derrière l’amour du cinéma. Même en tant que spectateur, je prends autant de plaisir à voir des films ultra courts, que des séries Netflix ou des longs-métrages de fiction. Il y a aussi des films très court qui ont changé ma vie. J’apprécie beaucoup par exemple un film de Malcolm le Grice intitulé Berlin Horse.

Pour la visibilité, je me pose moins la question également. C’est le film au sens large du terme qui m’intéresse – le cinéma en général. Pour moi, les deux se confondent.

On parle souvent de deux mondes bien distincts entre l’art contemporain et le cinéma, on sent que ton travail casse certaines frontières car il est montré à la fois dans les galeries et les musées et également au cinéma. Comment te perçois-tu par rapport à cela ? Qu’est-ce que ces différents lieux de diffusion t’apportent ?

Oui, je ne suis pas le premier ni le dernier. Ce sont des manières de produire différemment, de penser différemment les images. C’est pour moi aussi une idée de remettre en question ma manière de faire un film.

Par exemple, dans un espace d’art contemporain, ce que l’on veut avant tout, ce sont des prototypes. Dans une salle de cinéma, l’objet que l’on va fabriquer est cher et produit de manière industrielle (même pour un film d’auteur). Le cinéma, c’est aussi une industrie, la questions de la rentabilité se pose donc.

Notre rêve à tous, réalisateurs/trices, c’est de faire des prototypes dans cette industrie-là. C’est assez dur. Les contraintes d’un scénario, d’un récit sont fortes et la question à se poser, c’est comment réinventer tout cela. Dans un musée ou une galerie, il y a beaucoup plus de liberté sur la manière de raconter ou celle dont sont fabriquées les images et comment on les montre, alors qu’au cinéma les choses sont plus rigides. En revanche, dans un film produit pour le cinéma, on a une force de frappe que l’on a rarement. Et ces moyens-là, nous ne les avons pas (ou peu) dans l’espace de la galerie.

Si on évoque ton court-métrage Les Indes galantes, qu’est-ce qui t’a intéressé dans ce projet commandé par l’Opéra de Paris ?

Il s’agit d’une carte blanche de l’Opéra de Paris pour leur collection 3ème Scène. J’avais cette idée depuis un moment et j’attendais l’occasion pour la mener à bien et l’Opéra est arrivé un peu comme une bonne fée. Le film a pu se faire grâce à eux.

C’est un film à la fois très écrit et pas du tout écrit, c’est un mélange assez radical, assez simple mais aussi assez rigide, c’est-à-dire une scène noire, une douche de lumière avec un groupe de spectateurs-danseurs et des danseurs au milieu qui se relayent avec des parties chorégraphiées et d’autres improvisées.

Il y a des moments précis où l’on savait exactement ce qui allait se passer et puis entre ces brefs moment, c’était totalement improvisé car un danseur pouvait réaliser tel ou tel geste et je ne maîtrisais pas forcément grand-chose à cet instant-là.

On savait juste qu’en tournant, à chaque prise, on dirigeait chaque danseur en lui disant :“ Tu vas arriver à la suite de cet autre danseur”, chose qu’on répétait à tous les participants. Ensuite, c’est parti et advienne que pourra. Le tournage s’est fait sur un temps très court et très intense et cela a donné un film de 6 minutes environ.

Vous avez d’ailleurs fait des arrangements sur la musique des Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau ?

Oui, on a rajouté un support de percussion et les arrangements ont été faits par Thomas Debordes et Arnaud Toulon. Il y a à la base beaucoup de percussions pour cette musique, mais ce sont des partitions qui sont assez peu écrites en terme d’orchestration. La musique peut se jouer dans des orchestres très différents en fonction des chefs et des ensembles, il peut y avoir beaucoup de percussions comme pas du tout. Dans la musique romantique par exemple, les choses sont vraiment écrites et tout est détaillé dans les moindres détails sur les accords et les notes (comme Wagner par exemple). La, c’est de la musique baroque, elle est beaucoup moins écrite et est, donc, beaucoup plus souple dans sa manière de s’orchestrer.

