Tous les articles par Katia Bayer

Ann Sirot et Raphaël Balboni : inventeurs d’univers décalés

Sirot-Balboni, le nom sonne comme un remède à la morosité ambiante et pour cause, à en juger leur dernier film qui revisite avec beaucoup d’humour le conte du “Petit chaperon rouge”. Sélectionné en compétition nationale au Festival du court métrage de Bruxelles, « La Version du loup » a reçu une Mention Spéciale pour le Prix Be TV. Rencontre avec le couple qui subit les influences positives de Gilliam, Fellini, Greenaway ou encore Abel et Gordon.

ann-sirot-et-raphael-balboni

En venant de deux milieux artistiques différents, le cinéma pour toi Raphaël et le théâtre pour toi Ann, comment vous est venue l’envie de collaborer?

Ann: On s’est rencontrés sur des travaux qu’on avait faits chacun de notre côté. Raphaël m’a fait voir son travail de fin d’études “Les Habitants” et comme à cette époque-là, j’étais en train de suivre une formation d’écriture dramatique, je lui ai fait lire « L’oeil tambour”, une pièce que j’avais écrite.

Raphaël: En lisant la pièce d’Ann, je me suis tout de suite dit qu’il fallait l’adapter au cinéma. C’est d’ailleurs de cela que notre deuxième court métrage “Juste la lettre T” a été inspiré.

On vous décrit facilement comme amateurs de fables et de mythologies ordinaires. Pourquoi cet intérêt pour les univers décalés?

Ann: Je sais que ce qui nous intéresse là-dedans, c’est de traiter des choses banales, de traiter des situations que l’on peut traverser dans la vie réelle et de les enrober d’une atmosphère particulière.

Concrètement, comment travaillez-vous?

Raphaël: Ann écrit le scénario et moi j’en suis simplement le lecteur. Je suis le travail depuis le début, on en discute. On travaille assez séparément, finalement puisqu’Ann écrit de son côté. Pour la réalisation, on fait tout à deux. Après, c’est vrai qu’Ann est vraiment la garante, elle est un peu la colonne vertébrale des films parce qu’elle a écrit l’histoire. Par exemple, elle saura tout de suite quelle affiche il faudrait mettre dans tel décor. Moi, j’interviens davantage au niveau du découpage et au niveau du rythme.

Ann: Ce qui est intéressant dans le fait de travailler à deux c’est qu’on ne veut surtout pas être dans une logique de compromis, mais plutôt être dans une logique de plus de précision, plus d’exigence car il est plus difficile de convaincre deux personnes qu’une seule. Ce qui est bien quand on est deux c’est qu’on est déjà un petit public.

Raphaël: Mais ce problème de compromis arrive plus souvent au montage, en fait. En ce qui concerne le scénario et la préparation, on tombe facilement d’accord.

bande annonce « Dernière Partie » from Ann SIROT & Raphaël BALBONI on Vimeo.

Si on regarde vos trois films communs “Dernière Partie”, “Juste la lettre T” et “La Version du loup”, on constate que la musique a beaucoup d’importance. Au-delà d’illustrer, elle rythme l’action et la narration. Vous mettez en valeur des univers sonores qui font partie intégrante du récit.

Ann: Oui, c’est très important. Pour nous la musique est là pour nous aider à soutenir un univers. Par exemple dans “Juste la Lettre T”, on tenait vraiment à cette musique très mathématique de Bach. Parce qu’on est dans un monde un peu post-apocalyptique, devenu très codé, avec peu de ressources, un monde où l’on doit vivre dans une grande promiscuité. On voulait vraiment une musique très réglée et très sobre.

Raphaël: Cela permet de donner le ton aussi. Sur “Dernière partie”, c’est un peu différent car la musique vient très tard et vient plus comme accompagnement rythmique de la montée de cette partie éclatée de la fin. Mais dans “Juste la lettre T” et dans “La Version du loup”, la musique donne le ton.

Ann: En fait dans “La Version du loup”, cela donne la bonne distance au spectateur. C’est très intéressant car vu que c’est une adaptation du “Chaperon rouge” et que nous, on rigole avec ce conte, on voulait vraiment que le public fasse partie de cette blague et la musique de Django Reinhardt permet assez efficacement de mettre le spectateur à la bonne place. Dès les premières notes, on comprend un petit peu l’état dans lequel il faut regarder le film.

bande annonce « La Version du Loup » from Ann SIROT & Raphaël BALBONI on Vimeo.

Avec ce film, vous offrez quelque chose de beaucoup plus léger que ce que vous avez fait jusqu’à présent. Pourquoi?

Ann: Le projet est né d’une envie pressante de tourner. En attendant que “Fable Domestique”, notre prochain film, se fasse, on voulait absolument tourner quelque chose de différent.

Raphaël: “Dernière partie” aussi, on l’a fait parce qu’on ne voulait pas attendre que “Juste la letter T” soit terminé. “La Version du loup”, c’est pareil. Ce sont deux courts métrages faits avec très peu de moyens.

Ann: Oui, Dernière partie” était vraiment une espèce d’expérience, on est partis sans scénario, avec juste des balises et ensuite on écrivait les scènes sur place, pendant le tournage, c’est une expérience de formule alternative.

