Pour la cinquième année consécutive, Format Court récompense un film issu de la sélection européenne du Festival de Brest. Le Jury Format Court, composé de Agathe Demanneville, Zoé Libault et Katia Bayer, a décidé de remettre le prix à la réalisatrice lettone Madara Dišlere pour son film « Darznieks » (The Gardener). Un film poétique très riche qui montre une grande maîtrise du cadre, de la lumière et du son et parvient à sublimer la relation qui unit certains hommes à la nature.
La réalisatrice bénéficiera d’un dossier spécial sur Format Court, d’un DCP relatif au film primé ou au prochain film crée et doté par le laboratoire numérique Média Solution et d’une diffusion de son film lors d’une prochaine séance Format Court au Studio des Ursulines à Paris.
Darznieks de Madara Dišlere. Fiction, 20’36, 2016, Lettonie, Tasse Film
Un jardin fait le bonheur et l’épanouissement d’un vieux jardinier. Le jardin ne lui appartient plus mais il se sent toujours comme chez lui. Il communique avec le jardin qui lui répond, lui offrant un refuge et une riche récolte.
Synopsis : Une femme travaille de nuit dans une station service. Des gens qu’elle ne connaît pas font escale dans son monde, puis la laissent à nouveau seule dans sa bulle. Une nuit, un étrange client va bouleverser ses habitudes.
Genre : Fiction
Durée : 10′
Pays : Pays-Bas
Année : 2013
Réalisation : Ena Sendijarević
Scénario : Ena Sendijarević
Image : Emo Weemhoff
Montage : Lot Rossmark
Interprétation : Bien de Moor, Ward Weemhoff, Felix Jan Kuypers
Si Muybridge et Marey, tous deux nés et morts aux mêmes dates (1830-1904), décomposent le mouvement des corps humains et des animaux, c’est avant tout pour comprendre scientifiquement, mais non sans conséquence poétique, la subtilité invisible d’un déploiement. Et puis les démarches du cinématographe naissant entérinent la possibilité de restituer par le défilement, à l’aide de perforations, le temps donné d’un geste. S’ensuit un triple étirement : celui du cadre (dévoyant la profondeur pour l’horizontalité), puis celui du temps filmé (substituant au plan fixe la menace d’un travelling infini) et enfin celui de l’expérience du spectateur (passant de la série enchaînant les sketchs spectaculaires à l’exploration d’une intimité vécue dans sa continuité). Mais il ne faut pas voir dans cette généalogie une quelconque résolution des contrastes.
Bien au contraire, parallèlement à ces multiples extensions, le cinéma s’est rendu acteur des perceptions en cherchant à capter l’insaisissable, ou à montrer l’inmontrable. Comment comprendre les soubresauts d’un Keaton se volatilisant à l’écran ? Y aurait-il, profondément ancré dans l’acte de filmer, la volonté insoumise d’atteindre l’impossible ? Comment comprendre chez Kieślowski la substitution du corps de Weronika/Véronique sinon à travers cette manière dont le cinéma comme champ magnétique pulvérise les frontières admises ? On pourrait dire alors que, loin d’en rester au constat magnanime d’un art « étiré », le cinéma n’existe qu’à partir des tiraillements que les cinéastes lui font gentiment ou violemment subir. Et ceux-ci ne cessent de prendre dans les larmes perturbantes des images ce qui leur échappe, c’est-à-dire le vent, le mouvement perpétuel dans la stabilité parfaite, les traces de la mort dans l’agitation diurne, ce qu’il reste de virevoltant — de révoltant — dans la nuit.
Observer politiquement les bruissements nocturnes, c’est justement ce à quoi s’attelle le film de fin d’études de la réalisatrice hollandaise d’origine bosniaque, Ena Sendijarevic : « Reizegers in de nacht » (« Voyageurs de la nuit »). Et le film, sélectionné maintes fois dans les festivals internationaux, n’a pas à rougir de son inscription dans une longue histoire des émotions nocturnes au cinéma. Osons l’écrire d’emblée : il y a un peu d’Antonioni dans la prégnance des visages et surtout un peu de Vigo dans l’insoumission des gestes. Essayons d’y voir plus clair.
Alors on craint
Une station-essence sur une autoroute de Hollande. Il est très tard le soir ou très tôt le matin. Question de point de vue. Une employée de quarante ans, seule responsable d’un mini-temple de la consommation passagère, s’agite derrière son comptoir à friandises. Elle réapprovisionne les rayons de cigarettes. Et puis s’assied, désolée de son sort. Le plan fixe, comme le film entier, baigne dans son jus musical; ça commence par Lola des Kinks (1973). Serait-ce pour donner un prénom à cette anti-héroïne du présent européen ? On osera le croire.
Toujours est-il que, s’il est question de la nuit, il est aussi rapidement question du vent. Ou plutôt de fumée de cigarette. Celle qu’on appellera Lola est dehors; elle fume, le corps appuyé contre un mur. Non sans élégance. Non sans grâce. L’apparition d’un client fait naître un sourire désespéré; le temps de la nicotine ne se confond pas avec le temps de la fonction, même si l’on sait que travailler rime ici avec attendre et surveiller. Absurdité du contemporain néo-capitaliste.
Ainsi la mise en scène se construit-elle lentement autour du regard de l’employée, n’ayant pour seul punctum la présence physique du client. Ça s’enlise pour un temps, juste le temps d’attendre autre chose dans ce monde en points de suspension; l’apparition floue au second plan des phares d’une voiture indique l’arrivée d’un troisième personnage. Un homme à la chevelure blonde et hirsute sort de l’automobile, et entre dans le magasin. L’employée le regarde presque médusée, peut-être intriguée. Dans ses yeux, on croit bientôt reconnaître de la crainte. Si l’univers est manifestement celui des transports, il ne s’agit en aucun cas d’une expérience de sentiments. Et pourtant.
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Alors on danse
De la crainte du regard, on passe à celui de l’amusement. La femme observe cet individu à la démarche étonnante, lequel remue la tête comme s’il était mû par une mélodie intérieure. Et la réalité du lieu semble donner raison à cette pulsation; la radio se met bientôt à balancer la chanson de Kim Carnes, Bette Davis Eyes (1982). L’homme de se mettre à danser comme s’il était en boîte de nuit, jouant de la configuration des rayons pour dissimuler son corps et ses intentions. Et la femme de se laisser entraîner dans cette danse et cette intimité (dé)placées là, hors de tout contrôle et de toute angoisse.
Jusqu’au moment où l’homme lâche les bras de l’employée, qui n’était en vérité que la cible espiègle de sa manigance : il marche jusqu’au comptoir, sous le regard cette fois-ci totalement médusé et interrogateur de la femme, pour y prendre l’argent de la caisse à l’aide d’un petit sac plastique. Le tour est joué. La manipulation a parfaitement opéré. La stratégie a totalement fonctionné. Tout cela s’est fait dans la plus grande simplicité, fugacité même, dans la croyance d’un bonheur qui n’était que manipulation.
