Maska des Frères Quay

Sélectionné et primé (Prix Sacem de la musique originale pour Krzysztof Penderecki), à l’édition 2011 du Festival d’Animation d’Annecy, Maska est le dernier court métrage d’animation en volume des Frères Quay. C’est un film âpre, difficile d’accès, marqué par l’univers sombre et allégorique de l’auteur de science-fiction polonais Stanislas Lem, dont est adaptée l’histoire.

Maska se déroule dans un monde irréel, intemporel, mêlant à la fois une technologie très avancée et une société d’allure médiévale. Nous sommes dans un univers de science-fiction « féodal », presque rétro, dans lequel un homme très puissant, sorte de dieu-roi, crée un robot d’apparence féminine, beauté démoniaque répondant au doux nom de Duenna, dans le but d’éliminer un prétendant rebelle au trône. Cette intelligence artificielle, victime de transformations physiques douloureuses, va découvrir petit à petit la tâche pour laquelle elle a été créée et va devoir choisir entre un sentiment profond d’amour et son conditionnement originel.

Musique obsédante de Penderecki, sons stridents, narration à la première personne sous forme de pensées et de sensations éphémères, fragmentation du temps et de l’espace (nombreux allers-retours entre présent et futur, répétitions d’images, suspension dans le temps), images mystérieuses et obscures, marquées par une lumière agressive et éthérée, poupées au visage disgracieux : les Frères Quay ne choisissent pas la facilité pour leur nouveau film de marionnettes.

Ils s’approprient l’univers non-conformiste de l’auteur de Solaris et dépeignent un monde fascinant, implacable et cruel, obéissant à une logique dramatique dure, qui génère une réflexion sur les thèmes de l’identité, de l’amour et du pouvoir. Ils respectent l’oeuvre de Lem et réussissent à mettre en scène ses plus profondes obsessions sur la condition humaine.

Maska demande beaucoup au spectateur : rythme lent, assujetti à la fluctuation des pensées dérangées de la narratrice/héroïne, images pas toujours compréhensibles, ambiance générale étouffante, sensation d’être perdu dans un maelström allégorique complexe qui nous échappe ; et puis cette scène de transformation, sorte de respiration/libération pour le personnage principal, et de surcroît pour le spectateur : Duenna perd « sa peau féminine » et se relève être une mante religieuse mécanique redoutable, à l’accouplement fatal.

maska

Les Frères Quay touchent à cet instant-là une certaine grâce (eux aussi tombent le masque), non empreinte de cruauté, avec un final tragique des plus réussis, dans lequel ils arrivent à déranger et émerveiller simultanément.

Julien Savès

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