Swimmer de Lynne Ramsay

La solitude du nageur des profondeurs

« Swimmer » est un film réalisé par Lynne Ramsay (« We need to talk about Kevin »), qui a signé par le passé trois autres courts métrages dont deux ont remporté le Prix du Jury (Court métrage) au Festival de Cannes : « Small Deaths » (1996) et « Gasman » (1998). Elle revient au format court en tournant un des quatre films célébrant les Jeux Olympiques de Londres de 2012. Déjà récompensé par le BAFTA 2013 du meilleur court métrage, « Swimmer » vient d’être sélectionné à la 44ème Quinzaine des Réalisateurs.

Un nageur voyage à travers les voies navigables de la Grande-Bretagne, des sons et des images reflètent ses pensées, ses rêves et ses souvenirs. Émergeant des profondeurs, cet être infatigable parcourt un fleuve sans fin. Au fil de l’eau, il traverse un pays imaginaire peuplé d’apparitions furtives et de sons étranges.

C’est un noir et blanc beau comme un vers de Keats que nous offre Natasha Braier, la directrice de la photographie du film. Portés par cette atmosphère propice à la contemplation, les ralentis très stylisés des bras du jeune homme fendant l’eau confèrent une certaine torpeur à l’image, offrant encore plus d’écho à la musique et aux sons qui entourent le nageur.

Mais la réalisatrice de « Ratcatcher » a autre chose en tête. Elle ne se contente pas de filmer un improbable éloge du crawl à travers la campagne anglaise, elle nous propose ici un hommage poétique et sincère au cinéma britannique. En filmant Tim Litten parcourir à la nage les rivages anglais, elle nous invite par la même à revisiter quelques uns des plus grands films anglais.

« Swimmer » s’ouvre avec la musique tambour-battant du film de Peter Brook « Lord of the Flies » (Sa Majesté des Mouches), le nageur rejoint alors la surface. Des voix chuchotent sur la terre, il tend l’oreille, l’aventure commence. Des enfants tout droit sortis du livre de William Golding se mettent alors à l’attaquer. Il parvient malgré tout à leur échapper, la nuit tombe et la ville lui apparaît froide et inhospitalière. Il disparaît sous un pont puis se met à marcher sur les berges, il voit alors apparaître un manège dévasté. La musique du film « If » de Lindsay Anderson retentit dans l’air, intense et violente, comme un écho à la fureur de ce film-manifeste de la contre-culture des années 60.

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Le nageur se débat dans l’eau comme sur terre pour dissiper la confusion qui règne en lui. Puis la tempête retombe, le calme revient avec la grâce de la voix bienveillante de Tom Courtenay au début du film de Tony Richardson « The Loneliness of the Long Distance Runner » (La solitude du coureur de fond). Le nageur reprend sa route, apaisé au milieu d’une eau calme. Il finit alors sa course au milieu d’une eau paisible, les yeux vers le ciel ; et replonge dans les méandres du fleuve.

C’est un certain regard, une certaine vision du cinéma et de l’Angleterre dont témoigne Lynne Ramsay dans « Swimmer ». Tandis que le nageur explore le cinéma indépendant anglais, elle nous fait partager quelques unes des influences qui ont marqué profondément son propre cinéma.

Julien Beaunay

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