La subtilité du film réside dans sa capacité à déjouer les attentes, dans le sens d’observer comment le statut des corps en présence se déplace, s’exténue, se délite (ceci est d’autant plus vibrant que la scène se déroule sous le regard neutre du premier client, brillant de constance et de flegme). Par son imprudence, l’employée a tout perdu. Et la situation la révèle à elle-même : un pion sur un échiquier. À son statut de pantin du système capitaliste s’ajoute finalement celui de pièce de la mécanique d’un malfaiteur. La nuit ne lui appartient plus.
Alors on fuit
À la fois attentif et efficace, Voyageurs de la nuit aurait pu terminer là le récit triste d’un volte-face. Mais non. La fumée de cigarette du début n’était pas anodine : elle indiquait déjà la nécessité d’un ailleurs, le besoin d’un changement de conditions, la présence prospective d’un rêve. Le film ne s’en tient pas non plus à un sens social. Sous l’action de la joie, même la plus éphémère, le réalisme à l’œuvre nous embarque vers le constat d’une migration à laquelle on ne peut pas échapper. Comme si le seul état possible pour cette femme, victime d’une entourloupe maligne, ne pouvait être que celui du flottement; être un point blond dans une nuit merdique. Outrance de l’espace et absence de lieu. C’est donc sans surprise que le spectateur du film, déçu autant que l’héroïne de la tournure prise par les événements, assiste à l’acte final : l’employée prend ses cliques et ses claques, investissant un 35 tonnes pour refuge momentané en direction du néant. À qui incombe la responsabilité de la nuit ? Drôle de question pour triste réalité qui laisse ses voyageurs au bord du monde.
Nous n’oublierons pas « Le Vent » de Victor Sjöström ni « La Notte » de Michelangelo Antonioni. Et nous attendrons, peinant à dissimuler notre impatience, la suite d’un cinéma qui n’a pas peur de la réalité dont il se fait non seulement le témoin froid mais aussi l’acteur perceptif, nourri d’éthique et de poésie tragique.
Ce jeudi 10 novembre, à 20h30, les Pays-Bas seront mis à l’honneur au Studio des Ursulines (Paris, 5ème) à l’occasion de la deuxième Soirée Format Court de l’année organisée avec le soutien de l’Ambassade des Pays-Bas en France et de EYE International.
« Feest » de Paul Verhoeven, « We were wolves » de Mees Peijnenburg, « Import » de Ena Sendijarević, « The Origin Of Creatures » de Floris Kaayk, « Geboren en Getogen » de Eelko Ferwerda : 5 films éclectiques à souhait (fiction, animation, expérimental, film d’école, très court, moyen-métrage, propositions récentes comme plus anciennes, …) seront projetés ce jeudi, en présence de Ena Sendijarević, réalisatrice de « Import » (Quinzaine des Réalisateurs, Cinemed, Amiens, …) et Mees Peijnenburg, réalisateur de « We were wolves » (sélectionné à Edinburgh, Poitiers, Mecal, …).
En pratique
– Projection : 20h30, accueil : 20h
– Infos, programmation : ici !
– Durée de la séance : 81′
– Studio des Ursulines : 10 Rue des Ursulines, 75005 Paris
– Accès : RER B Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Épée), Bus 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon). Métro le plus proche : Ligne 7, arrêt Censier Daubenton (mais apprêtez-vous à marcher un peu…)
– Event Facebook !
– Entrée : 6,50 €
– Réservations vivement recommandées :soireesformatcourt@gmail.com
À l’affût de réalisateurs prometteurs, Format Court fait aujourd’hui la lumière sur Or Sinai, jeune cinéaste israélienne diplômée de l’École Sam Spiegel de Jérusalem. Primée par notre équipe au Festival de films d’écoles de Tel Aviv pour son court métrage « Anna » – également remarqué au festival de Cannes où il a reçu le Premier Prix de la Cinéfondation, Or Sinaï nous fait entrer dans un univers où la femme est au centre du récit : ses trois courts métrages, deux fictions, « Two » et « Anna », et un film documentaire « Violetta mi vida », mettent en scène des personnages de mères qui élèvent seules leurs enfants. Femmes désespérées ou mères-courage, les personnages féminins de Or Sinai sont empreints de romanesque et nous révèlent des moments de vies parfois éprouvants, parfois sensuels et intimistes, dressant le portrait délicat de femmes en quête d’amour. Alors que Or Sinai vient de décrocher une bourse pour la réalisation de son premier long métrage intitulé « In the Heat of the Day » au festival Cinémed de Montpellier, Format Court vous invite, par ce focus, à découvrir son travail.
Stéphane Blanquet a plus d’une corde à son arc. À la fois plasticien, dessinateur, scénographe, réalisateur, il distille à travers ses différents travaux une forme d’inquiétante étrangeté, doublée d’une incroyable cohérence intrinsèque. Naviguant en eaux troubles, son œuvre parvient à se frayer un chemin sinueux et personnel au gré des multiples influences pour nous amener dans des contrées inexplorées et pourtant curieusement familières.
À l’occasion de sa carte blanche à la 22ème édition de l’Etrange Festival qui se déroulait au Forum des Images, à Paris, du 07 au 18 septembre 2016, nous lui avons posé quelques questions pour en savoir plus sur son œuvre dense et mystérieuse.
Nous avons pu lire ici ou là qu’un souvenir semble vous avoir spécialement marqué enfant devant la TV, le film « L’Étrange créature du lac noir » de Jack Arnold. Qu’est-ce qui vous a particulièrement touché dans ce film ?
Ce film m’a surtout touché parce que France 3 le diffusait en 3D. Il fallait aller chez le marchand de journaux pour acheter les lunettes 3D, c’était toute une aventure ! J’étais fan de Pif Gadget et découvrir un gadget qui passait à la télé, je trouvais cela génial. Et puis, ce film dégage une forme de poésie, le monstre aquatique du titre n’est pas vraiment monstrueux, il est surtout très beau et très graphique. J’emprunte souvent ses traits dans mes dessins, par petites touches, que cela soit pour ses ongles ou ses écailles.
Vous co-réalisez un premier film d’animation en 1997, avec Olive [ proche collaboratrice qui l’accompagnera sur la réalisation de ses films d’animation jusqu’à 2003 pour « La Peau de Chagrin »], « Le mélange des couleurs ». Pouvez-vous nous en parler ?
Nous avons expérimenté l’animation sur un banc titre directement, cela faisait partie d’un projet de film expérimental, « Le Dernier Cri », produit par la maison d’édition du même nom. Nous avions filmé en 16mm en utilisant l’animation en papier découpé et quand j’ai vu le résultat, j’ai trouvé qu’une certaine magie en émanait. Cela m’a séduit. Mes dessins, ces petits bouts de papier non animés prenaient soudainement vie. Ce qui m’a le plus intéressé dans ce projet, c’était le contact direct avec la matière : pouvoir toucher ce que je créais et travailler directement avec.
