Tous les articles par Katia Bayer

Côté Court, compétition expérimental- essai-art vidéo

Depuis 2004, le festival Côté court (15-26 juin) propose une compétition consacrée au cinéma expérimental, à l’essai ou encore à l’art vidéo, un cinéma qui a pour habitude de bousculer le langage cinématographique. Entre arts plastiques et cinéma traditionnel, il croise par nature différentes esthétiques. La compétition regroupe ainsi une trentaine de films-prototypes ou vidéos d’artistes répartis en 5 programmes.

Expé 1

1. Purple Kiss / Stéphane Marti / 2010 – 30 min
2. Hic & Nunc / Marie L. / 2010 – 12 min
3. L’ Angleterre contre l’Argentine / Rima Samman / 2011 – 19 min
4. Tongue Twisters / Erik Bullot / 2011 – 11 min
5. Le ciel se décroche / Darielle Tillon / 2011 – 7 min
6. The Unbroken line (version 1) / Sébastien Betbeder / – 6 min 30

Expé 2

1. Un jour ou l’autre nous partons tous en voyage en Italie (II) / Muriel Montini / 2010 – 53 min
2. Cet Air Là / Marie Losier / 2010 – 3 min
3. La Voûte / Philippe Rouy / 2010 – 7 min
4. Le Babillement d’un bébé / Patrick Dekeyser / 2011 – 2 min
5. Riccetto / Adrienne Alcover / 2010 – 5 min 30
6. Legend / Mohamed Bourouissa / – 12 min

Expé 3

1. Chef d’oeuvre ? / Luc Moullet / 2010 – 13 min
2. Singel man / Sophie Laly et Christian Rizzo / 2010 – 17 min 30
3. Son of a Gun / Claire Doyon et Antoine Barraud / 2011 – 12 min 20
4. Terre Battue / Laurent Goldring / 2011 – 17 min 40
5. Huit tentatives d’approche / Emilie Leconte / 2011 – 10 min
6. Achrome / Cécile Hartmann / – 11 min

Expé 4

1. Sans contact / Max René / 2010 – 19 min 50
2. La vie continuera sans moi / Arnold Pasquier / 2010 – 16 min
3. Aveuglés beuglent / Marie Vermillard / 2011 – 23 min 40
4. Red Memory / Robert Cahen et John Borst / 2010 – 9 min 30
5. Stochastics / David Kidman / 2010 – 7 min
6. Henri Plaat / Jérôme Schlomoff / – 6 min 40

Expé 5

1. Living Chiaying / Gilles Delmas / 2010 – 13 min
2. Fear Thy Not / Sophie Sherman / 2010 – 2 min 30
3. Face au vent, partition buissonière / Anne-Marie Faux / 2010 – 45 min
4. Comment dire… / Nicolas Leclere / 2010 – 10 min 30
5. (re)jets / Véronique Hubert / 2011 – 2 min 30
6. Janiceps / Augustin Gimel / 2010 – 7 min 10

C comme Cross

Fiche technique

Synopsis : Un garçon est forcé à courir, puis court de lui même, puis regarde un autre courir.

Genre : Fiction

Durée : 15’

Pays : France, Ukraine

Année : 2011

Réalisation : Maryna Vroda

Scénario : Maryna Vroda

Images : Volodumur Ivanov

Décors : Ivan Orlenko

Montage : Roman Bondarchuk, Thomas Marchand

Son : Maria Nesterenko, Frédéric Thery

Interprétation : Egor Agarkov, Valeria Bogdanova, Olexander Koval, Maria Sodol

Production : Les 3 Lignes

Articles associés : l’interview de Maryna Vroda, la critique du film

Maryna Svroda. L’amour pour Tolstoï, le désir de sincérité et la coproduction franco-ukrainienne

Le cross est le nom d’une course à pied qui se pratique sur un terrain ayant des obstacles naturels. « Cross » est aussi le titre du court-métrage qui a remporté la Palme d’or du 64ème festival de Cannes. Réalisé par la réalisatrice ukrainienne Maryna Svroda, c’est un film poétique qui réussit à renvoyer le spectateur à l’essence même de notre condition d’être humain. Rencontre.

Interview, image, montage : Isabelle Mayor

Article associé : la critique du film

illegal_cinema #52. Traduction de guerre ce soir aux Laboratoires d’Aubervilliers

Valorisant les films marginaux et expérimentaux, les séances “illegal_cinema” sont proposées par et pour les spectateurs tous les lundis, à 20h aux Laboratoires d’Aubervilliers. Prochaine rencontre ce soir, autour du film « Isolation » de Luke Seomore et Joseph Bull (Grande-Bretagne, 2009, 64min.)

« Traduction de guerre : le cas de l’Afghanistan », par Yves Mettler

Un homme, ancien soldat de l’armée britannique, invite chez lui d’autres soldats revenus vivre dans leur ville d’origine après leur service en Afghanistan afin de discuter. Cette situation me rappelle Walter Benjamin, surtout lorsqu’il raconte le retour des soldats de la Première Guerre mondiale chez eux, incapables de dire ou de rendre compte de quoi que ce soit. La forme radicale du film repose sur des moyens volontairement très maniérés pour examiner les manières de rendre compte, à la recherche d’un témoin authentique entre là-bas et ici; sur cette guerre là-bas où j’ignore complètement ce qui se passe, bien que j’en entende parler tous les jours. J’aimerais me servir de ce film ainsi que de deux vidéos publiées à six mois d’intervalle sur le site du Guardian puis du New York Times pour partager et discuter des moyens d’exprimer l’expérience de guerre dans la vie civile, sachant que chaque guerre nécessite un langage spécifique. Pour compléter cette proposition, j’ai pensé à trois textes sur le témoignage, l’interview et la transmission de l’expérience. Je suis certain que bien d’autres textes existent, et je serais heureux de les partager avec vous.