Braguino ton dernier film, se focalise sur les paysages du nord et isolés, tu as déjà travaillé sur ces lieux avec l’intervalle de résonance. Y a t-il une raison spécifique ? Une attache particulière à ces endroits ?

Pas spécialement, juste avant, j’ai fait mon long-métrage “Ni le ciel, ni la terre” qui abordait plutôt les grands espaces du sud. Il y a ce côté western dans Braguino comme il y a aussi dans “Ni le ciel ni la terre”. C’est la confrontation entre l’homme et le paysage qui m’intéresse et cela amène très vite ce côté western dans mes films. Ce genre là peut se décliner dans tous les univers possibles et inimaginables. Je cherche une manière de faire rentrer du cinéma par la confrontation des corps avec le paysage, et les grands espaces le permettent beaucoup plus que la ville et les intérieurs.

En tout cas, pour l’instant, ce sont des choses qui m’intéresse même si mes prochains films ne vont pas vers cela.

Peux-tu nous raconter le processus de tournage de Braguino, qui s’intéresse à une famille russe habitant dans un lieu isolé de Sibérie et comment tu as amené une équipe là-bas ? As-tu rencontré des problèmes notamment avec la barrière de la langue ?

Il y a beaucoup de réalisateurs qui tournent comme moi avec des interprètes. Je baragouine aussi un peu de russe, je me repère avec quelques mots et j’ai toujours un décalage sur ce qui est en train de se passer, donc je n’ai pas le sens exact mais avec l’interprète, je sais ce qu’il se dit. Quelquefois, lors d’entretiens, si je veux avoir certaines informations, j’arrête et je demande si une phrase en particulier à été dite exactement de la manière que je cherche ou non.

Parfois, je laisse les choses totalement vivre, ensuite je parle avec l’interprète qui me dit ce qu’il s’est passé ou ce qui a été dit, mais c’est sur la table de montage que je vois exactement ce dont je dispose, avec la transcription des rushes.

Ensuite pour aller là-bas, nous étions dans un hélicoptère 5 places. Il y avait le pilote, l’équipe de tournage et une place occupée par tout le matériel et un groupe électrogène pour être totalement autonome en énergie. Un peu comme la famille Braguine que j’ai filmé, qui économise ses ressources au maximum, nous avons fait pareil.

Les Braguine, lorsqu’ils tuent un ours, ils prennent ses viscères pour la médecine chinoise, la fourrure pour les tapis, et les pieds pour en faire des chaussons. Nous, nous avons calculé les litres d’essence nécessaires pour le groupe électrogène, pour recharger les batteries des caméras et pour tout autre nécessité énergétique. Il y avait en quelque sorte une économie du tournage qui était assez proche de l’économie d’autarcie et de survie de la famille que j’ai filmé.

Quel regard portes-tu sur le court-métrage ? Y a t-il un essoufflement ou un regain d’énergie chez les réalisateurs d’aujourd’hui ? Certains réalisateurs t’intéressent-ils plus particulièrement ?

Je n’ai pas vraiment d’avis général. J’ai été Président du prix de qualité au CNC (aide après réalisation aux films de court métrage) l’année dernière. Je voyais donc des films qui demandaient de l’aide après réalisation et souvent, il y avait deux-trois films qui étaient vraiment très bien, beaucoup de choses étaient bien faites. D’autres films étaient moins intéressants.

Quels sont tes futurs projets ?

J’ai un long-métrage de fiction qui est en écriture mais je n’ai pas de date de tournage précise. Je ne sais pas non plus quand on arrivera au bout mais ce sera tourné intégralement à Paris. Je suis également artiste associé au Palais de Tokyo pour une exposition prévue à l’été 2018 où je conçois des installations autour du thème de l’enfance.

Il y a aussi un troisième gros projet qui est la préparation d’une mise en scène d’opéra pour l’Opéra de Paris pour septembre 2019. Il s’agit d’une ne mise en scène de l’intégralité des Indes Galantes à l’Opéra Bastille. Il y aura de la danse urbaine mais pas seulement. Il y a beaucoup d’éléments que je veux exploiter dans les Indes Galantes, il y aura donc une diversité visuelle en réponse à la diversité de l’oeuvre.