Vous faites ensuite le film « Mon placard », l’adaptation d’une vos bandes dessinées…
Oui, d’un petit livre. J’ai de nouveau travaillé avec le même producteur que sur le film précédent et qui m’a suivi dans tous mes films réalisés en papier découpé. Quand j’ai vu le résultat du premier court métrage, je lui ai proposé un nouveau projet, mais cette fois-ci en 35mm, avec une logistique beaucoup plus compliquée, ce qui m’a un peu refroidi… En fin de compte, l’énergie et la spontanéité que je pouvais avoir sur un simple banc titre, je l’avais un peu perdue. La réalisation du film avait duré six mois et celui-ci ne durait que quelques minutes, c’était plutôt frustrant.
Ensuite, avec la série de petits films d’animation « Histoire Muette » (26 épisodes d’une minute chacun), j’ai essayé de retrouver le côté impulsif que j’avais un peu perdu en route. Pour ce projet, c’était un peu comme un groupe de rock qui enregistre une chanson en une seule prise : il y a tous les défauts que l’on peut imaginer, avec des animations un peu bancales, mais ce qui comptait c’était l’instantanéité. Les erreurs faisaient partie du processus.
Enfin, pour mon court métrage « La Peau de Chagrin », je l’ai fait dans le cadre d’un appel d’offres que Canal+ avait lancé. Il se trouve que j’avais écrit une histoire qui pouvait coller au sujet et je la leur ai proposé. Cette fois-ci, c’était une autre expérience : faire un film avec très peu de temps pour le faire. La bande dessinée est sortie après coup dans ce cas de figure.
On arrive à « Cornée », votre dernier court métrage en date (réalisation collective avec les étudiants de Supinfocom), vous passez de l’animation en 2D à la 3D. Pourquoi avoir fait ce choix et est-ce que cela vous a ouvert de nouvelles possibilités dans l’exploration de votre univers ?
Là aussi, Canal+ m’a proposé d’écrire une histoire, en collaboration avec Supinfocom. C’était une expérience assez intéressante, évidemment il fallait faire confiance, savoir déléguer ou, au mieux, accompagner. Cela m’a beaucoup plu, j’ai aimé l’énergie que chacun y amenait. Les élèves voulaient expérimenter aussi bien dans le traitement de l’image que dans le choix de l’histoire, qui était volontairement beaucoup plus bizarre et incompréhensible que mes précédents projets. Nous avons pas mal travaillé sur les textures. Sur mes anciens films, comme je travaillais directement sur banc titre, il n’y avait pas de grandes possibilités en trucages et effets de lumière. Avec « Cornée », de nouveaux horizons s’ouvraient à nous, on pouvait tout calibrer. C’était plus de temps de fabrication, mais aussi, plus de possibilités dans les choix artistiques.
Comment cela se passe lorsque vous passez d’un support à l’autre ? Comment parvenez vous à maintenir l’intégrité de votre univers en changeant de discipline, par exemple, en passant de la BD au film d’animation ?
Je sais qu’il y a plusieurs dessinateurs qui ont du mal à imaginer leurs personnages en trois dimensions. Je n’ai pas ce problème-là, comme j’ai participé à beaucoup d’expositions et d’installations, j’ai pris l’habitude d’appréhender mon univers en 3D.
Je me suis toujours dit que cela allait donner autre chose, je n’ai pas essayé de copier ou calquer mon dessin, parce que c’est impossible. Je ne souffre pas non plus de voir s’approprier mes dessins par d’autres personnes que moi. J’aime travailler avec des collaborateurs et que chacun puisse amener sa vision des choses.
Quand on regarde votre parcours, on s’aperçoit que vous tendez des passerelles entre plusieurs arts (cinéma, arts plastiques, théâtre, danse contemporaine, musique, etc). Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette complémentarité ?
Tout m’inspire ! Et c’est aussi une façon de ne pas s’ennuyer. Par exemple, avec le court métrage, on peut expérimenter. Le résultat n’a pas besoin d’être « propre », on peut faire dans l’abstrait et l’expérimental, sans être contraint.
Ce sont des projets ou des rencontres qui m’amènent à essayer d’autres choses, mais je ne me verrais pas refaire ce que j’ai déjà fait. En ce moment, je suis par exemple en train de réaliser des essais pour un futur film expérimental pornographique, avec des comédiens.
Pouvez-vous nous parler de la carte blanche que l’Etrange Festival vous a proposé et notamment des courts métrages que vous avez programmés à cette occasion (les films de Keiichi Tanaami et Derek Jarman) ?
En ce qui concerne les films de Keiichi Tanaami, c’est un travail que je voulais absolument montrer, déjà parce que j’édite ses œuvres et puis également car je trouve qu’en ce moment dans le graphisme ou dans l’édition, il y a un revival des images des années 70, alors que lui avait déjà ce style au moment même des années 70 ! Il a 85 ans et j’ai rarement vu quelqu’un avec une telle pèche et qui croit encore en ce qu’il fait. Il y a une modernité assez folle dans ses films et dans ses dessins.
Pour le choix du film de Derek Jarman (« TG : Psychic Rally in Heaven »), mon souhait était de montrer une œuvre qui mette en avant des textures particulières. Je me suis mis récemment à faire des polaroïds et dans ce film j’ai retrouvé cet usage des couleurs saturées, un peu brûlées et qui me donne envie d’expérimenter, d’utiliser des matières.
Vous avez également programmé « L’Ange » de Patrick Bokanowski, long métrage expérimental culte des années 80, qui peut se présenter comme une combinaison de courts métrages ou séquences autonomes. Est-ce aussi une source d’inspiration pour vous ?
Tous ces films sont des sources d’inspiration pour moi, mais qui marchent de façon presque mystérieuse, je n’en ai pas toutes les clés de compréhension. Je vois que cela me parle, me touche, mais ce n’est pas exactement inscrit dans mon domaine de travail. En même temps, cela me donne à moudre. Du coup, je sens que même si ce n’est pas une influence directe, tout cela peut m’ouvrir sur d’autres choses. Ce qui est intéressant, c’est de ne pas toujours comprendre, et même parfois de ne pas toujours aimer et de s’y confronter. Cela ouvre des passerelles et je me dis que peut-être une idée ou même une image peut m’amener autre part et enrichir mon imaginaire pour créer de nouveaux projets.
Lors de votre dernière exposition sous forme d’installation interactive « Goudron Pressage – Sillon Tympan » au Centre Pompidou, une place spéciale avait été donné à la musique. On pouvait même pendant l’exposition, prendre des instruments de musique et jouer avec. Quelle est la place de la musique, et du son en général au sein de votre travail ?
