La musique, élément d’expression central au cinéma. Depuis longtemps, le Festival Paris Courts Devant souhaitait créer un rendez-vous musical dans sa programmation, « Musique des Toiles » a surgi. Pour inaugurer cette session, Jean-Michel Bernard, ayant notamment collaboré à certains films de Michel Gondry (et joué certains morceaux à l’envers, à sa demande), est longuement interviewé par Benoît Basirico (Cinezik.org). Comment lire le scénario d’un film musicalement ? Comment devient-on compositeur ? D’une improvisation sur un morceau de Bruno Coulais (« notre maître à tous, ce qui m’intéresse quand on écoute une musique, c’est la note qu’on n’entend pas. Avec Bruno, on en entend une à chaque fois »), à « Be Kind Rewind », en passant par « The Science of Sleep » et même « The Muppet Show », JMB se met à jouer au piano, accompagné de son épouse et de son fils. En écoute sur Format Court.
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Programme Films de musique. De la musique à l’écran
Les destinées sensibles des amants éternels Image et Son
Comment parler de ces enfants terribles qui ne peuvent se passer l’un de l’autre depuis l’origine du cinéma ? Comment transmettre cette passionnante relation qui les unit ? Comment parler de ce lien fusionnel qui les transcende l’un et l’autre quand l’alchimie opère ? Dernièrement, le Festival Paris Courts Devant a permis à son public de mettre le doigt sur une partie des réponses à ces questions en proposant un programme en compétition de Films de musique.

Flatbed
Une pluralité de formes sonores
Le fait le plus marquant de ce programme est sans doute la grande diversité de formes et de contenus des films présentés. La musique prend différentes formes dans les films, de la plus attendue à la plus décalée : elle y est tour à tour pratique instrumentale (« L’accordeur » d’Olivier Treiner), personnage (« Conversation piece » de Joe Tunmer), illustration sonore (« Flatbed » de Tom Merilion), thématique principale (« Leçon de ténèbres » de Sarah Arnold), bande originale (« Le dernier passager » de Mounes Khammar), …
Cette variété s’exerce également dans les genres musicaux représentés qui vont du classique (« Leçon de ténèbres » avec une musique de Virgile Van Ginneken) à la chanson (« L’attaque du monstre géant suceur de cerveaux de l’espace » de Guillaume Rieu sur une musique de Mathieu Alvado) en passant par le jazz (« Conversation piece » basé sur le morceau du même nom interprété par Rex Stewart). C’est bien connu, la musique classique adoucit les mœurs là où le hard rock conduit plutôt à l’énervement. Prêts à jouer (plus ou moins) de ces poncifs, certains des films présentés détournent les codes attachés aux différents styles musicaux pour mieux servir la narration.
Dans « L’accordeur », qui est sûrement l’exemple le plus frappant, un joueur de piano virtuose se retrouve bien malgré lui contraint de jouer un morceau classique pour contenir les ardeurs meurtrières d’une cliente ! Du point de vue auditif, le réalisateur a utilisé, outre la musique de Raphaël Treiner, des thèmes classiques très connus de Schuman et Rachmaninov.
Un programme qui flirte avec les genres
Le programme se compose ainsi de films où la musique est présente sous de multiples formes. Il met également à l’honneur les films dits de genre et notamment la comédie musicale. On trouve ici tout le plaisir désuet de ce genre, mais également le sérieux de l’exercice et la complexité dans l’écriture de celui-ci. Les comédies musicales présentées fonctionnent, qu’elles soient sur le ton de l’humour ou qu’elles soient plus âpres (« Groove your life », réalisé et mis en musique par Franck Lebon, « La France qui se lève tôt » d’Hugo Chesnard sur une musique de Serge Balu, Damien Tronchot et Antoine Larcher). S’il faut s’attarder quelques instants sur l’une d’entre elles, parlons de l’incroyable et déjantée « Attaque du monstre géant suceur de cerveaux de l’espace ». Guillaume Rieu propose une comédie musicale acidulée avec des monstres dans laquelle les morceaux musicaux chantés et dansés ajoutent une note décalée et désuète. Ceux-ci portent le récit et s’intègrent sans fausse note dans cet hommage aux séries Z.
Les autre genres mis à l’honneur dans la programmation sont : le film à suspense avec « L’accordeur » qui joue sur la corde sensible du spectateur et sur le retournement de situation, le drame dans « Leçons de ténèbres » où la musique est mise en abyme (elle y est d’une part une musique jouée à l’image par des instrumentistes et d’autre part bande sonore qui souligne le drame du récit) ou encore le film dansé avec « Flatbed » où le son, composé par Howard Skempton et Robert Shaw, parfait une ambiance étrange mais supporte surtout la mise en scène dansée des protagonistes. Sans être un prétexte, elle n’est dans ce dernier film qu’un relais sensoriel à la narration.

