Emma de Swaef. Créer son propre monde, susciter la curiosité et installer le yéti sur le sofa

Emma de Swaef est la co-réalisatrice du mystérieux et textile « Oh Willy… », Grand Prix du festival Silhouette et Cartoon d’Or (meilleur film d’animation européen) 2012. Avec Marc Roels, repéré il y a quelques années pour son atypique et absurde « Mompelaar », elle fait des films où il est question de marionnettes, de douceur, de fantastique et de monde parallèle. Rencontre à Malines, en Belgique, au studio Beast Animation où Emma tourne actuellement une publicité et où demeurent quelques restes de « Oh Willy… ».

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Tu as étudié le cinéma documentaire puis, tu t’es tournée vers l’animation. Qu’est-ce qui t’intéressait dans le cinéma du réel et qui t’a fait, par la suite, basculer dans le cinéma d’animation ?

Le documentaire et la fiction en général m’intéressent beaucoup. Mais j’ai du mal à filmer les gens. Pendant mes études à St-Lukas, à Bruxelles, les sujets qui m’intéressaient touchaient à l’intime, ils étaient très personnels. J’avais des difficultés à filmer les visages et j’étais plutôt introvertie, j’en avais marre de pénétrer dans la vie des gens avec une caméra. À vrai dire, quand je commence à filmer quelqu’un, je deviens vite fascinée par sa personnalité, ses faiblesses. Mes envies vont très loin et je ne peux pas aller si loin avec de vraies personnes.

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J’ai alors commencé à mélanger un peu les genres, à faire des interviews audio, à refaire les images en animation et ça a évolué tout doucement vers l’animation. Lors d’un travail de troisième année, « Wollen Honden », au lieu de filmer une vieille dame parlant de maltraitance conjugale, j’ai crée un personnage en laine dialoguant avec un enfant. C’était une expérimentation, c’était aussi le tout début de l’animation. Elle n’était pas géniale, ce n’était pas vraiment comme maintenant (rires) !

Pourquoi avoir choisi la laine à ce moment-là ?

Ce n’était pas vraiment un choix. J’ai toujours fait des marionnettes depuis que je suis très petite. J’étais scolarisée dans une école très catholique où la couture était très importante. C’était ce que je faisais vraiment bien, j’étais même la meilleure de la classe (rires) !

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Et comment en es-tu arrivée aux marionnettes ?

On a appris à faire des poupées, à l’école, mais dans un but ludique. Je dois avoir une photo de moi, toute petite, avec ma première marionnette (rires) ! Mais ma famille s’y connait bien aussi en travaux manuels. Mon père possède une ferme avec des moutons, il utilise leur laine pour faire des tapis. C’est lui qui m’a appris à tricoter en réalité. Ma base vient de là.

La laine offre de la douceur, de la chaleur. Est-ce qu’il t’est arrivé de penser qu’elle pouvait offrir un contrepoint à la dureté des histoires que tu pouvais raconter ?

Mes documentaires ont toujours été assez durs, le travail de Marc aussi. Je ne pense pas que l’usage de la laine ait été quelque chose de très réfléchi, mais elle s’harmonise bien avec nos idées de films. C’est une bonne coïncidence.

Comment as-tu travaillé sur « Zachte planten », ton film de fin d’études ?

La technique était tellement compliquée qu’elle demandait beaucoup de travail et de temps. J’ai parfois négligé l’histoire, alors que c’était ce qui comptait avant tout. Le travail avec la laine a livré un résultat trop doux, à mon goût. Du coup, avec « Oh Willy… », on a éprouvé une sorte de libération. On a pu aller beaucoup plus loin avec l’animation, « Zachte planten » a été une transition.

Les deux films sont muets. L’absence de dialogues permet de laisser beaucoup de place à l’imagination, à la suggestion. Est-ce que tu as envie de passer à la voix au prochain film ?

Ce n’est pas facile, avec une marionnette, de trouver la bonne voix qui s’y prête, du coup, on s’est dit que c’était mieux de laisser chaque personne se l’imaginer (rires) ! Mais pour le prochain projet, on va justement passer à la voix (rires) ! Ce ne sera pas évident mais ce sera chouette aussi, car ça permettra d’aller plus loin dans l’histoire aussi.

Qu’est-ce que Marc apporte à ton travail ?

Il est très fort (rires) ! On se connaît depuis dix ans, c’est de plus en plus facile de travailler ensemble. Il est très bon en structure narrative, il connaît bien le cinéma. Il apporte ses connaissances. J’avais écrit un début de scénario autour de Willy et du naturisme et on a construit la structure ensemble. Il a donné vie aux images, et au scénario et au montage, il était également présent.

Il a plutôt fait de la fiction et de la pub. Comment s’est-il retrouvé avec des personnages d’autres dimensions, avec des plateaux fixes ?

Avant de commencer chaque jour, il y avait une montagne de travail. On commençait avec un plateau vide, on le remplissait au fur et à mesure, on installait la lumière. Tout cela pouvait durer toute une journée. Le côté spontané du tournage disparaissait, c’était un peu dur pour lui, mais maintenant, je pense qu’il a fort envie de continuer, de faire d’autres films d’animation parce que cela lui offre la liberté de créer un univers totalement fictif. Marc a étudié l’animation au KASK, à Gand, c’est quelque chose qui lui va très bien, au même titre que la fiction. Même quand tu regardes « Mompelaar », tu y trouves un peu d’animation, dans la façon dont bougent les acteurs. Ils sont dirigés mais leurs mouvements ne semblent pas très naturels.

Est-ce que tu as vu travailler Marc sur « Mompelaar » ?

Oui, j’étais aussi sur le plateau. Le film a été tourné en partie chez mes grands-parents, dans leur living et leur cuisine. Je collais chaque matin des bouts de faux poils sur la tête de l’acteur principal, pour lui donner un air mal soigné ! Voilà ma tâche sur le film !

Tu me disais, en me montrant les lieux, que tu avais passé beaucoup de temps aux abords du plateau…

Des fois, le soir, on restait dormir au studio parce qu’on habitait trop loin. On était à deux, tous seuls, bien fatigués. J’allais voir mes décors, surtout les intérieurs. Parfois, on remplaçait les murs, on ouvrait la toute petite porte et on regardait à l’intérieur, comme dans une maison de poupées (rires) ! J’étais contente de voir mes marionnettes, d’avoir créé ce petit monde bien sécurisé et doux. Aujourd’hui, le yéti est sur notre sofa, à la maison ! Quand j’ouvre les yeux, la première chose que je vois, c’est lui, je suis contente ! Dès fois, on lui parle, il fait partie de notre petite famille ! On lui a attribué une personnalité.

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C’est vrai ? Comment s’appelle-t-il ?

