Franco Lolli, réalisateur de Como todo el mundo

Franco Lolli est sorti diplômé du département Réalisation de la Fémis en 2007. Son film de fin d’études, « Como todo el mundo », a été sélectionné et récompensé dans de nombreux festivals, notamment à Huy, Angers, Poitiers et Clermont-Ferrand où il a remporté en février 2007, le Grand Prix de la Compétition Nationale. Début octobre, il était de retour en tant que juré à Huy, au FIDEC (Festival International des Écoles de Cinéma).

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As-tu vu des films dans ton enfance qui t’auraient incité à te dire : “plus tard, moi aussi, j’aimerais faire du cinéma”?

Franco Lolli : J’ai commencé très tôt à y penser. J’ai 25 ans et depuis l’âge de 14 ans, je sais que je veux faire du cinéma. Je passais beaucoup de temps devant la télévision, et comme j’avais le câble, je regardais énormément de films. Des films comme « Trainspotting », « Forrest Gump » et « Pulp Fiction » m’attiraient. Rapidement, j’ai commencé à fréquenter un ciné-club de Bogota, avec mon meilleur ami. À 14-15 ans, on a réellement découvert le cinéma d’auteur et commencé à voir des films différents, comme « Crash » de David Cronenberg, les premiers films de Verhoeven, « La Grande Bouffe » de Ferreri et les films de Kubrick. Ces films-là et ceux de ma jeunesse m’ont marqué et m’ont donné envie de faire un jour à mon tour du cinéma.

À l’époque, t’intéressais-tu aussi au cinéma colombien ?

Non. Le cinéma colombien est très mauvais. Il ne me parle pas, à l’exception des films de Victor Gaviria vus à deux reprises à Cannes. Il s’agit du seul cinéaste colombien de fiction qui m’intéresse. Je ne sais pas pourquoi le cinéma ne marche pas en Colombie, d’ailleurs ça m’effraye un peu parce qu’à chaque fois que quelqu’un fait un film là-bas, c’est mauvais !

Tu as quitté Bogota pour venir étudier en France, d’abord à Montpellier, puis à Paris (La Sorbonne, La Fémis). Comment s’est effectué ton parcours ?

Je voulais aller dans une école en Europe ou aux États-Unis parce qu’en Colombie, il n’y a pas vraiment de possibilités de faire de bonnes études de cinéma : les profs et les moyens techniques ne sont pas les mêmes. Après le bac, j’ai voulu entrer à la Sorbonne (Paris III) mais la faculté n’acceptait pas d’étrangers âgés de 18 ans. J’ai donc commencé un DEUG de cinéma à Montpellier que j’ai poursuivi à Paris III. Pendant cette deuxième année, je me suis dit que j’allais tenter les examens des écoles européennes. Quand je me suis renseigné sur la Fémis, je me suis dit : « c’est là que j’aimerais être, cette école a les moyens, et les étudiants ont tout le matériel à leur disposition ». J’ai aussitôt pensé que je ne serais jamais pris. Pour passer le concours, il faut avoir fait un Bac+2. Moi, je me suis présenté à 20 ans, je n’avais rien fait dans le cinéma, juste deux courts métrages vraiment amateurs tournés en vidéo en Colombie. En me préparant pour le concours, je me suis dit : « si tu veux entrer là-dedans vu que tu as tout contre toi, il va vraiment falloir que tu bosses beaucoup ». À l’oral, on m’a demandé pourquoi je voulais être réalisateur et qu’est-ce que j’avais de différent par rapport aux autres. J’ai notamment parlé des films que j’aimais et de ceux que je n’aimais pas.

Qu’est-ce que tu avais envie de faire, toi, comme films ?

Moi, je savais que je ferais des films assez réalistes et que je parlerais de ce qui m’interpelle. En termes de rêves, je voulais faire un cinéma asez digne, un cinéma qui s’intéresse aux personnes et aux rapports de classes. À l’examen d’entrée à la Fémis, par exemple, je parlais déjà de l’envie de filmer l’adolescence et les classes sociales. Et quatre ans plus tard, j’ai fait “Como todo el mundo”, un court métrage qui reprend ces thèmes.

