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Dénes Nagy : « Je sens que je dois être ouvert à ce qui me touche »

Dénes Nagy est un réalisateur hongrois que nous avons rencontré à Cannes. Après avoir étudié l’Université d’Art Dramatique et Cinématographique de Budapest et avoir passé un an à la Berlin Film Academy (DFFB), il a réalisé « Lágy Eső », un film touchant sur l’adolescence et le passage difficile à l’âge adulte. Le film, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs, est le fruit d’une coproduction entre trois pays : la Hongrie, la Belgique et la Suisse. Entretien autour de l’observation, de la proximité avec les personnages, du hasard et de la difficulté de création.

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Tu as étudié et tu continues à étudier le cinéma. Tu as eu une approche théorique hongroise et allemande. Qu’as-tu appris de ces différentes expériences ?

À Budapest, je me suis concentré sur le cinéma. Il y a une tradition très ancrée en Hongrie, celle de raconter des histoires par le biais d’images et non par des outils dramatiques, narratifs. Les jeunes réalisateurs locaux ont grandi dans cette tradition. Les films hongrois sont très forts visuellement mais narrativement, ils sont moins forts. J’ai suivi cette voie. Et en Allemagne, ça a été l’opposé. Les images n’y sont pas aussi importantes, les mouvements de caméra, par exemple, sont moins importants que les histoires et les personnages. Ce sont deux approches très différentes.

Est-ce que tes films ont été différents après tes études en Allemagne ?

Je pense, oui.

Les films hongrois accordent-ils une place importante à la réalité ?

Je ne trouve pas qu’ils soient si proches de la réalité. Parfois, il y a un lien avec le réel, mais il n’est pas très ancré. La proximité avec les personnages, la relation qu’ils nouent avec l’environnement, ce sont deux choses très importantes dans le nouveau cinéma allemand et dans le cinéma français, comme dans les films de Bruno Dumont.

Est-ce que c’est quelqu’un qui a beaucoup compté pour toi ?

Oui, je suis très surpris par la façon dont il filme les relations entre le paysage et les personnages et par la façon dont les visages et les paysages sont parlants, racontent déjà une histoire. C’est un vrai observateur.

Comment est né ton film ?

Le film est l’adaptation d’une nouvelle écrite par Sándor Tar, un très bon écrivain hongrois contemporain. L’histoire fait trois pages, j’ai écrit le scénario avec mon chef op, Tamás Dobos. On a fait beaucoup de changements mais ce qu’on voulait dès le départ, c’était la proximité avec la terre et des gens d’un seul et même lieu. J’ai choisi le lieu de tournage, dans l’est de la Hongrie, et on a trouvé les gens sur place, les bons visages parmi une vraie communauté de fermiers. Personne n’était professionnel. Ils étaient tous amateurs.

Qu’est-ce qui t’intéressait dans l’histoire de Sándor Tar ? L’esclavage, la difficulté d’aimer, d’être libre, d’être soi-même ?

C’est dur à dire (rires) ! Tout ce qu’il y a dans l’histoire d’origine sont juste des outils pour entrer dans le film, dans un monde. On me demanderait de quoi parle le film, je ne saurais pas quoi répondre. Je ne sais pas, je n’ai pas cherché un message, c’est venu de l’inconscient de mon chef op et de moi-même. Il n’y a pas d’indices, j’étais très intéressé par ce garçon, par ses sentiments. C’était la seule chose qui m’importait. Tout ce qu’il y a dans l’histoire d’origine sont juste des outils pour entrer dans le film, dans un monde.

As-tu vu « Csicska » d’Attila Till,, précédemment montré à la Quinzaine ?

Oui, le film est très différent. Je pense que c’est un film très classique, narratif, un peu politique, au contraire du mien.

Il me semble qu’ils rejettent tous les deux les êtes faibles.

Oui, à la différence près que dans « Csicska », c’est le sujet du film. Dans mon histoire, je ne me suis pas focalisé sur le fait que le garçon soit orphelin. « Csicska » répond à quelque chose qui se passe dans la société, ce n’est pas le cas du mien. Je veux juste être proche de mon personnage, c’est mon seul désir en tant que réalisateur.

Comment as-tu travaillé avec ces jeunes acteurs ?

Le but était de les trouver, pas de les créer (rires). Ma tâche à 99% était de dénicher les personnages qui portaient cette histoire en eux. En rencontrant les deux comédiens, on a beaucoup changé le scénario, on l’a adapté à eux. On a parlé, passé du temps avec eux, rejoint leurs centres d’intérêt.

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Est-ce que ça a été difficile d’y parvenir ?

Oui, d’autant plus qu’ils viennent tous deux d’un monde très différent, d’une région très pauvre en Hongrie. Pour moi, ce n’était pas simple d’avoir une sorte de double vie en allant là-bas chaque semaine. À la maison, à Budapest, j’avais tout. Là-bas, c’était bien différent.

À quoi ressemble leur vie ?

Les choses de base manquent, ils n’ont pas d’eau, pas d’électricité, pas d’argent, pas de travail. Des très choses très dures leur arrivent régulièrement. Ça ne détermine pas le film mais ça participe à leurs émotions.

Tu as fait bon nombre de documentaires et de courts. En as-tu fait parce que tu n’avait pas l’opportunité de faire des longs ?

Ce n’était pas si planifié, j’aimerais faire un long, pas juste pour faire un film. Des évènements, des rencontres sont arrivés dans ma vie, un peu par hasard, certains sont devenus des films. Je sens que je dois être ouvert à ce qui me touche. J’ai fait par exemple un documentaire sur un musicien de rue, rencontré dans le Berlin d’underground, la rencontre a déterminé le film. Ça arrive parfois comme ça…

Comment se fait-il que tu as eu besoin de coproducteurs belge et suisse pour « Lágy Eső » ? Tu n’as pas réussi à trouver suffisamment d’argent en Hongrie ?