Raphaël: Il y a aussi le fait que l’on vienne de deux milieux différents. On a confronté un peu nos façons de travailler et j’ai été vraiment étonné de voir que sur mon film de fin d’études, “Les Habitants”, je me suis retrouvé à voir mes comédiens 2X 2h alors qu’An travaillait dans une Compagnie où il y a peut-être 3 mois de création où les comédiens et le metteur en scène se voient tous les jours. C’est centré différemment, au théâtre, les comédiens participent beaucoup plus. Et là, on s’est inspirés de cette façon de faire, on avait un lieu donné, des comédiens donnés, on avait une trame et on a construit petit à petit. C’est une expérience qui reste limite car on s’est retrouvés sur le tournage sans avoir la fin du film.

Ann: C’était une expérience vraiment intéressante qui nous a montré aussi que cette façon de faire n’était pas vraiment adaptée au cinéma.

Justement, dans la “Version du loup” particulièrement, on remarque ce mélange de théâtre et cinéma ce qui en fait un produit un peu hybride.

Raphaël: Oui, tout à fait. D’ailleurs les coulisses que l’on voit sont clairement des coulisses de théâtre. Le comédien qui se change seul par exemple, c’est aussi quelque chose qui au cinéma n’existe pas vraiment, c’est très théâtral.

Etait-ce pour rester dans le ton burlesque du film?

Ann: En fait, moi, ce qui m’intéressait dans l’histoire c’est que le loup est un personnage qui se déguise, qui fait semblant. Je trouvais cela assez fascinant. Du coup, on se disait que si ce personnage était un comédien, il fallait transformer l’histoire car on voulait que les deux fassent semblant. Et forcément, vu que les comédiens changent de costumes eux-mêmes, on trouvait intéressant d’utiliser des coulisses.

Et pourquoi ce conte plus qu’un autre?

Ann: Par rapport au personnage du loup notamment mais aussi parce qu’on voulait partir d’une histoire que tout le monde connaissait et comprenait car ce que l’on nous reprochait souvent c’était justement de n’être pas assez compréhensible dans ce que l’on faisait. Inutile de dire qu’avec “Le Petit chaperon rouge” on était certains d’être compris.

bande-annonce « Juste la Lettre T » from Ann SIROT & Raphaël BALBONI on Vimeo.

Dans le film, on revoit avec plaisir Jean-Jacques Rausin aperçu dans “Juste la lettre T” en même temps que l’on découvre la pétillante Ana Cembrero Coca. Ce sont des choix de casting?

Raphaël: Pas vraiment. En fait l’idée dé départ du film était de faire un troc de talents entre nous deux et un autre couple d’artistes, Ana (le chaperon) et Jorge (le chef-opérateur). Ils font des films de danse, elle est danseuse-chorégraphe, réalisatrice et lui est chef opérateur, réalisateur. Le troc consistait à partir à quatre quelque part et à réussir à faire deux films, chacun travaillant pour l’autre. Donc “La Version du loup” a été écrit en fonction d’Ana qui allait jouer le chaperon. Après, pour le loup, le choix de Jean-Jacques Rausin s’est vite présenté à nous vu qu’on l’avait déjà vu jouer.

En parlant des comédiens, Ann, dans “Dernière partie” tu joues mais tu n’as plus joué depuis. Est-ce un hasard ou une volonté?

Ann: C’est une volonté, parce que c’est assez compliqué d’être à la fois devant et derrière la caméra. Je sais qu’il y a pas mal de gens qui le font mais moi, je n’aime pas trop. J’ai joué une période mais le jeu était vraiment une transition vers l’écriture et vers la réalisation. Aujourd’hui, je sais que je me sens bien plus à ma place derrière la caméra que devant.

Quelques mots sur “Fable domestique” votre prochain film?

Ann: Cela se passe dans une maison, dans un univers onirique et métaphorique. C’est un voyage à travers le sentiment de jalousie. L’idée était de partir de quelque chose de banal, quelque chose que tout le monde a déjà vécu. Partir d’une réalité psychologique et ensuite de la traiter à l’aide d’une métaphore.

Raphaël: Pour ce film, ce qui est intéressant c’est que c’est un casting de gens qu’on ne connaît pas du tout. On tourne cet été. On est en repérage.

Propos recueillis par Marie Bergeret

Consulter les fiches techniques de  « La Version du loup », de « Juste la lettre T » et de « Dernière partie »

Article associé : la critique de « Juste la lettre T » et la critique de « La Version du loup »

D comme Dernière partie

Fiche technique

Synopsis : Ingrid, jeune archéologue appelée par le département pour effectuer une investigation dans une chapelle située sur un domaine privé, débarque dans un espace hors du monde. Les deux autochtones coexistent dans une relation ambiguë et suivant des codes compris d’eux seuls. La présence d’Ingrid dans cet univers jusqu’ici préservé, va peu à peu pervertir le jeu de Redwann et Lise, jusqu’à le rendre impossible.