Le dernier passager
Un langage universel, la fabrique des sensations
Quand un célèbre magazine parle du « poids des mots, (et du) choc des photos », en cinéma, on peut aisément se réapproprier cette expression, la musique appuyant, détournant, accrochant les sensations provoquées par les images animées. Dans « Le dernier passager », Mounes Khammar suit les derniers instants d’un jeune homme jusqu’à sa mort. La narration est transcendée par une création musicale de Zyad Rahbani qui est rythmée sur les actions du personnage. La musique insiste sur les sentiments provoqués par les images. Il n’y a aucun doute, le ton est clairement tragique, image et son se répondent sur le thème de la mort qui plane. Le film est bref comme ce qu’il montre et ce qu’il laisse entendre. On est presque dans une construction clippesque sans avant ni après, l’action est saisie et vive, la musique est au final plus qu’une bande originale. Elle supporte l’idée force du film. Dans cette relation musique/image, le langage ne passe pas par les mots, chacun peut percevoir les intentions du cinéaste, les codes sont universalisés. On retrouve cette fonction dans « Conversation piece » où Joe Tunmer a été au bout de l’idée de « fabrique de sentiments » par le son et la musique. Ici, cette dernière va jusqu’à prendre la place du personnage principal. En substituant la parole des acteurs à un morceau de jazz, le réalisateur transpose une scène de ménage en un mouvement musical. Les voix sont remplacées par les notes d’un instrument. Le phénomène est assez troublant : sans parole et uniquement avec la grammaire des sons, on comprend la scène, on irait presque jusqu’à interpréter les mots prononcés par… les acteurs ou les instruments ?
Un programme riche à reconduire ?
Les propositions de ce programme sont denses et variées. La thématique Films de musique semble assez inépuisable tant images animées et sons sont liés. Les films présentés dans le programme ont le mérite d’être des œuvres très accessibles. En même temps, on ne peut s’empêcher de regretter qu’il n’y ait eu aucune proposition expérimentale ou d’animation, deux domaines pourtant très portés sur et par la musique en général. Notons également l’intérêt que pourrait avoir la présentation de films de musique asiatiques ou africains par exemple où les codes de l’art musical sont très différents des codes occidentaux. Les futurs programmes de films de musique seront sans doute l’occasion d’aller explorer ces territoires sonores et visuels.
Consulter les fiches techniques de « Flatbed », « L’Attaque du monstre géant suceur de cerveaux de l’espace », « Le dernier passager », « Conversation piece »
D comme Le Dernier passager
Fiche technique

Synopsis : Un jeune homme saute dans le vide et disparaît à tout jamais. Son âme rend une dernière visite à ses deux amours impossibles : une femme, et la scène d’une salle de concert.
Genre : Fiction
Durée : 7′
Pays : Algérie
Année : 2010
Réalisation : Mounes Khammar
Scénario : Mounes Khammar
Image : Mathieu Pansard
Musique : Zyad Rahabani
Montage : Mounes Khammar, Redhouan Zaaboubi
Interprétation : Mohamed Bouchaib
Décors : Ramdhan Kacer
Article associé : Le reportage Programme Films de musique
A comme L’Attaque du monstre géant suceur de cerveaux de l’espace
Fiche technique
Synopsis : Dans une comédie musicale en couleur, un monstre venu d’un vieux film hollywoodien attaque une petite ville en transformant ses habitants en zombies. Pour sauver le monde, un couple et un scientifique vont devoir changer le genre du film.
Genre : Fiction
Année : 2010
Durée : 18′
Pays : France
Réalisation : Guillaume Rieu
Scénario : Guillaume Rieu
Montage : Guillaume Rieu
Image : Frédéric Mainçon
Son : Stéphanie Benoît-Lizon
Monteur son : Olivier Manganelli
Musique : Mathieu Alvado
Décors : Sidney Dubois
Interprétation : François Jerosme , Aliocha Itovitch , Julie Durand
Production : Metronomic
Article associé : Le reportage Programme Films de musique
F comme Flatbed
Fiche technique