Quelle était la liberté accordée à la Fémis?

On a une liberté totale. La seule liberté, c’est celle que nous nous enlevons : c’est nous qui nous mettons les contraintes. Moi, je me suis libéré peu à peu. Juste avant mon travail de fin d’étude, j’ai réalisé un film qui était tout le contraire de ce que j’aurais imaginer faire un jour. C’est une histoire d’amour perçue par le point de vue d’une fille, tourné rapidement en vidéo avec des acteurs du Conservatoire de Paris. Il y a des scènes que je n’aurais pas osé faire dans un autre film parce que tout était au feeling, improvisé. Je ne m’interdisais rien, je faisais ce qui me venait. Je prenais la caméra; si j’avais envie de filmer un œil, je le faisais. Ça m’a beaucoup libéré d’avoir fait ce film : je me suis lâché, je me suis libéré des contraintes, des pressions, des trucs d’ego par rapport à mon propre regard et surtout par rapport au regard des autres.

Comment est-ce que le court métrage y est présenté ? En tant que carte de visite ou en tant que film?

Les professeurs prennent le cout métrage pour ce qu’il est : pour un film. Ils ne se disent pas juste qu’ils vont nous faire faire des courts pour qu’on sache après faire des longs métrages. Un film est un film et si il est court, il est court. Après, évidemment, on est très nombreux à faire des courts et avoir envie de passer au long. C’est très rare, les gens qui ont envie de rester au court toute leur vie, surtout dans une école de cinéma.

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Qu’est-ce qui a été à l’origine de ton film de fin d’études, « Como todo el mundo » ?

C’est un film extrêmement autobiographique. Il a été tourné en Colombie, en espagnol. Il parle de mon milieu social, de ma relation avec ma mère à une époque de ma vie, de mon groupe d’amis, de mes souvenirs de jeunesse. Même si elles sont fictionnalisées, presque toutes les scènes sont arrivées. Même le chien qui apparaît dans le film est autobiographique : c’est le chien que j’avais à Bogota! Cela faisait deux ans que je savais que je voulais tourner en Colombie et quatre ans que l’idée du film trottait dans ma tête. En première année d’étude, j’avais déjà fait une fiction de 10 minutes sur la relation entre un fils et une mère, mais elle se passait en France. Cette fois, mes désirs étaient divers. J’avais très envie de filmer des non professionnels, l’adolescence et les relations entre les classes sociales en Colombie. Je me suis intéressé à une classe très particulière, la bourgeoise, parce que c’est la seule que je connaisse vraiment. Ça, c’est une des choses que j’ai dites à mon oral, au concours d’entrée de la Fémis : il faut raconter ce qu’on connait, ce qu’on a vécu, avoir un lien d’intimité avec ce qu’on filme.

Pourquoi as-tu eu envie de travailler avec des comédiens en partie non professionnels?

J’avais plus envie de travailler avec des amateurs qu’avec des professionnels. Avant « Como todo el mundo », j’ai fait ce film en vidéo avec des comédiens du Conservatoire que j’avais choisi de filmer non comme des comédiens, mais comme des personnes. J’ai voulu les filmer comme ils étaient dans la vie, le plus près du réel, de façon un peu documentaire. Cette manière de procéder m’a convenu, cela m’a donné envie de poursuivre dans la même voie. J’avais fait un autre film avec des comédiens, ça s’était mal passé avec eux, mais j’ai pu sentir une fraîcheur et du cinéma grâce à une scène pleine de figurants, de non professionnels. J’ai eu envie de retrouver ces sensations. Dans mon film de fin d’études, tous les jeunes sont des comédiens non professionnels. Le protagoniste (Pedro Santiago Corrès) est également un amateur. Il n’avait jamais joué avant et n’a pas joué depuis. Par contre, son rôle est très proche de sa vraie vie. Cette proximité entre réalité et cinéma m’intéressait.

Ton film fait 27 minutes. As-tu envisagé de le raccourcir?