J’ai toujours écouté de la musique, cela fait partie intégrante de mon travail, j’aurais du mal à monter une installation ou même à réaliser un film, sans en travailler l’aspect sonore et musical parce que c’est indivisible de la chair du projet et participe à l’ambiance générale. La musique permet d’orienter, de donner une direction. Même si elle s’avère légère, en retrait, un peu fragile, elle amène le spectateur à appréhender mes images avec la bonne atmosphère.
Je travaille avec des musiciens que j’écoute régulièrement, et comme je dessinais en écoutant ces gens-là, il y a eu une certaine logique à ce qu’ils participent à mes installations, dans une idée de continuité. Par exemple, mon court métrage « Mon Placard » a été mis en musique par Albert Marcoeur [musicien et chanteur français inclassable, appelé en son temps « le Frank Zappa français »] que j’écoutais depuis longtemps et sur cette récente exposition à Beaubourg, j’ai eu le plaisir de collaborer avec The Residents [collectif d’artistes californien œuvrant dans l’avant-garde et actifs depuis 1969]. Leur musique est très évocatrice et cinématographique, il y a beaucoup d’images qui viennent en les écoutant.
Plusieurs thématiques apparaissent dans votre œuvre, comme la place du corps, les secrets enfouis, le sentiment de frustration, un mal-être généralisé. Est-ce qu’il y a une part complètement instinctive dans votre approche ou est-ce que vous intellectualisez tout cela ?
Au niveau de mon travail en bande dessinée, je souhaitais surtout montrer un climat, explorer la dimension cachée des choses, les frustrations dissimulées et créer un malaise ambiant. Ce qui me plaisait, c’était qu’il y ait des bizarreries et de plaquer mes propres obsessions sur mes personnages.
Ne faisant plus vraiment de bande dessinée, mais plutôt de l’illustration, mes images sont devenues plus abstraites, relevant toujours des mêmes obsessions par rapport au corps, à la chair, aux matières organiques, mais avec un côté très instinctif. Je ne contrôle plus rien, je suis dans le coup de plume libéré. J’ai du mal à faire autrement et surtout autre chose.
Est-ce que les EC Comics [éditeur de BDs horrifiques américaines dans les années 50-60] et les Pulps [magazines américains populaires et peu coûteux abordant SF, romance, fantastique] sont une influence directe pour vous ?
Cela fait partie de mes influences, mais j’ai été finalement plus marqué par l’éditeur français Elvifrance [éditeur de bande dessinée érotique bon marché en format de poche, des années 70 à 90]. Le côté sexe explicite, l’horreur débridée, tout ce que représentait crûment Elvifrance. La dimension crapuleuse, complaisante, le côté roman de gare, journal bon marché, est une inspiration directe pour moi. De plus, je suis en plein dedans, car je prépare actuellement une compilation avec à peu près 300 de leurs couvertures les plus hard, le tout assorti d’un descriptif historique.
Est-ce qu’Elvifrance pourrait être l’une des sources d’inspiration pour la création de votre maison d’édition United Dead Artists ?
En effet, c’est l’une des raisons pour laquelle j’ai fondé ma propre maison d’édition (United Dead Artists), dans le sens que je souhaite avant tout désacraliser l’Art et le rendre accessible au plus grand nombre. Je ne veux pas que les livres soient trop chers et que cela reste abordable pour tous. Je veux retrouver la proximité et le rapport aux œuvres que j’avais quand j’allais sur les marchés avec ma mère, acheter des livres de seconde main et transmettre ce sentiment. Les frontières deviennent perméables, éclatées, il n’y a plus ce côté sacré, voire élitiste. Ce sont dans ces formes populaires, prétendues moins nobles, qu’il y a de véritables émotions.
La publication dont je suis le plus fier au niveau des éditions, c’est peut-être le journal La Tranchée Racine [journal d’images rassemblant de nombreux artistes en format Tabloïd géant], parce que pour un prix abordable (3-5 euros), cela touche un grand nombre de gens qui ne se seraient peut-être pas intéressés à des formes aussi spécifiques et différentes. Cela m’intéresse plus que des tirages limités hors de prix qui s’alièneraient toute une partie des lecteurs. C’est pour cela que je suis très content d’offrir un numéro de La Tranchée Racine, à l’Etrange Festival cette année. Je suis sûr qu’il y a des gens qui ne vont pas du tout être intéressés par l’objet, particulièrement encombrant, et l’on va en retrouver plusieurs exemplaires dans les poubelles. Cela m’alimente, me pousse à me surpasser en quelque sorte. On ne reste pas dans l’entre-soi de son univers, avec ses amis, on se confronte à tout autre chose.
Du 18 au 27 novembre, se déroulera le 37ème Festival de Villeurbanne. Format Court y attribuera pour la troisième année consécutive un prix au sein de la compétition européenne. Le Jury Format Court (composé de Clément Beraud, Lila Toupard, Aziza Kaddour et Katia Bayer) récompensera l’un des 43 films sélectionnés.
À l’issue du festival, un dossier spécial sera consacré au film primé. Celui-ci sera diffusé lors d’une prochaine séance Format Court au Studio des Ursulines (Paris, 5ème). Le réalisateur bénéficiera également d’un DCP (relatif au film primé ou au prochain dans un délai de deux ans) crée et doté par le laboratoire numérique Média Solution.
Films en compétition
L’ESPRIT DU LOUP / Katia Scarton‐Kim, France – Suisse – Allemagne
ZAKAT / Andrei Annenski, Russie UNE TÊTE DISPARAÎT / Franck Dion, France – Canada
HERCULANUM / Arthur Cahn, France IL SILENZIO / Ali Asgari & Farnoosh Samadi, Italie – France
MARIE SALOPE / Jordi Perino, France
SPOON / Markus Kempken, Allemagne
LE DERNIER VOYAGE DE L’ENIGMATIQUE PAUL W.R. / Romain Quirot, France
LOST EXILE / Fisnik Maxhuni, Suisse
ZVIR / Miroslav Sikavica, Croatie
JE TE TIENS, TU ME TIENS / Eric Guirado, France
ENNEMIS INTERIEURS / Sélim Azzazi, France
DE LONGUES VACANCES / Caroline Nugues, Belgique
LA BAIGNOIRE / Tim Ellrich, Allemagne
HOW LONG, NOT LONG / Michelle & Uri Kranot, Danemark
WARDE / Qutaïba Barhamji, France
VICTOR XX / Ian Garrido, Espagne
A NEW HOME / Ziga Virc, Slovénie
PASSER LES CHAMPS / Camille Melvil & Fabien Cavacas, France
BINGO ! / Patrick Schoenmaker, Pays-Bas
LE RESTE EST L’OEUVRE DE L’HOMME / Doria Achour, France
NABELSCHNUR / Eliza Petkova, Allemagne
2037 / Enric Pardo, Espagne
MAYDAY RELAY / Florian Tscharf, Allemagne
PORT BOU / Jean Anouilh, France
COLOCATAIRES / Delphine Priet‐Mahéo, France
L’OMBRE D’UN AUTRE / Léo Médard, Belgique
LA VOIX DU PERE / Mathias & Colas Rifkiss, France
COKOLWIEK SIĘ ZDARZY, KOCHAM CIĘ / Justyna Mytnik, Pologne
LANA DEL ROY / Julien Guetta, France
UNCANNY VALLEY / Paul Wenninger, France – Autriche
CEREMONIE / Patrick Guedj, France
ALLES WIRD GUT / Patrick Vollrath, Autriche – Allemagne
L’ENFANCE D’UN CHEF / Antoine de Bary, France
TRIAL & ERROR / Antje Heyn, Allemagne
1992 / Anthony Doncque, France
VARANASI / Basile Pierrat, France
LÖSS / Yi Zhao, Pays-Bas
MA FILLE NORA / Jasna Krajinovic, Belgique
TAPETTE / Satya Dusaugey, France
THE ORACLE / Nan Feix, France
GRAFFITI / Lluis Quilez, Espagne
YALDA / Roshanak Roshan, France
AUF WIEDERSEHEN / Yordan Petkov & Eddy Schwartz
Notre rubrique Le film de la semaine accueille un nouveau titre repéré par un autre professionnel du court, Richard Van Den Boom, producteur et gérant de la société française Papy 3D Productions (en lien direct avec les projets de Sarah Van Den Boom, Franck Dion, Gilles Cuvelier & Jérémy Clapin). Son choix porte sur « Fable » de Daniel Sousa, l’un de ses films préférés en animation.