Yéti. Pour nous, il s’appelle Yéti. Du coup, quand on reçoit des visiteurs, on leur dit : « Désolés, le canapé est déjà pris (rires) !

Les autres poupées sont aussi chez vous ?

Willy, lui, est sur la cheminée, mais il voyage beaucoup, car je l’emmène en festival !

Dans « Oh Willy… », le souffle occupe beaucoup l’espace…

Le son est souvent négligé dans les films, je trouve. Notre preneur de son travaille en général sur des documentaires. Je lui ai demandé avant que le film commence d’aller chercher des sons dans des grands espaces, dans des champs par exemple. Après, on a ajouté les effets et la musique. Ce son assez réaliste m’a beaucoup aidé à l’intérieur de ce décor artificiel, ça a crédibilisé notre travail. On avait déjà travaillé de cette façon avec « Zachte planten ». Du coup, les deux films sont très silencieux. J’ai remarqué ça au Cartoon d’Or, à Toulouse. Le son du premier film, « Zing », était très hollywoodien, celui du deuxième était très bas, c’était le nôtre, et après, c’était celui de « Tram », très enjoué. J’ai vraiment senti la différence. C’était très dur pour nous de regarder le film, en général, on s’enfuit, on sort de la salle, mais là, on ne pouvait pas (rires) !

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© KB

On sent une vraie évolution dans le développement des marionnettes d’un film à l’autre. Dans ton film de fin d’études, les yeux étaient en tissu, la bouche ne tenait qu’à un fil, les membres étaient mous et dans « Oh Willy… », le regard devient plus expressif, les formes prennent corps…

Pour moi, c’est comme si tu passais du flou au net, avec une autre lentille. Maintenant, on voit ce que je voulais faire. J’espérais à l’époque faire quelque chose de stylisé, mais avec 500 euros et en étant très seule, tu es forcément limitée. Le film s’est fait dans le grenier de la mère de Marc. J’ai tout construit, tout animé, on était qu’à deux, on avait très peu de lumière. Les armatures ne se concrétisaient qu’en quelques fils d’aluminium placés dans une marionnette.

On a fait « Oh Willy… » avec 4 boîtes différentes, parce qu’un film en stop motion est bien plus cher qu’un film d’animation normal et surtout un film de fiction. On avait un budget, une équipe, des gens en France aussi. Heureusement que le premier film a donné l’envie de financer le deuxième. En même temps, ce n’était pas facile de trouver de l’argent. Tu imagines un scénario pareil arriver au CNC (rires) ! Les membres des commissions ont fort hésité à valider un projet tellement bizarre, mais ils devaient être curieux et se demander ce que donnerait ce truc tellement bizarre, car c’est cette curiosité qui nous a sauvés (rires) !

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Dans « Oh Willy… », une forme d’émotion se transmet au fur et à mesure, et de différentes manières, par la musique, la lumière, l’atmosphère, les personnages, la texture, etc. Véhiculer l’émotion, cela vous tient à cœur ?

Oui, on a essayé de la faire passer de différentes manières. On a beaucoup travaillé sur l’expressivité des yeux, par exemple. Suzie Templeton, la réalisatrice de « Pierre et le loup » a été mon mentor. Elle m’a un peu aidé sur le scénario, comme elle s’intéresse de près à l’expressivité, elle m’a beaucoup fait réfléchir sur cela. Faire passer l’émotion par les couleurs, les atmosphères, la lumière surtout, nous importait également. C’était gai de pouvoir créer son propre monde. On a consacré énormément de temps aux installations, parce qu’on n’était content qu’au moment où il y avait une certaine émotion dans l’image.

Que peux-tu me dire sur votre prochain projet ?

Il se passera en Afrique, à l’époque coloniale, en 1900. C’est une histoire en vignettes, avec des personnages qui se croisent. « Zachte planten », « Mompelaar », « Oh Willy… » ont des structures similaires. On a envie d’en tenter une autre. On est en plein dans l’écriture et dans le développement des personnages. On espère finir le story-board en novembre. Un des personnages s’appellera même Willy (rires) !

Qu’est-ce qui te plaît, finalement, en fiction et en animation ?

Dans « La double vie de Véronique » de Kieslowki, il y a un petit passage qui se déroule dans un théâtre de marionnettes. Ca m’a fort influencée, je l’ai vu très jeune. C’est une des raisons, je crois, pour lesquelles j’anime des marionnettes. J’aime aussi beaucoup le travail de Suzie et celui d’Igor Kovalyov, pour son sens de l’animation et du rythme. On a montré un de ses films, « Milch », à tous nos animateurs, avant de commencer « Oh Willy… ».

Le cinéma t’importe beaucoup, on dirait…

Oui, je suis d’ailleurs contente que le film ait gagné un prix à Silhouette. Ce n’est pas un festival d’animation, mais un festival normal et les animations ne gagnent pas souvent des prix dans ces lieux-là. Quand ça arrive, on a l’impression que les films sont égaux alors que souvent, l’animation est le petit frère de la fiction. Avec Marc, nous avons voulu faire un film, avant tout.

Propos recueillis par Katia Bayer

Article associé : la critique de « Oh Willy… »

Consultez la fiche technique du film

Le site d’Emma de Swaef : www.emmadeswaef.be

Nouvelle projection Format Court, le 11 octobre 2012

Après le succès de notre soirée de rentrée, nous vous convions à un nouveau rendez-vous autour du court, le jeudi 11 octobre prochain, à partir de 20h. La p’tite formule demeure inchangée : nous vous proposons de découvrir cinq films courts, vus et primés en festival, au Studio des Ursulines, une charmante salle d’art et essai à l’ancienne (osez le balcon !), et de rencontrer les équipes de films présentes.

La Maladie blanche de Christelle Lheureux. Fiction, expérimental, 45′, 2011, France (Prix Format Court au festival de Vendôme 2011, Grand Prix Côté court)

Syn. : Un soir de fête dans un village isolé des Pyrénées. Un père et sa fille de cinq ans, Myrtille. Des adolescents, un chasseur, un berger, des lucioles, des brebis et des chats. Un monde nocturne où des histoires d’ombres chinoises, de miroir magique et de peintures préhistoriques s’entremêlent. Dans la nuit, un être préhistorique vient chercher Myrtille.

Sujet associé : le focus consacré à Christelle Lheureux (interview, critique, reportage)

El Empleo de Santiago Grasso. Animation, 6’19’’, 2008, Argentine (Prix Fipresci au Festival d’Annecy 2009)

Syn. : Un homme, en chemin vers le travail, est plongé dans un monde où l’utilisation de gens en tant qu’objets fait partie du quotidien.