Réalisation : Ann Sirot, Raphaël Balboni

Scénario : Ann Sirot, Raphaël Balboni

Genre : Fiction

Durée : 15′

Année : 2008

Pays : Belgique

Image : Stéphane Boissier

Son : Arnaud Calvar

Montage : Nicolas Rumpl

Montage son : Julien Mizac

Mixage : Julien Mizac

Musique : Benoît Fromentin

Continuité : Aurélia Balboni

Interprétation : Cécile Cozzolino, Ann Sirot, Alfredo Fernandez Atienza

Production : AJC !

Article associé : l’interview d’Ann Sirot et de Raphaël Balboni

Cannes 2011, la Palme d’or et le Prix du Jury

Ce soir, le palmarès du 64ème festival de Cannes a fait connaître ses lauréats du court métrage, parmi les 9 films retenus en compétition officielle. Voici les deux lauréats.

Palme d’or : Cross réalisé par Maryna Vroda (France, Ukraine)

Synopsis : Un garçon est forcé à courir, puis court de lui même, puis regarde un autre courir.

Prix du Jury : Badpakje 46 (Maillot De Bain 46) réalisé par Wannes Destoop (Belgique)

Synopsis : Chantal, une fille potelée de douze ans, peine à trouver sa voie dans la vie. Elle n’a pas beaucoup d’amis et à la maison seul son beau-père lui apporte un peu de réconfort comme elle ne s’entend pas avec sa mère et son beau-frère. Ce n’est qu’à la piscine locale, où elle s’entraîne de manière intensive, qu’elle se sent vraiment bien. Mais quand elle a besoin de nouvelles lunettes protectrices, tout ne se passe comme prévu et elle met tout en oeuvre pour les obtenir.

Der Wechselbalg de Maria Steinmetz

Ce film n’a pas suffisamment retenu l’attention de Michel Gondry et de ses acolytes mais il nous a tapés dans le bon œil. Présenté à la Cinéfondation, Der Wechselbalg (L’Echange) de Maria Steinmetz est un conte animé cruel et visuel, investi par les trolls et les représentations médiévales et religieuses.

Un homme et une femme chevauchent les plaines nordiques, tenant un bébé dans leurs bras. Un grand troll croisant leur chemin délaisse sa propre progéniture et enlève l’humain emmitouflé dans ses couches. Son petit troll échoue quant à lui dans les bras du couple, la femme le prenant en affection et en substitut de sa propre chair. En rentrant dans leur village, ils se heurtent au rejet et à la haine des habitants, considérant le troll comme une incarnation du diable. Peu à peu, l’homme, en proie au chagrin et à la culpabilité, se met à se détacher de son épouse et à rejeter son petit troll alors que la femme voit redoubler son instinct maternel.

Der Wechselbalg s’inspire d’un récit (“L’Echange’) issu du recueil Des Trolls et des Hommes de l’écrivain suédois Selma Lagerlöf portant sur un échange à la naissance entre humains et trolls, sur fond d’intolérance et de superstitions populaires que la réalisatrice, diplômée en animation à la HFF “Konrad Wolf”, aimait lire enfant et rêvait d’adapter pendant sa formation.

Avec son film de fin d’études, elle concrétise cette idée chère tout en s’autorisant une réelle liberté. L’histoire de Lagerlöf n’était qu’écrite, Steinmetz la fait gagner en intensité de différentes manières. Au niveau visuel déjà, plusieurs trouvailles bien amenées déjouent nos attentes de spectateurs blasés : le graphisme, épuré, est sidérant, les visages et les corps des personnages sont médiévaux à souhait, les icônes religieuses délaissent les églises et les manuels le temps d’un film, les reproches deviennent typographies et indécollables, à l’image d’un point d’interrogation refusant de quitter le pied de la femme.

Vers la fin du récit et du film, l’homme retrouve son enfant naturel qui se met à lui raconter la vie qu’il a vécue. Ses expériences sont semblables à celles de l’enfant troll : le dédain et les tentatives d’assassinat du père, le secours de la mère, la proximité avec le feu. Pour illustrer cette similarité, Maria Steinmetz crée une construction en miroir, sur deux niveaux, accompagnant l’évolution du temps par un travelling latéral. Par la même occasion, elle nous renvoie au fait que malgré nos différences, nous sommes tous les mêmes. Et puis, son histoire reprend le dessus. Comme il s’agit d’un conte, tout rentre dans l’ordre et les familles se recomposent. Tout est bien qui finit bien, merci pour votre attention, au revoir et à la prochaine. Minute, papillon. L’espace d’un film, un sujet original, un esthétisme différent et un plaidoyer pour l’amour, la tolérance et la différence se donnent la main. On en redemande tant on est sous le charme.

Katia Bayer

Consulter la fiche technique du film

W comme Der Wechselbalg

Fiche technique

Synopsis : Une adaptation cinématographique de l’histoire de Selma Lagerlöf sur un couple marié dont l’enfant a été remplacé par un petit troll.

