Tous les articles par Katia Bayer

Côté court, le 20ème palmarès

Le 20ème festival Côté court s’est terminé dimanche, avec la reprise des films primés la veille par les différents jurys.

Compétition Fiction (Jury : André S. Labarthe, Lolita Chammah, Christophe Blanc, Thomas Salvador)

Grand prix Côté Court : Le marin masqué de Sophie Letourneur

Prix du GNCR : Courir de Maud Alpi

Prix Beaumarchais du meilleur scénario : Myriam de Elsa Diringer

Coup de coeur du jury : Sylvain Rivière de Guillaume Bureau

Prix du meilleur scénario France 2 : 7è ciel de Guillaume Foirest

Mention spéciale : Et ils gravirent le montagne de Jean-Sébastien Chauvin

Prix spécial du jury : Bobok de Simon Leibovitz

Prix de la jeunesse : Le marin masqué de Sophie Letourneur

Prix de la presse (Marion Pasquier, Florence Maillard, Romain Blondeau, Ludovic Lamant, Katia Bayer) : Le marin masqué de Sophie Letourneur

Prix du public : Un Monde sans femmes de Guillaume Brac

Prix Emergence/Côté Court : Un Monde sans femmes de Guillaume Brac

Prix d’interprétation féminine : décerné à Laure Calamy pour Un Monde sans femmes de Guillaume Brac

Prix d’interprétation masculine : décerné à Vincent Macaigne pour Un Monde sans femmes de Guillaume Brac

Compétition Expérimentale-Essai-Art-Vidéo

Prix de la Résidence : La vie continuera sans moi de Arnold Pasquier

Grand prix Expérimental-essai-art-vidéo : Achrone de Cécile Hartmann

Prix du pavillon : Achrone de Cécile Hartmann

illegal_cinema. Chemins de traverse

Ce soir, c’est l’ILLEGAL_PARTY, à partir de 19h30 aux Laboratoires d’Aubervilliers. Avant la coupure estivale, illegal_cinema revient pour une soirée festive et une dernière séance animée et proposée par Mathieu Lericq, coordinateur du projet. Trois courts métrages du documentariste polonais Marcel Łoziński seront proposés à l’assistance.

Films projetés :

Collision frontale (Zderzenie czołowe), un documentaire de Marcel Łoziński (Pologne, 1975, 11min.)

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Un conducteur de locomotive proche de la retraite est choisi pour être donné en exemple à ses jeunes collègues et doit recevoir son cadeau de départ au cours d’une cérémonie. Toutefois la vie est dure : dans un état de fatigue extrême, il cause une catastrophe ferroviaire, et la cérémonie est annulée.

89mm d’écart (89 mm od Europy), un documentaire de Marcel Łoziński (Pologne, 1993, 11min.)

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Brzesc — une ville sur la frontière entre la Pologne et l’ancienne Union soviétique. À cause d’une différence de 89 mm dans l’écartement des voies de chemin de fer de l’Union soviétique et du reste de l’Europe, les cheminots biélorusses doivent chaque jour adapter les wagons, pour que les trains internationaux puissent pénétrer dans le territoire de l’ancienne Union soviétique. Les passagers français, allemands, hollandais les observent à travers les vitres… Deux mondes distincts ?

Tout peut arriver (Wszystko może się przytrafić), un documentaire de Marcel Łoziński (Pologne, 1995, 39min.)

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Marcel Lozinski filme l’insouciante promenade d’un enfant de six ans dans un parc, et suit le fil de ses rencontres avec de vieilles personnes. Sans interrompre ses activités, ni couper court à son plaisir, l’enfant évoque spontanément des questions essentielles, la mort, le temps qui passe et reçoit en retour des réponses graves et sincères. Nul n’ignore la présence de la caméra , et chacun se prête à la mise en scène du réalisateur qui suit cet itinéraire philosophique avec discrétion et respect.

Chemins de traverse

Le paysage concentre l’horizon, les formes naturelles, les bâtisses domestiquées et les êtres humains qui l’habitent. En d’autres termes, il renferme dans son cadre la vue d’une terre ramifiée, stratifiée, où chaque courbe est un appel à l’identité et à la mémoire de celui qui le regarde. Le paysage est un pays en image, un espace reconnu. Or, pour être reconnu, il faut qu’il soit reconnaissable. Le processus de reconnaissance d’un paysage s’accompagne d’indices soit présents dans l’image soit ajoutés par celui qui le conçoit. Ces dernières peuvent être des légendes déposées sous l’image, des titres surplombant un corpus de vues d’un même terrain, ou encore la parole d’un témoin qui apporte lors de la vision une épaisseur verbale et vivante.

Dans l’univers cinématographique, le paysage se dote souvent d’indices sonores, des paroles de personnages révélant ce que le paysage, de par la distance que l’instance filmique institue avec le réel, maintient en son sein comme la lave enfouie d’un volcan, une mémoire profonde qu’il rend sensible autant qu’il dissimule.

En proposant une programmation autour du cinéma documentaire de Marcel Łoziński, j’aimerais reprendre la forme « paysage » dans sa dimension dynamique. Il s’agira de questionner la présence et la valeur de la mémoire individuelle dans un pays de l’ex-bloc communiste, cette énergie mémorielle devenue aujourd’hui un curieux socle de nostalgie ou de révulsion. Car dans les films de ce réalisateur méconnu résident des récits de vie personnels, parfois reconstitués, souvent déclenchés par l’intrusion de la fiction au sein du réel, pris en charge par des êtres qui traversent les paysages, qui les alimentent d’une parole imaginaire. Ces films touchent des vérités situées au-delà des réalités historique et sociologique. Ces récits de vie ne sont ni décris ni ajoutés après coup; ils sont joués par des individus qui bougent, en quête de sens personnel dans un pays où règne le label « collectif ». Ce sont donc les règles de ce jeu (politique) mêlé aux désirs, aux images fantasmées et à la mythologie sociale, provoqués par ces « êtres du mouvement » que je vous propose de saisir.