Animation, 7′, 2005, États-Unis, prod. : Daniel Sousa, Handcranked Film
Synopsis : Dans ce conte de fées cyclique, un homme et une femme sont condamnés à être séparés pour toujours, sauf quand ils se changent en animaux. Mais quand cela se produit, leur passion est assombrie par leurs instincts de chasse.
Daniel Sousa est sans conteste possible l’un des auteurs d’animation américains les plus audacieux et intéressants. Vivant en Nouvelle Angleterre et professeur à la Rhode Island School of Design, il produit ses films (« Minotaur », « The Windmill », « Drift », « Feral ») sur de très longues périodes, en bénéficiant de financements limités et en utilisant un mix de techniques traditionnelles et numériques. « Fable » est son film le plus abouti, mêlant une beauté formelle et un mystère rares dans l’animation indépendante américaine.
Richard Van Den Boom (producteur, Papy 3D Productions)
La 31e édition du Festival Européen du Film Court de Brest aura lieu du 8 au 13 novembre 2016. 38 films issus de 28 pays forment les contours de la compétition européenne. Pour la cinquième année consécutive, Format Court attribuera un Prix à l’un des films en sélection.
À l’issue du festival, un dossier spécial sera consacré au film primé par le Jury Format Court (composé de Agathe Demanneville, Zoé Libault et Katia Bayer). Celui-ci sera diffusé lors d’une prochaine séance Format Court au Studio des Ursulines (Paris, 5ème). Le réalisateur/la réalisatrice bénéficiera également d’un DCP relatif au film primé ou au prochain (dans un délai de deux ans) crée et doté par le laboratoire numérique Média Solution.
Films en compétition européenne
GUILLAUME À LA DÉRIVE de SYLVAIN DIEUAIDE, France
LA BRÊLE SAUVAGE de GREG CLÉMENT, Suisse
THE TROLLEYBUS-MAN de JONAS TRUKANAS, Lituanie
CENTRO BARCA OKKUPATO de ADAM SELO, Italie
CAROUSEL de KAL WEBER, Royaume-Uni
ARIANA FOREVER! de KATHARINA RIVILIS, Allemagne
DARZNIEKS de MADARA DIŠLERE, Lettonie
A BRIEF HISTORY OF PRINCESS X de GABRIEL ABRANTES, France – Portugal
A NEW HOME de ZIGA VIRC, Slovénie
SHOPPING de LAYKE ANDERSON, Royaume-Uni
GRÝLA de TOMAS HEIDAR JOHANNESSON, Islande
TIMECODE de JUANJO GIMÉNEZ, Espagne
CARGO de LUDWIK PRUSZKOWSKI, Pologne
GETTING FAT IN A HEALTHY WAY de KEVORK ASLANYAN, Bulgarie – Allemagne
SUR ÉLISE de STEFANO RIDOLFI, Belgique
DOUG & WALTER de SAMUEL MORRIS, Suisse
JUNGWILD de BERNHARD WENGER, Autriche
EN LA AZOTEA de DAMIÀ SERRA CAUCHETIEZ,Espagne
LA SLITTA de EMANUELA PONZANO, Italie
LOVE IS A STING de VINCENT GALLAGHER, Irlande
CRAZY SHEEP de MATHIAS DESMARRES, Belgique
PYSÄHDYS de PIA ANDELL, Finlande
MUKWANO de CECILIE McNAIR, Danemark
KATIFORA de STELIOS KAMMITSIS, Chypre
WHACK de SYNI PAPPA, Grèce – Croatie
PANTHÉON DISCOUNT de STÉPHAN CASTANG, France
JAG FOLJER DIG de JONATAN ETZLER, Suède
OME de DANIEL MULLOY, Kosovo
BERLIN METANOIA de ERIK SCHMITT, Allemagne
REMÉNY de MÁRTON SZIRMAI, Hongrie
EUROMAN de GABRIEL TZAFKA, Danemark – Grèce
SPOETNIK de NOËL LOOZEN, Pays-Bas
FEITOS E DITOS DE NASREDDIN de PIERRE-MARIE GOULET, Portugal – France
TUHAF ZAMANLAR de MEHMET EMRAH ERKANI, Turquie
STILLE PÅ SETT de PETTER HOLMSEN & MARTE HANSEN, Norvège
NOIEMBRIE de STROE IOACHIM, Roumanie
PIENIÄ KÖMPELÖITÄ HELLYYDENOSOITUKSIA de MIIA TERVO, Finlande
Pour sa 2ème projection parisienne de l’année, Format Court vous invite jeudi 10 novembre 2016 à 20h30 à une séance spéciale consacrée aux Pays-Bas au Studio des Ursulines (Paris, 5ème). 5 courts-métrages récents & plus anciens (dont « Feest » de Paul Verhoeven) seront projetés à l’occasion de cette soirée organisée avec le soutien de l’Ambassade des Pays-Bas en France et de EYE International. Pour l’occasion, 2 réalisateurs seront présents pour accompagner cette toute nouvelle Soirée Format Court.
Programmation
Feest de Paul Verhoeven, fiction, 27′, 1963, Pays-Bas, prod. : Paul Verhoeven
La liaison entre deux lycéens de La Haye se termine en conflit lors d’une fête échevelée à l’école.