Synopsis : La fin d’une relation et un semi-remorque de 30 tonnes fonçant dans la nuit sur une autoroute déserte.
Genre : Fiction
Durée : 5′
Pays : Irlande
Année : 2010
Réalisation : Tom Merilion
Scénario : Tom Merilion
Chorégraphie : David Bolger
Danceurs : Alexina Davidson et Lee Clayden
Image : Simon Walsh
Montage : Lee Hickey
Musique : Howard Skempton et Robert Shaw
Producteur : Jonny Speers
Le site du film : www.flatbedfilm.com
Article associé : Le reportage Programme Films de musique
FIFI 2011: la sélection des courts

La 38ème édition du Festival International du film Indépendant se déroule du 1er au 6 novembre 2011 au Centre Culture Jacques Franck à Saint-Gilles. Trop de film novateurs n’arrive jamais sur nos écrans… Depuis 38 ans, le Festival s’est donné pour priorité de révéler les nouveaux talents du cinéma nationale et international. Avec une sélection dont les premiers critères ont toujours été : la qualité, l’originalité et l’innovation.
La compétition nationale
BADPAKJE 46 (Maillot de bain 46) – Wannes Destoop – Fiction – 15’
BENTO MONOGATARI – Pieter Dirkx – Fiction – 27’15
BISCLAVRET – Emilie Mercier – Animation – 14’15
DERNIER HOMMAGE – Alaa Eddine Aljem – Fiction – 16’
DERNIER RAPPEL – Mireille Verboomen – Fiction – 11’45
DIMANCHES – Valéry Rosier – Fiction – 15’30
EISBÄR – Olivier Burlet et Frédéric Noirhomme – Fiction – 20’30
ENDGAME – Wim Vanacker – Fiction – 11’
FANCY-FAIR – Christophe Hermans – Fiction – 19’45
FILOMENA – Julio C. Lopes – Documentaire-Animation – 14’45
FUGUES – Vincent Bierrewaerts – Animation – 10’30
FUROR ABSURDÜS – Maxime et Michel Pasques – Documentaire – 75′
L’APPEL – Cécile Mavet – Fiction – 19’15
LA FEMME A CORDES – Vladimir Mavounia-Kouka – Animation – 15’
LA VERSION DU LOUP – Ann Sirot et Raphaël Balboni – Fiction – 10’30
LA VIDA DE MARIA DE MAGDALA – Santos Hevia – Fiction – 14’
LA VIOLENCE DE CLOCHETTE – Yannick Bandali-Renard – Fiction – 13’30
LE JOUR DES POUBELLES – Sophie-Clémentine Dubois – Fiction – 8’
LE MAILLOT DE CRISTIANO – Vincent Bruno – Fiction – 16’45
LE PETIT CHEVALIER – Emmanuel Marre – Fiction – 36’45
LES YEUX DE LA TETE – Jérôme Cauwe et Pierre Mousquet – Animation – 6’30
LUCA – Nicolas Graux et Aude Verbiguié – Fiction – 13’30
MA VIE SANS MOI – Charlotte Joulia – Fiction – 19’15
MARIE – Jozefien Scheepers – Fiction – 17’
MAUVAISE LUNE – Méryl Fortunat-Rossi et Xavier Seron – Fiction – 29’45
NUIT BLANCHE – Jonas d’Adesky – Fiction – 16’
POINT DE FUITE – Benjamin D’Aoust – Fiction – 15’30
RAFI (LA COUTURE) – Sandra Fassio – Fiction – 14’45
RUMEURS – Frits Standaert – Animation – 7’45
STAKA – Valentine Laloux, Morgan Hardy, Maximilien Chevalier et Jean-Michel Degoedt – Fiction – 10’30
SUMO – Laurène Braibant – Animation – 6’
TERRE NOUVELLE – Bernard Dresse – Fiction – 23’30
THERMES – Banu Akseki – Fiction – 27’
UNE DERNIERE FOIS – Barney Frydman – Fiction – 10’
WAITING FOR YESTERDAY – Patrick Junghans – Animation – 8’15
La compétition internationale
FOCUS NOUVELLE-ZELANDE
BLUE, de Stephen Kang
Fiction / HDCam / 2011 / Nouvelle-Zélande / 14’
MUNTED, de Welby Ings
Fiction / 2011 / Nouvelle-Zélande / 18’30
HAURAKI, de Kirsten Green
Fiction / 2011 / Nouvelle-Zélande / 9’45
PREFERABLY BLUE, de Alan Dickson
Animation / 2010 / Nouvelle-Zélande / 11’
EBONY SOCIETY, de Tammy Davis
Fiction / 35mm / 2011 / Nouvelle-Zélande / 13’
FOCUS BHOUTAN
AN ORIGINAL PHOTOCOPY OF HAPPINESS, de Dechen Roder
Fiction / 2011 / Bhoutan / 23’
THE CONTAINER, de Jamyang Dorji
Fiction / DV / 2011 / Australie-Bhoutan / 13’
RAJU, de Max Zähle
Fiction / 16mm / 2010 / Allemagne-Inde / 23’45
OAKS, de Charles Wittenmeier
Documentaire / 2010 / Etats-Unis / 17’
LA POESIE DE KIYUMI ET BRODERIES DE SAYURU, de Satoru Sugita
Fiction / 2010 / Japon / 30’
MO, de Eché Janga
Fiction / 2010 / Pays-Bas / 26’
Turning de Saul Freed et Karni Arieli
Le parfum de la madeleine
Robert reçoit la visite de trois vieilles dames dans le salon de sa mère. À travers son regard, nous flânons dans le souvenir de l’après-midi de ses six ans. On pense évidemment à la madeleine de Proust et au parfum des souvenirs enfouis. Le jeune garçon, réservé et distant, reste à l’écart et entrevoit le monde au travers d’un verre déformant, transformant les intrus en flamants roses. Puis, il amorce timidement un dialogue avec ces femmes qui reprennent alors forme humaine.