Article associé : la critique du film

Choros de Michael Langan et Terah Maher. Animation, Expérimental, 12′44”, 2011, États-Unis (# Coup de Cœur Format Court au festival Silhouette 2012)

Syn. : Une danseuse donne vie à une ribambelle de figures féminines dans ce “pas de trente-deux” surréaliste.

Articles associés : la critique du film, l’interview de Michael Langan et de Terah Maher

Je criais contre la vie. Ou pour elle. de Vergine Keaton. Animation, 9′10”, 2009, France (Prix de la meilleure musique originale (SACEM) au festival de Clermont-Ferrand 2010, Prix de la presse et Prix Emile Reynaud au festival de Bruz 2010)

Syn. : Dans une forêt, un troupeau de cerfs se retourne contre la meute de chiens qui le poursuivait jusque-là. De cette étrange course naissent des paysages s’élevant du sol.

Articles associés : la critique du film et l’interview de Vergine Keaton

One Week (La Maison démontable) de Buster Keaton et Edward F. Cline. Fiction, 20′, 1920, États-Unis

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Syn. : Buster, en cadeau de mariage, reçoit une dizaine de caisses contenant une maison préfabriquée. Un rival dépité intervertit les numéros de toutes les caisses, vouant l’assemblage des pièces à l’échec.

Infos pratiques

Projection Format Court, en présence des équipes, le jeudi 11 octobre

Séance : 20h. Projection des films : 20h30.

Studio des Ursulines : 10 Rue des Ursulines, 75005 Paris

PAF : 6 €

Accès au cinéma : BUS : 21, 27 (Feuillantines), 38 ou 82 (Auguste Comte), 84 ou 89 (Panthéon).
RER : Luxembourg (sortie rue de l’Abbé de l’Epée).
 Métro le plus proche : Ligne 7 (Censier Daubenton), en marchant un peu…

Réservations souhaitées : soireesformatcourt@gmail.com

3 Dni Wolności (3 jours de liberté) de Lukasz Borowski

On a beau être parti en vacances, l’effet d’un film montré au festival Silhouette, il y a près de trois semaines, n’est pas resté à Paris. Si les films en compétition, les plus suivis, bénéficient des premières pages du catalogue, les programmations clips, hybrides et documentaires sont reléguées aux dernières pages. Et c’est regrettable tant un film comme « 3 Dni Wolności » (3 jours de liberté, page 47) de Lukasz Borowski vaut la peine d’être mis en avant.

Un homme salue ses collègues de travail, prend ses cigarettes, arrange son col, entre dans un bureau. Il se nomme Piotr (Pierre) et a un laisser-passer pour sortir de prison pendant trois jours. Mais avant cela, il doit décliner son identité, faire inspecter ses affaires et être fouillé. À deux postes de contrôle successifs.

Piotr s’avance calmement vers la sortie. À l’extérieur, ses amis l’attendent « de l’autre côté du mur, parmi les vivants ». Piotr est ému, l’air lui semble différent, il se renseigne sur ce qu’est un GPS, une fois installé dans la voiture. Cette permission, c’est la première. Quinze ans qu’il est derrière les barreaux.

Marek, son ami, son ange gardien, l’accompagne pendant ses jours de liberté, le guide, lui explique pourquoi les tickets de caisse sont si petits, lui fait découvrir les tourniquets de métro, l’emmène au restaurant. Chaque minute, chaque instant compte. Piotr enregistre tout, ne lâche pas une miette du regard, s’imprègne de tout ce qu’il voit, les badauds, les filles, les bruits, la liberté, l’insouciance.

Quand Marek demande à Piotr de coucher ses rêves sur papier. Piotr pense naturellement à une maison, à une piscine, à une voiture, à un téléphone portable, à une femme. Mais Marek l’incite à ajuster ses rêves à la réalité : sa peine de prison est loin d’être finie et ses finances ne lui permettent pas de remplir ses espoirs. Pourtant, Piotr voit la vie différemment grâce à son ami et retourne dans sa cellule avec un peu de bonheur dans les poches.

Nous ne saurons rien du crime de Piotr. Il l’évoque en deux mots sans le dévoiler. L’important est ailleurs, il réside dans l’idée de suivre un homme, d’être à ses côtés à l’intérieur et à l’extérieur, de le voir confronté à la société qui l’a envoyé derrière les barreaux. La caméra de Lukasz Borowski, étudiant à l’école d’Andrzej Wadja, est au plus près de son personnage, ne le lâche pas, se tient à bonne distance de ses interrogations à voix haute, de ses regards perdus dans le vide, de sa découverte du nouveau monde et de sa perplexité face au changement. Profondément humain, le film accroche le regard et se construit comme une boucle. Piotr a beau retrouver la liberté pendant 72 heures, il peine à se libérer de ses chaînes et de son étiquette de détenu, fouillé avant et après sa sortie.

Katia Bayer

Consultez la fiche technique du film

D comme 3 Dni Wolnosci (3 jours de liberté)

Fiche technique

Synopsis : Après quinze ans passés derrière les barreaux, Piotr obtient sa première permission. Trois jours de liberté intense dans un monde qui a considérablement évolué.

Genre : Documentaire

Durée : 27’

Pays : Pologne

Année : 2011

Réalisation : Lukasz Borowski

Scénario : Lukasz Borowski

Image : Michael Stajniak

Musique: Patricia Krysik

Son: Mariusz Bielecki

Production: Ecole d’Andrzej Wajda

Article associé : la critique du film

25ème Festival d’Angers – appel à candidature

La 25e édition du Festival Premiers Plans se déroulera à Angers du vendredi 18 au dimanche 27 janvier 2013. La sélection est ouverte aux premiers et seconds longs métrages, aux films d’écoles et aux premiers courts métrages produits en Europe en 2011 ou 2012.

CATÉGORIES OFFICIELLES

Vous pouvez soumettre votre film dans l’une des sections suivantes :

– premiers et seconds longs métrages,

– premiers courts métrages,

– films d’école, films d’animation.

La fiction, l’animation et le documentaire sont acceptés pour la compétition. Les courts métrages en 3D-Relief et les films expérimentaux forment des panoramas hors compétition.

MODALITÉS D’INSCRIPTION
Si vous souhaitez inscrire un film :
– remplissez le formulaire d’inscription
– et envoyez un DVD à :
Festival Premiers Plans d’Angers, C/O C.S.T.
22-24, avenue de Saint-Ouen
75018 Paris
(Les envois en recommandé ne sont pas acceptés)

DATE LIMITE D’INSCRIPTION : 17 octobre !
Règlement (pdf)
Formulaire d’inscription

Horn OK Please de Joël Simon

Programmé lors de la dernière séance Short Screens intitulée « Beyond Bollywood : un autre cinéma indien », l’animation « Horn OK Please » de Joël Simon est le fruit d’un véritable cocktail : produit en Irlande du Nord et réalisé par un Belge, le film a fait appel à une grande équipe d’Indiens pour montrer la vie à Bombay vue à travers les yeux d’un taximan! Un doux moment d’allégresse qui venait couronner une séance éclectique posant un regard inhabituel sur l’Inde, le film a d’emblée été un succès et a reçu l’accolade du Coup de cœur du public.