Propos recueillis par Clément Beraud

Articles associés : la critiques des Indes Galantes, celle de Braguino

Clermont 2018, jour 4

Après vous avoir proposé des films en ligne issus de la cérémonie d’ouverture et de la rétrospective suisse du 40ème festival de Clermont-Ferrand, voici 2 nouveaux courts extraits de la carte blanche offerte cette année à la société de production La Luna Productions.

Fard de Luis Briceno, David Alapont / France /  Fiction / 2009 / 13′

Dans un futur proche, le monde semble fonctionner de façon efficace et contrôlée.

The Bloody Olive de Vincent Bal / Belgique / 1996 / Fiction / 10′

24 décembre 1951, Werner et Mylene se préparent a réveillonner, quand soudain on sonne a la porte. C’est le début d’une soirée pleine de surprises, où les apparences s’avèreront souvent trompeuses.

Article associé : Selected Shorts, la collection DVD éditée par le Festival de Louvain

Negative Space de Ru Kuwahata et Max Porter

Negative Space, réalisé par Ru Kuwahata et Max Porter, raconte l’histoire de Sam et de sa relation particulière avec son père qui n’est jamais quasiment à la maison. Pourtant, un lien très fort l’unit à lui : il lui a en effet enseigné comment faire sa valise le plus rapidement et efficacement possible, de manière à ne laisser aucun espace vide.

Ru Kuwahata et Max Porter, ces deux spécialistes du cinéma d’animation se sont inspirés d’un poème de l’auteur américain Ron Koertge pour explorer la relation entre un fils et son père qui part toujours en voyage d’affaires. Inspirée par les cadrages du cinéaste japonais Yasujirō Ozu et les sculptures hyperréalistes de Ron Mueck, cette animation en stop-motion nous emmène dans l’intimité de ces personnages, dont l’histoire métaphorique résonne en chacun de nous.

L’espace devient sujet à part entière et métaphore de la relation entre le père et son fils. Organiser de façon efficace l’espace dans une valise reflète la tendance du père à bannir tout ce qui pourrait être superflu et inutile. Aller à l’essentiel et ne garder que le nécessaire, voilà ce qui compte pour lui dont l’unique lien avec son fils est cette valise. A travers les plans aériens de la valise, Kuwahata et Porter montrent toute la minutie avec laquelle le père s’efforce de faire disparaître tout l’espace superflu. Cependant, ce n’est pas cet espace-là qu’il devrait combler, mais bien plus celui qui le sépare de son fils.

La valise symbolise donc la connexion et la séparation entre le père et son fils. Le seul lien intime qui les unit se noue autour de cette valise qui signifie aux yeux du fils un court instant de bonheur avant la séparation inévitable.

Negative Space, nommé aux Oscars et projetée ces jours-ci en compétition nationale au Festival de Clermont-Ferrand, nous reste en mémoire par son aspect réaliste et sa spontanéité. L’animation en volume s’apparente à un film en prise de vues réelles et donne aux objets et aux personnages un aspect vivant. C’est comme si les personnages, de par leur texture et leur spontanéité, devenaient des êtres éveillés que l’on pourrait toucher. Les bruitages naturels procurent également un ton juste à l’animation, que ce soit par le pli des vêtements ou encore le crissement du plastique. Le son provoque en nous des sensations directes et une impression réaliste de ce rituel entre le père et son fils.

Entre humour et tristesse, légèreté et gravité, douceur et amertume, ce film fait également preuve d’une certaine pudeur. Le ton juste employé lui donne un aspect poignant et réaliste. Entre un passé chaleureux et doux, fait de vagues et de soleil et un présent sombre et dur dans la neige et le froid, cette union de deux moments de vie opposés nous laisse une impression douce-amère.

En réalité, ce qui nous marque le plus dans cette histoire, c’est la résonance qu’elle peut avoir en nous. Elle fait renaître tous ces souvenirs qui pourraient paraître insignifiants au premier abord, mais qui restent profondément ancrés dans notre mémoire pour le reste de notre vie. Ce sont toutes ces petites choses qu’on a connues dans notre enfance qui forment un tout et définissent notre présent. Cette animation nous fait comprendre comment nos souvenirs sont liés à des sensations et des petites choses apparemment dérisoires, mais qui témoigneront de toute leur importance à l’âge adulte.
Si cette histoire nous unit, c’est non seulement par les souvenirs qu’elle réveille en chacun de nous, mais aussi parce qu’elle nous rappelle que l’espace le plus important à combler est celui qui nous sépare des autres.