Mathieu Lericq

Infos pratiques : lundi 27 juin · 20:0022:00

Les Laboratoires d’Aubervilliers / 41, rue Lécuyer 93200 Aubervilliers / Métro ligne 7 Quatre chemins

Le site des Laboratoires : www.leslaboratoires.org

La page Facebook consacrée à l’événement : ici

M comme Maska

Fiche technique

Synopsis : La belle Duenna a été créée dans le but d’accomplir une certaine mission. Quoi qu’il en soit, elle sera confrontée à un choix…

Réalisation : Timothy Quay, Stephen Quay

Genre  : Animation

Durée : 23’35 »

Pays : Pologne

Année : 2010

Adaptation de : « Maska », Stanislaw Lem

Direction artistique : Frères Quay

Scénario : Frères Quay

Graphisme : Frères Quay

Storyboard : Frères Quay

Layout : Render 305, Frères Quay

Décors : Render 305, Frères Quay

Animation : Frères Quay

Compositing : Render 305, Frères Quay

Musique : Krzysztof Penderecki

Son : Janusz Czubak

Montage : Frères Quay

Voix : Magdalena Cielecka

Production : SE-MA-FOR PRODUKCJA FILMOWA – FILM PRODUCTION, POLISH CULTURAL INSTITUTE, Zbigniew ZMUDZKI, Marlena LUKASIK

Distribution : SE-MA-FOR PRODUKCJA FILMOWA – FILM PRODUCTION, Piotr KARDAS

Article associé : la critique du film

Maska des Frères Quay

Sélectionné et primé (Prix Sacem de la musique originale pour Krzysztof Penderecki), à l’édition 2011 du Festival d’Animation d’Annecy, Maska est le dernier court métrage d’animation en volume des Frères Quay. C’est un film âpre, difficile d’accès, marqué par l’univers sombre et allégorique de l’auteur de science-fiction polonais Stanislas Lem, dont est adaptée l’histoire.

Maska se déroule dans un monde irréel, intemporel, mêlant à la fois une technologie très avancée et une société d’allure médiévale. Nous sommes dans un univers de science-fiction « féodal », presque rétro, dans lequel un homme très puissant, sorte de dieu-roi, crée un robot d’apparence féminine, beauté démoniaque répondant au doux nom de Duenna, dans le but d’éliminer un prétendant rebelle au trône. Cette intelligence artificielle, victime de transformations physiques douloureuses, va découvrir petit à petit la tâche pour laquelle elle a été créée et va devoir choisir entre un sentiment profond d’amour et son conditionnement originel.

Musique obsédante de Penderecki, sons stridents, narration à la première personne sous forme de pensées et de sensations éphémères, fragmentation du temps et de l’espace (nombreux allers-retours entre présent et futur, répétitions d’images, suspension dans le temps), images mystérieuses et obscures, marquées par une lumière agressive et éthérée, poupées au visage disgracieux : les Frères Quay ne choisissent pas la facilité pour leur nouveau film de marionnettes.

Ils s’approprient l’univers non-conformiste de l’auteur de Solaris et dépeignent un monde fascinant, implacable et cruel, obéissant à une logique dramatique dure, qui génère une réflexion sur les thèmes de l’identité, de l’amour et du pouvoir. Ils respectent l’oeuvre de Lem et réussissent à mettre en scène ses plus profondes obsessions sur la condition humaine.

Maska demande beaucoup au spectateur : rythme lent, assujetti à la fluctuation des pensées dérangées de la narratrice/héroïne, images pas toujours compréhensibles, ambiance générale étouffante, sensation d’être perdu dans un maelström allégorique complexe qui nous échappe ; et puis cette scène de transformation, sorte de respiration/libération pour le personnage principal, et de surcroît pour le spectateur : Duenna perd « sa peau féminine » et se relève être une mante religieuse mécanique redoutable, à l’accouplement fatal.

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Les Frères Quay touchent à cet instant-là une certaine grâce (eux aussi tombent le masque), non empreinte de cruauté, avec un final tragique des plus réussis, dans lequel ils arrivent à déranger et émerveiller simultanément.

Julien Savès

Consulter la fiche technique du film

Hors Pistes 2012, appel à participation

Depuis 2006, Hors Pistes se passionne pour la variété des formes que l’image revêt aujourd’hui. Projections, performances, installations, images en réseau, Hors Pistes présente chaque année une sélection internationale de ces nouvelles formes. La programmation témoigne des ruptures et des détournements qui nourrissent les formes traditionnelles du film et de la narration. La septième édition d’Hors Pistes se déroulera du 27 janvier au 12 février.

Pour donner place à ces multiples créations, la manifestation occupe le niveau -1 du Centre Pompidou, ses salles de cinéma comme son espace d’exposition. Les salles proposent une sélection délibérément hétéroclite de l’image en mouvement (section 1), révélatrice de l’année écoulée tandis que l’espace d’exposition réfléchit sur une thématique étroitement liée à l’image (section 2).

Section 1 : Un programme de plus de 30 séances explorant les nouvelles tendances de l’image contemporaine.

– > Hors Pistes est ouvert aux films et vidéos internationaux produits après le 1er janvier 2010 et d’une durée comprise entre 20 et 65 minutes. Pas de thématique. Le format de projection peut être pellicule (16 et 35 mm), format vidéo (Beta, mini DV, HD) ou fichier.

Section 2 : Une exposition sur une thématique forte liée à l’image – cette année : l’animal.

– > Hors Pistes est ouvert aux films et vidéos internationaux d’une durée inférieure à 20 minutes, sans restriction quant à la date de production.