Infos pratiques : lundi 13 juin · 20:00 – 22:00 – Les Laboratoires d’Aubervilliers / 41, rue Lécuyer 93200 Aubervilliers / Métro ligne 7 Quatre chemins. Entrée libre. Accueil du public dès 19h30. Bar et restauration légère.

Le site des Laboratoires : www.leslaboratoires.org

La page Facebook consacrée à l’événement : c’est ici

Rétrospective Côté court 20 ans !

Cette année, le festival Côté court fête ses 20 ans, l’occasion de revenir sur autant d’années de programmation, de films primés ou non et de réalisateurs pour la plupart passés au long depuis.

Rétrospective 1

1. Des journées peu ordinaires / Bruno Bontzolakis / 1994 –
2. A la vitesse d’un cheval au galop / Darielle Tillon / 2001 – 45 min

Rétrospective 2

1. Montparnasse / Mikhaël Hers / 2009 – 58 min
2. Les Parallèles / Nicolas Saada / 2004 – 30 min

Rétrospective 3

1. Mods / Serge Bozon / 2002 – 59 min
2. Des jours dans la rue / Arthur Harari / 2005 – 28 min

Rétrospective 4

1. Faute de soleil / Christophe Blanc / 1995 – 57 min
2. Ali et Aylin / Julien Cunillera / 1995 – 5 min
3. Flowers for Diana / Reynald Bertrand / 2002 – 8 min 30

Rétrospective 5

1. Une souris verte / Orso Miret / 1996 – 35 min
2. La Beauté du monde / Yves Caumon / 1998 – 53 min

Rétrospective 6

1. Troubles ou la journée d’une femme ordinaire / Laurent Bouhnik / 1993 – 25 min
2. Une robe d’été / François Ozon / 1996 – 15 min
3. Alias / Marina de Van / 1997 – 14 min

Rétrospective 7

1. Border / Laura Waddington / 2004 – 27 min
2. Blush / Wim Vandekeybus / 2005 – 53 min

Rétrospective 8

1. Les Corps ouverts / Sébastien Lifshitz / 1997 – 47 min

Rétrospective 9

1. 75 centilitres de prière / Jacques Maillot / 1993 – 30 min
2. Une nouvelle douceur / Alexandra Rojo / 1996 – 14 min
3. Seule / Erick Zonca / 1996 – 34 min

Rétrospective 10

1. Nulle part / Laetitia Masson / 1992 – 50 min
2. De sortie / Thomas Salvador / 2005 – 14 min
3. C’est trop con / Jean Pierre Daroussin / 1992 – 15 min

Rétrospective 11

1. L’ Arche de Noé / Philippe Ramos / 1999 – 55 min
2. Voyage à Vézelay / Pierre Creton / 2005 – 31 min

Rétrospective 12

1. La défaite du rouge-gorge / Valérie Mréjen / 2001 – 23 min
2. Roc et Canyon / Sophie Letourneur / 2007 – 55 min
3. Atomic Park / Dominique Gonzalez-Foerster / 2004 – 8 min

Rétrospective 13

1. La Leçon de guitare / Martin Rit / 2005 – 18 min
2. A bras le corps / Katell Quillévéré / 2005 – 19 min
3. Les Deux Vies du serpent / Hélier Cisterne / 2006 – 45 min

Rétrospective 14

1. Petite météorologie ou 7 histoires de temps / Charles Castella / 1995 – 27 min
2. Hom (Heart of Mine) / Franck Vialle / 2007 – 19 min
3. Le Cou de Clarisse / Benjamin Esdraffo / 2003 – 41 min

Rétrospective 15

1. Juste Avant l’Orage / Jean-Claude Rousseau / 2003 – 17 min
2. Métamorphose / Jean-Claude Guiguet / 2003 – 12 min
3. Conversations de salon 1-2-3 / Danielle Arbid / 2003 – 29 min
4. L’ Étoile violette / Axelle Ropert / 2005 – 45 min

Rétrospective 16

1. Les Vacances / Emmanuelle Bercot / 1997 – 18 min
2. Madame Jacques sur la Croisette / Emmanuel Finkiel / 1995 – 38 min
3. Paroles / Anne Benhaïem / 1992 – 30 min

Rétrospective 17

1. Ce vieux rêve qui bouge / Alain Guiraudie / 2000 – 50 min
2. Julia et les Hommes / Thierry Jousse / 2003 – 32 min

Rétrospective 18

1. La Dame au chien / Damien Manivel / 2010 – 16 min
2.  Petit Tailleur/ Louis Garrel / 2009 – 43 min
3. A Bright Interval / Emilie Lamoine / 2002 – 12 min

Rétrospective 19

1. Jeux de plage / Laurent Cantet / 1995 – 30 min
2. Promène toi donc tout nu / Emmanuel Mouret / 1998 – 49 min
3. Grenouille d’hiver / Slony Sow / 2011 – 17 min 30

Rétrospective 20

1. Dimanche ou les fantômes / Laurent Achard et Achard Laurent / 1993 – 30 min
2. La Brèche de Roland / Jean-Marie Larrieu et Arnaud Larrieu / 1999 – 47 min

Côté Court, la compétition fiction

Découvrez les 22 films de fiction tant exigeants “dans le fond que dans la forme” sélectionnés au Festival Côté Court de Pantin, se déroulant du 15 au 26 juin 2011.