We were wolves de Mees Peijnenburg, fiction, 11′, Pays-Bas, 2012, Nederlandse Film en Televisie Academie, sélectionné aux Rencontres Henri Langlois 2013. En présence du réalisateur
Dicky se remémore l’époque où lui et ses frères n’étaient encore que de jeunes chiens maladroits, jusqu’à ce qu’une fille pointe son nez.
Import de Ena Sendijarević, fiction, 17′, 2016, Pays-Bas, prod. : Pupin, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs 2016 et au Festival Cinemed 2016. En présence de la réalisatrice
En 1994, une jeune famille de réfugiés bosniaques se retrouve dans un petit village des Pays-Bas après l’obtention de leur permis de séjour. Les situations absurdes surviennent alors qu’ils essaient de faire de ce nouveau monde leur maison.
The Origin Of Creatures de Floris Kaayk, animation, 12′, 2010, Pays-Bas, prod. : Koert Davidse, Marc Thelosen, Yan Ting Yuen. Prix Format Court au Festival Paris Courts Devant 2011
La vision futuriste d’un monde après un désastre catastrophique. Dans cette parabole, des membres mutés autonomes sont à la recherche d’une coopération, mais en raison de problèmes de communication, cette mission est vouée à l’échec.
Geboren en Getogen de Eelko Ferwerda, fiction, 3’50 », 2009, Pays-Bas, prod. : Waanzee, Grand Prix Festival Très Courts 2010, sélection au Festival de Clermont-Ferrand 2010
Bo et Elsa vont avoir un bébé et, au moment où leur enfant naît, Bo compose un morceau de musique.
En pratique
– Projection : 20h30, accueil : 20h
– Durée de la séance : 70′
– Studio des Ursulines : 10 Rue des Ursulines, 75005 Paris
– Accès : RER B Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Épée), Bus 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon). Métro le plus proche : Ligne 7, arrêt Censier Daubenton (mais apprêtez-vous à marcher un peu…)
– Event Facebook : ici !
– Entrée : 6,50 €
– Réservations vivement recommandées : soireesformatcourt@gmail.com
Diplômée de l’École Sam Spiegel de Jérusalem et réalisatrice de « Anna », court métrage ayant obtenu de nombreux prix dont le Prix Format court au Festival de films d’écoles de Tel Aviv, Or Sinai, aime approcher l’univers de la solitude et de la féminité, deux entités qu’elle mêle avec délicatesse et sensibilité dans ses différentes réalisations.
Si le cinéma israélien d’aujourd’hui n’hésite plus à traiter de sujets brûlants, il peut également être plus intimiste, plus personnel. Les réalisateurs racontent des histoires qui leur sont proches ou mettent en scène des personnages simples et modestes en proie à des questionnements de la vie de tous les jours. Les films de la jeune réalisatrice israélienne Or Sinai, n’échappent pas à ce constat. Qu’ils soient documentaires ou de fiction, ils dressent tous un portrait réaliste de femmes seules et fragiles qui puisent dans leur quotidien les forces nécessaires pour continuer leur chemin. Le plus souvent quittées par leur homme, les héroïnes de Sinaï sont des mères qui se sont sacrifiées pour leur enfant, des femmes en quête d’amour, des êtres marqués par la solitude et l’abandon.
Avant « Anna » et la consécration au Festival de Cannes où elle reçoit le Premier Prix de la Cinéfondation, Or Sinai a réalisé un court métrage de fiction, « Two » (2011) et de documentaire « Violetta mi vida » (2012), tous trois tournés dans le cadre de ses études à la Sam Spiegel School de Jérusalem. Si « Anna » est très certainement le plus abouti, on peut déjà deviner dans les deux premiers des thèmes communs tels que la féminité, la solitude et le sacrifice maternel. On pressent aussi son envie d’être au plus près de ses personnages et d’instaurer des temps morts, des moments silencieux et contemplatifs où elle s’interroge sur la manière de traiter l’éphémère. Profondément mélancoliques, ses films évoluent dans un huis-clos relationnel entre une mère et sa fille (« Two » et « Violeta mi vida ») ou son fils « Anna ». Si dans « Two », à l’instar du titre, les deux personnages ont autant d’importance, on admet qu’au fur et à mesure de sa courte filmographie, elle choisit de se détacher de l’enfant pour se focaliser sur la mère. Ainsi « Anna » n’est-il pas le résultat réussi de cette approche ?
En apparence « Two » aborde la relation mère-fille puisque le film met en scène une mère et son adolescente de 16 ans. Persuadée que le père va les rejoindre pour célébrer l’anniversaire de sa fille, la mère organise un pique-nique en plein air. Mais le père ne vient jamais. Dans le fond, le film traite davantage du désespoir d’une mère seule, abandonnée et encore amoureuse. Elle s’accroche à des illusions et de faux espoirs qui l’empêchent de se (re)construire et d’avancer. Elle reste figée dans une situation inextricable et se sert de sa fille pour arriver à ses fins, non par machiavélisme mais par chagrin. Comme pour faire écho à la solitude d’une mère, « Violeta mi vida », tourné l’année d’après, est un court métrage documentaire qui s’attache à dépeindre le quotidien de Deborah.
Une argentine ayant quitté sa terre natale avec sa fille Violeta pour s’installer en Israël où cette dernière pourra bénéficier des soins spécifiques à sa maladie des os. Le sacrifice est dès lors double dans ce cas : à celui de quitter son pays et ses deux grands fils s’ajoute celui d’élever seule sa fille. Terre promise à juste titre, Israël apparaît comme l’Eldorado de tous les possibles. Sauf que la réalité est quelque peu différente et c’est comme femme de ménage et vivant dans un petit appartement que Déborah réussit à offrir une vie meilleure à sa fille qui aura sa Bat-Mitzvah (= pendant féminin de la Bar Mitzvah) comme toutes les jeunes files de son âge, faut-il dépenser deux mois de salaire et travailler dur pour y accéder. Un sacrifice qui a porté ses fruits cependant puisque l’on peut lire dans les intertitres de fin qu’alors que Violeta poursuit ses études au Département audiovisuel de l’Ecole d’arts, Deborah quant à elle s’est inscrite dans un cours de décoration intérieure. Mère et fille ont ici trouvé les moyens pour s’émanciper d’un cadre qui ne leur permettait pas de s’épanouir pleinement. Pour terminer la comparaison, « Anna » est un retour à la fiction pour parler de la solitude d’une mère, d’une femme en quête d’affection.
Au-delà des relations familiales, intergénérationnelles, Or Sinai parle avant tout des frontières réelles et métaphoriques qu’une femme doit traverser pour se construire. et s’épanouir dans l’acceptation de ses choix. Ses barrières, il lui faut les briser en tissant les liens entre un passé douloureux et un futur prometteur.
Au terme de près de 10 jours de festival, Cinemed a fait connaître son palmarès ce weekend. Côté courts, voici les films primés, avec la part belle au film roumain « Écrit/Non écrit » d’Adrian Silisteanu.