Thé, petits gâteaux et poésie nostalgique
« Turning » est construit comme un souvenir d’enfance. À l’image d’un rêve ou d’un cauchemar, le film alterne entre des moments suspendus (l’enfant attendant à la fenêtre, la vaisselle s’égouttant), des images persistantes (les flamands roses ou le projecteur de cinéma dissimulé entre les jupons) et de discrètes ellipses (la fin du goûter d’anniversaire). L’utilisation parcimonieuse de l’animation permet de rendre compte de la vivacité de l’univers intérieur de l’enfant tout en conservant son authenticité. L’alternance de plans longs (durée réelle) et de plans plus courts, fragmentés (perception du temps observée par le jeune garçon) permet au spectateur de s’approprier aisément le point de vue enfantin du petit Robert. Les choix de cadrage jouent également une place importante dans la mise en place de cette ambiance, notamment lorsque la caméra devient subjective, portée ou lorsqu’elle est placée en contre-plongée – ce qui amplifie l’identification du spectateur à l’enfant. L’utilisation du jump-cut concoure également à cette esthétique, sans jamais paraître artificiel.
Faire peau neuve
« Turning » est aussi un film sur la transmission. En acceptant d’échanger avec ses invités, le jeune garçon se rend compte qu’il n’est plus le seul à pouvoir projeter les images qu’il imagine. Il aperçoit alors des formes animées provenant de l’un des jupons des femmes assises en face de lui. On peut y voir trois jeunes filles en noir et blanc qui jouent et dansent en cercle. Métaphore du cinéma ? Surgissement impromptu d’une réminiscence mal placée ? De quoi, en tout cas, enthousiasmer les psychanalystes égarés dans une projection de court métrage !
Le contact entre générations est maintenant établi et les imaginaires se répondent. Les vieilles dames transmettent alors, au travers du prisme du conte, la mémoire de leur peau c’est-à-dire l’expérience de leur vie. Les réalisateurs choisissent d’illustrer ce propos par de gros plans de peaux marquées par la vieillesse. Paré de son déguisement de lion tout fraîchement offert, Robert entend l’histoire de l’Empereur Écorché auquel il répond par un autre conte de son invention : il ajoute alors une nouvelle épaisseur à sa peau. Le temps du conte paraît alors suspendre le cours du temps… Jusqu’à la chute de Robert qui sonne brutalement la fin de cette parenthèse enchantée. Le tic tac de l’horloge reprend ses droits et les plans se font plus longs. La musique utilisée (Dyin’ Alone de Micah P. Hinson) évoque à cet instant la nostalgie de cet instant qui appartient déjà au passé.
Avec ce premier court métrage, Karni & Saul nous prennent par la main pour nous emmener voir le monde à travers les yeux d’un enfant de six ans. C’est un film empreint d’une mélancolie douce et amère, qui arrive à contourner les lieux communs sur la nostalgie tout en restant sincère. En dix minutes, ils abordent avec brio une large palette de thèmes de façon souvent surprenante (à l’instar du projecteur entre les jambes) sans pour autant simplifier leur propos.
T comme Turning
Fiche technique
Synopsis : Le jour de ses six ans, dans le salon de sa mère, Robert reçoit trois magnifiques vieilles pies abîmées. Le souvenir d’un après-midi, entre thé, biscuits, jupons roses en dentelle et l’histoire d’un empereur écorché.
Genre : Animation, Fiction
Durée : 10′
Année : 2010
Pays : Royaume-Uni
Réalisation : Karni Arieli, Saul Freed
Scénario : Karni Arieli, Saul Freed
Image : Ben Moulden
Musique préexistante : Tribal Chants Ensemble , Micah P. Hinson , Radik Tülüsh
Son : Steve Single
Montage : Kate Owen
Interprétation : Patrick Gibbs, Natasha Alderslade, Maureen Wild, Audrey Holt, Carol Kirkland, Agnes Davidson, Emily Duggan, Inma Azorin, Lily Mai Holloway
Décors : Benjamin j Ansell
Production : Lighthouse Arts & Training
Article associé : la critique du film
Paris Courts Devant
Paris, mi-octobre 2011. En l’espace de quelques jours, le festival Paris Courts Devant ouvre et clôt sa septième édition au Cinéma des Cinéastes (Pl. de Clichy). 70 films courts, français et étrangers, y sont projetés en 2K, pendant que des biscuits se laissent grignoter au détour des Thés à thème Fuji. Format Court n’est pas loin, trahi par des miettes sucrées : il attribue le Prix du Meilleur Premier Film à « The origin of creatures ». En attendant le Focus consacré au réalisateur Floris Kaayk, découvrez celui orchestré autour du Festival à l’emblème pimenté.