Inspiré par son propre voyage dans le pays qui ne laisse personne indifférent, Simon a reconstruit à merveille en stop-motion le monde trépident et agité de Bombay. Un vrai melting-pot de nationalités, de cultures, de classes sociales et de modes de vie, c’est que cette gigapole de plus de 20 millions d’habitants est la ville la plus peuplée de l’Inde.

Pour traiter son sujet vaste, le réalisateur a choisi comme protagoniste un profil qui est incontestablement le plus à même de vivre cette diversité au quotidien : l’omniprésent taximan. Le titre fait d’ailleurs référence à cette fameuse devise, non grammaticale et insensée, marquée sur les taxis et camions, invitant les doubleurs à s’annoncer en klaxonnant. On accompagne donc ce conducteur qui ne rêve que de s’acheter un taxi climatisé (le Cool cab), bien plus chic que sa carriole croulante. A partir de cette prémisse basique se défile une gamme quasi infinie de types qui constituent le tissu cosmopolite de Bombay : des amoureux pudibonds qui passent leur vie en taxi pour avoir un peu d’intimité et pour échapper aux sanctions contre la public display of affection ou la «démonstration publique d’affection » (se tenir par la main, s’embrasser, etc.), des touristes paumés terrorisés face à l’inconnu, des eunuques-mendiants collants qui terrorisent à leur tour le chauffeur, des mamies persuadées de se faire avoir avant même que la voiture ne démarre, des gangsters louches, des politiciens encore plus louches, des vedettes liste B frustrées et arrogantes… Bref, un monde que les spectateurs familiers reconnaissent tout de suite et que les nouveaux venus trouvent incroyable, mais même ceux-ci finissent par comprendre que it happens only in India !

En même temps, le travail remarquable de l’animation aide à plonger le spectateur directement dans l’univers recréé. Le chromatisme riche voire kitsch qu’on associe avec l’esthétique indienne est rendu parfaitement par l’image soignée. En l’absence de dialogue (les bribes de drôleries prononcées par les personnages en différentes langues indiennes sont délibérément laissées non traduites), la musique – une partition simpliste évoquant les jeux vidéo et les cartoons d’antan – ajoute une dimension comique, et incite à ne pas prendre les choses trop au sérieux : une leçon précieuse en ce qui concerne l’Inde.

Une excursion filmique vivement recommandée autant pour les indophiles acharnés que pour les curieux de ce pays impénétrable et sans pareil, terre de mille et une visages !

Adi Chesson

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H comme Horn OK Please

Fiche technique

Synopsis : Un chauffeur de taxi indien, Lucky, rêve de conduire une meilleure voiture plus cool que la sienne, mais pour cela il lui faudra travailler dur et ne pas compter ses heures. Y parviendra-t-il ?

Pays : Grande-Bretagne

Année de production : 2005

Durée : 9 min

Genre : Animation

Réalisation : Joel Simon

Scénario : Scott Boldt

Graphisme : Vaibhav Kumaresh

Storyboard : Dean Burke

Layout : Robin McFarland

Décors : Karma Palzor

Animation : Joel Simon

Caméra : Joel Simon

Compositing : Jasbeer Singh

Musique : Brian Irvine

Son : Ian Palmer

Production : Flickerpix Animations Ltd

Article associé : la critique du film

One Million Love Songs… and Love Stories!

« One Million Love Songs… and love stories » fait partie des nouveaux DVD édités par Chalet Pointu. Cette compilation est à l’origine un programme du Festival d’Annecy, conçu par Laurent Million, sélectionneur au festival. Du rose, des cœurs et une typographie romantique sur la jaquette, voilà qui ne saurait être un message plus que clair : nous avons affaire à des films d’amour ! Mais attention, ici pas de films mièvres ou à l’eau de rose; des courts métrages qui parlent d’amour en animation traditionnelle (2D, 3D, pixillation) et en chanson!

Avant de voir…

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Love patate

Il y a des DVD que l’on emballe dans de jolies jaquettes pour mieux pouvoir en faire commerce. Souvent, on y trouve des stars, des phrases chocs, des paillettes et autres fioritures qui flattent l’œil. Ici, difficile de jouer les vendeurs de pacotilles avec des courts métrages d’animation qui par essence n’ont pas de star au casting. En revanche, quand on prend le temps de retourner l’objet et qu’on détaille le programme, plusieurs noms assurent que le moment de visionnage va être intéressant. Parmi les plus fameux, on trouve les deux maîtres Bill Plympton avec « Your Face » et Gilles Cuvelier avec son célèbre « Love patate ». Ajoutons à cela de petites pépites d’humour qui, bien que déjà vues, sont toujours un agréable instant de cinéma comme avec « Le bon numéro » d’Aurélie Charbonnier ou « About Love » de Giacomo Agnetti. Bref, le paquet semble bien serti et l’heure et quart de films sera légère et agréable si l’on en juge par l’habillage du DVD.

One Million Love Songs

Cela peut paraître audacieux de mettre en exergue les chansons d’amour plutôt que les histoires en elles-mêmes quand on présente des courts métrages. C’est pourtant par ce biais que Monsieur Million nous invite à voir, et à entendre, les 12 films qui composent ce programme.

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Fishes

Les musiques, les chansons sont ici autant de jalons qui parcourent les histoires d’amour présentées. Pas de ségrégation dans les genres musicaux, on passe aisément d’une reprise punk de My Heart Will Go Home dans « Fishes » de Mirek Nisembaum, à une ode jouée à la mandoline dans « Dji vou veu volti » réalisé par le Belge Benoît Feroumont, sans oublier les airs pop de «Your Face » de Bill Plympton ou jazzy de « Falling in Love Again » de Ferguson Munro qui tirent leur épingle du jeu. Jeu musical qui supplante parfois la narration et supporte beaucoup le jeu amoureux dans sa mise en scène. Que l’on soit dans une séduction classique entre un prince et sa princesse, ou face à une relation plus audacieuse comme dans « Love patate » où l’amour unit un être humain à une pomme de terre, les chansons se font les relais inventifs des sentiments des personnages !