Anissa Bouchra

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N comme Negative Space

Fiche technique

Synopsis : Mon père m’a appris comment faire une valise.

Genre : Animation

Durée : 5’30”

Pays : France

Année : 2017

Réalisation : Ru Kuwahata, Max Porter

Scénario : Max Porter, Ru Kuwahata

Image : Nadine Buss, Simon Gesrel, Max Porter

Voix off : Albert Birney

Son : Bram Meindersma

Musique : Bram Meindersma

Montage : Max Porter

Production : Ikki Films

Article associé : la critique du film

Clermont, jour 2

Pour ce 2ème jour de festival clermontois, voici quelques nouvelles propositions en ligne. Cette année, la Suisse est le pays invité, l’occasion pour nous de vous proposer quelques pépites helvétiques dignes de ce nom programmées dans la rétrospective présentée au festival ces jours-ci. Enjoy !

Mak de Géraldine Zosso / Suisse / 2010 / Fiction, 8′

Dans un photomaton, un bébé pleure. Ilinka essaie de le calmer en chuchotant de doux mots moldaves. Les photos apparaissent, deux visages se pressent l’un contre l’autre: un bébé et une adolescente. Ilinka a 14 ans et vit depuis un an en Suisse avec sa mère et sa tante. Elle vient d’accoucher, mais sa mère décide qu’il est mieux d’abandonner l’enfant. Elle a entendu parler d’une boîte où l’on peut déposer les bébés.

Reines d’un jour de Pascal Magnin / Suisse / 1996 / Chorégraphie / 26′

Dans les Alpes, suspendus entre terre et ciel, parmi les vaches et les villageois, six danseurs roulent sur la pente de la montagne. Visuel, sensuel et drôle, cet impressionnant ballet est un puissant hommage à la beauté de la nature.

L’annonciatrice de Douglas Beer / Suisse / 1991 / Fiction / 15′

Dans un hôtel alpin, un archéologue voit une femme de chambre à l’étrange ressemblance avec une Romaine peinte sur une fresque. Un sentiment lui fait penser que cette femme encourt un danger. Il décide donc de prolonger son séjour et confronte ainsi son terrible destin.

Kwa Heri Mandima (Au revoir Mandima) de Robert-Jan Lacombe / Suisse / Documentaire / 2010 / 11′

Synopsis : A travers la redécouverte d’images d’archives longtemps conservées à Bordeaux chez mes grands parents, je raconte mon enfance passée à Mandima, un petit village du nord-est Zaïre où je suis né. En partant d’une photo panoramique du grand départ, j’observe et je repense à ces dix premières années de ce petit garçon qui doit, un beau jour, partir ailleurs pour la ville, pour le lycée. Derrière lui, il laisse ses amis et toute une culture. La vie, sa mentalité, ses codes seront à réapprendre.

Article associé : la critique du film

Clermont, jour 1

Le 40ème Festival de Clermont-Ferrand démarre ce vendredi 2 février 2018. Pour ceux qui ne peuvent s’y rendre ou qui souhaitent prolonger leurs séances, Format Court vous propose au jour le jour une sélection de films programmés au festival, visibles en ligne, repérés en compétition et dans les programmes parallèles. Voici pour ce premier jour, 3 courts-métrages qui seront projetés ce soir dans le cadre du programme d’ouverture.

PJ Harvey – The Community of Hope de Seamus Murphy / Royaume-Uni / 2016 / Clip / 3′

Photographe britannique, Seamus Murphy est membre du jury international.

Hoy no estoy (Je ne suis là pour personne) de Gustavo Taretto  / Argentine / 2007 / Fiction / 8′

Un jour, Martin veut disparaître. Il ne veut plus du tout être vu. Plus du tout ?

Gustavo Taretto est membre du jury international.

Lady Sir – Le temps passe de Jean Gabriel Périot / France / 2017 / Clip / 4′