Océan d’Emmanuel Laborie

Sélectionné à la 52e Semaine de la Critique, « Océan » d’Emmanuel Laborie montre la fin d’une enfance. Période si précieuse de notre vie, moment d’innocence et de découverte qu’Emmanuel Laborie réussit si bien à décrire à travers ce film qui mêle la douceur des souvenirs de vacances à la violence de la prise de conscience de l’âge adulte.

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Nous suivons le quotidien d’une famille moyenne, à la fin des années 70, durant leurs vacances au bord de l’océan, à travers le regard de Jean, un enfant d’une dizaine d’années. Le film prend la forme d’une boucle, démarrant sur le trajet en voiture à destination du lieu de vacances, et se termine sur le trajet de retour, également en voiture. Au centre de cette boucle, il y a les vacances qui marquent un retournement, une évolution déterminante dans la vie de Jean.

Effectivement, durant cet été 1979, Jean est confronté à deux évènements assez brutaux pour lui. En premier lieu, les disputes constantes entre ses parents lui font se rendre compte que l’amour n’est plus là au sein de ce couple logiquement inébranlable aux yeux d’un enfant. Ensuite, Jean assiste à la mort par noyade d’un homme rencontré sur la plage, face à laquelle les adultes ne savent finalement pas réagir.

Michaël Abiteboul et Julia Faure, interprétant les parents de Jean, sont assez incroyables de sensibilité et de crédibilité. D’un côté, il y a ce père plutôt autoritaire, mais qu’on découvre terriblement attentionné et protecteur lors des séquences du train fantôme et du trajet de retour dans la voiture. De l’autre côté, il y a la mère, femme libérée, si douce et si sensible lors de la perte du petit frère Julien et lors de l’application de la crème après-solaire. En soi, des parents idéaux aux yeux de Jean, qu’il n’a aucunement envie de voir se séparer, d’où son envie de ne jamais rentrer de vacances puisque la fin de l’été marquera malheureusement plus qu’une simple rupture. On est d’ailleurs singulièrement touché par ces scènes où Jean se retrouve avec, alternativement, un seul de ses parents, comme s’il se sentait si impuissant face à la situation et qu’il tâchait par conséquent de conserver à jamais ces moments ensemble.

Quant à la confrontation de l’enfant à la mort, l’expérience est vécue en deux étapes successives : la première comme un jeu, celui d’évoquer la fin de la vie à cause d’une brûlure de méduse et de s’amuser avec le mollusque sanss savoir que l’animal respire encore. La deuxième comme une réalité subie, celle de la noyade de Carlos, le voisin de plage, sous les yeux de Jean. Le moment est vécu de manière encore plus difficile voire incompréhensible pour Jean, tant ses propres parents ont finalementbien peu d’empathie pour la fille de Carlos, devenue orpheline, si bien que l’enfant ne sait pas trop comment réagir face à un acte aussi grave.

Ce qui marque finalement ce film réside dans les scènes du quotidien qu’a choisi de filmer Emmanuel Laborie. Elles sont d’un réalisme rare, les dialogues sont très justes et la musique d’Émilie Loizeau amplifie toute la poésie de ce court métrage. Face à ces instants de vie, on ressent une émotion et une proximité telles qu’on éprouve le désir que le film ne se termine jamais tant le réalisateur touche finalement à nos propres souvenirs d’enfance.

Camille Monin

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