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Illuzia

C’est bien connu, les musiciens font rêver les filles. Mais dans la compilation, Monsieur Million insiste également sur la sensibilité des hommes à la douce voix des chanteuses. Dans « Hasta los Huesos » de Castillo René, c’est une chanteuse de bar qui fait tourner la tête à un tout jeune cadavre qui découvre les bas fonds du monde. De la même manière, on retrouve l’attraction ulyssienne pour la femme-sirène fantasmée par un homme qui en perd la raison dans « Illuzia » de Naeh Uriah et Assoulin Udi. Le programmateur aura même osé le clin d’oeil aux maitresses du chant d’amour : les divas, avec la reprise de Céline Dion évoquée plus haut dans « Fishes » et la voix sublime de Marlène Dietrich dans « Falling in Love Again ».

And love stories!

Les histoires présentées dans le programme sont aussi différentes que peuvent l’être les relations amoureuses. Le panel, s’il ne peut être considéré comme représentatif des amours, amourettes et flirts de nos semblables, est pourtant un beau florilège de mise en scène des sentiments et des sensations de l’amour.

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Hello

L’animation permet de se dégager des contraintes du réel. Le crédible n’a pas d’importance et la distance instaurée par des personnages étranges, animaliers ou fantasmés permet de se recentrer sur l’essentiel. On est dans le conte ou la fable dans la plupart des films proposés sur ce DVD. Une histoire d’amour entre un radiocassette et sa voisine également robotique ne peut susciter d’émotion que grâce au talent d’un réalisateur pour le moins imaginatif, Jonathan Nix. Il réalise avec « Hello » une amourette radiophonique que l’on se prend à avoir envie de voir littéralement fonctionner. Dans « Love patate », c’est presque une démonstration sur la tolérance à laquelle on a affaire. L’amour qu’un homme porte à une patate est incompréhensible et pourtant… on se laisse cueillir!

Ces récits, tous très narratifs, nous parlent de nos sentiments mais sont également très portés sur l’influences des illusions que chacun se forge autour de ce qu’est la relation amoureuse. Celles-ci sont ici prétextes au ridicule. Dans «Illuzia», les réalisateurs transforment un homme pris par l’ennui en un rêveur lubrique qui cherche à atteindre une femme qu’il n’aura bien entendu jamais. L’amour trivial porte à sourire dans son traitement, tant l’homme y paraît tout à fait niais.

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Rosette

Dans «Rosette» de Romain Borrel, Gaël Falzowski, Benjamin Rabaste et Vincent Tonnelli, c’est la femme qui se retrouve emprise à des pulsions de volupté carnassière. Les réalisateurs, issus de Supinfocom, mettent en scène une donzelle dont le cœur bat pour un univers fait de viande. Dans le monde réel, celle-ci fantasme sur son boucher mais n’assumera finalement pas de pénétrer complètement dans ce monde de viande.

La chair est faible dans les histoires d’amour, même lorsqu’elle est faisandée comme dans « Hasta los Huesos » ou quand elle court à la perte de ceux qui sont amoureux comme dans « Love Song » de Bruce Currie. Dans ce film en 3D, des rats musiciens, et à moitié mutilés, s’acharnent à séduire une grosse bête qui pourrait bien s’avérer être leur prédatrice.

Finalement, dans l’amour, il n’y a définitivement que peu de place pour la raison… Sauf peut-être si l’on traite la chose froidement, à force de scénettes en pixillation qui illustrent des moments de vie d’un couple du début à la fin de son histoire… C’est ce qu’a créé Giacomo Agnetti dans « About Love ». Il y condense les meilleurs et surtout les pires moments d’une love story en y ajoutant une touche de hasard malheureux qui renforce un peu plus l’aspect déjà comique de la chose.

Les histoires d’amour finissent mal en général…

Dans les 12 films, on rit beaucoup avec des histoires tragi-comiques qui font passer l’amour vache pour une comédie en soi. Il y a là l’histoire la plus absurde des histoires de hasard : « Falling in Love Again ». Dans ce film au graphisme désuet, Fergusson Munro fait se rencontrer littéralement par accident un homme et une femme qui tombent amoureux mais qui chutent également dans un ravin dans le même mouvement, leur fin s’avérant être amoureusement tragique.

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Dji vou veu volti

Il faut aussi croire que parler d’amour en animation rime facilement avec détournement de codes sociaux et relationnels. Les réalisateurs s’amusent à jouer avec les stéréotypes. Dans « Fishes », le romantisme en prend un coup quand l’hymne à l’amour du « Titanic » de Cameron est repris par un chœur de poissons peu fréquentables. Du côté de l’ode interprétée par les amoureux transis, c’est « Dji vou veu volti » qui se moque des mots exprimés par un prince à sa belle. Le réalisateur détourne les sous-titres et les transforme en un véritable personnage qui devient l’adversaire du prince. « Hello », quant à lui, propose un point de vue plus gentil du détournement de l’ode amoureux quand il personnifie des objets technologiques en les dotant de sentiments et en les faisant s’exprimer à force de sons préenregistrés. La petite pépite (déjà dit en haut) en mode clin d’œil sur le détournement de codes de l’amour moderne est sûrement le léger « Le bon numéro » où Aurélie Charbonnier se moque de l’envie de créer, par des moyens artificiels et technologiques, des relations amoureuses qui correspondraient en tous points à nos attentes… La morale de cette histoire étant bien sûr qu’à vouloir tout contrôler, on passe à côté du hasard et… du bonheur comme la petite brunette héroïne.

Les histoires et les chansons d’amour de M. Million font la part belle au hasard, fantasmes, accidents et autres aléas de la vie amoureuse. Ici, pas de drame, juste une bonne douzaine de parenthèses plus ou moins enchantées qui portent un regard, tendre ou cruel, mais le plus souvent drôle, sur ce sentiment universel qu’est l’amour.

« One Million Love Songs… and Love Stories » est un programme léger mais loin d’être insipide. Si les films ont déjà eu de belles carrières et ne sont pas pour la plupart des nouveautés, le DVD constitue le point de vue d’un programmateur de renom sur le thème de l’amour animé. Peu de maisons d’édition de DVD se risquent à ce genre d’exercice et le travail de Chalet Pointu mérite à ce titre d’être salué encore une fois.

Fanny Barrot

Articles associés : la critique de « Dji vou veu volti » et de « Hasta los Huesos »

One Million Love Songs… and Love Stories : éditions Chalet Pointu

Chienne d’histoire, Histoire de chiens de Serge Avédikian

L’édition Chalet Pointu du DVD de « Chienne d’histoire », lauréat de la très convoitée Palme d’Or du court métrage à Cannes en 2011, inclut le documentaire « Histoire de chiens » coécrit par Serge Avédikian et Catherine Pinguet, auteure de l’ouvrage « Chiens d’Istanbul » dont s’est inspirée le film d’animation.

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Tourné exactement cent ans après le récit de l’extermination décrit dans « Chienne d’histoire », « Histoire de chiens » accompagne les habitants canidés des rues de la mégapole turque et met en évidence leur lutte continuelle pour la survie. Avec son thème sur l’identité turque et les rapports Est-Ouest en filigrane, le documentaire vient en quelque sorte compléter l’animation. Le réalisateur y pose un regard tout aussi pertinent et suscite des questions tout aussi interpellantes que dans « Chienne d’histoire ».