Fiction 1

1. Sur la tête de Bertha Boxcar / Soufiane Adel et Angela Terrail / 2010 – 25 min
2. Un monde sans femmes / Guillaume Brac / 2011 – 58 min
3. L’ Aube / Adrien Dantou / 2011 – 23 min 40

Fiction 2

1. L’ alliance / Erik Bullot / 2010 – 24 min
2. Rêve Bébé Rêve / Christophe Nanga-Oly / 2010 – 58 min
3. Sous la lame de l’épée / Hélier Cisterne / 2011 – 13 min

Fiction 3

1. L’ Annonciation / David Bart et Laurence Balan / 2010 – 14 min
2. Dancing Odéon / Kathy Sebbah / 2011 – 24 min
3. Les murs / Marion Desseigne-Ravel / 2010 – 12 min 30
4. 63 regards / Christophe Pellet / 2010 – 50 min

Fiction 4

1. Te recuerdo / Pierre Chosson / 2010 – 26 min 20
2. Mademoiselle Else / Isabelle Prim / 2010 – 43 min
3. Et ils gravirent la montagne / Jean-Sébastien Chauvin / 2011 – 33 min

Fiction 5

1. Respect / Benoit Forgeard / 2010 – 15 min
2. Le Marin masqué / Sophie Letourneur / 2011 – 35 min
3. Les Destructions / Létra Antoine / 2010 – 51 min 30

Fiction 6

1. Et si je m’arrêtais là / Jonathan Borgel / 2010 – 9 min 40
2. Dreamtimacy / Franck Vialle / 2011 – 57 min 50
3. Courir / Maud Alpi / 2011 – 25 min

Fiction 7

1. Le jour où le fils de Raïner s’est noyé / Aurélien Vernhes-Lermusiaux / 2011 – 15 min
2. La Fuite du Jour / Christophe Clavert / 2011 – 40 min
3. Bobok / Simon Leibovitz / 2010 – 45 min 10

Dimanches de Valéry Rosier

Dimanches ou la (stimulante) poétique de l’ennui

Lorsque le cinéma s’endimanche, il ne se pare d’aucun costume taillé sur mesure ni d’aucune cravate frivole, autrement dit il ne s’encombre pas de signes apparents du rituel social, dans l’attente des réjouissances religieuses ou du bal populaire. Ses habits sont plutôt ceux d’un vagabond sans âge, marchant à travers la ville pour marquer au sol la trajectoire déviante du monde. Les temps auraient-il changé ? Affirmatif. Les temps ne sont plus aux rites vitalisés mais aux rythmes lents des existences sans finalités, dégonflées, grisâtres. Le dimanche, non plus que le jour du Seigneur, est le jour du vide à combler. Un tel constat, tout au moins, vient à la surface du bocal imaginaire où sont enfermés les souvenirs ternis de Valéry Rosier, lequel signe avec « Dimanches » son quatrième court-métrage, auréolé du Prix Kodak à la dernière Semaine Internationale de la Critique. Un film fascinant et englobant, tel un aquarium enfermant des poissons dont la nage retarderait l’endémie téléologique de l’inertie contemporaine.

Chienne de vie

« Dimanches » n’est ni un reportage sur les activités concupiscentes d’une population en émoi, ni un album photographique brillant dont la beauté aurait rendu l’entreprise surnaturelle. La poétique de l’ennui substitue à ces écueils la frontalité réaliste de chaque détail. Car le film avance par petites touches, par une succession de faits insignifiants, souvent répétitifs, comme un socle précaire de micro-événements. Ces derniers sont de plusieurs natures; un homme trace sur la pelouse d’un terrain de football des lignes liminaires blanches, une femme parle à son chien, un tenancier de bar lave les verres à bière à l’envers, trois vieilles femmes boivent silencieusement le café en regardant par la fenêtre, etc. Il ne s’agit donc pas du récit d’un dimanche mais de la mosaïque d’une pluralité de dimanches, de moments dominicaux où la présence inéluctable du vide intérieur, l’absolue non-nécessité, confère à chaque anecdote du monde extérieur une valeur de remplissage, de comblement. Les images au fort contraste rappellent de ce fait le cinéma d’Ulrich Seidl, figure de l’hyper-réalisme et du désœuvrement contemporain. Une terre peuplée d’anti-héros stagnants, un cinéma qui fait face à l’ennui récurrent; tels sont les ressorts de l’univers dépeint avec maîtrise par Valéry Rosier.

Tracer une ligne courbe

« Dimanches » n’atteindrait pas la qualité d’œuvre s’il n’était qu’une addition de situations, d’images, agencées de manière aléatoire. Ici, le schéma semble précisément fonctionner en divers cercles, fondés sur des retours successifs vers des situations déjà perçues. Cependant, à l’image de l’homme traçant à travers la ville une ligne blanche au sol, déviée de sa trajectoire assignée, le film ouvre sur un ailleurs indistinct. Il dessine des traits circulaires, sur le modèle du tire-bouchon (celui que tient le serveur dans le film), et se termine sur une pointe courbe; une route, un horizon, un crépuscule. Par conséquent, la structure même du film épouse la démarche inutile de l’homme qui s’ennuie, la circularité de l’existence morne des habitants du Hainaut en Wallonie, la courbe de l’imagination frustrée. Aussi ce film contribue-t-il à exprimer notre contemporain. Les hommes sont devenus les fantômes d’eux-mêmes, le repos rime avec le vide, et le dimanche avec l’ennui profond d’un monde sans aspirations. Caricatural ? Oui, comme toutes les plus belles allégories réalistes que le cinéma ait pu nous offrir. Il s’agit d’un état-limite du monde, à scruter à la loupe d’un savant avide d’expériences existentielles.

L’exercice de style que nous propose Valéry Rosier avec ses Dimanches dépasse les bornes prescrites de ce type de réalisations. La froideur mystique de certains plans font appel à un référentiel intouchable, dont fait partie Andreï Tarkovski, sans pour autant relever de la même énergie vitale. La force de ce film s’avère tout autant son défaut; limiter sa trame à l’exploration d’une sensation réelle mais qui, sans être mise en perspective, tombe dans une exemplarité paralysante. Notre imagination à l’œuvre fabriquera intérieurement le lever de soleil, l’apparition des rayons sur ce monde gris. Le réel étant nécessairement ambigu, il se joue entre deux opposés. Dans l’interstice, le cinéma pointe son nez.