Grand prix du court métrage, Prix Canal +, Mention Prix jeune public : Écrit/Non écrit d’Adrian Silisteanu (Roumanie, 2016)
Mention : Un été chaud et sec de Sherif El Bendary (Égypte/Allemagne, 2015)
Prix du public : Timecode de Juanjo Giménez (Espagne, 2016)
Prix jeune public : Bêlons d’El Mehdi Azzam (Maroc/France, 2016)
Mention Prix jeune public : Écrit/Non écrit d’Adrian Silisteanu (Roumanie, 2016)
Prix Canal + : Écrit/Non écrit d’Adrian Silisteanu (Roumanie, 2016) & L’Échappée d’Hamid Saïdji, Jonathan Mason (Algérie/France/États-Unis, 2015)
Tourné en seulement trois heures à Madrid par David González Rudíez (Bilbao, 1980), « 5 segundos » est un court-métrage d’une durée de près de trois minutes et demie qui raconte comment un homme prépare une surprise à sa femme afin de lui présenter ses excuses pour son étrange comportement survenu quelques jours auparavant. Ce court-métrage minimaliste, sélectionné au Festival Court Métrange 2016, joue avec le suspense et la paranoïa à travers une réflexion sur la violence de genre et la confiance au sein du couple. Grâce à une excellente utilisation de la voix-off et de l’off screen, le réalisateur nous confronte à trois minutes de réelle détresse émotionnelle.
Le désir de diriger un couple d’acteurs, avec lesquels González Rudíez avait déjà travaillé précédemment, la longueur imposée par le festival online Notodofilmfest (3:30 minutes maximum) et la réalisation d’un scénario au coût abordable ont été les ingrédients à l’origine de ce film zéro budget. En réalité, David González Rudíez loue l’efficacité du projet à l’heure d’en aborder un nouveau : « 5 segundos » repose sur deux acteurs, un seul lieu de tournage (chez l’actrice), une paire de lampes Ikea, une caméra et un microphone. Dans une production aussi simple, ce qui compte finalement est la contrainte de durée et le matériel disponible.
Le film repose sur l’idée de la surprise, les yeux bandés de la jeune femme permettent de donner vie à « l’inquiétante étrangeté », une situation aussi familiale que sinistre. Le spectateur se retrouve confronté à l’angoisse et à l’incertitude de la protagoniste en premier plan, car comme elle, il ne voit pas ce qui se passe autour d’elle. Le sentiment de tension est très vite palpable dès que l’on quitte la sphère de la surprise romantique d’un homme à sa femme, l’attente d’un cadeau de réconciliation suite à leur dispute, se basant sur une seule règle : la promesse de ne pas ouvrir pas les yeux pendant les derniers préparatifs. À partir de ce-moment, la surprise va se transformer en désarroi et la femme va passer de l’étonnement à l’inquiétude. L’impuissance va petit à petit s’installer au vu des questions persistantes de l’homme, de quelques bruits de tiroirs et des silences volontaires qui vont contribuer à mettre en lumière les angoisses de la jeune femme et l’empathie du spectateur.
Le réalisateur David González Rudíez, qui a obtenu le Prix du Meilleur Réalisateur à la 13º édition du Festival Notodofilmfest, est un touche-à-tout depuis 16 ans en tant que réalisateur, scénariste, monteur, cadreur et producteur (Rojocamaleón Productions).
Auteur de nombreux courts primés en festival, ce réalisateur espagnol cherche à continuer à faire ce qu’il aime : à être heureux et à joindre les deux bouts. Attiré au départ par les premiers travaux de Tarantino ou « El Mariachi » de Robert Rodríguez, il prouve qu’avec peu de moyens, il est possible de faire un bon film.
En tant que créateur, il s’intéresse particulièrement à l’ambiguïté et aux films non linéaires. Avec « 5 segundos », son spectateur se retrouve en effet obligé de combler les ellipses, ce qui le rend complice et co-auteur du film. Son court joue sur les nuances de la psychologique humaine, grâce à la combinaison de premiers plans, d’un personnage désorienté et de bruits mystérieux. « 5 segundos » peut être considéré comme un brève histoire de terreur quotidienne, comme un moment d’angoisse distillé
en quelque minutes, à la mise en scène austère et efficace, ne laissant le spectateur ni indifférent ni très tranquille.
Ces films récents, sélectionnés et primé pour la plupart en festival (TIFF, FNC, Annecy, Anima, …) sont visibles sur le site internet de l’ONF ONF.ca et sur sa chaîne YouTube, dans le cadre de la 10e édition du festival en ligne Animez-vous!, ayant débuté le 17 octobre et se terminant le 31 octobre prochain.
Il vous reste quelques jours donc pour découvrir cette excellente sélection de courts en ligne réunissant des auteurs en devenir et des maîtres du genre tels que Theodore Ushev (« Manifeste de sang », « 3e page à partir du soleil »), Chris Landreth (« Jeu de l’inconscient »), mais aussi Félix Dufour-Laperrière (« Le jour nous écoute »), Luc Chamberland (« Le dominion de Seth », « La mort de Kao Kuk », « La magnifique machine ») et Randall Lloyd Okita (« Des ondes et des ombres »).
Ces 25 films, très différents dans leurs techniques, narrations et durées (de 1 à 42 minutes), empruntent pour certains à la comédie (« Histoires de bus »), à l’hommage à la BD indépendante (« Le dominion de Seth »), à l’expérimental et à la danse (« Coda »). D’autres sont des ovnis visuels et hallucinatoires (« Jeu de l’inconscient », Cristal d’Annecy 2013), des films poétiques et émouvants sur la mémoire et l’identité (« Des ondes et des ombres ») ou encore des expérimentations d’une minute (« Lui », « Manifeste de sang », « Fyoog », « OVNI », « Petit big bang », « Tête-Mêle », « Poupons », « La soupe du jour »), …
On ne peut que vous inviter à vous balader sur le site dédié (Animez-vous!) ou sur les portails associés à ce projet (ONF.ca, YouTube), à découvrir ces films et à les partager autour de vous. Vous avez jusqu’au 31 octobre pour vous animer et faire le plein de bons films canadiens !
Frères ennemis de Yacine Balah, fiction, France, 22′, Boogieman productions
Synopsis : France, 1958, des soldats français cherchent le jeune Messaoud, un renégat FLN “porteur de valise”. Messaoud échappe de justesse à une perquisition de l’armée française. Il parvient à se réfugier dans un baraquement à la lisière d’une forêt où il rencontre Belkacem, un algérien comme lui mais qui refuse de prendre part au conflit. Belkacem accueille Massoud, mais leurs points de vue sur la guerre divergent radicalement tandis qu’au dehors les soldats français se rapprochent…
Première fiction réalisée par Yacine Balah, « Frères ennemis » retrace la rencontre entre un membre du Front de Libération National Algérien et d’un Harki en France à la fin des années 50.