Non, ce n’était pas facile. J’ai pu trouver un peu d’argent en Hongrie, mais même avec l’argent belge et suisse, ça représentait très peu d’argent, dans son ensemble (rires).

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Est-ce que ça devient de plus en plus difficile de faire des courts en Hongrie ?

Oui. Recevoir de l’argent devient presque impossible dans mon pays.

Comment les autres font-ils ?

L’école nationale de cinéma de Budapest finance les films, mais cela aide seulement les étudiants. On recevait de l’agent de la Fondation hongroise du film, mais elle a fermé en 2010. Je ne sais pas comment nous ferons à l’avenir. Heureusement, la chaîne de télévision HBO est là, elle finance encore des projets artistiques. Actuellement, je prépare un projet de long documentaire pour elle. Ça me permet de voir venir.

Encore une chose sur « Lágy Eső ». Le monde adulte y est très absent…

Oui. Je suis très intéressé par ce passage entre l’enfance et le monde adulte. Est-on encore enfant ou déjà un adulte ? Ou bien les deux ? Je ne pourrais pas encore faire de film sur les adultes, je ne suis pas encore prêt, ça me fait un peu peur. Plus tard…

… Quand tu auras grandi !

Oui, je fais encore des courts, je ne suis pas encore un adulte (rires) !

Propos recueillis par Katia Bayer

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Article associé : la critique du film

Cannes, la Palme d’Or du court métrage & les deux Mentions Spéciales

Le Jury du 66e Festival de Cannes, présidé par Steven Spielberg, a dévoilé ce soir son Palmarès lors de la Cérémonie de clôture. De son côté, Jane Campion (lire son interview) et son Jury ont distingué trois films parmi les neuf titres de la sélection courte.

Palme d’Or : SAFE réalisé par MOON Byoung-gon (Corée du Sud)

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Syn. : N’est-ce pas TROP prudent?

Mention Spéciale – Ex-aequo :

– HVALFJORDUR (Whale Valley / Le Fjord des Baleines) réalisé par Gudmundur Arnar GUDMUNDSSON (Danemark, Islande)

 

Syn . : Le film dépeint une relation étroite entre deux frères vivant avec leurs parents dans un fjord reculé. Nous pénétrons dans leur monde à travers le regard du plus jeune frère et nous l’accompagnons dans un voyage qui marquera un tournant dans leur vie.

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– 37°4 S réalisé par Adriano VALERIO

Syn. : De nos jours, à Tristan da Cunha : 270 personnes vivent sur cette petite île perdue au milieu de l’Océan Atlantique. Nick et Anne, deux adolescents, se connaissent depuis toujours, et sont amoureux depuis l’enfance.
Mais Anne a choisi de partir étudier en Angleterre, à 6152 miles de Tristan.

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Le palmarès de la 16e édition de la Cinéfondation

Le Jury de la Cinéfondation et des courts métrages présidé par Jane Campion et composé de Maji-da Abdi, Nicoletta Braschi, Nandita Das et Semih Kaplanoğlu, a décerné vendredi après-midi les prix de la Cinéfondation lors d’une cérémonie salle Buñuel, suivie de la projection des films primés. La sélection comprenait 18 films d’étudiants en cinéma choisis parmi près de 1 550 candidats en provenance de 277 écoles dans le monde. « Le Jury a décerné les prix à l’unanimité et souhaite féliciter les réalisateurs et réalisatrices pour l’excellence et la maturité de leur expression cinématographique.»

Premier Prix : NEEDLE réalisé par Anahita Ghazvinizadeh – The School of the Art Institute of Chicago, États-Unis

Syn. : La jeune Lilly va se faire percer les oreilles. Une dispute entre ses parents envenime la situation qui prend une tout autre tournure…

Deuxième Prix : EN ATTENDANT LE DÉGEL réalisé par Sarah Hirtt – INSAS, Belgique

Syn. : Une fratrie désunie se retrouve lors d’un déménagement. L’ambiance est électrique. Valéry, Victor et Vincianne prennent la route sans se douter que des embûches vont parsemer leur voyage… Le film interroge l’évolution d’une mésentente fraternelle au cœur d’une situation critique et décalée.

Troisième Prix ex aequo: ÎN ACVARIU (In the Fishbowl) réalisé par Tudor Cristian JURGIU – UNATC, Roumanie

Syn. : George et Christina font de leur mieux pour rompre mais ils semblent avoir un peu de mal à y parvenir.

Troisième Prix ex aequo : PANDY (Pandas) réalisé par Matúš VIZÁR – FAMU, République Tchèque

Syn. : Ils sont le produit de millions de générations précédentes et doivent pourtant se débrouiller tout seuls dans la forêt. Un jour un primate bien trop actif, l’être humain, les trouve et ils deviennent vite une source de jeu pour l’homme.

Les prix sont accompagnés d’une dotation de 15 000 € pour le premier, 11 250 € pour le deuxième et 7 500 € pour le troisième.
Le lauréat du premier prix a également l’assurance que son premier long-métrage sera présenté au Festival de Cannes.

Cannes Courts, reprise des courts métrages en compétition au Festival de Cannes 2013

Bonne info. Le Cinéma du Panthéon organise la semaine prochaine la reprise des courts métrages en compétition au Festival de Cannes 2013. La projection aura lieu le jeudi 30 mai à 20h30, en présence des réalisateurs et des membres du jury. Elle sera suivie d’un verre au Salon du Panthéon.