C’est pourquoi, face à cette inaction généralisée et à la suspension finale, le critique vient à se poser la question de son action, du poids de son regard. Il se plonge en lui-même pour participer à l’archéologie de sa propre voix. Il récapitule intérieurement sa démarche; distinguer chaque image comme une part d’un système global, donner un corps verbal à ce l’on nomme “sensations” et restituer la relation poétique intime que le film — cette fenêtre — entretient avec le monde. Nul règlement de compte avec les images ou ses créateurs; les cris trouvent échos s’ils sont espacés par les silences de la passion ou bien s’ils ironisent et se distancient du cliché. Il aura donc fallu traverser cette immanente Belgique pour que le critique saisisse, au sein de ces dimanches désœuvrés, l’énergie créatrice qui anime sa plume.

Mathieu Lericq

Consulter la fiche technique du film

Article associé : l’interview de Valéry Rosier

D comme Dimanches

Fiche technique

Synopsis : Les dimanches et l’homme face au temps qui passe. Le temps libre qu’on tente de remplir à tout prix. Que l’on observe passer, avec rire ou avec ennui.

Genre : Fiction

Durée : 15’58 »

Pays : Belgique

Année : 2011

Réalisation : Valéry Rosier

Scénario : Valéry Rosier

Image : Olivier Boonjing

Montage : Nicolas Rumpl

Son : Arnaud Calvar

Décor : Juliette Fassin

Musique : Jurgen Biller

Interprétation : Germaine Dervaux, André Caron, André Lefèbvre, Jean-Louis Lejeune, André Delcroix

Production : Ultime razzia productions

Articles associés : la critique du film, l’interview de Valéry Rosier

Annecy, les autres prix

Prix Unicef : L’Apprenti Père Noel de Luc Vinciguerra (France)

Prix Fipresci : Luminaris de Juan Pablo Zaramella (Argentine)

Prix « Canal + Aide à la création pour un court métrage » : Chroniques de la poisse de Osman Cerfon (France)

chroniques-de-la-poisse

Prix Fnac pour un long métrage : Chico et Rita de Fernando Trueba, Javier Mariscal, Tono Errando (Espagne)

Prix Annecy 2011 You Tube : Sidewalk Scribble de Peter Lowey (Australie)

Festival d’Annecy, les lauréats 2011

Longs métrages (Membres du jury : Marc du Pontavice, Mathias Malzieu, Yoshihiro Shimizu).

Le Cristal du long métrage : LE CHAT DU RABBIN de Joann Sfar, Antoine Delesvaux (France)

Mention spéciale, Prix du public : COLORFUL de Keiichi Hara (Japon)

Courts métrages (Membres du jury : Aleksandra Korejwo, Regina Pessoa et PES).

Le Cristal d’Annecy : PIXELS de Patrick Jean (France)

Prix spécial du jury : BIG BANG BIG BOOM de BLU (Italie)

Prix « Jean-Luc Xiberras » de la première œuvre : ŚWITEŹ, LA CITÉ PERDUE de Kamil Polak (Pologne, France, Canada, Suisse, Danemark)

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Mention spéciale : PATHS OF HATE de Damian Nenow (Pologne)

Prix Sacem de la musique originale : MASKA des Quay Brothers, sur une musique de Krzysztof Penderecki (Pologne)

Prix du jury junior pour un court métrage : A MORNING STROLL de Grant Orchard (Grande-Bretagne)

Prix du public : LUMINARIS de Juan Pablo Zaramella (Argentine)

Films de télévision et de commande (Laurence Blaevoet, Lucineh Kassarjian, Tapaas Chakravarti).

Le Cristal pour une production TV : THE AMAZING WORLD OF GUMBALL « THE QUEST » de Mic Graves, Ben Bocquelet (Grande-
Bretagne, France)

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Prix spécial pour une série TV : LE PETIT NICOLAS « À LA RÉCRÉ ON SE BAT » d’Arnaud Bouron (France, Luxembourg, Inde)

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Prix pour un spécial TV : LA PEINTURE DE LA PRINCESSE de Joannes Weiland, Klaus Morschheuser (Allemagne)

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Prix du film éducatif, scientifique ou d’entreprise : COMMENT NOURRIR TOUT LE MONDE ? de Denis Van Waerebeke (France)

Prix du film publicitaire ou promotionnel : CANAL J « ROYAUME DU GNAGNAGNA » d’Olivier Jeannel (France)

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Prix du meilleur vidéoclip : WAX TAILOR FEATURING CHARLIE WINSTON « I OWN YOU » de Romain Chassaing (France)

Flms de fin d’études (Membres du jury : Matthew O’Callaghan, David Sproxton et Will Vinton).

Prix du meilleur film de fin d’études, Prix du jury junior pour un film de fin d’études : PLATO de Léonard Cohen (France)

Prix spécial du jury : TROIS PETITS POINTS de Lucrèce Andreae, Alice Dieudonné, Tracy Nowocien, Florian Parrot, Ornélie Prioul, Rémy Schaepman (France)

Mention spéciale : THE EAGLEMAN STAG de Mikey Please (Grande-Bretagne)

Les Courts du Grand, soirée BD

La 15ème édition des Courts du Grand aura lieu ce vendredi 17 juin, à partir de 19h30 au Grand Action. La soirée est consacrée aux films d’inspiration BDphile.

Programme de la soirée

MAURICE ET PATAPON EP04 de Juan Rodriguez et Thierry Garance (animation – 2min14 – 2011 – Melting Productions). D’après l’oeuvre de Charb dans Charlie Hebdo.