Si l’exil mortel des chiens en 1910 était motivé par la gêne qu’ils occasionnaient chez les Turcs par rapport aux touristes occidentaux, le même argument ressurgit en 2010, année où Istanbul assuma le rôle de capitale culturelle. En effet, les chiens de rue sont vus comme un danger ou une menace à l’hygiène mais surtout comme un symbole de la misère. Dans le but d’explorer ce curieux parallélisme, le réalisateur et l’écrivaine interviewent une série de personnes directement ou indirectement concernées par la question (des citoyens, des bénévoles, des commerçants…). Entre croyants et militants, ils réagissent chacun de manière différente et sont partagés notamment sur la question de la stérilisation des chiens de rue comme moyen de limiter leur nombre. Cependant, l’amour de la bête et la reconnaissance de son rapport privilégié avec l’espèce humaine relient quasi tous les intervenants, au péril de les mettre en porte-à-faux avec la société moderniste pour laquelle le progrès équivaut à s’aligner à l’image d’une Europe immaculée à laquelle la Turquie a toujours ressenti une envie d’appartenir.

À travers le débat sur les chiens de rue, émerge donc une véritable interrogation sur l’identité turque, une identité polarisée entre une culture forte, ancienne et ancrée, et une émulation du modèle occidental. Cette tendance – qualifiée par Avédikian comme “la nature perverse des rapports entretenus par les Européens et les Turcs” – n’est aucunement étonnante à l’égard de la position du pays au carrefour des deux continents qui incarnent l’Occident et l’Orient.

Tout comme son confrère animé, « Histoire de chiens » réunit un message littéral et un discours dissimulé, tous deux aussi importants, et parvient à émouvoir, à faire réfléchir et surtout à mieux comprendre un sujet complexe, qualités précieuses dans la démarche documentaire.

Adi Chesson

Consultez la fiche technique du film

Articles associé : la critique de « Chienne d’histoire » et l’interview de Serge Avédikian

Chienne d’histoire, Histoire de chiens » de Serge Avédikian : éditions Chalet Pointu

H comme Histoire de chiens

Fiche technique

histoires

Synopsis : Istanbul, 2010, tandis que la ville est promue capitale européenne de la culture, qui se souvient que des milliers de chiens ont été exterminés en 1910 au nom de l’occidentalisation et du progrès ? Des habitants répondent et témoignent des liens qu’ils entretiennent aujourd’hui avec les chiens des rues de leur quartier. Du centre ville européen aux lointaines banlieues, la diversité des points de vue exprimés éclaire une société dans son évolution, ses contradictions et son saisissant dynamisme.

Année : 2011

Pays : France, Turquie

Durée : 52′

Genre : Documentaire

Réalisation : Serge Avédikian

Scénario : Serge Avédikian, Catherine Pinguet

Image : Boubkar Benzabat

Son : Karim Lekehal, Tolga Yelekçi

Montage : Chantal Quaglio, Sophie Bousquet-Fourès

Production : Sacrebleu productions

Coproduction : Maybe Movies, Anadolu Kültür

Article associé : la critique du DVD « Chienne d’histoire, Histoire de chiens » de Serge Avédikian

Du 20 au 23/09, le Botanique ouvre ses portes au Festival Elles tournent- Dames draaien

Du 20 au 23/09, le Botanique ouvre ses portes au Festival Elles tournent- Dames draaien

C’est la 5ème d’Elles Tournent : fictions, documentaires, courts et longs métrages, pour la plupart jamais vus en Belgique sont projetés sur les écrans du Bota. Le Festival « Elles Tournent » continue d’être une fenêtre sur le travail des réalisatrices qui viennent de tous les coins du monde et de toutes les cultures. Elles interrogent le monde, avec humour, fureur, originalité et insolence. Elles résistent et inventent, elles dérangent et stimulent, elles cassent les stéréotypes, elles changent notre façon de voir.

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Pour plus d’informations, voici le site du Festival.

Utan Snö (Sans la neige) de Magnus Von Horn

Rebel without a cause

Il est des réalisateurs qui vous transportent à chacun de leur film. Magnus Von Horn est de ceux-là. Son second opus “Utan Snö” (Sans la neige), présenté à Silhouette, rappelle “Echo« , son magnifique film de fin d’études, tourné en Pologne. On y retrouve la même verve incisive employée pour dresser le portrait d’une jeunesse en manque de (re)pères.

Si dans les années 50, Nicholas Ray aura été le peintre de la jeunesse américaine en crise, Magnus Von Horn pourrait en être le fidèle disciple tant son film “Utan Snö” a quelque chose de “La Fureur de vivre”. A la place de Jimmy, voici Linus, 16 ans, qui a troqué les courses de voitures pour le motocross. Mais loin de l’atmosphère citadine de l’Amérique d’après-guerre, le court métrage de Von Horn se situe dans la lointaine Suède, dans un village entouré de sapins. Un endroit désert et isolé faisant écho à la solitude intérieure du protagoniste qui vit seul avec sa mère. Si dans le film de Ray, le père était défaillant, ici, il est tout simplement absent. Une absence significative et symbolique. En quête de balises, Linus extériorise ses frustrations sur sa moto et s’en prenant à Adrian, le rejeté de la classe, un jeune homme épileptique et plutôt taciturne qui se retrouve souvent la risée de ses camarades de classe.

Chez le réalisateur américain, la violence était justifiée et montrée dans un rapport d’égalité, ici, elle est cruelle et injuste. Les jeunes de Von Horn n’ont tout simplement plus de valeurs. Acke, le meilleur ami de Linus est d’accord de “prêter” sa petite amie pour une nuit et Linus n’hésite pas à souiller Adrian sous la douche pour affirmer sa pseudo virilité. Personne n’est vraiment épargné, même la mère de Linus, qui demeure incapable de l’aider quand il le lui demande. Elle reste désemparée devant ce fils qu’elle ne reconnaît pas, cet écorché vif qui n’arrive plus à communiquer, à exprimer ce qu’il ressent. Même quand il confesse son amour à Hanna, la petite amie d’Acke, il n’ose la regarder dans les yeux. Lâcheté ou fragilité? Un peu des deux, sans doute.

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Par une mise en scène irréprochable où la bande son privilégie l’intériorité de Linus, le réalisateur suédois dépeint avec brio l’adolescence, période charnière où il faut faire le deuil de l’enfance. Plongé dans une brume permanente, “Utan Snö”, tout comme “Echo”, joue sur une angoisse mystérieuse nourrie par des plans d’ensemble d’une nature immense et sauvage et des plans rapprochés des adolescents, de leur intimité. Ce contraste provoque une réelle tension, un malaise grandissant qui ne nous quitte pas jusqu’à la dernière scène où le cri de Linus tout contrairement à celui du criminel de “Echo” loin d’être un cri de douleur serait plutôt celui d’une délivrance.