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Infos

Tarif unique : 6 €. Cartes illimitées non acceptées.

Réservations : courtscannes2013@gmail.com

Cinéma du Panthéon
13 rue Victor Cousin, 75 005 Paris
www.cinemadupantheon.fr
tél : 01 40 46 01 21

Quinzaine des Réalisateurs, Prix Illy du court métrage

Après avoir récompensé « The Curse » de Fyzal Boulifa l’an passé, la marque Illy profite à nouveau de la visibilité de Cannes pour remettre  un nouveau prix à la Quinzaine des Réalisateurs : le Prix Illy du court métrage. Deux films de la sélection ont ainsi été récompensés par le Jury composé de Leïla Kilani, Isabelle Régnier, Lucia Dore-Ivanovitch, Carlo Bach et Louis Garrel (president).

Prix Illy : Gambozinos de João Nicolau (Portugal)

Mention spéciale à Pouco mais de um mês (Un peu plus d’un mois / About A Month) d’André Novais Oliveira (Brésil)

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52ème Semaine de la Critique, le palmarès des courts

En attendant de découvrir la Palme d’Or demain, les différentes sections cannoises ont sorti leurs palmarès respectifs. Commençons avec la Semaine de la Critique qui a dévoilé ses deux prix du court. Pour rappel, le Jury était composé de Mia Hansen-Løve (Présidente), Brad Deane, Savina Neirotti, Johannes Palmroos & Lorna Tee.

Prix Découverte du court métrage : Come and Play de Daria Belova (Allemagne)

Syn. : Berlin. Grisha, un petit garçon Germano-Russe s’amuse à jouer avec un pistolet en bois. Plus il joue, plus il s’enfonce dans une réalité alternative. Les frontières entre le présent et le passé s’estompent. Des images d’un Berlin d’hier apparaissent; les rues et les immeubles marqués des années de guerre. Tout à coup, il se retrouve plongé dans un cauchemar d’une autre ère.

Prix Canal+ : Pleasure de Ninja Thyberg (Suède)

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Syn. : Dans les coulisses du tournage d’un film pornographique, les acteurs s’entraînent à adopter différentes positions. Une rumeur circule comme quoi l’une des actrices ferait un ”double anal”, une pratique assez exigeante et difficile. Un film surprenant qui se déroule sur un lieu de travail bien particulier.

S comme Swimmer

Fiche technique

Synopsis : Un jeune homme traverse à la nage les lacs et les rivières de Grande-Bretagne sur un assortiment de musiques nationalistes…

Genre : Fiction

Pays : Royaume-Uni

Année : 2013

Durée : 17′

Réalisation : Lynne Ramsay

Image : Natasha Braier

Directeur artistique : Kristine Maj De Neergaard

Montage : Adam Biskupski

Musique : Lucy Bright, Rory Kinnear

Interprète : Tom Litten

Production : Warp Films

Article associé : la critique du film

Swimmer de Lynne Ramsay

La solitude du nageur des profondeurs

« Swimmer » est un film réalisé par Lynne Ramsay (« We need to talk about Kevin »), qui a signé par le passé trois autres courts métrages dont deux ont remporté le Prix du Jury (Court métrage) au Festival de Cannes : « Small Deaths » (1996) et « Gasman » (1998). Elle revient au format court en tournant un des quatre films célébrant les Jeux Olympiques de Londres de 2012. Déjà récompensé par le BAFTA 2013 du meilleur court métrage, « Swimmer » vient d’être sélectionné à la 44ème Quinzaine des Réalisateurs.

Un nageur voyage à travers les voies navigables de la Grande-Bretagne, des sons et des images reflètent ses pensées, ses rêves et ses souvenirs. Émergeant des profondeurs, cet être infatigable parcourt un fleuve sans fin. Au fil de l’eau, il traverse un pays imaginaire peuplé d’apparitions furtives et de sons étranges.

C’est un noir et blanc beau comme un vers de Keats que nous offre Natasha Braier, la directrice de la photographie du film. Portés par cette atmosphère propice à la contemplation, les ralentis très stylisés des bras du jeune homme fendant l’eau confèrent une certaine torpeur à l’image, offrant encore plus d’écho à la musique et aux sons qui entourent le nageur.

Mais la réalisatrice de « Ratcatcher » a autre chose en tête. Elle ne se contente pas de filmer un improbable éloge du crawl à travers la campagne anglaise, elle nous propose ici un hommage poétique et sincère au cinéma britannique. En filmant Tim Litten parcourir à la nage les rivages anglais, elle nous invite par la même à revisiter quelques uns des plus grands films anglais.

« Swimmer » s’ouvre avec la musique tambour-battant du film de Peter Brook « Lord of the Flies » (Sa Majesté des Mouches), le nageur rejoint alors la surface. Des voix chuchotent sur la terre, il tend l’oreille, l’aventure commence. Des enfants tout droit sortis du livre de William Golding se mettent alors à l’attaquer. Il parvient malgré tout à leur échapper, la nuit tombe et la ville lui apparaît froide et inhospitalière. Il disparaît sous un pont puis se met à marcher sur les berges, il voit alors apparaître un manège dévasté. La musique du film « If » de Lindsay Anderson retentit dans l’air, intense et violente, comme un écho à la fureur de ce film-manifeste de la contre-culture des années 60.

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Le nageur se débat dans l’eau comme sur terre pour dissiper la confusion qui règne en lui. Puis la tempête retombe, le calme revient avec la grâce de la voix bienveillante de Tom Courtenay au début du film de Tony Richardson « The Loneliness of the Long Distance Runner » (La solitude du coureur de fond). Le nageur reprend sa route, apaisé au milieu d’une eau calme. Il finit alors sa course au milieu d’une eau paisible, les yeux vers le ciel ; et replonge dans les méandres du fleuve.