Réalisation : Maria Steinmetz

Pays : Allemagne

Genre : Animation

Année : 2011

Durée : 8’20

Scénario : Maria Steinmetz

Musique : Felix Raffel

Montage : Maryna Schuklina

Son : Jan Paul Rischer, Peter Seelbach, Martin Steyer

Voix : Margarita Breitkreiz, Tony De Maeyer, Julia Grauberger, Christian Hilger

Animation : Maria Steinmetz

Production : HFF Konrad Wolf

Article associé : la critique du film

Michel Gondry et son jury ont décerné les prix de la Cinéfondation

Le Jury de la Cinéfondation et des courts métrages, présidé par Michel Gondry et composé de Julie Gayet, Jessica Hausner, Corneliu Porumboiu et João Pedro Rodrigues, a décerné vendredi les prix de la Cinéfondation lors d’une cérémonie salle Buñuel avant la projection des films primés.

Le programme comprenait cette année 16 films d’étudiants en cinéma venus d’Asie, d’Amérique et d’Europe, sélectionnés parmi près de 1 600 candidats.

Premier Prix : Der Brief (La lettre) réalisé par Doroteya Droumeva – dffb, Allemagne

Synopsis : Un jour Maja découvre qu’elle est enceinte. Le film explore la situation selon son point de vue, nous faisant assister au moment où elle tente de déchiffrer ce qui lui arrive. Maja écrit alors une lettre mystérieuse…

Deuxième Prix : Drari réalisé par Kamal Lazraq – La Fémis, France

Synopsis : Casablanca, Ghali et Mohammed. Chronique d’une amitié entre deux jeunes hommes issus de milieux sociaux diamétralement opposés.

Troisième Prix : Ya-Gan-Bi-Hang réalisé par Son Tae-gyum – Chung-Ang University, Corée du Sud

Synopsis : Un garçon qui n’a d’autre famille que son frère aîné couche avec un homme pour de l’argent. À court d’espèces, l’homme suggère une nouvelle rencontre pour le lendemain et lui demande son numéro de téléphone. Mais le portable du garçon est confisqué par son frère qui refuse de le rendre.

Les films primés reçoivent une dotation de 15 000 € pour le premier prix, 11 250 € pour le deuxième et 7 500 € pour le troisième.

50ème Semaine de la Critique, le palmarès au niveau court

Grand Prix Canal+ du court métrage : BLUE de Stephan Kang (Nouvelle-Zélande)

Synopsis : Autrefois, BLUE était une mascotte en peluche pour enfants à la télé. Aujourd’hui, il est serveur dans un restaurant asiatique et essaie de garder son travail. Il sourit tout le temps quand il sert ses clients. Parfois des gens le reconnaissent, mais c’est rare. Un jour il reçoit une mauvaise nouvelle.

blue

Prix Découverte Kodak du court métrage : Dimanches de Valéry Rosier (Belgique)

Synopsis : Les dimanches et l’homme face au temps qui passe. Le temps libre qu’on tente de remplir à tout prix. Que l’on observe passer, avec rire ou avec ennui.

Jury : Jerzy Skolimowski (Président), Gitanjali Rao (réalisatrice, Inde), Àlvaro Brechner (réalisateur, Uruguay) Sylvie Pras (Responsable des Cinémas du Centre Pompidou, France) et Huh Moonyung (programmateur au Festival international du Film de Busan, Corée du Sud).

Mention spéciale : Alexis Ivanovitch vous êtes mon héros de Guillaume Gouix (France)

alexis-ivanovitch

Synopsis : Alex et Cerise s’aiment d’un amour joyeux. Un après-midi, autour d’un verre en terrasse, Alex est agressé devant Cerise, et la peur l’empêche de réagir. Alors que Cerise fait de cette histoire une simple anecdote, Alex la vit comme une réelle humiliation.
Et si son amour-propre le faisait passer à côté du bonheur ?

Jury : Laurent Heynemann, Gérard Krawczyk, Christine Laurent, Benjamin Legrand et Bertrand Tavernier, cinéastes de la SACD.

Le Petit Rail d’or décerné à « Junior » de Julia Ducournau

Décerné depuis 1995 par l’Association des Cheminots Cinéphiles qui assiste aux projections de la Semaine de la Critique, le Rail d’or a décerné ses prix cannois 2011 à Las Acacias, film argentin et espagnol de Pablo Giorgelli (Grand Rail d’or), et à Junior, court-métrage français de Julia Ducournau (Petit Rail d’or), récompensés parmi les sept films et dix courts métrages de la section parallèle du festival de Cannes.

junior1

Synopsis : Justine, dite Junior, 13 ans, des boutons et un sens de l’humour bien à elle, est un garçon manqué un brin misogyne. Alors qu’on lui a diagnostiqué une gastroentérite fulgurante, le corps de Junior devient le théâtre d’une métamorphose étrange…

W comme The Wind is Blowing on My Street

Fiche technique

Synopsis : Le vent souffle, la porte se ferme et une jeune femme à Téhéran ne peut plus rentrer chez elle.

Pays : Iran, Etats-Unis

Année : 2010

Genre : Fiction

Durée : 15’59

Réalisation : Saba Riazi

Scénario : Saba Riazi

Image : Tooraj Aslani

Son : Saba Riazi

Musique pré-existante : Lhasa de Sela , Namjoo Mohsen

Montage : Saba Riazi

Interprète : Anonyme, Rahman Houshyar

Article associé : la critique du film

The Wind is Blowing on My Street de Saba Riazi

Avec son film de deuxième année, Saba Riazi, étudiante à la NYU, dessine un portrait attachant et léger sur l’austérité des mœurs en Iran et ce faisant, pose un regard sensible sur la condition de la femme, la dualité traditions/modernité et la place de la jeune génération « informée » dans le contexte d’une nation marquée par le conservatisme.

