Crème de menthe de Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné

Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné, cinéastes québécois, reviennent à la Quinzaine des Réalisateurs avec leur dernière production, Crème de menthe, deux ans après la sélection de leur court métrage Bleu Tonnerre.

Renée, la vingtaine, voyage à Saguenay (Québec) où elle a grandi, mais où elle n’était pas retournée depuis longtemps, pour assister aux funérailles de son père. Elle y apprend qu’elle n’a que six jours pour vider la maison du défunt et entame alors une semaine de travail acharné pour se débarrasser des tonnes de cassettes, vinyles, vêtements, objets en tous genres qui se sont entassés dans une maison où rien ne semble avoir été jeté depuis des années. Ce travail colossal en un laps de temps très court est cinématographiquement rythmé par un carton montrant chaque jour qui défile. Le spectateur, comme Renée, ressent le passage du temps comme un poids ; la tension est lourde face à cette maison qui paraît toujours aussi pleine et la date butoir qui approche. Cette sensation est renforcée par la quasi solitude de Renée dans ce huis clos étouffant, manquant d’espace et de lumière.

Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné travaillent ensemble depuis bientôt dix ans et se sont essayés avec brio à plusieurs genres et formats : documentaire, fiction, courts métrages, séries. Leur sensibilité pour le documentaire se retrouve dans leur façon de filmer Crème de menthe. La caméra est souple, elle se fait oublier dans les méandres de cette maison ultra chargée. La photographie est sobre, paraît naturelle, sans artifice.

Le film est porté par Charlotte Aubin, actrice confirmée, dont le personnage est traversé par plusieurs émotions tout au long du film. Au départ plutôt froide, elle semble supporter la mort de son père mieux que quiconque. Son sarcasme face à la situation montre une jeune femme emplie de colère envers son père et le monde. Cette tristesse qu’elle semble avoir emmagasinée en elle la rend tout de même attendrissante. En effet, progressivement, son visage s’adoucit, on la sent se rapprocher de la mémoire du disparu. Plus la maison se vide, plus les souvenirs et la tendresse s’emparent d’elle et sa colère semble se transformer en mélancolie. Jusqu’à la séquence finale où elle rend un dernier hommage touchant à son père ; qui donne son titre au film, Crème de menthe.

Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné, maintes fois reconnus en festival ou à la télévision tout au long de leur parcours, signent avec Crème de menthe un court métrage simple et fort. Se retrouveront dans le personnage de Renée ceux qui, comme elle, ont fait face à une maison pleine de souvenirs à vider après un décès.

Zoé Libault

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