C’est un certain regard, une certaine vision du cinéma et de l’Angleterre dont témoigne Lynne Ramsay dans « Swimmer ». Tandis que le nageur explore le cinéma indépendant anglais, elle nous fait partager quelques unes des influences qui ont marqué profondément son propre cinéma.

Julien Beaunay

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Olena d’Elżbieta Benkowska

Nouvelle donne

Sous l’apparence de la sagesse se cache parfois une vitalité surprenante, une précieuse énergie prête à rompre avec l’ordre des choses. Au fond, ce n’est pas seulement au personnage d’Olena qu’on pourrait appliquer cette puissance dissimulée, mais au court métrage éponyme d’Elżbieta Benkowska dans son ensemble, tout premier film polonais à concourir à la Palme d’or dans sa catégorie courte. En empathie avec le personnage principal, la mise en scène apparemment classique dévoile une intrigue chargée de détails puissants et subtils. Voici la situation de base : un jeune coupe d’Ukrainiens, traversant la Pologne pour atteindre la Suède, perdent leurs passeports. Ce n’est pas seulement un voyage qui nous est donné à voir mais l’histoire d’une réorientation, celle d’une cassure à partir de laquelle s’ouvre un nouveau champ. Au cours de la traversée, il s’agit donc de prendre conscience de la valeur de la frontière comme seuil géographique, linguistique et existentiel.

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Dans « Olena », la ville de Gdańsk apparaît d’abord comme l’espace d’une banale traversée : alors qu’ils atteignent la ville en train depuis l’Ukraine dont ils sont originaires, Olena et Dima se font dérober leur portefeuille qui contient leurs passeports. Le voleur finit par jeter celui-ci sur la voie, laissant les deux protagonistes dans le désarroi. Comment peuvent-ils poursuivre le voyage sans leurs papiers ? Ils tentent de s’adresser aux autorités à leur arrivée, en vain. La caméra prend le temps d’aborder les regards qu’échangent les personnages, de laisser les dialogues intimes poindre progressivement. Tout aussi subrepticement émerge la raison de leur périple : Dima est toxicomane, ce voyage est celui de la dernière chance non seulement pour lui mais aussi pour son couple. Olena, interprétée par la captivante Oksana Terefenko, fait face à la situation avec un mélange d’espoir et de fragilité.

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Cependant, la suite des événements va bousculer petit à petit la traversée des personnages. Certes, ils trouvent un agent de police pour les emmener sur les lieux où ils pensent pouvoir retrouver le portefeuille. Mais, dans son coin, Dima retouche à la drogue. « La dernière fois », dira-t-il plus tard. En fait, il s’agit d’une fois de trop. De son côté, Olena et l’agent de police polonais se parlent. À ce moment de l’histoire, même si cela n’est pas totalement perceptible par le spectateur, le trajet prend une autre forme. Comme si la ligne se débattait avec le point. Et un point, c’est tout, c’est l’événement qui rompt avec la prévision. D’ailleurs,dans ce film, visuellement les éléments se composent de formes longilignes (les voies ferrées interminables) et ponctuelles (les personnages); le plan distancié où Olena traverse le viaduc révèle cette combinaison. Même s’ils remettent la main sur le portefeuille, Olena comprend que Dima a rompu leur pacte secret. Ils décident tout de même de partir vers le port et de s’embarquer pour la Suède.

Finalement, Gdańsk devient le théâtre d’une nouvelle donne. Alors qu’ils sont dans le couloir pour atteindre le ferry, Olena ralentit le pas jusqu’à stopper sa marche. Son regard dit tout : la perte de confiance, la difficulté de la décision et l’évidence de la rupture. Dima poursuit son chemin. La ville qui ne devait être qu’un couloir vers l’au-delà s’apparente alors à un berceau du pour-soi. Face à l’eau visible et extérieure de la Mer Baltique, Olena fait le choix de la césure, et voit surgir depuis l’intérieur le liquide de l’angoisse et de la liberté. La mise en scène fixe ce moment avec une grande simplicité, rendant désormais palpable la réalité épaisse et imbrisable des sentiments. Pendant que les larmes d’Olena perlent sur ses joues, le point l’emporte donc sur la ligne. Ouvrant ainsi une nouvelle ère, la définition de nouvelles conditions et d’un potentiel abandon.

Mathieu Lericq

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Pour information, « Olena » sera projeté samedi 25 mai à 11h, salle Debussy, et à 17h, salle Buñuel, dans le cadre de la projection des courts métrages en compétition

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Fiche technique

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Synopsis : Un couple de jeunes Ukrainiens, Olena et Dima, traversent la Pologne pour atteindre la Suède. Dans le train, on tente de leur voler leur portefeuille, contenant leurs passeports. L’un des voleurs jette finalement le portefeuille sur la voie. Dès lors, ils se lancent à la recherche du porte-feuille, sans lequel prendre le ferry semble bien compromis. Progressivement la lumière se fait sur la raison de leur périple.

