Der Da Vinci Timecode de Gil Alkabetz

Motus christique

Avec « Der Da Vinci Timecode », présenté cette semaine à Silhouette, le réalisateur Gil Alkabetz effectue une animation complexe et inventive de La Cène de Da Vinci.

Sur fond d’une musique impétueusement néo-baroque (la partition d’Alexander Zlamal a été récompensée à Stuttgart), le réalisateur israélien installé en Allemagne opère un double travail de déconstruction et de reconstruction du tableau le mieux connu du maître florentin après La Joconde. Alkabetz en relève des curieux détails qu’il refaçonne librement et tisse ainsi dans une iconographie établie dans tout l’imaginaire occidental, de nouvelles bribes narratives : un jeu de gestes et de regards accusateurs et de mouvements chaotiques menant progressivement vers la figure centrale du Christ qui, avec un doigt relevé, fait taire la cohue, avant que la caméra ne passe au plan large du tableau tel qu’on le connaît.

Certes, Alkabetz joue sur l’aspect surmédiatisé et mystifié de Da Vinci, dont l’œuvre s’est vu dernièrement attribuer d’innombrables facettes codées. Le synopsis du film parle par ailleurs de « découvrir des mouvements secrets » dans le tableau. Mais il va plus loin. Tout d’abord, il profite de la perspective en un point de fuite qui donne à l’œuvre un côté frontal voire théâtral, pour interpeller le spectateur-voyeur et doter aussitôt le sujet d’une dimension cinématographique. À l’aide du montage, l’auteur introduit ensuite à l’intérieur du cadre pictural délimitant et statique, une cyclicité de mouvements presque perpétuels. Il rend frénétique la placidité du sujet figé à travers une chorégraphie de gestuelles successivement directionnelles et arbitraires. Bref, ce tableau – qui a également servi d’inspiration à Peter Greenaway en 2008 pour son installation ‘Nine Classical Paintings Revisited’ dans laquelle il « anime » la toile avec un jeu de lumière – se trouve mué et doté de vie sous le regard morcelé du réalisateur, où l’éclatement du sujet démultiplie les pistes de perception et d’interprétation.

Tout comme L.H.O.O.Q. de Duchamp, « Der Da Vinci Timecode » remet en question la lecture conventionnelle de l’art classique. Mais au contraire des considérations anticonformistes du Dadaïsme, Alkabetz s’inscrit dans une démarche plus postmoderne qui vise à regarder une œuvre autrement pour en dégager de nouvelles significations. Le « message » le plus plausible ici pourrait être : « Mais arrêtez donc ce cinéma autour du Florentin, savourez son art pour ce qu’il est. Amen. »

Adi Chesson

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