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METAL BRUTAL de Stan Manoukian et Vince Roucher (35mm – 14min40 – 2008 – Entropie Films)

Un étrange visiteur arrive dans l’immense propriété de M. Lachapelle, producteur de disques multimillionnaire. Qui est-il ? Que cherche-t-il ? Et que porte-t-il menotté à son poignet ?

FARD de Luis Briceno et David Alapont (35mm / 1:85 – 12min55 – 2009 – Metronomic)

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Dans un futur proche, le monde semble fonctionner de façon efficace et contrôlée…
Prix du meilleur film d’animation francophone, Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand 2010

PEAU DE CHAGRIN de Blanquet et Olive (animation – 10min45 – 2003 – Sam Alta Films)

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Cet obscur conte en papier découpé présente un ermite bourru et féroce qui découvre pour la première fois de sa vie l’amour…

LA FEMME A CORDES de Vladimir Mavounia-Kouka (35mm / 1:66 – 15min13 – 2010 – Caïman Productions)

Sébastien, jeune homme d’une vingtaine d’années, entre dans un petit théâtre sur les conseils d’un inconnu. Gogol l’invite à regarder son show. Ce dernier s’amuse à malmener une femme devant un parterre médusé. Sébastien s’interpose, sans connaître les règles du jeu.

– FETE COMME CHEZ VOUS (d’après Lucien de Margerin)

– MAURICE ET PATAPON EP05 de Juan Rodriguez et Thierry Garance (animation – 2min16 – 2011 – Melting Productions). D’après l’oeuvre de Charb dans Charlie Hebdo.

Infos

Vendredi 17 Juin 2011 à 19H30 (début projection à 20h)
au Cinéma Grand Action
5 rue des Ecoles – 75005 Paris
Métro : Jussieu ou Cardinal-Lemoine.

La projection sera suivie d’une rencontre au bar du Grand Action jusqu’à minuit. Programmation et organisation Courts du Grand : diffusion@collectifprod.net. Page de l’événement : par ici (et pas par là).

PAF : 5 euros / 3 euros (membre Collectif Prod)
BAR : 1 boisson offerte avec chaque entrée / toute boisson supplémentaire à 1 euro

Festival Millenium : le documentaire indépendant à Bruxelles

Le Festival Millenium qui se tiendra à Bruxelles du 8 au 14 juin réunit une cinquantaine de films documentaires réalisés par des cinéastes indépendants qui s’investissent pendant des années, prennent des risques, se remettent en question pour nous livrer leur vision créative, sensible et authentique du monde.

Le festival sort des sentiers battus et des regards formatés pour nous confronter aux enjeux fondamentaux du millénaire définis par les Nations Unies en 2000. Les projections seront suivies de débats en présence des réalisateurs. De nombreuses découvertes vous attendent aussi lors des événements du festival.

Le site du festival : www.festivalmillenium.org

Mourir auprès de toi de Spike Jonze et Simon Cahn

Présenté en première mondiale à la Semaine de la Critique 2011 à Cannes (avant le long-métrage « Walk away Renee » de Jonathan Caouette), « Mourir auprès de toi » donne à voir la maîtrise de Spike Jonze dans un genre où on ne l’attendait pas vraiment : l’animation traditionnelle.

Intérieur nuit, librairie. D’une prise de vue réelle en ouverture, on bascule dans le monde animé des livres lorsque la boutique – qui n’est autre que la fameuse librairie parisienne Shakespeare and company – ferme ses portes pour la nuit. Sur les étagères, les couvertures illustrées, confectionnées en tissu pour l’occasion, s’animent. La feutrine de couleur utilisée pour donner corps aux personnages est découpée et articulée en aplat de couleurs superposées. Le découpage assez naïf des éléments qui composent ces héros marionnettes-mobiles permet une certaine décadence dans les mouvements travaillés image par image. Le monde n’est ici pas rectiligne et les semblent comme taillés au couteau (!).

C’est autour d’une idée scénaristique simple que Jonze et Cahn, co-réalisateurs, ont développé la trame de « Mourir auprès de toi » : les héros des chefs d’œuvre de la littérature anglophone s’extirpent de l’objet livre pour vivre leur histoire individuelle. Les réalisateurs ont ainsi inventé une romance anachronique entre la fiancée de Dracula, dont la voix appartient à la chanteuse Soko, et le squelette de Mac Beth interprété par Jonze himself. Cette petite histoire acidulée trouve une illustration parfaitement dans un court métrage qui bluffe plus par son rythme et son côté home made que par son intrigue.

Créateur issu de cette génération de clippeurs bricoleurs un peu fous des 90’s (avec Gondry et Cunningham notamment), Spike Jonze a toujours produit un travail passionnel. Il est de ces réalisateurs qui imaginent des films pour mettre en avant le talent des artistes avec lesquels il collabore. Dans « Mourir auprès de toi », c’est avec la créatrice de mode Olympia Le-Tan que Jonze tricote un court métrage tout en humour et simplicité à l’image de l’univers de celle-ci. Mais qui des minaudières-livres ou de la romance entre Mina et le squelette était là en premier ? Inutile de chercher une réponse, la magie du film tient à cette alchimie entre les deux.

Entre l’inventivité délirante de Jonze et la fantaisie des créations de Le-Tan, « Mourir auprès de toi » prend des airs de fable décalée qui lorgne du côté de l’esthétique pop. Ces 6 minutes d’animation traditionnelle jouent sur un humour fin et décalé, un humour incontestablement très séduisant.

Fanny Barrot

Consulter la fiche technique du film

M comme Mourir auprès de toi

Fiche technique

Synopsis : 
La nuit tombe, un vieux libraire parisien ferme sa petite boutique. Les personnages des couvertures de livres disposés sur les étagères se réveillent. Une histoire d’amour naît entre Mina (la fiancée de Dracula) et le squelette de Macbeth.