« The Wind is blowing on My Street » se base sur une prémisse simple : la rencontre entre une jeune fille qui se retrouve sans voile dans la rue (une faute bien plus grave que fumer une cigarette en public) et son jeune voisin qui lui tient compagnie pendant tout ce temps. Au cours du film, le récit se balade entre deux aspects de la jeunesse iranienne actuelle : d’une part, la fuite des cerveaux et l’envie de partir, d’autre part, le désir de rester, tout en étant conscient de ce que la société impose.

Bien loin de s’attarder sur les éléments politiques qui découleraient forcément de cette thématique, la réalisatrice les frôle seulement et concentre son scénario plutôt sur la communication entre les deux personnages, sur un échange de sensibilités et de points de vue non pas contrastants mais complémentaires. S’ajoute à ceci un jeu d’acteur frais et naturel, et le résultat est un court métrage très digeste, sans prétention sociologique aucune, qui réussit tout de même à provoquer une réflexion complexe sur la manière parfois unidimensionnelle dont le monde islamique est perçu et représenté : une démarche d’autant plus pertinente dans le contexte de « l’Insurrection verte » lors de laquelle ce film a été réalisé.

Adi Chesson

Consulter la fiche technique du film

M comme Music for one Apartment and six Drummers

Fiche technique

Synopsis : Six musiciens profitent du départ d’un couple de personnes âgées pour investir leur appartement et donner à partir de simples objets, un concert.

Réalisation : Ola Simonsson, Johannes Starjne Nilsson

Scénario : Ola Simonsson, Johannes Starjne Nilsson

Genre : Fiction

Durée : 10′

Année : 2002

Pays : Suède

Image : Johannes Starjne Nilsson, Charlotta Tengroth et Robert Blom

Son : Hakon Gapestad

Montage : Johannes Starjne Nilsson, Ola Simonsson

Musique : Ola Simonsson, Magnus Borjeson

Interprétation : Johannes Björk, Magnus Borjeson, Marcus Haraldson, Barbro Gustafson Löfgren.

Production : Kostr-Film

Article associé : la critique du film

Music For One Apartment And Six Drummers de Ola Simonsson et Johannes Starjne Nilsson

Pièces musicales

Depuis 1992, deux enfants terribles suédois, Ola Simonsson et Johannes Starjne Nilsson, commettent des « attentats » filmiques. A quarante ans passés, les deux amis (qui se connaissent depuis l’enfance) n’en ont visiblement pas fini de jouer les sales gosses joyeux. « Music for One Apartment and Six Drummers », signé par ces trublions nordiques en 2002, est désormais devenu un classique du court métrage.

Tout commence comme dans un film de Tarantino… Dans une bagnole rouge, six personnages en quête d’un mauvais coup attendent. Tic tac. Ça ne rigole pas du tout, et pourtant ça nous fait déjà rigoler. Ces six là, il faut bien le dire, ont ce que l’on appelle des « gueules ».

Alors que l’on s’attend tout naturellement à un casse en bonne et due forme dès que les petits bourgeois sortent de chez eux pour promener chien-chien, les « truands », imperturbables commencent à investir chacune des pièces de l’appartement pour… battre la mesure. Nos truands ne sont en réalité rien d’autre, mais c’est déjà beaucoup, que six batteurs déjantés bien décidés à se servir de tout ce qui leur passe sous la main pour faire un joli et mélodique boucan. Aspirateur et mixer, brosse à dents et brosse à chiottes, tiroirs et miroirs, rien n’est laissé au hasard. Au programme, quatre pièces musicales : Rondo culinaire, Fantaisie pour salle de bains, concerto pour ensemble de chambre, boléro de salon.

Entre thriller anarchique et expérimental-feel-good-movie, Music for One Apartment fait évidemment la part belle au son. Le travail sur le montage sonore sublime les compositions délirantes et leur donne une justesse mélodique exceptionnelle. Mais le soin apporté à l’image n’est pas non plus en reste. Et c’est là, la géniale idée de cette folle entreprise que d’être tout à la fois un petit joyau pour les oreilles et pour les yeux : mise en scène dynamique, cadres audacieux et, on l’a dit, présences charismatiques de ces percussionnistes hors du commun prenant leur intervention très très au sérieux.

Cette opération de braquage acoustique de 10 minutes a donné naissance, il y a peu (2010), à une opération de terrorisme acoustique de grande envergure avec Sound of Noise, le premier long métrage de nos Suédois allumés. Une semblable brutalité sonore, il est vrai qu’on en redemandait, voilà qui est fait. A bon entendeur…

Sarah Pialeprat

Consulter la fiche technique du film

La Version du loup d’Ann Sirot et Raphaël Balboni

« Tire la chevillette et la bobinette cherra »

On connaissait déjà le penchant du tandem Sirot-Balboni pour l’étrange et le décalé. Mais si l’univers des deux artistes s’engouffrait dans les méandres d’un psychologisme angoissant dans « Dernière partie » et « Juste la lettre T », avec « La Version du loup », sélectionné en compétition nationale au Festival du court métrage de Bruxelles où il a remporté une Mention spéciale Prix BeTV, le ton change radicalement. Le film revisite joyeusement le célébrissime conte du « Petit chaperon rouge ».

