Choros de Michael Langan et Terah Maher

Un film de danse sélectionné au festival de Clermont-Ferrand, un fait suffisamment rare pour être souligné. Avec « Choros », Micheal Langan, dont le film de fin d’études « Doxology » avait déjà été montré en compétition Labo en 2009,  propose une suite à « Pas de deux », de Norman Mac Laren, une des premières oeuvres mêlant expérimentation visuelle et chorégraphie, réalisée en 1968.

Tera Maher, à la fois danseuse et co-réalisatrice, exécute des mouvements simples, lents et amples dans un décor dépouillé. Ce qui importe, ce qui occupe l’espace, c’est la démultiplication de cette danseuse. Un « chorus » de femmes jaillit de son mouvement grâce à la technique de la chronophotographie, mise au point au 19ème siècle par Etienne Jules Marey et Eadweard Muybridge, Déjà utilisée par Mac Laren dans son « Pas de deux », la chronophotographie permet de créer un véritable écho visuel.

La danseuse est une, puis plusieurs. Sa silhouette se multiplie en un « pas de trente deux », quand l’une débute son mouvement, l’autre l’achève. Les mouvements, simples et fluides, sont minutieusement travaillés pour mettre en valeur le procédé technique saisissant. Cette persistance rétinienne nous permet de suivre le fil du mouvement, démonstration que la danse se situe bien dans cet entre-deux, lien entre deux postures.

Expérience visuelle avec une trame narrative sous-jacente, Choros veut se doter d’une épaisseur pour dépasser l’anecdotique « effet ». Nous suivons cette danseuse-héroïne, dénuée d’intentions claires mais elle-même identifiable. Là ou Mac Laren, limité par la technique devait tourner dans une « boîte noire », « Choros » évolue entre deux espaces. Le premier est sombre et confiné, le second est l’espace mental d’une prairie verdoyante et lumineuse, au centre duquel la Choréa, littéralement « danse en cœur », apparaît. La danseuse parvient à se détacher de ses doubles, jusqu’à former une large ronde de clones d’elle-même, assemblés dans un mouvement unique. Une trame narrative donc, simple et épurée à l’extrême : vie, mort et renaissance d’une danseuse, unique protagoniste. Si cela fonctionne, c’est grâce à l’effet visuel de multiplication, procédé technique d’animation mettant l’expression du corps en relief.

La musique de Steve Reich renforce encore davantage une impression de linéarité et d’apaisement. La danse, comme un mantra, hypnotise. Au delà d’une signification psychologisante sur l’identité et le double, cet effet de démultiplication est bien plutôt une recherche visuelle, unissant la danse et la virtuosité de techniques d’animation, une volonté de créer un ballet qui nous entraîne ailleurs. Micheal Langan explore les possibilités d’expression du corps humain, allié aux effets cinématographiques. Comme « Pas de deux » à son époque, « Choros » veut contribuer à l’innovation cinématographique et marquer une nouvelle étape. Cette expérience visuelle et narrative envoûtante ouvre la voie à d’autres tentatives de faire vivre autrement le corps à l’écran.

Pauline Gardavaud

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