Pays : Pologne

Année : 2013

Genre : Fiction

Durée : 17 min

Réalisation : Elżbieta Benkowska

Scénario : Elżbieta Benkowska

Photographie : Sławomir Witek

Montage : Elżbieta Benkowska

Décors : Marta Grabicka

Costumes : Aleksandra Przyłuska

Musique : Alejandro Bermudez Pascual

Assistant de production : Joanna Pultyn

Interprétation : Oksana Terefenko, Igor Aronov, Sebastian Perdek, Krzysztof Gordon

Production : Leszek Kopeć

Article associé : la critique du film

Océan d’Emmanuel Laborie

Sélectionné à la 52e Semaine de la Critique, « Océan » d’Emmanuel Laborie montre la fin d’une enfance. Période si précieuse de notre vie, moment d’innocence et de découverte qu’Emmanuel Laborie réussit si bien à décrire à travers ce film qui mêle la douceur des souvenirs de vacances à la violence de la prise de conscience de l’âge adulte.

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Nous suivons le quotidien d’une famille moyenne, à la fin des années 70, durant leurs vacances au bord de l’océan, à travers le regard de Jean, un enfant d’une dizaine d’années. Le film prend la forme d’une boucle, démarrant sur le trajet en voiture à destination du lieu de vacances, et se termine sur le trajet de retour, également en voiture. Au centre de cette boucle, il y a les vacances qui marquent un retournement, une évolution déterminante dans la vie de Jean.

Effectivement, durant cet été 1979, Jean est confronté à deux évènements assez brutaux pour lui. En premier lieu, les disputes constantes entre ses parents lui font se rendre compte que l’amour n’est plus là au sein de ce couple logiquement inébranlable aux yeux d’un enfant. Ensuite, Jean assiste à la mort par noyade d’un homme rencontré sur la plage, face à laquelle les adultes ne savent finalement pas réagir.

Michaël Abiteboul et Julia Faure, interprétant les parents de Jean, sont assez incroyables de sensibilité et de crédibilité. D’un côté, il y a ce père plutôt autoritaire, mais qu’on découvre terriblement attentionné et protecteur lors des séquences du train fantôme et du trajet de retour dans la voiture. De l’autre côté, il y a la mère, femme libérée, si douce et si sensible lors de la perte du petit frère Julien et lors de l’application de la crème après-solaire. En soi, des parents idéaux aux yeux de Jean, qu’il n’a aucunement envie de voir se séparer, d’où son envie de ne jamais rentrer de vacances puisque la fin de l’été marquera malheureusement plus qu’une simple rupture. On est d’ailleurs singulièrement touché par ces scènes où Jean se retrouve avec, alternativement, un seul de ses parents, comme s’il se sentait si impuissant face à la situation et qu’il tâchait par conséquent de conserver à jamais ces moments ensemble.

Quant à la confrontation de l’enfant à la mort, l’expérience est vécue en deux étapes successives : la première comme un jeu, celui d’évoquer la fin de la vie à cause d’une brûlure de méduse et de s’amuser avec le mollusque sanss savoir que l’animal respire encore. La deuxième comme une réalité subie, celle de la noyade de Carlos, le voisin de plage, sous les yeux de Jean. Le moment est vécu de manière encore plus difficile voire incompréhensible pour Jean, tant ses propres parents ont finalementbien peu d’empathie pour la fille de Carlos, devenue orpheline, si bien que l’enfant ne sait pas trop comment réagir face à un acte aussi grave.

Ce qui marque finalement ce film réside dans les scènes du quotidien qu’a choisi de filmer Emmanuel Laborie. Elles sont d’un réalisme rare, les dialogues sont très justes et la musique d’Émilie Loizeau amplifie toute la poésie de ce court métrage. Face à ces instants de vie, on ressent une émotion et une proximité telles qu’on éprouve le désir que le film ne se termine jamais tant le réalisateur touche finalement à nos propres souvenirs d’enfance.

Camille Monin

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O comme Océan

Fiche technique

Synopsis : À travers le regard de Jean, un enfant d’une dizaine d’années, nous partageons le quotidien d’une famille en vacances à l’océan. Cet été-là, à la fin des années 70, Jean réalise que son père et sa mère ne s’aiment plus. Soudain, la famille est confrontée à la mort. Jean découvre l’ambivalence de la vie, sa violence, la faiblesse des hommes. Dans la voiture qui roule de nuit, la fin des vacances est chargée de nouvelles questions, d’angoisses, de quelque chose comme la fin de l’enfance.

Genre : Fiction

Durée : 31′

Pays : France

Année : 2013

Réalisation : Emmanuel Laborie

Scénario : Emmanuel Laborie

Image : Alfredo Altamirano

Montage : Emmanuel Laborie

Son : Didier Baulès, Philippe Grivel

Décors : Arnaud Lucas

Musique : Émilie Loizeau

Interprétation : Adam Lenglen, Julie Faure, Michael Abiteboul

Production : Takami Productions

Article associé : la critique du film

Going South (Vers le Sud) de Jefferson Moneo

Martha a vécu toute sa vie dans un ranch des hautes plaines canadiennes. Maintenant que sa mère n’est plus là et que son ivrogne de père a vendu son cheval, il ne reste plus grand chose pour la retenir. « Going South » (Vers le Sud), le film de Jefferson Moneo, en compétition à la Cinéfondation 2013, dresse le portrait d’une nation en mouvement, et d’une jeune femme au regard triste, un regard tourné vers l’horizon.

« Going South » s’ouvre sur une vente aux enchères et annonce le cadre : l’univers masculin des cowboys, des plaines à perte de vue et l’ennui d’une jeune femme qui, face à son miroir ou à un inconnu, se prend à rêver d’une autre vie. Les paysages sont à couper le souffle et la lumière de cette région du Canada est sublimée, offrant des plans dignes d’un grand western. Tandis que Martha trompe son ennui par des aventures sexuelles insignifiantes dans un camion en pleine nature, le coucher de soleil qui se profile à l’horizon offre la perspective d’un monde bien plus vaste, d’un ailleurs plein de promesses. La possibilité d’un avenir plus attrayant se concrétise alors par l’arrivée de ce sombre inconnu, qui déclare se diriger « vers le Sud ».