On a tous plus ou moins grandi avec l’histoire du « Petit Chaperon rouge » comme livre de chevet. Ann Sirot et Raphaël Balboni le savent très bien et s’en amusent. Il existe d’innombrables adaptations du conte, certaines plus coquines que d’autres mais aucune ne semble vouloir donner la parole au loup. C’est que cet être velu à la langue pendante, aux dents aiguisées et capable de se travestir pour arriver à ses fins, a traumatisé des générations d’enfants. C’est sans compter la tendresse particulière que les artistes portent à l’animal auquel ils rendent justice dans une version un brin déjantée.

Avec ce troisième opus, le couple affirme sa volonté de faire un cinéma hybride et atypique, mêlant des affinités respectives, celles du cinéma pour lui et du théâtre pour elle. Ainsi, le récit se retrouve démystifié dès les premières images présentant un Petit Chaperon rouge bien plus espiègle que celui de Perrault. Ici, la fillette se rend en barque chez sa mère-grand et un dynamique Django Reinhardt vient donner le ton et la distance adéquate pour savourer cette fable réadaptée. C’est que 68 est passé par là et le loup se retrouve confronté à l’émancipation d’un Chaperon à l’accent ibérique qui, en quelques répliques bien senties, défie les envies du quadrupède poilu.

Délicieusement interprété par Jean-Jacques Rausin et Ana Cembrero Coca, dans un genre complètement assumé, proche de celui d’Abel et Gordon, les réalisateurs montrent l’envers du décor, les coulisses du cinéma où dans cette traduction burlesque la jeune fille enfile les habits de son « abuela » pendant que son comparse aux grandes dents se retrouve tout de rouge vêtu. Mais loin d’entretenir des rapports conflictuels, les deux protagonistes semblent au contraire nourrir de tendres sentiments l’un pour l’autre. Echanges de bons procédés et si le loup aspirait à une romance tout simplement ?

Marie Bergeret

Consulter la fiche technique du film

V comme La Version du loup

Fiche technique

Synopsis : Comme dans le conte traditionnel, le loup convoite le petit chaperon rouge et se déguise pour arriver à ses fins. Mais dans cette version, le loup, lassé de sa cruelle réputation, rétablit la vérité et dévoile un petit chaperon plus espiègle que la candide fillette de la légende.

Réalisation : Ann Sirot et Raphaël Balboni

Scénario : Ann Sirot

Genre : Fiction

Durée : 10′

Année : 2010

Pays : Belgique

Image : Jorge Piquer Rodriguez

Montage : Nicolas Rumpl & Raphaël Balboni

Montage son : Julien Mizac

Interprétation : Ana Cembrero Coca, Jean-Jacques Rausin

Production : Frakas

Article associé : la critique du film

Killing the Chickens to Scare the Monkeys de Jens Assur

Un titre génial, un visuel de folie, une chronologie inversée, un destin individuel broyé par un régime intolérant en place. « Killing the Chickens to Scare the Monkeys » de Jens Assur, cadeau filmique repéré et offert ces jours-ci par la Quinzaine des Réalisateurs, illustre sans concessions une Chine impitoyable et mécanique et ses conséquences sur la vie d’une jeune enseignante anonyme. Le tout en neuf fragments non linéaires.

killing

“Dépêchez-vous, nous n’avons pas beaucoup de temps.” Ainsi s’ouvre le scénario fictionnel de Jens Assur, photographe-cinéaste suédois. Si des individus se pressent effectivement devant la caméra, c’est pour assister à un spectacle inédit : une mise à mort programmée d’ennemis d’Etat, accusés de complot contre le pouvoir. Pour ce faire, les amateurs de sensations glauques, dont c’est la première fois pour certains, ont revêtu leurs plus beaux costumes et embarqué leurs appareils photo pour la séquence souvenir.

Cette première scène, extrêmement troublante, dure plus de dix minutes. Le film pourrait s’arrêter là et ferait déjà un très bon court métrage. Seulement, Jens Assur va plus loin : il propose huit autres tableaux dans lesquels un personnage féminin, dont on découvre le passé d’enseignante, se précise au fur et à mesure. Le film est construit à l’envers, permettant ainsi de retracer la vie de cette femme, victime d’un système qui a décidé d’avance de son sort.

“Tuer les poules pour effrayer les singes“ se réfère à la politique du gouvernement chinois de semer la terreur en exécutant les dissidents pour intimider le reste de la population. La création de Jens Assur est à cet égard fascinante tant elle renseigne sur le voyeurisme appuyé et incite le spectateur à sortir de sa torpeur conditionnée et à combler les trous volontairement laissés par l’auteur.

the-last-dog-in-rwanda-jens-assur

Précédemment, en 2007, Assur avait signé « The Last Dog in Rwanda » qui avait remporté le Grand Prix de la compétition internationale à Clermont-Ferrand. Il y racontait l’histoire d’un photographe de guerre confronté à la mort, à la politique, aux flashbacks et à l’éthique. « Killing the Chickens to Scare the Monkeys » est encore plus intéressant. La Quinzaine a bien fait de le mettre au-dessus de la pile : le film offre par ses images et sa narration éclatée une contribution politique et émotionnelle importante à un combat cher aux défenseurs des droits de l’homme.