– Le format de projection peut être format vidéo (Beta, mini DV, HD) ou fichier

– Retrouver sur ce lien des images de l’espace d’exposition de l’année dernière (thème 2011 : LE SPORT) : www.youtube.com/Mrhorspistespompidou

Pour les deux sections :

* Aucun droit d’inscription n’est demandé. Les pièces non francophones et non anglophones doivent être sous-titrées en anglais.

* Pour la sélection, le DVD est à envoyer à : Centre Pompidou – Hors Pistes – 75191 Paris cedex 04 – France

* Date limite d’inscription : 10 octobre 2011

La sélection sera adressée aux artistes et réalisateurs sélectionnés par email le 15 décembre 2011. Pour toute demande supplémentaire : Geraldine.gomez@centrepompidou.fr

Festival Image par Image, appel à films

La 12e édition du festival Image par Image se tiendra du 10 février au 3 mars 2012. Manifestation itinérante dans 20 cinémas du département du Val d’Oise, le festival est consacré au film d’animation. L’appel est ouvert à tous court-métrages européens d’animation destinés au jeune public, les films doivent au plus tôt dater de 2009 et ne doivent pas excéder 30 minutes.

Date limite d’inscription des films : 31 octobre 2011.

Cliquez ici pour plus d’informations et ici pour le formulaire d’inscription word ou pdf

Les films peuvent être envoyés en format DVD, Beta SP ou DV Cam.

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EN : The 12th edition of the festival « Image par Image » will be held from February 10th to March 3rd 2012. It is an event that takes place in the whole Val d’Oise county (close to Paris) and is devoted to animated movie. The request for proposal is open to all European animated short films intended for a young audience. The movies must, at the earliest, date back to 2009 and should not exceed 30 minutes.

Deadline for the registration of movie s: October 31st 2011

Movies can be in DVD format, Beta SP or DV Cam.

Click here for more informations and here for the registration form word or pdf

Short Screens #8 : le court métrage sur grand écran

La huitième édition de Short Screens aura lieu le jeudi 30 juin 2011, avec des films éclectiques et atypiques, d’hier et d’aujourd’hui. Rendez-vous le 30 juin à 19h30 à l’Actor’s Studio, à Bruxelles.

Au programme :

* BETTY AND THE THE’S de Felix Stienz, Allemagne – 2009 – Fiction – 13′

* PLACE MOSCOU de Mohamed Bouhari, Belgique – 2009 – Documentaire – 20′

* (EN)TERRADOS de Alex Lora, Espagne – 2009 – Fiction – 11′

* ÉTRANGÈRE de Christophe Hermans, Belgique – 2010 – Documentaire – 12′

* DE VOLGENDE de Barbara Raedschelders, Belgique – 2010 – Documentaire animé – 4’33 »

* L’HOMME ENVOLÉ de Perrine Lottier & Rozenn Quéré, France – 2009 – Fiction expérimentale – 14’46 »

* DANS TES RÊVES de Blandine Lenoir, France – 2003 – Fiction – 17′

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Le film d’animation publicitaire en France 1912-2007

Les coïncidences font bien les choses. Le festival d’Annecy s’est terminé il y a 10 jours et il restait un DVD thématique dans la barbe de Noël Père. Réalisé à l’occasion d’une exposition sur le film d’animation publicitaire en France, présentée au Musée de la Publicité à Paris en 2007-2008, le support, rond comme un ballon, met en parallèle perles d’époque, pionniers du genre et animation riche et variée.

Pas toujours évident d’honorer les expositions pour des questions de dates, de distance géographique et de concurrence culturelle. Heureusement, les prolongations, les tournées et les DVD existent pour les séances de rattrapage. Si comme certains, vous avez raté il y a trois ans l’exposition sur l’animation publicitaire au Musée de la Publicité ou si comme d’autres, vous souhaitez vous laisser tenter par une tripotée de publicités animées, laissez-vous aller à la curiosité avec ce DVD que l’on vous propose dans le cadre du focus Annecy pour trois raisons : 1) le festival est attentif aux films publicitaires (21 films en compétition cette année), 2) cette compilation met en avant l’animation et 3) il s’agit aussi de forme courte.

Pour gagner leur vie, beaucoup de réalisateurs travaillent pour la publicité. C’est le cas pour la fiction (Rudi Rosenberg, Edouard Deluc, François Vogel, …) mais aussi pour l’animation (le collectif H5, Jonas Odell, Bill Plympton, …). De manière générale, la pub joue sur la créativité, l’humour, l’info pratique, la starification, la démonstration schématique, la répétition et la connivence avec le spectateur, dans le but de renforcer le pouvoir de la marque et du produit qu’elle cherche à vendre. Si aujourd’hui, Panzani est aisément associé à Depardieu, Kinder à des lardons en bonne santé et Juvamine à un slogan ridicule, Nesquick a tout autant son lapin, Kiss Cool ses monstres bizarroïdes et la Française des Jeux son cochon Dédé.

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Il suffit d’aller de temps à autre au Musée de la Publicité pour se rendre compte que la pub a une histoire, qu’elle se raconte à travers des expositions thématiques et qu’elle se voit sur des écrans compilant tous les spots possibles et imaginables. Le DVD édité par le Musée, accompagné d’un livret rédigé par la conservatrice Amélie Gastaut, revient sur cette histoire en lui donnant un accent animé et français. En parcourant l’historique, vous devriez d’ailleurs devenir incollable sur la naissance du genre, l’apparition des premiers studios, la concurrence avec la prise de vues réelles, des Etats-Unis et de la télévision. Et face aux publicités proposées, vous devriez découvrir des saveurs comme on n’en fait plus guère : des voix-off paternalistes, des messages machistes (“Votre mari veut toujours vous voir bien coiffée et bien maquillée” – Lavenfilets, Robert Lortac, le créateur des Pieds Nickelés), des produits économiques, des images d’un autre temps, mêlant magie et inventivité (des plumes Bic dansant la valse ou des ustensiles de cuisine métamorphosés en véritables artistes de cirque par Etienne Raïk), des slogans pas possibles (“Cassegrain. Des aliments sains pour palets fins” d’Omer Boucquey, l’inventeur de Bécassine), des contes revisités (La revanche de Cendrillon ou comment nettoyer un four en quelques minutes et mépriser instantanément ses affreuses belles-sœurs – Antoine Payen, Lion Noir), des animations bourrées de poésie et d’humour (des pelotes de laine et des marionnettes articulées, aussi ahurissantes les unes que les autres, dansant pour le plaisir de l’eau Rozana et de la laine Welcomme Moro sous l’égide des frères Bettiol et Stefano Lonati), …