Marie Bergeret

Consultez la fiche technique du film

U comme Utan Snö (Sans la neige)

Fiche technique

Synopsis : Linus a 16 ans et vient de tomber amoureux de la copine de son meilleur ami. Il ne pouvait pas imaginer que cela aurait de telles conséquences.

Genre : Fiction

Durée : 35’

Pays : Suède, Pologne

Année : 2011

Réalisation : Magnus Von Horn

Son : Max Arehn

Image : John Magnus Borge

Montage : Michal Leszaylowski et Kristin Grundström

Interprètes : Erik Lennblad, Louise Wehlin, Ivar Svensson, Oskar Creutz

Production : Lava Films

Article associé : la critique du film

Short Screens #20 : le court métrage sur grand écran

CHANGEMENT D’HORAIRE : exceptionnellement, la séance Short Screens de ce jeudi débutera à 20h15 au lieu de 19h30!!

Après le succès de la spéciale « Beyond Bollywood: un autre cinéma indien » en août, Short Screens propose une sélection « en vrac » pour annoncer l’automne ! Six courts éclectiques, d’ici et d’ailleurs, d’aujourd’hui et d’hier, qui combleront votre grand appétit du court!

Rendez-vous le jeudi 27 septembre à 19h30 à l’Actor’s Studio Bruxelles!

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Une initiative d’Artatouille asbl et Format Court

Cartoon d’Or 2012, attribué à « Oh Willy … » de Emma De Swaef et Marc Roels James !

Le Cartoon Forum, s’étant déroulé du 11 au 14 septembre, à Toulouse, a dévoilé le gagnant du Cartoon d’Or 2012. Nous sommes plus que ravis de vous apprendre qu’il a été attribué à « Oh Willy … » de Emma De Swaef et Marc Roels James, que nous vous avions fait découvrir à notre toute première séance de courts métrages (souvenez-vous !)

Le prix du meilleur court métrage européen d’animation a été remis aux réalisateurs le jeudi 13 septembre, au Théâtre National de Toulouse. Le film, réalisé en stop-motion avec des marionnettes et des décors faits de laine, de feutre et d’autres tissus, est co-produit par Beast Animation (Belgique), Polaris Film & Finance, Vivement Lundi! (France) et Luster Productions IL (Pays-Bas).

Synopsis : Willy retourne  à la communauté naturiste où il a passé sa jeunesse pour visiter sa mère mourante. Quand elle meurt peu de temps après son arrivée, Willy est confronté aux choix qu’il a faits dans sa vie …

Retrouvez la critique du film sur notre site et l’interview d’Emma de Swaef

Le Jury du Cartoon d’Or 2012 était composé des réalisateurs Alain Gagnol (France), Esben Toft Jacobsen (Danemark) et Giuseppe Lagana (Italie) et le prix a été remis par le réalisateur français Michel Ocelot (« Kirikou »). Les autres nominés étaient « Zing » de Kyra Buschor et Cynthia Collins (Allemagne), « Edmond était un âne » de Franck Dion (France, Canada), « Tram » de Michaela Pavlátová (France, République tchèque) et « Flamingo pride » de Tomer Eshed (Allemagne).

L’Etrange Festival, le 18ème palmarès

L’Etrange Festival, qui a eu lieu du 6 au 16 septembre au Forum des Images à Paris, s’est clôturé ce soir avec le dernier sprint, le palmarès final. Trois courts métrages y ont été récompensés, voici lesquels.

GRAND PRIX CANAL+ : « BASTAGON » de Marc SCHLEGEL – Autriche – 2011 – 20’31 – Expérimental

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Synopsis : Une comédie étrange sur la solitude, le désir, l’individualisme, la peur de la danse, de l’extérieur, les grands-mères, les garçons et les filles bizarres étranges, le grand amour et le seul et unique vrai Black Metal.

PRIX DU PUBLIC : ex-aequo :

« DRAINED » de Nick PETERSON – USA – 2011 – 12’ – Animation

Synopsis : Un homme voit son égoisme et ses sales habitudes détruire la femme qu’il aime.

– « HOW WE TRIED A NEW COMBINATION OF LIGHT » de Alanté KAVAÏTÉ – France – 2012 – 40’ – Expérimental

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Synopsis : Dans une étrange fabrique, une jeune femme est éblouie devant la forme qui vient de naître entre ses mains.

10 ans de courts métrages au Festival Silhouette

Pour accompagner son dixième anniversaire, le Festival Silhouette a sorti l’an passé un DVD de films ayant marqué ses éditions précédentes, grâce à l’appui précieux de l’éditeur Potemkine. Dix films font partie de cette édition. Pour beaucoup d’entre eux, il s’agit de découvertes car il y a dix ans, nous ne connaissions tout simplement pas l’existence du festival – et encore moins du court métrage -. Heureusement, le principe du DVD existe et les anniversaires permettent de se rattraper.

DVD, face A. Un tourbillon de mots griffonnés en noir vous happe. A certains endroits, c’est illisible. A d’autres, des titres de films se laissent déchiffrer (« I love Sarah Jane », « La main sur la gueule », « Premier Anniversaire », « La peur petit chasseur, … »). DVD, face B. Les programmateurs de Silhouette, une poignée de jeunes gens ayant grandi et évolué en même temps que le festival, défendent un « cinéma libre, imprévisible, (…) multiforme, singulier et iconoclaste ». Les adjectifs choix sont expressifs, engagés. Voici donc les films forts et singuliers que nous avons préférés dans cette compilation.

Dans le registre comique, c’est bien évidemment « A Heap of Trouble » de Steve Sullivan qui se dégage de la sélection. Cette petite chose délirante de 4 minutes croque un instant d’humour burlesque dans une banlieue résidentielle anglaise, lorsqu’un groupe d’hommes complètement nus arpente la rue d’un bon pas, en chantant en cœur et de vive voix. Leur passage provoque le désordre le plus complet auprès des badauds, notamment masculins, que les postérieurs et les sexes à l’air sont loin de laisser indifférents.