- L’interview de Hugo Chesnard, réalisateur de « La France qui se lève tôt »
- La critique de « La France qui se lève tôt » d’Hugo Chesnard (France)
- L’interview de Léo Verrier, réalisateur de « Dripped »
- La critique de « Dripped » de Leo Verrier (France)
- Jean-Michel Bernard. Musique de films & concert en extraits
- Le reportage Films de musique. De la musique à l’écran
- La critique de « Turning » de Saul Freed et Karni Arieli (Royaume-Uni)
- Paris Courts Devant, le programme
Ecrans d’art, écrans d’elles
La belle surprise du Festival « Elles tournent – Dames draaien » fut sans aucun doute le programme « Ecran d’art, écrans d’elles » présenté par Muriel Andrin (Docteur en cinéma à l’Université Libre de Bruxelles). Un programme qui mettait en exergue le travail de cinq réalisatrices à travers des films où la question du genre réside dans l’approche alternative des œuvres. Entre cinéma et art contemporain, les jeunes femmes réinventent l’image en mouvement.
Ayant choisi la Belgique comme berceau de leur moyen d’expression la Néerlandaise Manon de Boer, les Belges Sarah Vanagt, Isabelle Martin, Sophie Whettnall et la Française d’origine coréenne Sung-A Yoon nous offrent un regard différent, perturbant et souvent pertinent sur la société d’aujourd’hui. Une vision du monde un brin hermétique et très personnelle qui remet joliment en question la réception traditionnelle, passive voire consumériste des images.

Le travail de Manon de Boer traite de la relation étroite qui existe entre l’image et le son. Dans une dimension syncrétique, elle aime faire appel à d’autres expressions artistiques telles que la musique dans « Two Times 4’33’» ou encore la danse dans « Dissonant ». Dans ce-dernier, de Boer filme une chorégraphie silencieuse de Cynthia Loemji. Le décalage entre l’audio et le visuel permet de regarder chacune des parties du film de façon autonome. Ainsi, la cinéaste interroge le temps et la durée dans un rapport au corps (féminin) qui bénéficie grandement de l’absence de paroles pour laisser la place aux sonates pour violon seul d’Eugène Ysaÿe que Loemji interprète sauvagement. Sarah Vanagt quant à elle, filme avec brio un dialogue tactile entre l’homme et l’animal dans « The Corridor ». Le film est un essai documentaire qui pose un regard profond et sincère sur la déliquescence humaine. L’angle d’attaque de l’artiste réside dans le caractère fortement synesthésique (ouïe, vue, toucher) transmis par le médium cinématographique.

Isabelle Martin au contraire use de la parole pour exprimer un étrange sentiment de tristesse. « Tu as loué une voiture pour pleurer », titre évocateur, résumant à lui seul le récit d’une femme fragile qui ne sait où pleurer. Les mots font ici office de logorrhée indispensable exprimant le mal être intérieur de cet être qui traverse les pièces vides de divers appartements en cherchant désespérément où verser les larmes du chagrin qu’il porte. Au discours intime et abondant, narré par la réalisatrice elle-même, répond le visage immobile et silencieux de la comédienne Justine Junius.