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Cette chronique ne peut aboutir sans deux coups de cœur : Le Messager de la Lumière, imaginé par Paul Grimault, le réalisateur du Roi et L’oiseau, pour les piles Mazda. Dans ce spot, le soleil, fatigué, perd son éclat resplendissant et se fait engueuler car sur Terre, on ne voit plus clair, on meurt de froid et la lumière est trop faible. Heureusement, une solution existe grâce à Mazda : le soleil mâche une ampoule et retrouve son énergie. Le sens du merveilleux et la poésie de Grimault ne sont pas loin et nous ne sommes qu’en 1938. Deuxième intérêt : Les méfaits d’un mauvais réveil pour Jaz, par Robert Lortac, précédemment cité. Un homme perd son travail car il ne se réveille pas à cause de son réveil. Forcément, c’est sa femme qui prend (“Crénom, j’étais en retard, ils m’ont balancé. Un bon réveil coûte moins cher qu’une situation perdue. Je vais acheter un Jaz, je ne serai plus en retard”), mais tout finit bien : Grincheux devient contre-maître grâce à son nouveau réveil à la “sonnerie cristalline” trouvable chez tous les bons horlogers. Merci Mr Lortac de nous faire part, dès 1924, des secrets d’une évolution professionnelle.

Ce sont évidemment les publicités les plus anciennes qui sont les plus intéressantes dans ce DVD. Au vu des actuelles, souvent pauvres en imagination, celles-ci et leurs consœurs, véritables témoins de leurs époques, acquièrent une valeur d’archives et laissent dans leur sillage un arrière-goût de nostalgie. Passé, poésie, émotion. Un slogan acceptable pour des images oubliées, découvertes ou retrouvées.

Katia Bayer

Le film d’animation publicitaire en France 1912-2007 : Editions Chalet Pointu

Palmarès du 19ème Festival « Le court en dit long »

Le Jury 2011 de la 19ème édition du Festival « Le court en dit long » (6 au 11 juin 2011) était composé de Fabienne Godet (auteur et réalisatrice), Véronique Heuchenne (scripte), Marie Kremer (actrice), Karim Leklou (acteur) et Donald James (critique). Voici les résultats des heureux élus.

• Le Grand Prix Le Court en dit long, doté de deux mille euros (2.000 €) par le Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Communauté française de Belgique et par le Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, ainsi que de deux semaines de montage offertes par le Studio l’Equipe France : Opale Plage de Marie-Eve de Grave (On Move & Guns and Knives Productions).

• Le Prix du Scénario, doté de mille euros (1.000 €) par le Comité belge de la SACD est décerné à Bernard Dresse pour Terre Nouvelle (Néon Rouge Productions).

• Le Prix d’interprétation féminine, doté de cinq cents euros (500 €) par le Parlement francophone bruxellois : Salomé Richard dans Pour toi je ferai bataille de Rachel Lang (IAD).

• Le Prix d’interprétation masculine, doté de cinq cents euros (500 €) par le Parlement francophone bruxellois : Jean-Jacques Rausin dans Mauvaise Lune de Méryl Fortunat-Rossi et Xavier Seron (Hélicotronc) et dans La Version du Loup d’Ann Sirot et Raphaël Balboni (FraKas Productions).

• Mention spéciale : Kin de l’Atelier Collectif (Zorobabel).

• Mention spéciale : Mauvaise Lune de Méryl Fortunat-Rossi et Xavier Seron (Hélicotronc).

• Mention Spéciale : Nuit blanche de Samuel Tilman (Eklektik Production).

Autres prix

• Le Prix du Public, doté de mille euros (1.000 €) par le Centre Wallonie-Bruxelles à Paris est attribué à Le Petit Chevalier de Emmanuel Marre (Hélicotronc).

• Le Prix Ciné + courts, décerné par CINE+, est attribué à Opale Plage de Marie-Eve de Grave (On Move & Guns and Knives Productions).

• Le Prix Coup de Cœur Be-TV, est attribué à Kérosène de Joachim Weissmann (Artémis Production).

• Le Prix Coup de Cœur RTBF est attribué à Dimanches de Valéry Rosier (Ultima Razzia).

• Le Prix Coup de Cœur Critikat.com, est attribué à Le Cours des choses de Caroline Tambour (Tarantula).

Palmarès du 3ème Festival Millenium

Le palmarès de la 3ème édition du Festival Millenium, le festival de films documentaires réalisés par des cinéastes indépendants, dévoilé !

Objectif d’or, Meilleur film du Festival : Blood relation de Noa Ben Hagai

Objectif d’Argent, Meilleur message de développement (UNDP award): Green de Patrick Rouxel.

Objectif de Bronze, Meilleur message des droits de l’homme (OHCHR award): Iraq: war, love, god and madness de Mohamed Al-Daradji

Mention spéciale pour Ex-Voto de Caroline D’hondt.

Objectif de Bronze, Meilleur message de la diversité culturelle (UNESCO award): Shooting with Mursi de Ben Young.

Prix spécial du Jury, film le plus original et novateur : Molf-e Gand de Mahmood Rahmani.