Les paysages, le mouvement des personnages en transit, sont la projection de toute une imagerie nord-américaine que le jeune réalisateur Jefferson Moneo réinvestit pour évoquer son territoire d’origine, les plaines du Canada, et peut-être sa propre migration vers les Etats-Unis. Le film joue sur le contraste entre l’enfermement, mis en scène dans les séquences d’intérieur et représenté également par les hommes qui entourent Martha, et l’aspiration à la liberté, la perspective d’un envol, symbolisées par les paysages et une route, filmée à travers le pare-brise d’une voiture, qui s’étend à perte de vue.

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Confrontés à ces images, on songe à de nombreux films américains qui mettent en scène l’errance de personnages fuyant leur quotidien à la poursuite du rêve américain : « La Balade sauvage » de Terrence Malick, « De si jolis chevaux » de Billy Bob Thornton (adaptation du roman éponyme de Cormac MacCarthy) ou encore « Thelma et Louise » de Ridley Scott ainsi que de nombreux autres films évoquant la traversée des frontières. Concept très cinématographique, la frontière permet de jouer sur les limites du cadre et de l’espace filmique, le déplacement, les symboles, comme le fait Jefferson Moneo dans sa mise en scène, ses choix de cadrages, alternant espaces confinés de la famille et du lieu social avec espaces naturels, ceux de la liberté et de l’épanouissement.

« Going South » est la preuve que ce thème continue à inspirer les cinéastes d’aujourd’hui et que le genre, si tant est que l’on puisse parler de « border movie » comme on parle de « road movie », peut encore donner lieu à d’autres écritures, mettant ici en scène Shana Dowdeswell qui offre une interprétation touchante de cette jeune Canadienne portant en elle toute la nostalgie d’une nation toujours en quête de l’au-delà, prête à dépasser les frontières.

Agathe Demanneville

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Pour information, « Going South » sera projeté dans le programme 4 de la Cinéfondation , le vendredi 24 mai, à 11 h (salle Buñuel)

G comme Going South

Fiche technique

Synopsis : Martha Barlow est une enfant sauvage des hautes plaines qui aspire à s’échapper de son milieu rural. L’apparition inopinée d’un mystérieux étranger dans sa ferme l’amène à devoir prendre une décision : est-elle assez folle pour s’enfuir avec lui ?

Genre : Fiction

Durée : 15’

Pays : Canada, Etats-Unis

Année : 2013

Réalisation : Jefferson Moneo

Scénario : Jefferson Moneo, Emily Ragsdale

Image : Craig Trudeau

Montage : Fabiola Caraza

Musique : Michael Severson

Décors : Jennifer Marie Thomas

Interprétation : Shana Dowdeswell, John Brodsky, Sean Friel, Kenneth Heaton

Production : Columbia University, Prowler Pictures

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Lágy Eső (Bruine) de Dénes Nagy

Après nous avoir sidérés avec « Csicska » d’Attila Till, il y a deux ans, la Quinzaine des Réalisateurs propose cette année un nouveau court hongrois surprenant, « Lágy Eső » (bruine, en français). Un voyage en bateau, enveloppé d’une brume et d’une musique belle et déchirante à la fois, ouvre le film. Dani, un adolescent, filmé de dos, scrute l’horizon et l’eau calmes. Il se retrouve vite à fumer et à trinquer avec son nouveau père adoptif, prêt à accueillir un fils et de la main d’oeuvre gratuite à la ferme. Il faut bien s’occuper des cochons.

Embarquant pour une nouvelle famille et un nouvel environnement, Dani l’orphelin abandonne de ce fait sa maison de correction. De son ancienne vie, Dénes Nagy, le réalisateur, ne nous dit presque rien. Peu importe, son film s’intéresse au Dani d’aujourd’hui. Son protagoniste, en apparence insensible, isolé, froid et distant, est tour à tour calme (il regarde les porcins se faire charcuter, sans broncher) ou violent (il laisse éclater sa colère en classe). La seule émotion qu’il laisse transparaître est celle qu’il ressent pour Zsofi, une fille de sa classe, provocante, libre, sans attaches. Lui, l’esclave, le mal aimé, logé à la même enseigne que les parias, devient vite fasciné par cette jolie fille aussi énigmatique que lui.

Jouant au dur, essayant tant bien que mal de la séduire, il cherche à tout prix à attirer son attention. Pour l’impressionner, il en vient à mettre le feu au champ familial dans un geste d’amour radical. A cet instant, il se rapproche un tant soit peu de l’objet de son obsession. En même temps, son vice, son secret est dévoilé. La réponse du monde adulte, plutôt absent jusque là, intervient, sans tarder, de façon sidérante (« Les menteurs seront voués aux ténèbres éternelles »). La morale revenue, les règles rétablies, il ne reste plus qu’à renvoyer Dani à la case de départ.

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Entre tension palpable et mutisme ambiant, cette fiction très maîtrisée scrute le mal-être d’un adolescent ne pouvant compter que sur lui-même, confronté à l’amour et au désir, ne sachant comment éprouver ces sentiments autrement que par le biais de l’extrême. Souvent filmé de dos, parfois encadré par des barreaux (symbole d’enfermement un peu trop appuyé), le personnage de Dani réussit à intriguer le spectateur, à l’emmener dans un ailleurs peu reluisant où des images d’incendie côtoient des plans âpres, de sang et de chair d’animaux morts. Ces visuels pourraient passer pour des effets de style mais leur crudité assumée apporte autant au film que le jeu très sobre des deux comédiens principaux. Deux ans après « Csicska », la Hongrie nous offre un nouveau regard ciselé sur la société hongroise et sur son rejet de l’être faible. La marge nous intéresse, ce film aussi.