J’avais l’argent pour un film de 24 minutes, on a dû se battre pour trouver les fonds nécessaires pour pouvoir le faire dans la durée qu’on considérait comme bonne. Je ne me suis jamais dit que le raccourcir serait meilleur pour sa diffusion. Au contraire : c’était une expérience cruciale de faire le film le plus long possible comme préparation pour la suite.

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L’année passée, « Como todo el mundo » a remporté le Grand Prix de la compétition nationale (française) à Clermont-Ferrand. Avais-tu imaginé une telle récompense dans un festival aussi important ?

À vrai dire, j’ai été tout à fait étonné. Avoir un prix à Clermont-Ferrand semble tellement improbable que tu n’y crois pas vraiment, néanmoins, tu as quand même envie d’y croire un tout petit peu ! À Clermont, les films d’études sont au même niveau de compétition que les autres, ce qui fait qu’on a autant de chances que les autres réalisateurs. C’est difficile d’anticiper, mais c’est possible d’avoir de l’espoir. J’ai trouvé que la qualité de la sélection française n’était pas extraordinaire : il y a des bons films, mais la grande majorité n’est pas bonne.

Pourquoi penses-tu que ces films ne sont globalement pas bons ?

Je pense qu’en France comme dans n’importe quel pays, ce n’est pas possible de trouver 60 bons courts métrages et 60 bons réalisateurs chaque année. La compétition nationale reprend tous les films français tandis que son pendant international recense les meilleurs films, tous pays confondus. La compétition internationale est bien meilleure que la nationale, le niveau n’est vraiment pas le même.

Selon toi, y a-t-il une différence entre être sélectionné dans un festival de courts métrages et dans un festival de films d’écoles ?

Il me semble qu’un festival qui n’est pas spécialisé dans le film d’école a plus de liens avec le monde professionnel réel et que les films sont parfois plus mûrs, mais sincèrement, cela ne veut rien dire. Regarde cette année, par exemple, ce qui s’est passé à Clermont-Ferrand, le festival de courts métrages le plus grand du monde censé être très représentatif du secteur. Il me semble que c’est très symbolique qu’à la fois le grand prix national et le grand prix international (« Auf der Strecke » de Reto Caffi) aient été attribués à des films de fin d’études.

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Tu travailles maintenant simultanément sur deux projets : un moyen et un long métrage. Quel regard portes-tu sur le format court ?

C’est compliqué. Si je ne faisais pas de cinéma, je n’aurais jamais vu de courts métrages. Il y a de très bons courts qui n’auraient pas pu exister sans ce format-là. Pense à « La Jetée » de Chris Marker : ce film-là ne peut exister que comme il existe, c’est-à-dire en court métrage. À Huy, dans la compétition internationale du FIDEC, j’ai aimé un tout petit objet, « L. H. O. », qui ne dure que 3 minutes. Je trouve qu’il faut être très fort pour raconter une histoire sur le monde ou sur quelqu’un en si peu de temps. Moi, par exemple, je ne sais pas comment raconter une histoire en peu de temps, que ce soit en 3 ou en 12 minutes. J’ai besoin de faire de longues scènes de 3-4 minutes comme je les ai vues au cinéma entre 14 et 18 ans, j’ai besoin de voir mes personnages évoluer. C’est pour cela que j’ai en partie envie de m’exercer au format long.

Qu’est devenu ton meilleur ami de l’époque, celui avec qui tu avais l’habitude d’aller au cinéma?

Il fait du cinéma, lui aussi (rires) ! On est venu en France en même temps, il a raté la Fémis trois fois, et comme il avait trop d’orgueil pour faire une autre école de cinéma, il a décidé de se lancer seul. Il est premier assistant sur des longs métrages en Colombie, a un projet de long métrage et a été premier assistant sur presque tous mes films.

Tu es sorti de la Fémis il y a un an. Qu’as-tu retenu de ton passage par cette école?

Avant l’école, mon parcours était théorique : j’avais rêvé du cinéma. En arrivant à la Fémis, j’ai commencé à faire du cinéma. Pendant ces quatre années, j’ai fait des films et j’ai été entouré de cinéastes, donc je retire tout. Même si j’avais des choses à raconter, à exprimer, j’ai tout appris là-bas.

Propos recueillis par Katia Bayer

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