Prix du Public: Burma VJ de Anders Østergaard.

Brain Wash, projection & appel à films

Le collectif Brain Wash, réseau international d’amateurs de cinéma qui organise des festivals à Londres, Manchester, Birmingham, Berlin, New York et bientôt Paris, présente les courts-métrages les plus innovants, stimulants et intéressants du moment. Pour sa première édition parisienne, Brain Wash s’associe à Vice Magazine pour une soirée de courts-métrages à la Péniche Cinéma le 5 juillet.

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Par ailleurs, le collectif est toujours à la recherche de courts métrages, à envoyer avant le 30 juin par mail ou par voie postale à l’adresse suivante :

Pauline Eiferman, BRAIN WASH, 68 rue de Rivoli, 75004 Paris

Plus d’informations :

https://www.facebook.com/event.php?eid=179038582154849

http://www.brainwashonline.co.uk/brain-wash-paris

Cross de Maryna Vroda

La Palme d’or du court-métrage du 64ème festival de Cannes a été remise à Cross de Maryna Vroda. Ce prix récompense l’audace de cette jeune réalisatrice ukrainienne de 29 ans qui signe ici son premier opus depuis sa sortie de l’Université nationale des arts théâtraux et cinématographiques de Kiev, lieu où elle avait déjà réalisé quatre courts-métrages. Avec ce film puissant, elle réussit avec grâce à toucher à l’essentiel. En avançant avec finesse, par petites touches pointillistes, elle amène le spectateur à se questionner sur sa condition d’être humain et sur le sens de sa propre existence.

Cross se réfère ici à une course à pied qui se pratique sur un terrain ayant des obstacles naturels. Le film raconte l’histoire d’un jeune adolescent qui court dans une immense forêt de grands conifères. D’abord, il court avec sa classe avant de se faire rejeter du groupe et de continuer seul à cavaler entre les troncs. Témoin d’un crime, il est confronté à la mort et s’enfuit à toutes jambes. À bout de souffle, le héros s’arrête finalement sur une plage touristique et observe à son tour un homme courir, cette fois sur l’eau. La vision d’un baigneur qui, dans une grande bulle flottante, court sur place et s’agite frénétiquement dans un ballon de plastique fait inévitablement penser à la course des souris en cage qui, dans leur roue se dégourdissent les pattes. L’insistance avec laquelle Maryna Vroda capte à travers la fibre de plastique les mouvements désordonnés de ce corps crée une analogie avec la course de l’adolescent. La perception de cette activité perd son sens initial (courir pour se maintenir en forme, fuir ou se divertir) pour devenir poétique et même métaphysique. Le mouvement ainsi dépouillé de son enveloppe signifiante renvoie le spectateur à sa condition d’être humain. Il est convié à regarder la pulsion et l’énergie de la vie à l’état brut et à se rappeler que la seule certitude que l’homme a quant à la destination de sa trajectoire est celle de mourir.

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Ces images fortement évocatrices de l’absurdité de la vie, de la perte, de l’errance et du vide existentiel, parfois proche de l’expérimental, ne se réduisent pas à leurs symboliques mais les transcendent pour véritablement s’incarner. Malgré les apparences, ce film ne porte pas un regard blasé ou noir sur notre condition d’être humain. Cross est en fait un film lumineux, il dégage une grande humanité. Car sous l’œil bienveillant de Maryna Vroda, la course, même si elle est fuite en avant, pulsion, est la vie. Le mouvement en est la définition même, tout comme il est l’essence du cinéma.

Ce film rend ainsi hommage à la force de cet art qui devient un moyen de reconnecter le spectateur à ce qu’il a de plus profond, insondable et universel. Cross est une expérience de cinéma mais surtout en nous renvoyant à nous-mêmes en fait un film nécessaire. Dans cette société du risque où l’on voudrait tout contrôler et tout prédire, le film de Maryna Vroda invite le spectateur à lâcher prise, à savourer la beauté de chaque instant justement parce qu’il n’oublie pas que la mort est toujours présente et peut frapper à n’importe quel moment.

Isabelle Mayor

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Article associé : l’interview de Maryna Vroda

Zbigniev’s Cupboard de Magdalena Osinska

Années 70, sous l’œil bienveillant de son père, Zbigniev range toutes sortes d’objets qu’il compte revendre au marché noir. Petite histoire dans la grande, « Zbigniev’s Cupboard », sélectionné à Annecy retrace l’époque des tickets de rationnement dans une Pologne communiste.

Si Zbigniev est tout fier d’obtenir une armoire pour y mettre l’ensemble de ses trésors récoltés après des heures d’attente dans le froid, son père quant à lui attend la mort en espérant qu’une fois l’heure venue, il sera mis dans un cercueil choisi avec soin.

Créatrice multicartes, Magdalena Osinska aime brouiller les pistes et toucher à tous les matériaux pour faire vivre des univers très différents les uns des autres. Utilisant la 2D et la 3D dans des effets spéciaux et visuels, « Zbigniev’s Cupboard » se rapproche du conte même si force est de constater qu’il mêle habilement un réalisme soigné à un surréalisme fantaisiste pour donner naissance à ce que l’on pourrait considérer comme du réalisme merveilleux. Dans des décors en partie hyper réalistes (voir les immeubles de la cité dans laquelle habitent Zbigniev et son père), Osinska se soucie du détail, de ce qui ne se dit pas mais qui se remarque, de ce qui ne se voit pas mais qui se ressent.

On y sent une prédilection pour des personnages solitaires, placés dans un dispositif formel que vient souligner une touche mélancolique d’une confrontation minimaliste entre un père et son fils, deux êtres en proie à la dérive, à l’inconnu. Quand le premier représente un monde qui s’apprête à disparaître, le second tente de survivre sous un régime politique aux mesures draconiennes. Le recours à des figurines en bois renforce le côté nostalgique et passéiste auquel s’ajoute un imaginaire féérique. La scène du cimetière d’une facture assez cynique, paraît tout droit sortir du cerveau prolifique d’un Arcimboldo.