Katia Bayer

Consulter la fiche technique du film

Article associé : l’interview de Jens Assur

K comme Killing the Chickens to Scare the Monkeys

Fiche technique

killing

Synopsis : « Killing the Chickens to Scare the Monkeys » narre une histoire unique, jamais vue auparavant, empruntée à la vie quotidienne en Chine. Dans un espace grisâtre entre blanc et noir, neuf scènes fortes, qui montrent les conséquences imprévues de la politique nationale sur la vie d’une jeune femme.

Genre : Fiction

Durée : 23′

Pays : Suède, Thaïlande

Année : 2011

Réalisation : Jens Assur

Scénario : Jens Assur

Image : Marek Wieser

Son : Wille Peterson-berger, Niclas Merits

Décor : Sudamol Chaban

Montage : Fredrik Morheden, Åsa Mossberg

Production : Studio Jens Assur AB, Living Films

Articles associés : la critique du film, l’interview de Jens Assur

Csicska d’Attila Till

Pista se plaint auprès d’un commissaire de police de vols commis dans son champ. Face à l’officier, il se montre impatient et râleur. Une fois rentré chez lui, il pourchasse un ami de sa fille, donne des ordres à sa femme, et bat Feri, son homme à tout faire.

Projeté à la Quinzaine des Réalisateurs, « Csicska » (Beast) du Hongrois Attila Till est traversé par une photo magnifique, un sujet tragique et un impact indiscutable. Le film dépeint l’autorité exercée et la peur insufflée par un homme sur sa famille et sur son esclave personnel, un jeune homme acheté à bas prix. Violence domestique, verbale, et gestuelle sont au rendez-vous de ce film pourvu d’une rudesse et d’une tension permanentes.

Le « Csicska » d’Attila Till est rural, froid, sombre, intense. On monte à plusieurs sur la motocyclette, on tire sur les hommes comme sur des lapins (scène incroyable et terriblement humiliante du père apprenant à ses enfants à tirer sur des cibles humaines, dans l’indifférence la plus générale), on tombe enceinte en étant mineure, on baise en chaussettes devant une photo de mariage, on fait respecter les traditions et on veut faire la loi avec un bâton pendant que les moutons ont le sommeil difficile.

Le film s’infiltre au sein d’une cellule familiale pas comme les autres dans laquelle toute tentative de rébellion face à la figure du père se révèle caduque. À y regarder de plus près, on se demande même si les personnes entourant Pista osent vraiment changer l’état des choses tant la noirceur, la crainte et la dénonciation sont monnaie courante autour de lui.

L’ultra réalisme du film, fréquent dans le cinéma de l’Est, frappe d’autant plus que le réalisateur s’est inspiré de situations de dépendance et de soumission chroniquées dans les journaux ou rapportées par des témoins directs. Vu la terreur brute et directe infligée par le maître sur l’esclave, on n’ose imaginer la réalité qui sous-tend le film. Et pourtant, cette terrible histoire de bête humaine offre un nouvel éclairage sur le phénomène de l’esclavage moderne et sur les conditions de vie (et même de survie) dans les campagnes hongroises.

Katia Bayer

Consulter la fiche technique du film

Article associé : l’interview d’Attila Till

C comme Csicska

Fiche technique

Synopsis : Istvan Balogh, agriculteur hongrois, a le contrôle total de sa femme, de sa famille et de son esclave. Les personnages croisent leur destin tragique à cause de leurs relations extrêmes. Ce film a été inspiré par les souvenirs de personnes qui ont survécu à de telles situations.

Genre : Fiction

Durée : 20′

Pays : Hongrie

Année : 2011

Réalisation : Attila Till

Scénario : Attila Till

Image : Imre Juhász

Son : Csaba Major

Montage : Béla Barsi

Musique : Iván Lantos

Interprétation : Szabolcs Thuróczy, Balázs Szitás, Moni Balsi

Production : M&M Film, Laokoon film

Articles associés : la critique du film, l’interview d’Attila Till

Cannes 2011 dans sa globalité

On ne sait pas pourquoi, mais cette année, on a beau penser à autre chose, on est happé par Cannes. Allumez la télé, gardez les yeux ouverts, mettez votre plus beau short. Robert De Niro, Uma Thurman, Sean Penn, Faye Dunaway, Pedro Almodóvar, Woody Allen, Terrence Malick, Gus Van Sant, Bernardo Bertolucci, Emir Kusturica, … Quel tapis, mais quel tapis, mes amis !