« Excess of Yang » et « Shadow boxing » sont deux très courts métrages de Sophie Whettnall qui abordent avec beaucoup d’humour les rapports entre les sexes. Dans le premier, la réalisatrice est au volant d’une voiture de course. Elle se sert de fétiches associés à la virilité masculine (la voiture de sport, la vitesse) qu’elle mêle à ceux de la féminité (cheveux longs, visage maquillé). Grâce à un travail de montage intéressant, fait de plans rapprochés et de plans plus éloignés, ce court de Whettnall brille par sa chute. Le second, participe de la même démarche. Toujours avec un humour certain, l’artiste se met à nouveau en scène face à un boxeur en pleine action, elle reste immobile sans ciller des yeux exprimant ainsi la passivité devant la domination d’un genre par rapport à l’autre, référence intelligente à la violence conjugale.

Avec « La Pianiste », Sung-A Yoon signe une expérience fascinante où elle pose clairement la question de la légitimité de l’artiste et de son art. Documentaire expérimental, ce court métrage fait partie d’un projet de long intitulé « Les lieux du son ». Parce que dans chaque ville du monde il y a un lieu qui possède une musique que des gens écoutent et que d’autres n’écoutent pas, l’artiste s’est posée un moment en Corée du Sud, dans le hall d’un hôtel. Un lieu de passage où personne ne semble s’arrêter pour écouter la musique jouée par la pianiste. Si cette même scène avait été jouée à l’opéra, on l’aurait vue tout autrement et on se serait senti l’envie et le besoin d’applaudir, façon de reconnaître le talent de la pianiste. Mais dans ce hall d’hôtel coréen, personne n’applaudit, personne n’écoute, personne ne regarde. Yoon s’amuse à filmer la musicienne dans un plan-séquence significatif, la noyant dans une réalité sonore et visuelle qui dépasse la musique qu’elle joue (clients pressés, ouvriers qui s’affairent à leurs occupations). En définitive, la pianiste exerce son métier, livrée à l’indifférence générale (ou presque) sans aucune autre forme de procès.
Consulter les fiches techniques de « Dissonant », « Tu as loué une voiture pour pleurer », « Excess of Yang », « Shadow boxing », « La Pianiste »
P comme La Pianiste
Fiche technique

Synopsis : A Séoul, dans un lieu de passage, une femme joue au piano.
Réalisation : Sung-A Yoon
Scénario : Sung-A Yoon
Genre : Expérimental
Durée : 15′
Année : 2011
Pays : Belgique
Image : Sung-A Yoon
Production : Michigan Films
Article associé : le reportage Ecrans d’art, écrans d’elles
S comme Shadow boxing
Fiche technique

Synopsis : Une femme, sur l’écran, l’artiste elle-même, traverse un grand dilemme : elle est constamment attaquée par un boxeur mais refuse de se défendre…
Réalisation : Sophie Whettnall
Genre : Expérimental
Durée : 3′
Année : 2004
Pays : Belgique
Image : Frédéric Noirhomme
Interprète : Sophie Whettnall
Production : Sophie Whettnall
Article associé : le reportage Ecrans d’art, écrans d’elles
E comme Excess of Yang
Fiche technique
Synopsis : L’artiste belge Sophie Whettnall présente un autoportrait qui se base sur la philosophie orientale de l’équilibre entre le Ying et le yang. Le deuxième autoportrait met en relief l’action, la lumière et le masculin. Sophie, ayant un excès de yang en elle, explore, en tant que femme, les symboles du pouvoir associés au genre masculin.
Réalisation : Sophie Whettnall
Genre : Expérimental
Durée : 2′
Année : 2010
Pays : Belgique
Montage : Sophie Whettnall
Interprète : Sophie Whettnall
Production : Sophie Whettnall
Article associé : le reportage Ecrans d’art, écrans d’elles
T comme Tu as loué une voiture pour pleurer
Fiche technique

Synopsis : Micro-récit cristallin – une question anodine et essentielle : où pleurer ?
Réalisation : Isabelle Martin
Scénario : Olivier Moulin, Isabelle Martin
Genre : Expérimental
Durée : 15′
Année : 2010
Pays : Belgique
Image : Marie Celette, Isabelle Martin, Mathieu De Castelet
Son : Brice Cannavo
Montage : Olivier Moulin, Isabelle Martin
Interprète : Justine Junius
Voix : Isabelle Martin
Production : Isabelle Martin
Article associé : le reportage Ecrans d’art, écrans d’elles
D comme Dissonant
Fiche technique