Tout à la fois magique et réaliste, « Zbigniev’s Cupboard » fonctionne comme un instantané du passé, une photo jaunie et croquée, un témoignage original et touchant.

Marie Bergeret

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Z comme Zbigniev’s Cupboard

Fiche technique

Synopsis : Dans un monde étrange où tout semble aller à l’envers, Zbigniev délaisse son père et son jeu d’échecs pour se consacrer à son obsession : accumuler des objets dénichés au marché noir.

Réalisation : Magdalena Osinska

Scénario : Duncan Barrett

Genre : Animation

Durée : 13′

Année : 2010

Pays : Grande-Bretagne, Pologne

Image : Annika Summerson

Son : 
 David Pringle

Montage : Michael Aaglund

Musique : Jean Marc Petsas

Animation : Krzysztof Brzozowski, Katarzyna Okoniewska

Interprétation : Maciej Jerzy Karaś, Krzysztof Rożycki

Effets spéciaux : Emmanouil Stravrakakis

Décors : Hester Dennett

Production : Breakthru Films, National Film and Television School

Article associé : la critique du film

Thierry Frémaux : « Les quatre piliers du festival de Cannes ? Un équilibre entre la création et la profession »

Mai 2011. Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, abordait lors d’une conférence au Short Film Corner l’historique du festival, la sélection officielle des films et la création de Cannes Court Métrage. Aperçu de la rencontre grâce à Romaric Mienan, copain français vivant à Montréal, présent ce jour-là.

Introduction au Festival

Sélection Officielle des films, Cannes Court Métrage

Festival pointdoc, appel à film

Le Festival pointdoc connaitra sa deuxième édition du 15 janvier au 29 janvier 2012. Un appel à film documentaire d’auteur est d’ores et déjà lancé. Vous avez jusqu’au 30 septembre 2011 (date limite d’inscription) pour envoyer vos créations selon les deux catégories proposées :

@ Films jamais diffusés (quelle que soit son année de réalisation)
@ Premières créations (réalisées à partir du 1er janvier 2009).

pointdoc

Comme l’année précédente, le Festival pointdoc s’attachera à sélectionner des regards particuliers sur le monde portés par des auteurs qui s’engagent aussi bien sur le fond que sur la forme. Pour ceux qui ne connaissent pas l’initiative, le Festival pointdoc est un festival en ligne de films documentaires créé pour ouvrir le cinéma documentaire au plus grand nombre. Il se déroule sur internet pendant 15 jours. 20 films documentaires d’auteurs sont en accès gratuit, visibles à n’importe quelle heure et partout dans le monde.

Pas de prix… mais des coups de cœur, sont attribués à la fois par le public et par un jury de professionnels reconnus du documentaire, composé de réalisateurs, de producteurs et de techniciens. Les films « coups de cœur » auront la chance d’être diffusés sur grand écran lors de la soirée de clôture.

Vous pouvez retrouver la fiche d’inscription sur le site web du festival : http://www.festivalpointdoc.fr/inscription.html

contact : festivalpointdoc@yahoo.fr
site : www.festivalpointdoc.fr

Les humeurs de Mademoiselle Humeur

L’année passée, à la même période, Mademoiselle Humeur était maussade. Obligée de rester à Paris, elle suivait de loin les 50 ans du festival d’animation d’Annecy. Elle s’était bien nourrie d’une (grosse) miette, en regardant le DVD spécialement édité pour l’occasion, mais elle râlait quand même un peu dans son coin. Cette année, la donne a changé : Humeur a commencé à y croire. Elle a pu se libérer, trouver un logement à la dernière minute, prendre le train à la Gare de Lyon, faire la connaissance d’un certain Ficus, lapin de son hôtesse, commencer à regarder les films. … Et n’a pas compris. Que s’est-il passé cette année au festival ? Pourquoi les films courts et les films d’étudiants ne l’ont pas transportée comme auparavant ? Était-elle moins en lien avec l’animation que dans le passé ? Ne s’était-elle pas encore remise de son festival de Cannes ? Était-elle trop distraite par Poupou ? Avait-elle raté le cochon d’Inde en ne venant pas l’année précédente ? Et bien, non. Les films n’étaient tout simplement pas à la hauteur de ses attentes. D’ailleurs, elle n’était pas la seule à le penser.

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Ficus

En tendant ses oreilles non percées, Mademoiselle Humeur a vu et entendu des choses. Certains films, pourtant bons, n’avaient pas été retenus, d’autres, franchement inintéressants, provoquaient moult soupirs et petits éclairs animés auprès des spectateurs. À qui la faute ? Aux comités de sélection qui avaient laissé passer les mauvais films et écarté les bons, aux connaisseurs de plus en plus exigeants en matière d’images, aux sous-titres souvent inexistants pour les films américains mis à l’honneur cette année, au festival qui, à force de multiplier les séances, isole de plus en plus les films ?

Humeur, vaguement chauvine, pourrait prétexter que les meilleurs films d’Annecy ont été repérés en amont par ses Monsieur Madame informés et courtois (« Switeź » de Kamil Polak, « Big Bang Big Boom » de Blu, « A Lost And Found Box Of Human Sensation » de Martin Wallner, Stefan Leuchtenberg, « Miss Daisy Cutter » de Laen Sanches, « Les Arbres Naissent Sous Terre » de Sarah et Manon Brûlé). Mais ce serait trop facile. Elle pourrait aussi, palmarès 2D à l’appui, écrire en toutes lettres qu’attribuer le Cristal du court métrage à un film aussi connu et peu inspirant que « Pixels » équivaudrait à faire bouffer des frites à un mec comme Ronald Mc Donald. Mais ça aussi, ce serait trop facile.