Deux autres films de fiction, plus sombres, l’emportent également. En premier lieu, « Soft » de Simon Ellis, également anglais, qui fait preuve d’une maîtrise géniale dans son scénario et dans sa mise en scène. Incroyablement réaliste, il « offre » une tension sans pareil en scrutant avec force et gravité le conflit sourd entre un père et son fils, la violence urbaine et juvénile ainsi que nos peurs les plus élémentaires. En ouverture, un adolescent se fait malmener par un gang de voyous. Ceux-ci s’en prennent par la suite à son propre père qui peine à se défendre. Ils le suivent jusque chez lui, en accentuant leurs provocations. Lorsqu’il se fait à nouveau agresser sans réagir, mais cette fois sous les yeux de son fils, c’est son image de père protecteur, son rôle d’adulte responsable et ses peurs d’enfant qui se voient remises « au goût » du jour. Jugez plutôt (v. ci-dessus).

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Autre histoire, belge cette fois, « Exoticore », réalisée par Nicolas Provost, dont les films sont souvent cités sur notre site. Le film suit du regard Tambiga, un immigré burkinabé, cherchant à s’intégrer dans la société norvégienne dans laquelle il vit, que ce soit auprès des femmes (ah, le plan d’ouverture sur les fesses des nageuses), de ses collègues de travail (jamais disponibles pour prendre un verre) ou du hasard des rencontres. Le film, en partie autobiographique, dédié à « tous les héros exotiques de l’univers », est plus classique, plus narratif que les courts précédents et ultérieurs de Nicolas Provost. La solitude, le sentiment de différence, la culture des clichés, la difficulté de trouver sa place et la démence contemporaine y sont servis avec pertinence, grâce au travail génial opéré sur le son, l’image et le montage et à la prestation terriblement émouvante du comédien principal, Isaka Sawadogo.

Côté documentaire, deux intérêts nous rattrapent : « Je m’appelle » de Stéphane Elmadjian et « Nachtwake » de Menno Otten. Vieux de dix ans, le premier n’a pas perdu sa pugnacité et sa force d’impact. Mêlant images d’archives, visages d’hommes et récits prenants, « Je m’appelle » repose sur un montage fort, un rythme enlevé et une révolte verbalisée. Silvio, Dan, Jean, Sergio, Louis, Ibrahim, Ignacio, … : autans de prénoms et de visages d’anonymes, d’exclus, d’opprimés, de damnés, de laissés-pour-compte de la société, dont les histoires se racontent en off. Dans « Je m’appelle », les visages sont graves, l’individuel rejoint le collectif, le sentiment de liberté est un rêve déchu. Et l’engagement est de circonstance.

Autrement puissant, « Nachtwake » (Le veilleur de nuit) de Menno Otten est une véritable expérience visuelle et sonore, proche de l’expérimental. Dans un port hollandais, filmé de nuit, le souffle enveloppe des bruits étranges, les points lumineux se heurtent au noir et blanc, les vagues se mêlent aux brumes. Le son, angoissant, gagne en volume, les cordages de chalutiers se mettent en mouvement, les filets de pêche sortent de l’eau, les prises (poissons et crustacés) tentent, dans un ultime espoir, de respirer et de survivre. Quand la beauté des images frisonne à cause de leur violence, le synopsis parle d’une perte de « limites de la réalité et de la conscience ». On veut bien le croire.

Katia Bayer

DVD 10 ans de courts métrages au Festival Silhouette : Editions Potemkine

Christelle Cornil, invitée d’honneur de Cinergie à Flagey

Les 4 saisons de cinergie

Incontestablement, quand on est acteur, il y a des rôles qui vous font. Que ce soit par la (re)connaissance publique ou par les rencontres professionnelles. Pour Christelle Cornil,  ce fut Le Vélo de Ghislain Lambert de Philippe Harel qui a lancé sa carrière. Non pas qu’elle a eu à interpréter un personnage fort ou complexe. Elle devait juste être là, aux côtés de Benoît Poelvoorde, être sa femme « une fille un peu rangée, discrète », effacée, laissant à son mari toute l’envergure qu’il aime prendre. Mais ce long métrage lui a fait connaître de nombreuses personnes qui, d’une façon ou d’une autre, ont contribué à la construction de sa carrière. Il y a d’abord eu Xavier Diskeuve et le court métrage Révolution. Il y a également Pierre Duculot, Dormir au chaud, Dernier voyage, pour arriver au premier rôle principal qui lui a enfin été donné, celui de Cristina dans Au cul du loup.

Jeune femme animée de doutes et de volontés. Christelle Cornil est l’invitée de Cinergie pour sa soirée de courts métrages estivale. Nous pourrons la découvrir dans un panel de films d’auteurs et de genres totalement différents. Elle sera présente avec les réalisateurs et réalisatrices qui lui ont fait confiance.

Flagey – studio 5 – le vendredi 14 septembre à 19h30 (Attention, la séance débute à 19h30!)

Révolution de Xavier Diskeuve, 2006
Stencil de Dominique Laroche, 2007
A peine de Damien Collet, 2009
Dernier voyage, Pierre Duculot, 2007

www.cinergie.be

Nous ne serons plus jamais seuls de Yann Gonzalez

Trois ans après « Les Astres Noirs » qui rendait cinégéniques les boucles blondes de Julien Doré, Yann Gonzalez nous revient avec « Nous ne serons plus jamais seuls » (un titre qui pourrait être le pendant optimiste du « Nous ne vieillirons pas ensemble » de Pialat), un petit film muet de dix minutes tourné en Super 8 et en noir et blanc (et avec des adolescents), projeté ces derniers jours à Silhouette.

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Cinéaste et critique de cinéma, Gonzales est l’auteur de cinq courts dont le remarqué et remarquable « Je vous hais petites filles » (2008), moyen métrage ambitieux et rock n’roll qui sublimait sa muse d’alors, Kate Moran. « Nous ne serons plus jamais seuls » reprend les thèmes principaux des courts précédents de l’auteur à savoir la jeunesse, le désir, la musique et l’importance du groupe.

Dans un timing resserré de dix minutes, il filme une fête nocturne peuplée d’adolescents affichant une jeunesse rageuse et éclatante, débarrassée à cet instant des codes embarrassants des boums pourtant pas si lointaines. On danse, on se jauge, on se sépare, on pleure, on s’embrasse, à première vue rien n’a toutefois changé.

Le réveil, lui, sera plus dur, comme une prise de conscience. L’inscription “Ne jamais crever” sur le mur du sous-sol apparait comme un rappel à l’ordre, une menace qui plane. Le groupe marche alors à travers champs (croisant des ruines un peu trop symboliques) pour assister au lever du soleil. Le film se clôt de la sorte, sur un visage souriant, illuminé, blond et adolescent. Lueur d’espoir.

Malgré le talent visuel évident de Yann Gonzales, on peine malheureusement à accrocher à ce récit qui hésite entre le clip, la fable et l’exercice de style. Reste l’énergie indiscutable du film qui séduit forcément. On guettera donc avec attention le passage au long du cinéaste qui lui permettra sans doute d’approfondir son sujet de prédilection.

Amaury Augé

Consultez la fiche technique du film