Synopsis : Expérience sur le corps, le temps, le film saisit une chorégraphie silencieuse de Cynthia Loemji.
Réalisation : Manon de Boer
Danse et chorégraphie : Cynthia Loemji
Genre : Expérimental
Durée : 11′
Année : 2010
Pays : Belgique
Image : Seb Koeppel
Son : Els Viaene
Montage son: Els Viaene & Manon de Boer
Montage : Fairuz
Mixage : Laszlo Umbreit (Atelier Graphoui)
Production : Auguste Orts et Jan Mot
Article associé : le reportage Ecrans d’art, écrans d’elles
César du meilleur film d’animation 2012, les 10 courts présélectionnés
Il y a quelques jours, la liste des douze courts métrages en lice pour les César 2012 s’est fait connaître. Le Comité Animation de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma a depuis sélectionné 10 courts, qui vont concourir, avec l’ensemble des films de long métrage d’animation, de production française, sortis en salle durant l’année 2011, au César du meilleur film d’animation 2012.
Cette présélection donnera lieu à un vote par les membres de l’Académie à l’issue duquel seuls cinq courts métrages d’animation seront retenus. Cette liste finale sera dévoilée au mois de janvier, lors de la conférence de presse d’annonce des nominations. La cérémonie des César 2012, quant à elle, aura lieu en février.
La liste des films présélectionnés :
ADIEU GENERAL Réalisation : Luis Briceno
LE CIRQUE Réalisation : Nicolas Brault
LA DOUCE Réalisation : Anne Larricq
LA FEMME A CORDES Réalisation : Vladimir Mavounia-Kouka
IL ETAIT UNE FOIS L’HUILE Réalisation : Vincent Paronnaud
JEAN-FRANÇOIS Réalisation : Bruno Mangyoku, Tom Haugomat
PLANET Z Réalisation : Momoko Seto
LA QUEUE DE LA SOURIS Réalisation : Benjamin Renner
THE GLOAMING Réalisation : Nobrain
VASCO Réalisation : Sébastien Laudenbach
Elle tourne, elle tourne, la conscience féminine/ste
Alors que la plupart des régions du monde fonctionnent encore selon un modèle de société sexiste, à Bruxelles, le Festival « Elles tournent – Dames draaien », mettant en avant des films réalisés par des femmes, a investi le Botanique du 29 septembre au 2 octobre dernier.
L’initiative, à l’instar de son homologue parisien (Festival International de films de femmes, à Créteil) accueille une grande majorité de femmes. Un espace consacré uniquement aux femmes réalisatrices? « Pourquoi ? », « A quoi ça sert ? », « C’est de la discrimination positive », « Enfin, on met les femmes à l’honneur ! ». Nombre d’opinions foisonnent de part et d’autres aux abords d’un tel événement qui, il faut bien l’avouer, peut sembler sectaire à certains égards. Quoi qu’il en soit, la raison d’être de Elles Tournent, vient du constat que la production cinématographique des femmes est, en Belgique comme ailleurs, insuffisamment diffusée. A cela, les organisatrices du Festival répondent par quatre jours de films, de débats, de rencontres autour de l’approche du genre féminin.

« Poupées-poubelles »
Qu’en est-il de cette production ? Au regard de la sélection de cette année, où l’on a pu voir 5 longs métrages de fiction, 14 documentaires et 3 programmes de courts métrages dont un dédié à l’Empire du Milieu (China in Shorts), un autre aux réalisatrices belges contemporaines (Ecran d’art, écran d’elles) et un dernier à cette notion à la fois simple et complexe qu’est le féminisme (Vive le féminisme!), on aura remarqué une nette préférence pour des films affichant un point de vue sur une réalité par le biais d’expressions souvent (trop) didactiques évitant au spectateur de se créer un lieu de réception personnelle. On aime mener le spectateur par la main sans se demander si celui-ci à l’âge de marcher tout seul. Par ailleurs, il semble que le but principal de certains de ces films serait plus d’informer que d’édifier.
De manière générale, la plupart des courts métrages présentés manquaient sensiblement de forme originale et novatrice. Retenons néanmoins des films tels que « Poupées-poubelles » de Violaine De Villers qui propose, 40 ans après leur création, une promenade de poupées imaginées par la créatrice Marianne Berenhaut, la sœur de la cinéaste belge. En des portraits à la fois intimistes et révélateurs, De Villers filme les sculptures « installées », disséminées dans un espace d’ordinaire consacré au culte (l’Eglise Saint-Loup à Namur), mettant ainsi en évidence les conflits intérieurs de l’artiste et le regard qu’elle porte sur la condition féminine, « Gabrielle » de Rozenn Quéré et Perrine Lottier, pour sa fraiche spontanéité et sa créativité graphique et langagière et « Kubita » de Maria Tarantino pour la force du propos parfois insoutenable (le film aborde le vécu de prisonniers torturés qui se dévoilent grâce à l’expression théâtrale). Le film ne laisse pas indifférent, même si l’on peut tout de même y constater un montage alterné assez prévisible.