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Ernest et Célestine, croquis de travail

Humeur n’est pas du style à cracher dans la purée. Annecy a bel et bien ses avantages : des avant-premières de courts métrages de Pixar et Disney, des longs métrages qui valent la peine d’être vus (« Chico et Rita », « Le Chat du Rabbin »), des séances fabuleuses (le souvenir du work in progress d’« Ernest et Célestine » est aussi figé qu’un post-it), une ambiance hors du commun (concours de bruits de carpe, hystéries « lapinales »), un lac super autorisant de sacrés tours en vélo, des déclinaisons fromagères intéressantes (raclette, fondue, tartiflette), et un Quick incontournable pour tout malbouffeur qui se respecte.

Mais le festival a aussi ses inconvénients : un système d’inscription en ligne complexe, des files d’attente interminables, un cercle professionnel invisible, et un réel problème dans la production de cette année. Car face à certains courts, l’émotion, la vraie, est introuvable. Exemples parmi d’autres : « Paths of Hate » de Damian Nenow, pourtant lauréat d’une mention spéciale, prouve par le sang et l’inutilité qu’on peut jouer à la guerre sans être en mesure de raconter une histoire pour autant, « Nullarbor » d’Alister Lockhart et Patrick Sarell pourrait se baser sur sa première syllabe pour qualifier sa course poursuite inutile et aride entre un homme et un vieillard, « Xing » de Michael Naphan, comédie de base, faiblit très rapidement, malgré un design sympa et un intérêt pour les rennes débiles.

Et pourtant, cette année, il y avait des courts intéressants à Annecy. Sauf qu’il y en avait peu, en tout cas selon les critères d’Humeur, qui s’est laissée seulement séduire par une poignée d’entre eux. Deux se laissaient apprécier en compétition officielle : « Don’t tell Santa you’re jewish » de Jody Kramer (pour son humour juif et son esprit de tolérance), « Zbigniev’s Cupboard » de Magdalena Anna Osinska (pour la beauté de ses personnages taillés dans le bois). Et quatre figuraient parmi les films de fin d’études : « De volgende » de Barbara Raedschelders (pour son aspect documentaire, chargé de souvenirs), « Condamné à vie » de Vincent Carrétey et Hanna Letaïf (pour son absurdité et son accent impayable), « M’échapper de son regard » de Chen Chen (pour la simplicité de son trait et son amour des poules) et « Bridge » de Dina Velikovskaya (pour son traitement muet et doux du divorce). Humeur a beau être une pauvre nouille en math, six films sur 101 en compétition officielle, ce n’est pas beaucoup.

Katia Bayer

Festival d’Annecy 2011

Films courts et longs en compétition et en hors compétition, séances de dédicaces, expos, conférences, séances américaines, travellings divers, projections en plein air (et sous la pluie, généralement), … : le festival d’Annecy, qui vient tout juste de s’achever ce weekend a, à nouveau livré ses choix de programmation aux amateurs et défenseurs de l’animation mondiale.

Dans ce Focus, il y a déjà :

Quinzaine des Réalisateurs : une décennie de talents révélés

La Quinzaine des Réalisateurs, sélection parallèle à la compétition officielle du Festival de Cannes, offre depuis 1968 une fenêtre aux œuvres d’artistes peu connus qui finissent inévitablement par être propulsés au rang de célébrité. Akerman, Herzog, Fassbinder, Oshima ne sont que quelques exemples illustres sur une liste kilométrique. Pour la première fois cette année, la Quinzaine a édité un coffret rétrospective, une sorte de best-of reprenant un échantillon des dix dernières années, dont « Killing the Chickens to Scare the Monkeys » de Jens Assur et « Mary Last Seen » de Sean Durkin. Revue de quatre titres au choix.

China China de João Pedro Rodrigues et João Rui Guerra da Mata

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Début directorial pour João Rui Guerra da Mata, « China China » décrit une journée fatidique dans la vie d’une jeune Chinoise récemment installée à Lisbonne. China est rongée par un malaise existentiel, en dépit ou à cause de son mariage et sa maternité prématurés : déjà mère d’un petit gamin, elle n’en a que 19. En décalage avec les attentes de son mari, China recherche l’introuvable – sa liberté –, et rêve de l’improbable – sa propre mort. Centré sur un seul personnage détaché et résigné, « China China » décrit les rapports que celui-ci entretien avec son monde et se présente comme un bref moment de tranche de vie, avec comme seul bémol, une exposition des faits trop appuyée sous forme du commentaire du mari exaspérant. Par ailleurs, le même reproche pourrait s’appliquer à la construction de ce dernier personnage en général : plus âgé que sa femme, dépendant d’un tonique sexuel, parano et autoritaire à souhait, il représente à lui seul tous les problèmes auxquels China doit faire face. Remarquablement subtil pour le reste, le film emporte aisément le spectateur dans le monde désaxé de son protagoniste assujetti à une claustrophobie mortelle.

Luminous People de Apichatpong Weerasetakul

Fidèle à son style unique, le Thaïlandais dont l’œuvre continue à enchanter et dérouter le public international, livre ici un film sur le thème de la mort dans le cadre de « State of the World », une commande de la Calouste Gulbenkian Foundation. Le court suit les parents et proches d’un défunt, en train de traverser le Mékong pour y disperser les cendres de ce dernier. Devant une caméra effacée, dont le grain donne à l’image une qualité impressionniste, les personnages jouent parfaitement cette scène funèbre. Mais on bascule subitement vers un dévoilement de l’artifice lorsque l’équipe fait une pause et commence à se taquiner, à s’endormir et à discuter entre eux. Les réflexions autobiographiques d’un membre de l’équipe sur la mort de son propre père donnent ensuite lieu à un chant narratif qui occupe une bonne partie de la bande-son sinon marquée par les cris aigus du moteur.

