Festival du nouveau cinéma 2014, notre compte-rendu

La 43ème édition du Festival du nouveau cinéma (FNC) s’est achevée la semaine passée à Montréal. Format Court, présent pour la première fois au pays de Dolan et du gentil caribou, a passé cinq jours au festival au terme duquel il a attribué son tout premier Prix Format Court hors les murs dans le cadre du focus Québec. Parmi les 33 films en compétition, notre Jury a élu un film singulier, poétique et émouvant sur la mémoire et la construction identitaire, « The Weatherman and the Shadowboxer », réalisé par un auteur résidant à Toronto, Randall Lloyd Okita.

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© Emily Gan

Trois lettres pour un festival

En 43 ans et tous ses élans, le FNC a changé deux fois de nom (Festival international du cinéma en 16mm de Montréal en 71, Festival international du nouveau cinéma et des nouveaux médias de Montréal en 2002) avant d’opter pour la version actuelle il y a dix ans. Il a permis aux spectateurs locaux de découvrir des cinéastes de premier plan tels que Jim Jarmusch, Abbas Kiarostami, Wim Wenders, Raymond Depardon, Jane Campion, Wong Kar-wai, Peter Greenaway ou Chantal Akerman. Il a surtout accompli son rôle de tremplin et de passeur en révélant les cinéastes locaux et canadiens qui comptent aujourd’hui sur la scène internationale (Atom Egoyan, Denis Villeneuve, Guy Maddin, Denis Côté, …) mais aussi ceux de la nouvelle génération (Chloé Robichaud, Félix Dufour-Laperrière, Marie-Ève Juste, Pedro Pires, Phillip Barker, Sophie Dupuis, Marie-Josée Saint-Pierre, …).

Le FNC fait partie de ces festivals canadiens importants, proches du court dont les plus connus sont le TIFF (Festival international du film de Toronto), le Festival des films du monde de Montréal, le Festival international d’animation d’Ottawa et le Festival de Chicoutimi.

Ses programmateurs n’exigent pas l’exclusivité des films, à la difference de leurs collègues du TIFF et tentent d’identifier les nouvelles tendances dans le domaine du cinéma et des nouveaux médias. Proches du cinéma d’auteur local comme international, ils programment des films véritablement personnels, originaux, curieux, forts et visuels et les font dialoguer au sein de leurs séances.

Programmation 2014

D’emblée, le festival surprend par la multitude et la diversité de ses programmes. En consultant le volumineux catalogue du FNC (353 pages), on trouve de tout : du long, du court, des films d’étudiants, des rétrospectives, des hommages, des films pour enfants, des films expérimentaux, des installations, des performances, des projets interactifs, des tables rondes, des master class, des cartes blanches mais aussi des cartes noires.

À y regarder de plus près, du côté du long, beaucoup de films ont déjà fait leurs débuts sur la scène festivalière, notamment à Cannes, toutes sections confondues (« Adieu au langage », « The Tale of Princess Kaguya », « Spartacus et Cassandra », « Mange tes morts », « Bande de filles », « Maps to the Stars », « P’tit Quinquin », « L’Institutrice », « Les Merveilles », « The Tribe », …) mais aussi à Venise, Toronto, Berlin, Locarno ou Rotterdam (« Difret », « Félix et Meira », « She’s lost control », « In her place », « Ana Arabia », « Baal »,  « Boychoir », « Cavalo Dinheiro », …). Bien évidemment, la compétition internationale et le panorama des films étrangers attirent en masse le public éloigné de la tournée des festivals de l’année, mais les films québécois ne sont pas en reste au vu du nombre d’avant-premières et de salles pleines, désireuses de (re)connaître leurs talents locaux.

Parmi les réalisateurs sélectionnés, quelques uns viennent de réaliser leur premier long après un passage remarqué par le court (Franco Lolli propose « Gente de Bien » après « Rodri », Asaf Korman « Next to her » après  « Yom mota shel Shula », Damien Manivel « Un jeune poète » après « La Dame au chien », Thomas Salvador « Vincent n’a pas d’écailles » après une multitude de courts).

Au sein de la programmation courte, certains films en compétition internationale se font immédiatement repérer que ce soit pour leurs sélections précédentes en festival (« Une Chambre bleue », « Heartless », « Ennui ennui », « Nectar », …) ou par la renommée de leurs auteurs (« Bim Bam Boom Las luchas Morenas » de Marie Losier », « O velho do Restelo » de Manoel de Oliveira, « Un Rêve » de Patrick Bokanowski, « Le Retour Des Aviateurs » de Priit et Olga Pärn, « Black Tape » de Michelle et Uri Kranot).

Plus habitués aux festivals français et belges, nous nous sommes tournés en premier lieu vers les programmes de courts inédits dans nos contrées. Le focus québécois pour lequel nous avons attribué un Prix ce mois-ci comprenait 33 films, répartis en 6 programmes. Cette sélection reflétait nettement mieux la production locale que les quelques films québécois qui arrivent à franchir nos frontières année après année. Nous avons particulièrement aimé « La Grange » de Caroline Mailloux, un film au scénario dense et maîtrisé, efficace en termes de jeu et de photographie sur l’existence chamboulée d’une famille après la disparition d’un petit garçon, « Un royaume déménage » de Raphaël J. Dostie et Terence, un documentaire émouvant sur la vie et le devenir d’un couvent de religieuses vieillissantes,  « Petit frère » de Rémi St-Michel, précédemment projeté à Cannes, un conte en noir et blanc sur la relation touchante entre un ado et un jeune éducateur dans les rues de Montréal, « Day 40 » de Sol Friedman, un film d’animation mêlant dessin, arche de Noé, humour noir et zombies affolants, « You look like me » de Pierre Hébert et René Lussier, un film expérimental énigmatique et animé traitant de la représentation et de la communauté ou encore « Step Well Pilgrim » de Duncan McDowall, une rencontre esthétisante et chorégraphiée entre deux individus que tout oppose, dans une église romaine.