Une traque, une rencontre. Deux hommes aux convictions à priori diamétralement opposées se confrontent, s’affrontent avant de partager un ultime tournant de leurs vies. D’une minute à l’autre, ceux qui ne se connaissaient pas vont partager un instant déterminant pour leurs avenirs.
Pour la 6ème année consécutive, Format Court vient d’attribuer un Prix au sein de la compétition internationale du Festival Court Métrange, à Rennes, le festival de genre fantastique et insolite. Samedi 22 octobre 2016, lors de la clôture du festival, le Jury Format Court (composé de Marie Veyret, Adriana Baradri, Gary Delépine & Sarah Escamilla) a choisi de décerner son prix au film d’école « Manoman » de Simon Cartwright parmi les 40 films sélectionnés.
En sortant d’une séance de thérapie, Glen expulse hors de son corps son double primitif, un jumeau préhistorique sauvage qui l’entraine dans une folle nuit très psychédélique. Par sa technique d’animation qui sert une mise en scène inspirés, par des plans très expressifs, qui usent de maquettes, marionnettes 3D, et par ce récit initiatique sincère et inattendu, le film de Simon Cartwight joue d’un parfait équilibre entre fantastique et psychologie. C’est cette force visuelle et cette énergie primale complémentaires et parfaitement dosées que le Jury salue par ce prix.
Le court-métrage primé fera l’objet d’un dossier spécial en ligne et sera programmé lors d’une prochaine séance Format Court au Studio des Ursulines (Paris, 5ème). Le réalisateur bénéficiera également d’un DCP pour un prochain court doté par le laboratoire numérique Média Solution.
Manoman de Simon Cartwright (Animation, 10’, 2015, Royaume-Uni, NTFS – National Film and Television School)
Synopsis : En assistant à son cours de cri primal, Glen libère quelque chose d’illimité du plus profond de lui-même.
Pour sa séance d’octobre, Short Screens met le cap sur les défis surmontés par les personnes en situation de handicap et vous propose une série de courts métrages documentaires, expérimentaux, d’animation ou encore de fiction qui posent un regard multiple sur leur combat de tous les jours. Un choix d’œuvres audiovisuelles tantôt compatissantes, tantôt grinçantes, tantôt absurdes qui fait subtilement rimer handicap et « handy-cap ».
Rendez-vous le jeudi 27 octobre à 19h30, au cinéma Aventure, Galerie du Centre, Rue des Fripiers 57, 1000 Bruxelles – PAF 6€
Scrapbook de Mike Hoolboom, Canada, 2015, documentaire, 19’
Broadview developmental Center, Ohio, un hôpital psychiatrique filmé en 1967 par Jeffrey Paull. Cinquante ans plus tard, Donna Washington, autiste et pensionnaire de cet hôpital à l’époque, raconte sa propre histoire à partir de photos et de bouts de films qui la mettent en scène.
Prends-moi de Anaïs Barbeau-Lavalette et André Turpin, Canada, 2014, fiction, 10’
Dans un centre d’hébergement et de soins pour handicapés, un soignant se voit confronté à une tâche qu’il ressent comme bien embarrassante.
Veronika de Mark Michel, Allemagne, 2011, docu-animation, 6’30″
« Le Sable est une métaphore évidente puisque je ne suis pas stable. Parfois je me sens comme cela, comme si je tombais en mille morceaux ». Une incursion perceptrice et compatissante dans le monde caché d’une adolescente souffrant d’autisme et handicaps multiples.
La fourmi de Jonas d’Adesky, Belgique, 2016, fiction, 13. Avant-première en présence du réalisateur
Léopold se rêve comédien de théâtre. Sous ses yeux, la ville se transforme en une scène dont les passants sont des partenaires de jeu. Jusqu’au jour où un groupe de jeunes se méprend sur ses intentions et le tabasse. Tanja, une jeune femme qui passait par là, découvre Léopold inconscient et décide de le ramener chez lui…
Frida Kahlo’s Corset de Liz Crow, Royaume-Uni, 2000, expérimental, 9’10″
Frida Kahlo’s Corset est un film expérimental sur la transformation vécue par Frida Kahlo, artiste peintre mexicaine qui a dû porter des corsets orthopédiques en raison de son handicap. Le film s’inspire des mots de Kahlo elle-même et de son style esthétique vif, et réfute l’image d’une vie marquée par la tragédie et la souffrance.
Mompelaar de Wim Reygaert & Marc Roels, Belgique, 2008, fiction, 21’40″
Lubbert est un jeune homme réservé qui vit avec une mère dominatrice dans une petite maison. Une promenade matinale dans l’arrière-pays flamand est troublée par la rencontre irréelle avec d’hallucinants habitants de la région.
Cousin de Adam Eliott, Australie, 1998, animation, 4’29″
Un narrateur se souvient d’un petit garçon du même âge que lui, atteint de paralysie cérébrale depuis la naissance. Il raconte leurs aventures d’enfants.
Le 38ème Festival Cinemed (21-29 octobre 2016) démarre demain à Montpellier. Pour la première fois, Format Court couvrira la manifestation mettant en avant le cinéma méditerranéen (avec comme affiche cette année, le visuel de « Renaître » de Jean-François Ravagnan, Prix Format Court au Festival International du Film Francophone de Namur 2015). Voici en guise d’avant-programme les courts retenus en compétition.
La Bête de Miroslav Sikavica, Croatie
Un été chaud et sec de Har Gaf Saifan, Sherif El Bendary, Égypte / Allemagne
Timecode de Juanjo Giménez, Espagne
Bêlons de El Mehdi Azzam, France/Maroc
Journal animé de Donato Sansone, Francep
Migration de Jenny Sylvaine, Philippe Vu, France
Tunisie 2045 de Ted Hardy-Carnac, France
L’Échappée de Hamid Saïdji, Jonathan Mason, France/Algérie/USA
Mare Nostrum de Rana Kazkaz, Anas Khalaf, France/Syrie
Young Fish de Chrisanthos Margins, Grèce
Santé de Sabrine Khoury, Israël Anna de Or Sinai, Israël Le Silence de Ali Asgari, Farnoosh Samadi, Italie/France
Le Fusil, le Chacal, le Loup et le Gamin de Oualid Mouaness, Liban
Submarine de Mounia Akl, Liban
Hyménée de Violaine Bellet, Maroc/France
La pierre de Salomon de Ramzi Maqdisi, Palestine / Espagne Import de Ena Sendijarevic, Pays-Bas
Une jeune femme de Simão Cayatte, Portugal
Écrit/Non écrit de Adrian Silisteanu, Roumanie
Un après-midi bien rempli de Martin Turk, Slovénie/Croatie
On est bien comme ça de Mehdi M. Barsaoui, Tunisie
Le Fils de Aytaç Uzun, Turquie/Hongrie