Katia Bayer

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L comme Lágy Eső

Fiche technique

https://vimeo.com/65626576

Synopsis : Dans un village de l’est de la Hongrie, Dani, un adolescent qui a grandi à l’orphelinat, tombe amoureux de sa camarade de classe. Il essaie de se rapprocher d’elle mais ses tentatives sont obscènes et grotesques. Il ne comprend pas les règles du jeu de l’amour, personne ne les lui a jamais appris.

Genre : Fiction

Durée : 28’

Pays : Hongrie

Année : 2013

Réalisation : Dénes Nagy

Scénario : Dénes Nagy, Tamás Dobos

Image : Tamás Dobos

Son : Péter Benjámin Lukács, David Vranken, Mathieu Michaux, Philippe Charbonnel

Décor : Bence Kalmár

Montage : Nicolas Rumpl

Musique : Garth Knox, Sylvain Lemêtre

Interprétation : Zsófia Erdélyi, Dániel Keresztfalvi, László Léhi, Miklós Sass, Mária Dobosi, László Veress

Production : Campfilm Production

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Inseki to impotence de Omoi Sasaki

« Inseki to impotence » de Omoi Sasaki est présenté en compétition du Festival de Cannes. Ce court métrage japonais explore un thème assez rarement abordé, l’impuissance, et enrobe la narration autour d’un phénomène surnaturel, l’apparition d’une météorite dans le ciel nippon… De l’audace donc, dans cette création qui paraît atypique dans une pareille sélection !

S’ouvrant sur un corps organique pourri sur un fond blanc, le film déconcerte dès les premières secondes. Pour autant, le réalisateur bascule rapidement dans le coeur du sujet en nous faisant entrer dans l’univers quotidien d’un couple. Le décor est posé sobrement : la femme jeune, belle, nue sur le lit s’approche de son conjoint assis de dos, nu, sur une chaise dans la pièce attenante. Lorsqu’elle s’approche tendrement de lui, il l’éloigne. Elle part. Cut. L’image s’ouvre alors sur un plan large d’une ville dont le ciel est pour ainsi dire «mangé» par une immense météorite. Rien ne sera jamais explicité sur la présence de cette chose. Pour autant, au fur et à mesure des séquences, on peut supposer que le corps étranger est doté d’une force étrange incarnée sur terre par un mystérieux pizzaiolo au pouvoir sexuel exacerbé qui affole les femmes et qui comblera le manque sexuel de la jeune femme qui ne peut faire l’amour avec son conjoint impuissant.

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Dans le film, le réalisateur s’intéresse aux rapports charnels et sexuels inexistants de ce couple en crise et aux solutions qui s’offrent à eux pour y remédier. Chacun de leur côté souffre et si l’homme tente de trouver une réponse à son problème physique de façon toute à fait rationnelle (chez un médecin aux méthodes quelque peu farfelues, certes), la femme va quant à elle être confrontée à une force extérieure, extra-terrestre, inexplicable, incompréhensible qui lui permettra de satisfaire ses envies (avec le pizzaiolo).

D’un point de vue formel, le film joue la carte du surnaturel, ici donné à voir comme un principe de base. En effet, le spectateur doit adhérer tout de suite à cette météorite pour pouvoir avoir accès au film, il s’agit là d’une condition sine qua non. La météorite n’est pas crédible mais pour autant, tout repose sur son existence. L’image de cette présence est très bien relayée par un travail sur le son qui émane de la pierre et qui enveloppe littéralement les actions des personnages. Ce bruit sourd fait passer le spectateur de l’oppression à la fascination au même titre que les protagonistes du film ont peur mais sont également attirés par la météorite.

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Et puis, il y a ces séquences purement symboliques du corps organique pourri qui se retrouvent à trois occurrences dans le film : en ouverture où la pourriture est naissante, après la séquence où l’homme rentre de son rendez-vous chez le médecin où les champignons poussent et enfin, lors du dernier plan du film où les champignons sont matures. Si la référence phallique est assez claire, voire peut-être trop appuyée, on saluera l’audace du réalisateur qui, par ces incursions inattendues dans la narration, fait de ce film une sorte d’essai expérimental.

« Inseki to impotence » est un court métrage surprenant et assez inédit quand au sujet qu’il aborde. Le réalisateur ne nous livre quasiment pas de clef de lecture face à cet objet qui se termine par un happy end aussi déroutant que le reste du film. En signant ce court métrage, Omoi Sasaki fait la promesse d’un cinéma à la marge et inspiré, même s’il peut paraître de prime abord difficile à lire, et qui ne saurait laisser personne indifférent.