Dans les séances parallèles, l’une des surprises est venue d’une projection commentée de films en relief, réalisés en 1951 par l’animateur de génie qu’était Norman McLaren. Munis de lunettes 3D, les spectateurs (en partie des contemporains, amis et anciens collègues du réalisateur mais aussi des étudiants en animation) ont découvert ses premiers films, longtemps invisibles et entièrement restaurés par l’ONF (Office national du film du Canada) à l’occasion du centenaire de la naissance de McLaren. Couleurs vives, points, lignes, humour féroce et musiques peps ont surgi le temps de quelques films “vieux” de 63 ans. En son temps, McLaren a influencé bon nombre d’artistes (dont Picasso et Truffaut). Aujourd’hui encore, il continue de séduire par son style personnel, sa créativité et l’innovation de ses techniques. Découvrir ses films inédits, en entendre parler par ceux qui l’ont connu et ceux qui ont travaillé à la restauration sonore et visuelle de ses premiers courts apporte une touche nostalgique et bienvenue et remet au goût du jour le cinéma de patrimoine.

Le FNC dans la ville

Dès notre arrivée à Montréal, la présence du FNC se fait ressentir. Des annonces publicitaires sont visibles à l’aéroport, des affiches sont placardées en ville et dans le métro et des programmes sont disponibles partout, dans les bars comme dans les universités. De plus, la ville se métamorphose au contact du festival, pendant toute la durée de la manifestation. Une gigantesque bulle d’air – le Dôme – trône au coeur du Quartier des spectacles, pour accueillir dans un décor lunaire les rencontres professionnelles. Des universités et des cinémas ouvrent leurs portes aux nombreuses séances et l’ancienne forge de l’École technique de Montréal, rebaptisée l’Agora, accueille en soirée des concerts, des DJ’s et un bar. Cet esprit de décloisonnement fait partie du succès et de l’atmosphère sympathique qui règne au FNC. Celui-ci rassemble en effet autant des québécois, des canadiens et des étrangers que des sélectionneurs, des étudiants, des réalisateurs, des comédiens, des programmateurs, des jurés, des journalistes, des cinéphiles et des curieux. Bières locales à la main, les festivaliers papotent autour des films, de l’art, de l’industrie, des lieux à voir à Montréal et des mets à tester (le café vanillé) ou à éviter (la poutine : mélange de frites, de cheddar frais et de sauce brune).

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© Emily Gan

En discutant avec les courts-métragistes montréalais, on apprend pourtant que la situation du court n’est pas fameuse dans leur pays et que le grand public ne s’y intéresse pas beaucoup. C’est la raison pour laquelle ils sont reconnaissants au FNC d’avoir joué et de continuer à jouer un rôle primordial dans leur carrière. Le festival révèle leurs films, leur permet d’aller à la rencontre d’un public, les suit dans l’aventure difficile du long. Le milieu du court est restreint et solidaire, les sélectionneurs de courts métrages du festival, Dan Karolewicz et Philippe Gajan, restent très accessibles et s’impliquent tout au long de l’année en faveur du court métrage. Le premier a participé notamment à la création de La Distributrice de films, une jeune et dynamique structure de diffusion et de distribution de courts québécois. Celle-ci valorise les films et les cinéastes québécois et n’hésite pas à mettre en ligne une partie de son catalogue (les films de Félix Dufour-Laperrière ou de Denis Côté pour les plus connus). La concrétisation de ce projet a été motivée par le manque d’aides, de représentations et de diffusions des courts et moyens métrages au Québec, fortement ombragés par le tout puissant long-métrage.

En poursuivant l’échange, on découvre même l’existence de plusieurs ciné-clubs locaux organisés spontanément tout au long de l’année par la profession locale. Le réalisateur Mark Morgenstern, en sélection dans le focus Québec (« Avec le temps »), accueille par exemple des séances à domicile pour permettre aux films d’être vus. Le diffuseur et membre de La Distributrice de films Serge Abbiad fait de même. Il organise chaque semaine dans un studio de création numérique un ciné-club composé d’un court et d’un long, en général en présence d’un invité. Pendant notre séjour, il a programmé un film d’école de Roman Polanski (« La Lampe ») et un long-métrage de Louis Malle (« Black Moon »). L’envie reste la même qu’au FNC : initier le public aux propositions différentes, lui faire (re)découvrir des films difficiles d’accès, des auteurs passés ou présents, des émotions et d’autres façons de regarder le monde. Sur grand écran. Comme au cinéma. Parce qu’il s’agit aussi de cinéma.

Katia Bayer

Le site de La Distributrice de films : www.ladistributrice.ca

Article associé : l’interview de Philippe Gajan et Daniel Karolewicz, programmateurs au FNC

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