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Balancé ainsi entre fiction (mise en scène) et documentaire (prise de vue du réel), ce court métrage, comme beaucoup d’autres films de Weerasetakul, relie animisme païen et modernité mondialisée, mêlant l’universel et le personnel. Comme dans « Mysterious Object at Noon » ou « Uncle Boonmee », on assiste ici à un retour à la nature dans le contexte d’un univers culturel où le rapport collectif avec la mort est plus un rapport d’effacement immédiat que de préservation comme dans le monde occidental. Le résultat est un film intime et humaniste, une expérience à peine saisissable mais pleinement délectable pour les sens.

Cosmetic Emergency de Martha Colburn

“My outsides look cool, my insides are blue.” – TLC, “Unpretty”

À travers ses œuvres engagées, la réalisatrice américaine Martha Colburn a su façonner un style d’animation percutant qui permet de traiter des enjeux sociopolitiques avec un regard distancié, critique mais humoristique. « Cosmetic Emergency » est une animation frénétique mariant divers médiums telles que la live action, la peinture sur verre et les images d’archives retravaillées. Divisé en chapitres (Countdown, Cosmetic Emergency Radio Track, It’s the One I Chose et The Skin of a Painting), le film est doté d’une dimension ironique mordante, d’autant plus que chaque partie est accompagnée de sa propre partition musicale, au point de ressembler à un ensemble de clips (cf. « Join the Freedom Force », une animation qui revisite les manifestations iraniennes lors du Sommet G2O en 2010 avec la même audace délectable).

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Dans « Cosmetic Emergency », des images iconiques issues des médias (le regretté King of Pop) ou de l’art classique sont répétitivement retravaillées pour créer une surcharge de messages de second degré vis-à-vis de la problématique de conformisme aux canons non réalistes de beauté, à peine pire du côté transatlantique que dans le reste du monde. L’allusion militaire reste le point d’ancrage principal du court : par le biais d’une comparaison entre les chirurgies esthétiques à outrance (notamment des boob jobs et des liposucions) et l’armée américaine qui offre des interventions cosmétiques (l’état d’urgence dont fait part le titre !), elle opère une double dénonciation et fait d’une pierre deux coups.

By the Kiss de Yann Gonzalez

Premier film du réalisateur français, « By the Kiss » met en scène une panoplie d’amant(e)s qui défile embrasser une jolie fille progressivement désœuvrée incarnée par Kate Moran. Un rite morne, voire tragique, bizarre mais sensuel, qui commence in medias res et laisse le spectateur sur sa faim, voulant en savoir plus. L’idée, bien que simple, provoque toutefois une identification et une empathie vis-à-vis du personnage ; notamment grâce à la musique de fond prenante, bien dramatique avec des cordes planantes et des accords torturés, signée par M86 (dont fait partie le frère du réalisateur, Anthony Gonzalez). « By the Kiss » pourrait passer inaperçu tellement il est minimaliste, mais il interpelle par son aspect curieux. Une interprétation épurée des codes du mélodrame classique ? Un tract sur le polyamour ? Ou tout simplement un exercice de style très réussi sur les sentiments humains.

Adi Chesson

Les courts métrages des grands noms de la Quinzaine des réalisateurs en double DVD, volume 1. Edition : Chalet Pointu

Côté Court, point de vue panorama

Aux compétitions du festival s’ajoute une sélection non compétitive d’une vingtaine de films qui illustre le dynamisme du court métrage français dans sa plus large expression : de la fiction au documentaire en passant par l’animation et l’expérimental..

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1. Avenue de France / Didier Blasco / 2010 – 10 min 40
2. Amer béton / Ludovic Rivalan / 2011 – 16 min 05
3. Zoé, c’est pas le moment ! / Patrice Carré / 2011 – 32min
4. Vers le nord / Youssef Chebbi / 2010 – 16:40
5. La Glisse / Yann Epstein / 2010 – 13 min 10
6. 3éme B 4 ème gauche / Stéphanie Vasseur / 2010 – 12 min

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1. Un film abécédaire / Eleonore Saintagnan / 2010 – 21 min
2. Sandra / Lucia Sanchez / 2010 – 15 min
3. No Blood In My Body / Laure Cottin / 2010 – 28 min 55
4. La saison des pluies était bel et bien finie / Laurence Rebouilllon / 2011 – 30 min

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1. Puzzle / Sébastien Loghman / 2010 – 3 min 25
2. Les Larmes / Larivière Laurent / 2010 – 26 min
3. Killer of beauty / C/O Keja Ho Kramer Cyril Béghin / – 69 min

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1. Adieu à tout cela / Emmanuel Parraud / 2010 – 43 min 40
2. Where The Boys Are / Bertrand Bonello / 2010 – 22 min
3. Les Barbares / Jean-Gabriel Périot / 2010 – 5 min
4. Les Secrets de l’invisible / Antonin Peretjatko / 2011 – 25 min

Pano 5

1. La vie est dure. non! c’est le travail qui est dur / Jean-François Gallotte et Aurélie Martin / 2010 – 15 min
2. T’embrasser une dernière fois / Olivier Jahan / 2010 – 30 min
3. La Peinture à l’huile / Claude Duty / 2011 – 33 min
4. Vasco / Sébastien Laudenbach / 2010 – 11 min
5. Planet Z / Momoko Seto / 2011 – 9 min 30

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1. Qui songe à la douceur ? / Isabelle Coudrier / 2004 – 45′
2. La Femme à cordes / Vladimir Mavounia-Kouka / 2010 – 15 min
3. Vourdalak / Frédérique Moreau / 2011 – 30 min
4. La Noyée / Mathieu Hippeau / 2010 – 26 min
5. Douce / Sébastien Bailly / 2010 – 30 min