Fanny Barrot

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Pour information, « Inseki to impotence » sera projeté samedi 25 mai à 11h, salle Debussy, et à 17h, salle Buñuel, dans le cadre de la projection des courts métrages en compétition. Une projection est également prévue le jeudi 30/05, à 20h30, à Paris, au Cinéma du Panthéon lors de la reprise des courts métrages en compétition au Festival de Cannes 2013

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Fiche technique

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Synopsis : L’énorme astéroïde qui a frôlé la Terre en 2013 continue son imprévisible trajectoire. Un homme a été incapable de faire l’amour à sa femme pendant des années. Lui qui a perdu toute confiance, sera-t-il capable d’être à nouveau à la hauteur ? Plus fort face aux cieux…

Pays : Japon

Genre : Fiction

Année : 2013

Durée : 10′

Réalisé par : Omoi Sasaki

Scénario : Omoi Sasaki

Montage : Omoi Sasaki

Image : Hiroshi Iwanaga

Musique : OPEN REEL ENSEMBLE

Son: Mikisuke Shimazu

Interprétation : Ruriko Hamano, Kuniaki Nakamura, Karia Nomoto, Minetaro Suzuki, Ryuichi Tsukub

Production : UNIJAPAN

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Pouco mais de um mês d’André Novais Oliveira

Cette année, la sélection des courts métrages à la Quinzaine des Réalisateurs offre à la fois un panorama de films très différents les uns des autres et des thèmes traités plutôt similaires. C’est le cas des courts « Solecito » d’Oscar Ruiz Navia, « Man kann nicht alles auf einmal tun, aber man kann alles auf einmal lassen » de Marie-Elsa Sgualdo et « Pouco mais de un mês »  d’André Novais Oliveira qui se penchent tous trois de manière intime sur la complexité des relations amoureuses. Qu’ils se déroulent au tout début d’histoires sentimentales ou au moment de la rupture, ils évoquent les réflexions et les différents tâtonnements qu’elles provoquent, le tout entre réalité et fiction, sans réelle frontière entre les deux.

Intéressons-nous au film brésilien, « Pouco mais de un mês ». André Novais Oliveira, son réalisateur, revendique pleinement le fait que sa vraie histoire se mêle avec la fiction. D’ailleurs, s’il a assumé ce film en intégralité (scénario, réalisation, production, interprétation), c’est tout simplement parce qu’il représente ce film. Face à celui-ci, le spectateur se retrouve pendant 23 minutes, quasiment en temps réel, au début de sa relation amoureuse, dans sa partie la plus intime et la plus crue, où Élida, son amie, et lui jouent leurs propres rôles, où ils se mettent eux-mêmes en scène. Ce qui permet au film d’atteindre une certaine sensibilité.

En filmant le réveil d’Élida et d’André, le réalisateur montre à quel point les débuts peuvent être synonymes à la fois de banalité et de gêne, les individus ne sachant quel sujet de discussion aborder, quel intérêt porter à l’autre sans paraître indiscret, quel comportement soi-disant naturel adopter, etc… surtout comme le titre l’indique, au bout d’à peu près un mois où l’on pense mieux se connaître tandis que l’on est toujours dans la découverte de l’autre.

Si cette scène plutôt banale génère autant de gêne chez les deux personnages principaux, c’est justement parce qu’il s’agit de leur « vraie » réalité filmée ici. Qui plus est, on devine que la nuit qu’ils viennent de passer n’a pas été des plus chaudes puisque le jeune homme raconte qu’il n’a pas réussi à trouver le sommeil aux côtés d’Élida et qu’il a dû déambuler dans l’appartement, cherchant une quelconque distraction.

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Trois moments matinaux sont en réalité présentés dans « Pouco mais de un mês ». Tout d’abord, le réveil dans l’obscurité presque totale de la chambre où l’on découvre les personnages par le simple son de leur voix. Puis, le petit déjeuner où l’on prend en compte l’apparence physique des personnages dont les déplacements dans cet appartement étroit semblent timides et compliqués. Enfin, l’attente de l’autobus dans la rue. C’est finalement le seul moment où Élida et André parlent d’eux, évoquent leur relation et un éventuel chemin ensemble. Leur discussion prend une tournure suffisamment importante pour laisser passer un premier bus, jusqu’à l’arrivée du suivant où ils se laissent enfin aller à un baiser à la fois maladroit et plein d’affection, qui mettra fin à la conversation, donnant une réponse favorable à leurs questionnements. S’ensuit une scène épilogue, relativement inutile. À nouveau, l’obscurité de la chambre se déploie, prouvant que le jeune homme est revenu chez son amie. En réalité, le baiser précédent suffisait à conclure le film, lui offrant même une ouverture encore plus grande.

Le ton employé est si juste et si empli de pudeur qu’on se prend à être réellement touché par ces deux êtres qui s’apprivoisent assez difficilement, sans échapper à la comparaison avec nos propres débuts d’histoires. Ceci, malgré une scène d’ouverture au rythme assez lent en caméra obscure qui aurait tendance à distraire plus d’un spectateur. Fort heureusement, toute la force de ce film réside dans cette aisance à rendre si réelle cette situation, lorsque deux personnes qui se connaissent pourtant si peu, acceptent de dévoiler leur fragilité de la même manière qu’ils conservent une certaine distance, histoire de se protéger face à l’inconnu.

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André Novais Oliveira a bel et bien réussi à mettre en images ce moment unique et si délicat à raconter qu’est le début des relations amoureuses. En cela, le travail du réalisateur brésilien se rapproche légèrement de celui d’Abbas Kiarostami, avec cette faculté à filmer des scènes du quotidien de manière la plus réaliste possible, en n’oubliant jamais que la durée engendre l’intimité.

Camille Monin

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P comme Pouco mais de um mês d’André Novais Oliveira

Fiche technique

Synopsis : André et Elida sont ensemble depuis peu de temps. Dans la vraie vie et dans la fiction.

Genre : Fiction

Durée : 23′

Pays : Brésil

Année : 2013

Réalisation : André Novais Oliveira

Scénario : André Novais Oliveira

Image : Burno Risas, Gabriel Martins

Montage : Gabriel Martins

Son : Bruno Vasconcelos

Décors : Tati Boaventura

Interprétation : André Novais Oliveira, Élida Silpe

Production : André Novais Oliveira, Gabriel Martins, Maurilio Martins, Thiago Macêdo Correia

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