Pays : France

Année : 
2010

Durée : 
6’

Réalisation : Spike Jonze, Simon Cahn

Scénario : Olympia Le-Tan, Spike Jonze

Image : Jean-Louis Padis, Stephen Barcello

Animation : Sylvain Derosne, Leonard Cohen, Emilie Sandoval, Julien Laval

Effets visuels : Fabien Feintrenie

Montage : Simon Cahn

Son : David Amsalem, Jocelyn Robert

Décors : Sylvain Derosne, Benjamin Fanni

Musique : Sam Spiegel, Koool G. Murder, Soko

Interprètes : 
Soko, 
Spike Jonze, 
Pierre Le-Tan

Production
 : Realitism Films

Article associé : la critique du film

Jens Assur : « Mon but est d’emmener le public dans un voyage vers de nouvelles contrées »

Stimulé par le sens de l’éthique et les sujets politiques, l’ancien reporter de guerre Jens Assur, repéré avec « The Last Dog in Rwanda », Grand Prix de la compétition internationale à Clermont-Ferrand 2007, revient au court métrage avec « Killing the Chickens to Scare the Monkeys », présenté en mai à la Quinzaine des Réalisateurs. Derrière un titre inspiré par un proverbe chinois, le film montre la vie quotidienne d’une jeune femme prisonnière d’un système qui la dépasse.

Interview : Katia Bayer ,Isabelle Mayor

Image, montage : Isabelle Mayor

Article associé : la critique du film

Jonas Odell, Prix Format Court au Festival Anima 2011

Une fois n’est pas coutume, un focus personnalisé apparaît sur le site entre deux sujets de festivals. Jonas Odell, suédois d’origine et animateur de métier, fait jouer son imaginaire et ses talents d’images dans ses travaux, qu’ils soient des commandes (publicités, clips) ou des projets personnels (documentaires animés). En mars dernier, lors du Festival Anima, notre équipe a attribué le tout premier Prix Format Court à « Tussilago », le dernier film de Jonas Odell, pour son mérite “à redéfinir à sa façon le documentaire, disposer d’une mise en images subtile et recherchée et livrer un témoignage individuel, celui d’une femme otage de l’Histoire”. Le festival d’Annecy venant de commencer, c’est l’occasion pour nous de mettre en avant une personnalité clé du monde de l’animation à la mesure de son talent.

Retrouvez dans ce Focus :

Jonas Odell : « Dans mes films, j’essaie de laisser les personnages exprimer ce qui leur tient à cœur dans leurs propres histoires »

Jonas Odell vit et travaille à Stockholm. L’homme est connu pour ses films-témoignages, ses effets miroir, ses couleurs psychédéliques, ses images monochromatiques, ses collages d’éléments et son sens du graphisme hors du commun. Bref entretien autour du documentaire animé, des images vides et de l’expérimentation.

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Comment es-tu rentré dans le monde de l’animation ? Quelles étaient tes influences artistiques au tout début ?

J.O. : Quand j’étais petit, j’ai fait quelques films animés en 8mm avec des amis. Mes influences étaient limitées à ce qu’on nous donnait à voir à l’époque, à savoir des cartoons américains et des animations de l’Europe de l’Est pour enfants. Ça m’a pris beaucoup de temps pour me rendre compte que les meilleures influences, s’il y en a, viennent de l’extérieur de son propre domaine.

« Revolver », un de tes premiers films, est très minimaliste, c’est aussi un travail d’équipe. Depuis, tu es passé à la couleur, à un style d’animation plus hybride et à des projets solos. Comment s’est opérée cette transition ?

J.O. : Avant de faire « Revolver », nous avions essayé de faire quelque chose de minimaliste sans réussir, mais la couleur et le côté hybride étaient déjà là. En ce qui concerne le travail en équipe, on a constaté que travailler à plusieurs réalisateurs sur un même projet était plutôt inefficace, surtout qu’on avait des films de commande à réaliser chacun de nôtre côté. Ceci dit, faire un film reste un projet collectif, même s’il n’y a qu’un réalisateur.

Tes films se distinguent par leur côté pressant, par leur rythme appuyé et par leur sens du détail. Est-il important pour toi de favoriser une sorte de saturation sensorielle et de ne pas proposer d’image vide ?

J.O. : J’aimerais bien proposer à chaque fois une image vide ! Le côté pressant vient en partie du fait que je travaille sur un format court et condensé et sans doute à cause de mon propre côté agressif.

En contraste à ton animation riche et colorée, les sujets de tes films sont souvent sérieux et les narrateurs plutôt sobres. Est-ce que ça t’arrive de te censurer afin que le visuel ne prenne pas le dessus sur le récit ?

J.O. : Certainement. Le visuel est un moyen de raconter une histoire. Celle-ci doit toujours occuper une position principale.

Tes films, « Never like the First Time ! », « Lies », « Tussilago », traitent souvent de la mythologie et la fiabilité du narrateur. Le spectateur est amené à questionner l’ « honnêteté » du médium cinématographique. Qu’est-ce qui t’attire dans cette thématique et dans le genre documentaire animé ?

J.O. : Lorsqu’on a commence a tourner « Never Like the First Time ! », j’en avais marre du côté auto-citationnel de l’animation. J’ai voulu apporter de la « vérité », de la « réalité » dans mes films en travaillant avec des vraies personnes qui racontaient de vraies histoires. Bien évidemment, en faisant ça, on doit se soucier de savoir si ces gens sont en train de mentir ou de fabriquer des histoires. Ces soucis m’ont donné l’idée de faire le film suivant, « Lies ».

Je pense aussi qu’il y a quelque chose de très intéressant dans le terme « documentaire animé ». Ça paraît presque paradoxal, et d’une certaine façon, ça interroge la nature du genre documentaire. Je suppose que tout art parle de son propre médium autant que d’autres sujets.