Le court, moins visible que son padre le long, n’est pas à plaindre pour autant. Michel Gondry (excusez du peu) succède à Atom Egoyan comme Président du Jury de la Cinéfondation et de la Compétition officielle des courts métrages. Dès le 20 mai, on saura quels films de fin d’études parmi les 16 sélectionnés bénéficieront encore plus de la visibilité et du prestige propres à Cannes, et le 22, peu avant que nos amies les stars repartent se brosser les dents chez elles, on commentera comme des chèvres l’attribution de la Palme d’Or du court métrage à l’un des 9 films en compétition.

Pour l’heure, ça s’active du côté de la Semaine de la Critique. Pour fêter ses 50 ans d’existence, la section parallèle propose depuis quelques jours de retrouver sur son site Internet les cinéastes qu’elle a révélés (et il y en a un paquet, jugez-en plutôt). Jerzy Skolimowski, qui aime bien les anniversaires, se balade à l’Espace Miramar en tant que Président du Prix Découverte Kodak tandis que Spike Jonze présente en séance spéciale un court métrage animé (« Mourir auprès de toi »), et que Nathalie Baye, la comédienne aux “5 X” est très attendue le 17 pour représenter et soutenir les films peu révolutionnaires de la Collection Canal +.

La Quinzaine des Réalisateurs, dont la bande-annonce est toujours aussi émouvante, n’aura pas de stars à son actif au niveau du court (Louis Garrel n’ayant pas fait de films cette année!), mais des films complètement hallucinants, qui ne manqueront pas d’être évoqués dans nos colonnes dans les prochains jours. L’ACID (l’Association du Cinéma Indépendant pour sa diffusion), quant à elle, ne proposera que deux vrais coups de cœur, le très percutant « Pandore » de Virgil Vernier, et le très musical « Dancing Odeon » de Kathy Sebbah.

pathways-hagar-ben-asher1

Il n’est pas rare de voir sur le tapis de l’Officielle des cinéastes dont les films précédents ont déjà été sélectionnés au festival. Il en va de même pour les sections parallèles. Certains cinéastes passés par la forme brève resurgissent même sur la Croisette de Madame Jacques avec un nouveau court ou avec un premier ou deuxième long. Certains changent naturellement d’emplacement en fonction de leur parcours, à l’instar d’un ancien étudiant passé par la Cinéfondation, la section réservée aux films d’écoles, qui se lancerait dans l’aventure de son premier long métrage. La Semaine de la Critique accueille ainsi Hagar Ben-Asher, avec « The Slut » (traduction : ici), succédant à « Pathways », réalisé à Minshar for Art (Tel Aviv) et remarqué à Cannes en 2007. Le film a déjà été projeté, mais à en juger par le synopsis et les premières images circulant sur le Net, la réalisatrice semble nourrir un lien du court au long en s’interrogeant sur la question de la rédemption et de la sexualité plus qu’affirmée.

La Quinzaine des Réalisateurs va même plus loin en réinvitant des cinéastes déjà familiers de sa fameuse bande-annonce. Après « Smáfuglar » à l’Officielle et « Anna » à la Quinzaine, Rúnar Rúnarsson, cinéaste islandais qui nous a beaucoup frappés par son sens aigu de la mise en scène et par sa capacité à filmer avec justesse l’adolescence, vient de présenter son premier long métrage, « Eldfjall » (« Volcano » pour ceux qui ne maitrisent pas les langues étrangères). Autre habitué, le Suédois Johannes Nyholm, auteur du génial « The Tale of Little Puppetboy » (l’histoire d’un personnage très moche recevant la visite d’une poupée rousse) et de « Songe des bois », une animation très sobre en ombre chinoise, revient pour la troisième fois au Théâtre Croisette (bravo en suédois reste bravo) avec « Las Palmas ». Pour la culture générale, le trailer du film a généré plus de 8 millions de vues sur YouTube tant les vacances d’un bébé d’un an trash et fauché ont éveillé la curiosité de chacun.

Pour le reste, tout est permis. Skolimowski garde ses lunettes, certains cinéastes reviennent au long après un court (Jonathan Caouette, à la Semaine, après « All Flowers in time »), d’autres font un court après un long (« Fourplay : Tampa » réalisé parKyle Henry, à la Quinzaine, après « The Room »), Johannes Nyholm ne filme pas sa fille comme d’autres parents, des films d’étudiants se frayent un chemin en dehors de la Cinéfondation (comme « Badpakje 46 » à l’Officielle), Hagar Ben-Asher est aussi belle que Julia Roberts, et une nouvelle idée apparaît, telle une bonne pâquerette : Cannes Court Métrage, censé rassembler le Short Film Corner et la Compétition des courts. Strass et surprise. Le 64ème festival de Cannes est plus qu’ouvert.

Katia Bayer

Cannes 2011

C’est écrit sur l’accréditation et un peu partout : c’est le 64ème festival de Cannes. Évidemment, vous, quand vous pensez Cannes, vous appuyez sur le champignon, comme à Une famille en or : cinéma, tenues de fées, carpette rouge, Palme d’Or, surprises, déceptions, …. Et le court métrage, vous y songez aussi ? Mais oui, madame, non, vous ne rêvez pas, Monsieur : le format bref a aussi sa place sur cette côte-là, à cette période-là, dans ce festival-là. CQFocusD.

cannes-2011

Les critiques

Les interviews

Les reportages

Le coin DVD

Les actualités