« Kubita »
Retenons encore le moyen métrage de Vanessa Rousselot, « Blagues à part », qui remporte la palme du film documentaire bien ficelé : une idée géniale, un contexte polémique, des personnages attachants, une caméra confidente sans être intrusive et un montage à la narration haletante. C’est que pour son premier film, la réalisatrice française s’est attachée à parcourir le territoire palestinien en demandant aux personnes qu’elle croisait sur sa route de lui raconter une blague. En filigrane, se dessine alors l’esprit malicieux et cocasse de tout un peuple de même que sont suggérées les contraintes liées à son quotidien (couvre-feu, checkpoint,…). Sans aborder frontalement le discours politique, Rousselot touche juste car elle arrive à se nicher à la place du cœur, faisant de « Blagues à part » une œuvre riche, humaine et universelle.
Et lorsque la clôture du Festival offre un échange autour de la question du féminisme aujourd’hui, on est à peine étonné de retrouver dans la salle 90% de femmes, jeunes et moins jeunes, féministes, sexistes ou encore égalitaristes mais une chose est sûre, toutes savent plus ou moins ce qu’elles doivent à Madame Sartre. Alors, « En voiture Simone », elles tournent !
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B comme Blagues à part
Fiche technique
Synopsis : Belle façon d’aborder la vie quotidienne ne Palestine par des blagues qu’on y raconte. Vanessa Rousselot, jeune réalisatrice française, sillonne la Palestine en quête de la plus humaine des expériences : l’humour. Sa démarche est simple, demander, à chaque nouvelle rencontre : « Connaissez-vous une blague palestinienne ? »
Extrait n°1 : « Blagues à part » de Vanessa… par rue89
Réalisation : Vanessa Rousselot
Genre : Documentaire
Durée : 53′
Année : 2010
Pays : France
Image : Philippe Bellaïche
Son : Alaa Khoury
Montage : Juliette Haubois, Nadia Ben Rachid
Production : éO Productions, : Pijo productions
Article associé : le reportage Elle tourne, elle tourne, la conscience féminine/ste
K comme Kubita
Fiche technique

Synopsis : Dans Kubita, le théâtre action se transforme en comédie musicale lorsqu’un groupe de détenus burundais rejouent des scènes basées sur leur expérience de la torture. Sous les yeux des gardiens qui sont aussi leurs bourreaux, les prisonniers dévoilent ces actes de violence en les renversant en situations absurdes et paradoxales. Filmé en 5 jours sans budget, Kubita est une expérience cinématographique brute dans laquelle le processus créatif au coeur du théâtre devient un rituel cathartique de libération personnelle.
Réalisation : Maria Tarantino
Genre : Documentaire
Durée : 40′
Année : 2011
Pays : Belgique
Son: Alexandre Davidson
Montage : Yannick Leroy
Production : Neon Rouge Production
Article associé : le reportage Elle tourne, elle tourne, la conscience féminine/ste
G comme Gabrielle
Fiche technique
Synopsis : Gabrielle raconte les aventures d’une petite fille qui s’attache scrupuleusement aux mots, qui a le pouvoir de faire apparaître littéralement les images du langage. Ce pouvoir fait de Gabrielle une sorte de voyante : elle « voit » les «pieds» du mur, les « moutons » de poussière, et le «chat» dans sa gorge, mais aussi ses concitoyens se comporter en «pigeons» ou en «bonnes poires». D’ailleurs, ce ne sont pas seulement des visions, puisque Gabrielle les fait exister dans la réalité.
Réalisation : Rozenn Quéré, Perrine Lottier
Scénario : Perrine Lottier
Genre : Animation
Durée : 8’05 »’
Année : 2011
Pays : France
Image : Rozenn Quéré
Animation : Romain Blanc-Tailleur, David Martin
Son: Luc Meilland
Montage : Perrine Lottier, Laurence Manheimer
Mixage : Edouard Morin
Interprétation : Syrine Porte, Engelo Isambert, Stéphan Castang, Cathy Gallet, Valérie Véril, François Fehner, Guy Fillion et Maria Valério, Johnny Hache
Article associé : le reportage Elle tourne, elle tourne, la conscience féminine/ste