Est-ce que tu te permets beaucoup de liberté en représentant les personnes que tu rencontres ? Comment est-ce que leurs visages, leurs attitudes prennent forme ? De tes souvenirs, de tes notes ou bien sont-ils purement imaginaires ?

J.O. : Cela doit toujours découler des histoires elles-mêmes.

Tes trois derniers courts parlent d’amour, de mensonge et de terrorisme. Ressens-tu une responsabilité par rapport aux sujets qui se confient à toi ?

J.O. : Dans mes films, j’essaie de laisser les personnages exprimer ce qui leur tient à cœur dans leurs propres histoires. Il y a aussi une autre responsabilité, celle de choisir la façon de raconter ce qui correspond le mieux à l’histoire en question, plutôt que d’adopter un style basé sur des idées reçues.

« Never like the First Time! » et « Lies » offrent plusieurs témoignages dans le même film, alors que « Tussilago » se concentre sur une seule histoire. Qu’est-ce qui t’a motivé pour faire ce dernier film ?

J.O. : J’avais lu des reportages sur cette affaire de terrorisme, et il m’a semblé que l’histoire de cette femme n’était pas comme les autres. Alors, j’ai décidé que son histoire méritait d’être racontée de son propre point de vue.

Tu as travaillé avec les Rolling Stones, U2 et Franz Ferdinand. Dans quelle mesure étais-tu libre dans le choix de l’animation que tu leur as proposé ?

J.O. : Dans des cas pareils, on reçoit en général un descriptif à l’avance, qui peut être assez indéfini, du style « Nous désirons voir les artistes à l’image, mais pas en train de jouer ». Par exemple, dans le cas de Franz Ferdinand, on m’a envoyé une note plus précise en mentionnant le dadaïsme comme potentiel point de départ.

Qu’est-ce que la pub et le clip vidéo représentent pour toi en tant qu’animateur ? En quoi est-ce que les défis liés à ce genre diffèrent de ceux des courts narratifs ? Est-ce que la pub offre un champ d’expérimentation que le cinéma ne permet pas ?

J.O. : Les deux sont complètement différents. Dans les pubs et les clips, il y a une collaboration avec les commanditaires. Les pubs ont l’avantage d’être très courtes et doivent être faites dans des délais brefs. Cela offre une certaine satisfaction de réaliser quelque chose rapidement. D’une certaine manière, il y a plus de place pour l’expérimentation dans la pub car les budgets sont plus importants. D’un autre côté, le fait que quelqu’un paie pour cela fait qu’il y a un peu moins de liberté pour l’expérimentation.

As-tu l’intention de faire un long métrage un jour ? Auras-tu alors envie d’explorer de nouvelles voies dans l’animation par rapport à ce que tu as pu faire dans le court ?

J.O. : Absolument. D’ailleurs il n’est pas certain que ce sera une animation !

Interview Internet réalisée par Katia Bayer et Adi ChessonTraduction, mise en forme : Adi Chesson

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Tussilago de Jonas Odell

Déjà doté d’une belle carrière en festival (sélection entre autre aux Festivals de Vendôme et de Clermont-Ferrand), « Tussilago » a remporté le prix Format Court au Festival Anima 2011. Retour sur un film qui place sur le devant de la scène un genre assez peu connu du grand public : le documentaire animé.

Jonas Odell traite dans « Tussilago » du terrorisme conduit par le groupe anarchiste RAF de Norbert Körcher dans l’Allemagne des années 70. Le sujet a laissé dans la mémoire collective une trace dramatique mais également teintée de fascination comme le sont souvent les épopées clandestines.

Le point de vue proposé par le réalisateur met en exergue cette dualité. Là où le récit s’ouvre sur une romance à la Bonnie & Clyde, il se terminera sur une folie inextricable pour la narratrice, A, ex-petite amie de Körcher.

Ce documentaire raconte son histoire. Une histoire qui commence le jour où elle rencontre Körcher. Ce jour où débute la descente aux enfers d’une jeune femme sans doute trop amoureuse pour se rendre compte à temps du danger vers lequel elle s’avance en fréquentant le meneur du groupe anarchiste.

Le film s’appuie sur le témoignage de A, en voix off. Les images que l’on voit sont celles de l’esprit de A, avec toute leur partialité, leur ressenti épidermique. Elles sont comme le récit, sans demi-teintes. Les émotions fortes et les mouvements clés de l’histoire de A sont tout ce qui reste des souvenirs du passé. A ne s’encombre pas d’anecdotes et reste concentrée sur le mouvement de descente aux enfers qu’elle comprend, maîtrise et analyse avec le recul permis par le temps passé. Elle explique chronologiquement les choses. Son objectif est de nous faire comprendre comment et pourquoi sa vie s’est construite autour de sa rencontre avec le terroriste.

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À l’identique, les images s’entrechoquent, se superposent, se répondent entre elles comme le récit de A qui va droit au but. La technique d’animation employée par Odell, la rotoscopie, est littéralement mise au service de la narration. Odell colle de près au récit, et le témoignage gagne en intensité grâce aux images à l’esthétique 70’s centrées sur l’action des personnages et dépourvues de toile de fond. Toujours au service du témoignage, ces images focalisent l’attention sur le récit.

La richesse du sujet choisi par Odell, mais également son admirable travail d’animation au service de son sujet, font de « Tussilago » une petite pépite à mettre entre les mains de tous ceux qui croient encore que l’animation est un cinéma pour « enfant ». Avec « Tussilago », Odell confirme sont talent pour l’animation documentaire, et la qualité de ses choix esthétiques et narratifs sont toujours au service des sujets qu’il traite.

Fanny Barrot

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Jonas Odell ou la profitable élasticité de l’être

Réalisateur de films documentaires animés de pubs et de clips, Jonas Odell décline la forme courte en diversifiant les genres et les styles au gré de ses envies. En mars dernier, le Suédois présentait « Tussilago », son dernier film, au festival Anima et ajoutait ainsi une nouvelle corde à son arc en devenant le lauréat du Prix Format Court pour le Meilleur court métrage, catégorie films professionnels. Avant-goût de l’œuvre d’un artiste aux multiples facettes.

Co-fondateur du Studio Filmtecknarna avec Stig Bergqvist et Lars Ohlson, Jonas Odell est celui qui se cache derrière les célèbres clips « Plundered my Soul » des Rolling Stone, « Take me out » de Franz Ferdinand, « Window in the skies » de U2, « Strict Machine » de Goldfrapp ou encore « Shot me Down » de Audio Bullys. Il est également le créateur de nombreuses publicités (pour BMW, IKEA, Global Fund) et de courts métrages animés.

Tout au long de son œuvre, il développe un style particulier qui associe images réelles et animation en 2D et 3D. Il utilise le compositing aussi bien dans ses clips que dans ses films. Ainsi, ses images ont peu de profondeur rendant comptent de la réalité de façon directe et spontanée. Parallèlement à cela, Odell accorde une grande importance au témoignage dans ses courts métrages. La façon dont il amène les confessions intimes, les met en valeur et ce qui au départ aurait pu passer pour une banalité devient une magnifique interprétation du monde réel.

Alors que « Tussilago » poursuit son petit bonhomme de chemin dans les festivals du monde entier, « Lies » a remporté le Prix du Meilleur court métrage au Festival Sundance en 2009 et « Never Like The First Time » a obtenu le prestigieux Ours d’Or à la Berlinale de 2006. De quoi satisfaire le cinéaste (considéré comme faisant partie des 100 meilleurs réalisateurs d’animation de tous les temps, selon la chaîne britannique Channel 4) qui ne cache pas son affection pour l’absurde et le documentaire qu’il pétrit avec originalité et esprit.

Revolver

Bien avant le succès, Odell et ses comparses Bergqvist et Ohlson ont réalisé « Revolver », un court animé qui déploie ses ailes noire et blanche dans univers étrange et farfelu. Cet ovni dense et délicieux approfondit la philosophie de l’éternel recommencement. Le vieux monde qui n’en finit pas de tourner en rond, un cycle robotisé, mécanisé, bien huilé se retrouve dans des scènes très courtes qui se suivent au rythme d’une respiration continue et d’une musique hypnotique. Dates et sabliers, preuves de la vie qui s’écoule règnent en maîtres devant l’homme masqué, déguisé, tentant d’affronter le Temps. Sublime métaphore de la condition humaine « Revolver » se regarde agréablement dans l’œuvre du réalisateur suédois qui, un an après, aborde à nouveau l’humour du non-sens dans « Body Parts », une animation des plus loufoques.

Never Like The First Time

Jonas Odell inaugure son entrée dans le documentaire animé avec un film surprenant. Parce que la première relation sexuelle est supposée être inoubliable, magique ou cauchemardesque, fantasque ou romantique, Odell articule quatre témoignages authentiques (enregistrés entre août et octobre 2002) d’hommes et de femmes jeunes et moins jeunes confessant leur première fois. Ces récits intimes, le cinéaste les illustre à l’aide d’un graphisme personnalisé et approprié. Si l’une parle de viol, l’autre raconte l’ignorance totale de ces choses là à une époque assurément désuète. La réalisation sensible a valu à l’artiste le convoité Ours d’Or du court métrage en 2006. L’on voit dès lors pointer l’intérêt du réalisateur pour les décors géométriques des années 70 et pour un graphisme qui revendique l’éclatement des formes et des couleurs (qui n’est pas sans rappeler ses clips) tout en soutenant la cohérence des histoires. Un Prix du Public au festival Anima en 2007 amplement mérité.

Lies

« Lies » repose sur la mise en images de trois personnes qui racontent un moment de leur vie où ils ont été amenés à mentir. En partant du même principe d’illustrer des récits réels, Jonas Odell s’est intéressé à la notion de vérité et de mensonge. Il s’est demandé ce qui, dans certaines circonstances, pouvait mener au mensonge. On constate ainsi que la vérité est une chose complexe et abstraite. Car Odell aime jouer avec la réalité qui l’entoure. Il aime mettre en avant la facilité de la transformer, de la travestir. Dans un design minimaliste qui fait penser aux constructivistes, le cinéaste dévoile les trois témoignages, tantôt légers, tantôt graves en changeant d’univers pictural après chacun des aveux. Se développe alors une création qui trouve son équilibre entre saturation de l’image et importance du propos.

D’un design engorgé apparaît une narration sensible. D’un rythme effréné ressort un dynamisme percutant. Au sérieux des témoignages s’ajoute une explosion de formes graphiques psychédéliques. Définitivement, l’univers odellien fascine autant qu’il interpelle.

Marie Bergeret

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T comme Tussilago

Fiche technique

Synopsis : Le terroriste ouest-berlinois Norbert Kröcher fut arrêté à Stockholm le 31 mars 1977. Il était à la tête d’un groupe qui avait pour projet de kidnapper la politicienne suédoise Anna-Greta Leijon. Un certain nombre de suspects furent arrêtés, dont l’ex-petite amie de Kröcher, « A ». Voici son histoire.

Genre : Animation, documentaire

Durée : 15′

Pays : Suède

Année : 2010

Réalisation : Jonas Odell

Scenario :

Directeur photographie : Per Helin

Directeur artistique du son : Fredrik Jonsäter

Musique : Martin Landquist

Montage : Jonas Odell

Animation : Markus Krupa, Martin Nyström, Per Helin, Susanne Sturesson, Johan Sonestedt

Interprète : Malin Buska, Camaron Silverek

Mixage Son : Fredrik Jonsäter

Production : Filmtecknarna Animation

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